Petite surprise en fin de chapitre ^^
Chapitre 31 : Reward
Hypnos s'installa sur une chaise, envisageant Minos d'un air narquois.
"Que de zèle, Griffon. J'ignorai à quel point tu appréciais être au service de ton Procureur."
Minos tâchait de ne pas y prêter attention, pensées centrées sur le classement des précieux volumes.
"Toujours dans le giron du Garuda ?... A ce propos, j'ai croisé votre... protégé la fois dernière."
"Je vous demanderai de ne plus l'approcher à l'avenir."
"Tu me... l'interdis ?... C'est trop drôle !... Je suis libre d'aller et venir où je le souhaite aux Enfers, Griffon, et de m'approcher de qui bon me semble. Tu n'es qu'une larve, Minos. Une larve comparable à celles qui se meuvent sur le sol maudit gardé par Athéna." se levant pour serrer le Griffon.
"Cessez." sec.
"Ou ?... Tu me feras la guerre avec tes faibles pouvoirs ?"
"Hypnos Sama." trancha la voix grave de Rune. "Dois-je en référer à Sa Seigneurie ?"
Hypnos soupira, s'éloignant enfin du Griffon.
"Tu ne seras pas éternellement à l'abri, Griffon." menaça Hypnos.
"Dois-je vous rappeler que le Seigneur Hadès vous a uniquement rendu ce corps afin d'exécuter la sentence ?..."
"Hadès Sama."
"Minos." envisageant son premier Juge. "Te rappelles-tu d'Elaïs qu'un fâcheux concours de circonstances nous a forcés à céder au Sanctuaire ?"
"Parfaitement, Seigneur."
"L'heure est venue. Et c'est toi que je charge de l'enlever aux yeux de tous. Mon aura sera à tes côtés pour ce faire, Minos."
"Hadès Sama." souriant, heureux de retrouver la confiance de son Seigneur.
"Quant à Hypnos, je me charge moi-même de le tenir à distance. Son cher frère ne demande pas mieux, après tout." sur un petit sourire de guerre. "Ce soir, ma chère Persephóneia me sera enfin rendue. Je veux marquer cela d'une pierre blanche. Va, à présent, Minos."
Le ciel se déchirait toujours en deux, offrant un tourbillon ténébreux. Hadès et son armée ne montaient généralement jamais du sous-sol ; ils avaient pris pour habitude de descendre du ciel pour plus d'effet.
Athéna assurait la garde, convaincue qu'Hadès venait réclamer Elaïs.
Les deux ennemis possédaient cette capacité de deviner les intentions de l'autre.
Elaïs jubilait, fixant le tourbillon vertigineux qui offrait un véritable couloir de choix aux âmes damnées de l'armée des Ténèbres.
Sur l'éclat d'un joyau sombre, c'est Griffon qui apparut, ailes déployées, secondé par l'aura même du dieu qu'il servait.
"Minos du Griffon..."
Elaïs tendit la main vers sa délivrance et sans qu'aucune force au Sanctuaire ne put retenir, elle afflua vers Minos qui la réceptionna en plein ciel, torse dans son dos, bras fort passé autour de ses épaules, penché au-dessus d'elle comme Griffon sur une proie de choix.
"Hadès..."
"Pensais-tu que j'allais te céder une âme qui me réclame depuis tant d'années, Athéna ?..." tonna la voix d'Hadès.
"Hadès, Persephóneia te sera rendue aujourd'hui même ! Quel besoin éprouves-tu de t'en prendre ainsi à l'une des nôtres ?..."
"L'une des vôtres ?... Tu manies l'humour avec une remarquable ironie, Athéna !... Jamais cette enfant n'a été l'une des vôtres. Son âme m'appartient depuis toujours."
Fin de discussion. Disparation, dans un flash énergétique, de Minos et d'Elaïs.
Persephóneia courut jusqu'aux bras d'Hadès, désireuse de serrer son bien-aimé époux contre elle.
Hadès l'accueillit en ses bras forts, plongeant le nez dans ses cheveux.
"Mon très cher époux..."
"Ma déesse... comme le temps m'a paru long..."
Persephóneia était apprêtée. Chacun de ses retours auprès de son ténébreux époux équivalait à une nouvelle nuit de noces.
Hadès entra dans la chambre, robe sombre revêtue.
Elle préférait les couleurs pastelles et Hadès ne contrariait en aucune manière ses choix.
Il posa les mains sur les épaules de sa belle, se penchant pour embrasser délicatement sa joue, cheminant jusqu'au cou, repoussant lentement ses cheveux défaits.
"Enfin... vous m'êtes revenue..."
"Comment pouvait-il... en être autrement ?..." frémissant sous les attentions ciblées du dieu des Enfers.
Persephóneia concoctait elle aussi ses parfums et celui qu'elle portait envoûtait littéralement le Souverain.
Il glissa une main sous elle pour la soulever de sa chaise et la guider jusqu'au lit.
Hadès avait toujours eu cette poigne... la poigne nécessaire à un dieu. Tenir un lieu aussi vaste et fréquenté que les Enfers exigeait une telle poigne, sans faille.
Hadès déposa Persephóneia sur le vaste lit, commençant à la défaire tandis qu'elle tirait sur les pans du nœud qui retenait sa robe.
"Ô mon divin époux..."
"Ma divine..." lui souriant tendrement. "Je me consume tant de vous retrouver." faisant tomber sa tenue des épaules, s'empressant de presser son corps contre le sien.
Hadès avait toujours fait preuve d'une extrême délicatesse à l'égard de sa jeune épouse.
Il était indiscutable qu'il tenait sincèrement à elle.
Durant l'amour, il demeurait attentif à ses sensations, se fiant à sa voix qui s'envolait et à ses expressions dont il se nourrissait. Il demeurait respectueux, se montrant même curieux à l'occasion.
Ses sourires, Hadès ne les offrait qu'à Persephóneia, dans le cadre le plus intime qui soit.
De physique, Hadès était loin d'être désagréable si l'on appréciait le côté ténébreux. Incapable de camoufler sa véritable nature, le Souverain reflétait à la perfection le domaine dont il avait la charge.
Diaphane de peau, tendant même parfois vers le gris, longue chevelure ébène hirsute, regard perçant jusqu'à l'âme, pli de bouche sévère, le Souverain avait de quoi impressionner.
Il était d'une beauté glacée et glaçante, incapable de renier la nature qui l'habitait.
Ce qui interpelait le plus chez Hadès était son regard fixe, vide et inexpressif ; celui de la mort elle-même.
"En l'absence de Minos, je me chargerai de ton instruction." annonça Aiacos à Eliott.
Ce dernier acquiesça, conscient de l'immense honneur que lui faisait Garuda.
"Pour commencer, laisse-moi t'initier au maniement d'un navire."
Lorsque le maître du vaisseau foula le pont, ses soldats mirent le genou à terre tandis que les Spectres à son service s'alignèrent.
"Eliott, voici Violate, mon avant-garde. Violate m'a ramené tant de victoires que je ne saurai les énumérer. Je te souhaite également de compter un tel élément de confiance dans tes rangs."
Oh mais comme cette marque de reconnaissance publique faisait du bien à Violate !... Et comme elle jubilait intérieurement de noter que celui qui accompagnait son seul et unique maître n'était pas cet insupportable Griffon mais un jeune homme capable de comprendre le lien de confiance qui l'unissait au Juge du Garuda.
"Bien. La salle de commandement à présent."
Rune notait que la motivation du Griffon baissait de jour en jour. Et ceci n'était pas du fait d'Hypnos.
"Que vous arrive-t-il, Seigneur Minos ?..."
Minos soupira. "Le Seigneur Hadès m'a strictement défendu de me rendre sur Terre afin de m'y distraire avec les larves. Tu sais pourtant à quel point ce genre d'amusement m'est cher."
"Certes, Seigneur. Ceci dit, nous avançons rapidement dans notre tâche et vous aurez sans doute l'occasion d'en redemander l'autorisation à notre Seigneur Hadès."
"Je festoierai lorsque ce droit me sera à nouveau accordé, Rune." sur un sourire qui en disait long.
"Je n'en doute pas un seul instant, Seigneur Minos."
Eliott était impressionné de noter à quel point le Garudaship était difficile à manœuvrer.
Il fallait d'abord arracher son propre poids du sol puis le diriger dans l'espace aérien, ce qui exigeait de la stratégie et des connaissances accrues en matière de navigation.
Les cartes du ciel ne parlaient guère à Eliott, bien que Garuda lui explique brièvement les couloirs et les courants à emprunter.
"Pour apprécier toutes les qualités de mon vaisseau, il faut le voir en action lors d'une bataille."
Assurément, Eliott se sentait plus proche de Minos que de Garuda. Il était, à l'évidence, de la même nature sinueuse que son père d'adoption.
Rune eut une pensée émue en rangeant le dernier volume dans l'emplacement prévu à cet effet.
Hypnos n'avait que peu participé à la charge tandis que Minos avait tout donné.
Rune ne manquerait pas de faire remonter l'information aux oreilles de celui qui en avait ordonné l'action.
Hadès présidait.
"Seigneur, nous avons rempli la tâche que vous nous aviez confiée avec le plus grand zèle." osa Hypnos.
Hadès posa ses prunelles éteintes sur lui. "Une nouvelle fois, tu cherches ta propre gloire avant la mienne, Hypnos. N'as-tu donc rien appris ?"
"Sei... Seigneur ?..."
"Ton effort me paraît insuffisant."
Hypnos contracta la mâchoire, faisant sauter le masséter.
"Tu as jugé la tâche si ingrate que tu n'y as pas participé, laissant Balrog et Griffon s'en charger. Les Enfers ont des yeux et des oreilles, Hypnos. Je ne suis pas de ceux que l'on trompe aisément."
"Seigneur !... Je puis vous assurer qu..."
"Assez." se levant pour plus de poids. "Je pense qu'il te faut encore réfléchir un long moment à tes actes." lui reprenant une nouvelle fois le corps, emprisonnant son âme.
Minos s'épargna un sourire de triomphe, estimant le châtiment juste.
"Minos du Griffon."
"Seigneur ?..."
"Je te rends toutes tes prérogatives. Va, mon Juge."
Sorti du palais, Minos poussa un petit soupir comblé.
Eliott et Aiacos se portèrent à sa rencontre.
Aussitôt, Minos posa son front contre celui d'Aiacos, prenant Eliott sous son bras.
"Mes actions ont toutes été pardonnées."
"Et... Hypnos ?..." s'enquit Garuda.
"Privé de son corps, enfermé une nouvelle fois."
Aiacos en émit un ronronnement de contentement.
"Pour fêter cela, je vais sévir sur un champ de bataille. Souhaites-tu m'y accompagner, fils ?..."
"Avec grand plaisir, père." offrant un sourire éclatant.
La bataille avait fait rage. Le sol était jonché de cadavres aux ventres ouverts, viscères attirant déjà les nettoyeurs à ailes. Le processus naturel de mort était déjà bien annoncé.
A l'écart, un père pleurait son unique fils tombé sur le champ de bataille.
"Quel prix serais-tu prêt à mettre pour que notre Seigneur te rende ton fils ?..." questionna Eliott, se présentant dans son surplis intégral.
"Qui... êtes-vous ?... Le diable ?..." lui vint en retour.
"Le diable est une machination purement humaine. Il n'y a que vous pour vous y tromper." s'approchant sans lâcher le père endeuillé du regard. "Le Maître que je sers vaut bien plus que le diable. Il demeure le Seigneur absolu de vos vies et possède droit de regard sur vos pas dans l'au-delà. Mon Maître a pour nom Hadès." dardant l'homme d'un regard particulièrement expressif. "Vas-tu accepter son offre ?..."
"Je veux qu'on... me rende mon fils." serrant le corps encore tiède contre lui.
"Comme dans tout pacte, il y a un prix à mettre. Notre Maître est certes magnanime mais point stupide."
"Que voulez-vous en échange ?... Mon âme."
"Tu parlementes trop." amena Minos, se découpant de l'ombre d'Eliott. "Les trente premières secondes demeurent décisives. Voilà pourquoi... ceci ne mène à rien." attachant les membres du fils décédé à ses fils, le relevant d'un seul tenant, donnant l'impression au corps déchu d'être habité par une vie factice, si l'expression du visage ne demeurait pas aussi livide.
"Ramasse son épée et finissons-en. Ce champ de bataille exalte une puanteur sans nom." trancha Minos.
Eliott s'exécuta.
Minos referma les doigts du cadavre sur la fusée de l'épée dans une poigne sèche.
"Pi... pitié... cessez... cela..." bredouillait le père, troublé par cette vision.
"Assurément, cette bataille fut ta dernière, Edward Gibson." utilisant le corps du fils défunt pour pourfendre celui, tremblant, du père.
Eliott pencha la tête sur le côté, cascade de cheveux châtains dégringolant de son épaule, fasciné par la position incongrue des deux corps. Minos avait l'art de leur imposer des positions contre-nature.
"Quel artiste vous faites, père."
"Que serait la vie sans un minimum de fantaisie, fils ?..."
"A part le dénommé Hypnos, existe-t-il des Spectres que vous ne pouvez souffrir, père ?..." questionna Eliott sur le chemin du retour.
"Voyons... oh, oui. Violate du Béhémoth. Par Hadès, cette créature m'est insupportable !... Moins qu'Hypnos, certes, et dans un tout autre registre. Le fait qu'Aiacos en soit si fier m'est proprement intolérable. Elle n'a rien en commun avec nous, Eliott. Là où nous nous élevons avec grâce jusqu'aux cieux, elle ne sait que ramper."
"Je note que tout ce qui touche, de loin ou de près, le Juge du Garuda exacerbe votre sensibilité."
"Quelle clairvoyance..." sur un sourire fin, posant une main sur l'épaulette reptilienne de son protégé. "En effet, rien ne m'est plus cher qu'Aiacos. Aussi, tout ce dont le but est de m'évincer de sa vie suscite ma plus vive réaction."
Persephóneia cessa de marcher. La sensation, tout d'abord lointaine, se fit plus précise.
Quelque chose... s'agitait en son ventre !...
Elle pose les paumes sur la partie renflée, tentant d'en cerner l'agitation.
Un sourire épanoui vint fleurir sur ses lèvres.
Il fallait dire que depuis son retour, son époux ne cessait de la choyer et de l'honorer... tant et si bien qu'il avait fait éclore la vie dans sa matrice.
Elle s'empressa de regagner le palais pour y annoncer l'incroyable nouvelle.
Elaïs avait été assignée à la troupe d'élite de Rhadamanthys.
Dotée d'un talent indéniable, Hadès n'avait fait que rehausser ses capacités.
C'est dans l'arène que son regard croisa pour la première fois celui, ténébreux et joueur, d'Eliott.
Les deux Spectres avaient été arrachés à la Terre au même âge.
Face à la force brute, Elaïs esquivait, virevoltant dans les airs avec une grâce peu commune.
Elle brillait dans l'arène, ce qui lui était beaucoup plus compliqué en dehors où elle demeurait généralement effacée.
"En êtes-vous certaine ?..." pinça Hadès.
"Absolument, mon Seigneur." cherchant les mains du Souverain pour les poser sur son joli ventre arrondi à l'intérieur duquel la vie croissait.
A l'approche des mains d'Hadès, l'enfant tressaillit.
La chose était absolument inédite pour le Souverain infernal. On lui avait toujours prédit qu'il demeurerait sans aucune descendance du fait de la fonction qu'il occupait ainsi que de sa nature intrinsèque.
"Voilà qui manquait à notre union, n'est-ce pas, mon époux ?..."
Hadès en demeurait bouleversé. Le fait était si... inattendu qu'il rendait le Souverain totalement incrédule !...
"Que l'on fasse venir Minos du Griffon." ordonna Hadès. "J'ai à m'entretenir avec lui en privé."
Minos, une fois arrivé, posa le genou à terre. "Vous m'avez fait mander, Seigneur Hadès ?"
"En effet." tirant la lourde tenture menant à son espace privé.
Minos se releva, devançant son Maître à l'intérieur.
"Tout ce qui sera dit ici doit demeurer secret. Je compte sur toi, Minos, mon premier Juge."
"Vous pouvez m'accorder votre confiance, Seigneur. Je saurai l'honorer."
Ils s'installèrent devant un plateau garni.
Hadès n'y alla pas par quatre chemin : "Le ventre de Persephóneia abrite une vie."
Minos cligna. Une fois. Deux fois.
Petit sourire fugace de la part de Hadès.
"Aussi surprenant que cela puisse paraître..."
"Quel est votre sentiment par rapport à une telle nouvelle ?..." questionna Minos.
"J'en suis heureux pour elle. Elle sera une bonne mère, j'en demeure persuadé. Il se peut que cet enfant rompe même le sort qui me sépare d'elle de si longs mois."
"Il est clair que la donne n'est plus la même désormais."
"Je compte cacher la nouvelle à mes armées jusqu'à l'arrivée de l'enfant. Ceci afin de préserver Persephóneia."
"Bien entendu. J'avalise totalement votre sage perception. Quelle incroyable nouvelle, ceci dit !..." n'en revenant toujours pas.
