Chapitre très sombre...
Chapitre 34 : Mind control
Oneiros, évidemment, rongeait son frein. Le descendant direct d'Hypnos n'allait évidemment pas admettre la situation.
Malgré le fait que son père prodigue demeure confiné dans un coffre scellé, le père et le fils demeuraient en contact de pensées.
"Sers-toi de celui qu'on appelle Eliott... ce Spectre si cher au Griffon..." susurra Hypnos.
Dès lors, Oneiros frappa les rêves d'Eliott, lui offrant les traits aguicheurs de son père.
"Eliott... viens me délivrer... je me sens si seul et si loin, Eliott..." suppliait la voix du blond via le délire onirique.
Eliott s'éveillait en nage, cherchant à désaltérer sa soif, gorge sèche, littéralement asphyxié.
Ainsi, nuit après nuit, le tourment reprenait.
"Viens... je me sens si seul, Eliott..."
"Quelle mine !..." constata Minos.
"C'est... l'entraînement." renifla Eliott.
"Il va falloir que je reprenne Elaïs à ce propos."
"Ne t'en mêle pas, veux-tu ?" grommela Aiacos.
"Mais enfin, as-tu vu ces cernes, Cos ?"
"Moi, je pense que ce ne sont pas les séances d'entraînement qui l'épuisent ainsi." sur un sourire en coin.
"Que... veux-tu..." sourire s'allongeant de la même façon. "Oh, je vois."
"Nos têtes n'étaient pas plus fameuses à nos débuts, rappelle-t-en !..."
"Pères..." embarrassé.
"Ah, quelle fougue que la jeunesse !..." admit Minos.
Eliott était parvenu à s'introduire dans la pièce où reposait le coffre dans lequel sommeillait l'âme d'Hypnos.
Ses mains s'approchèrent, doigts tremblants.
"Je ne saurai que très fortement te le déconseiller." tonna une voix que chaque Spectre reconnaîtrait entre mille !
Hadès en personne se tenait là, bras croisés, visage fermé.
Eliott ploya immédiatement le genou.
"Qui t'a insufflé cette idée, Echidna ?"
Eliott baissa la tête. "Per... Personne, ô Hadès."
"Je n'y crois pas."
Eliott serra la mâchoire.
"Laisse-moi deviner... Oneiros ? Via les songes ?"
"C'est... exact."
"Relève-toi, Echidna." ordonna Hadès.
Le Souverain posa une main sur l'épaule d'Eliott. "Ecoute-moi bien, Echidna : Hypnos est prêt à utiliser tous les moyens à disposition pour contrer la sanction que je lui ai infligée. Y compris se servir des pouvoirs d'Oneiros sur les songes pour t'atteindre et parvenir à ses fins."
"Je... oui." osant à peine soutenir le regard profond du Souverain.
"Nous ne ferons jamais rien d'Hypnos. Même si j'ai pu l'espérer un moment."
"Je... il ne donnait pas cette impression pourtant... le peu de fois où il m'a été donné de croiser son chemin."
"Sa belle apparence y contribue. La séduction demeure, chez Hypnos, une arme égale à toutes celles qu'il utilise habilement pour nuire à mes armées."
"Comm... comment vais-je résister aux attaques répétées d'Oneiros ?..."
"Je ne vois qu'une solution, Echidna : déchoir Oneiros. Ainsi, il ne pourra plus atteindre tes rêves."
Être rétrogradé, pour un dieu tel qu'Oneiros, était une humiliation sans précédent qui, pourtant, se justifiait. Hadès avait cependant évité de lui faire subir l'affront en public, devant l'assemblée entière des Spectres.
Les seuls présents avaient été Thanatos et les Juges.
Minos semblait aussi exténué qu'Eliott de subir les assauts répétés d'Hypnos. Le soutien d'Aiacos lui était le secours le plus précieux et Garuda ne faillit guère à sa tâche.
Constatant cela, Hadès avait donné une ultime semonce à Hypnos et Oneiros : qu'il n'entende plus parler du moindre de leur méfait sous peine de les détruire l'un l'autre à jamais.
En tant que dieu et souverain des Enfers, Hadès détenait ce pouvoir. Nulle chose, nul être ne se mouvait aux Enfers sans être habité par un souffle de vie d'Hadès lui-même. Reprendre l'étincelle de vie était, dès lors, chose aisée, même si le dieu rechignait à y procéder.
Aiacos laissait ses doigts filer dans la chevelure magnifique du Griffon, libérant un soupir énamouré.
"Je ne m'imagine avec aucun autre, tu sais..."
Sourire taquin de Minos. "Je l'espère pour toi, mon cher Aiacos."
"Regarde..." cherchant une pièce de fin tissu qu'il présenta à Minos, d'un magnifique carmin chatoyant. "Je me suis permis de sauver ceci des ravages de mes propres flammes lorsqu'il m'a été ordonné de raser un village de l'Est de l'Himalaya."
Minos y passa la pulpe des doigts. "Cos... il est magnifique..."
"J'ai immédiatement pensé à toi, chemin faisant."
"Dis-moi... à quelles fins souhaites-tu me voir utiliser pareille merveille ?..."
"A ta guise... fais-y toi tailler une robe, une toge, un manteau... tout te va si bien." observant la lueur orangée que les flammes projetaient sur la chevelure argentée, lui offrant une couleur particulièrement chaude. "Tu es sublime, Griffon. Et j'ai très envie de toi..." s'en pinçant les lèvres sous l'effet du désir urgent qui s'agitait en lui.
"Je note cela, Garuda." s'emparant de l'expression charnelle la plus parlante, la manipulant avec soin. Ce que Minos pouvait avoir des mains divines ! A la fois douces et fermes, de longs doigts admirablement dessinés, presque féminins pour ainsi dire. Aiacos les adorait jusqu'au culte, c'était dire !... Et l'effet que de telles merveilles prodiguaient sur son corps était au-delà de tout ce que Garuda pouvait décrire.
"Je veux de l'inédit, Garuda." lui suggéra Minos à l'oreille.
Le regard mystique de l'Oiseau de proie prit un joli flou. "A ta guise, mon beau Minos." quittant derechef ses vêtements, désireux de sentir leur peau se brûler par le contact ; celle, diaphane et sensible de Minos vs celle joliment caramélisée et rude d'Aiacos.
Des baisers, longs comme une traversée en barque, des caresses à en faire perdre la tête, des lèvres et une langue se posant là où nul n'était supposé être...
Aiacos finit par se mettre à genoux, se saisissant d'une jambe de Minos pour la placer contre son épaule, ouvrant ainsi son magnifique Griffon à ses attentions, laissant sa jolie verge durcie fureter là où bon lui semblait.
Minos n'était déjà plus qu'appels lascifs, fouettant les reins animés du Garuda.
La prise d'Aiacos le rendait maître absolu du jeu et il appréciait le don à sa juste valeur.
Il prit soin de faire voyager son bel argenté d'un bout des Enfers à l'autre, s'élevant dans un ciel orgasmique avec lui, lui promettant monts et merveilles une seconde fois.
Ils étaient décidément faits pour s'entendre et pour s'aimer.
"Sais-tu quel péché je chéris le plus, Cos ?..." questionna Minos, attablé, en présence d'Eliott.
"Hmm... j'ignorai que tu avais un favori en tête de liste, mon cher Nos."
Eliott aimait les entendre s'appeler par leurs petits noms intimes.
"Le péché d'orgueil." finit par rendre Minos. "Parce que l'orgueil, mon cher Cos, conduit immanquablement à tous les autres péchés. Il demeure cette racine ancrée, aussi vieille que le monde lui-même. Je ne lui manifeste aucune pitié lorsque je le le juge en mon Tribunal. Et toi... tu en demeures pétri." à son oreille avant d'en saisir le lobe de lèvres pincées, féroce.
Petit rire d'Aiacos. "Va donc t'en plaindre à notre Seigneur et Maître, Nos."
Minos laissa courir une langue le long de la jugulaire battante de son amant.
"Notre... fils nous regarde, Nos." crut bon de préciser Aiacos devant l'appétit montant de Minos.
"Il ne verra rien d'autre que la fusion qui lie deux Juges de Sa Majesté."
"Je ne vais guère tarder. Elaïs m'attend pour l'entraînement."
"Elaïs. Ce cadeau béni arraché au Sanctuaire !..."
"Père." riant doucement.
"La modestie a toujours été étrangère au Griffon, fils." amena Aiacos.
Eliott se posa aux côtés d'Elaïs qui se désaltérait. Il leva la main pour caresser son dos ; c'était là leur petit rituel post-combat.
"Mes pères s'aiment d'une manière que je ne retrouve chez aucun Spectre aux Enfers."
"Penses-tu que... nous serons capables de faire aussi bien qu'eux ?..."
Eliott la regarda avec un sourire. "Nous nous y attèlerons."
"Ils ont beaucoup de choses en commun. Ne serait-ce que leur fonction..."
"Nous aussi. Nous avons été l'un et l'autre arrachés à la médiocrité qui caractérise la condition humaine. Par contre, nous n'en saurons jamais autant sur les péchés que les Juges de Sa Seigneurie."
"T'es-tu déjà imaginé... les énumérer inlassablement, y être confrontés jour après jour... quel travail harassant."
"Il s'agit d'un devoir dont le Seigneur Hadès les a honorés. Rien de plus."
"Une position suprême. Les Juges n'ont aucune équivalence aux Enfers. Ils demeurent les prunelles de notre glorieux Seigneur."
Elaïs tourna un visage heureux vers Eliott.
"J'ai de la chance... d'être la compagne d'entraînement du fils de deux des leurs."
"Bien plus que ma compagne d'entraînement, Elaïs." se redressant sur un coude, lui adressant ce regard trouble propre à Echidna.
"Tu es... l'orgueil incarné, Garuda." glissé à l'oreille du concerné. "La roue de ton surplis l'exprime de manière outrageusement explicite."
"Il n'est que toi pour noter pareil détail, Nos."
"Détail ?... Ha ! Cette roue n'est utile qu'à la parade, rendant un hommage sublime à l'orgueil qui t'habite, voire te caractérise."
"Où souhaites-tu en venir Minos ? Nous sommes en pleine audience, je te rappelle." n'attendant plus que l'arrivée d'Hadès.
"Simplement te rappeler que je demeure le seul à décrypter les signaux que tu dispenses."
L'arrivée d'Hadès plongea l'assemblée entière dans un silence empreint de respect profond.
Le Souverain scruta l'assemblée. "Où se trouve Echidna ?..."
Minos tiqua. "Il... n'a pas été convié, il me semble, Seigneur Hadès."
"Il l'est désormais."
"Très bien, je vais l'appeler par télépathie." sourit Minos.
Eliott ne tarda guère, ployant un genou en demeurant en arrière.
"Approche, Echidna." lui intima Hadès.
Eliott se plaça derechef aux côtés de Minos qui posa sur lui des améthystes d'une douceur inhabituelle.
"Du fait de ses aptitudes, Thanatos demeure mon conseiller. Je nomme également Echidna comme conseiller de guerre."
Eliott baissa la tête, charge pesant soudain sur ses épaules. "Seigneur Hadès..."
"La relève doit s'assurer forte. J'ose espérer que tu feras honneur à ce nouveau poste, Echidna."
"Je... ferai de mon mieux pour vous servir ainsi que les intérêts de votre domaine et vous en suis gré, Seigneur tout puissant."
"Et je nomme, pour ta formation, celui qui, à mon sens, excelle dans cet art : Aiacos du Garuda, mon fidèle troisième Juge."
"Si je m'y attendais !..." dit Minos, fier de son protégé.
"Vous... n'étiez pas informés ?..." cligna Eliott.
"Je t'assure que non !... Notre Seigneur demeure plein de surprises et il me semble qu'il ait pris une excellente décision."
"J'ose espérer que Thanatos jouera le jeu."
"Ai-je à le craindre autant qu'Hypnos ?" questionna Eliott alors qu'ils cheminaient tous les trois jusqu'aux forts remparts de Tolomea.
"Demeure sur tes gardes. Il n'a pas manifesté le moindre remord concernant la perte d'Hypnos." lui conseilla Aiacos.
"Ne lui gâche pas ainsi ce moment, Cos !..." réprimanda Minos. "Si Thanatos s'avise à créer du trouble, il saura où nous trouver, ainsi que notre Seigneur." affirmant une poigne paternelle sur l'épaule d'Eliott. "Je demeure par ailleurs fortement rassuré que ce soit toi, Aiacos, qui assure la formation d'Eliott."
Aiacos, il fallait le dire, n'avait pas son pareil pour décrypter les cartes et lire les astres. Il y avait été initié très jeune, par son père. Et l'art lui était demeuré.
Bien plus que la guerre, Eliott se passionna pour les cieux et ses astres.
En peu de temps, il apprivoisa les noms des constellations, approfondissant ses connaissances déjà étendue au sujet de la mythologie des Enfers.
"Il nous reste une carte à jouer, Oneiros... elle porte le nom de Makaria."
Oneiros frémit. "Père... vous jouez là avec le feu même d'Hadès." terrifié.
"Que je brûle pour l'éternité, si tel est le cas. Ce sort sera toujours meilleur que demeurer captif pour le restant des siècles." rageur.
"Que souhaitez-vous... faire à l'enfant ?... Seul Thanatos est autorisé à s'en approcher."
"Justement. Tu vas t'introduire dans les songes de Thanatos, si prompt à me trahir, moi, sa moitié la plus fidèle, et lui insuffler que l'enfant représente une menace pour tous. C'est un ordre !"
Prendre possession du subconscient de Thanatos avait été un jeu d'enfant pour Oneiros.
En effet, il avait été insufflé au dieu jumeau restant, que Makaria représentait un danger pour Hadès lui-même ainsi que pour l'équilibre des Enfers - une pensée que seul Hypnos était capable de nourrir.
Dès lors, Thanatos vit l'enfant comme une véritable menace et résolut, par un moyen subtil, de lui prendre la vie.
Or, Makaria disposait déjà d'un pouvoir immense et son regard, au moment où Thanatos l'approcha pour la poignarder, fit tomber toutes ses défenses. Il se retrouva agenouillé devant elle, esprits retrouvés, pleurant amèrement.
"Pardon... Pardon, je ne sais pas ce qui m'a pr... Hypnos !..." rageur, réalisant soudain qu'il avait été le jouet du dieu blond.
Thanatos résolut d'en faire part à Hadès. Ce dernier entra dans une colère sourde.
"Que l'on fasse venir mon conseiller de guerre."
Eliott se présenta derechef devant lui. Hadès lui expliqua la chose, témoignage de Thanatos à l'appui.
"Quel est, à ton avis, Echidna, la meilleure façon de clore pareil conflit ?" questionna Hadès.
Eliott avait conscience qu'il s'agissait d'un test.
Son sourire s'allongea en coin. "Je suggérerai, pour commencer, que vous octroyiez à nouveau un corps à Hypnos."
"Plaît-il ?!" s'insurgea Thanatos.
Hadès leva la main. "Laisse-le s'exprimer, Thanatos."
"Rendez-lui un corps et faites venir Oneiros. Je me chargerai du reste."
Hypnos écarquilla les yeux, surpris de pouvoir ainsi jouir à nouveau d'un corps.
Aussitôt Thanatos l'attrapa par le col. "TOI !"
"Assez, Thanatos." ordonna Hadès, présent, flanqué des trois Juges et d'Oneiros, en retrait.
Eliott s'avança. Sa beauté troubla un instant Hypnos mais il lui afficha ce sourire chargé de mépris en lieu et place.
Eliott était armé d'un fouet.
"Comptes-tu me châtier, petit parvenu ?!" grogna-t-il derechef.
"En aucun manière, Hypnos Sama. Quelqu'un d'autre va s'en charger." désignant Oneiros du fouet passé en boucles.
Le concerné cligna.
"Tu oses... demander à mon fils de..."
Eliott fit se retourner Hypnos, le plaquant contre une colonne.
L'aisance qu'il y mit fit grogner le dieu blond.
"COMMENT OSES-TU, MISÉRABLE ?!"
"Hadès Sama vous a rendu un corps. Mais pas vos pouvoirs. Vous n'êtes désormais plus qu'un jouet entre les mains de ceux que vous méprisiez tant." appelant une nouvelle fois Oneiros.
"C'est... inqualifiable !..." se débattit Hypnos.
"Intenter à la vie de la fille de Sa Seigneurie par une main qui n'est pas la tienne, de quelle manière qualifiez-vous cela, Hypnos Sama ?!" grogna Eliott. "Oneiros. Jusqu'à ce qu'il en tombe." brandissant une nouvelle fois le fouet.
"Cela ne sera guère suffisant. Je me chargerai de faire en sorte que plus aucun d'entre vous ne nuise à mon royaume ni à ma famille. Et cette fois, je ne me contenterai pas de sceller vos âmes. Je vous annihilerai une fois pour toutes." souffla Hadès.
Eliott résolut d'achever l'œuvre commencée auprès de la femme trompée.
Alors qu'elle pleurait, haut du corps basculé sur le lit, affalée du reste à terre, Eliott glissa quelques doigts sous son menton.
"Il existe un moyen certain de ne plus en souffrir."
"Le... quel ?..."
"Il faut le tuer, ma chère. N'en rien laisser." regard la criblant jusqu'à l'âme. "S'en débarrasser demeure la seule option." soufflé. "Elle mettra ainsi fin à votre peine. Pour l'éternité. Et... si je puis le suggérer... vous donner la mort pour vous éviter les griffes de la justice humaine."
Elle essuya ses larmes, âme plongée dans une lie amère sans précédent. "Oui. Oui, vous avez raison."
"Dans ce cas, debout." lui offrant une dague marquée du sceau infernal entre les mains. "Votre peine sera ainsi soulagée. Et vous n'aurez plus alors qu'à redouter Hadès seul."
