Décembre 2031 – Partie II
Les rues de Londres étaient remplies de Moldus qui me bousculaient régulièrement, pressés. Mais cela ne me dérangeait pas. C'était bien moins dérangeant que les quelques sorciers qui me dévisageaient sur le Chemin de Traverse, que j'avais quitté quelques minutes auparavant.
Une Invisible en liberté, cela faisait toujours son petit effet, et encore plus lorsqu'elle sortait d'un deuxième séjour à Azkaban.
Et qu'elle avait été la belle-fille de Harry Potter.
Je m'éloignai des rues passantes, et m'engouffrai dans une ruelle déserte, où se trouvait simplement une cabine téléphonique. Sans aucune hésitation, j'entrai dans celle-ci, et saisis les chiffres 6-2-4-4-2 sur le cadran.
- Bienvenue au ministère de la Magie. Veuillez indiquer votre nom et l'objet de votre visite.
Peut-être aurais-je dû me préparer au choc que cela allait me procurer. La veille, lorsque j'avais fait du transplanage d'escorte, de mauvais souvenirs étaient remontés. Aujourd'hui, dans cette cabine dans laquelle j'avais grimpé, pour la dernière fois, des mois auparavant pour aller voir Harry, je me retrouvais à nouveau paralysée à la simple entente de cette voix. Je me souvenais brutalement des circonstances qui m'avaient fait grimper dans cette cabine. Je venais tout juste d'être libérée d'un kidnapping, Camille venait de mourir après m'avoir sauvée.
Voix qui répéta sa demande lorsque seul le silence lui répondit.
- Bienvenue au ministère de la Magie. Veuillez indiquer votre nom et l'objet de votre visite.
- Astrid Smith, finis-je par prononcer faiblement. J'ai rendez-vous avec Harry Potter.
- Merci. Le visiteur est prié de prendre le badge et de l'attacher bien en vue sur sa robe.
Ce que je fis immédiatement. Cette voix me glaçait toujours autant, le fait que je ne puisse mettre un visage dessus était effrayant pour moi, et ce depuis ma plus tendre enfance. Mais cette fois, j'étais aussi mal à l'aise du fait de tous les événements qui s'étaient produits en juin, et qui m'avaient menée à emprunter cette cabine téléphonique.
- Le visiteur est prié de se soumettre à une fouille et de présenter sa baguette magique pour enregistrement au comptoir de la sécurité au fond de l'atrium.
L'ascenseur se mit alors en route, s'enfonçant doucement dans les profondeurs de Londres, pour me mener au ministère de la Magie.
À cette heure-ci, je savais très bien que personne ne serait présent pour me fouiller. Et je n'avais aucune baguette à présenter…
J'avais fait exprès de venir très tôt au ministère, bien plus tôt que l'heure de mon rendez-vous avec Harry. Je ne voulais pas prendre le risque d'arriver en même temps que tous les employés du ministère, pas plus que je ne voulais prendre le risque de croiser des membres de la famille de James. Ils étaient nombreux à travailler au ministère, et je ne voulais pas, dès le lendemain de ma libération d'Azkaban, croiser des personnes qui ne me portaient pas toutes dans leur cœur.
J'arrivai dans un atrium désert, et le silence me fit énormément de bien. Je ressentis toutes les tensions accumulées par un simple trajet dans la cabine téléphonique du ministère disparaître, et je me sentis soudainement plus légère.
Je traversai l'atrium dans le silence, me dirigeant rapidement vers les grilles dorées des ascenseurs. Deux fonctionnaires, qui semblaient peu réveillés, se tenaient devant les grilles, attendant qu'elles s'ouvrent.
- Bonjour, me dit machinalement l'un d'entre eux.
Je lui adressai un simple hochement de tête. Certainement surpris par mon manque de réaction, il se tourna vers moi. Ses yeux s'écarquillèrent, et sa bouche s'ouvrit et se ferma à plusieurs reprises sans qu'aucun son n'en sorte réellement.
Il finit par retrouver un semblant de contenance, tandis que le deuxième sorcier regardait ailleurs, après m'avoir adressé un très bref regard.
- Je pensais qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre…
Je ne réagis pas. Que pouvais-je réellement dire, finalement, face à un tel malaise généré uniquement par ma présence ?
- Mais de toute évidence, vous n'êtes pas celle que je pensais que vous étiez.
- De toute évidence, non, confirmai-je doucement.
Il toussota plusieurs fois, puis baissa les yeux vers ses dossiers. Instinctivement, je fis de même, et vis apparaître le nom d'Eastbourne.
La ville d'Eastbourne me manqua soudainement. J'y avais grandi, j'y avais un nombre incalculable de bons souvenirs. Même si c'était également le lieu où était décédée Jill, cela restait la ville de mes premières années.
De toute ma vie d'avant les Invisibles, finalement. C'était l'un des seuls endroits qui n'étaient pas gâchés par les Rapaces Nocturnes ou les Invisibles. Cela restait une bulle protectrice, dans mes souvenirs.
Une bulle protectrice qui me manquait cruellement.
Une douleur me traversa l'abdomen, me rappelant que depuis que j'avais quitté Eastbourne, quelques mésaventures m'étaient arrivées – notamment une rencontre avec la magie noire, qui se rappelait justement à moi.
L'ascenseur arriva à ce moment, me permettant de ne pas sombrer dans la nostalgie, ni dans la douleur aveuglante.
Je grimpai la première.
Et aucun des deux fonctionnaires ne me suivit.
Je serrai les dents. De toute évidence, certaines choses n'étaient pas prêtes de changer.
Les grilles se refermèrent sur les deux hommes, qui faisaient tout pour ne pas me regarder.
- Ridicule, dis-je assez fort pour que le mot soit perçu par eux deux.
Les étages défilèrent les uns après les autres. Personne ne monta dans la cage d'ascenseur avec moi, me permettant d'avoir un trajet tranquille, sans aucun dérangement.
- Niveau deux, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot.
Je sortis de l'ascenseur doucement, ne souhaitant pas me précipiter dans la gueule du loup-garou. Je n'avais aucune idée de comment allait se passer ma rencontre avec Harry. Je savais que nous devions discuter de beaucoup de choses, mais je ne parvenais pas à déterminer si du positif en ressortirait ou non.
Quelques hauts sorciers du Magenmagot étaient déjà actifs dans les couloirs. Je les reconnaissais, tout d'abord grâce à leur tenue, mais également car ils faisaient partie des sorciers ayant statué sur mon cas durant le mois de juillet.
Je me déplaçai rapidement dans les couloirs, n'ayant aucune envie de croiser trop de sorciers qui avaient la capacité de me renvoyer à Azkaban en quelques mots.
Les boxes des Aurors étaient la partie la plus bruyante de l'étage. Des notes de service voletaient tout le temps dans cette zone du ministère, et les Aurors s'interpellaient sans cesse pour régler diverses affaires, s'informer sur les avancées de leurs dossiers.
Mais lorsque j'arrivai dans la partie réservée aux Aurors, les conversations, qui faisaient partie de l'ambiance sonore perpétuelle de ce bureau, diminuèrent considérablement.
Petit à petit, les regards se tournèrent tous vers moi. Je cherchai du regard Harry qui, heureusement pour moi, n'était pas dans son bureau. Adossé à une paroi, il discutait avec l'Auror Vargas, qui faisait partie des Aurors qui s'étaient rendus chez James, des mois auparavant, pour enquêter sur ma disparition. C'était aussi une des Aurors qui travaillaient avec Cassy et Camille, et dont ce dernier avait déjoué la surveillance pour venir me sauver.
Je sentis grimper la tension dans la pièce, rapidement. Ma présence n'était pas la bienvenue. Elle ne l'était que rarement, de toute façon, dès lors que j'étais seule, pas accompagnée d'une personne convenable du monde magique.
Heureusement pour moi, il semblait que j'avais tout de même un allié dans la pièce.
- Astrid. Tu es en avance, constata Harry.
Je haussai les épaules.
- Je ne voulais pas…
Je ne sus pas comment terminer cette phrase, mais je n'en avais pas besoin. Harry me sourit doucement, avant de désigner son bureau d'un signe de tête.
- Tu n'as pas à te justifier. Nous avons beaucoup de choses à voir ensemble. Viens avec moi.
Je ne me fis pas prier. Le silence était impressionnant, dans la pièce. Je ne souhaitais pas rester trop longtemps dans un lieu où je dérangeais autant – ce qui me surprit moi-même, alors que j'avais tant eu tendance à chercher le conflit, dernièrement.
Harry me fit entrer dans son bureau, et referma la porte immédiatement derrière nous.
- Tu prends toujours du thé ? Thé blanc, deux sucres, pas de lait ?
- S'il te plaît, dis-je d'une petite voix. Ce sera mon premier depuis ma sortie d'Azkaban.
Il hocha la tête, et, d'un simple coup de baguette magique, lança la préparation de ma boisson.
- De mes trois enfants, aucun ne boit de thé. Heureusement qu'ils ont mieux su choisir qui rentrait dans la famille, grommela Harry, un sourire aux lèvres.
Je n'arrivai pas à me joindre à son amusement. Certes, James m'avait fait entrer dans la famille des Potter - et même plus d'une fois - mais si j'en étais sortie de mon propre chef la première fois, cette fois-ci, c'était lui qui avait pris la décision de m'éloigner des Potter. Ce que je comprenais, bien évidemment. Mais plaisanter avec son père du fait que mon ex petit ami ne boive pas de thé, c'était au-delà de mes forces. Je tournai la tête vers la porte qui avait été refermée.
- Personne ne va venir nous déranger ? demandai-je avec une pointe d'inquiétude.
- Aucun risque. Le dossier des Invisibles et des Rapaces Nocturnes est au-dessus de toutes nos autres affaires, m'apprit Harry. Personne ne prendrait le risque de venir me déranger alors que tu te trouves dans mon bureau, à moins que cela ne concerne, justement, d'autres Invisibles ou des Rapaces Nocturnes. Ce qui, tu t'en doutes, a peu de chance de se produire, marmonna-t-il avec déception.
Bien que je comprenne son agacement de ne pas avancer sur ce dossier, je ne pus m'empêcher de soupirer de soulagement, et il laissa échapper un petit rire.
- Ce ne devait pas être agréable d'être entourée de tous ces Aurors qui n'ont aucune sympathie pour toi, me dit-il gentiment.
- Tu n'as pas idée de ce que ça fait d'être aussi peu appréciée à chaque lieu où tu te rends, grommelai-je.
Il s'assit derrière son bureau, et me fit signe de prendre place en face de lui.
- Pour être totalement transparent avec toi, si, je sais exactement ce que cela fait.
Je lui jetai un regard rempli d'étonnement.
- Cela ne fait pas partie des choses de mon enfance dont je parle durant les repas de famille, dit-il simplement.
Je songeai que Harry, s'il était apprécié par la quasi-totalité de la population sorcière aujourd'hui, avait peut-être également commis des torts qui l'avaient rendu moins sympathique aux yeux de tous.
Je tentai une pointe d'humour pour me sortir de cette situation.
- De toute façon, il y a peu de chance que je découvre de nouvelles anecdotes te concernant lors d'un prochain repas de famille.
Je serrai mes bras autour de ma poitrine. Harry me scruta tranquillement, avant d'ôter ses lunettes et de les nettoyer, sûrement pour se donner une contenance.
- C'est effectivement ce que James nous a dit, à Ginny et moi, avant de partir faire un nouveau tour du monde. Mais le fait que mon fils et toi ne soyez plus ensemble ne veut pas dire que tu n'es plus la bienvenue chez les Potter, Astrid. J'insiste sur ce point, et Ginny en fera de même lorsqu'elle viendra te rendre visite.
Gênée, je détournai le regard, et je sentis que Harry était également embarrassé par la tournure que prenait cette conversation.
- On ferait mieux de reprendre une conversation plus formelle, marmonnai-je. Une conversation où tu m'engueules copieusement, où tu m'expliques que mon séjour à Azkaban était trop court par rapport à mes fautes, que je ne retrouverai jamais une vie normale parce que je n'en ai pas le droit, et ainsi de suite. En tant que chef des Aurors, ton devoir, c'est de me lyncher.
- En tant que chef des Aurors, mon devoir, c'est de t'expliquer les décisions qui ont été prises par les autorités qui s'occupent des Invisibles, à savoir la directrice du département de la Justice Magique et moi-même, me corrigea sévèrement Harry. En tant que proche, mon devoir, c'est de t'empêcher de t'enfermer dans une bulle de misère où tu te persuades que tu n'as le droit à rien de positif. Par Merlin, Astrid, il n'y a plus de Détraqueurs à Azkaban, pourquoi est-ce que tu tiens un discours aussi pessimiste ?
Je ne répondis rien, me contentant de hausser les épaules. Je ne le savais pas, mais je ne pensais pas pouvoir réellement vouloir d'une vie normale après tout ce qui s'était produit dans ma vie.
- Bon…, murmura Harry. Parlons de ce qui va se passer pour toi, à présent.
Je hochai simplement la tête. Harry ouvrit un tiroir, en sortit quelques dossiers et trois baguettes, que je reconnus sans problème.
Il en fit rouler une vers moi – la mienne – puis me désigna les deux autres. Je m'empressai de me saisir de ma baguette, que je glissai dans ma manche, à sa place habituelle, avant de regarder les deux autres baguettes. Ma gorge se serra.
Harry me montra la plus courte des deux, d'un bois sombre et que je savais être remplie de ventricule de dragon.
- Tu connais cette baguette, n'est-ce pas ?
- C'est celle de Cole.
- Effectivement. Dylan, son fils, était allé la récupérer dans nos scellés après la chute des Invisibles et des Rapaces Nocturnes. Nous avons réalisé que beaucoup de preuves liées aux Invisibles et aux Rapaces Nocturnes ont disparu.
Je n'en étais même pas surprise. Agacée, tout au plus. Dylan avait réfléchi à son plan, et avait cherché à reconstruire les Rapaces Nocturnes. Il était forcément allé fouiller dans les dossiers des Aurors pour récupérer des documents dont il avait besoin.
- La deuxième baguette...
- C'est celle de Camille, terminai-je à la place de Harry. Sa baguette de rechange. Celle qu'il a prise en partant du Square Grimmaurd…
C'était naïf, évidemment, mais durant mon séjour à Azkaban, j'avais cru que, peut-être, Camille avait réussi à s'en sortir, à transplaner dans sa chute. Mais s'il n'avait pas sa baguette avec lui, l'espoir devenait vain.
Ma gorge se serra un peu plus. C'était plus difficile lorsque les preuves étaient sous nos yeux. Camille était mort.
Ce fut à ce moment que ma tasse de thé arriva devant moi. Je la pris et bus une gorgée bien que ce soit encore trop chaud, gagnant ainsi un semblant de contenance, alors que Harry reprenait la parole.
- Nous n'avons retrouvé aucun corps pour le moment, mais…
- Pas la peine de me préparer au pire, Harry. J'ai été une Invisible. Je sais qu'il est mort. Je suis préparée à ce genre d'éventualités.
- Toutes mes condoléances.
Un rire nerveux m'échappa.
- Camille et moi, on se haïssait. Et encore, le mot est faible. Je ne suis pas certaine que ce soit vraiment ce genre de paroles que j'ai envie d'entendre.
Harry ne répondit rien, mais je ne lui en voulus pas. Il n'y avait rien à dire de plus. Je ne savais même pas à quoi je m'attendais lorsque j'avais répondu cela à Harry.
- Le fils de Cole ne devrait donc plus te rechercher.
- Et les autres Rapaces ? m'enquis-je.
Harry prit quelques secondes pour lui avant de me répondre. Je n'aimais pas du tout cette attente. Elle n'augurait rien de bon.
- Je n'ai pas de bonnes nouvelles à t'annoncer à ce sujet. Nous sommes allés à la maison que tu nous as indiquée, bien entendu. Nous avons vu toute la mise en scène pour ton mariage avec Dylan…
Il fit une pause, essayant d'évaluer du regard si j'étais en état d'avoir cette conversation. Ce n'était bien entendu pas le cas, mais je ne voulais pas qu'il en ait conscience, alors, je restai stoïque. Je dus bien réussir, car Harry parut surpris de mon manque de réaction, et il continua sans me ménager.
- Nous avons dénombré dix-sept invités, seulement, aucun carton ne portait le nom de l'invité auquel il était destiné.
Je me redressai sur ma chaise, soudain alerte.
- Harry, je sais que je venais d'être libérée d'un sortilège de l'Imperium, et que Camille venait de mourir. Mais je t'assure que je n'ai pas rêvé, et que j'ai bien vu des noms sur les cartons !
Harry leva les mains en signe d'apaisement.
- Je te croyais lorsque tu me l'as dit cet été, et je te crois toujours aujourd'hui.
- Mais ce n'est pas le cas de tous les Aurors, n'est-ce pas ?
Harry ne se donna pas la peine de répondre à cette question. Après tout, nous connaissions tous les deux la réponse. Il n'était pas nécessaire de remuer le couteau dans la plaie.
- Pour le moment, mon hypothèse est qu'un Rapace soit venu pour tout nettoyer après ton départ, et avant que nous, les Aurors, n'arrivions. Est-ce que tu as le souvenir de l'identité de l'un des Rapaces ? Tu n'as pris le temps de lire aucun nom, en juin dernier ?
- Non, marmonnai-je.
Ce n'était pas un bon travail d'Invisible, mais je n'étais pas une Invisible à ce moment-là. J'étais perdue, je réalisais tout juste ce qui m'était arrivé.
- Bon…
Je sentis qu'il était légèrement déçu, mais je ne pouvais pas lui donner plus d'informations que les rares que j'avais glanées alors que j'étais en état de choc, des mois plus tôt.
- Il faut que nous parlions de ce que va être ta vie à présent, m'annonça Harry.
Morne, je hochai lentement la tête. Je savais déjà que ce que Harry allait m'annoncer ne serait pas réjouissant.
- Tu devines sans peine que tous tes déplacements doivent à présent être justifiés et planifiés. Tu dois nous mentionner les différents lieux où tu pourrais te rendre en transplanant, en nous donnant les adresses exactes de décollage et d'atterrissage, et tu ne peux pas en dévier. Bien entendu, le transplanage d'escorte est toujours autorisé, toutefois, tu devras nous informer des personnes qui peuvent t'emmener.
- Il n'y aura plus de transplanage d'escorte pour moi, le coupai-je sèchement.
S'il fut surpris de mon ton, Harry ne chercha pas pour autant à comprendre ce qui me mettait dans un tel état. Peut-être le devinait-il sans que je n'aie besoin de m'expliquer.
- D'accord…
- Quoi d'autre ? m'enquis-je avec une pointe d'impatience.
Il ôta une nouvelle fois ses lunettes, les nettoya, alors qu'elles étaient déjà impeccables, et les replaça sur son nez. Il décala une mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux, laissant apercevoir quelques secondes la cicatrice qui l'avait rendu célèbre dans le monde entier.
En tout cas, dans le monde des sorciers.
- Si tes déplacements sur le territoire doivent être surveillés et contrôlés, tu te doutes que ceux impliquant une sortie du territoire le sont encore plus. Tu ne peux pas sortir du Royaume-Uni comme tu le souhaites, une Trace a été appliquée sur ton transplanage. Tu dois remplir un formulaire pour chaque déplacement international, en précisant où tu dors, le but de ton déplacement, sa durée.
- Super…
- Astrid, je t'en prie, pas la peine de jouer la martyre. Le fait que tu aies l'autorisation de sortir du territoire relève déjà d'un petit miracle.
Le ton nerveux de Harry me fit me sentir minable. Je pris la tasse de thé qui refroidissait doucement.
- J'imagine que je peux te remercier, ainsi que Hermione, une nouvelle fois ?
- Tout à fait, confirma Harry. Et tu remercieras plus sincèrement Hermione, et avec plus que de belles paroles. C'est son poste et sa campagne qu'elle a mis en jeu pour toi.
Je haussai un sourcil, surprise.
- Par Merlin, je n'ai été emprisonnée que quelques mois. Sa campagne ?
Harry se cala plus profondément dans son fauteuil.
- Elle souhaite se présenter une nouvelle fois en tant que ministre de la Magie, m'apprit-il.
- Ce qui ne serait pas une mauvaise chose. Burton est nul.
- Ce n'est pas quelque chose dont je peux réellement discuter avec toi, et certainement pas sur mon lieu de travail, qui est également le sien.
- J'ai pas besoin que tu me le dises pour le savoir. Sincèrement, Burton est nul. Je ne sais même pas pourquoi il a été élu la dernière fois. Enfin, si, je le sais. Parce que Hermione ne se présentait pas, grommelai-je. Vous avez trop de principes, aussi.
Un sourire naquit sur les lèvres de Harry.
- Trop de principes parce qu'elle a refusé d'être à la tête d'un gouvernement qui nous ment et nous empêche d'agir comme nous le souhaitons ?
Je ne dis rien, car je savais que je n'avais pas les arguments pour cette conversation. Nous avions eu cette discussion des dizaines de fois, lors des repas chez les Potter, et lorsque Hermione était présente.
En 2018, Hermione Granger-Weasley était devenue ministre de la Magie, et avait appris l'existence des Invisibles. Sauf que la grande Hermione Granger, avec tous les principes qu'elle possédait – et qui étaient honorables, certes – n'avait pu accepter l'idée qu'une telle organisation existe. Elle avait donc, durant des années et avec l'aide de Harry Potter, tenté de nous démanteler, sans jamais y parvenir. Au bout de sept ans de mandat, et comme la loi magique l'exigeait, elle avait lancé des élections pour le poste de ministre, et avait annoncé, à la surprise de tout le monde sauf de Harry et Ron, qu'elle-même ne se présenterait pas. C'était alors Ernie Burton qui s'était présenté pour le poste de ministre et, n'ayant aucune concurrence, il avait remporté les élections. Cela avait fait grincer les dents d'Hermione, car elle connaissait assez cet homme pour savoir qu'il ne chercherait à améliorer en aucun cas les conditions sociales des sorciers. Un certain nombre des avancées qu'elle avait pu mener à bien dans la communauté magique, avec son ministère, avaient été gelées, voire annulées, lorsque Ernie Burton était arrivé à la tête du gouvernement de la magie.
Dommage pour elle, c'était juste avant que les Invisibles soient finis, car nous avions arrêté le chef des Rapaces Nocturnes. Hermione avait rongé son frein pendant des années, car même si son poste de directrice du Département de la justice magique était intéressant, elle se retrouvait souvent en conflit avec Ernie Burton, qui critiquait chacune de ses anciennes décisions, et refusait toutes les propositions qu'elle faisait en tant que responsable d'un département.
- En tous les cas, elle va gagner, c'est quasiment certain, dis-je.
- Un peu moins certain depuis qu'il a été publiquement dit qu'elle se portait garante pour t'accorder des privilèges que nous ne sommes pas certains d'accorder aux autres Invisibles lors de leur future libération, si libération il devait y avoir, nuança Harry.
Je balayai l'argument d'un geste de la main.
- L'opinion publique est derrière Hermione Granger-Weasley, c'est une héroïne de guerre, et elle se bat pour les rebuts de la société, même pour moi. Burton se bat pour aller manger tous les jours au restaurant, et presque personne ne l'apprécie…
Harry eut une moue que je n'eus aucun mal à interpréter – il détestait Burton, lui également. Mais sa politesse, et le fait qu'il soit son supérieur, l'empêcha de dire tout ce qu'il pensait de cet homme.
- Je penserai à la remercier chaleureusement, promis-je.
Même si je n'étais pas certaine qu'elle veuille réellement m'adresser la parole, si cela mettait effectivement en danger son élection à venir.
- De qui d'autre ai-je entaché la réputation ? voulus-je savoir.
- Personne, me rassura Harry. Au fait, ta cheminée ne peut pas être branchée aux réseaux publics, m'apprit-il.
Je détestais utiliser le réseau de la poudre de cheminette, aussi la nouvelle ne me parut pas être spécialement mauvaise.
- Bien évidemment, tu n'as rien à faire dans l'Allée des Embrumes, qui ne vend quasiment que des objets illicites, ou, tout du moins, de magie avancée.
- Ce n'est de toute façon pas mon quartier préféré du Chemin de Traverse, badinai-je.
Harry hocha la tête, avant de reprendre le fil de sa présentation.
- Maintenant que nous avons fait le point sur tes déplacements, parlons de la magie que tu peux pratiquer.
- Je sens que je ne vais pas apprécier ce que tu vas m'annoncer…
- Et tu as raison.
Il sortit un nouveau dossier de son tiroir, pendant que je terminais ma tasse de thé. La théière vint m'en servir à nouveau, me faisant pressentir que la conversation allait s'éterniser.
- Tout acte de magie dépassant le niveau deux d'études de la magie, selon ce qui est décrété par le Conseil international de l'éducation et de la sorcellerie, ne peut pas être pratiquée.
- Oh, bordel, Harry, tu plaisantes ?! m'exclamai-je.
Le Conseil international de l'éducation et de la sorcellerie était une instance qui avait été créé au début des années 2010, afin de lisser le niveau scolaire des élèves des onze principales écoles de magie du monde des sorciers. Tous les élèves de ces onze écoles devaient être en capacité d'obtenir le même enseignement, selon l'école dans laquelle ils étudiaient. Les écoles restaient libres d'adapter leurs programmes, mais elles devaient toutefois respecter les recommandations du Conseil international. Certaines notions de magie étaient strictement réglementées, et ne pouvaient pas être enseignées avant un certain âge des élèves. Par exemple, aucune école ne pouvait enseigner la défense contre des Inferi avant la cinquième année d'études, mais toutes devaient avoir enseigné à ses élèves le maniement des sortilèges de Bouclier avant leur quatrième année d'études.
Le Conseil diffusait librement la liste des sortilèges qui étaient autorisés pour chaque niveau d'étude – de un à sept, comme le nombre d'années d'études.
Et moi, je venais d'apprendre que j'étais bloquée au niveau deux d'études de la magie.
Je savais, bien entendu, que j'allais être brimée. Mais je ne m'attendais pas à une telle sévérité dans mon traitement.
- Tu réalises ? Je ne peux même pas m'occuper d'un Détraqueur !
- En même temps, pourquoi aurais-tu besoin de t'occuper d'un Détraqueur ? me fit remarquer avec justesse Harry.
- Très bien ! m'énervai-je. Eh bien, prenons l'exemple des Épouvantards, dans ce cas ! L'appartement collé au mien en est rempli, je vais forcément en avoir chez moi, qu'est-ce que je fais ? J'attends qu'il se décide à partir ?
- Non. Tu remplis le formulaire adéquat, que tu envoies ensuite au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, puis tu attends l'intervention d'un agent du ministère.
Il m'expliqua ceci d'un ton si calme et monotone que j'oubliai de m'en offusquer. Au lieu de quoi, je me mis à rire nerveusement.
- Donc, pas d'acte de magie au-delà de la deuxième année d'études, selon la grille du Conseil international de l'éducation et de la sorcellerie.
Harry acquiesça. Je désignai le dossier qu'il venait de sortir.
- C'est quoi, exactement, ceci ?
- L'explication du sortilège qui a été apposé sur ta baguette pour contrôler tes actes magiques. Nous ne pouvons poser de Trace sur toi, c'est contraire à notre loi sur les libertés individuelles des sorciers. Toutefois, nous sommes en droit de vérifier les sortilèges lancés par ta baguette.
- Et ça, c'est pas une atteinte à mes libertés individuelles ? grommelai-je.
Harry ne prit pas la peine de me répondre.
- Le reste du dossier détaille les sortilèges que tu peux lancer, et comment régler un problème qui nécessite forcément de la magie… comme des Épouvantards à chasser de chez toi, par exemple. Il t'est également interdit d'utiliser des sortilèges informulés lorsque tu es en présence d'autres sorciers.
Il poussa le gros volume vers moi, et je le pris rapidement. J'aurais voulu tempêter davantage, mais cela n'aurait rien arrangé et, de toute manière, la décision avait été prise. Je devais faire avec.
- Qu'en est-il des potions ?
- Les potions ? demanda Harry en levant un sourcil.
- Je peux avoir besoin d'en fabriquer, fis-je valoir à juste titre. Pour régler des problèmes.
- À quel genre de problèmes tu fais allusion ? s'enquit-il, légèrement tendu.
Je fronçai les sourcils. Il avait de quoi être méfiant. Je lui avais déjà promis de ne pas créer de potions interdites, et j'étais passée outre cette interdiction. À plusieurs reprises.
- Par le passé, en tant qu'Invisible, j'ai pu douter de l'intelligence des Aurors, mais j'ai quelque peu fait évoluer cette opinion ces dernières années… en tout cas en ce qui te concerne. Je ne pense pas faire des potions dans ton dos, pas comme la dernière fois. Pas de Veritesarum, de Polynectar… Je pensais plutôt à des potions de santé.
- Le Dictame est autorisé, répondit rapidement Harry.
- Je ne pensais pas à ça non plus. Mais à ça.
Je sortis une fiole de ma poche, qui contenait un extrait de ce que Paige m'avait donné la veille.
Harry la saisit lorsque je la lui tendis, observant avec intérêt le liquide ambré. Il me lança ensuite un regard interrogateur.
- C'est une potion créée par Paige Andersen, qui est Guérisseuse et travaille avec Wyatt Barrow à Ste Mangouste. Elle pourrait potentiellement me soulager de mes douleurs.
Je cherchai comment tourner la suite de mes explications sans entrer dans les détails, toujours difficiles à aborder pour moi.
- Celles causées par l'opération des Rapaces Nocturnes.
Harry plongea une nouvelle fois son regard dans la fiole, avant de pousser un long soupir.
- Je pense que je pourrai t'obtenir une dérogation sans trop de difficultés.
- Ah ?
- Oui. Il serait malvenu de t'empêcher de te soigner, et cela libérerait du temps pour nos Médicomages. Toutefois, certaines personnes pourraient également demander à ce que tous tes soins soient contrôlés par des personnes compétentes en la matière…
Je grimaçai.
- En somme, ma demande provoque de nouveaux problèmes que tu vas devoir gérer.
- Ce n'est rien, me rassura Harry.
- Non, c'est sûr que ce n'est pas grand-chose, en comparaison de ce que je t'ai déjà causé comme soucis…
Il ne répondit rien, ne tenta même pas de me rassurer. Il n'y avait pas matière à me rassurer. La réalité était là. J'avais causé bien des problèmes à Harry, que ce soit de ma fausse mort à mes dix-huit ans, qui avait plongé son fils aîné dans une profonde dépression, à ma décision de repartir dans une quête d'Invisible, quelques mois auparavant. Et à chaque fois, il avait tout fait pour me réhabiliter aux yeux de tous.
- Tu demanderas à ta Médicomage les ingrédients qui sont dedans, enchaîna Harry. J'espère seulement qu'ils n'entrent pas dans la composition de potions que tu n'es pas en droit de faire…
- J'imagine que les potions, c'est comme pour les sortilèges, je ne peux rien faire au-delà du niveau deux d'études comme il est établi par le Conseil international de l'éducation et de la sorcellerie ?
- Non, tu peux aller jusqu'à des potions relevant du niveau quatre d'études.
- Quelle chance, ironisai-je.
Harry ne releva pas. Il croisa les mains sous son menton, et m'observa attentivement, jusqu'à ce que je me compose un air plus attentif.
- Nous allons parler de ton travail, à présent. Le British Museum de Londres n'a pas beaucoup apprécié ton départ précipité de mai, et regrette quelque peu de t'avoir engagée, surtout après avoir appris que tu avais à nouveau trempé dans des affaires de meurtres.
Je me trémoussai sur ma chaise. Être engagée par le British Museum dans la section magique avait été un petit miracle – surtout compte tenu du fait que je n'avais eu aucun piston, cette fois-ci. J'avais mis en difficulté le musée ces derniers mois, et certainement entaché leur réputation.
- Ils ne veulent plus de moi ?
Harry fronça les sourcils.
- Si.
Mes épaules se détendirent quelque peu.
- Toutefois, ils ne pensent pas pouvoir te faire à nouveau confiance pour travailler dans le British Museum, à l'accueil de groupes. Tes collègues sont peu réceptifs à ton retour, et si j'ai réussi, autant que possible, à endiguer les raisons de ton expédition de mai, des informations ont toutefois fuité dans un certain nombre de journaux. Je te rappelle qu'un Auror qui montait la garde devant votre appartement a été tué par Dylan, qui te recherchait. L'opinion populaire n'est pas de ton côté.
- En même temps, l'opinion populaire n'est plus de mon côté depuis quelques années, rappelai-je à Harry.
- Disons qu'elle l'est encore moins.
Je me mordis la joue, refusant de lui faire remarquer que je n'étais pas certaine qu'elle puisse réellement descendre encore plus bas que ce qu'elle n'avait été, mais plutôt que de me lancer dans une vaine lutte pour prouver que j'avais raison, je relançai la conversation sur mon futur professionnel.
- Bon, alors, qu'est-ce qu'ils me proposent ?
- Un travail d'historienne. Depuis chez toi. Avec tous les artefacts qui arrivent et ressortent, tous les objets qui sont découverts, tu aurais de quoi faire. Et ils n'ont pas d'exigence particulière quant à ton lieu de résidence. Si jamais tu souhaitais quitter Londres, tu le pourrais… dès lors que tu soumettrais ton envie de déménagement au ministère, et que cette demande était approuvée.
Je réfléchis quelques instants. La proposition me paraissait honnête, au vu de la difficulté dans laquelle j'avais pu mettre le musée en disparaissant, et en leur faisant mauvaise presse.
- Je les ai prévenus de ta sortie d'Azkaban. Ils devraient revenir vers toi d'ici quelques jours, le temps que tu t'installes, et vous verrez ensemble les modalités. Ils sauront mieux t'expliquer que moi ce qu'ils attendent de toi à présent.
J'acquiesçai.
- J'ai une dernière chose à te demander, Astrid.
- Je t'écoute.
- Cela concerne les Invisibles, continua lentement Harry, comme se demandant comment me poser la question.
Je lui fis signe de continuer. Le sujet serait toujours sensible, peu importait la manière de l'aborder.
- As-tu eu des nouvelles de Cassy Jump ?
- Non, soufflai-je. Tu me l'as déjà demandé lorsque tu es venu me rendre visite à Azkaban. Je n'ai plus eu de nouvelles de Cassy depuis que j'ai été kidnappée par le fils de Cole. Pourquoi est-ce que tu tiens tant à ce que j'aie eu de ses nouvelles ?
- Disons que je suis… surpris, dit Harry. Surpris de ses choix. Selon l'accord passé avec son frère, elle était libre de retourner au Mali et de ne pas être inquiétée pour les crimes qu'elle avait commis là-bas. Connaissant la fierté des Invisibles de manière générale, et celle de Cassy de manière plus précise, je m'attendais à ce qu'elle retourne au Mali et y reste pour se pavaner.
- Oui, ça lui ressemblerait bien…
- Or, elle ne s'y trouve plus. Les Aurors maliens, malgré nos différends, m'ont contacté pour savoir si elle était venue s'installer sur notre territoire, sûrement pour s'assurer qu'elle n'allait plus leur causer de problèmes. Il semble qu'elle ait disparu des radars.
Je me redressai, l'oeil plus alerte.
- Elle aurait pu faire une mauvaise rencontre ?
- La seule mauvaise rencontre, pour une Invisible…
- C'est un Rapace Nocturne, complétai-je. Et il y en a encore en liberté… Mais ils n'ont plus de chef, marmonnai-je. Cela n'a pas de sens… Et Cassy n'avait pas de raison de partir du Mali. En même temps…
- Oui ? me pressa Harry.
- Cassy était très discrète, soupirai-je. Je n'ai appris qu'elle avait de la famille au Mali que parce que nous nous y sommes rendus. Peut-être qu'elle avait d'autres points d'ancrage, ailleurs ? Des refuges connus de personne, pas même des membres de sa famille ? Elle s'est pavanée un temps au Mali, et puis, la situation l'a lassée ?
- Peut-être…
Harry n'était pas convaincu par ma théorie. Pour être honnête, je ne l'étais pas non plus. Cela me surprenait. Mais l'idée qu'elle puisse être tombée sur un Rapace Nocturne me révulsait. Je préférais imaginer qu'elle soit en sécurité quelque part, là où personne ne pouvait la retrouver. Le propre d'un Invisible était de savoir se rendre invisible. Peut-être Cassy avait-elle décidé d'appliquer nos méthodes.
- Si jamais tu as de ses nouvelles, dis-le-moi.
- Je n'en aurai pas, Harry. Il y a peu de chance. Elle est passée à autre chose, et j'étais trop devenue… sorcière pour que nous gardions contact après ce qui s'est passé en juin, affirmai-je.
Tout du moins, je le voyais ainsi. Le décès de Camille avait forcément créé un nouveau fossé entre nous, également. Cassy refusait de s'attacher aux hommes, et moi, j'étais dépendante de James. Nous ne pouvions pas être plus différentes.
- D'accord.
Harry regarda autour de lui, brassa quelques papiers, avant de me regarder à nouveau.
- Je pense que nous avons terminé. Je n'ai rien de plus à t'annoncer.
Je hochai la tête, la gorge soudainement sèche. J'avais l'impression que nous n'aurions plus l'occasion de réellement nous revoir. Je me levai de ma chaise.
- Nous ferons un point d'ici un an pour discuter de ta réinsertion, et savoir si nous pouvons ou non t'autoriser à pratiquer de la magique de niveau trois, voire quatre.
Cela me paraissait si improbable que je ne me réjouis même pas un petit peu de cette possibilité.
- D'accord…
- Est-ce que tu as des questions ?
- Non, ça ira. Je vais te laisser travailler.
Harry hocha la tête, et d'un coup de baguette magique, entrouvrit sa porte de bureau. Aussitôt, des dizaines de notes de service se précipitèrent à l'intérieur. J'attendis qu'elles m'aient dépassée pour me frayer un chemin vers la sortie.
- Je regrette presque que notre entretien se termine, soupira Harry. Oh ! Cela va peut-être t'intéresser.
Il agitait une note bleu ciel. Curieuse, j'attendis qu'il me donne des explications.
- Elle vient de l'Office des Portoloins. Ma fille vient de demander un Portoloin long trajet. Elle et Jason rentrent pour Noël. Il a demandé de tes nouvelles.
- Jay est trop poli pour son propre bien, soupirai-je.
- Oui, c'est ce que tout le monde lui répète, se moqua Harry.
Il se plongea dans la lecture de ses notes de service, mais je ne m'éloignai pas. James avait débuté son tour du monde par l'Australie, et je me demandai s'il pouvait rentrer avec eux deux. Ou s'il était déjà rentré. Ou même s'il prévoyait de rentrer…
- Je croyais que tu n'avais plus de questions ? s'étonna Harry.
Je pris mon courage à deux mains.
- En fait… Lily et Jason sont les seuls à rentrer ?
Harry stoppa sa lecture de ses notes de service, mais ne me regarda pas.
- Tu penses à James ? me demanda-t-il sans lever les yeux de ses papiers.
Je ne répondis pas. Je n'en avais pas besoin.
- Pour autant que je sache, il n'est plus avec eux.
- Pour autant que tu saches ? relevai-je.
- Lorsqu'il a fait son premier tour du monde, il n'avait pas pris la peine de nous prévenir de ses diverses étapes… et c'est la même chose cette fois-ci. À une exception près.
- Laquelle ?
Harry, cette fois, leva les yeux vers moi. Ses yeux verts, en se posant une fraction de seconde sur moi, me firent comprendre que ce qu'il était sur le point de me dire allait me blesser profondément.
- Il nous a spécifiquement demandé, à sa mère et moi, de ne pas te tenir au courant de tout ce qui le concernait, de près ou de loin. Ne pas t'avertir de ses dates de retour, de ce qu'il prévoyait de faire, de l'état dans lequel il se trouvait. Il voulait couper les liens. Si jamais il veut les renouer… Il le fera. Mais il ne souhaite pas qu'on lui parle de toi, et inversement. Et il ne souhaite pas que tu prennes de ses nouvelles tant qu'il n'aura pas fait le premier pas. Si jamais il le fait.
Chacun des mots de Harry me transperça.
Comment est-ce que je réussis à sourire doucement, je ne le saurais sûrement jamais.
Mais j'y parvins.
- Je comprends, murmurai-je.
- Je suis désolé.
Je balayai ses excuses d'un geste de la main.
- Ne le sois pas. C'est moi, et moi seule, qui ai provoqué cette situation. Bonne journée, Harry.
Cette fois, je partis rapidement. Je n'étais pas certaine de pouvoir rester plus longtemps proche de lui sans craquer.
.
.
.
J'étais dans mon appartement, un carton devant moi, et je pestais.
Les sortilèges auxquels j'avais droit ne me permettaient pas de libérer mon horloge du mutisme dans lequel elle était plongée depuis le mois de mai, et je n'avais donc personne avec qui parler, ou me disputer.
Et c'était très frustrant, après ma conversation avec Harry, qui datait pourtant de l'avant-veille. J'avais envie de me disputer, envie de m'occuper l'esprit en parlant d'autre chose que de James.
Sauf que je ne pouvais pas. Cela dépassait les autorisations qui m'avaient été données, et je ne pouvais donc pas redonner la parole à mon horloge.
Bien sûr, j'aurais pu contacter Mélina, mais je ne voulais pas l'ennuyer. Je n'osais pas demander ce service à Paige, de peur qu'elle se trompe dans le sort. Il était hors de question que j'ennuie Chuck ou Lola pour si peu, alors qu'ils étaient jeunes parents. Quant à mes autres amis et connaissances, je n'étais pas à l'aise de leur faire cette demande.
J'avais bien espéré entendre du bruit dans l'appartement d'à côté, mais mon voisin n'était pas présent, comme Mélina me l'avait dit. Je n'avais même pas pu aller le voir.
Cela dit, je me demandais bien comment j'aurais pu lui présenter ma requête.
Je soupirai, et sortis l'horloge de son carton, avant de la fixer au mur, avec un clou et un marteau.
Car le sortilège de Lévitation était considéré comme un sort de niveau trois d'études – bien que je l'avais appris lors de ma deuxième année à Poudlard, et le père de James, dès sa première année. Foutu Conseil international de l'éducation et de la sorcellerie.
J'avais compulsé le dossier que m'avait donné Harry hier, et j'avais rapidement compris que j'allais devoir retrouver mes habitudes de Moldue, comme lorsque j'habitais avec Jill. La plupart des gestes simples du quotidien étaient brimés.
Heureusement que ma tante m'avait forcée à faire des travaux d'été toutes les années que j'avais passées chez elle. J'avais encore quelques souvenirs.
Tant que je ne faisais pas des travaux de peinture, j'étais plutôt partante pour bricoler.
Une fois l'horloge posée, je regardai le carton.
- Evanesco !
J'avais tout de même le droit à ce sortilège. Je n'allais pas me priver de l'utiliser.
Sauf qu'à présent que le carton avait disparu, je n'avais plus rien à faire pour m'occuper, et le vide de l'appartement, l'absence de James et le fait que je ne me sois pas encore appropriée totalement le lieu m'empêchaient de me sentir à l'aise ici. De plus, je n'avais pas encore été contactée par le British Museum, et je n'avais même pas de travail à faire.
Je cherchais désespérément quelque chose pour m'occuper quand on frappa soudain à ma porte d'entrée.
Je traversai le petit appartement en quelques pas, m'attendant à tomber nez à nez avec Mélina, ou peut-être Roxanne, mais ce fut Ginny Potter que je vis, à ma grande surprise.
- Bonjour Astrid.
- Ginny. Harry m'avait dit que tu comptais passer, mais…
Je réalisai alors qu'elle avait un panier à la main. Et que dans ce panier, un animal grattait férocement l'osier.
- C'est Fléreur ?
Mon ex belle-mère hocha la tête.
- J'ai mis deux heures avant de réussir à l'enfermer là-dedans, soupira-t-elle. Il ne voulait pas entrer… Heureusement que je ne travaillais pas aujourd'hui.
- Désolée, il déteste les transports. J'aurais dû venir le chercher, mais j'avais…
Je n'étais pas certaine de savoir comment terminer cette phrase.
- Trop peur de peut-être croiser James chez nous, si jamais il devait être revenu de son voyage ? devina sans peine Ginny. Je crois que je comprends. Je peux entrer ?
Je dégageai le passage. Ginny pénétra dans l'appartement et, presque aussitôt, posa le panier au sol avant de l'ouvrir d'un coup de baguette magique. Une boule de poils en jaillit immédiatement, et partit se cacher loin de nous.
- Il finira bien par sortir, soufflai-je. Viens t'installer dans le salon, je vais te chercher quelque chose à boire.
Fléreur avait eu la même réaction lorsqu'il était passé de mon premier appartement à celui de James. Il lui faudrait un peu de temps pour s'habituer à sa nouvelle maison. Je lançai la préparation de thés, puis vins retrouver Ginny, qui s'était installée sur un fauteuil.
- Il a bien entendu rendu la vie horrible à Albus à chaque fois qu'il venait à la maison, m'annonça Ginny.
- Je ne sais pas ce qu'Albus fait aux félins, mais aucun ne l'apprécie, dis-je simplement. Comment vas-tu, Ginny ?
- Ce n'est pas plutôt à moi de te poser cette question ? me fit doucement remarquer la journaliste.
Je haussai les épaules.
- Sûrement. Mais je crois que les gens n'apprécient pas trop me poser cette question alors que je sors tout juste d'Azkaban…
Elle m'offrit un sourire indulgent.
- Les gens ne te connaissent pas assez pour réellement s'intéresser à ta réponse. Mais moi, je suis intéressée. Comment te sens-tu ?
La douceur de Ginny m'avait manquée, ces derniers mois, je n'allais pas le nier.
- Je ne sais pas trop. Je viens tout juste de sortir, lui rappelai-je. J'imagine que je vais avoir un peu de mal à me réhabituer à la vie normale, mais cela n'a rien à voir avec la première fois. Je ne reviens pas à la vie normale après avoir vécu au sein d'une société secrète, cette fois, dis-je avec un sourire un peu tordu.
- C'est certain. Mais tu n'as pas non plus James qui t'attend, cette fois, me fit-elle remarquer avec justesse.
Je déglutis, et me levai avec soulagement pour aller chercher nos deux tasses de thé.
- Je n'ai pas besoin de James pour revenir dans la vie normale.
- Non. Mais cela t'avait permis, la première fois, d'enfouir un certain nombre de problèmes. Comme l'opinion que tu as de tes parents, ou le fait que tu ne te sois jamais réellement détachée des Invisibles.
- Merlin, James t'a donné la liste de tout ce qu'il me reprochait après avoir rompu avec moi ? grommelai-je.
Ginny éclata de rire.
- Non, il n'en a pas eu besoin. Je suis sa mère, et je le connais assez pour savoir ce qui se passe dans sa tête. Mais ne parlons pas de lui. Que comptes-tu faire de tes prochaines semaines ?
- Travailler, voir du monde, redécouvrir la vie en société…
Je regardai autour de moi, songeant à toutes les tâches quotidiennes que je devais exécuter comme une Moldue.
- Réapprendre à vivre comme une Moldue, grommelai-je.
- Ah, oui. Harry m'a parlé de ça… Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire, tant que je suis là, pour t'aider ? Quelque chose qui nécessite forcément la magie ?
Je lui désignai l'horloge.
- Lui rendre la parole.
- À ton horloge ? Par Merlin, ce n'est pas la première chose à laquelle j'aurais pensé, mais soit.
Elle sortit sa baguette magique.
- Attends ! Elle a été figée par un Invisible. Ce ne sera pas un simple Finite Incantatem qui fera l'affaire.
- C'est de la magie légale, au moins ? J'ai beau être l'épouse de Harry Potter, je t'assure que je n'ai pas les pleins pouvoirs pour tout faire…
- Oui, Camille n'aurait jamais…
Je me tus. En réalité, si, Camille aurait totalement pu lancer un sortilège illégal. Mais ce n'était pas cela qui m'avait fait hésiter. C'était le souvenir de Camille. Je pris une profonde inspiration, et posai mes mains sur mes genoux pour dissimuler leur tremblement.
Je pris quelques secondes pour réfléchir à la magie que Camille avait pu employer.
- Essaie Consummavi Magicae Definitivus.
- Un sort à trois mots ? s'étonna Ginny.
- C'est de la magie ancienne. Et italienne, expliquai-je. Ils sont restés très friands de la magie ancestrale.
Sans me poser plus de questions, elle employa le sortilège que je venais de lui enseigner. Aussitôt, la douce voix de l'horloge se fit entendre à travers tout l'appartement.
- L'enflure ! Me lancer un sortilège ainsi, me rendre muette pour me transformer en un simple miroir à double sens, ah, si je l'attrape ce Camille, j'en fais de la pâtée pour croup ! Je suis où ?
Si l'horloge avait des yeux, elle serait présentement en train de regarder partout, pour détailler son nouvel environnement.
- Salut, l'horloge. T'es dans notre nouvel appartement.
- Nouvel appartement ?
- C'est une longue histoire. On en parlera plus tard.
Étonnamment, l'horloge accepta sans discuter ma proposition. Quelque chose dans le ton de ma voix avait dû l'alerter.
- Tu as besoin d'autre chose, Astrid ?
- Non, cela devrait aller, rassurai-je Ginny. J'ai vécu assez d'années chez les Moldus pour m'en sortir.
- D'accord. Mais n'hésite vraiment pas à nous envoyer un hibou si tu as besoin d'aide pour de la magie chez toi. Ou si tu te sens seule.
- Merci.
- Et si tu veux passer Noël avec nous plutôt que toute seule…
- Je le passe chez les Barrow, répondis-je trop rapidement.
Ginny fronça les sourcils, sûrement déçue et surprise de ma rapidité à refuser son invitation.
- Si c'est la présence de James qui te dérange, tu sais que…
- Vous êtes assez nombreux pour qu'on n'ait même pas à se parler, je sais. Mais non, insistai-je. Ce n'est vraiment pas une bonne idée. Et comme je te le disais, j'ai été invitée chez les Barrow, et Mélina également.
- Bon. Je suis rassurée. J'avais peur que tu sois toute seule pour Noël, m'avoua Ginny en me serrant le bras.
- De toute manière, je ne sais pas si le reste de la famille aurait apprécié me voir.
Ginny éclata franchement de rire.
- Lily t'aurait offert un de ses regards noirs qu'elle ne réserve qu'à toi, Victoire aurait sûrement cherché à empoisonner ton assiette et Teddy aurait tout fait pour déclencher une énième dispute avec toi, mais sinon, ça se serait plutôt bien passé.
J'eus du mal à me retenir de rire.
- Après tout, Rose avait fini par être contente de ta présence aux repas.
- Ça, c'est uniquement parce que j'étais moins désirée que Scorpius à table, fis-je remarquer. Et que ma venue a permis à ton frère d'enfin accepter son beau-fils, car lui, au moins, n'avait pas tué d'autres sorciers.
- La dernière fois qu'il a vu Scorpius, Ron lui a serré la main sans chercher à l'écraser.
- Ce qui est une véritable avancée dans leur relation, remarquai-je.
- En effet, se moqua Ginny. Je suis certaine que Ron finira par accepter Scorpius. Le jour du mariage avec Rose, sûrement.
- Je crois que ce jour-là, Ron avalera des pastilles de gerbe.
- C'est fort probable. Mais au moins, Rose et Scorpius se marieront publiquement. Pas comme l'un de mes fils, grommela Ginny. Si j'avais su qu'Albus nous ferait un coup comme ça, je lui aurais envoyé bien plus de Beuglantes quand il était à Poudlard, pour qu'il ne songe plus jamais à me faire des coups dans le dos.
Lorsque j'étais revenue dans la société sorcière, presque six années plus tôt, Albus et Faith avaient eu une de leurs habituelles disputes. Toutefois, celle-ci avait pris des proportions assez énormes, même pour eux. Aussi, pour régler leurs problèmes de communication et leurs insécurités, Albus avait trouvé une solution parfaite.
Ils n'avaient qu'à se marier.
Albus avait convoqué Grace Smart, une amie de Faith, et Jason Seek pour le mariage, afin d'avoir des témoins, et quelques minutes plus tard, le mariage était acté.
Ils avaient réussi à garder le secret un long moment - un peu plus de deux années. Ce qui était vraiment énorme, en sachant qu'Albus était le fils de deux sorciers célèbres. Et puis, un jour, en plein repas de famille, et alors que Lucy, une cousine, se moquait gentiment de leur relation, Albus avait simplement répondu que « Nous, au moins, nous sommes prêts à nous engager, la preuve en est de notre mariage ! »
J'étais présente ce jour-là, et je me demandais toujours quelle réaction des membres de la famille était ma préférée. Est-ce que c'était celle de Harry et Ginny, dont les visages étaient passés par toutes les teintes, avant que Harry s'offusque de ne pas avoir été présent au premier mariage d'un de ses enfants ? Est-ce que c'était la tête de Rose d'apprendre qu'une de ses amies avait été témoin, mais pas elle ? Est-ce que c'était la dispute qui avait éclaté entre Lily et Jason, la première s'offusquant qu'il ait participé à cette mascarade – « Tu as accepté d'être leur témoin alors qu'ils s'étaient séparés moins d'une journée auparavant ? » et le second rétorquant qu'il valait mieux que ce soit un joueur reconnu que le premier sorcier venu – « Je confirme, Lily, je serais allé chercher n'importe quel sorcier qui traînait dans le coin sinon ! ». J'avais aussi beaucoup aimé la réaction de Ron, qui avait fusillé du regard Scorpius, lui faisant comprendre qu'il n'avait pas intérêt à faire de même avec sa fille.
Cela avait été un sacré repas de famille à vivre.
- Rien n'aurait pu empêcher ce mariage, fis-je remarquer à Ginny. Faith et Albus sont comme ça. Tu peux seulement te consoler en songeant qu'aucun de tes deux autres enfants ne te fera un coup pareil…
- C'est certain ! James est bien trop gentleman pour se marier sur un coup de tête, et je suis presque certaine que l'idée du mariage n'a jamais traversé l'esprit de Lily…
Si la mention de James et de son mariage aurait pu me blesser, l'éventuelle plaie fut vite refermée par la mention de Lily.
- Jay est sûrement plus à même de songer au mariage que Lily, c'est certain.
Ginny m'adressa un regard rempli de désespoir.
- C'est ce que tu crois ! Ces deux-là ne vivent que pour le Quidditch. Il faudrait qu'on leur prépare leur mariage du début à la fin, de la demande à la cérémonie, pour être certains qu'ils se marient. Ils n'ont absolument pas le temps pour y songer. Quant aux enfants, contrairement à ce que croient les journaux, c'est la même chose. Je pense que Lily comme Jason sont persuadés qu'ils ont déjà des enfants, avec leur fléreur et leurs deux chouettes.
Cela ne me surprenait même pas d'eux. Lily et Jason vivaient pour le Quidditch, respiraient Quidditch, mangeaient Quidditch, dormaient Quidditch. Le Quidditch faisait partie de leur quotidien et, en même temps, ils arrivaient à avoir des dizaines d'autres sujets de conversation. Pour autant, comme Ginny le pensait, je doutais qu'ils aient déjà pris le temps de parler d'un mariage éventuel - quant à des enfants, non, certainement pas. Ils n'en avaient pas le temps, dans leurs plannings.
- En parlant d'enfant, j'ai appris que Chuck et Lola étaient devenus parents…
Je souris avant de confirmer à Ginny la nouvelle.
- Et la dernière fois que j'ai eu des nouvelles de lui, James m'a dit qu'un de vos anciens camarades de Poudlard était père depuis quelques années, et qu'il venait juste de l'apprendre. Bien évidemment, tu connais sa mémoire, il a totalement oublié son prénom… Tu sais qui, parmi vos camarades de classe, pourrait avoir eu un enfant ?
J'appréciai l'effort de Ginny pour me faire la conversation, et m'empêcher d'avoir des idées noires.
Elle avait toujours été douée pour cela, Ginny. J'imagine que lorsqu'on traverse ce qu'elle a pu traverser, et lorsqu'on vit avec un homme qui a sauvé le monde sorcier alors qu'il était tout juste majeur, avec les conséquences psychologiques que cela pouvait avoir, on savait comment parler aux autres pour les rassurer, les empêcher de sombrer.
- Aucune idée de qui de nos camarades aurait pu avoir un enfant, avouai-je en haussant les épaules. Je n'ai pas renoué avec grand-monde, la dernière fois, uniquement avec les personnes qui étaient restées dans l'entourage de James, reconnus-je. Mais tu parlais des journaux, il y a quelques instants… Tu aurais les dernières publications ? Tous mes abonnements arrivaient chez James, mais à présent…
- Oh, tu fais bien de m'y faire penser !
Ginny se leva, et alla fouiller dans sa cape d'hiver, qu'elle avait posée sur un porte-manteau. Elle en sortit une liasse de journaux, qu'elle étala sur la table.
- Tout le courrier que tu as reçu durant ton absence !
- Mon emprisonnement, rappelai-je à Ginny. Autant l'appeler comme il se doit…
- Comme tu préfères, dit-elle sans paraître y accorder la moindre importance. Tout est là. J'ai fait le changement d'adresse pour que ça arrive chez nous plutôt que chez James, et puis, j'ai remodifié l'adresse ce matin, à présent, ton courrier arrivera directement chez toi. Tu te doutes que James n'a pas pris la peine de s'occuper de ça…
- L'administratif n'est pas son fort, marmonnai-je en récupérant la masse que me tendait Ginny.
Elle s'installa à nouveau à côté de moi, et me sourit doucement, alors que je regardais les gros titres. Les plus récents faisaient surtout mention de Hermione Granger-Weasley qui se présentait en tant que candidate pour le poste de ministre, face au ministre sortant, Ernie Burton.
- Ton cas a fait moins de bruit que la première fois, me rassura Ginny. Il y a des articles qui te sont dédiés, bien évidemment, tu restes une ancienne Invisible qui est partie avec d'autres Invisibles sur un coup de tête il y a quelques mois, il y a eu des morts sur votre passage, mais cela reste assez diffus. Harry a notamment réussi à cacher toute la partie concernant tes parents qui étaient des Rapaces Nocturnes, ainsi que ta destinée avec le fils de leur chef.
- Oh. Il ne me l'a pas dit, lorsque nous nous sommes vus, expliquai-je à Ginny, confuse. C'est vraiment sympa, soufflai-je. Je ne savais pas non plus qu'il t'en avait parlé…
Je crois que je n'aurais pas supporté que la communauté sorcière apprenne qui étaient mes parents via la presse sorcière, pas plus que je n'aurais aimé qu'elle sache que les événements qui s'étaient produits des mois plus tôt étaient dus à un homme persuadé que nous étions obligés de nous marier, un homme qui voulait faire revivre les Rapaces Nocturnes, et me faire vivre sous le sortilège de l'Imperium jusqu'à la fin de ma vie.
Un frisson me parcourut, mais Ginny ne s'en aperçut pas.
- Pour être honnête, tu as eu de la chance. Les journaux ne se sont pas trop intéressés à toi car il s'est passé beaucoup de choses ces derniers mois, ils ont été très occupés. Ton cas les a un peu intéressés, bien sûr, mais au même moment, Lily et Jason partaient pour l'Australie, et cela a fait couler beaucoup d'encre sur la gestion des sportifs de Quidditch de haut niveau, et pourquoi on laissait partir les nouveaux talents sans leur proposer une meilleure offre. Ensuite, un dragon sauvage a terrorisé la Grande-Bretagne, et les autorités ont mis plus d'un mois à l'attraper pour l'envoyer dans une réserve.
- Ton frère Charlie a dû adorer cette histoire.
- Tu n'as pas idée, souffla Ginny. Il aurait aimé que les sorciers du ministère de la Magie mettent plus de temps à le retrouver, il trouvait que c'était une bonne chose pour ce dragon de pouvoir s'ébattre en totale liberté… Enfin. Pour finir, Burton a dû annoncer de nouvelles élections, ce qui donne déjà beaucoup de matière aux journalistes, mais le fait qu'Hermione se présente a enflammé les poudres.
- Ce que je comprends, dis-je entre mes dents.
- Ah, et il y a aussi la mère Zabini qui s'est à nouveau mariée, ce qui, de fait, met la presse à ragots sens dessus dessous, qui n'a donc pas envie de s'occuper de ta rupture avec James.
Un nœud me tordit l'estomac.
- Ils sont tout de même au courant ? demandai-je dans un filet de voix.
- Ce n'était pas compliqué à deviner. Tu faisais un séjour à Azkaban, et James partait faire le tour du monde… Les journalistes ont vite compris ce qui se passait, et James l'a confirmé rapidement, pour que tu sois tranquille à ta sortie. Ils ne devraient pas venir t'embêter pour les détails, cela remonte à il y a trop longtemps.
- J'espère, marmonnai-je.
Je n'avais pas réellement eu l'occasion de me remettre de cette rupture, je n'en avais pas du tout parlé avec James et, en plus de cela, j'avais aussi à gérer tout ce qui s'était passé lors de mon escapade avec les Invisibles - les révélations sur ma mère et les Rapaces Nocturnes, le décès de Camille… Je n'avais pas envie d'ajouter dans mon lot de problèmes quotidiens la présence de journalistes trop curieux, que j'avais dû subir lorsque je m'étais remise avec James, des années auparavant.
- Je me doute que ce n'est pas simple pour toi, Astrid.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Toute cette situation, explicita Ginny. Tu emménages dans un appartement que tu n'as même pas choisi, James n'est plus là, et Harry et moi, on est plus que présents depuis que tu es sortie d'Azkaban, alors que nous ne sommes plus tes beaux-parents. J'imagine que cela doit être compliqué.
- Non, ça va, mentis-je sans difficulté.
Elle ne parut pas me croire, ce qui était normal. Ses trois enfants avaient cherché par tous les moyens à lui mentir, lorsqu'ils étaient enfants. Ginny avait appris à déceler les mensonges des plus jeunes qu'elle. Mais elle ne m'avait pas éduquée, et ne savait pas quels étaient les gestes que je faisais et qui trahissaient mon mensonge.
- Si tu le dis… En tout cas, si jamais tu devais te sentir trop mal, si jamais la situation devenait compliquée pour toi, n'hésite pas à nous le dire. Que ce soit parce que tu as besoin qu'on soit plus présents ou, à l'inverse, parce qu'il faut qu'on te laisse plus respirer, dis-le-nous, me supplia Ginny. Harry et moi, on veut vraiment être là pour toi.
Je ne répondis rien, et je crois que Ginny pensa que c'était à cause de l'émotion. La réalité, c'est que j'étais trop en colère pour réellement lui répondre.
Pourquoi est-ce que c'était elle qui me faisait cette proposition ? Si ma vie avait été normale, ce soutien serait venu de mes parents.
Sauf que ma vie n'était pas normale, et je n'avais pas ce soutien de la part de membres de ma famille. J'étais obligée d'aller chercher ce soutien chez d'autres personnes, et c'était rageant. Rageant de penser que les choix de mes parents m'avaient privé d'eux. Rageant de savoir que la guerre des sorciers avait emporté deux de mes oncles, que je n'avais pas connus. Rageant de me rappeler que la maladie m'avait enlevée Jill, avec qui j'avais bâti une relation de confiance, qui m'avait appris tout ce que je savais ou presque.
Rageant de me dire qu'autour de moi, tout le monde avait une famille - peut-être pas parfaite, mais une famille.
Et moi, je n'en avais plus, et la perspective d'en construire une m'épuisait.
Ginny dut comprendre qu'il n'était pas temps de continuer cette conversation, car elle passa totalement à autre chose. Pendant de nombreuses heures, elle m'occupa l'esprit, m'empêchant d'être trop centrée sur moi et ma solitude dans cet appartement.
Lorsque Fléreur se décida enfin à sortir de sa cachette, mon ex belle-mère se leva.
- Il est temps que je rentre, Harry ne va pas tarder, et à présent qu'on vit réellement sans nos enfants, on profite du calme retrouvé à la maison, m'expliqua-t-elle. Astrid, encore une fois, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu me préviens immédiatement. Je ne veux pas que tu hésites à me contacter, c'est bien clair ?
- D'accord, Ginny, soufflai-je en levant les yeux au ciel.
- Et lorsque tu auras pris tes marques, on ira au restaurant ensemble. Il faut que tu sortes, que tu voies du monde, que tu t'imposes dans la communauté sorcière, insista Ginny. Ne les laisse pas t'exclure de la société.
Je souris, amusée, avant d'accepter l'étreinte de l'ancienne joueuse des Harpies de Holyhead.
- On se reverra très vite, Astrid, je n'en doute pas une seconde.
Elle quitta ensuite mon appartement, et, soudain, je compris pourquoi elle était restée si longtemps. Elle savait qu'au moment de son départ, la solitude me frapperait fortement.
Je serrai les dents, et me penchai vers Fléreur, qui se frottait contre mes mollets.
- Bon, alors… J'ai raté quoi, ces derniers mois ? Parce que ça fait plusieurs mois que Camille m'a figée, pas vrai ?
La voix récalcitrante de l'horloge me sortit de ma torpeur.
- Ouais, c'est bien ça, l'horloge.
Elle émit un drôle de sifflement.
- Eh bien, ta vie est toujours aussi mouvementée. Heureusement que tu avais promis de te ranger…
- Cette fois, je vais vraiment me ranger, affirmai-je. Je ne peux plus continuer comme ça, prévins-je l'horloge.
- Si tu le dis, grommela-t-elle.
Elle ne paraissait pas me croire, ce que je concevais. J'avais déjà promis une fois de ne pas être hors-la-loi, et je n'avais pas hésité à revenir sur ma promesse.
- Et quant à ce qui s'est produit ces derniers mois… Je te propose qu'on regarde ce qu'en disent les journaux.
Je m'assis dans le canapé et, la presse sorcière sur les genoux, je m'attelai à ma lecture, désireuse de savoir tout ce que j'avais pu manquer.
Désireuse, surtout, de m'occuper l'esprit afin de ne pas penser à tout ce que j'avais perdu.
Lumos
Et comme promis, je suis de retour pour ce chapitre ! Des Potter apparaissent dans ce chapitre, mais peut-être pas celui que vous auriez voulu voir, je me doute.
Il est vrai que la relation Harry / Ginny / Astrid était totalement absente de mes derniers récits sur l'univers d'Invisible, et c'était normal, ils n'intervenaient que très peu, et Harry avait toujours une casquette de représentant de la justice qui sévissait dans ces moments. Mais dans mon esprit, ils ont eu une relation plutôt saine lorsqu'Astrid sortait avec James, après son passage chez les Invisibles, et l'ont acceptée comme ils ont toujours accepté les conjoints de leurs enfants.
Sinon, merci à tous pour vos retours sur le premier chapitre ! Je ne pensais pas vous retrouver aussi nombreux, et prêts à vous replonger dans cet univers, que j'avais pourtant juré avoir laissé derrière moi (mes promesses sont aussi insignifiantes que celles d'Astrid, de toute évidence). Merci, encore une fois, à DelfineNotPadfoot pour ses corrections, indispensables à une lecture plus confortable pour vous tous.
Pour le prochain chapitre dans deux semaines, je peux vous dire que nous allons croiser : un attrapeur australien, un autre Potter, et qu'Astrid va donner quelques explications sur son passé à plusieurs personnes, ce dont elle s'était bien gardé de faire jusqu'à présent.
Nox
