Chapitre 2 : You're mine !
"Quel est ce Spectre placé derrière Pandora Sama ?..." questionna discrètement Minos.
Aiacos haussa les épaules. Puis afficha son sourire le plus terrible. "Pourquoi ? Il te plaît ?"
"Tu es... bête." secouant la tête, indulgent.
"Nous allons être fixés." alors que ledit Spectre rejoignait les rangs.
Il était... immense !... Et son surplis était hérissé de pics.
Son casque à cornes rappelait, en partie, celles du Garuda.
"Qu'as-tu à me dévisager de la sorte ?" questionna l'intéressé sur un ton glacial.
"A ton avis ?" du tac-au-tac, bouille plus amusée qu'autre chose.
"Je n'apprécie pas qu'on me regarde comme tu le fais."
"Pourquoi ? T'as l'impression d'être une bête de foire ?"
Minos suivait l'échange, follement distrait par le ton joueur d'Aiacos.
"Nous pouvons régler ça dehors, si tu insistes."
Aiacos posa les mains sur ses hanches. "T'as pas peur de te faire tailler le gras, dis-moi !..." bravache.
"Assez, Rhadamanthys !" le reprit derechef Pandora.
Les trois firent la courbette.
Rhadamanthys ?... Ainsi donc, voici l'ultime Juge... Wyvern.
"Il est sinistre." dit Aiacos, parlant de Wyvern, alors qu'ils cheminaient en direction du palais de Minos, ayant troqué le surplis pour une tenue plus confortable.
"Il faut dire que tu as tout fait pour qu'il le soit !..." riait Minos.
"Aucune profondeur, aucun intérêt. N'es-tu pas de mon avis ?" alors qu'ils traversaient le vaste jardin intérieur de Tolomea.
Minos préféra changer de thème.
"Tolomea est somptueuse en cette période du cycle roux. Humes-tu l'odeur enivrante des cadélastres en pleine floraison ?"
N'était pas plus heureux que Griffon en son jardin !...
Aiacos peinait à suivre ses déplacements tant il semblait véritablement voler d'un point à l'autre, sens en éveil, allant cueillir une magnifique ordée non loin. "L'ordée est de loin ma préférée. Certes, elle ne possède pas la finesse des pétales de la rose mais quel parfum !..."
"Quel être fantasque tu fais, Griffon." s'amusait Aiacos.
"Laisse-moi tout entier savourer cette renaissance, Garuda. Oh mais voilà le tapis de rosérabes !... Ne sont-elles pas délicieuses, elles aussi ?"
"Trop coloré et parfumé à mon goût." avoua Aiacos, pas franchement branché horticulture infernale, camouflant un léger bâillement d'ennui.
"Tu ne sais guère apprécier."
"Oh, détrompe-toi, mon cher Minos." le parcourant entièrement du regard.
Pour peu, Minos s'en serait empourpré !...
"Quel nectar fabuleux !..." délecté par la boisson que venait de lui faire servir Minos.
"Tu ne le trouveras qu'à Tolomea." installé en face de son hôte.
"L'occasion pour moi de revenir." taquina Aiacos.
"Mes portes te seront toujours ouvertes, Aiacos."
"Le Seigneur Hadès m'a assigné une résidence... j'estime cependant que ma véritable demeure se trouve à bord de mon vaisseau."
Minos avait les améthystes qui pétillaient.
"Oui, Griffon ?"
"Je demeure en attente d'une invitation en bonne et due forme de ta part."
Aiacos rit. "Ne t'attends pas à y trouver la moindre fleur, Griffon. A l'image de Wyvern, mon navire est sinistre."
"Pas une touche de couleur ?..."
"Les espaces privés et la salle de commandement, si."
"Ah !..." ravi.
Garuda fit grimper son pied qu'il cala entre les jambes ouvertes de Minos, lui adressant un regard explicite. "Je ne suis pas venu jusqu'ici uniquement pour goûter ton fabuleux nectar..."
Aussitôt la porte des appartements de Minos fermée derrière eux, Garuda vint se conglutiner à Minos, l'invitant à un baiser marquant la possessivité, mains allant chercher les doigts fins du Marionnettiste pour lui faire lever les bras hauts, enserrant ses articulations délicates avant de redescendre des paumes le long des bras nus. Minos frémit durement sous le baiser, couplé à de telles attentions, frissons qu'Aiacos pouvait percevoir jusqu'en sa propre chair !... C'était fou la connexion qu'ils possédaient tous deux !...
Minos se consumait déjà face aux attentions sans équivoque que lui portait Aiacos.
Sa respiration saccadait, comme tenue en apnée, paupières étroitement closes sur des traits froissés de plaisir montant.
Lorsque Garuda daigna se séparer de sa bouche, ce fut pour l'envisager d'un air triomphant, visiblement très fier de ce qu'il était capable de déclencher chez Minos !...
"Tu... déposes déjà les armes... Griffon ?..."
Minos rit devant la respiration, elle aussi décousue de désir, de Garuda. "Un bras de fer ?..."
"Tu vas sombrer avant moi, c'est garanti." allant aussitôt assaillir le cou du Griffon de coups de langue avides, remontant en long tracé jusqu'au menton, bouche dans le viseur.
Les mains de Garuda défaisaient la tunique ample du Griffon, désireuses de cheminer sur le torse tonique de Minos.
La langue prit le relais, revenant toujours à cette bouche pour y capter sa jumelle, dans des échanges salivaires délectables.
"Jeux de laaaangues... Garudaaaaah..." dodelinant de la tête sitôt sa bouche libérée, emprisonnant, dans ses doigts, les mèches rebelles et joliment épaisses du cadet.
Garuda souleva Minos, cambrant son corps pour l'y laisser glisser, clés de bras sur l'arrière des cuisses de son partenaire.
"Mmm... Griffon... je pourrai presque en composer une ode... tant tu m'inspires."
Minos venait de poser ses paumes sur les épaules puissantes du Garuda. Sa peau hâlée était magnifique ; un enfant du soleil !...
"Je ne te savais point lyrique..."
"Tu sais finalement très peu de choses de moi..."
"Oh, une vie de Spectre n'y suffirait pas..." toujours tenu en l'air, doigts allant se perdre dans les jolies mèches d'un violet profond.
Aiacos les dirigea jusqu'au lit proche, y faisant échouer son partenaire, prenant quelques secondes pour admirer cette chevelure argentée auréolant sa belle tête fine, pris de la furieuse envie de le voir nu l'instant d'après et s'y employant sans plus tarder, dans des gestes si vifs qu'ils relevaient clairement de l'impatience.
Aiacos fut leste à se défaire, rejoignant un Minos frémissant sans plus attendre, appréciant de sentir leurs duretés respectives s'ébattre entre elles.
Il veillait également à ne pas écraser le Griffon de son poids, se tenant judicieusement sur certains appuis pour se rendre plus léger.
Tenu à bout de bras, Garuda bougeait des hanches, provoquant des frottements délicieux entre leurs deux membres tendus.
Le désir était tel que le moindre effleurement devenait un supplice de plaisir, exacerbant les sensations pour les rendre folles !...
Aiacos résolut de basculer sur le flanc, mouvement suivi par Minos, main les empoignant tous deux, geignant leur plaisir à tout-va, se fixant de pupilles déviant sous les paupières mi-closes, buvant les soupirs de l'autre, poussant à la surtension plus bas.
Aiacos avait la tête posée sur son bras tendu, doigts de la main perdus dans les mèches argentées de la splendeur qui lui faisait face.
"Je n'ai... jamais vécu ça... Griffon..."
Minos eut un petit rire flatté.
"Et toi ?..."
Minos voulut répondre spontanément, ravalant la déclaration au dernier moment, se contentant, pour toute réponse, de se hisser sur le Garuda qu'il venait de mettre à plat sur le lit.
"Tu n'as... pas répondu... Minos..."
Griffon lâcha ses fils sur les poignets, les montant au-dessus de la tête du fier Garuda, redressant le haut de son corps pour le chevaucher, conquérant.
"Oh... je vois..." sur un sourire terrible.
Se penchant en avant jusqu'à la table de chevet, Minos récupéra une petite boîte précieuse, l'ouvrant pour y tremper un doigt, soulevant le bassin pour s'en enduire, devant la bouche entrouverte d'Aiacos qui venait de deviner l'étape suivante, frisson vertigineux s'emparant de son corps entier, poussant sa verge à tressaillir de bonheur, long geignement lui venant à la gorge face à ce que Griffon s'apprêtait à offrir.
Glissant jusqu'aux cuisses d'Aiacos, il enduit le membre armé d'impatience, notant à quel point il dégorgeait à la perspective, adressant un sourire tendre à son cher Garuda.
"Ça non plus ?... Jamais ?..." questionné avec une douceur certaine dans la voix.
"N... non." déglutit.
Il savait qu'entre les mains de Minos il était entre de bonnes mains. Et c'était justement cela qui le gonflait d'impatience !...
Minos lui fit remonter les genoux, s'en servant pour y caler son dos, tenant Aiacos par la base pour le diriger, titillant l'entrée jusqu'à en obtenir une ouverture spontanée et détendre les muscles d'enserrement.
Puis, lentement, il se laissa glisser en bas, engouffrant un Aiacos au bord d'imploser dans son antre d'une étroitesse exquise.
"Ooooooooh... Griff... on..." perdant les sens sous la sensation qui devenait aussi aiguë qu'impérative.
Une fois englouti jusqu'à la garde, Minos posa les paumes sur le torse d'Aiacos, s'y mouvant avec la grâce d'une ondulation.
Aiacos suffoquait déjà, tentant de retarder ce qui montait violemment en lui.
"Plus rapidement tu... viendras... moins nous pourrons... en prof... iter..." le prévint Minos, tout à son plaisir illicite.
C'était à en décoller. Véritablement !... Garuda n'avait jamais ressenti quelque chose de semblable !... Et pourtant, il lui arrivait de se laisser divertir.
Mais avec Griffon... tout était décuplé et poussé au paroxysme !...
Il y avait de quoi perdre la tête à voir et à sentir une telle sirène onduler sur soi, véritable point d'orgue d'un plaisir grandissant !... Minos n'en était visiblement pas à son premier coup d'essai, ce qui fit exploser Aiacos, jouissant là, octroyant sa part à Griffon de la main.
"Tu n'as pas répondu tout à l'heure..." caressant les longs pans argentés alors que la sublime tête reposait sur son torse.
Griffon s'en pinça la lèvre pour tout aveu.
"Qui ? Qui as-tu débauché, Griffon ?" le fixant d'un œil inquisiteur.
"C'était... bien avant ton arrivée..."
"Qui ?" d'une voix plus lourde, exigeant une réponse immédiate.
"Ru... Rune."
Aiacos plissa les yeux, tentant de situer le personnage.
"Le... Procureur de mon Tribunal." précisa Minos.
"Oh !... Le pincé, là ?" se rappelant soudain vaguement le visage de l'intéressé. "Celui qui comptait m'opposer son fouet ?" amusé par la tentative d'intimidation. "Celui-là, vraiment ?"
Minos claqua de la langue, passablement agacé.
"Est-ce toujours d'actualité ?"
"Plus depuis que je te connais."
"Oooh. Trop aimable !..."
"Garuda." ferme, désireux de profiter du calme post-coïtal.
"Sérieusement ? Le coincé, là ?"
Minos soupira lourdement, se levant pour récupérer ses vêtements.
"Quoi, déjà ?" s'étonna Garuda.
"Oui. Je ne suis pas là pour entendre tes reproches."
"Je suis simplement... étonné que ce soit lui que tu aies choisi... je veux dire..."
"Rien. Tu ne veux rien dire. Tu ne le connais pas, Garuda. Par contre, tu t'empresses de le confondre en critiques."
"Hey mais dis-moi... tu le défends farouchement !... Il y a encore quelque chose entre vous, ma parole ?"
Nouveau soupir de Minos. "Nous sommes compatriotes. Cela crée des liens."
Rire du Garuda. "Ooooh oui !... Des liens profonds, intimes !..."
"Tu deviens... désobligeant." reniflant.
Garuda glissa de l'autre côté du lit, récupérant ses vêtements.
"Que... fais-tu ?..." clignant des yeux, incrédule.
"J'ai un vaisseau qui m'attend."
"Tout ça parce que... j'ai un passé ?"
"Un passé fortement vivace, il semble. Le but c'était quoi ? Une partie à trois ?"
"Tu es... abject et profondément injuste." sur une moue grave.
"Pourquoi ? Parce que j'ai ciblé juste ?"
"Je n'accorde plus d'intérêt à Rune depuis que tu es apparu dans les cieux des Enfers. Par contre, je ne tolère pas que tu foules aux pieds une relation qui a eu son importance."
"Laisse tomber, Minos." rhabillé, chaussant ses sandales de cuir.
"Vas-tu m'écouter ?" s'avançant à genoux sur le lit, saisissant les épaules du Garuda pour le faire basculer sur le lit, dos contre matelas, l'observant en contresens. "Rune n'a plus aucun attrait depuis que tu as fait cette entrée spectaculaire dans ma vie."
"Comment te croire ? Tu sais si bien manipuler ton monde..." vrillant les pupilles adverses des siennes.
"... dit le Spectre qui m'a percé à jour en quelques instants à peine..." caressant le visage aimé avec dévotion.
"C'est bien là mon seul mérite." amer.
"Je n'ai... jamais offert à Rune ce que je t'ai proposé tout à l'heure."
"Normal, c'est lui qui s'offrait à toi." buté.
"Mon geste compte donc si peu ?..." peiné autant qu'offusqué.
"Il ne fait que partie des armes dont tu te sers pour vouer des tiers à ta cause, Minos."
Minos quitta le lit, se redressant. "Quitte immédiatement cet endroit, Garuda."
"J'allais y procéder, figure-toi." terminant de lier ses sandales. "Jusqu'à ce que je sois interrompu."
Minos serrait le poing, long torrent de fiel lui remontant la gorge.
S'était-il donc trompé à ce point sur le compte du Garuda ?...
"Tu vas pouvoir tranquillement retourner sous la robe de ton cher Proc..."
Lâcher de fils. Fracassage d'un Oiseau impertinent contre le mur, réclamant sa tête.
"ESPÈCE DE..." ne s'attendant visiblement pas à une telle vigueur dans la riposte.
Totalement hors règles, incontrôlable de puissance.
"Je vais te faire ravaler tes paroles les uns après les autres, stupide Rapace !"
La voix de Minos tonnait à faire pâlir le dieu de la foudre !...
A ce point de colère, Minos était effectivement prêt à tuer.
"Regarde-toi, Garuda, tu es pitoyable !" grognait Minos, dirigeant les fils pour écarter les membres d'Aiacos, appréciant la forme de croix, emblématique des puissantes salves énergétiques du Juge.
"Mon équipage entier réclamera ta tête, Griffon !" rageur, dévisageant Minos comme s'il l'éviscérait.
"Qu'ils viennent tous. Mes fils les attendent." renforçant la pression sur les articulations du Garuda, crispant la mâchoire de ce dernier jusqu'à s'en faire saigner les gencives, parvenant à générer, malgré le piège, une splendide montée de cosmos, la réunissant dans la paume de sa main avant d'adresser à l'assaillant une salve d'énergie capable d'éventrer une partie du bâtiment, faisant perdre l'emprise des fils à Minos.
Dans l'histoire, Aiacos y perdit son poignet et Tolomea une partie de son aile ouest.
Aiacos était en train de bander ses plaies sur son navire, songeant, avec une jalousie ouverte, à la façon dont Minos devait à présent s'en donner à cœur joie avec son Procureur !... Rien que l'idée soulevait une vague de cosmos rugissant autour du corps meurtri du Juge.
Sur le navire, les gardes et les servantes fuyaient dès que la haute silhouette du Juge s'annonçait dans les couloirs ou sur le pont.
La terreur, déjà bien présente sur le vaisseau, prit un tout autre tour.
Du côté du premier Tribunal, Minos tâchait de vaquer à ses occupations. Il venait néanmoins de perdre le goût des choses. Les paroles injustifiées d'Aiacos tournoyaient encore dans sa tête et il manquait parfois une ligne ou deux dans le registre des vies, occultant ainsi des fautes, délivrant un jugement incohérent.
Rune haussait les sourcils, incapable de saisir ce qui arrivait à son Maître et non moins amant.
"Seigneur Minos..." se raclant la gorge, désignant d'un doigt la ou les lignes omises.
Minos lui adressait alors un regard morne. "Souhaites-tu prendre ma place, Rune ?" piqué au vif.
"N... non, Seigneur Minos."
Minos soupirait et suspendit les jugements pour aujourd'hui, accusant un retard qui devenait monstrueux.
Si cela venait à continuer, le Juge allait se faire reprendre par Hadès Sama en personne !...
Rune tournait en rond, incapable de venir en aide au Griffon en déroute.
La galère noire flottait dans les cieux et Minos la fixait presque douloureusement, poitrine serrée sous le surplis.
En un battement d'ailes, il se retrouva sur le pont, mettant tous les Spectres présents au garde-à-vous.
"Que quelqu'un me cherche Aiacos." ordonna Griffon.
L'agitation. Brève.
Et voici, apparaissant devant lui, celui qu'il était venu réclamer !...
Surplis revêtu, sans le casque toutefois, qui ne servait véritablement qu'à des fins guerrières, Garuda s'avança dans l'allée, s'arrêtant devant un Spectre de sa troupe, sans lui adresser le moindre regard toutefois. Levant la main, Aiacos saisit la tête nue de son subordonné pour la faire se fracasser contre le plastron imposant de son surplis. S'en suivit une gerbe de sang qui éclaboussa jusqu'au visage du Juge tout-puissant, le maculant de la gratuité d'un tel crime.
Le corps glissa un moment le long du surplis sauvage, y imprimant une belle traînée sanglante, pour s'affaisser, sans vie, aux pieds d'Aiacos qui reporta enfin son attention sur le Griffon.
"Abrège, Griffon. Je ne suis pas d'humeur."
Minos fixa le Spectre au crâne défoncé au sol avant de revenir au visage maculé du Juge.
Quelle... surpuissance !...
"En privé, je te prie."
Inutile de dire que Minos n'avait guère l'intention de tenir la moindre explication en public !...
"Qu'on lui montre le chemin." déclara Aiacos, tournant le dos pour réintégrer la partie camouflée du vaisseau.
