Il est une heure du matin et Stan s'affaire à enfiler ses chaussures. Il pose un regard sur son téléphone suite à une notification. Un message; "jsuis la"

Stan cesse tout mouvement, croyant entendre un bruit dans le couloir. Une angoisse le traverse et il passe son portable en silencieux. Sait-on jamais. Mais son imagination semble lui jouer des tours car, lorsqu'il entre-ouvre la porte de sa chambre, le couloir est plongé dans l'obscurité. Il peut entendre son père ronfler d'ici. Alors, à pas de loups, il s'immisce dans l'ombre. Tenant fermement les lanières de son sac à dos dans les escaliers afin d'éviter tout bruit suspect. Sa mère a toujours eu le sommeil léger, Stan a raison de se méfier.

Après avoir fait grincer une vielle planche sur le pas de la porte et crié des mots interdits dans sa tête, il peut enfin accélérer la cadence. Son mètre soixante quinze lui permettant aisément de faire de grandes et souples foulées.

Au bout du chemin menant à la ferme Tegrity, Stan bifurque à gauche. De là, il peut apercevoir le vieux pickup des McCormick. Les phares sont éteints, il peut donc aisément distinguer le conducteur, occupé à tapoter sur son téléphone. Ce dernier lève les yeux vers Stan une fois qu'il fût assez près pour qu'on puisse entendre ses pas. Un sourire vient étirer ses lèvres, renvoyant une énergie très solaire. Stan y est sensible, il a un rictus en balançant son sac sur le plancher de la voiture.

"Quoi d'neuf vieux ?"
La routine." Il rétorque en s'installant. "Et toi ?"
"Pareil." Répond son homologue avec une pointe d'amusement dans la voix.

Stan ne répond pas. Sans perdre plus de temps, il ouvre son sac et en sors un sachet remplis d'une substance douteuse. Il a à peine le temps de l'extirper du sac qu'on le lui arrache des mains pour le ranger tout aussi vite dans une poche bien dissimulée.

"Y'a pas de quoi Kenny." Souffle-t-il, faussement vexé.
"T'es le boss frère." Kenny lui adresse un sourire et démarre la voiture. "Let's go, j'nous emmènes au repère."
"Le repère des déchets." Ils échangent un regard.
"J'aurais pas dis mieux."

"Stan augmente le son de la radio en entendant "Californication" des Red Hot Chilli Peppers. Son ami ne bronche pas et se contente d'effectuer cet itinéraire qu'il connait si bien. La musique les emporte. Kenny chantonne et Stan bouge la tête. Un moment de pure ignorance. Ca fait du bien. C'est pour ça qu'ils aiment traîner ensemble. Stan et Kenny sont tous les deux pris au piège dans leurs vies. Ces pièges sont très différents l'un de l'autre. Malgré ça, ils arrivent à se comprendre, sans vraiment en parler. Ils n'ont jamais eu de discussion là dessus, d'ailleurs. Stan ne compte pas en avoir avec lui à ce sujet de si tôt. Ca gâcherait tout. Et cette atmosphère, ces moments à faire un tour en voiture avec Kenny, à ne penser à rien d'autre que le vent qui glisse par l'ouverture de la fenêtre et le son de la radio... Il les chéris. C'est une habitude qui, bien que récente, s'est ancrée en lui.

Un quart d'heure plus tard, ils sont arrivés à destination. A nouveau, Kenny éteint les phares et allume la petite lumière au plafond de l'auto. Elle ne fonctionne presque plus mais à au moins le mérite de créer une ambiance tamisée.

Tout en ouvrant sa veste pour fouiller dans une poche intérieure, Kenny mire brièvement son ami. "Ton père n'a encore rien soupçonné ?"
Stan, qui avait fermé les yeux, les rouvris immédiatement. Comme un peu prit de court par cette question. "Nan, enfin j'pense pas."
"Tu vas avoir des sales emmerdes le jour où tu te feras chopper."
"M'en parle pas." Soupire Stan.

Kenny place son téléphone à plat sur ses genoux et y verse une poudre reconnaissable entre mille. Il fait ça de manière si désinvolte que c'en est déconcertant. Même pour une personne aussi habituée que Stan.

"Tu fais ça parce que tu t'en fous ou parce que je suis un ami exceptionnel ?" Nargue Kenny en créant deux lignes parfaites sur la coque de son téléphone.
"J'fais ça parce que t'es un péquenaud, mais un péquenaud qui fait des bons deals à ses potes." Il répond du tac au tac, sur le même ton.
Kenny éclate de rire, pas susceptible pour un sous. "Ca m'va."

C'est vrai que pour retrouver un plan pareil, Stan peut toujours courir. C'est une chance pour lui, en l'occurrence, que Kenny traîne dans ce genre d'affaires depuis l'adolescence. C'est égoïste et pour autant, c'est la vérité.
Le deal est simple; Stan se démerde pour chopper de la beuh à son père, assez pour que son pote tienne toute la semaine, et en échange il a droit à un voir deux rails de cocaïne quand ils se rencontrent. Il a beau détester son imbécile de paternel, Stan doit bien admettre que sa beuh est une tuerie. Même lui en consomme. Et avec toute l'affection qu'il peut porter à Kyle, c'est pas avec lui que ce genre d'histoire serait banalisée, alors là vraiment pas. Kenny a sombré bien avant lui. C'est le seul qui le comprends.

Un grognement le sors de ses pensées. Son pote se tient l'arrête du nez fermement, les yeux froncés. Il ne reste qu'une ligne, il la lui tend ainsi qu'un billet enroulé. Sûrement pas de premier usage d'ailleurs.

Stan effectue le même rituel depuis quelques mois et il ne s'en lasse pas. La substance mets le feu à sa cavité nasale, explose dans ses sinus. Son cerveau est incendié, il a l'impression de se réveiller d'une longue torpeur. Tout à coup le poids sur ses épaules s'évapore. Il respire à nouveau.

Pas une once de culpabilité ou de honte. C'est l'effet de la cocaïne. Là, Stan se sent comme le roi du monde. Il flotte au dessus de tout ses problèmes et de tout le monde. La ville merdique de South Park n'est plus qu'un mirage. Sa tête vient se reposer sur ses bras, croisés derrière lui. Il se laisse aller dans le siège jusqu'à fermer les yeux une nouvelle fois.

"A quoi tu penses ?" Questionne Kenny en imitant sa position.
"A rien, j'ai la tête vide." Là est tout l'intérêt de cette sortie tardive. La jambe de son ami trembler nerveusement, ça fait bouger la voiture. Stan lui lance un regard curieux. "T'as la bougeotte pour une raison particulière ?"
"J'ai toujours la bougeotte." Son interlocuteur répond d'un air joueur.
"Arrête de faire le con tu m'as capté." S'exaspère faussement Stan.
"J'ai un truc à faire après ça, faudra pas qu'on tarde d'ailleurs." Il regarde l'heure dans la foulée.
"Oh." C'est tout ce que Stan trouve à répondre avant de retourner se terrer dans le silence. Si Kenny avait voulu en dire plus, il l'aurait fait.

Un ange passe, la notion du temps échappe aux garçons. Jusqu'à ce que, soudainement, Kenny se redresse brutalement dans son siège.

"Arghh ! C'est trop calme !" Il se plaint mettant la clé dans le contact. En même temps il allume la radio. à son plus grand désarroi, la voiture est trop vielle pour lui permettre d'y connecter son portable via bluetooth. Par contre, elle dispose d'un lecteur CD. "Stan tu peux me passer un CD dans la boîte à gants ?"
"Lequel ?" Il demande en ouvrant cette dernière.
"Rien à battre, tant que ça bouge."

Stan attrape une pochette remplie de disques gravés. Le nom des artistes a été écrit à l'arrache avec un marqueur indélébile. Certains sont même vierges. Du Kenny tout craché. Il opte pour une copie de l'album de System Of A Down; Toxicity. Une fois le disque dans le lecteur, il cherche le son du même nom. Son doigt martèle douze fois le bouton avant de trouver.

Le son a à peine commencé que Kenny se met à imiter les rifs de guitare. Il semble tellement y être que Stan a envie de lui faire croire qu'il en a une dans les mains et qu'il joue diablement bien.

"Putain, j'ai jamais vu un gars aussi mous sous coke ! Bouge, Stan ! Bouge !" Il est enthousiaste et a décidé de ne pas ménager son ami. L'une de ses mains, plaquée sur l'épaule de son compère, le fait bouger au même rythme que lui. Stan se prend au jeu, ils s'agitent. Puis, quand la voix si reconnaissable de Serj Tankian retentit, ils se mettent à chanter.

Enfin, hurler pour Stan. La voiture est secouée dans tous les sens et la chaleur grimpe. Le brun sens ses cheveux coller sous son bonnet. Quelle importance. Il s'époumone, plonge en transe. Tout deux connaissent les paroles sur le bout des doigts. Ils chantent à l'unissons. La rancœur, la frustration, la colère... Ces émotions nocives sortent de Stan tandis qu'il se déchire les cordes vocales. Kenny sait que son ami évacue plus qu'il ne profite. C'est tant mieux. Il y a une bête féroce au fond des entrailles de Stan, ça le bouffe de l'intérieur. Si Kenny voulait de l'animation, le voilà servit.

Puis, trois minutes et des poussières plus tard, le son s'atténue avant de faire place au suivant. La respirations des garçons est erratique comme s'ils venaient de courir un marathon.

"Putain tu viens de me faire une cover death metal du feu de Dieu !"
"Mec, j'ai crus que je m'arrêterai jamais." Stan est fébrile. Prit au dépourvu car forcé de constater que beaucoup de choses ,bien plus sombres qu'il ne pouvait l'imaginer, l'habitent.

Un ange passe, Kenny mire son pote.

"Mec t'es tout pâle d'un coup, ça va ?" Une pointe d'inquiétude naît dans ses yeux.
"Je... Ouais. J'crois que ta came a été coupée avec un truc chelou." En réalité, Stan avait bien faillit se fracasser la tête contre le tableau de bord. Si la chanson avait duré une minute de plus, il serait en sang. Il commence à trembler. D'abords juste ses mains. Puis ça remonte jusqu'aux bras, les épaules... Bientôt, il tremble jusqu'au bout des ongles. Ceux-ci s'enfoncent dans son jean et marque sa peau là où le tissus est percé.
"H-hey ! T'es pas en train de me faire un badtrip quand même ?" Kenny baisse le son du lecteur et pose une main sur l'épaule de son ami, définitivement inquiet.

Stan porte une main à son cœur, sa cage thoracique est malmenée par le rythme de ce dernier. Il a l'impression qu'à tout moment son organe vital peut sortir de lui à tout moment. Rien que l'idée le fait paniquer d'avantage. Ainsi, il rentre dans un cercle vicieux. Son souffle haché commence à résonner dans la voiture. Son compère semble prit au dépourvu, il réfléchit. C'est pas la première fois qu'il voit quelqu'un badtriper pourtant il n'a aucune idée de comment réagir à cet instant.

"Ok...heu... Essaie de prendre l'air ça te fera du bien." C''est tout ce qu'il trouve à dire.

Néanmoins Stan l'écoute et ouvre la portière. Il se jette dehors, atterrissant sur ses genoux. Y'a plus d'air sur cette terre ? Son corps va-t-il s'autodétruire ?

"Mec ma tête va exploser."
"Non t'en fais pas, c'est juste ce que ton cerveau veut te faire croire." Kenny est sortit du véhicule, a fait le tour pour rejoindre son pote. Il s'accroupit à ses côtés et masse son dos d'une manière qui se veut rassurante.

Stan se fait assaillir de spasmes. Son corps cherche à éliminer la merde qu'il a ingéré. Il se met à vomir ses tripes. Kenny ne dit rien, ne souhaitant pas créer plus de panique chez son ami. Mais, au fond de lui, il commence à douter de la qualité du produit. Bien que lui ne ressente pas d'effets indésirables pour le moment. Egoïstement, il espère l'encaisser mieux que Stan afin que la soirée qu'il avait prévu se déroule comme il le veut. Ca le fait un peu chier de devoir jouer la babysitter là. Mais il a encore une conscience assez bonne pour ne pas laisser son pote tout seul dans cet état.

"Bon bah... C'est mieux dehors que dedans."
Stan, qui a vidé le contenu de son estomac, détourne les yeux vers son homologue. Pour le coup, il est vraiment agacé. "Si c'est pour me dire des trucs comme ça je préfère que tu fermes ta gueule, Kenny."
"Excuse moi. La prochaine fois je te regarderai mourir sans rien dire." Il rétorque, de l'ironie dans la voix.
"Ouais, s'teuplait."

Kenny lève les yeux au ciel sans rien ajouter. Les désirs de seigneur Stan sont des ordres. Après quelques secondes de silence pesant, il passe son bras derrière le dos de son ami.

"Aller vieux, lève toi. Je vais te ramener."

Le brun n'a pas envie de rentrer. Pas maintenant. Tout ce qu'il voulait c'est planer. Faut croire que l'univers en a décidé autrement pour aujourd'hui. Alors il ne bronche pas et se résigne à remonter dans la voiture. Enfin, se hisser lamentablement serait plus approprié.

Le trajet retour n'a pas la même saveur. Pas de musique, pas de rêveries. Juste la lourdeur du monde reprenant sa place sur les épaules de Stan à mesure qu'ils se rapprochent de chez lui. Kenny se gare au même endroit que plus tôt dans la soirée.

"A plus."
"Ciao, essaye de pas crever entre temps mec."
"De même pour toi."

Un dernier regard complice et bientôt, Stan n'est plus qu'une silhouette disparaissant dans l'obscurité de la nuit.

Sur le palier, le brun peut entendre le grondement du moteur s'éloigner. Il est encore fébrile, ses membres tremblent. Et, comme tout à l'heure, Stan réitère l'erreur de s'appuyer de tout son poids sur la planche grinçante du palier. Il ne saurait dire si c'est lui qui a l'ouïe décuplée ou s'il a vraiment fait un bruit du diable. La porte grince à son tour. Putain de vieille ferme de merde.

"Où étais-tu ?" S'exclame une voix qu'il ne connaît que trop bien.

Il est tombé nez à nez avec sa mère. Les phalanges de Sharon sont blanches, serrées autour des pans de son peignoir. Le mélange de colère et d'inquiétude dans ses yeux indique que son fils s'apprête à passer un mauvais quart d'heure.

Stan regarde sa mère. Il ne sait pas quoi dire. Séchant complètement, il choisit la fuite comme issue. Mais une main vient fermement agripper la manche de sa veste.

"Tu crois vraiment que je vais te laisser remonter tranquillement dans ta chambre comme ça ? Je veux une explication."
"J'en ai pas." Il répond à voix basse.
"Tu te fiches de moi ?!" Sharon crie désormais. "Il est deux heures du matin Stanley !"

Depuis tout à l'heure, Stan baisse la tête. Il veut à tout prix éviter le regard de sa mère. Certain que ce qu'il y trouvera lui fera d'avantage de mal. Ce comportement ne surprend pas Sharon plus que ça. Tout de même, elle vient saisir le menton de son fils afin de le mirer. Le temps se fige.

"Oh mon Dieu ! Tes pupilles ! Qu'est-ce que tu as pris ?"
Le brun saisit la main de sa mère pour l'éloigner de son visage. A nouveau, il détourne le regard. Signe de lâcheté, de mensonge. "Rien, c'est bon maman."
"Arrête de me prendre pour une idiote ! Tu t'es encore drogué c'est ça ?"
"Je..."
"Mais enfin pour qui tu te prends ? Partir de la maison en pleine nuit pour retrouver je ne sais qui et te droguer ! T'es complètement con ou inconscient ?!"
"Putain lâche moi maintenant. J'ai vingt ans, je fais ce que je veux." Répond puérilement Stan.
"Agis comme tel alors ! Tu te comporte comme un ado de merde ! J'en ai marre de tout ça Stanley, c'est la dernière fois que tu me fais un coup pareil !"
"Je ne t'ai rien fais, à ce que je sache !" Le ton monte des deux côtés. Ca réveille toute le reste de la famille. Randy apparaît dans les escaliers et il est certain d'apercevoir sa sœur non loin de là.
"Sharon, qu'est-ce qu'il se passe ?" Dans le coltar, Randy vient rejoindre sa femme.
"Il se passe que notre fils file en douce au beau milieu de la nuit et revient complètement drogué !"
"Stan, ça va pas la tête ?" Intervient son paternel. Intervention inutile. Aucun impact autre que la colère montant en Stan.
"Ferme la vieux con ! T'en a juste rien à branler de moi, tout ce qui compte c'est ta ferme de merde ! Tu rejoins maman sur tous les sujets juste parce que votre mariage bats de l'aile ! Mais putain vous auriez mieux fait de jamais annuler ce divorce ! Vous êtes les deux plus gros bouffons que j'ai jamais vu ! Foutez moi la paix !"

La réponse ne se fait pas attendre. Une main s'abat violement sur le visage de Stan. Il est sonné, Sharon n'y est pas allé mollo. Ca a pour effet de le faire redescendre immédiatement. Jamais l'un de ses parents n'avait levé la main sur lui.

"Stanley, j'en peux plus de tout ça. Maintenant tu vas me dire où tu étais et avec qui !" Son fils ne répond pas. Elle se lance dans une tirade remplie d'incompréhension et de désarroi. "Tu fais rien de tes journées, tu végètes, tu prends je sais pas combien de médocs. Tu ne sors pas de ta chambre. Tu ne parles pas, tu ne fais rien pour que ta situation s'arrange. Tu as arrêté les études, tu ne cherches pas de travail et quand tu t'en vas c'est en pleine nuit pour revenir bourré ou, pire encore, drogué ! Je ne sais pas quoi faire de toi Stanley. J'ai tout essayé. Vraiment tout. Mais tu sembles ne jamais vouloir y mettre du tiens."
"Va. Te. Faire. Foutre." Stan articule chacun des mots à défaut de n'avoir rien de mieux à répondre. Il regarde sa mère dans les yeux, un feu ardent dans les iris. Il lutte pour ne pas laisser transparaître une once de douleur. En vain.

Fuir devient sa seule issue. Il évite Sharon, profitant de son choc momentané, mais se cogne à Randy au passage. C'était volontaire, il ne pensait juste pas le heurter si fort.

"Stanley, reviens ici !"

Il fait la sourde oreille, use de ses dernières forces pour grimper les escaliers quatre à quatre. Une fois à l'étage, il peut entendre son père dissuader sa mère d'insister. La dernière chose qu'il perçoit avant de rentrer dans sa chambre est un sanglot étouffé. Ca lui fait l'effet d'un poignard dans le cœur. Pendant un instant, Stan se met à la place de sa mère. Elle est en détresse, tout comme lui. Mais ni l'un ni l'autre ne savent par quel bout prendre le problème. Leur famille est déjà stigmatisée, pataugeant dans les difficultés depuis trop longtemps.

Stan se sent coupable. L'idée de disparaître ne lui a jamais parût aussi séduisante. Car, visiblement, hormis semer le chaos autour de lui, il n'est pas doué pour grand chose. Il soupire, adossé contre sa porte. Les cris on cessés cependant les bribes de voix au rez-de-chaussée ne lui échappent pas. Bien qu'il n'arrive pas à déchiffrer les mots.

Une vibration dans sa poche le fait sursauter. Il attrape son portable. Un message de Kenny; "ça va mieux ?" Presque inconsciemment il écrit "non", puis efface pour le remplacer par un "tkt". Il efface à nouveau "oui", "pas trop".

Putain, c'est possible de caler comme ça sur un bête message ? C'est normal que lui répondre bouffe autant de son énergie ? Stan s'agace, puis s'énerve. Son téléphone finit par voler à l'autre bout de la pièce, s'éclatant contre le mur. Le brun regrette immédiatement ce geste, qui est sortit d'il ne sait où. Ses émotions ont le total monopole, ça le terrifie.

Il s'avance, hésitant. L'écran de son portable est fissuré dans la diagonale. Peut-être qu'il fonctionne encore, peut-être pas. Dans tous les cas, comme pour tout ce qu'il entreprend depuis des semaines, il regrette. Une angoisse s'empare de ses tripes quand il se demande "Qu'est-ce que je vais faire de ma putain de vie ?"

Stan cherche une réponse à cette question depuis si longtemps, sans jamais n'avoir un seul indice. Il a la sensations que tout ce qu'il a pût faire, c'était dans le vent. Les amis, les amours, les études, les petits boulots, les tentatives de reprendre sa vie en main. Tout ça n'a jamais servit à rien, Sinon il n'en serait pas là, à chialer en boule sur le sol de sa chambre.

La honte.