Et voilà le final... avec une petite surprise qui suivra ^^


Chapitre 35 : To the end

Elaïs se laissa basculer contre le bras ouvert d'Eliott.

"Je n'en reviens pas." évoquant la prise de grade du jeune Spectre.

"Moi non plus, figure-toi."

"Je me demande ce qui a motivé ce choix... Et s'il est des plus judicieux."

Quelque chose remua profondément Eliott. "Pardon ?"

Elaïs se retourna sur le ventre. "N'y vois aucune offense mais il existe sans doute des Spectres plus expérimentés pour tenir ce poste."

Eliott se redressa, dardant Elaïs d'un regard dur. "Notre Seigneur se serait-il trompé, dis-moi, Elaïs ?"

"Je disais simplement qu'il a peut-être été influencé par le Juge Minos du Griffon dans son choix."

"Ah, donc le poste ne me revient que parce que le Spectre, à l'origine de ma naissance, est Juge, selon toi ?"

"J'émettais juste le..."

"Silence. Elaïs, silence." barrant de son index les lèvres de la jeune Spectre. "Tu devrais t'en réjouir au lieu d'émettre des doutes de toute nature."

Elaïs fronça. "Tu n'es rien d'autre qu'un trophée de guerre ramené d'une campagne par un Juge connu pour son fétichisme. Moi, j'ai été arrachée au Sanctuaire d'Athéna par Hadès lui-même."

"Ne serais-tu pas en train de te la raconter, ma chère Elaïs ?! Hadès a manqué sa tentative. Et c'est mon père, Minos du Griffon, qui a été sommé de te ramener aux Enfers. Tu sembles avoir la mémoire courte, ma fille !..."

Elaïs se releva, fixant Eliott qui demeurait assis. "Tu ne vaux rien en chef de guerre, Echidna. Ton art est tout juste bon à tromper les larves. Tu ne mérites en rien ce poste."

"Je pourrai te faire tomber pour un tel manquement de respect."

"Peuh. Montre-moi." posant son pied contre l'épaule d'Eliott, bras croisés.

L'attaque fut vive et maîtrisée, envoyant Elaïs au sol, surplombée par l'ombre menaçante d'Echidna, ailes ouvertes, main fermement agrippée à sa chevelure, dans une poigne sans concession. Elle tentait de se cambrer par sursauts désespérés, faisant sourire son adversaire.

"Il semblerait que le temps de la grâce soit révolue, ma chère Elaïs." affirma Eliott.

"D'où... tires-tu ce... pouvoir ?!"

Moue d'Eliott. "Le Seigneur Hadès ne s'y est point trompé, lui. Pas plus que le plus clairvoyant de mes pères." relâchant brusquement sa tête au sol avant de se relever pour la dominer, statique.

Elle n'avait jamais vu une telle lueur dans son regard.

Le choc avait été tel qu'elle saignait abondamment du crâne.

Et Echidna la regardait toujours. Ce regard semblait durer une éternité entière. "Sache, ma chère Elaïs, que notre Seigneur ne se trompe jamais."


"Je garderai Elaïs à l'œil." suggéra Eliott à Hadès avec lequel il disputait une partie d'échecs acharnée.

"J'en prends bonne note, Echidna. Tu seras mes yeux."

Makaria grimpa sur les genoux de son père.

"Elle grandit si rapidement..." nota Eliott.

"Dirait-on qu'elle soit résolue à atteindre son âge adulte d'ici le début de l'éclipse des quatre lunes." émit Hadès, lui-même étonné par le phénomène.

"J'ai l'impression qu'elle crapahutait à quatre pattes voilà trois nuits à peine." sourit Eliott.

La jeune déesse le fixait, intriguée par ses traits particuliers, le désignant d'une main, souriante.

"Il semble qu'elle t'apprécie, Echidna. Elle ne demeure jamais ainsi lorsque je dispute âprement de telles parties de jeux avec d'autres Spectres."


"L'arme détenue par Yeral pourrait-elle en briser le sceau ?..." questionna Hadès, penché sur la question de Spectres soupçonné de commettre la trahison avec un ennemi déclaré.

"J'en ai peur. Son pouvoir ne fait aucun doute. Mais vous le savez sans doute aussi bien que moi..."

Hadès se laissa tomber sur son trône, pensif. "Mobilise l'élite des troupes de mes Juges et conduit-les jusqu'à l'anéantissement de ce chien, Echidna."

Eliott se pencha en avant.

"Emmène Elaïs avec toi. Voyons quel maître elle choisira de servir."

"Voilà qui est fort judicieux, Seigneur Hadès." sourit Eliott.


Elaïs renâclait, gardant l'œil amer sur la silhouette qui présidait les troupes.

Eliott fit arrêter les troupes, se penchant sur une empreinte laissée par le surplis de Yeral.

Il en savait long sur les surplis pour les avoir étudiés dans le détail - ce qui n'était pas aisé avec 108 Étoiles !... Cependant, Eliott possédait une mémoire flash étonnante, alliée à l'intuition offerte par Echidna.

"C'est lui. Et il est seul. A moins qu'il soit accompagné de Spectres pourvus d'ailes, indétectables par ce fait." pour lui.

Eliott était animé par un double objectif : être fixé quant aux intentions d'Elaïs une fois pour toutes et tancer Yeral qui tentait de briser un sceau permettant aux ennemis d'Hadès de pénétrer les Enfers.

Et il ne fut guère déçu du voyage : sitôt la piste de Yeral remontée, on massacra férocement une partie de ses troupes et cet assaut fut donné par Elaïs elle-même !...

Eliott finit par sourire. "Ainsi... tu montres enfin ton véritable visage, Elaïs."

"SILENCE, ECHIDNA !" lui fonçant dessus.

Eliott se laisse percuter, fracasser contre la roche, riant aux éclats.

A dire vrai, il s'en voulait énormément d'avoir été berné par Elaïs, de n'avoir point lu en elle avant que les événements surviennent !... Il jugea qu'il n'était pas digne de demeurer plus longtemps chef de guerre des armées d'Hadès, à moins de solder cette menace d'invasion de manière indiscutable et définitive. Et c'est ce qu'il fit : défiant ouvertement Elaïs dont la puissance n'avait rien à envier aux meilleurs !...

Ils avaient été compagnons d'entraînement. Ils s'étaient sans doute même aimés. A présent, ils ne servaient plus du tout le même maître ni les mêmes ambitions.

Le combat fut l'un des plus spectaculaires, les deux adversaires jetant tout dans la bataille !...

Elaïs avait pour elle la force, Eliott l'esquive.

Ils se mesuraient enfin ailleurs que dans l'arène et ils ne retenaient pas leurs coups !...

Elaïs faisait confiance aux techniques acquises. Eliott improvisait. Si bien que le jeune Spectre finit par avoir un coup d'avance sur elle et la frappa à mort, sauvagement, visage maculé de son sang.

Eliott avait cependant la ferme conviction de ne pas avoir combattu seul...

Il se redressa, humant l'air vicié qui régnait autour d'eux lorsque Yeral choisit de se jeter sur lui.

"TOI ! Je vais faire de ta vie un enfer !" tonna la voix rauque du Spectre rebelle.

Eliott roula des yeux. "J'aurai presque envie de rire de ta blague, Yeral, si la situation n'était pas aussi dramatique."

Eliott comprit que, piquée par la jalousie à son égard, Elaïs avait placé son dévolu sur un autre Spectre dont l'esprit n'était véritablement pas aussi aiguisé que le sien.

Qu'importait !...

Eliott avait à se méfier de la masse d'arme dont se servait Yeral et son art de l'esquive lui permit de s'accrocher dans le dos de son adversaire. Agacé, grognant, Yeral leva la masse pour écraser Eliott dans son dos. Vif, Eliott se glissa à terre et Yeral emporta sa colonne entière, se fracassant lourdement au sol, mort sur le coup.

Eliott fixa tour à tour les deux corps, rejoint par Byaku du Nécromancien.

"Que faisons-nous des corps ? Les ramenons-nous comme trophées à Hadès ?..."

Eliott leva les yeux sur la masse nuageuse qui approchait, s'engouffrant à toute allure dans la vallée, la rendant plus sombre encore.

"Inutile. Cet ouragan va s'en charger."

Ils quittèrent la vallée, laissant les corps derrière eux.

Les âmes des Spectres retournaient immanquablement à Hadès qui jugeait bon de leur offrir une vie nouvelle ou non. Elles furent scellées dans une prison réservée à cet effet.


Persephóneia tressait la chevelure sombre de sa fille, l'attachant d'un ruban.

Elle grandissait si vite et commençait à présent à arborer des courbes féminines.

"Pourquoi... grandis-tu si vite, Makaria ?" questionne-t-elle innocemment.

Makaria eut un petit rire doux. "Parce qu'un Spectre de l'armée de mon père m'attend."

La réponse décontenança totalement Persephóneia. Doucement, elle prit place aux côtés de sa fille, égarant une main dans ses cheveux tandis que Makaria décorait les siens de fleurs gélifiées - un cadeau fait par Minos du Griffon.

Makaria avait toujours été secrète. Même à l'égard du Spectre en question. Ce dernier, pourtant, ne manquait guère d'intuition...

Un doux sourire flottait sur les lèvres de la jeune déesse.

"J'espère qu'il te rendra aussi heureuse que ton père a su le faire." posa Persephóneia.

"Je n'en doute pas une seule seconde." souriante, fixant une boucle à chaque oreille.


"Voilà notre fils prodige !..." s'extasia Minos, ayant eu vent des exploits d'Eliott.

"Père." embarrassé par l'extravagance de son père adoptif.

"Laisse. Griffon est ainsi ; jamais dans la demi-mesure et c'est ce qui fait son charme." appuya Aiacos, souriant, posant une main sur l'épaule d'Eliott. "Tu as remarquablement manœuvré."

"Vous m'avez tout appris. Notamment le frontal. Et vous, père, l'esquive." à Minos.

"Tu es définitivement notre plus belle réussite. Pas vrai, Cos ?"

"Définitivement."

"J'ai beaucoup appris auprès de vous."

"Oh et pour ce qui concerne Elaïs..."

Petit soupir d'Eliott. "Je m'en remettrai."

"Bien parlé, fils !..." l'encouragea Aiacos. "Les cartes célestes m'ont dit que quelque chose de bien meilleur t'attend."

Minos sourit. "Décidément... rien ne saurait détourner le fils des cieux de ses précieuses prédictions."

"Elles ne trompent jamais." afficha fièrement Aiacos.


Minos s'afficha dans l'entrée de la pièce, revêtu de la toge fabriquée à partir du tissu précieux épargné par Aiacos. Le carmin flamboyant lui allait admirablement au teint !...

Aiacos en eut le souffle littéralement coupé et les reins inondés de bonheur.

Minos s'approcha, osant une première taquinerie en guise d'ouverture : "Les cartes du ciel avaient-elles prévu cela, Cos ?..."

"Je... ne les ai guère consultées pour cela, Nos."

Minos se pendit au cou de son adorable Oiseau, picorant son visages de baisers fervents.

"Tu leur trouveras toujours des excuses, pas vrai ?..."

"Toujours." sur un sourire affamé, enserrant la jolie taille sur un soupir marqué.

Minos posa le front contre celui d'Aiacos. "Nous deux... pour l'éternité."

"Oh oui !..."

"Honore-moi, Cos." plantant ses améthystes dans le regard de feu de son aimé.

"J'y comptais bien."

Aiacos défit Minos tel un bien précieux, découvrant et couvrant de baisers, associés à des caresses, chaque partie de son corps laiteux.

Les sourires étaient partagés ainsi que les regards.

Minos n'avait guère besoin d'exiger qu'Aiacos soit fervent ; il l'était et le serait toujours.

Ils étaient liés à vie, pour l'éternité et les réincarnations à venir.


Un autre, pourtant, allait également sceller son destin ce jour.

Makaria franchit l'espace qui la séparait d'Eliott. Eliott... qu'elle avait aimé dès le premier instant. Eliott qui avait surgi de nulle part, ramené, en guise de présent, par deux Juges animés de zèle pour son père. Echidna, la mère de tous les monstres infernaux !...

Eliott cligna en notant à quel point elle était femme à présent. "Ma reine..." posant le front sur le dos de sa main.

"Echidna, mon tout beau... L'unique Spectre, dans l'armée entière de mon père, capable de me faire grandir aussi vite. Et auquel je souhaite lier ma vie."


Epilogue

Eliott se préparait, somptueux dans son surplis assorti d'une cape de cérémonie.

On avait peu l'habitude de fêter un tel événement aux Enfers, à savoir la bénédiction accordée par Hadès au couple formé par un Spectre et sa fille. Ce que les humains nommaient communément le mariage était célébré aux Enfers avec bien plus de simplicité.

Le maître des Enfers acceptait d'offrir le geste vu qu'il s'agissait de sa fille unique.

Minos et Aiacos n'avaient, pour leur part, jamais eu envie d'officialiser à ce point leur relation - qui ne faisait d'ailleurs plus mystère depuis bien longtemps auprès des Spectres.

Vu l'acharnement qu'ils mettaient à se défendre l'un l'autre, chaque Spectre avait pris pour lui le message !...

De plus, Griffon et Garuda jouissaient d'une aura bien particulière. Aussi, personne ne songeait à dénigrer leur précieuse relation auprès du Seigneur et Maître des Enfers.


La cérémonie fut brève. Quelques mots de Hadès, l'émotion de son épouse, les encouragements de Thanatos.

C'est le Garudaship qui proposa une forme de banquet nuptial.

Comme à l'ordinaire, des combats à mains nues y étaient organisés.

Et Minos y allait de ses commentaires, sous les regards amusés d'Aiacos et d'Eliott.

Aiacos, du fait de son sang népalais, avait gardé un certain sens de la fête. Pour l'occasion, Minos avait revêtu la tunique en tissu précieux qui demeurait, il fallait bien le reconnaître, une valeur sûre - promesse d'une joute qui se déroulerait à huis-clos.

Quant à Makaria, elle oscillait entre une présence forte et une discrétion divine, bras d'Eliott précieusement refermés autour d'elle, menton posé sur son épaule.


Les doigts de Minos vinrent se lier à ceux de son amant, ramenant le dos de sa main à lui pour y apposer des lèvres douces.

"Nous avons réussi ce que nul Spectre n'est parvenu à réaliser jusque là."

Peu matinal, Aiacos avait du mal à raccrocher deux idées entre elles alors que Minos disposait d'un esprit vif dès le réveil.

Généralement, c'était la faim qui tirait Garuda du sommeil. Et Minos, lui, avait envie de lui conter les monts et les merveilles de bon matin !...

"Tu avoueras que j'ai été hautement inspiré en tirant Eliott de ce champ de bataille !..." se levant, nu comme un ver, pour se servir de l'eau fraîche.

Bon, il fallait le reconnaître : la vue ne manquait guère de charme.

Aiacos, malgré ses yeux qui tiraient, roula sur le flanc pour profiter de la vision.

"Tu es un enchantement au réveil... mais tu alignes les mots beaucoup trop lestement pour que mon cerveau ait le loisir de les décortiquer, mon cher Nos."

Petit rire de l'intéressé qui regagna la couche.

"J'espère qu'Eliott connaîtra le bonheur de se réveiller, à l'occasion de chaque nouvelle aube infernale, aux côtés de l'être qui demeure le centre de son coeur et de ses pensées." jouant, du bout des pulpes, avec les lèvres charnues d'Aiacos.

"Je n'ai aucun doute sur la question." esquissant un doux sourire. "Après tout, nous avons été un exemple fort pour lui." main allant caresser le creux des reins de son joli Griffon, autre main allant chercher la sienne pour y glisser ses doigts.

Minos fit entendre un sourire à l'oreille de son amant. "Mon corps brûle encore d'être honoré, Cos."


Sur Terre, un jeune homme sortit d'un carrosse, envisageant la ville grouillante autour de lui - mouvements dont il n'était pas coutumier, bruits étrangers à ses oreilles. Son teint, joliment halé, tranchait avec celui, blafard, des gens qui circulaient sur les trottoirs, chaudement emmitouflés face à l'hiver norvégien.

"Sois sans crainte, Suikyô." lui intima le précepteur. "Viens. Je vais te présenter au Docteur Svendsen et à son fils Sindre. Ce sont des personnes de qualité, crois-en ma parole."