On les aime tant, chacun dans leur spécialité ^^


Chapitre 33 : Games

Aiacos se présenta en bout d'alignement de ses troupes, surplis revêtu. Autant dire que la prestance, toute garudienne, était écrasante. Il s'arrêta un instant devant Violate qui lui manifesta sa dévotion.

"Violate."

"Aiacos Sama."

Puis il s'avança pour gravir les marches jusqu'à la proue, envisageant l'horizon qui se déployait devant le navire.

L'opération n'avait rien de compliqué en soi mais Garuda appréciait y mettre les formes. Pour le prestige.

Il était de bonne guerre de rappeler aux rampants, quels qu'ils soient, la place assignée.


"Quelle sollicitude, Thanatos. On s'y tromperait." ricana une voix que Thanatos situait bien. "Je vois que l'emprisonnement d'Hypnos ne te pèse guère." gronda Oneiros, se découpant d'une colonne, visage contrarié. "J'ai pour habitude d'observer avant d'intervenir. Et laisse-moi te dire que ton comportement est inqualifiable, ô Thanatos." le propulsant vers le monde des rêves.

Thanatos tenta de résister. Oneiros l'avait malheureusement pris de court...

"RAAAAAH ! MAUDIIIIIT !"

"Subis donc le même sort que mon père, Thanatos. Et voyons ce qu'il en ressortira."

Thanatos fut engagé dans une boucle onirique dans laquelle il enchaînait une terrible réalité inversée ; Hypnos, le brave et dévoué Conseiller d'Hadès, et lui le dieu maudit.


"Oneiros."

"Seigneur Hadès." ployant le genou.

"Parle, Oneiros."

"Seigneur, je suis venu réclamer que soit rendu libre mon père."

"Contesterais-tu ma décision, Oneiros ?" plissa Hadès.

"Jamais je ne me le permettrai, grand Hadès."

"Tu n'es pas sans ignorer pourquoi je tiens ton père prisonnier, n'est-ce pas ? Son comportement a été inqualifiable."

"Certes. Je me propose de le maintenir sous ma bonne garde. Ainsi il ne vous causera plus guère de souci."

"Beaucoup plus grave ; j'ai noté que Thanatos s'agite au fond de la toile des rêves."

Oneiros bisqua. Décidément Hadès était très fort !...

"Tu as bien de l'audace de venir ainsi me réclamer de rendre libre ton père, dans de telles conditions, Oneiros. La même, féroce audace que ton père lui-même, capable de me fixer dans les prunelles tout en me défiant."

Oneiros baissa la tête, mâchoire contractée.

"Hypnos était une plaie dont les Enfers ont parfaitement su se passer."

"Mon père a... tant fait pour vous, grand Hadès !..."

"Je n'oublie pas ce qu'il a fait, en effet. Je lui ai donné plusieurs fois l'occasion de revoir son comportement et de cesser de nuire à nos troupes. Il n'en a jamais saisi l'opportunité. Et cela est fort regrettable. Aussi..." se levant, prêt à accuser un coup en traître de la part d'Oneiros. "... j'exige que tu relâches Thanatos."

"Mais... Seigneur !..." outré.

"Silence, Oneiros !..." autoritaire. "Ne te permets plus jamais d'interférer dans nos affaires internes ou je te priverai de ton domaine de prédilection." ferme, puis se tournant vers un messager. "Qu'on fasse venir Minos du Griffon sur le champ."

"Bien, Seigneur." s'empressant.

Minos ne tarda pas devant la missive urgente, plissant le regard en distinguant Oneiros, s'avançant, ployant le genou. "Seigneur Hadès."

"Minos. Je veux que tu expliques à Oneiros ici présent ce que t'a fait subir Hypnos."

Minos en était remué, souvenirs désagréables refoulant à la surface. Sa bouche se pince pour enrayer un violent haut-le-cœur.

"Nous t'écoutons, Griffon."

"Hypnos a... abusé de moi de bien des manières. Qu'elles aient été psychologiques ou... physiques."

Oneiros ouvrit la bouche, incapable de proférer.

"Durant une très longue période il m'a nui."

"C'est... imposs..."

"Entends-tu, Oneiros, de quoi ton père s'est rendu coupable ? Non seulement cela, il a également, en plusieurs occasions, comploté contre moi."

"Je... je l'ignorai, Seigneur Hadès." penchant la tête, affecté.


"Elaïs ? Pourrais-je m'entretenir avec vous un instant ?"

Eliott, présent, pouffa devant le sérieux du Spectre.

Elaïs rejoignit le Spectre envoyé par le Procureur en titre.

"Votre père est décédé ce matin." lui annonça-t-il avec un sérieux impeccable.

"Ce n'était... plus mon père." glaciale. "Ce doit être celle qui m'a servi de mère qui doit en être affectée. Elle a toujours été d'une faiblesse à en retourner le l'estomac." avant de rejoindre Eliott.

"Ne penses-tu pas qu'une apparition s'impose ? L'occasion me semble idéale."

Elaïs esquissa un sourire. "Tu as tout à fait raison." caressant sa joue glabre. "En route."

"Oh, je t'y accompagne ?"

"Cela va de soi."


La veuve était en pleurs sur le cercueil rustique fermé.

Fort heureusement, le brave paysan avait stocké à saturation plusieurs granges de blé qu'elle pourrait revendre à bon prix en attendant de se trouver un parti attrayant.

"Tu as toujours été d'une faiblesse méprisable, maman." grinça la voix d'Elaïs, faisant se retourner plusieurs paroissiens.

"ELAIS !" se relevant pour se précipiter vers sa fille, tombant à genoux devant elle, attrapant sa main qui lui échappa sans délai.

"Cesse."

"Elaïs... tu es enfin revenue !... Merci, mon Dieu !..." tentant à nouveau de l'agripper.

"Cesse, te dis-je. Ne comprends-tu pas que je n'appartiens plus à votre monde, larves misérables que vous êtes tous !..."

Plusieurs paroissiens se signèrent, murmurant entre eux.

Elaïs les borna du regard. "C'est cela, priez. Il viendra aussi pour vous mais sans doute pas pour vous offrir le salut."

"C'est certain." appuya Eliott, amusé.

"Elaïs ?... Que... t'arrive-t-il, mon enfant ?..."

"J'ai quitté la médiocrité, maman. Tout cela grâce au don offert par le Seigneur Hadès. LE SEIGNEUR HADÈS, ENTENDEZ-VOUS ?!" aux paroissiens outrés qui se signèrent d'emblée.

"E... laïs... tu es... possédée..." bégaya sa mère, choquée.

"Je lui appartiens depuis toujours et voyant cela vous avez pris l'initiative de me conduire auprès d'Athéna en vue de me... purifier."

"Quelle pitoyable erreur de calcul." grimaça Eliott. "Enfin... il n'y avait pas grand-chose à attendre de larves telles que vous." haussant les épaules.

"Je vais te faire un ultime honneur, maman, avant de vous tuer tous pour présenter vos âmes à mon Seigneur : celui de me voir sous mon véritable jour." s'éloignant d'un pas, laissant son surplis la revêtir d'un éclat de lumière comparable à du diamant noir.

Des cris. De la panique.

"Tout ce que j'aime." ricana Eliott, revêtant également le sien.

"Vous êtes finis. Et vos prières ridicules ne vous mèneront pas aux cieux !..." frappant la chapelle en plein.


Minos venait de se trouver un nouveau terrain de jeu, délaissant un moment les édifices religieux qui lui étaient si chers pour un cercle bien plus fermé ; les réunions au sommet d'un discret groupuscule qui, du haut de leurs titres et de leurs fortunes, décidaient du sort du monde.

C'était, il fallait le dire, assez divertissant à entendre : ces décisions prises à l'abri des oreilles indiscrètes de la masse grouillante et des yeux des concitoyens.

La haute pièce demeurait fermée et gardée. Pourtant, rien de plus simple pour Griffon de s'y inviter dans l'ombre.

La réunion venait de se terminer et chacun rassemblait ses effets pour quitter les lieux.

Les applaudissements de Griffon les firent tous se retourner en même temps.

"Bravo. Splendide. Messieurs, vous vous surpassez pour me plaire."

Stupeur !... Ils en étaient livides, fixant le coin sombre duquel parvenait la voix profonde.

Minos décroisa élégamment les jambes avant de se lever, ailes repliées dans son dos.

"Qui... êtes-vous ?..."

Oh, Minos n'était plus à cela près !... Autant se présenter avant le massacre dans les règles.

"Minos. Juge de Sa Seigneurie Hadès, de l'Étoile de la Noblesse du Griffon."

"C'est... une plaisanterie ?..." plissant sur l'éclat du surplis.

Minos écarta les bras. "Que vous en semble ?..."

"Qu'on se saisisse de ce plaisantin." le désignant de l'index.

Deux hommes se dirigèrent jusqu'au Griffon.

"Vous n'êtes vous-mêmes que de vulgaires pantins." ouvrant les doigts pour lâcher ses fils sur les deux hommes, les levant jusqu'au plafond, s'amusant à faire craquer un os après l'autre.

Panique !

Minos les attrapa tous avant leur sortie. "Patience. Vous y aurez tous droit. Je suis un fervent partisan de l'équité."

Il effectua une torsion des colonnes vertébrales, finissant par laisser filer les deux corps pour se saisir de deux autres, maintenant le groupe de douze sous sa garde.

Des cris de terreur s'élevèrent.

"Oh, j'y pense : avez-vous pris la peine de solliciter mon Seigneur avant de décider du sort du monde ? Certes, il s'agit du berceau de cette chère Athéna mais mon Seigneur a toujours eu son mot à dire."

Écartement des deux mâchoires, éclatement du crâne dans une gerbe de sang et de matière grise.

Écartèlement des deux jambes dans un craquement sinistre.

"Comment jugeriez-vous mon art, Messieurs ?"

Certains se faisaient dessus.

"Quelle malséance." trucidant le concerné en une torsion totale du corps sur trois points.

Les autres hurlèrent de terreur.

"Silence !"

Évidemment suivi d'aucun effet.

Minos resserra ses fils autour du groupe, y exerçant une telle pression que leurs organes se mirent à saillir de leurs corps écrasés l'un contre l'autre.

"Vous n'êtes décidément pas plus amusants que les larves que vous vous plaisez à contrôler." écœuré d'en parvenir si rapidement à bout.


Eliott disposait décidément du même goût que Minos qui visait à guetter avant de s'immiscer dans la vie des larves pour mieux les précipiter vers leur fin.

Cette fois, il découvrit une femme trompée en pleine souffrance, sanglots étant parvenus jusqu'à ses oreilles.

Il s'invita dans la pièce.

Du fait de son extrême beauté de visage, Eliott inspirait la confiance - c'était là un de ses atouts majeurs.

"Etes-vous... un ange tombé du ciel ?..." à travers un regard voilé de larmes amères.

"Oh, certes non, Madame."

"Dans ce cas, dites-moi ce que... j'ai fait pour mériter cela ? Ne suis-je point jeune et jolie ?... Pourquoi donc mon mari me préfère... cette sorcière ?" repartant dans un nouveau sanglot.

"Sans doute parce qu'elle sait répondre à... certaines de ses requêtes." triturant un objet en porcelaine fine posée sur l'étagère.

Des reniflements dans son dos. "Je ne... comprends pas..."

"Des choses qu'il ne peut décemment guère demander à sa tendre et jeune épouse." esquissant un sourire terrible, craquant la figurine entre ses doigts sans même que la jeune femme ne s'en rende compte. "Pourquoi ne pas demander à un homme averti de vous instruire ?..." souhaitant voir le couple voler définitivement en éclats.

"A... qui demanderais-je une chose pareille ?..." hébétée.

"Souhaitez-vous réellement sauver votre couple ? La question ne se pose pas dans ce cas."


Le regard d'Aiacos passa d'Eliott à Minos.

"Que t'arrive-t-il, bel Oiseau ? Pourquoi nous dévisager de la sorte ?"

"Il y a fort à parier qu'Eliott tienne davantage de toi, Minos, que de moi." sur un soupir amusé.

"Explain, please."

"Dans ce que je privilégie : le frontal et la puissance, Eliott se révèle être sinueux et subtil."

Sourire de Minos. "Notre Seigneur ne s'est pas trompé en lui attribuant l'Echidna dont les caractéristiques reptiliennes sont indéniables."

Regard complice d'Eliott.

"Soit. Je vais donc devoir me rabattre sur Violate qui semble être la seule à cerner mon art de la guerre."

Regard noir de Minos. "Serait-ce la guerre que tu cherches, justement, mystique Rapace ?"

Les yeux d'Aiacos pétillaient comme chaque fois qu'il armait son joli Griffon - une de ses spécialités, il fallait le reconnaître !...

"Ces méthodes ne me conviennent guère." grommela Minos. "Et cette brute ferait bien de ne pas oublier la place que notre Seigneur lui a assignée."

Petit rire d'Aiacos.

"Je pense, père, que le Juge du Garuda agit ainsi par pure taquinerie."

"Bien vu. Et comme je sais notre Griffon particulièrement chatouilleux sur le sujet, je ne m'en prive point tout en me faisant plaisir."

"Ce n'est pas drôle." boudant.

"J'aimerai savoir, père, d'où vous vient ce goût prononcé pour le frontal ?" s'intéressa Eliott.

"Avant, j'étais le fils d'un chef renommé de village, Eliott. Mon père, Shambhu Shaan, n'était pas le genre d'homme à faire dans la dentelle, même si on lui reconnaissait une certaine sagesse. Je devais donc en imiter les qualités afin de pouvoir prétendre au même titre."

Petit rire de Minos. "Chose qui a grandement manqué lorsque s'est pointé un bandit du nom de Kripal, n'est-ce pas, cher Suikyô ?"

Eliott interrogea Aiacos du regard.

"Merci de le préciser, Minos." grognant.

"Racontez-moi, père !..." intrigué.

"Kripal était un bandit notoire, vois-tu, Eliott, qui ne s'est pas contenté de piller les meilleurs étalons du père d'Aiacos ; il s'est également plu à en dévoyer l'unique fils."

"Puisque tu sembles bien parti pour en établir le récit, fais, Nos, je t'en prie."

"Ce Kripal m'a l'air d'avoir un joli passif."

"Je puis te le confirmer, Eliott, l'ayant moi-même jugé sur demande d'Aiacos."

Eliott allait de surprise en surprise !...

"Qu'est-ce qui vous... séduisait tant dans la personnalité de ce bandit, père ?"

"Il sortait des sentiers battus. Il avait déjà tant vu pour son jeune âge, tant expérimenté..."

"J'ignore qui de Violate ou de Kripal je déteste le plus en ce moment même." grimaça Minos.

Eliott eut un sourire tendre à l'égard de la jalousie affichée de Minos. "N'ayez crainte, père, vous les coiffez l'un et l'autre au poteau."

"C'est ce que je m'échine à lui signifier, figure-toi, Eliott, mais Griffon semble avoir la tête aussi dure qu'un bloc de marbre."

"S'il est ainsi jaloux, c'est qu'il tient profondément à vous, père." assura Eliott.

"Je ne tolère aucune concurrence."

"Soit. Mais toi aussi tu as un passé, Minos. Dois-je me faire fort de te rappeler tes égarements successifs avec Oda ?"

"Je note donc qu'aux Enfers, personne d'autre n'a su attirer votre attention ?..."

"Oh, détrompe-toi, Eliott. Celui qu'on nomme Rune du Balrog s'est fait fort de tomber dans les jolis filets de notre Griffon."

"Je précise que c'était bien avant notre rencontre." reniflant.

"Et ce net penchant pour le douzième gardien d'Athéna ?" dardant Minos d'une flèche dangereusement empoisonnée.

"Tu... oses ?..." regard agrandi de surprise.

"Père, je souhaiterai que vous me montriez la façon dont fonctionne votre Tribunal." détournant la conversation jugée épineuse.

"Fort bien, Eliott. Je t'autorise exceptionnellement à venir me voir y siéger."

"Ah, Eliott, mon cher fils... tu es bien plus sage que je ne l'étais à ton âge !..." assura Aiacos, main allant trouver l'épaule de leur protégé.


"Eliott, sais-tu à quoi ressemble Echidna dans les contes ?..." questionna Elaïs.

"On la représente généralement sous la forme de femme à très beau visage montée sur la queue d'un serpent. Pourquoi ?"

"Nous connaissons les titres de nos Étoiles mais rarement ce qu'elles représentent."

"En effet." admit Eliott.

Ils s'étaient installés en haut des contreforts de la cascade de sang.

"Tu as bénéficié d'un appel bien plus prestigieux que le mien, Elaïs." sans jalousie. "Appelée par notre Seigneur en personne..." sur un ton rêveur.

Petit rire d'Elaïs. "Arrachée avec opiniâtreté au camp d'Athéna."

"Encore mieux !..."

"Je ressemble beaucoup à celui qui m'a appelé."

"Minos du Griffon jouit d'un statut très particulier aux Enfers. Tu peux t'en sentir fier." caressant le bras nu d'Eliott.

"Avant, j'étais jugé... rejeté du fait de mon apparence n'appartenant à aucun genre..."

"Tu es... très beau, Eliott. En tout cas, à moi, tu me plais." caressant sa joue.

"Elaïs..." souriant, se penchant pour l'embrasser, couvrant sa main de la sienne.


La cour du premier Tribunal était si vaste qu'Eliott peinait à en distinguer les voûtes du plafond.

Le pupitre était haut, lui aussi, permettant une vue d'ensemble.

"Cet édifice est..."

"... prestigieux ?" compléta Minos.

"Il fait très forte impression."

"Les âmes doivent le sentir, vois-tu. Cerner leur petitesse dès leur entrée en ces lieux."

Un Spectre vint à leur rencontre. "Seigneur Minos." courbette.

"Eliott, voici le Spectre Rune du Balrog. Rune, voici Eliott de l'Echidna."

"Honoré de faire votre connaissance." amena Rune.

"Eliott m'a demandé de lui faire une démonstration de notre façon de juger les âmes."

"Les portes ne vont pas tarder à être ouvertes, Seigneur Minos. Nous devrions nous hâter."

"Fort bien." enfilant la lourde robe d'office, imité par Rune. "Accompagne nous jusqu'en haut, fils."

Quel honneur !...

C'était impressionnant !...

La façon dont Minos et Rune étaient capables de déceler le mensonge, cernant la personnalité de l'âme avant même qu'elle ne se présente, lui intimant l'ordre de s'épancher sans détour, bénéficiant de ce statut très particulier qu'était celui des Juges.

Eliott sut dès cet instant qu'il avait beaucoup à apprendre d'un mentor tel que Minos. Et dès lors il lui fut d'autant plus attaché.