Pour Léna.
–Défaillance des systèmes de sécurité. Mise en quarantaine immédiate.
Dans la matinée, des intrus avaient tenté de pénétrer le palais royal du Wakanda pendant que le roi, T'Challa, était en plein entretien important concernant la potentielle exportation de vibranium vers le quartier général des Avengers à New-York, qui servirait aux travaux de recherche de Tony Stark et Bruce Banner, avec pour émissaire Natasha Romanoff pour arranger les choses le plus rapidement possible, car son pouvoir de persuasion était immense. Mais pour couronner le tout, ils avaient droit à une panne de courant générale dans le bâtiment, ce qui ne facilitait pas les choses. En plus d'être enfermés comme des lions en cage, ils n'y voyaient rien.
–Très élaborées, vos méthodes de protection, votre Majesté… se moqua gentiment la jeune femme en cherchant une chaise à tâtons, préférant s'asseoir en attendant le retour du courant. Et je ne voudrais pas vous alarmer, mais il semblerait que les portes de votre bureau se soient automatiquement verrouillées dès l'intrusion d'indésirables dans votre demeure, ce qui signifie que nous risquons d'en avoir pour un moment à attendre, déclara-t-elle ensuite, tout en longeant un mur.
–Je suis certain que nous parviendrons à sortir d'ici par nous-mêmes, répliqua T'Challa, ayant trouvé la poignée et s'acharnant avec force sur une porte blindée qui refusait de bouger d'un millimètre. Ce n'est qu'une question de temps avant que je parvienne à ouvrir cette porte et que mes gardes mettent la main sur les intrus qui sont probablement venu dérober une partie de nos réserves de vibranium. Un peu comme vous, très chère Natasha. Sauf que vous m'avez demandé la permission d'abord, dit-il en souriant, ce que Natasha ne put voir à cause de l'obscurité totale.
–Je ne considèrerais pas cela comme un vol mais comme un échange de bons procédés, répliqua-t-elle en parvenant à le rejoindre jusqu'à la porte et ils s'y mirent à deux pour tenter de l'ouvrir. Vous nous donnez un peu de votre matériau et en échange, nous travaillons dessus et faisons toutes sortes de découvertes qui pourraient vous être utile, précisa-t-elle en retirant une épingle de ses cheveux afin de tenter de crocheter la serrure, avant de se rendre compte qu'il n'y en avait tout simplement pas, ce qui l'énerva un peu. Dans quel genre d'endroit vivez-vous, sérieusement ?
–Le genre qui garantit un maximum de protection en cas de crise, mais dont les systèmes mériteraient d'être revérifiés et mis à jour… marmonna le roi, commençant déjà à perdre patience. Je savais bien que je n'aurais pas dû mettre tout cela en place, mais que voulez-vous, il y a tant de personnes qui cherchent à s'emparer du vibranium que nous devons bien nous débrouiller pour le mettre quelque part à l'abris. Et évidemment, il a fallu que cela soit ici, au sein du palais, où je passe la plupart de mes journées, ce qui m'handicape dans des moments comme celui-ci, dit-il en effleurant Natasha.
L'espionne russe soupira. Cela l'ennuyait de le reconnaitre, mais il avait raison. La matière que les wakandais cherchaient à préserver avait une immense valeur financière, il était donc normal que tout soit fait pour la cacher des yeux de ceux qui voudraient s'en servir à mauvais escient. Néanmoins, cela n'atténuait pas son impatience et sa légère claustrophobie qui commençait à doucement se réveiller en elle à cause de cette pièce plongée dans le noir le plus total dans laquelle elle était coincée depuis quelques minutes déjà.
Elle retint un petit rire lorsqu'elle entendit pour la première fois T'Challa jurer, à l'encontre de cette porte qui refusait de s'ouvrir alors qu'ils étaient à deux à s'affairer dessus. L'homme sentait le parfum délicat de la jeune femme, un parfum qui lui rappelait les fleurs qui poussaient dans les jardins luxuriants qui se trouvaient derrière le palais et qu'il trouvait particulièrement agréable, ce qui le déconcentra un instant, et Natasha s'en rendit compte, mais préféra ne pas faire de commentaire à ce sujet alors qu'ils étaient en pleine situation de crise.
–Fichue porte… maugréa-t-elle, lâchant son épingle qui ne lui servait de toutes façons à rien. C'est dans des moments comme ça que je maudis la technologie soi-disant infaillible du Wakanda, déclara-t-elle sérieusement.
–Moi aussi, affirma T'Challa en donnant un grand coup d'épaule dans la porte, ce qui ne l'avança pas davantage. Je rois que l'on risque d'être enfermés ici jusqu'à ce que le courant soit rétabli…
–Et combien de temps cela prend-t-il, en général ? demanda Natasha en s'appuyant contre le mur.
–Je ne sais pas, ce n'est jamais arrivé auparavant, déclara l'homme, confus, sentant la main de Natasha effleurer hasardeusement la sienne. Disons une heure, peut-être deux, dit-il, respirant à plein poumon cette odeur qui le faisait se sentir différent, comme si toutes ses responsabilités s'envolaient subitement et qu'il était un homme libre.
–… Je vois… soupira la rouquine, sentant la proximité qu'il y avait entre eux malgré le noir complet. J'espère simplement que vos gardes n'auront pas trop de mal à stopper les individus qui ont réussi à entrer dans ce palais… souffla-t-elle.
–Ne vous en faites pas pour eux, Natasha, lui assura T'Challa en se reculant de la porte pour ensuite se décaler légèrement sur la gauche, là où se trouvait justement la jeune femme. Ils sont suffisamment robustes pour survivre à n'importe quelle attaque, lui dit-il de sa voix rauque, ayant baissé subitement d'un ton. Ils n'ont peur de rien, jugea-t-il bon d'ajouter, réduisant encore la distance qu'il y avait entre eux sans le voir.
–Et… Est-ce également votre cas, Majesté ?
–Quoi donc ? la questionna-t-il, intrigué.
–Avez-vous peur de quelque chose ? l'interrogea Natasha dans un murmure.
–Simplement de ne pas être à la hauteur, répondit-il, sentant presque leur souffle s'entremêler. Mais je ne puis me juger moi-même… C'est pourquoi un avis extérieur est toujours le bienvenu, dit-il posément en posant une main à plat contre le mur.
–Vous vous attendez à ce que moi, une simple résidente de Manhattan, juge un roi ? comprit-elle. N'auriez-vous pas perdu l'esprit à cause de cette obscurité qui nous oppresse ? l'interrogea-t-elle, dos au mur, sentant la tension monter d'un cran.
–Pas le moins du monde, Natasha… lui assura T'Challa, bien qu'il se doutât qu'elle connaissait déjà la réponse qu'il lui fournirait. Et vous ? Êtes-vous toujours maitresse de vos pensées et de ces émotions qui vous traversent… ?
–… Quoi ? demanda-t-elle, n'arrivant plus tellement à suivre le fil de la conversation, qui avait pris un tournant pour le moins inattendu.
–Quoi… ? répéta-t-il, également perdu, et il ne lui fallut que quelques secondes supplémentaires pour que la rouquine et lui fondent l'un sur l'autre pour s'embrasser à pleine bouche comme si leurs vies en dépendaient.
Aucun ne comprit vraiment cette passion qui les animait soudainement, plongés dans le noir, mais ils ne s'en préoccupaient guère et se contentaient de profiter de l'instant présent. Instant qu'ils affectionnaient par ailleurs tout particulièrement, passant les mains dans le dos et les cheveux de l'autres, retirant couche par couche les vêtements qui les séparaient toujours et s'abandonnant à des jeux interdits.
. . . . . . . .
–Ça y est, s'exclama un garde en forçant sur la poignée de la porte, le courant est revenu ! Venez m'aider, lança-t-il à deux de ses collègues, qui l'aidèrent à ouvrir la porte en question et une fois que cela fut fait, ils virent deux personnes sortir précipitamment du bureau, les cheveux légèrement ébouriffés, dont leur roi T'Challa.
–Votre Altesse, est-ce que… Est-ce que tout va bien ?
–… Oui, parfaitement, déclara-t-il avec assurance en regardant Natasha s'éloigner au détour d'un couloir, réajustant correctement sa veste. Tout va pour le mieux, je vous remercie, ajouta-t-il à l'adresse de ses gardes, qui s'étaient visiblement fait du souci durant les trois heures et demi durant lesquelles il était resté enfermé avec la jeune femme. Vous pouvez désormais retourner à vos occupations, les congédia-t-il en leur tournant le dos, désirant retourner également à son propre travail.
–Hum… Votre Majesté…
–Oui ? demanda T'Challa en se retournant, se sentant flotter à dix centimètres au-dessus du sol.
–Je crois que vous avez enfilé votre tunique à l'envers, ce matin.
