Toujours se méfier d'un Griffon... toujours.


Chapitre 21 : An eye for an eye

Minos mirait son reflet avant d'adopter un port de tête noble.

Il n'était pas dit que le Juge demeurerait la proie d'Hypnos indéfiniment !... Minos avait du répondant et de la superbe, n'en déplaise !... Et ce qu'il s'apprêtait à commettre, le Juge était prêt à le justifier devant son Maître !...

Et foi de Griffon, ce dieu malséant le paierait au prix fort !...


Minos quitta discrètement Antinora, à l'insu d'Aiacos, pour rejoindre Tolomea ; plus précisément sa serre garnie. Il sortit, avec mille précautions, une fleur hybride, issue de croisements des plantes les plus mortelles des Enfers. Il l'avait toujours réservée à des fins extrêmes et l'attitude déplacée d'Hypnos le justifiait !... Avec prudence, il récolta un peu des étamines de cette plante mâle dans un petit récipient discret.

Son plan était fin prêt. Et il passa à l'action.


"Minos du Griffon !..." s'enthousiasma Hypnos. "As-tu enfin résolu de quitter le palais du Juge du Garuda ?"

"Oui, Seigneur. Même si Aiacos est un hôte agréable, votre présence me faisait défaut."

Hypnos eut un sourire délecté.

"Quel revirement de situation... je pensais que tu me fuyais."

"Moi ? Par Hadès, quelle idée entretenez-vous là ?..."

"Fort bien."

"La porte de Tolomea vous sera toujours ouverte, Hypnos Sama." courbette. "J'espère vous y voir sous peu..." sur un regard prometteur.

"Va, Griffon. J'honorerai ta requête sans y manquer."


L'appétit d'Hypnos pour le Juge le conduisit rapidement au palais de ce dernier.

Minos s'était apprêté à le recevoir comme il se devait.

"Hypnos Sama." courbette.

"Allons, Juge du Griffon, relève-toi." allant égarer les doigts dans la chevelure argentée.

Par Hadès, que son toucher était désagréable à Minos !... Rien à voir avec ce qu'il éprouvait lorsque les caresses venaient d'Aiacos !...

"J'ai préparé une petite collation avant que nous... regagnions mes appartements."

"Tu sais recevoir." le félicita Hypnos.

Le thé était servi, fumant.

Minos n'était pas nerveux, loin de là. Il envisageait le déicide auquel il s'apprêtait avec sérénité et aplomb.

"C'est un thé que je prépare spécialement avec les fleurs de mon jardin." précisa Griffon.

"Il est parfumé." se délecta Hypnos, humant les volutes.

Une fois tiédi, Hypnos en but une gorgée.

L'atteinte était fulgurante ; faisant gonfler les chairs de la gorge, privant d'air.

La tasse se fendit au sol.

Hypnos chuta de sa chaise, main déployée sur sa gorge, portant un regard assassin à Griffon qui savourait un thé vierge de tout poison.

"Vous ne vous sentez pas bien, Hypnos Sama ?..."

"Mau..." le reste fut étranglé dans un gargouillis immonde.

"Vous avez très mal supporté le thé, il me semble." raillait le Griffon, décomplexé.

Hypnos résista un moment avant de rendre les armes, s'affaissant au sol.

Bien. Griffon avait à présent un cadavre sur les bras.

Il s'était, jadis, débarrassé du corps du violeur de sa sœur bien-aimée en creusant un trou et en s'aidant de chaux. Or, aux Enfers, nul produit comparable... soit.

Il écartela tout d'abord soigneusement le vaisseau de chair d'Hypnos, tandis que son âme s'empressait de regagner le palais où siégeait sa douce moitié, avant de choisir un endroit du parc pour y enterrer profondément les restes.


Aiacos manqua de recracher ce qu'il avait en bouche. "Tu... quoi ?..." clignant, pensant à un mirage auditif. "Haha ! Hahaha !... très drôle, Minos."

"Ce n'est pas une plaisanterie. L'affaire est très sérieuse." d'un calme olympien.

"Par... Hadès... qu'est-ce qu'il t'a... pris ?..." annona Garuda, n'en revenant toujours pas. "Qu'as-tu fait de sa dépouille ?..."

"Enterrée proprement à Tolomea."

"Tu dis ça... comme s'il s'agissait d'un simple garde ou d'un Spectre subalterne... Nos, nous parlons d'un dieu là !... Et qui possède un frère jumeau, figure-toi !"

"Je le sais, Cos. J'ai fait mon enquête, imagine-toi. Je sais que Thanatos ne pleurera pas la mort d'Hypnos."

Aiacos ouvrit la bouche, incapable de la refermer.

"Ce cher Thanatos me doit d'ailleurs une fière chandelle !... Il échafaudait lui-même un plan pour faire tomber son très regretté frère."

"Pour... quoi ?..." perplexe.

"Parce qu'il en avait assez de vivre dans son ombre."

"Penses-tu vraiment qu'une telle situation puisse plaider en ta faveur, Nos ? Et quelles étaient tes motivations, pour commencer ? Je veux bien admettre qu'Hypnos n'était pas arrangeant... de là à le détruire..."

Minos prit un air grave. "Il n'avait pas le droit de m'imposer certaines choses. Qu'il soit un dieu n'y change rien."

"Mais encore ?..."

"Crois-moi, si tu connaissais toute l'histoire, tu aurais envie de tuer ce cher Sommeil une seconde fois." dur.

"Et comment t'y es-tu pris ?..."

"Oh, mon secret... tient dans une cuillère à thé." sur un sourire énigmatique.


"Ces mains..." contemplant celles, larges et fortes, d'Aiacos.

"Oui ?" amusé, appréciant de sentir la jolie tête de Griffon peser sur le haut de ses cuisses.

"... elles savent me faire tant de bien..."

"Et elles s'en réjouissent, crois-moi !..." rit Aiacos, les faisant cheminer sur le corps de Minos, à leur guise.

"Je ne te laisserai à aucun autre, Cos." aussi épris que possessif.

"Je ne veux être à aucun autre, Nos. Nous nous le sommes promis, tu t'en rappelles ?..."

"Distinctement, oui." souriant, avisant ce magnifique menton vu en contreplongée.

Aiacos possédait des traits véritablement masculins ; un menton fin mais droit, une dentition splendide, une bouche aussi large qu'expressive.

"Tu sais..."

"Oui ?..." attaché aux lèvres de son bel Oiseau.

"Nous avions cette chamane âgée dans le village..."

Oooooh !... Un nouveau récit. Minos se cala un peu mieux pour le recevoir, fermant les paupières, laissant son ouïe prendre le relais.

"Elle m'a toujours regardé d'une très curieuse façon... insistante."

Sourire de Minos. "Elle avait dû déceler quel destin t'attendait. J'ai toujours été très surpris par la clairvoyance de certaines larves... leur connivence avec les esprits, sans doute."

"Je me rappelle sa réticence à me prodiguer des soins lorsque j'avais contracté une forte fièvre, à l'aube de mes quatorze ans."

"Elle pensait rendre un fier service à l'humanité si tu été venu à mourir."

"C'est bel et bien l'insistance de mon père qui l'a décidée."

"Fort heureusement, elle dépendait du chef de village."

"La fois où, lors d'une cérémonie de protection de notre village, elle a dirigé les flammes du brasier vers moi et qu'elles ne m'ont pas atteint, passant de part et d'autre de mon corps..."

"Notre Seigneur n'allait pas tolérer de laisser l'un de ses meilleurs soldats périr par l'élément qu'il allait s'apprêtait à soumettre avec bien plus de brio que le pouvait cette sorcière !..."

"Tous ces signes, Nos..."

"Mais oui, il nous a désignés dès le berceau, sois-en assuré, Cos."

"Les flammes avaient rugi et étaient remontées vers les cieux, dessinant la forme d'un Garuda." imitant le mouvement des flammes.

"Comme je le disais..." sur un sourire audible. "Tu devais être magnifique, installé au coin du feu, danse des flammes reflétant ton visage..." rêveur.

"J'ai encore en mémoire les sons de la musique népalaise... parfois je me la rejoue pour le plaisir, dans ma tête."

"Dansais-tu ?..."

"La danse était réservée aux plus avertis vu que, selon eux, elle était connectée aux dieux et aux esprits de la jungle et de sa faune. Les figures, d'ailleurs, portaient des noms de fleurs ou d'animaux sauvages."

"Les filles du village te regardaient-elles ?..."

"Un petit groupe oui, discutant entre elles, se livrant à des messes basses, gloussant en me regardant. Et moi, je... n'attendais qu'un bandit comme Kripal me tombe dans les pattes !..." riant. "Je souhaitais qu'on me sorte de l'ambiance étouffante du village, Nos."

"Ce que Kripal a fait mieux qu'aucun autre."

"Il ne répondait à aucun code."

"Je vois."

"Et toi ? Quels étaient les signes ?"

"Laisse-moi réfléchir... oh, ils étaient moins éloquents que les tiens. La fois où mon précepteur m'a demandé de rendre une composition sur un animal mythique... et que j'ai choisi le Griffon."

"Haha ! Bien. Je suis certain que ton texte était brillant."

"J'y ai... même évoqué Hadès, c'est dire !..." riant. "Pour me prendre un hors-sujet cinglant !..."

"Pas très au fait, ton précepteur !..."

"Comme beaucoup de ces larves aveuglées." sur un soupir. "Quel dommage... c'était un être éminent."

"Pas suffisamment averti pour rallier nos rangs. L'as-tu revu après ton appel ?"

"J'ai entendu qu'il avait été décoré par la faculté de médecine du pays pour avoir trouvé un remède contre plusieurs maladies qui frappaient nos contemporains."

"Hmm... notre Maître aura tôt fait d'engloutir les larves d'une autre manière."

Aiacos observait le jeu des mèches argentées échapper de ses doigts.

"J'aime te sentir ainsi apaisé, Griffon. J'aurai même très envie de... te faire ta fête."

Sourire qui s'allonge en face. "Well..."

"Cela fait longtemps..."

"Je sais. J'en suis désolé, Aiacos. Je n'étais... pas en état de recevoir pareille faveur, ni mentalement, ni physiquement."

"J'aimerai que tu me parles lorsque la situation te pèse, je suis là pour partager tes élans, Griffon." doux.

"Fils des cieux..." sur un sourire aimant, remontant jusqu'au visage adulé, l'embrassant partout par touches légères. "Fais... de mon corps un hymne au plaisir, Cos."

"Volontiers, Griffon." mains commençant déjà à cheminer sur le corps aimé. "Promets-moi cependant que si quelque chose te déplaît dans mes gestes ou mes actes, que t..."

Le baiser scella tout.

Minos se sépara lentement de son bel Oiseau. "Tout ce que tu proposes me plaît, Cos. Alors ne te réfrène en rien."

Aiacos prit l'ascendant, à moitié hissé sur son amant, le couvrant de caresses et de baisers, tantôt effleurants, tantôt affamés.

Ce diable de Griffon lui avait tant manqué, par Hadès !...

Les pupilles délectées de Minos dérivaient déjà. "Possède-moi, Cos." dans un rauque appelé.

Il en avait tant besoin !... Pour reléguer les assauts répétés d'Hypnos au rang de ses souvenirs les plus vagues.

Aiacos lui offrirait une montagne de plaisirs intenses, sans faillir, lové sur lui comme un rapace protège, de ses larges ailes, ceux qui lui sont chers.

Comme s'il percevait le corps de Minos à travers sa propre chair, Aiacos lui fit l'amour avec beaucoup de prévenance, se gavant des expressions - vulgaires pour la plupart - lâchées par Minos dans l'intercourse de la joute, lorsque le plaisir se faisait vague et creux, lorsque tout montait si haut que le vertige gagnait et la tête frappait, orgasme prêt à éclater.

Il appréciait tout particulièrement, installé à quatre pattes, basculer son bassin d'avant en arrière, en contresens d'Aiacos, pour que ses jolies fesses frappent les hanches de son bel Oiseau, les rendant fous de bonheur, peaux moites s'appelant l'une l'autre.


Minos émergeait, s'étirant de tous ses membres sur de petits sons comblés.

Il avisa Aiacos qui semblait dormir profondément, déterminé à lui réserver une petite surprise. Se levant, il glissa dans la première robe de chambre venue, se rendant dans les cuisines pour lui concocter un frokost typiquement norvégien : réputé pour tenir au corps, faisant la part belle aux protéines.

Minos garnit un plateau qu'il amena à son précieux Oiseau, le tirant du sommeil d'une voix suave.

Aiacos, il le savait, n'avait pas le réveil facile. C'est un oreiller qui vint heurter le visage de Minos alors qu'il tentait de tirer son amant du lit. Renfrogné, Aiacos se terra littéralement entre les coussins restants.

Aux grands maux, les grands remèdes !... Minos lâcha ses fils pour dégager l'Oiseau de la prise du lit.

Surpris d'être ainsi soulevé dans les airs, Aiacos jura en bon népalais. Visiblement réveillé du pied gauche !...

"Minos !..." grogné.

"Les boissons vont refroidir, Cos." l'installant devant le plateau.

Aiacos cligna, ne s'attendant visiblement pas à une attention aussi royale. "C'est toi qui as ?..."

"Mais oui." s'installant à ses côtés, ramenant le plateau à eux, désireux de partager ce premier repas avec lui.

"Eh bien... dire que je pensais que les Norvégiens étaient nourris au petit lait..." s'amusa Aiacos.

"Quelle idée !..." rit Minos. "Tiens... goûte donc ceci." lui tartinant un knekkebrød de confiture de fruits rouges et de... cette étrangeté.

"Ne le regarde pas ainsi... il ne va pas te manger."

"Qu'est-ce ?..." curieux, envisageant le pavé brun sous toutes ses formes.

"Du Brunost."

"Mais encore ?..."

"C'est savoureux. Goûte."

Ma foi... c'était aussi doux que caramélisé.

Se nourrir ainsi rendit Aiacos de meilleure humeur.

Minos était ravi que sa petite attention rencontre un tel succès, gavant son Oiseau de mets dont ses papilles étaient étrangères.

D'ailleurs, il comptait bien sur un retour de faveur, incapable de résister à l'envie de le lui signifier. "Tu m'initieras au petit déjeuner népalais ?..."

Rire d'Aiacos. "Thé au lait de yak. C'est tout. Par contre, c'est Dal Baht à volonté dès la fin de matinée !..."

Minos eut une petite mine déçue. "Je dois dire que je demeure sur ma faim..."

"Vraiment ? Avec tout ce que je t'ai offert cette nuit ?..." doigts s'égarant du côté des pans argentés.

Petit sourire de Minos. "Tu sais pourtant que plus c'est bon, plus nous avons tendance à en redemander..." sur des améthystes brillantes de désir. "... et je suis du matin."

"Moi pas. Mais pour toi, je pourrai peut-être fournir un effort pour le devenir..."

"Cos..." ravi.

"Retire déjà ce que tu portes sur le dos, pour commencer. Montre-moi ta beauté, Minos."

Minos se leva, lui faisant face, laissant lentement glisser la robe de chambre de ses épaules.

Aiacos laissait son regard suivre la lente chute du vêtement. Lorsque ce dernier atteignit le sol, les yeux d'Aiacos remontèrent leur chemin.

"Le surplis du Griffon ou même ta robe d'office camouflent des merveilles..." appréciateur.

Petit rire de Minos. "Je me félicite de te plaire."

Les mains d'Aiacos ne tardèrent pas à prendre possession des formes de Minos, cheminant là, gestes dévorés des yeux par leur heureux propriétaire.

"La soie... ta peau m'évoque la soie, Nos..." l'approchant de lui pour mordiller l'anse de ses hanches, y passant une langue langoureuse l'instant d'après, ignorant volontairement ce qui venait de se dresser de délice.

Puis Aiacos vint chercher les billes de chair de Minos, lui envoyant des décharges de frissons. C'est qu'il était diablement sensible de l'endroit, le Griffon !...

La bouche d'Aiacos vouait à présent au supplice le cou de son partenaire.

Plus bas, les sexes se saluaient dans une danse lascive.

"On dirait bien... que ton petit déjeuner m'a mis en forme... Minos..." se félicitait Aiacos, accentuant les faveurs.

"Il va finir par te rendre du matin, toi aussi..." cherchant la bouche de son bel Oiseau.

"Il est certain que si tu t'offres ainsi à moi tous les matins, je le deviendrai assurément." sur un sourire audible, finissant par fondre sur la bouche de Griffon.

Le baiser était tournoyant autant que dévorant. Aiacos se sépara d'un Griffon aux améthystes parfaitement troubles.

"Dès que je t'ai vu, Cos... dès que je t'ai vu, j'ai su..." soufflé, doigts égarés dans les mèches fournies de son partenaire. "Le fils des cieux... s'est abattu sur moi telle... une flèche..."

Petit rire rauque en face. "Ce que Garuda veut, Garuda l'obtient." sur un mordillage de clavicule dans les règles.

Aiacos bascula, plaçant Minos devant le lit défait, lui saisissant l'arrière des cuisses pour le jeter sur le lit, le rejoignant sans tarder, laissant leurs jolies verges s'ébattre entre elles, leur arrachant des sons d'une joyeuseté lascive.

Minos avait l'impression que Garuda était partout à la fois, lui octroyant des vagues somptueuses de plaisir à travers tout le corps.

"You... deserve this..." lui souffla Aiacos à l'oreille. Assurément, cet animal se servait de son cosmos à des fins érotiques.

Minos n'était plus qu'appels sur fond de tension exacerbée.

Ses bras se nouaient désespérément autour de son amant et chaque soupir sublimait le nom d'Aiacos.

"Fils... des cieux !..." fou de lui, écartant les jambes pour être possédé dans la seconde.

Aiacos suintait déjà tant que l'usage du baume en devint secondaire.

Sur un sourire et des pupilles déviées, Aiacos fouillait lentement, à la recherche du fameux point qui les rendrait fous tous les deux.

Les ondes qui déferlèrent sur Minos lui prodiguèrent des orgasmes à la chaîne.

Il était à présent complètement défait entre les serres d'Aiacos.

Ce dernier haletait joliment, sexe sur le point de rendre.

Un dernier coup de hanches n'y manqua pas et leurs voix s'unirent pour crier ce plaisir mâle à la volée.

Puis Aiacos s'affaissa sur Minos, vidé.

Le sommeil les cueillit jusqu'à ce que le devoir de leurs cours les rappelle.