Février 2032 – Partie I


Rester chez moi n'était pas agréable. J'entendais toujours gratter derrière la porte de ma penderie, et je devais tendre l'oreille pour savoir quel moment était le plus propice pour y entrer, et récupérer les affaires dont j'avais besoin, sans que l'Épouvantard n'ait le temps de prendre la forme de Dylan.

Cela me terrifiait toujours autant d'imaginer que Dylan soit encore en vie. Et les conséquences qu'il y avait derrière l'idée que Dylan soit en vie m'effrayaient encore plus – les morts, les soumissions, ce que pourrait devenir ma vie… Rien que l'idée me donnait des frissons, et m'empêchait de dormir.

Sauf que je ne pouvais rien faire de plus pour le moment, le ministère de la Magie n'ayant toujours pas envoyé d'employés pour me débarrasser de l'Épouvantard – et cela faisait plus de cinq jours que ma demande avait été reçue par les autorités compétentes. J'avais songé à solliciter Harry pour une faveur exceptionnelle, mais je ne pouvais pas lui demander d'outrepasser à ce point son rôle d'Auror. Il n'allait pas forcer les fonctionnaires du ministère de la Magie à venir chez moi, et je refusais qu'il fasse lui-même ce travail. Et puis, si je commençais à lui demander des faveurs tous les quatre matins, il n'allait sûrement pas apprécier.

Mélina avait bien proposé son aide, mais elle n'avait pas suivi les cours de défense contre les forces du Mal avec la même assiduité que moi, et elle craignait elle-même trop d'affronter ses propres peurs. Fred et Roxanne étaient bien trop occupés pour me faire cette faveur – ils cherchaient à sponsoriser de nouvelles équipes, et divisaient leur temps entre la boutique et les visites aux équipes qui les intéressaient. Quant à Paige, je n'étais même pas certaine qu'elle sache exactement ce qu'était un Épouvantard. Chuck et Lola jonglaient entre leurs obligations de jeunes parents, et les tâches professionnelles qu'ils pouvaient faire à distance – pour Lola, travailler sur des cas de patients, pour Chuck, promouvoir à distance son nouveau livre et commencer à écrire le prochain. J'avais vaguement songé à demander cette faveur à Stiles, qui me souriait toujours lorsque nous nous croisions et engageait la conversation dès que l'occasion se présentait, mais je ressentais une certaine gêne à lui demander ce service – le fait qu'il semblait tout ignorer de mon passé chez les Invisibles ne m'aidait pas à me sentir à l'aise, je n'avais jamais été confrontée à ce cas de figure jusqu'à présent.

En somme, j'attendais le passage du ministère de la Magie, et en attendant, être chez moi me tendait énormément. La seule chose qui me consolait et me permettait d'être plus sereine, c'était le fait que mes douleurs en bas ventre se soient considérément estompées grâce à la potion de Paige, que je prenais avec la régularité d'une horloge – la seule fois où j'avais osé faire ce commentaire à haute voix, l'horloge s'était vexée, et avait refusé de m'adresser la parole pendant toute une journée, ce qui était énorme pour elle.

Autant dire que cette simple consolation n'était pas suffisante pour que je me détende entièrement lorsque je me trouvais chez moi, un Épouvantard dans ma penderie.

Aussi, en cette fin d'après-midi, j'étais sortie de chez moi dans l'espoir de me changer les idées, et je me dirigeais vers la boutique des chaudrons où je savais qu'Albus Severus Potter travaillait toujours.

Il se trouvait derrière le comptoir lorsque j'entrai. Il n'y avait aucune trace d'autres employés ou clients, ce qui me soulagea grandement. Albus serait à mon entière disposition, et aucun autre sorcier ne pourrait me lancer un regard de mépris.

Albus leva la tête en entendant le carillon sonner, et son visage s'illumina lorsqu'il me reconnut. Sa bonne humeur contagieuse me fit sourire, malgré les soucis qui m'empoisonnaient l'esprit depuis l'arrivée de l'Épouvantard chez moi.

- Astrid ! Je pensais que j'allais être le seul Potter à ne jamais te revoir ! Même ma sœur t'a aperçue au Nouvel An ! Tu n'allais tout de même pas me priver de ta présence ?

Je souris doucement, amusée par la bonhomie d'Albus. Albus était sûrement le plus insouciant des trois enfants Potter, celui qui se laissait le plus porter par son instinct dès lors qu'il devait faire quelque chose de sa vie. Ce qui était tout sauf un compliment, malgré ce qu'Albus s'évertuait à croire, car toute sa famille s'accordait à dire que seuls les Gnomes avaient un instinct moins développé que celui d'Albus lorsqu'il s'agissait de prendre des décisions.

Mais c'était ce côté insouciant qui lui avait permis d'accepter, au bout d'un certain temps, mon retour dans la vie de son frère, après que James et moi nous étions remis ensemble. Il avait fallu que notre relation redevienne officielle, soit connue de toute la communauté magique, pour qu'il accepte que son frère et moi n'allions pas nous séparer, et qu'il devait bien se faire à l'idée que James et moi resterions ensemble un moment.

Mais une fois qu'Albus avait accepté tout cela, il avait fait table rase de mon passé, me mettant au même niveau que tous les conjoints et toutes les conjointes des membres de sa famille. J'avais le droit à ses mêmes blagues douteuses, à ses réflexions mordantes, à l'entendre se lamenter de son incapacité à se faire comprendre par Faith, et à lui donner des conseils dans sa relation houleuse avec sa femme – et Faith m'avait acceptée avec la même facilité.

- Toujours aussi beau parleur, à ce que je vois. Il me semblait que tu devais te calmer sur ce type de commentaires, si tu voulais que ton mariage tienne ?

Il balaya l'argument de la main, et, quittant l'arrière du comptoir, vint me serrer dans ses bras.

Comme à chaque fois que j'étais entraînée dans une étreinte depuis ma sortie d'Azkaban, j'eus un mouvement de recul. Sauf qu'Albus, contrairement à beaucoup d'autres personnes qui me connaissaient moins, le ressentit.

- Un problème ? Mes câlins ne font plus leur effet ? s'effara-t-il.

- C'est pas vraiment un sujet sur lequel on peut plaisanter, lui dis-je difficilement.

Son regard surpris me poussa à donner un semblant d'explications.

- Disons que les effusions ne sont pas vraiment mes gestes favoris du moment.

Il parut vouloir creuser le sujet, mais abandonna finalement. C'était une caractéristique d'Albus que j'appréciais beaucoup : sa capacité à ne pas chercher plus loin. Je savais que cela lui valait beaucoup de problèmes dans son couple, et parfois même au sein de sa famille, mais actuellement, je n'étais pas en mesure de lui reprocher son manque de communication. Cette caractéristique de sa personnalité me convenait totalement, en ce moment.

- Tu veux du thé ? me proposa-t-il. Je déteste toujours autant cela, mais je peux quand même t'en servir…, ajouta-t-il en voyant mon air surpris.

Plus de dix ans après avoir appris cela, je ne me remettais toujours pas du fait que ni James, ni Albus, ni Lily ne boive du thé. Ils étaient anglais, et une de leurs cousines vendait du thé, par Merlin !

- Tu vends des chaudrons ou du thé ? me moquai-je.

- Eh ! Si je vends autant de chaudrons, c'est parce que je mets à l'aise mes clients…

- Qui sont principalement des clientes, si je ne m'abuse ? relevai-je.

- Ne le répète jamais à Faith, mais oui, il se trouve que ce sont principalement des clientes.

- Si tu veux que cette information reste entre nous, cela risque de te coûter cher…

- Je prends le risque ! s'esclaffa-t-il.

Il agita tranquillement sa baguette, et j'entendis des objets se déplacer dans l'arrière-boutique – très certainement le nécessaire pour préparer un thé pour moi et un café pour lui.

- Plus sérieusement, à part pour profiter de mon incroyable présence, qu'est-ce que tu viens faire ici ?

- Tu vends bien des chaudrons, non ? À ton avis, qu'est-ce que je peux faire dans un magasin qui vend des chaudrons ? Je pensais que tu étais un peu plus rapide pour les déductions, me moquai-je.

- T'as besoin d'un chaudron ?

- Ouais. J'utilisais celui de ton frère, mais comme je n'y ai plus accès…

- Mais pourquoi tu veux un chaudron ?

- Pour faire des potions, Albus. Pour quoi d'autre ?

- T'as le droit de faire des potions, toi ?

Ce que j'appréciais également avec Albus, c'est qu'il était certainement une des seules personnes qui me posaient cette question sans aucune arrière-pensée, sans aucun jugement, sans crier au dragon, sans tempêter qu'il était inconcevable qu'une Invisible puisse fabriquer des potions. Il était simplement curieux.

- Ouais. Grâce à ton père et ta tante, évidemment. Mais oui, j'ai le droit de concocter des potions. J'ai une liste très précise de ce que je peux ou non créer, de quels ingrédients je peux posséder ou pas, tu t'en doutes...

Albus prit le temps d'analyser et d'apprécier les informations que je lui partageais, avant de passer à ce qu'il faisait de mieux : vendre des chaudrons.

- Cool. Tu en recherches un ou plusieurs ?

Je pris le temps de réfléchir, juste assez pour que mon thé soit enfin prêt et vienne tranquillement se poser devant moi. Je réalisai rapidement que je n'avais pas la moindre idée de ce dont j'avais réellement besoin.

- Tu me conseilles quoi ? J'ai besoin principalement de faire une potion pour mes douleurs liées à la magie noire…

Je lui jetai un regard de côté, incertaine de ce qu'il savait exactement de mon état. La mention de magie noire parut le faire frémir, mais je n'arrivai pas à déterminer si c'était parce qu'il n'en avait jamais entendu parler, ou tout simplement parce qu'il n'aimait pas que j'y fasse allusion. Je réalisai que ces dernières années, je m'étais entièrement reposée sur James, attendant de lui qu'il explique à nos proches ce qui m'était arrivée, mais que jamais je ne lui avais explicitement demandé ce qu'il avait raconté ou non.

J'avais préféré rester dans l'ignorance de beaucoup de sujets, certainement pour me préserver, mais également pour ne pas avoir à connaître les réactions de notre entourage, lorsqu'il en apprenait plus sur mon passé chez les Invisibles.

Par bien des aspects, la lâcheté avait été mon mantra, ces dernières années.

Albus était totalement insensible à mes considérations intérieures, et se concentrait entièrement à la vente qu'il allait conclure avec moi.

- Elle est longue à préparer cette potion ?

- Un mois…

Il siffla.

- Ah ouais, quand même. Et tu vas avoir besoin de préparer d'autres potions ?

Je haussai les épaules, incertaine.

- Il n'y a rien qui me vient en tête, mais j'imagine que oui…

- On a toujours besoin de faire des potions en plus, confirma Albus en hochant la tête, l'air sentencieux.

Depuis que je connaissais Albus – ce qui faisait plus de dix ans – je ne l'avais vu concentré et sérieux que lorsqu'il parlait de chaudrons. Le reste du temps, il finissait toujours par plaisanter, ou par changer de sujet lorsqu'il ne pouvait pas faire de plaisanteries. Mais dès lors que la conversation tournait autour des chaudrons, il devenait calme, réfléchi, posé. Aujourd'hui, une fois de plus, il me prouvait qu'il pouvait être totalement différent lorsque l'on abordait son sujet de prédilection.

- Est-ce que tu as les composants de la potion pour tes douleurs ? me demanda-t-il.

Je sentis une vague nervosité dans sa voix, comme s'il savait qu'il abordait un sujet dont il ne pouvait sous-estimer l'importance.

J'avais pensé à apporter le parchemin donné par Paige, et le lui tendis. Albus agita sa baguette magique pour que le parchemin soit à hauteur d'yeux, et le lut tranquillement.

- Je vois. C'est assez corrosif, tout ça…

- Ah ? Si tu le dis…

- Ouais, totalement. Bien sûr, on va éviter un chaudron pliable…

Il me lança un regard entendu, et je souris, amusée. C'était un chaudron pliable, que j'avais depuis des années, qui m'avait fait passer du temps seule avec Albus pour la première fois, lors de ma sixième année. Mon chaudron était dans un sale état, et Scorpius Hyperion Malefoy, ami avec Albus, m'avait conseillé d'aller voir le petit frère de James pour lui demander des conseils, ce que j'avais fait – et, ainsi, mon chaudron avait vécu un peu plus longtemps.

- On va éviter de répéter les mêmes erreurs que dans le passé, oui…

Le double-sens que nous pouvions donner à mes paroles ne nous échappa pas, et une légère tension flotta dans l'air, avant qu'Albus ne se décide à reprendre son laïus de vendeur.

- Il te faut un chaudron qui ne va pas s'éroder, m'annonça-t-il. Je pensais avoir encore des chaudrons en iridium, mais j'ai vendu le dernier en début de semaine… Je peux te proposer un chaudron en or, pour la potion que tu es certaine de fabriquer régulièrement. C'est un peu moins résistant que l'iridium, mais vu les composants de ta potion, l'or est amplement suffisant.

- En or ? Albus, tu crois vraiment que j'ai des Gallions à dépenser dans un chaudron en or ? m'offusquai-je.

- D'après mon frère, ton coffre à Gringotts est presque aussi rempli que celui de nos parents, rétorqua-t-il.

Je serrai les dents. Albus avait raison, mais dépenser autant de Gallions pour un chaudron m'agaçait.

Les Invisibles gagnaient très bien leur vie. De plus, du fait de notre mode de vie qui nous cachait de la société et le fait que presque tous nos besoins étaient pourvus par l'organisation, nous ne dépensions jamais rien, ou presque. Alors, nous gagnions beaucoup d'argent dont nous n'avions presque pas l'utilité. Lorsqu'un Invisible mourait, cet argent revenait à l'organisation, et payait un autre Invisible.

Lorsque les Invisibles avaient cessé d'exister, l'argent que nous possédions, vu qu'il n'avait pas été gagné illégalement, était resté en notre possession. Et même si j'avais été une Invisible moins de cinq ans, la somme restait plus que conséquente.

Pour autant, je n'aimais pas dépenser sans compter.

Sentant ma résistance, Albus se fit plus sérieux.

- Écoute, l'or est une matière qui résiste à la corrosion et à l'oxydation.

- Je sais tout ça, grommelai-je. J'ai quelques notions, moi aussi.

- Alors, pourquoi est-ce que tu questionnes mes choix ?

- Parce que je n'aime pas dépenser pour rien.

Il leva les yeux au ciel.

- Oh Merlin, lorsque tu sortais avec James, tu aurais pu prendre d'autres de ses valeurs que sa radinerie, grommela-t-il.

Sans réussir à me retenir, j'éclatai de rire, me surprenant, et le surprenant également. Sa réflexion était sortie si naturellement, et je comprenais tellement son point de vue, que je n'avais pas pu m'empêcher de rire.

Je finis par me calmer, réalisant que cet éclat de rire avait aussi été pour moi un moyen de faire disparaître les tensions qui m'habitaient depuis que j'étais sortie d'Azkaban, et dont je n'arrivais pas à me défaire totalement.

- D'accord, concédai-je. Va pour un chaudron en or.

- Très bien. Et pour tes potions quotidiennes, un chaudron en étain devrait suffire. Tu ne vas pas avoir de gros besoins, il n'est donc pas nécessaire que tu prennes un deuxième chaudron dans un métal plus cher.

- Ah ?

J'étais persuadée qu'il allait tenter de me faire dépenser plus, afin de faire un bon chiffre d'affaires et d'obtenir une nouvelle prime. Il me regarda par-dessus ses lunettes, et son air espiègle m'amusa.

- T'es pas une cliente normale, Astrid. Pour n'importe quelle autre cliente, je l'avoue, j'aurais tenté de lui vendre un chaudron légèrement au-dessus de ses besoins. Mais t'as fait partie de la famille, alors je m'adapte à tes vrais besoins.

- Sauf que je ne fais plus partie de la famille. Tu pourrais te permettre de changer nos relations…

Albus, songeur, ne me répondit pas immédiatement. Il parut réfléchir longuement à ce qu'il voulait me répondre, me rendant nerveuse. Comme si ce qu'il allait dire allait changer à jamais notre relation.

Mais c'était faux. Albus n'aimait pas les relations compliquées – à part celle qu'il entretenait avec sa femme. Je n'avais aucune raison de m'en faire. Albus n'allait pas changer notre relation aujourd'hui.

- Je pourrais, effectivement. Mais j'imagine qu'après avoir fait l'effort de t'apprécier à nouveau après les Invisibles, après avoir appris en partie ce par quoi tu étais passée, après avoir ri avec toi et, surtout, après t'avoir écouté prendre ma défense lorsque mon mariage avec Faith a été annoncé en plein repas de famille, je pense que je peux partir du principe que tu auras toujours une place spéciale dans ma vie. Même si tu n'es plus avec James.

Pendant un bref instant, j'espérai qu'il poursuive en me rassurant, en m'affirmant que James et moi nous remettrions ensemble sous peu. Mais Albus n'en fit rien, et de sa part, cela signifiait que son frère ne s'était pas confié à lui, et qu'il y avait peu de chance que James soit un tant soit peu encore intéressé par moi. En même temps, étant donné mes derniers échanges avec James, cela n'aurait pas dû autant me surprendre.

La porte du magasin s'ouvrit à ce moment. Je me retournai, souriant à la nouvelle venue, qui me rendit mon sourire instantanément.

- Oh, Astrid. Salut ! Je ne savais pas que tu passais voir Albus !

- Salut, Faith. J'ai pris ma décision sur un coup de tête. Tu vas bien ?

- Ne la prends surtout pas dans tes bras, cela lui déclenche de drôles de réactions ! lui apprit Albus, ne laissant pas à sa femme le temps de me répondre.

J'offris un sourire désolé à Faith qui s'approcha de moi, mais ne me regardait pas, fusillant Albus des yeux.

- Tu pourrais être un peu plus délicat, et la laisser m'expliquer par elle-même ce qui lui arrive… Par Merlin, pourquoi est-ce qu'on s'est mariés ?

- Si tu demandes à nos proches, aucun n'aura de réponse sensée à te donner ! plaisanta Albus. Je vais chercher tes chaudrons, Astrid.

Il disparut dans l'arrière-boutique, me laissant seule avec Faith, qui me dévisagea longuement. Son silence alors qu'elle m'observait avec une telle intensité finit par me mettre mal à l'aise, mais je n'eus pas besoin de la forcer à s'exprimer. Elle se mit soudainement à parler, les mots qui se bousculaient dans sa tête étant certainement trop nombreux pour qu'elle réussisse à les ravaler.

- J'ai mangé avec James, ce midi, lâcha-t-elle finalement. Enfin, avec Albus aussi, mais j'imagine qu'il ne te l'a pas dit, donc je te le dis, j'ai mangé avec James, et je crois qu'il ne voulait pas que tu le saches mais en même temps il le voulait, et puis je crois que cette situation est vraiment beaucoup trop compliquée, et je me demandais si vous ne vouliez pas qu'on organise un repas pour simplifier vos relations, et…

- Et il faut que tu penses à respirer, la coupai-je.

Faith me regarda avec de grands yeux, mais fit ce que je lui suggérai.

- Merci de la proposition. D'essayer d'arranger nos relations, l'éclairai-je. Mais je ne crois pas que ce soit la bonne solution, pour le moment. James viendra me voir lorsqu'il sera prêt, pas avant.

Albus réapparut à ce moment, me sauvant d'une conversation que Faith voulait poursuivre, alors que j'avais surtout envie de m'échapper en courant de la boutique. Car, un doute subsistait dans mon esprit : est-ce que James serait un jour prêt à venir me voir, spontanément ?

Par Merlin, lorsque mon cerveau ne pensait qu'à James, je me détestais. Je devais être capable de passer à autre chose, de ne pas vouloir fuir les conversations qui parlaient de lui. Je devais être capable de dire poliment mais fermement à nos relations communes qu'il n'était pas nécessaire de vouloir nous rapprocher, que nous étions assez adultes pour avoir pris cette décision sereinement, paisiblement, et que nous n'avions pas besoin qu'ils se mêlent de notre relation.

Sauf qu'en toute honnêteté, je n'étais définitivement pas assez mature pour être arrivée à ce stade de non-relation avec James.

Et je me détestais définitivement de voir encore des signes dans chacune des allusions qui étaient faites sur nous deux.

Nerveuse, je fixai mes yeux dans ceux d'Albus.

- Albus, combien je te dois pour les chaudrons ?

Albus sentit tout de suite que j'avais besoin de partir, avant que Faith ne poursuive trop la conversation.

- QuatreGallions, huit Mornilles et trois Noises.

Je sortis ce que je lui devais de ma bourse, avant de prendre mes deux chaudrons. J'avais la sensation qu'il me faisait un tarif préférentiel, mais je préférais ne pas m'attarder sur le sujet, au risque que Faith me retienne encore plus longtemps dans la boutique.

- Merci beaucoup, Albus. Faith, c'était un plaisir de te voir. Profitez bien de votre soirée…

- Attends, tu ne veux pas aller boire un verre avec nous ? tenta Faith.

Un verre d'alcool me tentait énormément, mais je savais que c'était une mauvaise idée d'y aller avec eux deux. Nous risquions de croiser trop de monde, et je ne voulais pas qu'Albus ait à se justifier d'être vu en ma compagnie, et sans son frère. Les journalistes et sorciers se préoccupaient uniquement des élections du ministre de la Magie ces jours-ci, et j'estimais qu'il valait mieux que cela se poursuive ainsi. Je n'avais aucune envie de reprendre le devant de la scène.

- Je dois absolument terminer un travail pour le British Museum, bégayai-je. Je suis déjà en retard. À bientôt !

C'était un mensonge, évidemment, mais je ne voyais pas comment partir autrement sans paraître totalement malpolie.

Je poussai un soupir de soulagement en sortant de la boutique.

Rester trop longtemps avec d'autres personnes était toujours aussi difficile pour moi. J'avais beau me répéter que si des sorciers passaient du temps avec moi, c'était parce qu'ils le voulaient bien, j'avais toujours la sensation qu'ils restaient par politesse, ou par peur de ce que je pouvais faire, en tant qu'ancienne Invisible, si jamais ils me contrariaient en refusant une sortie en ma compagnie.

Je me dépêchai de rentrer chez moi. Trop de personnes se bousculaient sur le Chemin de Traverse, en cette fin de journée, et je ne me sentais pas de rester au milieu d'elles, alors qu'elles me lançaient des regards surpris, fixant mes chaudrons avec incertitude, se demandant certainement si j'avais le droit ou non de préparer des potions.

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- Alors, qu'est-ce qui vous amène ici ?

Je lançai un regard peu amène à la sorcière austère qui me faisait face. Elle ne me faisait pas du tout l'effet d'une professionnelle de la santé mentale. J'avais plutôt l'impression d'avoir face à moi une directrice d'orphelinat acariâtre.

Qu'est-ce que c'était que cette question ? Il n'y avait pas des milliers de raisons qui pouvaient m'amener dans son cabinet.

Margaret Royalmind était une collègue Guérisseuse et psychologue de Lola – une Psychomage. Lola m'avait assuré que je ne trouverais personne dans la communauté sorcière qui serait plus compétente que Margaret Royalmind pour s'occuper de moi. Je l'avais crue sur parole, mais je commençais à douter – Lola voulait tellement que je me fasse soigner qu'elle devait être prête à tout pour me convaincre d'aller consulter.

Face à moi, la femme prit un paquet de cartes et se mit à les battre lentement, comme si nous allions nous lancer dans une partie de bataille explosive. Et cela m'énerva fortement.

- Oh, je ne sais pas, j'ai vu la porte, je l'ai poussée, je me suis dit que j'allais sûrement passer un bon moment par ici, ironisai-je.

Elle haussa les sourcils.

- Je vois. L'ironie comme système de défense. Typique.

Elle battit ses cartes un peu plus rapidement, m'agaçant au plus haut point. Je fixai le jeu, incapable d'en détacher mes yeux, mais également pour ne pas avoir à la regarder, elle.

Je me tus. Je ne savais pas pourquoi j'avais suivi le conseil de Lola. Cela m'avait semblé pertinent, au moment où j'étais arrivée chez elle, bien sûr. Mais depuis, l'Épouvantard avait été chassé de chez moi – les agents du ministère de la Magie avaient apparemment perdu ma demande, ce qui expliquait le temps d'attente – et même si mon sommeil était loin d'être correct, je savais faire avec. Finalement, j'avais été trop rapide à prendre cette décision. Je n'avais pas besoin d'aide. J'avais eu l'impression que c'était nécessaire, mais j'avais toujours réussi à m'en sortir seule.

Je n'avais rien à faire là.

J'observai le bureau dans lequel je me trouvais, et qui me faisait de plus en plus douter quant aux qualités professionnelles de la sorcière. Cela ne ressemblait pas du tout à un cabinet de Psychomage. Du moins, cela ne ressemblait pas à l'idée que je m'en faisais. Les murs étaient plutôt colorés, les objets étaient tous mobiles, doués d'une vie propre, et ne cessaient de changer de place, comme incapables de se stabiliser à un même endroit. Chaque place n'avait pas sa chose, et chaque chose n'avait pas sa place, dans ce lieu. Les nombreux meubles qui encombraient la pièce étaient dépareillés, comme posés là par hasard, et me faisaient penser à un appartement d'un jeune actif Moldu, qui serait tout juste parti de chez ses parents et aurait récupéré les meubles en trop des divers membres de sa famille.

Des cadres avec des diplômes attestaient de la renommée professionnelle de Margaret Royalmind, toutefois, je savais que la falsification était aisée – j'avais fait partie des Invisibles, de faux documents étaient monnaie courante dans le monde des sorciers. Si j'avais pu, j'aurais lancé un sortilège pour vérifier leur authenticité, mais je n'avais le droit de le faire que dans le cadre de mon travail, et après en avoir fait la demande au ministère de la Magie, demande qui devait être appuyée par le British Museum.

Les fenêtres du bureau donnaient sur de grands gratte-ciels, que je n'avais même pas perçus au moment d'arriver dans le bâtiment. Mon esprit devait être trop encombré pour noter les détails de mon environnement lors de mon arrivée.

Parmi les outils qui s'agitaient sur les étagères, je repérais des outils d'astronomie, de botanique, de magizoologie ou encore de métamorphose. La collection était très hétéroclite, et s'agitait de plus en plus alors que je l'observais.

Une fois que j'eus terminé mon inspection visuelle du bureau, toujours en évitant soigneusement de regarder Margaret Royalmind, je passai mes mains sur les accoudoirs du fauteuil pourpre dans lequel j'avais pris place. Il était plutôt confortable, bien plus que les sièges du ministère de la Magie, que ce soit dans les bureaux ou dans les salles d'audience. Un sourire doux-amer étira mes lèvres, avant de s'estomper rapidement. Je me reconcentrai sur le jeu de cartes.

Il se passa trente minutes dans le silence. La collègue de Lola me fixait toujours. Je sentais le poids de son regard, mais je gardai obstinément les yeux sur le paquet de cartes qu'elle battait avec une régularité mécanique, presque magique.

Un soupir me fit sortir de ma léthargie.

- Je me doutais qu'une Invisible ne serait pas une patiente facile, mais j'espérais, à tort de toute évidence, que vous auriez au moins la décence de venir une fois que vous seriez prête à parler. À vous livrer. À me dire pourquoi vous avez franchi la porte de ce cabinet.

Outrée, je levai le regard vers elle, et la fusillai du regard. Elle ne cilla même pas. Pire – elle en rit.

- Vous pensez être la première à vous comporter ainsi ?

- Vous ne savez pas ce que c'est, d'être une Invisible. Alors, ne faites pas comme si vous aviez la moindre idée de ce que je peux penser.

Pour être honnête, j'étais légèrement vexée qu'elle n'ait même pas tremblé un petit peu face à ma réaction. Margaret Royalmind continua de battre les cartes lentement, comme si de rien n'était, et cela m'enragea encore plus.

- Vous croyez peut-être que c'est simple de venir ici pour vous parler de ce que j'ai pu faire ou voir, en tant qu'Invisible ? Vous n'avez pas la moindre idée de ce que c'est. Personne ne peut comprendre. Je pourrais vous le raconter, mais vous n'auriez pas les épaules pour le supporter.

Un rictus amusé traversa son visage, me mettant encore plus en colère. Comment pouvait-elle s'amuser d'une telle situation ? Je l'insultais en lui disant qu'elle n'avait pas les compétences professionnelles pour me comprendre, et cela ne semblait pas la gêner. À sa place, j'aurais déjà cherché à prouver que j'avais les compétences pour occuper ce poste.

- Cela ne sert à rien que je vienne ici, grommelai-je en croisant les bras.

- Si vous n'avez pas envie d'être là, franchement, ne vous gênez pas pour partir, me dit-elle froidement.

Sous le choc, je décroisai les bras. Je voulus lui dire vertement qu'elle n'avait pas à tenir ces propos face à une patiente, mais elle ne me laissa pas le temps de dire un mot de plus.

- Vous croyez quoi, miss Smith ? Que si vous partez, je serai dévastée parce que je n'aurai pas pu vous soigner ? Je n'en ai rien à faire, pour être honnête.

Elle posa fermement son paquet de cartes, le faisant claquer contre le bois du bureau derrière lequel elle se tenait.

- Vous pensez que je ne suis pas capable de comprendre les décisions que vous avez prises, en tant qu'Invisible ? C'est probable. Mais êtes-vous venue ici pour faire étalage de vos exploits en tant qu'Invisible, avec les meurtres, tortures et autres joyeusetés que cela implique, ou êtes-vous venue ici en tant qu'individu qui n'arrive pas à ordonner ses propres pensées et qui subit des traumatismes qu'elle ne parvient pas à gérer ? Tels que le manque de sommeil, les hallucinations, l'incapacité à être touchée par quelqu'un ?

- Je ne…

- Je n'ai pas terminé de parler, et je vous prie de ne pas m'interrompre, me coupa-t-elle froidement. Si vous voulez continuer à vous débattre avec vos démons, très bien. Mais ne me faites pas perdre mon temps en venant ici pour me narguer de vos exploits d'Invisible que je ne pourrais jamais comprendre. Je n'ai pas envie de les comprendre. Je n'ai pas envie de les entendre. Mon but, c'est que vous vous sentiez assez en paix avec vous-même pour accepter les réflexions que vous pouvez entendre, supporter les regards que vous recevez, être en paix avec vous-même. Si vous souhaitez vous complaire dans votre tristesse et votre misère, aucun problème. Mais ne venez plus ici.

- Vous ne…

J'hésitai, indécise sur comment poursuivre et conclure cette phrase. Elle acheva pour moi de verbaliser ma pensée.

- Je ne peux pas tenir ce genre de propos à une patiente ? Ah ? Mais c'est exactement ce que je viens de faire. Et je le ferai encore, si cela s'avère nécessaire. De toute façon, êtes-vous une patiente ? Vous ne semblez pas décidée à le devenir…

Je serrai les mâchoires, la haïssant de toutes les fibres de mon être. Comment osait-elle s'adresser à moi de cette manière ? J'avais tué d'autres sorciers, j'avais torturé, j'avais moi-même été torturée. J'avais vécu plus qu'elle ne vivrait jamais.

Enfin, je le supposai. Après tout, je ne savais pas ce qu'elle avait pu vivre. Mais rares étaient les personnes qui avaient vécu pire que les Invisibles.

- Alors ? me poussa-t-elle.

Elle voulait me pousser à bout. Elle y arrivait très bien. J'avais envie de lui claquer la porte au nez.

D'un autre côté…

N'était-ce pas exactement ce que je recherchais ? Qu'on me pousse à bout ? Quelqu'un qui me répondait, quelqu'un qui me poussait dans mes retranchements, quelqu'un qui ne craignait pas mes colères, ou de perdre mon amitié ?

- J'ai tué des gens, dis-je d'une voix sourde.

Margaret Royalmind reprit son paquet de cartes, et se remit à battre les cartes. Étonnamment, cette fois-ci, cela m'agaça autant que cela m'apaisa. Les objets sur les étagères parurent s'apaiser également, sans que je ne comprenne réellement le phénomène. De toute façon, je ne voulais pas le comprendre. J'arrivais à parler, je devais continuer à exprimer ce que je voulais dire à Margaret Royalmind tant que j'en avais encore envie.

- J'ai aussi désigné ma mère comme une personne qui recevrait le Baiser du Détraqueur. Et c'est moi qui ai mené le Détraqueur jusqu'à elle. Et je suis restée pour regarder le spectacle.

Il n'y eut pas le moindre frémissement dans le paquet de cartes, malgré l'information que je venais de donner. Je ne sus déterminer si cela me rassurait ou, à l'inverse, m'effrayait que Margaret Royalmind soit à ce point capable de prendre du recul sur ce que je lui racontais.

- J'ai fait plein de choses horribles.

- Et il vous en est sûrement arrivées de toutes aussi horribles.

Je frissonnai. Je ne savais pas si c'était vrai ou non, mais cela me soulagea légèrement qu'elle me dise cela.

Très légèrement. Mais c'était déjà quelque chose.

- J'ai une question, maintenant, Astrid… Je peux vous appeler Astrid ?

Je haussai les épaules, indifférente.

- Est-ce que vous voulez venir ici pour de vrai, je veux dire, pour aller mieux, car c'est sûrement ce qui vous a poussé à m'envoyer un hibou, ou bien allez-vous claquer la porte comme vous rêvez encore de le faire ?

Je me mordillai la lèvre, indécise. J'avais envie de partir, c'était certain. Mais j'avais aussi envie de savoir pourquoi je ne dormais plus, pourquoi ma pire peur était Dylan. Je voulais savoir comment je pouvais être à nouveau intégrée dans la communauté sorcière, et ne pas être mise de côté.

Je baissai la tête, comme abandonnant une bataille que je n'aurais jamais pu gagner.

- Bien, soupira Margaret Royalmind. Sachez que j'impose une seule condition, qui est la même pour tous mes patients.

Je levai rapidement les yeux. Son regard était dur et froid.

- Celle de venir ici uniquement lorsqu'ils sont prêts à me parler. Aujourd'hui était notre première rencontre, j'accepte que vous ayez gardé le silence aussi longtemps. Mais c'est la seule et unique fois. Sinon, notre collaboration s'arrête immédiatement. Est-ce bien clair ?

L'impression d'être traitée comme une enfant fit bouillir le sang dans mes veines, et je regrettai soudainement de ne pas m'être levée pour partir en claquant la porte. Comme en réponse à ma colère, Margaret Royalmind m'adressa un sourire éblouissant mais froid, et les objets sur les étagères reprirent leur course effrénée d'un emplacement à un autre. Mes mains se serrèrent sur les accoudoirs, et c'est avec une colère difficilement contrôlée que j'acquiesçai à la dernière question de la Psychomage.

.

.

.

J'étais en train de rédiger la fiche descriptive d'un vase qui avait appartenu à une caste de vampires décimée quelques centaines d'années plus tôt lorsque l'on frappa à ma porte. Je levai le regard vers l'horloge, intriguée.

- Aucune idée de qui ça peut être, me dit-elle.

- Toi, à part donner l'heure, tu n'es pas très utile, bougonnai-je en me levant.

- Je suis une horloge, encore heureux que je donne l'heure ! protesta-t-elle.

Je délaissai le vase sur lequel je travaillais, regrettant d'avoir perdu tous mes contacts au sein des vampires à la suite de la chute des Invisibles – tout d'abord parce qu'ils n'avaient plus d'intérêt à être proches de moi, mais également parce que me rapprocher de vampires aurait été mal accueilli par le ministère de la Magie. Dommage, j'avais apprécié travailler avec Amory, des années auparavant. C'était un chouette vampire, et j'étais certaine qu'il aurait pu m'aider à trouver sa place à ce vase dans les collections du musée – je ne savais pas encore s'il valait mieux le mettre avec les collections des civilisations disparues ou dans celles des rituels magiques.

Je me dirigeai vers mon entrée, et ouvris la porte pour tomber nez à nez avec James. Une rencontre avec des vampires m'aurait finalement moins surprise.

- Oh.

Ce fut la seule chose que je réussis à dire. Nous restâmes une longue minute à nous regarder dans les yeux, aucun des deux ne sachant quoi dire pour briser le silence extrêmement gênant qu'il y avait entre nous.

Ce fut James qui tenta, vaillamment et maladroitement, de passer outre le silence oppressant qui tombait comme de la poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou entre nous.

- J'aurais dû prévenir, finit-il par dire. Pour être sûr que je ne dérangeais pas… Je ne dérange pas ?

Je secouai la tête pour le rassurer. Bien qu'étant en train de travailler, j'avais aussi besoin de me changer les idées. Travailler chez moi me faisait parfois perdre toute notion du temps, et j'appréciais recevoir des visites inattendues. La visite de James était la bienvenue.

Même si elle me surprenait énormément.

- Je pensais que ce serait une bonne chose qu'on discute, toi et moi. Par rapport au fait que la dernière fois que nous nous sommes vus, euh… je ne me suis pas très bien comporté.

Je haussai un sourcil.

- J'imagine que tu fais allusion au fait que tu n'as pas supporté que Chuck me propose d'être son témoin, avec toi ?

- Ouais, je fais exactement allusion à ça, dit-il dans une grimace. Est-ce que je peux entrer ?

J'hésitai un bref instant. James n'était jamais venu dans mon appartement, et je n'étais que peu à l'aise à l'idée de le faire entrer. En même temps, il s'agissait de James. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer ?

Ou, plutôt, qu'est-ce que j'espérais qu'il se passe ?

- Bien sûr.

Je me décalai pour le laisser passer. Fléreur vint immédiatement se frotter à lui.

- Eh, salut toi. Il s'est bien habitué au nouvel appartement ? demanda James.

- Oui, ça va. En fait, il n'est pas souvent là, il part souvent se promener, je pensais qu'il allait à ton appartement, vu qu'il connaît bien le chemin…

- Pas du tout, me dit James. Ou alors, il vient lorsque je ne suis pas là, mais j'en doute.

- Tiens, tiens, tiens, mais qui voilà ? grommela l'horloge.

- Toujours aussi aimable, elle, se moqua James. Comment ça va, l'horloge ?

Elle ne prit pas la peine de lui répondre, arrachant un rire amusé à James.

- Tu travaillais ? s'enquit-il en voyant le bazar sur le bureau. Merlin, je pensais que tu aurais terminé, à cette heure-ci…

Je pris le temps de regarder l'heure qu'indiquait l'horloge.

- Oh, j'ai pas vu le temps passer. Je terminerai demain.

D'un coup de baguette magique, je rangeai les parchemins, qui s'empilèrent parfaitement à côté du vase que j'étudiais.

- Tu veux quelque chose à boire ? proposai-je.

- Si tu n'as que du whisky Pur Feu, non, merci…

- Je dois avoir quelque chose de moins fort, le rassurai-je. Installe-toi, je vais chercher ça.

Il ne se fit pas prier, prenant place sur le sofa, pendant que je m'affairais dans la cuisine. J'enviais son naturel, et sa capacité à se comporter comme s'il était tout à fait normal pour lui de venir chez moi, et de s'installer dans mon sofa, attendant que je lui serve un verre.

Je dénichai une bouteille de Bièraubeurre, la fis réchauffer en sachant que c'était ainsi qu'il préférait cette boisson, la servis dans une choppe et la lui tendis lorsque je revins dans le salon.

- Santé ! me souhaita-t-il avant de boire une gorgée.

Je m'installai sur un autre fauteuil que lui, m'éloignant par mesure de précaution. Je n'étais pas certaine de ce que je ressentais de le voir chez moi.

Il était venu de son plein gré, et semblait posé, calme et apaisé. Je l'avais laissé entrer chez moi, évidemment, mais je n'étais définitivement pas dans le même état d'esprit que lui. J'étais beaucoup plus nerveuse, comme lorsque, adolescents, nous nous parlions et que je ne savais pas comment me comporter avec lui. J'étais contente qu'il soit venu, bien sûr, même si je ne savais pas encore ce qui allait découler de notre conversation, mais je réalisais que mes sentiments étaient très confus, et que je n'attendais sûrement pas la même chose de lui que ce que lui pouvait attendre de moi.

Je pris une profonde inspiration pour me calmer un peu, et tentai d'étouffer les sentiments que j'avais encore pour lui, afin de ne pas me laisser déborder par les émotions lorsqu'il prendrait finalement la parole – car je ne comptais définitivement pas être celle qui lancerait la conversation.

Je bus une gorgée de whisky Pur Feu au moment où James se mit à parler.

- Comme je te disais, je venais te voir suite à ce que Chuck a proposé, le jour du baptême d'Alicia… Déjà, je tenais à te présenter mes excuses pour ma réaction.

Il me regarda étrangement, comme s'attendant à ce que je m'excuse également – de quoi ? Je n'en étais pas certaine – mais comme je gardai le silence, il reprit la parole.

- Bien évidemment, je n'ai aucun problème avec le fait que tu sois la témoin de Chuck. Ni même avec le fait que nous le soyons tous les deux. C'est simplement que j'ai été surpris, et que, tu t'en doutes, cela risque de faire grand bruit dans ma famille. Je voulais qu'ils soient au courant avant de donner mon accord à Chuck, et être certain d'être en mesure de gérer leurs réactions, si jamais ils devaient s'offusquer…

Je poussai un léger un soupir.

- Je sais bien… Mais ta famille gère bien plus que les vagues relations avec une ancienne Invisible. Elle a l'habitude de gérer les rumeurs, fausses ou vraies, les accusations, les tentatives d'intimidation… Gérer ce qui peut se dire me concernant n'est pas grand-chose pour ta famille. Surtout à présent que toi et moi ne sommes plus ensemble, soulignai-je. J'ai encore des contacts avec vous, mais ces contacts sont bien moins importants qu'auparavant.

À vrai dire, le fait que James aborde mes relations avec sa famille me mettait mal à l'aise, et me rappelait sans cesse que j'avais toujours peur que les sorciers s'offusquent de me voir discuter avec ses parents.

James grimaça, me faisant comprendre que mes doutes étaient fondés.

- Ce n'est pas totalement vrai, me corrigea-t-il. Disons que les sorciers parlent, et s'étonnent de voir que tu as encore autant de relations avec des Potter…

Je soupirai une nouvelle fois. Si le fait que j'aie croisé les Potter dans des espaces publics faisait autant jaser, cela devait signifier que les sorciers avaient une vie vraiment peu palpitante ces jours-ci.

- Eh bien, laisse-les parler. Je dois complètement changer de mode de vie ? Je ne peux pas saluer des gens que je connais ? Et si je ne parlais à personne, est-ce qu'on ne me traiterait pas de snob ? Est-ce qu'on ne dirait pas que je ne fais rien pour m'intégrer à la société sorcière ?

James ne répondit rien. Je savais qu'il avait conscience de tout cela, et qu'il savait très bien que je n'étais pas maîtresse des réactions des sorciers – il avait été le premier à me donner ces arguments lorsque nous nous étions remis ensemble.

- Tout ce que je fais sera toujours critiqué, James. Pendant des années, ce sont les Mangemorts et leurs proches qui ont été pointés du doigt, souviens-toi de Scorpius à Poudlard. Il y avait souvent des murmures sur son passage. Et à présent, ce sont les Invisibles qui sont la cible favorite des commérages. Je suis une des rares à avoir retrouvé une vie plus ou moins normale, à part Camille, qui est décédé…

Je butai sur le mot, et James fronça les sourcils, mais je poursuivis ma phrase, presque comme si de rien n'était.

- Ou Cassy, qui a été réhabilitée au Mali. Vu les relations entre le Mali et le Royaume-Uni, elle ne sera jamais extradée.

Si, toutefois, elle était un jour retrouvée. Pour autant que je sache, Cassy n'avait toujours pas été revue au Mali. J'étais très surprise de son départ de son pays natal, mais cela ne me regardait plus, n'est-ce pas ?

- Alors, forcément, on me montre du doigt. On me critique. On me rabaisse. On se questionne sur chacun de mes faits et gestes, se demandant si on fait bien de me laisser circuler librement, ou bien s'il est normal que je m'approche autant de personnalités. Mais c'est vous qui choisissez si vous voulez ou non être associés à moi. Chuck a choisi. Et toi, tu avais choisi, il y a quelques années de cela, avant toutes les autres personnes qu'on connaît, que tu serais de mon côté. Peut-être que tu as changé d'avis, tu en as le droit, mais ne critique pas nos amis de prendre à présent les mêmes décisions que toi il y a six ans.

Je redressai un peu la tête en terminant ma phrase, comme pour le défier de me contredire. Mais James n'était pas dans le défi. Il souriait doucement, comme amusé… et attendri. Je connaissais ce regard. Mon cœur battit un peu plus fort dans ma poitrine. Il ne pouvait pas me faire cela. Il ne pouvait pas me regarder de cette manière, pas alors qu'il ne montrait aucun autre sentiment pour moi, et qu'il m'avait fait comprendre qu'il ne voulait plus de moi tant que je n'avais pas fait la paix avec mon passé.

Il dut réaliser qu'il jouait trop avec le Feudeymon, car il redevint plus sérieux, et toute trace d'attendrissement disparut de son regard. J'en étais à la fois soulagée – mon rythme cardiaque retrouva sa normalité – et attristée – ses regards attendris n'étaient pas pour me déplaire.

- Al m'a dit que tu lui avais acheté deux chaudrons.

- Oui, effectivement.

- Dont un en or.

Je levai les yeux au ciel.

- J'entends déjà ce que tu vas dire, murmurai-je entre mes dents.

Il leva les mains, comme pour se défendre.

- Il y a des dépenses qui n'ont pas…

Je le coupai, peu désireuse de me montrer polie envers lui pour un tel sujet.

- Je ne crois pas que tu puisses réellement critiquer mes choix de dépenses, James.

Il leva les yeux au ciel, mais capitula. Il savait qu'il s'avançait sur un terrain rempli de crabes de feu, et qu'il ne pouvait pas avancer sans prendre de précautions.

- Très bien. Mais pourquoi deux chaudrons ?

- J'ai une potion qui tourne en continu.

- Ah ?

- Une potion créée par Paige.

James haussa un sourcil, comme intrigué. J'hésitai un instant, avant de finalement céder et de répondre à sa curiosité.

- Pour mon opération des trompes. La magie noire. La potion qu'elle a inventée endigue énormément les douleurs. Presque complètement, à vrai dire. Je dois la prendre tous les jours, les matins. C'est assez contraignant, mais efficace.

C'était la stricte vérité. Dès lors que j'avais l'esprit occupé par autre chose que par mon passé, dès lors que je me laissais porter par le quotidien et que je ne réfléchissais ni aux Rapaces Nocturnes, ni aux Invisibles, la potion faisait totalement effet, et je ne ressentais aucune douleur. Si jamais mon passé me rattrapait et ne me laissait pas tranquille, en revanche, je ressentais encore une vive douleur – mais elle restait bien en-deçà de ce que j'avais déjà pu ressentir, et disparaissait bien plus rapidement qu'auparavant.

James sourit doucement.

- Je suis content pour toi.

- Merci, dis-je, peu certaine de comment répondre autrement.

James avait été présent pendant des années pour m'aider à soulager mes douleurs, et me soutenir lorsqu'elles prenaient le pas sur tout le reste.

Il me fixa un long moment, attendant sûrement que j'enchaîne sur un autre sujet de conversation, mais je ne m'en sentais pas la force. Rester calme en sa présence, me comporter normalement, comme je me comporterais avec un ami était au-delà de mes capacités, surtout tant que je ne serais pas certaine de ce que James attendait de moi.

Il parut le comprendre, car il désigna le bureau que j'avais rangé à son arrivée.

- Tu arrives à travailler de chez toi ? Ce n'est pas trop compliqué ?

Je haussai les épaules.

- Lorsque Jill était en vie, il lui arrivait de travailler à la maison.

La mention de Jill avait légèrement augmenté le sérieux de notre conversation, et James parut plus tendu, comme s'attendant à ce que j'explose soudainement.

- Elle avait un rythme très carré lors de ces journées qu'elle passait à la maison. Elle faisait en sorte de bien différencier le moment où elle travaillait de celui qu'elle passait en tant que ménagère. Elle faisait toujours en sorte qu'aucun de ces temps n'empiète sur l'autre.

Je me rappelai avec nostalgie de ces moments, et souris doucement.

- J'imagine que même si elle ne m'a pas explicitement dit comment elle gérait son temps, j'ai appris en l'observant, et j'arrive à faire la différence, moi également. Même si, je dois le reconnaître, c'est parfois compliqué de passer toute la journée toute seule dans cet appartement. Mélina mange souvent avec moi, et les jumeaux prennent des nouvelles, comme Chuck et Lola, mais ce n'est pas pareil.

James hocha la tête, comprenant certainement ce que je voulais dire. Après tout, lui-même travaillait presque chez lui, l'appartement où il logeait – et où j'avais vécu avec lui ces dernières années – étant situé juste au-dessus de la boutique qu'il tenait.

- Cela fait longtemps que je n'ai pas vu Chuck et Lola, m'avoua James. Ils sont super occupés, avec Alicia.

- Je leur ai dit de me prévenir, lorsqu'ils voudraient se remettre à sortir sans leur fille, pour que je puisse m'organiser pour la garder. Vous pourrez faire une sortie ensemble à ce moment, dis-je négligemment en haussant les épaules.

Alors qu'intérieurement, j'avais surtout envie que James dise qu'il préférait faire cette sortie avec moi. Bien évidemment, ce ne fut pas du tout ce qu'il releva de mes paroles.

- Oh ? Je ne pensais pas que Lola laisserait…

Il ne termina pas sa phrase, soudainement gêné, mais je savais à quoi il faisait allusion. Lola me l'avait reproché, le soir du Nouvel An que j'étais venue terminer chez elle et Chuck, en compagnie de Mélina.

- Laisserait sa fille à une ancienne Invisible qui ne prend pas soin de sa santé mentale, c'est bien ça ?

Confus, James rougit légèrement. Je me mordis la lèvre pour m'empêcher de sourire, attendrie par sa gêne.

- Elle est revenue sur sa position depuis peu.

- Ah ?

- Je vois une de ses collègues, dis-je simplement.

Je n'avais pas envie de m'étendre plus sur le sujet, et je craignis que James, lui, insiste pour m'en parler, mais apparemment, le choc de la nouvelle l'empêcha de dire quoi que ce soit. Il me dévisagea avec de grands yeux, apparemment interdit d'apprendre cette nouvelle.

- Tu… vois une collègue de Lola ? bégaya-t-il.

Je haussai les épaules, peu désireuse de détailler ce qui m'avait amenée à prendre cette décision - et aussi peu désireuse de lui expliquer ce que cela impliquait.

Mes quelques séances avec Margaret Royalmind m'avaient épuisée. Pour l'instant, elle m'écoutait principalement, battant ses foutues cartes avec une régularité qui me mettait hors de moi, pendant que je lui racontais ce que j'avais fait en tant qu'Invisible. Les objets présents dans son bureau continuaient de s'affoler en ma présence, procédant à de frénétiques allers-retours sur les étagères dès que je passais le pas de la porte. Et à chaque fin de séance, elle me disait, inlassablement : « J'espère que vous vous rendez compte que vous évitez les vrais troubles qui vous obsèdent en me racontant simplement des événements factuels. »

J'avais toujours cette folle envie de claquer la porte de son cabinet et, en même temps, je revenais inlassablement, comme recherchant cette colère qu'elle provoquait en moi.

James attendait toujours ma réponse, pressé.

- Oui, depuis peu.

Mon air buté le dissuada de poursuivre la conversation. Il termina rapidement sa Bièraubeurre, tandis que Fléreur se frottait toujours à ses jambes. Il se leva en posant la chope sur le guéridon le plus proche de lui.

- Je vais rentrer, je dois manger avec mes parents.

- Je ne te retiens pas.

Il grimaça. Il ne s'attendait pas à ce que je lui dise cela, de toute évidence.

- Merci d'être passé, me repris-je. Et de m'avoir dit que tu n'avais pas de problèmes avec le fait que je sois la témoin de Chuck.

- Je t'en prie. C'est bien normal.

Je ne savais pas si c'était normal, mais je choisis de le croire, au moins pour cette fois.

Je le raccompagnai jusqu'à ma porte d'entrée. J'étais terriblement gênée de la situation, me demandant comme nous allions nous saluer. Heureusement, il prit sur lui de trancher. Il sortit clairement de mon appartement, s'éloignant assez de moi pour que le moindre contact physique soit trop étrange pour que nous en ayons un.

- Passe le bonjour à tes parents, dis-je à James.

- Promis. Et, Astrid…

- Oui ?

Je m'en voulus d'attendre un signe qui puisse me faire croire que tout n'était pas terminé entre nous. J'étais incroyablement faible dès lors que James entrait en ligne de compte. Mes sentiments prenaient le pas sur ma raison, et je me comportais aussi naïvement qu'un gnome qui revenait dans le jardin dont il venait juste d'être éjecté.

- Si jamais tu as besoin de compagnie, si jamais tu en as marre d'être coincée chez toi… Passe à la boutique le midi, et on mangera ensemble. Afin que tu voies d'autres personnes que Mélina…

Pendant quelques secondes, je fus incapable de parler. C'était bien plus que ce que j'espérais de lui. Mais est-ce que ce n'était pas trop, justement ? Pourquoi me proposait-il cela, alors qu'il avait plutôt cherché à mettre de la distance entre nous jusqu'à présent ? James ne s'en rendait certainement pas compte, mais son changement d'attitude était bien trop rapide pour moi. Je n'arrivais pas à suivre son cheminement de pensées.

- Merci, James. J'y penserai.

Il inclina la tête, un léger sourire aux lèvres, avant de me tourner le dos et de descendre les escaliers de mon immeuble.

Moi, je n'arrivais pas à refermer la porte. Mon cœur battait bien trop fort, et je craignais qu'en fermant mon appartement, je ne referme l'ouverture qu'il venait de laisser pour notre relation.

.

.

.

Je rentrais d'une énième course à pieds matinale quand je recroisai Stiles pour de bon. Nous nous étions revus plusieurs fois, mais il était toujours pressé, ou bien c'était moi, et nous n'avions fait qu'échanger des banalités d'usage.

- Toujours adepte du concept hérité de ta tante Cracmolle ? me demanda-t-il après un bref coup d'œil à sa montre.

Je ris doucement – et nerveusement, bien qu'il ne parut pas s'en rendre compte – et lui confirmai.

- Franchement, je ne sais pas pourquoi tu t'infliges ça. Je suis complètement décalé à cause de mes nombreux déplacements à l'étranger, et je ne rêve que de pouvoir faire une vraie grasse matinée.

Il me tint la porte d'entrée de l'immeuble.

- Mais ce matin encore, je me suis réveillé très tôt, et impossible de me rendormir, alors je suis allé me promener.

- Tu as essayé des potions de sommeil ? lui suggérai-je.

- Oui, mais elles n'ont aucun effet sur moi, soupira-t-il. Je les ai toutes essayées, en ajoutant différents ingrédients pour accentuer les effets, mais rien n'y fait…

Je hochai la tête, compréhensive. J'avais déjà connu cela, lorsque les Invisibles avaient été dissous. Le sommeil me faisait défaut, et tout ce que je tentais n'avait aucun effet sur mon cycle de sommeil, qui restait particulièrement mouvementé. Il n'y avait que lorsque James et moi nous étions remis ensemble que j'avais commencé à retrouver des nuits de sommeil normales. Aujourd'hui, après plusieurs nuits de sommeil agité, je n'avais même pas tenté de boire une goutte de la moindre potion de sommeil, sachant par avance que mon organisme n'y réagissait pas.

- Tu n'as plus qu'à espérer bientôt repartir à l'étranger pour te retrouver dans un pays où tu es sur le bon fuseau horaire.

Stiles éclata de rire.

- Si seulement ! Mais ce n'est pas prévu pour le moment, je dois rendre plusieurs rapports sur mes derniers voyages, et je dois avouer que j'ai envie de rester ici quelque temps, sans bouger…

Mélancolique, j'avais du mal à comprendre son point de vue. Changer de pays était une démarche administrative qui me donnait des frissons rien que d'y penser, alors que j'avais aussi besoin de m'évader pour respirer, pour ne plus croiser tous les sorciers qui me reprochaient, par un simple regard, d'exister et de partager le même air qu'eux. Pourtant, alors que Stiles avait l'opportunité de partir facilement à l'étranger, il préférait passer du temps chez lui.

J'imagine que le proverbe qui disait qu'on souhaitait toujours ce que possédaient les autres était vrai, et que j'enviais Stiles uniquement parce que j'étais moi-même privée de ma liberté de mouvements.

Nous arrivâmes sur notre palier.

- Les Épouvantards ne t'ennuient pas trop ? me demanda Stiles. L'ancien locataire les a beaucoup vus, sur la fin de son séjour ici…

Je haussai les épaules. Un seul était venu chez moi, mais sa rencontre avait été assez traumatisante pour moi – je n'avais toutefois pas envie de m'épancher sur mes problèmes d'Épouvantards avec Stiles.

- Non, ça va. Je n'en ai croisé qu'un, pour le moment, et aucun signe qu'il veuille revenir. J'espère que ça va continuer comme ça, je n'aime pas m'en occuper.

J'aurais pu lui dire la vérité, à savoir que je n'avais pas le droit de m'en occuper, mais j'avais la sensation que Stiles restait dans l'ignorance – à moins que ce ne soit dans le déni – de tout ce que j'avais pu faire en tant qu'Invisible, et j'aimais autant que cela reste ainsi. Il ne m'observait pas avec la curiosité malsaine des sorciers qui me détestaient simplement parce que j'avais été une Invisible, et c'était une sensation rafraîchissante.

- Tu pourras toujours demander à Potter de s'en occuper, si jamais un Épouvantard devait revenir, dit-il simplement en ouvrant la porte de son appartement.

Je me figeai, la main sur ma poignée, et me mordis la lèvre inférieure. Je savais que James aimait bien s'occuper des Épouvantards, il le faisait parfois pour des membres de sa famille qui avaient moins de facilité que lui pour se défendre contre les forces du Mal, mais je n'allais pas lui demander de me rendre ce service. Pendant un bref instant, j'imaginai la tête que ferait James si jamais je lui demandais ce service, et un rire nerveux manqua m'échapper.

- Je ne préfère pas, non.

- Il pourrait faire ça, tout de même, pour toi…

- Je ne suis vraiment pas certaine que James ait une folle envie de me rendre des services, en ce moment, marmonnai-je.

Le fait qu'il soit venu chez moi pour me parler était une chose, mais qu'il se mette à me débarrasser d'Épouvantards en était une autre. Je me tournai vers Stiles, qui me regardait avec étonnement. Peut-être étais-je obtuse, mais je ne comprenais pas son acharnement à vouloir que James règle mes problèmes éventuels d'Épouvantard.

Stiles hésita un bref instant, avant de se décider à être plus franc. Merci Merlin, je détestais qu'on tourne autour du pot de mandragore.

- OK, alors, arrête-moi si je me trompe, mais je pensais que vous étiez encore ensemble. Je devais aller sur le Chemin de Traverse dans la semaine, et j'ai vu que vous mangiez ensemble, dans sa boutique… Est-ce que j'ai mal interprété quelque chose ?

Il était vrai que James et moi avions mangé ensemble, comme il me l'avait proposé lorsqu'il était venu me rendre visite dans mon appartement. Pour autant, cela restait amical, et je doutais sincèrement que James veuille quoi que ce soit de plus – en tout cas pour le moment. Et je ne savais pas quand ce moment serait terminé.

Ni même si ce moment se terminerait jamais.

- Effectivement, tu as mal interprété, confirmai-je à Stiles. James et moi avons rompu il y a quelques mois, et nous ne sommes plus ensemble. Il y a peu de chances que nous nous remettions ensemble. Nous avons des relations cordiales, voilà tout. Et puis, nous sommes tous les deux témoins au mariage de Chuck, et il faut bien qu'on se voie pour discuter de la cérémonie. Mais rien de plus.

J'essayai de ne pas paraître déçue de cette situation, mais je n'étais pas certaine d'avoir réussi. J'étais toujours remplie d'amertume du fait que le repas que nous avions passé ensemble n'avait eu qu'un seul sujet de conversation : le mariage de Chuck. À aucun moment James n'avait paru s'intéresser à moi pour autre chose.

- Oh. Désolé d'avoir eu la délicatesse d'un troll sur le sujet.

- Ce n'est rien, affirmai-je, même si, en réalité, cela avait remué de mauvais souvenirs.

Il hocha la tête, pas convaincu, cela se voyait. Il tenta de se rattraper.

- En tout cas, si jamais tu as besoin d'aide pour chasser un Épouvantard trop insistant, n'hésite pas à me contacter, dans ce cas.

Stiles sourit largement, certainement ravi de me proposer son aide. Je bégayai un vague « merci » avant de prendre congés, mais dès lors que la porte de mon appartement se referma, un doute s'immisça.

Est-ce que Stiles ne venait pas de reproduire son comportement d'adolescent à Poudlard, lorsqu'il était intéressé par moi et cherchait par tous les moyens à me rendre service et à être en ma présence ?

Je n'étais pas assez stable émotionnellement pour me poser cette question immédiatement, décidai-je. Mais il faudrait bien que je me la pose sérieusement, et d'ici peu. J'avais déjà connu l'ambiguïté entre Stiles et moi, et je n'avais aucune envie de la revivre.

N'est-ce pas ?


Lumos

Bon, je vous le rappelle : je ne suis pas psy. Hein, je préfère le dire une centaine de fois que pas du tout.
Le mois de février est un mois charnière pour Astrid et son avancement. Beaucoup de choses se posent, pas grand-chose n'avance, et elle voit flou dans la plupart des aspects de sa vie. Elle est entre le moment où elle réalise qu'elle ne va pas bien, mais qu'elle ne sait pas encore comment se sortir de cet état. Vous voyez ce que je veux dire ? Bon, peut-être pas. Mais bref.
Merci à DelfineNotPadfoot pour toutes ses remarques ! Il est possible que, comme elle, vous ne compreniez pas certaines pensées d'Astrid qui contredisent ce qu'Astrid a auparavant pensé/dit. C'est plus ou moins normal, n'oubliez pas, une fois encore, que notre chère Astrid est dans une phase assez compliquée. Promis, c'est pas complètement incohérent ! (Enfin, je crois)
Merci à tous pour vos reviews :) ! Elles sont, comme toujours, super intéressantes à lire, eh eh. Et je réponds toujours à toutes vos reviews, même si vous ne recevez pas le mail qui vous prévient d'un message de ma part.
our le prochain chapitre, nous allons voir du sport, Astrid va manger avec beaucoup de personnes (mais désolée, on ne connaîtra pas le menu de ses repas), et on va s'intéresser un peu à la politique magique…
À très vite !
(Et je ne suis toujours pas psy, ne l'oubliez pas !)

Nox