Penchons-nous sur le cas Hadès un instant...


Chapitre 15 : Sweet insanity

Minos s'installa en face d'Aiacos, le dardant de ses magnifiques améthystes.

"Tu as été capable de lui arracher la vie... mais tu as été dans l'incapacité totale de le juger. Pourquoi, Aiacos ?..." revenant à ce bandit de Kripal.

"C'est un service que je lui ai rendu en prenant sa vie." éluda Aiacos.

"Tu lui as certes évité la potence, bien qu'il fut déjà en piteux état. Si les tortures s'étaient poursuivies, il aurait sans doute succombé bien avant de pendre au bout d'une corde."

Aiacos passa la main dans ses cheveux épais qui rebiquaient, sur un soupir. "Dois-je absolument me justifier de la moindre de mes actions ?"

"Je souhaitais simplement savoir... quels sentiments t'ont animé." piochant un mets fin dans un plat.

"A quelles fins, Minos ?... Pouvoir mieux me manipuler ?" plissant les yeux.

"Par Hadès !... Quelle attitude me prêtes-tu là ?" absolument outré - ou feignant de l'être.

"Je connais toutes tes grimaces, Minos." se levant pour s'étirer.

Minos suivait du regard la musculature avantageuse de son compagnon se rétracter et se détendre suivant les mouvements.

"Très bien. Pardonne-moi."

Aiacos cligna. "Tu t'excuses à présent ?..."

"Oui, c'était... de la curiosité mal placée de ma part. Une sorte de... déformation professionnelle, si tu préfères. Qu'importe. Cela n'avait pas sa place."

Aiacos s'approcha, caressant la belle tête argentée, y déposant un baiser doux. "Je t'ai confié ce jugement car je souhaitais qu'il soit impartial, Minos. Je ne l'aurai sans doute pas été, vu notre passif."

"Ta confiance m'honore, Cos." sur un petit sourire flatté.

"Je n'aurai désigné aucun autre pour ce faire."

Minos monta la main jusqu'au séant d'Aiacos, appréciant la fermeté siégeant là, massant à paume ouverte, petit soupir de ravissement lui échappant.

"Si nous allions nous entraîner ?... Je suis rouillé."


L'apparition des deux Juges dans l'arène fit frémir les soldats déchus. Leur seule vue instilla la panique dans les rangs serrés.

"Combien d'adversaires souhaitez-vous que je libère pour vous, mes Seigneurs ?" s'enquérait un garde, se félicitant de ne pas être lui-même désigné.

Aiacos l'avisa d'un œil cruel. "Je te laisse quelques secondes pour rejoindre le centre de l'arène et t'y présenter comme notre opposant."

Le garde fut secoué des pieds à la tête. Visiblement Aiacos éprouvait le besoin de se défouler !...

"Tu as le droit de te servir de ton arme ou de toute autre arcane."

"Sei... Seigneurs ?..." n'y croyant décidément pas.

"J'ai horreur de me répéter." grimaça Garuda.

Le soldat s'avança, titubant de terreur.

"Pas Hadès... les rangs inférieurs de nos armées sont pitoyables." lui envoyant une salve d'énergie qui le terrassa avant même qu'il atteignit le centre.

"As-tu mieux à proposer ?..."

"Nous devrions préserver les meilleurs éléments des armées que nous écrasons pour notre seul amusement."

"Je te laisse soumettre la suggestion à notre Seigneur." s'amusa Minos.

"Rien de consistant à se mettre sous la dent alors que j'ai tant besoin de me défouler... c'est rageant ! Penses-tu que Rune puisse me tenir tête quelques instants ?..."

"Retour de question concernant ta brute épaisse." du tac-au-tac.


Hadès, depuis la guerre sainte ouverte, se promenait à présent sur Terre comme sur un territoire conquis.

Mais le présent conflit qui l'opposait à son ennemie de toujours, Athéna, fut le fruit d'un heureux hasard !...

Alors qu'il cheminait avec ses Juges le long d'un champ, son regard fut happé par une silhouette qui glanait.

Hadès arrêta son pas, prenant grand soin de la regarder.

Les Juges s'attendaient à ce qu'il ordonne une mise à mort.

Au lieu de cela, Hadès observait, cœur ténébreux secoué par un souffle nouveau, corps chamboulé par la grâce dégagée par cette présence.

L'instant sembla durer une éternité jusqu'à ce que Hadès se décida à fendre le champ.

A son approche, la jeune femme frémit. Son aura était tirée directement des méandres souterrains. Son réceptacle, lui, possédait cette prestance majestueuse et sombre à la fois.

"Viens avec moi, je te prie."

La jeune femme l'avisa, tremblante.

"Viens avec moi et je te montrerai les richesses de mon royaume."

Les Juges demeuraient statiques, totalement ébahis par ce qui se jouait devant eux.

"Puis-je... mon cher oncle... demander l'aval à ma mère ?..."

"Inutile. Elle saura où te chercher."


Tumulte dans les rangs.

Wyvern en avait plein les oreilles de ce brouhaha incessant !...

Décidément... les Spectres n'étaient rien d'autre que des commères !...

Et leur Seigneur n'arrangeait rien en ramenant un tel trophée aux Enfers !...

Quelque chose, pourtant, échappait aux Juges. C'était le lien de parenté entre la jeune déesse - car une humaine n'aurait jamais pu suivre Hadès jusqu'aux Enfers - et Hadès.

Elle n'était autre que Κόρη, Core, fille de Déméter, elle-même sœur du Souverain infernal.

Rhadamanthys bisquait plus qu'aucun autre Juge quant au comportement qu'il jugeait irresponsable de son Seigneur !...

Minos et Aiacos en discutaient entre eux, plus tolérants à cet égard.

Pour mettre fin au trouble qui agitait son royaume, Hadès fit réunir ses chers Spectres.

"Mes royaux sujets, laissez-moi vous présenter Core."

La jeune femme possédait la beauté des statues grecques : une cascade de cheveux châtains retenue par un diadème, d'immenses yeux émeraudes.

"Je vous annonce nos noces prochaines."

L'assemblée en fut secouée avant d'esquisser un semblant de liesse - à part les victoires, les Spectres ne savaient guère fêter autre chose !...

Leur attitude presque interdite fit brièvement sourire Hadès.

"Core, tu deviendras Persephóneia lorsque nos noces seront célébrées."

Elle courba la tête avec un respect immense, honorée qu'il la rebaptise ainsi en public.

Chez les dieux, la notion même d'inceste demeurait inexistante.


"Finalement, cette guerre nous aura ramené une déesse aux Enfers..." amena Aiacos.

Rhadamanthys tiqua du monosourcil. "C'est proprement ridicule."

"Pourquoi tant d'acharnement, Wyvern ?... Notre Seigneur a également besoin d'une compagne... cela est bien naturel."

"J'ai peur qu'il en perde toute crédibilité. Nous sommes en guerre, bon sang !" serrant le poing.

Aiacos rit. "Nous pouvons dire que notre Maître a su joindre l'utile à l'agréable !..."


Persephóneia se promenait du côté d'Antinora. Elle revenait du jardin alloué par son cher époux où elle faisait pousser des fleurs sur des monts de pierres précieuses. Persephóneia avait un goût fort pour l'esthétisme et elle enchantait Hadès par son esprit créatif.

Durant la nuit de noces, Hadès avait été exemplaire ; délicat et prévenant, initiant Persephóneia a l'échange physique, prenant en compte la virginité de la jeune femme.

Assurément, ce dieu, cet oncle, l'aimait !...

Hadès était réputé aussi querelleur qu'Arès lui-même, le côté manipulateur en sus !...

La jeune fille avait craint pour sa propre vie mais Hadès l'avait dévêtue avec un tel tact que ses peurs avaient fini par s'envoler toutes !...

Alors qu'elle cheminait, des sons attirèrent son attention. Des sons qui lui rappelaient ceux émis par son époux lorsqu'ils partageaient un moment intime.

Intriguée, elle se cacha derrière une haie fournie, laissant dépasser sa tête. Là, sur la vaste terrasse plain-pied, deux corps s'entremêlaient à loisir, sexes outrageusement dressés.

Persephóneia eut le rouge qui enflamma ses joues lorsqu'une certaine chevelure argentée bascula en bas de la banquette, se laissant chevaucher par un corps en pleine action, donnant vertement des hanches, dans un élan énergique.

Elle tendit l'oreille aux petits noms par lesquels ils s'appelaient l'un, l'autre. "Cos !..." "Nos !..."

Persephóneia plissa les yeux. Cela ne lui disait rien... et elle se voyait bien mal interroger son divin époux à ce propos !...

Elle observa jusqu'à l'orgasme, crié à hautes voix, des deux amants.

Qui donc étaient ces deux Spectres qui s'apportaient autant de joie ?...

Il était vrai que la vaste armée de son époux, avec ses 108 Spectres, n'aidait guère à l'identification des traits !...

Complètement chamboulée par le spectacle, elle regagna la Giudecca, décidée à conserver ce secret pour elle.


"Que l'on fasse mander mes Juges." ordonna Hadès avec un geste de la main.

Aussitôt dit, aussitôt fait, en quelques battements d'ailes puissantes, les trois Juges des Enfers se tenaient là, devant les marches menant au trône.

Persephóneia, présente, eut un violent bond à la poitrine, reconnaissant à présent les deux Juges dont elle avait surpris les ébats enflammés lors de sa promenade !...

Devant eux se tenait un Spectre qui avait été surpris en flagrant délit de tentative d'évasion d'une âme damnée.

Hadès leur expliqua brièvement le témoignage recueilli.

"Votre verdict, mes Juges ?..."

"C'est un grave délit." amena Rhadamanthys. "Faisons-le enfermer avec l'âme en question et garder l'endroit par l'un de mes soldats d'élite."

"Je propose..." intervint Persephóneia, interrogeant son époux du regard.

"Je t'en prie, Persephóneia ." lui enjoint Hadès.

"... qu'on le rende à sa vie terrestre pour qu'il médite sur ses actions et puisse adopter un comportement plus approprié le jour où surviendra sa seconde mort."

Hadès eut un bref sourire. "Tu es bien digne d'être ma reine, Persephóneia. Que l'on fasse ainsi."


Les précédentes guerres saintes s'étaient toujours soldées par une éradication quasi-intégrale des forces en présence, faisant place au duel final entre les deux divinités. Mais cette fois, une nouvelle donnée s'était insérée dans l'équation martiale ; Persephóneia.

Le premier Tribunal ne tarda pas à accueillir une Déméter en furie, réclamant audience immédiate auprès de Hadès.

Rune et Minos échangèrent un bref regard.

Elle fut reçue dans le palais de Hadès et constata, non avec une certaine amertume, que sa fille était bel et bien éprise du dieu des Enfers. Soit. Elle ne souhaitait que son bonheur. Cependant, Hadès, statut oblige, se devait de demeurer un dieu malheureux. Aussi, négocia-t'elle âprement que sa fille séjourne auprès d'elle six mois sur douze.


"Si je devais renoncer à toi, ne serait-ce que six mois..." avait déclaré Aiacos, caressant le visage aux traits reposés de son bien-aimé Griffon, tête reposant sur son torse solide, bercé par une respiration lente.

"Oui ?..." avide d'entendre l'intégralité de la confession que Garuda s'apprêtait à laisser échapper.

"... je n'y survivrai guère !..." sur un petit rire coupable. "J'ai ton sang dans mes veines, à présent. Cela nous lie bien plus que ne le ferait aucun serment éternel, Minos."

Minos sourit - un sourire éblouissant qui transformait chacun de ses traits, l'un de ces sourires qu'il n'offrait qu'à Aiacos.

"Une partie de moi... en toi." sourire audible, terriblement épris de son bel Oiseau. "... pour cette vie au moins." avec un ravissement sans égal. "Penses-tu que nos prochaines réincarnations seront tout aussi proches que nous le sommes ?..."

"Cela, Hadès seul le sait, mon brave Griffon." sur un petit rire doux.

Garuda ne se lassait guère de caresser les mèches interminables de son amant.

"Je leur souhaite, en tout cas, de connaître ce que nous vivons." allant croiser ses doigts à ceux du Garuda. "J'espère que le prochain Roi des cieux tombera sur le Griffon avec la même agilité !..."

"T'es-tu déjà... rendu dans la prison dans laquelle l'âme de ta sœur purge sa peine ?..."

"Non. Jamais. Je me l'interdis." ouvrant ses paupières sur ses améthystes superbes. "Sa peine est légère du fait des circonstances atténuantes..."

Aiacos caressa d'un revers doux la joue du Griffon.

"Contrairement à Kripal..."

"Et ton père ?... Dans quelle prison se trouve-t-il ?..."

"Sans doute dans la même que ta sœur... il était... d'une justice exemplaire."

"Je me demande s'il ne serait pas plus juste que tout lien se coupe avec nos souvenirs dès notre appel..."

"Si le Seigneur Hadès en a décidé autrement, c'est qu'il doit y avoir de bonnes raisons pour qu'il en soit ainsi."

"N'as-tu pas l'impression que ces bribes agissent en nous comme du poison ?..."

"Elles nous permettent de ne pas nous égarer dans la veine de l'orgueil, j'imagine. Le Seigneur Hadès nous a fait une telle grâce d'être ses Juges, Minos..."

"J'en ai parfaitement conscience."

"Sans évoquer celle par laquelle il nous permet de nous aimer librement..."

"Oui, celle-ci mérite que nous soyons empoisonnés par nos mémoires." sur un sourire audible.

"Si tu avais appartenu à un autre..." entama Garuda.

"Qu'aurais-tu fait, Cos ?..." suspendu aux lèvres charnues de son partenaire.

"J'aurai tout fait pour t'arracher de ses griffes." tirant sur son cou pour chercher le baiser. "Tout."

"Aurais-je fini par te remarquer ?... Noter tes efforts et ton intérêt ?..." curiosité piquée.

"Tu en doutes ?..." caressant l'intérieur du bras ami. "... on ne peut ignorer Garuda en parade !..." riant de lui-même.

La main de Minos s'égara du côté du bas-ventre de son amant.

"Aurais-tu fait le beau, Aiacos ?..."

"Bien plus que cela !... J'aurai réclamé avec force jusqu'à te faire céder à mes charmes."

Les doigts fins et agiles de Minos saisirent ce qu'ils convoitaient.

"Je t'aurai harcelé chaque instant, que ce soit dans l'arène d'entraînement, jusqu'à ton palais."

"En mon Tribunal ?..."

"Bien entendu."

"Aurais-tu provoqué à mort celui auquel j'étais lié ?..."

"S'il l'avait fallu, sans la moindre hésitation."

Minos s'en pinça la lèvre, rendant ses attouchements d'autant plus subtils. "L'idée me plaît." affichant une érection avant même le sexe d'Aiacos.

"Je le note." avisant ce qui venait de se dresser.

Minos bascula sur le flanc, faisant face à Garuda. "Faisons-nous du bien, Aiacos." les attrapant tous deux.

"Prends ma bouche, Griffon." louchant sur les lèvres délicates dont il connaissait les vertigineux talents.

Minos y consentit avec plaisir, cherchant les lèvres d'Aiacos avec de savantes manières, butinant avant de fondre sur cette bouche désirable, laissant Aiacos pantelant de délice.

Son sexe, dans la main experte de Minos, ne faisait que croître.

"Parfois je me dis que... j'aurai aimé être celui qui... aurait appelé Sindre à la pleine conscience de nos forces..." caressant le buste aimé.

"Cette idée... me plaît férocement..." amena Minos, dévorant la bouche amie, y liant une langue possessive, dans un ballet érotique poussant les corps l'un vers l'autre, immanquablement.

Le poignet de Minos était si souple que les mouvements en résultant étaient divins.

Bientôt, ils en geignirent à l'unisson, corps s'arquant d'un seul tenant, bouches de plus en plus vives.

Les sensations les étouffaient.

Aiacos vint accrocher une main ferme à la fesse de Minos, le rapprochant d'autant plus.

A la fin, ils n'étaient plus que deux corps qui se mouvaient l'un contre l'autre, sur des sons d'une indécence cruciale.

Ils s'inondèrent laiteusement lorsqu'ils déposèrent les armes, savourant les saccades chaudes sur de petits rires comblés, entre deux spasmes d'une volupté extrême.


Minos prit place aux côtés de Rune, s'apprêtant à juger un nouvel afflux d'âmes.

Dans le silence accablant de la cour, des pages étaient tournées, lecture faisant des crimes et des vices.

La voix forte de Rune appelait les âmes par leur nom passé, celle de Minos prononçait la sentence de manière presque doucereuse puis le marteau frappait le tas, condamnant à perpétuité.

Puis l'appel résonna pour l'âme suivante et ainsi de suite.

Dans ses plus mauvais jours, on avait déjà vu Minos, saisir un corps défunt dans ses fils, le faisant grimper jusqu'à la hauteur vertigineuse sous plafond de la vaste cour, l'écartelant là avant de relâcher, corps brisé retombant au sol, lui infligeant une agonie supplémentaire.

Le Juge inflexible s'en octroyait le droit et Hadès n'eut jamais à redire sur le procédé sauvage employé par Minos.

Après tout la docilité était gagnée par un juste châtiment et l'âme, ainsi rompue dans sa rébellion, n'aspirait plus qu'à se confesser sans détour.