Le Griffon s'apprête à vivre un calvaire... creux de montagne russe en approche, bouclez tous vos ceintures ! C'est partiiiiiiiiiiii !


Chapitre 18 : Distress

Sindre et Paula avaient toujours été proches. Ils demeuraient pourtant éloignés de naissance et Sindre avait toujours eu une immense affection pour Paula, de même que Paula avait pu compter sur son frère aîné.

Minos avait, selon les règles régissant les Enfers, condamné l'âme de sa bien-aimée sœur à une peine légère ; son viol venant en appui des circonstances atténuantes.


Le matin même, Aiacos avait noté l'humeur maussade de son compagnon de lit.

"Quelle mine..."

Minos abaissa les paupières.

"Peu dormi ?... Tu devrais songer à une décoction de plantes soporifiques, Minos... ou faire appel aux talents d'Hypnos."

"Très drôle, Aiacos." grogna Griffon.

"Tu vas être d'une humeur massacrante aujourd'hui. J'en arriverai presque à plaindre ce pauvre Rune..."


"Seigneur Minos..." y allant de sa courbette.

Minos revêtit sa robe de Juge dans des gestes automatiques. Allait-il être capable de...

"Sindre... au secours..."

Ça recommençait !... En plein jour, à présent !...

Griffon jurait qu'il allait devenir fou si ça ne cessait pas !...

"Les volumes sont-ils demeurés intacts, Rune ?"

"Oui, Seigneur. Cerbère y veille avec un zèle exemplaire."

Fort bien. Un souci en moins !...


Minos siégeait, plein de noblesse et d'autorité. Griffon impressionnait les âmes. Aussi se répandaient-elles plus aisément en confession.

Le flot de paroles devint bientôt un brouhaha de fond pour Griffon, pensées ailleurs.

"Sindre..."

Que cela cesse, par Hadès ! Qui avait l'audace de l'appeler ainsi ?! Qui se permettait l'outrage de lui rappeler cette vie révolue ?!

Il passa une main lasse sur son visage.

"Souhaitez-vous que je prenne le relais, Seigneur Minos ?..." s'enquérait Rune.

Hochement de tête. "Repasse-la en confession. Que rien ne nous échappe." ordonna Griffon avant de quitter le pupitre.


"Griffon... tu as sérieusement une mine à faire peur..." constata Aiacos.

Non seulement cela mais également une furieuse baisse de libido !... D'ordinaire Griffon était toujours demandeur ou prêt à accéder au désir d'Aiacos. Or voilà plusieurs nuits qu'il demeurait assis dans un fauteuil, cédant le lit à son compagnon pour l'y délaisser.

"Quelque chose ne va pas, je le sens, je le vois."

Minos eut une grimace. Évidemment.

"Parle-moi. Et voyons ce que nous pouvons faire."

"Je n'y tiens pas."

Tête de bourrique !...


Une complication supplémentaire fit son apparition alors que Minos pensait avoir déjà atteint le fond de la folie... Hypnos, dieu du Sommeil, fraîchement libéré de son tabernacle avec son frère, jeta son dévolu sur Griffon.

Allez savoir pourquoi, le Juge dopait la libido du dieu blond !...

Ce dernier profita donc de sa supériorité sur le Griffon pour le harceler sans vergogne.

Et Griffon avait beau signifier son désintérêt, y mettant les formes pour ne pas vexer le dieu blond, Hypnos revenait à la charge, alliant les gestes à la parole.

Hypnos était passé maître dans l'art du chantage. Tout lui était bon.

Minos était tant à bout qu'il en était arrivé à laisser la main d'Hypnos vagabonder là où bon lui semblait - son entrejambe demeurait la convoitise du dieu blond, sans toutefois parvenir à générer la moindre érection de la part du Griffon éreinté.

"Je vais me fâcher si tu n'y mets pas du tien, Griffon." grogna Hypnos. "Te rends-tu compte de l'honneur que je te fais ?..." y allant plus franchement encore.

"Pardonnez-moi, Hypnos Sama... le travail est si... prenant ces derniers temps qu'il me laisse rompu."

"Soit. Je vais demander à Hadès Sama de t'accorder quelques jours de repos que tu viendras passer dans notre palais flottant. Qu'en penses-tu, Griffon ? Je saurai te remettre sur pieds." mordillant le cartilage de l'oreille de son beau.

Minos était dans un tel état que repousser les avances d'Hypnos lui était de trop. Son énergie vitale déclinait de jour en jour.


Cerbère avait attrapé quelque chose dans sa gueule qu'il refusait de lâcher. Il fallut l'intervention de son Maître pour que l'animal refoule l'âme qu'il tenait prisonnière de sa gueule depuis la nuit.

"Qu'avons-nous là ?..."

L'âme tremblait, incapable de détacher son regard d'Hadès.

"Est-ce toi qui t'es emparée des précieuses pages de l'un de mes volumes, maudite ?"

Elle se refusait à parler.

"Fort bien. Qu'on fasse mander Griffon !" ordonna Hadès sur un geste autoritaire.


"HYPNOS ! HYPNOS, OUVRE IMMÉDIATEMENT !" ordonna la voix lourde de Thanatos.

Hypnos se redressa du lit, visage marqué par un mécontentement certain.

Sous lui, Griffon divaguait entre deux mondes. Il lui était indifférent, dans son état, qu'on abuse ainsi de lui.

Et Hypnos se fichait vertement que son partenaire participe ou non. Seul importait son égoïste plaisir !...

Malgré le fait qu'il arrivait à l'esprit de Minos d'effleurer les moments chéris avec Aiacos, il lui était absolument impossible de se défaire de l'emprise d'Hypnos qui, de surcroît, n'avait nul besoin de faire appel à ses propres pouvoirs pour soumettre Griffon. Ce dernier sentait ses forces s'écrouler en même temps que sa volonté et sa raison !...


Minos titubait sous le poids de son propre surplis, les pas lui étaient si lourds...

Il n'atteignit pas même la salle dans laquelle il était attendu et s'effondra en pleine allée.

"Voilà qui est fâcheux." déclara Hadès.

"Seigneur, laissez-moi prendre soin de lui." quémanda Aiacos.

"Ses talents nous auraient été utiles présentement. Il ne demeure pas en état d'y procéder, à l'évidence." se grattant le menton, contrarié.

Aiacos chargea Griffon sur son épaule. "Permettez que je l'emporte sur ma galère noire afin de le rétablir, Seigneur."

Hadès eut un petit geste dépité.

Soulagé, Aiacos ramena Griffon avec lui. Il le coucha dans son propre lit après l'avoir défait de son surplis.

Les pupilles du Griffon dérivaient sous ses paupières mi-closes. Il geignait comme une âme en peine.

"Par Hadès, Griffon !... Resaissis-toi !..." le secouant par les épaules.

"Là... là-bas..." désignant d'un index mou un point imaginaire.

"Bon sang, Griffon ! Que cherches-tu à me dire ?..." perdu.

Aiacos serra le corps ramolli du Griffon contre lui. "Que t'arrive-t'il ? Qu'est-ce qui peut bien t'avoir plongé dans pareil état ?"


Hypnos fut hautement contrarié par la manœuvre d'Aiacos !... Il hésitait cependant fortement à venir lui-même sur la galère pour réclamer qu'on lui cède son dû car il redoutait plus que tout ces Spectres capables de maîtriser les flammes !...

Une véritable aubaine pour Bénou et Garuda !...

Le dieu blond rongeait son frein, faisant les cent pas sur la terrasse du palais flottant, sous l'œil amusé de son jumeau.

"Par pitié, Hypnos... tu fais penser à l'une de ces bêtes en cage."

"Silence, Thanatos !" grogna le blond.


C'était une bonne chose qu'Aiacos ait accueilli Griffon à bord de sa galère. Au moins, demeurait-il à l'abri des assauts libidineux du dieu du Sommeil !...

La voix, par contre, ne s'était pas tue et ses appels résonnaient encore dans l'esprit embrumé du Griffon.

"Sindre... sauve-nous... par pitié..."

Une longue plainte vint en réponse.

"Quelque chose... quelque chose te rend fou !..." se penchant sur Minos. "Ouvre-moi ton cœur et tes pensées, Griffon... dis-moi ce qui te torture ainsi jusqu'à la mort !..."

"Pau... Paula..." doigts crispés sur l'avant-bras nu d'Aiacos.


Aiacos était rembruni. Paula. Évidemment. Il connaissait ce qui liait Sindre et sa sœur. Et de quelle manière Sindre s'était fait justice lui-même.

Il se pouvait fort que cette âme, épargnée par les tortures, appelle son cher frère à l'aide !...

Bien. Tout d'abord faire appel à un connaisseur.

C'est ainsi qu'Aiacos vint trouver Rune.

"Une âme capable d'appeler un proche, dites-vous ?..."

"Oui." trépignant.

"Cela s'est déjà vu, en effet. Mais nous les faisons généralement taire."

"Et si ce proche est l'un des nôtres ?..."

Rune plissa les yeux. Il était loin d'être stupide et se doutait pertinemment que si Aiacos était venu quérir son aide, c'était parce que le Griffon était empêtré dans les ennuis jusqu'au cou !...

"Comment... se porte le Seigneur Minos ?"

"Est-ce là ton problème ?" aboya Aiacos en retour avant de se reprendre. "Il... demeure à l'abri sur ma galère." plus calme.

"Je vais demander au Seigneur Rhadamanthys de me remplacer ici. Ainsi je pourrai enquêter."

"Je veux des résultats, Rune." ferme.

"Je ferai mon possible, Seigneur."


Rune déplia les pages rendues par l'âme pilleuse. Il les parcourut des yeux et tomba sur une évidence ; les lignes consignaient les actes d'une jeune femme née en Norvège, victime d'un viol ignoble. Évidemment, Rune fit immédiatement le rapprochement entre Paula et Sindre Svendsen !... Rune était l'un de ceux pour qui la vie terrestre ne recélait aucun mystère.

Ne négligeant aucun détail, il fit part de ses constats à Aiacos. Ce dernier en blêmit.

"Seigneur Aiacos ?..."

Aiacos se secoua. "Je dois voir l'âme pilleuse sur-le-champ !" se précipitant dans la prison désignée.

"Toi !" s'accrochant aux barreaux. "Décline ton identité !"

L'âme demeura silencieuse.

"Si je dois venir chercher l'aveu à même ta bouche tu peux être certaine d'y laisser ta langue !" menaçant, yeux injectés de sang.

L'âme trembla tout son long face à la menace, sentant bien qu'Aiacos était loin de plaisanter !

"Si... Sigrunn Svendsen..."

La... la mère de Sindre et Paula !...

La lumière se faisait enfin !...

Désireuse de se racheter une conduite, elle était venue piller les pages relatives aux actions de sa fille, pensant ainsi, bien à tort, qu'il serait donné une seconde chance à cette dernière !...

Aiacos entra dans la cellule, surplis revêtu.

"Les règles des Enfers sont strictes sur le sort d'éventuelles âmes rebelles, Sigrunn. En aucun cas, les âmes n'ont à interférer dans la vie des Spectres en fonction. A plus forte raison celle d'un Juge de Sa Majesté Hadès."

"Je pensais..."

"Tu pensais à tort, Sigrunn. Quelle que fut ta motivation, tu en périras."

"Par pitié... ma fille..."

"Sa peine est considérée comme légère. Le Juge qui l'a prononcé est réputé pour son impartialité. Aussi, doit-elle cesser ses vains appels."

Aiacos, un instant penché sur Sigrunn, se redressa. "Gardes. Qu'on aille me chercher la dénommée Paula Svendsen." puis se penchant à nouveau sur l'âme maternelle. "Je veux que tu ordonnes à ta fille de cesser d'appeler son frère."

"Sei... Seigneur... pitié..."

Une gifle. Bien sentie, celle-là. "Je ne me répéterai pas, par Hadès !"

"Un ennui, Garuda ?"

Wyvern... il ne manquait décidément plus que lui !...

"Rien qui ne valait la peine que tu te déplaces."

"Tu viens d'ordonner de déférer une âme de la prison dont j'ai la garde. Il est naturel que j'en sois informé."

"Wyvern... ce n'est vraiment pas le moment !..." sur un geste éloquent.

"Au contraire, tu te dois de passer par moi pour un tel transfert."

Ce qu'il pouvait être exaspérant, souffla Aiacos.

Il traîna - si l'on pouvait ainsi dire - Wyvern dans le couloir.

"Griffon est au plus mal... à cause de deux âmes que le tourmentent." d'une voix basse.

"Que me chantes-tu là, Garuda ?" moqueur.

"Rune n'a fait que confirmer l'évidence. Griffon se meurt."

"Par Hadès, en voilà une sordide histoire !... Quel Juge digne de ce nom pourrait ainsi se laisser percuter par des âmes à la dérive ?" d'un ton toujours aussi narquois. "Je pensais définitivement Griffon bien plus solide que cela. A l'évidence, il a tout d'un chiot."

"Je te défends, Wyvern !" faisant rugir son cosmos.

"Un duel ? Maintenant ? Ma foi... je suis ton homme, Garuda."

"Livre-moi cette âme, qu'on en finisse !"

"Le transfert d'une âme, cela se mérite." lui assène Rhadamanthys.

"J'affronterai tous les dieux pour Griffon." se mettant en garde.

"Je n'ai jamais rien entendu d'aussi pathétique."

"Messires !... L'heure n'est pas au combat, je puis vous l'assurer !..." déclara Rune, arrivé sur les lieux avec l'âme de Paula.

Rhadamanthys plissa les yeux. "Décidément. On se plaît beaucoup à outrepasser mon autorité, je note." piqué au vif.

"Seigneur Rhadamanthys, pas maintenant, je vous prie."


Les deux âmes furent réunies puis scellées dans une prison secondaire.

Avant l'opération, Garuda s'était plu à jauger l'âme de Sigrunn avant de lui asséner : "Quelle tragique ironie, tout de même... tu as tant souhaité venir en aide à ta fille que vous voici, toutes deux, dans cette inconfortable position... le mieux est souvent l'ennemi incontesté du bien." avant de donner l'ordre de procéder au scellement éternel des deux âmes, sur un geste sec.


Dès lors, Griffon fut libéré de ces appels handicapants.

Il dormit quatre jours et quatre nuits d'affilées.

Aiacos veillait sur lui, aura le confortant jusque dans son sommeil - geste qui n'échappa guère à Hypnos dont le rictus se fit plus terrible que jamais. "Tu penses vraiment avoir gagné la partie, méprisable petit Juge ?..."

Griffon avait l'air si apaisé... Aiacos aimait caresser les traits lisses de son visage, perdre les doigts dans ses cheveux magnifiques.

Il l'aimait plus que sa vie. Son âme était transportée devant cette silhouette calme, reposant dans ce lit. Cette domesticité était nouvelle pour Garuda et il apprécia fort d'avoir son compagnon pour un si long terme à bord de son navire.


Ce matin-là, Griffon ouvrit les yeux et s'étira de longues minutes, reprenant possession d'un corps qu'il lui avait semblé avoir quitté.

Il agita les doigts - toujours aussi agiles, ils n'avaient strictement rien perdu de leur dextérité !...

Sa tête ne frappait plus et ses idées étaient claires.

Il découvrit Aiacos endormi à ses côtés. Avait-il cauchemardé ?...

Son appétit lui était revenu, comme en témoignait ce qui soulevait le drap. Et l'objet de tout son désir se trouvait à ses côtés.

Il glissa une main jusqu'à la hanche d'Aiacos, caressant, se calant derrière lui pour lui faire sentir tout son désir, s'y frottant sur des geignements doux.

"Hmm ?... Gri... Griffon ?..." se retournant de moitié, réalisant au bout d'un moment la nature de ce qui frottait inlassablement contre lui, dans son dos. Un sourire naquit sur les lèvres du Népalais. Il avait visiblement récupéré !...

Les lèvres du Norvégien couraient sur la peau hâlée de son dos, de ses omoplates jusqu'à sa nuque que Griffon mordillait, animé par un désir vif.

Aiacos n'avait pas le réveil aussi vif que Griffon. Et Griffon le savait, patientant comme il le pouvait, tension folle nichée dans le bas-ventre.

Aiacos riait doucement lorsque la langue attentionnée de son partenaire chatouillait certaines parties de son dos.

La main agile de Minos le chercha jusqu'à le trouver, mi-dressé.

Aiacos pivota sur le dos, envisageant son fantastique compagnon.

"Griffon... te souviens-tu de quelque chose de ces derniers jours ?..."

"Juste... un épuisement physique." sur un sourire doux.

"Rien de plus ?..."

"Non."

"Des voix qui quémandaient ton aide ?... Ou plutôt... l'aide de Sindre ?"

Griffon bascula sur le dos à son tour, sur un soupir.

"Il s'agissait de ta sœur et de ta mère... ta mère est la responsable du vol des pages des volumes qui compulsaient les actions de ta sœur." désireux de se montrer sincère.

"Formidable !..." avec un geste éloquent, se tapant le front.

"Elles ont... été scellées toutes deux, sur mon ordre, pour que tu puisses enfin trouver le repos, Nos."

"Fantastique !..."

La belle humeur venait de foutre le camp en même temps que l'érection de Griffon.

"J'ose espérer que personne d'autre n'est au courant de l'incident..." soucieux de préserver la réputation qui lui était si chère.

"Euh... Wyvern..." d'une voix basse.

"Grandiose !..." sur un nouveau contact paume/front.

"Allons, Griffon... Wyvern est une tombe. Ta réputation ne risque pas d'être entachée pour si peu."

"Évidemment, ce n'est pas comme si Wyvern avait été informé de tes propres égarements avec Kansakar !..." mordant.

Garuda soupira à son tour.

Buté comme il l'était, inutile d'en rajouter.

Aiacos s'assit en bord de lit, s'étirant vaguement avant de récupérer de quoi se vêtir.

Dire que la journée aurait pu bien commencer...