Different shades of savage

Chapitre 1 : Let it go, brother mine...

Garuda aimait les entrées en scène grandioses !... Il avait été nourri au spectaculaire et à la démesure ; sa puissance, destructrice autant que dévastatrice, se reflétait jusqu'au surplis ; menaçant et fier avec cette énorme roue de plumes mystiques portée dans le dos ainsi que des serres jusque sur la pointe des bottes.

Il n'y avait pas à discuter ; Aiacos possédait du panache !...

Il était également le seul à posséder un vaisseau de combat. Le Garudaship était le fleuron d'un navire armé, élevant son ombre menaçante dans les cieux, dominant ceux qui rampent.

Lors de sa première apparition, dominant fièrement la proue de son vaisseau, Minos avait été subjugué.

Ainsi voici donc la terreur venue du ciel ?... Il était clair qu'il en imposait !...


Le Juge emblématique fit un bond jusqu'au sol, mains allant regagner ses hanches dans une position clairement dominatrice.

"Toi... quel est ton nom ?" s'adressant à Minos dans un népalais pur.

L'avantage, en tant que Juge, était de maîtriser toutes les langues... une sorte de traduction simultanée d'Étoile à Étoile.

"Min..." se raclant la gorge pour plus de clarté. "Minos, Spectre de l'Étoile de la Noblesse du Griffon."

"Noblesse, uh ? Montre-moi donc ton attaque ultime, Griffon." en venant immédiatement aux faits de guerre.

"Très bien." se mettant en position. "Gigantic Feathers Flap !" ouvrant grandes ses ailes, propageant un souffle redoutable.

Aiacos barra son visage de ses bras croisés sur le devant, résistant à la tempête artificielle de cosmos.

Il recula à peine. Baissant les bras, son sourire se fit fauve.

"Est-ce vraiment tout ce dont tu sois capable, Griffon ?"

Minos serra le poing. "Je n'ai pas donné le maximum du souffle."

"C'est toujours ce que disent les perdants. Bien. Laisse-moi te montrer ma spécialité." produisant un cosmos et le projetant sous forme d'énergie pure, éventrant le sol entier sur une vaste crevasse cruciforme, profonde et large de plusieurs mètres.

"Et encore... il s'agit là de mon attaque la moins puissante."

Minos était soufflé... tant de puissance... tant d'assurance... couplées à une telle dose d'arrogance !...

Nul doute, ce personnage lui plaisait.

"Puissante, sans nul doute. Précise, c'est à voir." amena Griffon. "A l'évidence, tu ne sembles pas faire dans la dentelle, Aiacos."

Ce dernier plissa les yeux, peu coutumier à l'emploi de telles expressions.

Minos ne put empêcher un petit rire face au visage interloqué de son pair. "Ton attaque manque de finesse."

C'est là qu'Aiacos éclata de rire ; à s'en tenir littéralement les côtes. "Mais que veux-tu, par Hadès, que je fasse de la finesse ? Regarde mon armée, Griffon : ce sont des brutes, des sanguinaires !"

"Oh, je puis t'assurer que la finesse est capable de grandes choses !... Si tu le souhaites, je t'en ferai la démonstration. Viens donc me voir un de ces prochains jours à Tolomea." tournant le dos, s'en allant très calmement puis déployant ses ailes magnifiques pour prendre son envol.

"La finesse, uh ?..." sourit Aiacos.


Minos siégeait en son Tribunal, baigné par un silence de rigueur, vaste cour envahie par l'inlassable procession des âmes. Hadès Sama l'avait nommé répartiteur des âmes, sans doute parce qu'il était l'aîné des Juges. C'est en se fiant au jugement de Minos que les âmes étaient dirigées vers les autres Tribunaux, si le cas nécessitait discussion, ou les prisons si le verdict avait été sans appel.

Devant l'afflux de travail, on avait assigné Rune du Balrog, qui tenait habituellement les registres relatant les fautes, à la tâche. Il était un bras droit fidèle et zélé, oeuvrant dans le silence qui était si cher à Minos.

Ici, seules les confessions des âmes devaient être entendues, claire et audibles. Or, elles étaient souvent entrecoupées de sanglots et de repentir. Hélas pour elles, il était bien trop tard...

La voix profonde de Minos s'élevait uniquement pour prononcer la sentence, aussi marquante que le marteau lorsqu'il heurte le tas.

Soudain, les âmes se trouvèrent bousculées sur toute une rangée, faisant froncer les sourcils fins de Minos. Qui donc se permettait ?...

L'origine du délit vint se présenter directement sous le pupitre, croquant un fruit à pleines dents.

Minos écarquilla les yeux en reconnaissant le terrible Garuda. Il ne portait guère son surplis, préférant le seyant d'une tenue près du corps, haut sans manches, tunique rabattue par pans sur l'avant et l'arrière.

"IMPORTUN !" s'emballa Rune, dégainant son fouet, prêt à châtier l'impudent.

Minos retint son geste.

"Mais... Seigneur Minos !..."

"Malheureux, je t'évite d'être tranché en mille." posa la voix calme du Juge. "Ce n'est autre que le Juge du Garuda en personne qui se tient devant nous."

Rune le fixait, incrédule.

"Tu devrais écouter ton Juge, blanc-bec." ricana Aiacos, tout à son aise devant le vaste pupitre haut.

"Que nous vaut l'honneur de ta visite, Juge du Garuda ?" questionna Minos. "Comme tu peux le voir, nous sommes à la peine." espérant abréger l'intrusion au plus vite.

"Je voulais voir de mes yeux le fameux premier Tribunal." déclara Aiacos, détendu, à la limite de procéder à une visite touristique des lieux.

"Voici chose faite. A présent, je te prierai de t'écarter car nous avons à faire." sur un ton affable.

"T'arrive-t-il de te montrer vulgaire, Griffon ?"

Minos cligna des yeux, tout autant que Rune qui pensait véritablement être frappé d'un mirage auditif.

"Je peine vraiment à croire que tu demeures poli en toutes circonstances. A dire vrai, j'aimerai entendre un flot d'insultes dégouliner de ta bouche."

"Lève la séance, Rune. Mon camarade semble d'humeur à taquinerie." soupira Minos, contrariété pointant.

Rune fit un geste aux gardes pour qu'ils refoulent les âmes à l'extérieur de la cour, tandis que Minos quittait le pupitre, se dirigeant jusqu'au fauteur de trouble.

Garuda observa Minos, splendide dans sa robe d'office portée sur le surplis dépourvu d'ailes, descendre les marches pour arriver jusqu'à lui, le prenant à part.

"Te rends-tu compte que tu viens d'interrompre la procession des âmes et que tu portes atteinte à ma réputation en t'adressant ainsi à moi ?"

Aiacos eut un petit rire. "Par Hadès !... J'en tremble !..." imitant le frisson. "Est-ce le fond ou la forme de ma question qui t'a embarrassé, Griffon ?"

"Elle n'a pas sa place en mon Tribunal." grincé des dents.

"Pourtant... qu'est-ce que j'aimerai entendre cette jolie bouche proférer des grossièretés..." glissant un pouce le long des lèvres pincées de Minos.

Le geste désarma quelques instants le Griffon. Un bref picotement anima ses reins.

"Il n'y a pourtant pas matière à scandale, Griffon." penchant adorablement la tête sur le côté, joueur.

"Je te demande... de quitter ces lieux." d'une voix presque franche.

"Très bien." préparant sa sortie. "J'aurai pourtant une idée sur la façon de procéder pour t'arracher cet accent obséquieux."

Le poing du Griffon se serra. "Hors de ma vue." plus sec, cette fois.

"Si l'expérience te tente, fais-moi signe, Griffon." repartant comme il était venu.

Minos souffla. Quel personnage !...

"Tout va bien, Sir Minos ?" s'enquit Rune depuis le haut.

"Oui. Oui, Rune. Nous pouvons poursuivre." s'accordant encore un instant avant de reprendre sa place.


La journée était enfin terminée !... Minos suspendit sa robe de Juge avec un certain soulagement. A dire vrai, il avait eu un mal de Spectre à se concentrer !... Tout cela, évidemment, de la seule faute d'un certain Garuda !... Quel malappris, ce Juge !...

Minos secouait la tête, espérant qu'un tel éclat ne se reproduise plus jamais !...

L'entendre proférer des obscénités, lui, Minos ?! Quel culot !...

Dire qu'il lui avait offert de le trouver à Tolomea quelques jours plus tôt !...


"Seigneur Minos..." l'interpella un garde alors qu'il regagnait ses espaces privés.

Minos fit volte-face, longs pans argentés suivant le mouvement pour le moins brusque de son corps entier.

Le garde déglutit. "Il... dans vos appartements..."

"Quel bafouillage, par Hadès !" agacé, lui lançant quelques fils pour le projeter contre le premier mur venu. "Comment veux-tu que je te comprenne, imbécile ?!" ton ayant perdu toute amabilité.

Le garde retomba lourdement, colonne probablement brisée par le choc.

Un long sifflement.

Minos se retourna, vif. Cet... insupportable Garuda !

"C'était bien mieux. Oh, oui !... Bien mieux." appréciant que le Griffon ait perdu sa légendaire distinction, bras croisés, dos tenu contre l'ébrasement de la porte des appartements de Minos.

Ce dernier se racla la gorge, tentant de reprendre à la fois sa superbe et contenir ses nerfs.

"Tu sembles très mal placé pour me faire la leçon, Garuda. On ne s'invite pas ainsi directement dans les appartements d'un hôte quel qu'il soit. A plus forte raison d'un Juge."

"Oh, tu as... un petit salon pour recevoir, Griffon ?" moqueur, affichant un sourire effronté. "Y donnes-tu le thé assorti de petits fours ?..." se détachant de la porte pour s'avancer dans le couloir. "Je ne suis pas ici pour apprécier tes talents en matière de réception, Griffon. C'est ta trivialité que je suis venu chercher. Ne me déçois pas ; je déteste me déplacer pour rien."

Arrivé à hauteur, surplis se heurtant presque.

"Allez, beau Griffon, montre-moi donc... tout ton talent." attrapant la main de Minos pour... goûter chaque doigt, les faisant coulisser en bouche, regard mauve cherchant les améthystes camouflées en partie par la lourde frange.

Le frisson indécent qui remonta le long de l'échine du Griffon lui fit entrouvrir la bouche, incapable de dévier le regard sur autre chose que les lèvres charnues d'Aiacos entre lesquelles glissait ses phalanges distales et intermédiaires.

Le briser... maintenant !... Avant qu'il ne soit trop tard !... Avant qu'il ne découvre effectivement le subterfuge ; noblesse surfaite ; habile paravent dissimulant une cruauté exacerbée doublée d'un sadisme hors du commun !...

Par Hadès, ce diable d'Aiacos venait de le percer à jour !...

"Tu as le visage... d'une plante carnivore, Minos." osant un revers le long de la joue pale.

Le faire taire... maintenant !...

Les nerfs déjà à fleur de peau de Minos n'en supportèrent guère davantage et l'attaque fut si vive que le Garuda n'eut pas le temps de faire appel à la moindre de ses arcanes pour s'en prémunir - le voulait-il seulement ?... Minos prit possession des poignets de son adversaire pour les lier et les faire monter haut, allant plaquer le dos d'Aiacos contre le mur, dans un fracas de surplis contre le marbre brut, entamant la pierre sur une bonne épaisseur.

Un peu sonné par le choc, Garuda retrouva rapidement ses esprits pour savourer la perte de noblesse de Minos.

"Il était grand temps que tombe le masque, Griffon !..." réjoui.

"Stille !"

Lorsque les nerfs dépassaient Minos, la langue maternelle lui revenait au galop !... De même lorsqu'il se trouvait franchement excité. Et là, honnêtement, c'était une jolie combinaison de deux de ces facteurs aggravants !...

Le Garuda, si insolent, était parvenu à un prodige et il s'en félicitait outrageusement !...

"Enfin tu te dévoiles !... Tu en as mis du temps !" régalé.

La mâchoire fine du beau Griffon se contractait tant que le muscler masséter sautait, rendant la vision de toute beauté.

"Montre-moi, Griffon, ce que tes ennemis craignent tant !... Pas un vent de tempête, ni même un souffle rageur, non... ta meilleure technique !... Celle qui m'a fait traverser les cieux pour venir à ta renc..."

Un hoquet au contact. Des lèvres chaudes, sans commune mesure avec ce qu'il avait déjà connu jusqu'ici, une langue délicieusement intrusive, une salive à s'en damner !...

Le baiser était appuyé, ravageur. Il palpitait si agréablement que le corps entier s'en révulsait de bonheur, accordant un frisson à l'épiderme tout entier ainsi qu'un levage de sexe dans les règles.

Minos ne savait même pas ce qui lui prenait de dévorer ainsi les lèvres de cet effronté de Garuda ; il n'avait sans doute trouvé guère mieux pour le faire taire !... Toujours était-il que ce baiser l'étourdissait, jouant avec tous ses sens, domptant sa raison.

Il s'en écarta, lèvres luisantes de salive, y glissant une langue, questionnant Aiacos d'un regard.

"Je l'ai su... au premier regard !..." allant chercher la nuque de Griffon glissée dans le haut col du surplis pour l'approcher à nouveau, bouche dessinant le baiser avant même de l'avoir éprouvé ; véritablement affamé !...

Par Hadès, ainsi soit-il !...

Minos se laissait enfin aller, tant pis s'il s'agit d'un piège ; il avisera par la suite.

Foutus surplis !... Ils avaient tant envie de sentir brûler leur peau l'une contre l'autre !... Ils auraient même été prêts à tuer pour cela !...

Minos accorda un peu de liberté à Aiacos pour s'occuper du sien.

Les pièces les quittaient les unes après les autres, tombant lourdement au sol, doigts tremblant d'impatience.

Les justaucorps seyants présentaient l'avantage d'être une sorte de seconde peau et dès qu'ils apparurent, ils se collèrent exagérément l'un contre l'autre, avides, mains désireuses de se poser partout sur le corps de l'autre, d'en prendre véritablement possession.

Les respirations étaient saccadées et accélérées ; nul doute possible quant à l'effet que se faisaient ces deux-là !...

Un instant, Aiacos, transitoirement libéré de l'emprise de son partenaire, souleva le Griffon par l'arrière des cuisses, lui laissant apprécier combien il était durci en le laissant regagner lentement le sol.

Puis le baiser reprit avec plus de force encore.

Minos prit à nouveau possession des poignets du Garuda, lui faisant mettre les bras en croix, lui interdisant, par cette manœuvre, d'utiliser ses mains, se rendant ainsi seul maître du jeu.

Tombant sur ses genoux, il s'empressa de faire saillir Aiacos et ma foi !... Ce qu'il libéra du carcan de toile ne le déçut guère !... Quelle robustesse, quelle fière courbure !...

Précisément à la hauteur idéale, Griffon s'en léchait les lèvres, finissant par l'avaler sans autre forme de procès, provoquant un éclat rauque dans la voix de son heureux propriétaire.

La concentration demandée à Griffon pour concilier les attentions à la belle verge de son partenaire, tout en maintenant son cosmos à niveau suffisant pour le tenir en son pouvoir, relevait véritablement de la prouesse technique !... Mais Griffon aimait les défis !...

La langue agile se défoulait sur la jolie prune éclose, récoltant déjà les prémisses d'un orgasme à venir, avant de venir goulument l'avaler jusqu'au fond de la gorge, lui arrachant une nouvelle expression très vocale !... La sensation était telle qu'Aiacos s'emballait en népalais, termes que Minos saisissait parfaitement malgré le fait qu'il n'eut jamais entendu parler ladite langue - être Juge avait du bon, ma foi !...

Garuda agitait et crispait ses mains, frustré de ne pouvoir en faire usage.

C'est là que Minos partit dans quelques termes norvégiens que jamais on n'aurait pensé trouver dans pareille bouche délicate, accent vulgaire à la clé. Envolée, la noblesse !... Le sentiment de pouvoir, couplé à l'excitation la plus prononcée, lui faisaient littéralement perdre tout contrôle sur sa personne.

"Mi... nos !" alors que la cosmic marionation était au bord de lui luxer les deux épaules à la fois, rappelant au marionnettiste l'art subtil de laisser son partenaire en un seul morceau.

Se reprenant, retournant à l'ouvrage présent, toujours aussi vif et attentionné, il fit quitter terre à Aiacos, accueillant jusqu'en son fin palais les saccades laiteuses de son récent partenaire de jeu.

Laissant le temps à Aiacos de reprendre souffle et esprit, se redressant lentement, libérant amoureusement ses poignets meurtris, épaules soulagées de la traction enfin relâchée, Griffon attendait qu'on s'occupe de lui. Oui car... un justaucorps aussi renflé méritait un minimum d'attention !...

Garuda, tout en reprenant contenance, l'extirpa pour un retour de faveur. Par contre, hors de question de s'agenouiller !... Garuda voulait voir, lire sur le visage même du Norvégien le plaisant défilé des expressions faciales et entendre encore, s'il était possible, des dérivés salaces provenant de cette adorable bouche !...

"Ne compte pas... sur moi pour... faire étalage... chaque foiaaaaaaah !..." alors qu'Aiacos commençait à le caresser, le gratifiant d'emblée de mouvements vifs.

"Ne change rien, Griffon."

Les mouvements agiles du poignet solide d'Aiacos sur le membre déjà hautement sensible ne manquèrent guère leur effet et Griffon se mit à flageoler sur ses appuis.

Aiacos attrapa, de sa main libre, chaque bras du Griffon pour en fixer les mains sur ses épaules robustes.

"There." lui adressant un sourire à la fraise.

A mesure que le plaisir montait, le jolie bouche du Griffon se déformait, formant des voyelles improbables. Il suintait plus qu'il n'en fallait, rendant les caresses, notamment celles du pouce sur la partie renflée du sexe, plus subtiles encore.

Comment disait-on "je vais jouir" en norvégien déjà ?... Ah, voilà !...

Aiacos afficha un sourire de triomphe lorsque Minos se répandit généreusement contre son ventre, tachant le vêtement fin d'un orgasme sans appel.

Minos vint poser le front contre l'épaule gauche de Garuda, essoufflé par la prouesse de se tenir debout, sourire de gratitude aux lèvres.

Aiacos vint caresser, de sa main préservée, les long pans argentés.

"Tu es magnifique lorsque tu jouis, tu sais ?..." tout bas, à l'oreille régalée du Griffon.