Février 2032 – Partie II


- Pourquoi est-ce que vous battez toujours vos foutues cartes ? grommelai-je en fixant avec méchanceté les cartes, qui ne m'avaient pourtant rien fait.

Je jetai également un œil agacé aux objets qui ornaient les étagères, et qui se poursuivaient à une vitesse folle, refusant de se fixer à une place qui serait la leur. Pourquoi tout s'agitait dans ce bureau ? Même l'extérieur semblait agité. Alors qu'un temps froid mais ensoleillé m'avait accompagnée jusqu'au palier, depuis que j'étais installée dans le fauteuil pourpre, des nuages s'amoncelaient autour des gratte-ciels. J'avais fini par comprendre que la fenêtre était ensorcelée, car il ne se trouvait définitivement aucun gratte-ciel dans les environs du bureau de Margaret Royalmind. Mais quel genre de magie montrait un paysage qui me hérissait tant ? Quelle magie pouvait mettre en avant un environnement si peu apaisant ?

Un sourire amusé, mais froid, orna les lèvres de Margaret Royalmind.

- Je répondrai à cette question lors de notre dernière séance régulière, Astrid, si vous le voulez bien.

- Et si je ne le veux pas ? rétorquai-je.

- Vous devrez quand même attendre notre dernière séance.

- Vous m'énervez. Je ne vous aime vraiment pas.

- Cela tombe bien, je ne suis pas là pour que vous m'appréciiez ! s'amusa Margaret Royalmind.

Comment est-ce qu'elle pouvait être aussi détestable de manière aussi naturelle ? Est-ce qu'elle avait étudié la méchanceté à Poudlard, ou dans toute autre école de magie et de sorcellerie ? Est-ce que cette option existait, par ailleurs ? J'étais presque certaine qu'elle pourrait en être la professeure, vu comme elle aimait me narguer et me faire sortir de mes gonds. Elle était particulièrement douée pour me mettre hors de moi, par ailleurs.

Elle était aussi détestable qu'un Épouvantard qui s'inviterait chez moi, une nouvelle fois. Pourquoi Lola me l'avait conseillée ? Je devrais en parler avec la fiancée de Chuck, la prochaine fois que nous nous verrions. Peut-être que Lola se vengeait simplement de moi et de ce que j'avais fait subir à mon entourage en me suggérant de consulter une Psychomage qui n'allait pas du tout m'aider à résoudre mes soucis.

Margaret Royalmind reprit la parole, sans se douter une seconde de ce que je pensais d'elle – à moins qu'elle soit parfaitement au courant, et qu'elle choisisse simplement de s'en moquer, ce qui était fort possible.

- La dernière fois que nous nous sommes vues, vous m'aviez dit que vous souhaitiez parler aux personnes qui ont pu être blessées par votre disparition, lorsque vous avez rejoint les Invisibles. Est-ce toujours le cas ?

Je hochai la tête, jouant avec la peau de mon poignet gauche, comme je le faisais toujours lorsque j'étais nerveuse.

Je ne savais pas ce qui m'était passé par l'esprit de lui dire cela. Certes, je n'avais jamais pris la peine de parler aux personnes qui m'avaient connue avant les Invisibles, je n'avais pas pris la peine, à part pour James, d'expliquer tout ce qui s'était passé dans ma vie, et, surtout, pourquoi j'avais pris cette décision.

J'avais compris, après ma discussion avec Mélina, Lola et Chuck, la nuit de Noël, que c'était une erreur de ma part, et que si je souhaitais rétablir de vraies amitiés avec mon entourage, j'allais devoir prendre sur moi et me livrer plus. J'allais devoir expliquer réellement, avec mes mots et par moi-même, non pas en passant par l'intermédiaire de James, ce qui s'était passé quelques années plus tôt, lorsque j'appartenais aux Invisibles.

Sauf qu'envisager ces conversations me terrifiait au plus haut point, à présent que j'avais soumis cette possibilité à Margaret Royalmind.

- Est-ce que vous souhaitez seulement leur parler ? insista Margaret Royalmind.

Un long silence s'installa entre nous. Je supposai que si elle me posait cette question, c'était parce que, derrière celle-ci, une réponse plus détaillée devait venir de ma part. Je serrai la mâchoire.

Je détestais lorsque la Guérisseuse agissait ainsi. Lorsqu'elle me poussait à chercher d'autres réponses que la première qui me venait en tête, comme si ce que je disais spontanément n'était pas ce que je pensais profondément. Mais, en principe, n'était-ce pas ainsi que fonctionnait l'être humain ? Lorsque nous parlions spontanément, c'était le moment où nous formulions ce que nous avions l'habitude de taire, c'est en tout cas ce que j'avais toujours cru.

Selon la thérapeute Margaret Royalmind, en revanche, ce que je disais spontanément était conditionné par deux aspects de ma personnalité qui étaient aux antipodes : ma part d'Invisible en opposition avec ma part sorcière. Il y avait un conflit entre ces deux morceaux de ma vie, et tant que je n'avais pas réussi à les faire réellement cohabiter, je ne devrais jamais me fier à mes premières pensées.

C'était tordu, pas vrai ?

Eh bien, lorsque je lui avais dit ce que je pensais de sa théorie, elle m'avait regardée avec un sourire, avait battu ses cartes, et m'avait répondu qu'être une Invisible était quelque chose de tordu, en soi, donc que je ne devais pas m'étonner si mon esprit avait suivi le mouvement.

Elle m'énervait.

- Eh bien, oui, je veux seulement leur parler, pas leur envoyer des sorts ! rétorquai-je finalement, à fleur de peau.

- Mais qu'est-ce que vous voulez leur dire, exactement ?

- À votre avis ?

- C'est moi qui pose les questions, aujourd'hui, me rappela-t-elle sèchement.

Je levai les yeux au ciel, comme l'aurait fait une adolescente qui ne supportait pas d'être reprise par ses parents, mais je ne répondis pas vertement pour autant, malgré l'envie qui me démangeait de le faire.

Elle commençait à ne plus du tout apprécier que je lui réponde vertement, et même si elle poussait mon agacement à son paroxysme, je voulais voir jusqu'où nos séances pouvaient me mener. Je n'avais pas envie qu'elle me mette à la porte de son cabinet, en me refusant d'y revenir un jour. Je voulais mettre ma part d'Invisible derrière moi, et elle était la seule qui pouvait m'aider à atteindre cet objectif.

- Eh bien, je vais notamment leur présenter des excuses, s'ils en ressentent le besoin. Et certainement leur donner des explications. Je ne vais pas parler du dernier sondage concernant les élections ministérielles, c'est certain. Je crois que j'ai des sujets plus personnels à aborder.

Margaret Royalmind me sourit doucement, me désarçonnant par ce simple geste. Elle avait le don de faire cela à chacune de nos séances. Me désarçonner. Peut-être le faisait-elle exprès, ou bien cela était dans sa méthode de thérapeute, je ne savais pas exactement, mais elle le faisait toujours. Cela me mettait mal à l'aise, m'intimidait, et je finissais toujours par perdre contenance. Et lorsque je perdais contenance, c'était lorsque je finissais par prononcer des paroles que je ne voulais pas verbaliser, lorsque je me sentais le plus faible.

- Donc, c'est plus qu'une conversation avec eux. Vous allez chercher à expliquer ce que vous avez vécu, les décisions que vous avez prises… Pourquoi est-ce que vous voulez faire cela ?

Je me calai plus confortablement dans le fauteuil où je prenais place à chacune de mes venues, réfléchissant à ce que cela m'apporterait, effectivement, de parler avec toutes ces personnes, de leur présenter mes excuses. Mes doigts s'agitèrent sur les accoudoirs, comme pour donner du rythme à mes pensées qui s'entrechoquaient dans mon cerveau.

Je ne voyais pas plus clairement ce que Margaret Royalmind attendait que je lui réponde, mais je devais lui donner une réponse. Toutefois, précipiter ma réponse n'allait pas m'être utile – au contraire, elle risquait d'être fausse et de prouver à la Psychomage, une fois de plus, que je ne faisais pas l'effort de me comprendre réellement.

Petit à petit, j'entrapercevais qu'exprimer ce qu'attendait de moi toute une société, et verbaliser ce que je ressentais réellement étaient deux choses distinctes. La première m'avait servie à la fin des Invisibles, mais ne m'avait pas permise d'être en paix avec moi-même – tout au plus cela m'avait-il permis de me mélanger à la communauté sorcière sans trop de difficultés. La seconde m'éloignait de beaucoup de personnes, me mettait à l'écart des sorciers, mais elle me permettait d'être en paix avec moi-même, et d'évoluer plus sereinement vers l'acceptation de ce que j'avais commis.

- Eh bien, commençai-je lentement, j'imagine que cela me permettra de légitimer mes décisions, mais également de me réhabiliter dans la société sorcière, si jamais ils devaient accepter mes excuses.

- C'est un véritable tourment pour vous, n'est-ce pas ? De ne pas être réhabilitée entièrement dans la société ?

Je me tus. Je n'y avais jamais réellement réfléchi, je n'avais jamais mis de mots dessus, mais à présent que Margaret Royalmind le formulait, je réalisais que ne plus être jamais acceptée dans la société sorcière me rongeait l'esprit aussi sûrement que l'aurait fait un veracrasse.

J'avais été admise, plus ou moins, ces dernières années, parce que je fréquentais un Potter. On ne se mettait pas à dos quelqu'un qui était proche des Potter. Cela ne se faisait pas – du moins, pas directement. Mais à présent, je ne sortais plus avec James Sirius Potter. Et c'était une raison suffisante pour montrer le mépris qu'on éprouvait pour moi – c'est en tout cas l'impression que j'avais à chaque fois que je me baladais sur le Chemin de Traverse.

Peut-être que mon impression était fausse, toutefois, j'en doutais. Mes sens et ma sensibilité aux autres avaient été décuplés lors de mon passage chez les Invisibles, et je savais que je n'étais pas admise, ni appréciée, sur le Chemin de Traverse.

- Vous avez conscience que tout le monde ne pourra pas vous pardonner ? me demanda-t-elle doucement.

- Oui, je le sais… Mais si je n'essaie pas, personne ne pourra jamais me pardonner.

Elle se redressa, m'observant attentivement.

- Effectivement. Si vous n'essayez pas, vous ne le saurez jamais…

Margaret Royalmind m'observa attentivement, avant de reprendre la parole.

- Et si nous terminions la séance d'aujourd'hui par la rédaction de la liste des personnes auprès de qui vous souhaitez vous faire pardonner ? Nous pourrions également voir ensemble ce qui a pu le plus blesser ces personnes dans votre disparition, mais aussi, peut-être, établir un ordre d'importance en fonction de votre affinité passée avec ces personnes.

Un nœud tordit mon estomac. Je craignais que cette liste ne soit infinie. D'un autre côté, il fallait bien la commencer un jour, si je voulais être plus en paix avec moi-même.

Comme si j'allais moi-même me lancer un sortilège d'Imperium, je hochai la tête. Ma thérapeute sortit un parchemin, une plume, et me fit un signe de tête. C'était à moi de déterminer les personnes à qui je voulais présenter des excuses.

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« Hermione Granger-Weasley, déjà ministre de la Magie ?
C'est en tout cas ce que laissent présager les sorciers sondés.
« Burton pense trop à lui, et pas assez à notre communauté ! » nous confie une sorcière du Sussex « Bien sûr, il a su parer au plus pressé, comme lorsque ce dragon a terrorisé bon nombre de Moldus, mais cela lui a demandé beaucoup d'efforts pour rester calme et ne pas céder à la panique… Il nous faut une personne de confiance, et fiable ! »
Toutefois, nous retrouvons encore des partisans de notre actuel ministre de la Magie.
Le parcours d'Hermione Granger-Weasley était sans accroc à la fin de son premier mandat, et son travail en tant que directrice du Département de la justice magique ces sept dernières années est tout aussi irréprochable… si l'on exclut ses prises de positions des derniers mois, révélées par A.H.
« Si je dois être honnête » nous dit ce sorcier du Yorkshire « j'ai été très déçu que madame Granger-Weasley se positionne ainsi sur une affaire aussi délicate. Laisser des criminels user de la magie aussi librement, lorsqu'on a connu la guerre comme c'est son cas, est tout simplement inconscient ! »
Il est vrai que la réinsertion aussi rapide d'une ancienne Invisible entache quelque peu l'aura d'Hermione Granger-Weasley. Pour autant, les sorciers restent confiants, et sa réélection ne fait presque aucun doute… Si l'on exclut les dossiers compromettants la concernant que posséderait le cabinet d'Ernie Burton, selon ses propres dires.
« Bien sûr que ma concurrente est irréprochable… Si on ne creuse pas trop sous la surface. Cela fait des années que j'essaie de rattraper les conséquences de son gouvernement laxiste. Et puis, il ne faut pas croire tout ce qui a pu être dit concernant certaines affaires. Selon mes sources, madame Granger-Weasley avait tout à fait les moyens de stopper l'organisation secrète nommée « les Invisibles » bien avant 2026 ! Mais peut-être qu'elle a préféré laisser cette organisation vivre plutôt que de sombres secrets la concernant soient dévoilés… »
Si ces informations s'avéraient exactes, à tout juste un mois des élections ministérielles, cela pourrait mener à une inversion totale des sondages. »

- Il se dit des choses intéressantes ? s'enquit James en déposant un sandwich devant moi.

Je refermai le journal, lançant un regard dédaigneux à ce quotidien qui se nommait La petite gazette. Je lorgnai ensuite le sandwich, qui débordait de nourriture. Merci James de toujours me nourrir bien plus que la normale. Mon appétit était démesuré en comparaison avec ma taille, mais il l'était encore plus depuis que je passais mon temps à faire du sport pour essayer de m'épuiser.

- Pas franchement. Apparemment, ta tante avait les moyens de nous dissoudre bien avant la date de notre dissolution, mais elle ne l'a pas fait pour des raisons personnelles…

- Je me demande bien quel dossier personnel Hermione aurait pu vous demander de traiter, se moqua James. C'est marrant que Burton finisse par critiquer ma tante en parlant des Invisibles.

- Marrant ? sourcillai-je.

Je n'avais pas du tout apprécié être qualifiée de membre d'une organisation secrète, comme si cela faisait de nous des criminels. Les vrais criminels étaient les Rapaces Nocturnes, pas nous ! Mais nous avions une dimension légale alors que tous les membres, moi exceptée, avaient un passé sombre de criminel. Les Rapaces Nocturnes étaient des criminels sans aucune dimension légale, à l'inverse de nous, ce qui faisait de nous la cible favorite des médias.

- Eh bien, Burton n'a pas beaucoup de moyens de se défendre face à Hermione, m'expliqua James. S'il en vient à parler des Invisibles, alors qu'il n'y a pas grand-chose à en dire ces derniers temps, c'est qu'il doit sentir que sa réélection s'éloigne de plus en plus…

Je supposai que James était plus au courant de ce genre de détails que je ne l'étais. Après tout, il devait parfois entendre des conversations politiques avec sa tante – moi-même, j'avais déjà eu l'occasion d'en entendre plusieurs, même si ma position délicate, en tant qu'ancienne Invisible, n'inspirait pas au débat politique, et que nous tentions plutôt de parler de sujets non soumis à controverse.

- Cela va changer quelque chose pour ton père, si Hermione est élue une nouvelle fois ? demandai-je.

- Non, aucune chance. À vrai dire, cela pourrait changer si Burton était réélu. Il n'a jamais supporté que mon père ait autant de liberté en tant que chef du Bureau des Aurors, et en même temps, comme mon père était sous les ordres d'Hermione ces dernières années, vu qu'elle a repris la direction du Département de la justice magique, Burton n'avait pas son mot à dire. Bref, Burton a toujours détesté ne pas pouvoir s'imposer face au fameux Harry Potter.

Je fronçai les sourcils.

- Si ta tante est élue, elle ne pourra pas rester à la tête du Département, et le responsable direct de ton père changera forcément. Donc, s'il ne dépend plus des ordres d'Hermione, il peut se retrouver avec quelqu'un de peu fiable comme responsable.

- Sauf que si Burton est élu, il ne laissera plus Hermione à la tête du Département. Alors que si Hermione est élue, elle choisira elle-même le nouveau directeur… ou la nouvelle directrice, termina James.

- Ces conversations politiques me semblent toujours aussi compliquées pour pas grand-chose, marmonnai-je à James.

Il éclata de rire, avant de se lever pour déplacer une plante de sa boutique, qui ne devait pas recevoir assez de lumière pour ses besoins.

- C'est parce que tu n'as pas baigné dedans toute ton enfance, adolescence, vie d'adulte… Je les trouvais inutiles, mais comme tout le monde me pose tout le temps des questions, j'ai fini par m'y intéresser, déjà pour pouvoir répondre, mais aussi pour comprendre les articles de journaux qui concernaient ma famille, ou pour ne pas m'ennuyer effroyablement lors des repas de famille.

Je comprenais sa logique. Certes, Jill m'avait initiée autant que possible à comprendre le monde qui m'entourait et son gouvernement, avant sa mort, mais pour être honnête, ces sujets ne m'intéressaient pas énormément, et elle-même préférait partir faire du sport ou regarder des films plutôt que de se lancer dans de longues discussions politiques.

Je mordis dans mon sandwich, qui me tentait énormément depuis de bien trop longues minutes.

- Merlin, heureusement que tu me nourris, mes repas sont effroyablement tristes, ces derniers jours, pestai-je.

- Tu pourrais faire l'effort d'apprendre à cuisiner, rétorqua James.

- Je sais cuisiner, ça m'agace simplement de le faire.

Nous avions eu cette conversation tellement de fois ces dernières années qu'il y eut un léger flottement lorsque nous réalisâmes qu'elle avait à nouveau lieu, alors que nous n'étions plus en couple. Je plongeai le regard dans mon assiette pour ne pas laisser transparaître mes émotions, qui n'étaient certainement pas qu'amicales envers James.

Foutu cerveau qui n'arrivait pas à rationaliser notre relation à présent terminée. Foutu cerveau qui ne voulait pas l'oublier.

- Il paraît que tu as eu des places pour le prochain match des Harpies ? me questionna James en ne me regardant pas du tout alors que je levai la tête en l'entendant reprendre la parole.

Génial. Tout ce qu'il me fallait pour bien comprendre qu'il n'avait pas envie que je me fasse des idées le concernant. Il m'avait prévenue, pourtant, au moment de la rupture. Je devais me soigner, vaincre mes démons - et j'étais bien loin d'être arrivée à ce stade.

- Oui. Ce sont tes parents qui me les ont offertes. Je vais y aller avec Mélina, elle était ravie de m'accompagner.

Mélina, la douce, gentille et patiente Mélina, était une vraie dragonne lorsqu'il s'agissait d'être spectatrice d'un match de Quidditch. Elle avait, bien évidemment, accepté de m'accompagner à ce match qui rouvrait la saison sportive. Pour être honnête, elle m'avait même légèrement effrayée lorsqu'elle s'était mise à sautiller d'impatience et à me dire qu'elle sortirait sa panoplie de supportrice pour faire sensation dans les gradins. J'avais dû lui demander de réfréner ses ardeurs – je n'avais pas spécialement envie d'attirer l'attention sur nous, déjà que j'étais facilement regardée par toute la population sorcière lorsque j'apparaissais dans un lieu public.

- Tu ne trouves pas qu'elle est étrange, en ce moment, Mélina ? me demanda James.

- Toi aussi, tu as remarqué cela ? m'étonnai-je. Je commençais à croire que je me faisais des idées, mais si tu as eu cette sensation toi également… J'ai toujours l'impression qu'elle me ment sur des petits détails, c'est agaçant, pestai-je.

James hocha la tête, songeur.

- La dernière fois qu'elle a agi ainsi, c'est lorsqu'elle a décidé d'abandonner son travail à la maison d'éditions pour ouvrir sa propre boutique, me rappela James. Peut-être qu'elle a un gros projet en cours, mais qu'elle ne veut pas vendre la peau de dragon avant de l'avoir tué ? hasarda-t-il.

Je haussai les épaules. Cette période de la vie de Mélina était assez floue, pour moi. Je sortais tout juste d'un séjour à Azkaban, je devais me replonger dans une vie de sorcière normale, qui n'était pas une Invisible, la communauté sorcière était en ébullition, et moi, j'essayais de retrouver ma place dans tout cela – les évènements des derniers mois nous avaient par ailleurs prouvé que j'avais lamentablement échoué à cela.

- Peut-être, oui. Mais je suis surprise qu'elle s'agace autant dès lors que je lui pose une question sur ce qui la tracasse, ou sur un sujet qu'elle ne semble pas vouloir aborder, avouai-je. Enfin, j'imagine qu'il faut lui laisser le temps de vouloir se confier à nous.

- Tu étais pareille, après les Invisibles, et on a fait en sorte de te laisser avoir tes moments seule, sans personne qui te poussait à te confier.

Je me mordis la lèvre en entendant les mots qu'il ne prononçait pas – qu'on avait tous vu le résultat que cela avait donné d'accepter mes silences et mes sautes d'humeur.

Je savais aussi que si James et moi commencions à glisser sur ce qui n'avait pas fonctionné pour moi, et qui avait mené à la fin de notre couple, nous risquions de nous déchirer et nous disputer une nouvelle fois – et ce n'était pas ce que je voulais. J'avais Margaret Royalmind pour cela, à présent, et je devais accepter de vider mes nerfs uniquement en sa présence.

La tension monta d'un cran dans la boutique, à tel point que les quelques pots qui contenaient des ingrédients vivaces s'agitèrent sur les étagères, comme pour éviter notre ire – ou pour, au contraire, attiser le foyer de nos disputes.

Je vis James qui paraissait sur le point d'ajouter quelque chose – un reproche, peut-être. Je ne voulais prendre aucun risque. Je me savais trop peu stable pour éviter une dispute, je savais que la tentation serait trop grande, pour moi, de retomber dans mes travers, d'attendre qu'il me reproche mon passé d'Invisible, pour que je me braque une nouvelle fois.

Je pris une profonde inspiration, et me levai.

- Tu pars déjà ? s'étonna James.

- J'ai beaucoup de travail, mentis-je.

Et je voulais impérativement éviter la dispute qui planait au-dessus de nous comme un Augurey. S'il était déçu, il n'en montra rien – tout au plus parut-il surpris que je ne cherche pas à défendre mon attitude après les Invisibles.

- Bon courage pour ton travail, alors. Passe quand tu veux pour manger, un midi !

- Merci, James.

Je sortis précipitamment de sa boutique, et m'éloignai presque en courant. J'avais autant besoin d'être en compagnie de James que cela me blessait, du fait de la distance qu'il y avait à présent entre nous. J'avais autant besoin de le voir que je savais, au fond de moi, qu'il fallait que je m'éloigne pour réellement guérir. Pour démarrer quelque chose de nouveau.

Sauf qu'inlassablement, mon esprit me ramenait, toujours et encore, à James Sirius Potter.

Doux Merlin, je n'allais pas m'en sortir.

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Mélina poussa un sifflement admiratif en grimpant les marches qui nous menaient aux meilleures places du stade. Je souris, amusée. Il avait suffi qu'elle se rende compte que je la menais aux places les plus chères pour qu'elle efface son faux air bougon qu'elle avait depuis que nous nous étions retrouvées, et qu'elle maintenait pour se plaindre de mon refus, une fois de plus, à ce qu'elle prenne son ensemble de supportrice pour ce match.

L'ensemble contenait beaucoup trop d'objets qui faisaient un boucan digne du cri de la Mandragore, et je voulais garder mes tympans intacts pour encore quelques années. Comment pouvait-elle autant apprécier de se déchaîner lors de matchs de Quidditch, elle qui était la plus sensée de notre groupe d'amis ?

- C'est encore un peu plus haut, lui appris-je. Juste là, dis-je en désignant des places qui nous offraient une vue parfaite sur le stade, sans angle mort.

- Ah oui… Ce sont le genre de places que je ne pourrai jamais m'offrir.

Je haussai les épaules.

- Si tu demandes aux jumeaux, je suis certaine qu'ils t'en offriraient. Les places qu'ils reçoivent de la place de joueurs ou d'équipes sont presque aussi bien placées. Ils ne peuvent pas toutes les utiliser, et ils ont toujours à cœur de faire plaisir. Ils nous en proposaient souvent, à James et moi, mais comme on avait déjà des places grâce à Ginny et Lily, on refusait toujours…

- Cela m'ennuie d'user de mes privilèges auprès des jumeaux, m'avoua-t-elle, les joues rouges de l'effort physique fourni pour grimper. Mais peut-être que si je m'habitue au confort des meilleures places, je passerai au-dessus de ma gêne…

Je ris doucement, amusée, avant de vérifier sur nos billets les places où nous devions nous rendre.

- Allez, encore un petit effort !

Nous allions assister à la réouverture de la saison de Quidditch, qui voyait s'affronter les Harpies de Holyhead contre les Pies de Montrose. J'étais plutôt excitée de revoir un match de ce niveau, et Mélina n'avait pas été compliquée à convaincre – elle adorait le Quidditch, et même si elle ne supportait pas une équipe en particulier, être spectatrice aux matchs la remplissait de joie. Or, je trouvais qu'elle manquait cruellement de joie, ces derniers jours.

Je trouvai nos places, et m'assis rapidement. Je cherchai des visages connus dans la foule, mais n'en reconnus aucun. En revanche, d'autres personnes paraissaient me reconnaître, et mon air s'assombrit lorsque je vis une sorcière et ses deux enfants discuter avec celui que je devinais être son mari et le père des enfants, en me désignant du doigt et en paraissant s'agacer.

Mélina suivit mon regard, et elle s'attrista.

- J'ai entendu quelques conversations, alors que nous grimpions, m'avoua-t-elle en triturant son écharpe.

- J'imagine que ces conversations n'étaient pas à mon avantage ? ironisai-je.

Personnellement, j'avais appris à couper mon ouïe des conversations qui avaient pu être entendues par Mélina. Elle ne répondit pas, et son silence fut plus révélateur que tous les discours.

La sorcière qui m'avait désignée s'approchait à présent, mais seule.

- Mélina, si tu souhaites partir, c'est le moment, murmurai-je entre tes dents.

Je connaissais la détermination qui habitait cette sorcière – j'en avais fait les frais plus tôt dans la semaine.

- Je reste, murmura mon amie.

Et je la remerciai de me soutenir dans un tel moment, même si je doutais qu'elle se rende réellement compte de ce que cela impliquait.

La sorcière vint se planter devant moi, et désigna les sièges en-dessous de nous.

- Mes enfants, mon mari et moi avons les places ci-dessous.

- Qui sont libres, fis-je remarquer doucement.

- Et qui sont en-dessous de vous.

- De toute évidence, répondis-je en levant un sourcil.

Je savais très bien où elle voulait en venir, évidemment, mais je n'avais pas envie de lui mâcher le travail. J'espérais, naïvement sûrement, qu'en formulant sa pensée, cette femme se rendrait compte que ce qu'elle disait n'avait pas de sens. Malheureusement pour moi, ce ne fut pas le cas.

- Je refuse que mes enfants fréquentent des personnes comme vous.

- Cela tombe bien, je ne comptais pas vous demander de faire du baby-sitting chez vous, rétorquai-je avec une pointe d'ironie.

La sorcière parut se sentir insultée que je lui réponde avec autant de répartie, mais je refusais de me laisser marcher sur les pieds et gâcher le match alors que j'étais en compagnie de Mélina, et que cette tapageuse sorcière s'agaçait pour un rien.

- Vous n'avez rien à faire ici ! s'énerva la sorcière. Les personnes comme vous…

- Méritent Azkaban, oui, je sais, vous n'êtes pas originale dans vos répliques, répondis-je vertement.

- On ne devrait pas vous vendre les mêmes places que nous !

Je levai les yeux au ciel.

- On ne m'a pas vendu cette place, on me l'a offerte. Et si vous avez quelque chose à redire à cela, je vous en prie, allez vous plaindre aux personnes qui me l'ont offerte.

- Je n'hésiterai pas !

- Parfait. Je ne doute pas un seul instant que madame Potter apprécie le dérangement, alors qu'elle est actuellement dans la zone réservée aux journalistes couvrant l'événement. Bien sûr, si jamais elle s'avérait trop occupée, vous pourriez vous adresser à son mari, la deuxième personne à m'offrir cette place, qui, je n'en doute pas une seule seconde, n'a rien de mieux à faire, en tant que chef du Bureau des Aurors, que de vous écouter vous plaindre que d'autres personnes que vous assistent à ce match.

Ce que je trouvais fascinant, dans le monde qui m'entourait, c'était à quel point le nom Potter pouvait changer totalement l'attitude de la personne qui s'adressait à vous. Si la sorcière semblait toujours agacée, elle se retrouvait toutefois confrontée au fait que les Potter eux-mêmes m'avaient invitée à assister à ce match.

Bien sûr, elle pouvait aussi penser que je mentais. Mais le fait que je sois sortie avec James Sirius Potter n'était pas un secret, et l'était encore moins depuis que les Invisibles avaient été dissous. Évidemment, depuis, nous avions rompu, et j'avais lu quelques articles sur le fait que nous n'étions plus ensemble, se questionnant si cela avait un lien avec ma disparition du mois de juin dernier. Je connaissais assez les Potter pour savoir qu'ils avaient exigé une relecture de chacun des articles concernant ma relation avec James, pour éviter les spéculations stupides, et les déformations de ce qui avait pu se produire. Toutefois, taire notre rupture était juste impossible.

Mais penser que je n'étais pas restée proche des Potter aurait été stupide, et la sorcière qui était face à moi dut s'en douter. Elle souffla fortement, avant de se retourner vivement, et de partir rejoindre son mari et ses enfants.

- Je parie qu'elle va chercher des places ailleurs, même si elles sont moins bien placées, dis-je laconiquement à Mélina.

Mon amie ne répondit pas immédiatement, m'inquiétant un peu, avant qu'elle ne prenne finalement la parole.

- Tu sais, même si je ne suis pas contente que tu aies rejoint les Invisibles, je trouve quand même que ton sens de la répartie est bien mieux qu'auparavant. Tu ne te laisses plus marcher sur les pieds, au moins, dit-elle d'une voix faible.

Je lui souris, amusée. Je me souvenais de cet hiver où Roxanne était particulièrement énervée suite à une peine de cœur, et où elle s'en était prise, verbalement, à moi. Mélina lui en avait énormément voulu, et m'en avait voulu de ne pas trouver cela trop grave. Bien sûr, si la situation devait se reproduire aujourd'hui, je serais beaucoup plus virulente envers Roxanne, mais lorsque nous étions en sixième année, Mélina avait le tempérament d'une dragonne qui protégeait ses œufs, alors que moi, j'avais tendance à me laisser malmener.

Mais c'était des années auparavant. Aujourd'hui, la situation était totalement différente, et mon caractère avait évolué – en bien ou en mal, tout dépendait du point de vue.

- C'est-à-dire que si je devais laisser chaque personne qui n'aime pas les Invisibles m'insulter, je passerais ma journée à me faire insulter. Et ce n'est agréable pour personne.

Je vis la sorcière s'éloigner de nous, comme je l'avais prédit. Elle se retourna une dernière fois pour m'adresser un regard noir, mais je ne pris pas la peine d'y répondre. Si elle avait du temps et de l'énergie à perdre pour moi, ce n'était pas mon problème – même si cela devenait pesant, bien évidemment.

- J'aimerais pour toi que ça soit différent, me dit gentiment Mélina.

Je ne répondis rien, car il n'y avait rien à ajouter. Mélina était généreuse, adorable, et voyait le bien chez chacun d'entre nous. Elle était ainsi depuis notre enfance, et ne changerait sûrement jamais. Même si elle essayait de pousser tout le monde à agir comme elle, les autres sorciers n'étaient pas forcément aussi conciliants et compréhensifs qu'elle.

- Tu as des pronostics sur le gagnant d'aujourd'hui ? lui demandai-je.

Je n'avais pas eu le temps de regarder ce qui se passait chez les joueurs de Quidditch. Je n'avais aucune idée de qui était en tête du championnat, des changements dans les équipes, ce qui avait pu bouleverser la Ligue.

- Les Pies, évidemment, souffla Mélina en levant les yeux au ciel, comme si tout le monde devait savoir cela.

- Ah ? m'étonnai-je. Je croyais que les Harpies avaient une bonne équipe…

- Les Harpies ont très mal commencé la saison, me dit Mélina. Beaucoup critiquent les entraînements de Juanita de la Mancha, et les comparent avec ceux dispensés par Lily Potter. Ils estiment que Lily Potter les entraînait mieux que Juanita de la Mancha…

- De la Mancha était pourtant entraîneuse, et Lily assistante de l'entraîneuse, me rappelai-je.

- Oui, mais depuis deux ans, c'était Lily qui gérait tous les entraînements, de la Mancha ayant choisi de ne pas travailler à temps plein pour s'occuper de sa fille. Lily avait fait monter le niveau des Harpies, avec un entraînement totalement différent de celui de la Mancha… qui, elle, a repris son rythme d'il y a deux ans pour entraîner les Harpies. Or, cela ne fonctionne plus, avec cette équipe. Les dirigeants de la Ligue commencent à regretter d'avoir laissé Lily Potter partir aussi facilement…

Je n'étais pas du tout au courant de cela. Bien sûr, je savais que Lily avait fait du bon travail avec les Harpies, qui étaient remontées dans le classement depuis peu, et étaient toujours présentes sur le podium.

- L'équipe des Harpies donne moins envie aux nouvelles joueuses. Entre les Harpies qui ont perdu une entraîneuse qui s'adaptait totalement à la dynamique de l'équipe, et les Faucons qui ont perdu un attrapeur qui était pressenti pour rejoindre la sélection nationale dans moins de cinq ans, autant te dire que les réunions de la Ligue de Quidditch sont plutôt mouvementées…

Je hochai la tête, avant de m'arrêter net, et de regarder Mélina. Quelque chose me dérangeait sérieusement dans ce qu'elle venait de me dire.

- Comment est-ce que tu sais cela, toi ? Ce n'est pas le genre d'informations délicates qu'on trouve dans les journaux sportifs...

Mélina eut le mérite de paraître confuse. Elle mit beaucoup de temps à me répondre, comme cherchant une excuse plausible, ce qui me fit me méfier immédiatement de ce qu'elle allait me répondre, devinant sans peine que cela serait un mensonge.

- Oh, tu sais, parfois, à la boutique, j'entends des conversations plutôt confidentielles… Tu veux que j'aille nous chercher de quoi boire ? Je reviens tout de suite !

Mélina sauta sur ses pieds et s'éloigna avant que je ne puisse l'arrêter, et je la regardai partir, abasourdie.

Comment Mélina pouvait avoir ce genre d'informations en sa possession ? C'était incompréhensible.

Le stade se remplissait petit à petit, et la rencontre était sur le point de commencer lorsque Mélina revint avec des boissons. Elle craignait certainement que je ne la relance sur le sujet des disputes au sein de la Ligue de Quidditch, aussi changea-t-elle radicalement de sujet.

Au point de me désarçonner moi, alors que j'avais prévu de la questionner encore.

- Au fait, tu as fini par rencontrer ton voisin ?

- Oui. Et comme c'est déjà la deuxième fois que tu me poses la question, j'imagine que tu savais qu'il s'agissait de Stiles Stuart ?

Elle m'adressa un petit sourire gêné, en même temps que le coup d'envoi du match était lancé. Nous prîmes dans un même mouvement nos Multiplettes pour suivre correctement le match.

- Effectivement. Ce n'était pas trop bizarre de le recroiser ?

Je levai les yeux au ciel.

- C'était aussi bizarre que de tomber nez à nez avec un Chartier qui se met à t'insulter sans raison. Surtout qu'il a l'air d'être dans une autre dimension que nous. Il ne paraît pas savoir que j'ai été chez les Invisibles, expliquai-je à une Mélina surprise. Enfin, je pense qu'il le sait, évidemment, mais il n'y fait jamais allusion, comme si ne pas en parler empêchait la réalité de la situation.

Mélina éclata de rire.

- Au moins, ça n'a rien à voir avec la sorcière qui ne voulait pas s'asseoir en-dessous de toi…

Je hochai la tête, avant de confirmer que Stiles était plutôt poli lorsque nous nous voyions.

- En fait, il est même trop poli, avouai-je, légèrement confuse. Il m'invite presque tous les jours à venir boire un verre après ma journée de travail. Bien sûr, c'est super sympa. Mais je n'arrive pas à déterminer si cela me plaît réellement, ou si je le trouve un peu trop… présent dans ma vie, soudainement.

Mélina me regarda avec attention, avant de reporter son attention sur le match. Les Pies de Montrose dominaient largement les Harpies de Holyhead, et je compris soudainement à quoi faisait allusion Mélina lorsqu'elle disait que les Harpies ne semblaient pas entraînées comme elles devraient en avoir besoin.

- Est-ce que ce n'est pas une bonne chose ? me fit remarquer Mélina. Qu'il soit présent dans ta vie. Je veux dire, Stiles n'est pas quelqu'un que tu as revu après Poudlard, et je trouve ça bien que tu fasses entrer d'autres personnes dans ton cercle de proches…

Encore une fois, j'eus l'impression que Mélina me cachait quelque chose, comme si elle laissait sous-entendre qu'une personne pouvait bientôt sortir de notre cercle d'amis proches. Ou, en tout cas, du mien. Mais son visage se ferma soudainement, me laissant penser que je n'aurais aucune réponse à mes questions, si jamais je devais en poser une.

Je me concentrai sur le match, pour constater que les Harpies de Holyhead n'avaient aucune coordination. Je lirai avec attention l'article de demain qui y ferait allusion, mais je ne doutais pas qu'il serait très critique. Les Harpies nous avaient habitués à de bien meilleurs matchs que celui-ci.

- Tu crois que les jumeaux vont rester les sponsors des Harpies, si leurs résultats restent aussi mauvais ? demandai-je à Mélina.

- Je ne sais pas du tout, m'avoua-t-elle franchement. Les Harpies sont tout de même reconnues, ce serait dommage de se retirer du sponsoring seulement pour une mauvaise passe. Et puis, les jumeaux ne sont pas encore trop connus, ce serait peut-être une mauvaise chose pour eux de ne pas continuer à rayonner en étant présents aux matchs des Harpies…

Je hochai la tête, plutôt d'accord avec Mélina. Même si les Harpies ne gagnaient plus leurs matchs, le fait qu'elles portent les tenues des jumeaux, et qu'elles utilisent leurs balais, permettait aux jumeaux Weasley d'avoir une bonne publicité dans le monde du Quidditch.

- Les Harpies sont vraiment en train de se faire écraser, pas vrai ? grommelai-je.

Mélina acquiesça, silencieuse.

Nous regardâmes la suite du massacre en silence. Bien sûr, cela restait du beau Quidditch, mais il était indéniable que les Pies de Montrose avaient un niveau bien au-dessus de celui des Harpies, qui étaient la risée de la rencontre.

- C'est un vrai massacre, grommelai-je. J'ai l'impression de vivre le match contre les Serpentard, en sixième année…

- Tu n'as presque rien vécu de ce match, tu as fini à l'infirmerie ! me rappela Mélina.

Je grimaçai, me rappelant sans aucun problème de la douleur liée à la mâchoire fracturée.

- Je sais. Mais j'imagine que ça devait ressembler à ça, plus ou moins, une fois que Roxanne a abandonné ses buts, et que Jay a laissé tomber la chasse au Vif…

Mélina ne répondit rien dans un premier temps. Elle paraissait se demander comment me ménager, puis elle poussa finalement un profond soupir.

- Il y a prescription, et j'imagine que personne ne m'en voudra de finalement te dire ce qui a vraiment pu se passer pendant ce match, sans te ménager… Mais franchement, le match contre les Serpentard était bien pire que ce match-ci, m'avoua-t-elle du bout des lèvres.

Il y avait prescription, certes, cela faisait plus de dix ans que ce match avait eu lieu. Pourtant, je crois que cela me blessa bien plus dans mon ego que cela n'aurait dû.

- Désolée. On s'était plus ou moins tous jurés de ne jamais te dire franchement ce qu'on avait pensé de ce match, mais autant être honnête. Le mot massacre ne rend pas hommage à votre match.

- Merci de ta franchise, dis-je d'une voix étranglée. Oh ! Le Vif !

L'attrapeur des Pies de Montrose venait de monter en flèche, suivi de très près par l'attrapeuse des Harpies de Holyhead.

- Bon, au moins, on ne pourra pas critiquer les balais des jumeaux, ils sont rapides, ce n'est pas ça qui empêche les Harpies d'être en tête du classement, marmonna Mélina en se mordillant la lèvre inférieure.

Pour ma part, je n'avais pas le temps de faire ce genre de remarques. J'étais captivée par la course entre les deux attrapeurs.

J'avais eu assez peu l'occasion de voir du Quidditch depuis la fin de Poudlard, mais les quelques matchs que James et moi avions vus m'avaient toutefois rappelé que j'adorais toujours autant ce sport. Aujourd'hui, retourner dans un stade me faisait me rappeler ce que je ressentais lorsque je grimpais sur un balai lors de mon adolescence, et cela m'exaltait. J'aurais voulu que la course du Vif d'or ne s'interrompe jamais.

Malheureusement, tous les matchs de Quidditch ont une fin, et celui-ci ne comptait pas s'arrêter trop tard. L'attrapeur des Pies de Montrose s'arrêta brutalement, en brandissant le poing, dont s'échappaient deux petites ailes argentées.

- Sacré match ! s'exclama Mélina. Même si l'issue était courue d'avance… Merci de m'avoir proposé de t'accompagner. C'était vraiment chouette !

- Il n'y a pas de quoi. Tu veux qu'on aille manger quelque chose ? proposai-je en regardant ma montre. C'est encore l'heure du déjeuner.

- Oh, euh… J'ai quelque chose de prévu, m'avoua-t-elle. Enfin, ce n'est pas vraiment prévu, mais disons que comme le match s'est terminé plus tôt, je vais en profiter pour faire ce que j'ai à faire, et, euh…

- Tu dois faire quoi ? m'étonnai-je.

Le match aurait pu durer bien plus longtemps, c'était le risque avec le Quidditch, nous ne savions jamais combien de temps un match pouvait durer. Prévoir quelque chose après un match était aussi risqué que de prendre un pari avec de l'or de farfadet – on allait en ressortir perdant.

- Un truc.

- Mélina…, soupirai-je. Qu'est-ce que tu me caches ?

- Eh ! Rien du tout ! Et puis, en terme de secrets, tu n'as pas de leçons à me donner.

Et, sur ces belles paroles, elle descendit rapidement les gradins. Je la rattrapai en peu de foulées – j'avais des restes de ma condition physique d'Invisible, et mes joggings pour lutter contre mes insomnies avaient encore amélioré ma rapidité et mon endurance.

- Mélina, ne sois pas fâchée, par Morgane ! Je suis juste surprise. Tu ne m'as pas habituée à faire autant de mystères, soufflai-je en levant les yeux au ciel. Mais il n'y a aucun problème, je t'assure.

Elle hocha la tête, les joues toujours rouges. Même si elle gardait son secret, et que je ne pouvais pas lui en vouloir, je restais surprise.

Qu'est-ce que Mélina pouvait bien dissimuler à tout le monde ?

.

.

.

Je regardai le menu pour la troisième fois quand la personne qui m'avait invitée arriva enfin.

- Astrid ! Désolée du retard, s'excusa Ginny en se laissant tomber sur la chaise en face de moi.

- Ce n'est rien, assurai-je à mon ex belle-mère. Je ne t'ai presque pas attendue.

Ce qui était un mensonge, bien sûr. J'étais venue bien avant l'heure du déjeuner pour éviter la foule qui allait se précipiter dans cette petite auberge d'une impasse du Chemin de Traverse, et Ginny ayant eu du retard, j'avais patienté plus que la normale. Toutefois, l'aubergiste m'était sympathique, et nous avait installées dans un recoin discret – je ne savais pas si ce traitement de faveur était dû au nom de famille de Ginny, qui était celui de la réservation, ou au fait que l'aubergiste souhaitait me tenir à l'abri des regards. Dans les deux cas, pour une fois, j'appréciais à sa juste valeur cet isolement, après le match de Quidditch que j'avais vécu en compagnie de Mélina.

- Beaucoup de choses ont eu lieu dans ta vie dernièrement, hum ? s'enquit Ginny, distraite. Albus et James m'ont raconté.

Je levai les yeux au ciel.

- Est-ce que vous avez d'autres sujets de conversation que moi, à table ? m'enquis-je.

Elle éclata de rire alors que l'aubergiste lui apportait un menu et qu'elle l'étudiait rapidement.

- Bien sûr ! Mais je te rappelle que chez les Potter, on suit plusieurs conversations en même temps sans que cela ne pose problème. Le temps est optimisé, on peut parler de tous les sujets !

Je ris un peu. C'était une faculté qui donnait mal au crâne lorsque nous n'avions pas l'habitude – et je n'avais jamais réussi à m'habituer au fait que les Potter soient capables de suivre tant de conversations différentes.

- Alors, le match ? s'enquit Ginny une fois que nous eûmes passé commande. Tu en as pensé quoi ?

Je grimaçai, peu à l'aise à l'idée de critiquer l'équipe pour laquelle elle avait joué, et que sa fille avait entraîné.

- Eh bien…

- Tu peux dire les choses franchement, me coupa-t-elle dès lors qu'elle me sentit hésitante. Je n'ai pas été tendre dans mon analyse du match…

Aussitôt, je me lâchai.

- Franchement, Juanita de la Mancha, elle les entraîne pour être les dernières de la Ligue ? m'offusquai-je. Les Harpies étaient une équipe en vogue, presque autant que les Faucons, mais à présent…

Ginny grimaça.

- Je ne te le fais pas dire. On pariait sur l'attrapeuse des Harpies pour rejoindre la sélection d'Angleterre lors de la prochaine Coupe du Monde de Quidditch, mais à présent, cela me semble compromis.

Je dressai l'oreille.

- Il y a déjà des discussions pour la prochaine Coupe du Monde ? Je pensais que l'attrapeuse sélectionnée resterait la même.

Ginny secoua la tête, avant de me fixer sévèrement.

- Je remarque que tu ne lis pas assidûment mes articles !

- Je dois reconnaître que ces derniers temps, je lis tout ce qui a trait à l'Histoire pour mes recherches, et à la politique pour comprendre les enjeux des prochaines élections ministérielles. Je ne me préoccupe pas énormément de ce qui se dit sur le monde sportif…

Ginny me rassura d'un sourire – elle n'était pas réellement vexée.

- L'attrapeuse a été blessée lors d'un entraînement hivernal, et il semblerait que la blessure ne se remette pas correctement. Elle est remplacée lors du prochain match par sa suppléante, et les rumeurs laissent entendre que sa retraite sportive va être plus rapide que prévu. Bon, après, tu sais ce que je pense des rumeurs…

Je hochai la tête.

- Mais alors, qui pourrait être sélectionné ?

- L'ancien attrapeur des Faucons, me dit Ginny avec un sourire.

Je mis quelques secondes avant de réaliser ce qu'elle venait de me dire.

- Jay ?! Sérieusement ?!

- Oui… et non. L'équipe d'Angleterre a toujours voulu sélectionner des joueurs qui étaient dans la Ligue du Royaume-Uni, pour plus de simplicité, et par esprit chauvin, j'imagine. Cela dit, ne pas sélectionner Jason, ce serait presque une énormité. L'Australie se dit intéressée pour lui fournir un passeport sportif, afin qu'il rejoigne leur sélection…

Ébahie, je restai bouche bée. Jason Seek, l'attrapeur que j'avais choisi pour l'équipe de Quidditch de Serdaigle, était plébiscité par deux équipes nationales, dont l'une qui n'était pas son propre pays, et qui était prête à faire de lourdes démarches administratives pour le recruter ?

Je n'en revenais pas.

Non pas que je doutais encore de son talent. Mais tout de même…

- Ce ne sont que des rumeurs pour le moment, et encore une fois, insista Ginny, tu sais ce que je pense des rumeurs. Mais il est vrai que lorsque l'on regarde attentivement les résultats de Jason, il est celui qui a les résultats les plus stables, pour le moment. Son début de parcours chez les Foudroyeurs de Thundelarra est aussi bon qu'on pouvait s'y attendre, et son sérieux n'est plus à démontrer.

- Est-ce que tu es réellement impartiale avec lui ? demandai-je en retenant un sourire moqueur.

Ginny haussa les sourcils.

- Personne ne peut être impartial avec Jason Seek. Mais si tu entendais ce qui se dit sur lui dans les tribunes réservées aux journalistes sportifs, tu te rendrais compte que je suis la plus impartiale de tous.

J'éclatai de rire. Nos plats arrivèrent à ce moment, et pendant quelques minutes, nous restâmes silencieuses. Je réfléchis à ce que Ginny venait de m'apprendre sur le futur professionnel de Jason, et réalisai soudainement qu'elle n'avait pas mentionné une seule fois Lily. C'était assez surprenant pour que cela m'intrigue. Si Jason était plus qu'apprécié par sa belle-mère, ce n'était pas pour autant qu'elle aurait oublié de parler de sa propre fille et de me donner de ses nouvelles.

Je fronçai les sourcils en réfléchissant à ce que cela pouvait signifier, mais avant que je n'aie le temps de formuler mes doutes, Ginny me pressa la main pour que je me concentre sur elle.

- Oui ? demandai-je en ayant du mal à sortir de mes pensées.

- James m'a parlé du mariage de Chuck.

- Oh.

Je ne savais pas ce que cela signifiait réellement, mais Ginny voulait de toute évidence aborder ce sujet. Elle prit un air sérieux qui me fit presque craindre le pire.

- Je veux simplement te donner un conseil, me rassura-t-elle.

- Lequel ?

- Si des personnes commencent à te questionner sur ton amitié avec Chuck de manière trop sympathique… Méfie-toi, me dit-elle.

- Mais encore ?

- Disons qu'encore une fois, j'essaie de ne pas écouter les rumeurs. Mais ces derniers temps, les rumeurs prennent les initiales A. H. et apparaissent régulièrement dans divers journaux sorciers.

- Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Ginny, lui avouai-je.

Mon ex belle-mère m'avait habituée à plus de clarté. Elle soupira profondément.

- Cela fait quelques mois que nous apercevons des entrefilets, dans les journaux, signés « A. H. » et qui déterrent des secrets enfouis depuis longtemps, et qui se mêlent un peu trop des histoires de chacun. Personne ne sait réellement de qui il s'agit, mais pour le moment, les rumeurs se sont toujours avérées être vraies.

- Ah ? demandai-je faiblement.

- Cette personne, A. H., est la première à avoir révélé dans les journaux que tu allais être libérée, et sous quelles conditions, me révéla Ginny.

Je haussai un sourcil.

- Il y aurait une taupe au ministère de la Magie ?

Elle secoua la tête.

- Cette personne sait aussi des choses sur des personnes qui ne dépendent pas du ministère de la Magie.

- Comme qui ?

- Comme ma fille, me dit tranquillement Ginny. Certaines affaires professionnelles de Lily, censées être privées, ont été publiées dans les journaux. Rien de grave, mais cela pose question. Alors, méfie-toi des questions qu'on peut te poser dans les prochaines semaines.

Je pris le conseil pour ce qu'il était : un conseil et une invitation à la prudence. Ginny ne m'aurait pas prévenue à demi-mots si elle avait pu avoir plus d'informations à me donner.

- Mais parlons de quelque chose de plus joyeux, me dit-elle en retrouvant son sourire. Comment ça se passe, dans ton travail ?

Je haussai les épaules.

- Eh bien… Ça se passe.

- C'est tout ? s'étonna-t-elle.

Je pris une profonde inspiration.

- J'ai l'impression que mon responsable va bientôt partir à la retraite, mais qu'il n'ose pas me le dire, avouai-je.

Je jouai avec la nourriture dans mon assiette, essayant d'organiser mes pensées.

- Il approche de l'âge de la retraite, je le savais, bien sûr, mais… cela m'embête qu'il ne m'en parle pas. Et qu'il fasse comme si tout allait bien, également. Il pourrait me dire qu'il compte partir, je ne vais pas lui sauter à la gorge s'il m'annonce prendre sa retraite ! bougonnai-je.

- C'est vraiment ce qui t'ennuie ? s'enquit Ginny.

Je soupirai.

- Non, bien sûr que non, soufflai-je. Ce qui m'embête, c'est que, même s'il semble avoir un peu peur de mon passé d'Invisible, il me laisse tout de même relativement tranquille, ce qui ne sera pas forcément le cas de son remplaçant.

Ginny eut un sourire indulgent.

- S'il part bien. Tu n'as aucune certitude, actuellement.

Je fis une moue peu convaincue. J'étais presque certaine que j'allais bientôt avoir un nouveau responsable, et j'avais peur que ce nouveau changement, dans ma vie, ne me convienne pas.

Ginny jeta un regard à sa montre.

- Ne te prends pas la tête pour cela pour le moment, me suggéra-t-elle. Profitons plutôt de ce repas. Je ne pense pas que ce soit bon pour toi que tu réfléchisses trop aux conséquences éventuelles d'un départ hypothétique…

Je souris faiblement. Elle avait raison, bien entendu. J'avais déjà trop à penser, je n'allais pas m'ajouter de faux problèmes.

Un problème auquel j'allais devoir m'atteler, en revanche, c'était le silence de Mélina. Je voulais savoir pourquoi elle faisait autant de mystères sur sa vie, ces derniers temps.

.

.

.

- Et tu dis qu'elle n'a pas voulu t'en parler ?

- Non ! m'énervai-je. Impossible de lui tirer les Botrucs du nez. J'ai tout essayé, le temps qu'on rejoigne la zone de transplanage, mais elle n'arrêtait pas de changer de sujet. J'ai demandé à tout le monde de notre entourage. Chuck et Lola, Roxanne et Fred, j'ai même demandé à Murray McGonagall !

Mon ton exaspéré n'échappa pas à Stiles, qui éclata de rire avant de me resservir un verre de vin de Gobelins. Ce n'était pas mon alcool favori, mais Stiles ne buvait que très peu d'alcool, et n'avait définitivement pas de whisky Pur Feu qui traînait dans ses placards, à mon grand désarroi. Et comme je trouvais malpoli de rentrer chez moi chercher une bouteille rien que pour moi, et de venir la boire chez lui, j'avais préféré accepter de boire les mêmes alcools que lui.

- Murray McGonagall… Par Merlin, ce gars a toujours été un peu étrange !

Je haussai les épaules. Je n'étais pas certaine que le mot étrange corresponde totalement à la personnalité de Murray, mais il était certain qu'il ne se comportait pas comme tout le monde – il savait qu'il appartenait à une famille célèbre, et il jouait sur cet atout dans son quotidien.

- Enfin… Je me demande quand même si Murray ne m'a pas menti. James m'a dit que Murray était étrange en ce moment également, alors on s'est demandé s'ils n'avaient pas une histoire tous les deux, mais connaissant Murray, il s'en serait déjà vanté auprès de tout le monde, donc c'est peu probable… Mais c'est agaçant tout de même ! rageai-je.

- Tu en as discuté avec Potter ? s'étonna Stiles.

Son ton était bien plus froid que lors du début de notre conversation.

- Euh… Oui, dis-je, me sentant gênée sans trop comprendre pourquoi. On a mangé ensemble dans la semaine, on en a profité pour parler du match, puis de l'attitude de Mélina… Enfin, c'est normal, elle fait partie de nos amis communs.

- Oui, oui, bien sûr…

Un silence s'installa entre nous, et l'attitude peu amène de Stiles alourdit l'ambiance. Je me mis à réfléchir rapidement.

Dès lors que j'avais mentionné James, Stiles s'était renfermé. Je me retins de justesse de pousser un profond soupir, même si l'envie m'en démangeait fortement. Je n'avais pas besoin d'être une experte en sentiments pour comprendre ce que ce silence voulait dire.

Stiles semblait à nouveau s'intéresser à moi.

Ce dont j'aurais déjà dû me douter, j'imaginais, étant donné qu'il n'avait eu de cesse de m'inviter chaque soir après nos journées respectives de travail. Tout comme j'aurais dû m'en douter à partir du moment où il avait voulu savoir si James et moi avions bel et bien rompu.

J'étais flattée, dans un sens, cela allait de soi. Mais est-ce que j'avais autre chose en tête concernant Stiles ? Je n'en étais pas certaine. Après tout, je n'avais de cesse de garder un lien avec James, en déjeunant avec lui, en parlant de nos proches, discutant de nos souvenirs. Même si je sentais toujours une résistance du côté de James, j'essayais de comprendre cette distance qu'il mettait entre nous, comprendre à quoi elle était due, afin de réussir à l'abolir.

D'un autre côté, Stiles était une personne qui ne me jugeait pas – tout du moins ne me donnait-il pas cette impression. Il n'avait jamais, à aucun moment, cherché à me mettre face à mes torts en tant qu'Invisible. Il n'avait jamais critiqué mes décisions, il ne m'en voulait pas pour mes faiblesses qui me faisaient regretter, parfois, le temps des Invisibles. Alors, peut-être qu'il refusait d'affronter la réalité de mon passé, je n'en savais rien. Mais j'avais aussi cette douceur lors de nos échanges, ce confort où le monde des Invisibles ne venait pas gâcher mes moments de joie. J'avais cette possibilité de ne pas affronter mes erreurs, ne pas me confronter à ce que toute la communauté sorcière, ou presque, me reprochait.

Je décidai de dissiper le malaise.

- Enfin, on se voit surtout pour discuter du mariage de Chuck. Comme nous sommes tous les deux témoins, nous sommes obligés de nous voir pour avancer sur certains aspects de la cérémonie. Pour être honnête, James n'était vraiment pas ravi que Chuck me demande d'être témoin, finalement. Il accepte la situation car refuser quoi que ce soit à Chuck est presque impossible, mais j'imagine qu'il a hâte que le mariage soit passé, afin qu'on ait moins de temps à passer ensemble.

Je n'aurais pas cru que ce petit mensonge, tout simple, allait autant apaiser Stiles. Son air se réjouit, son sourire revint, ses yeux s'illuminèrent.

Et il ne mentionna plus James.

- Oui, j'ai appris que Chuck se mariait ! C'est fou, tout de même, il aurait pu faire cela avant d'avoir sa fille…

- Oh, tu sais, les conventions et Chuck, ça n'a jamais fait bon ménage, me moquai-je.

- Quand même… Je pense à l'enfant, plus tard, une fois à Poudlard. Tu imagines si cela devait se savoir ?

- Franchement, en toute honnêteté, je pense vraiment que les enfants n'en ont rien à faire, protestai-je. Et puis, les conventions, à Poudlard… Regarde, j'étais orpheline, ça ne m'a pas empêché d'avoir des amis, et personne ne m'a jamais regardé étrangement !

- Oui, enfin, ce sont deux cas totalement différents, grommela Stiles. Personnellement, je ne m'imagine pas faire comme Chuck. Tu te souviens de Liam ?

- Ce serait difficile de l'oublier, dis-je d'une voix assez basse pour que Stiles ne m'entende pas.

- Eh bien, poursuivit-il, il s'est marié puis il a eu son enfant.

- Grand bien lui fasse, dis-je distraitement.

Je venais de réaliser ce que Stiles laissait sous-entendre, en disant que lui ferait les choses dans l'ordre.

Un mariage.

Puis des enfants.

Il avait déjà une idée toute tracée de ce que son futur serait.

Il ne pouvait pas s'intéresser à moi, dès lors qu'il voulait des enfants.

Car il y aurait forcément une incompatibilité, à un moment.

Je me levai doucement après avoir jeté un coup d'œil à ma montre.

- Je dois impérativement rentrer, demain je dois partir tôt pour vérifier quelques détails au British Museum, dis-je à Stiles. Merci pour les verres.

- Tu réussiras à retrouver ton chemin ? plaisanta-t-il.

Je lui adressai un clin d'œil.

- La première porte à droite en sortant, c'est bien ça ?

Il éclata de rire alors que je refermais la porte derrière moi, et que j'entrais dans mon appartement.

C'est alors que j'entendis les grattements.

- C'est pas vrai..., gémis-je.

Fléreur était déjà à mes pieds, feulant, les poils hérissés. L'horloge prit la peine de m'informer que ce que je craignais était bien en train de se produire.

- Eh oui. On dirait bien qu'un nouvel Épouvantard est venu s'installer à la maison.

Je bougonnai. J'avais rangé, dans la penderie de mon appartement, les dossiers et artefacts dont j'allais avoir besoin le lendemain au British Museum, me disant que les mettre avec mes vestes et mes sacs m'assurait de ne pas les oublier. Je ne pouvais pas retarder ce rendez-vous, nous avions déjà dû le repousser un mois plus tôt, du fait d'une visite scolaire de l'école de Ouagadougouqui s'était rajoutée au programme du British Museum.

Nous devions nous voir, avec le responsable des artefacts magiques, pour discuter du travail déjà fait jusqu'à présent – et je comptais bien négocier une augmentation de salaire, parce que j'étais payée une misère pour le travail que j'abattais. Je me demandais également s'il allait me parler de ce que je pressentais, à savoir qu'il allait bientôt partir à la retraite.

Sauf que si je ne pouvais entrer dans la pièce où se trouvait ce dont j'avais besoin, j'allais avoir un sacré problème.

Il était trop tard pour que j'envoie un hibou au ministère de la Magie, et vu le temps qu'ils avaient pris la fois précédente pour venir s'occuper de mon Épouvantard, je n'étais pas certaine d'avoir envie de recommencer la procédure.

J'aurais volontiers demandé à James, mais je marchais sur des œufs dans notre relation, et n'étais pas certaine qu'il allait accepter de me rendre ce service.

Stiles s'était proposé, n'est-ce pas ? Il était juste à côté, et ne devait pas encore s'être couché.

J'hésitai un bref instant, sachant par avance que, si je lui demandais ce service, il se considérerait certainement comme une personne ressource dans ma vie. Mais, après tout, Mélina m'avait encouragée à laisser entrer d'autres personnes dans ma vie, et Margaret Royalmind, ma Psychomage, estimait qu'il était une bonne chose également que je laisse de nouvelles personnes partager des moments de mon quotidien, plutôt que de ressasser toutes mes vieilles amitiés.

Je serrai les dents.

Je détestais me sentir aussi faible magiquement, mais je n'avais pas d'autres solutions. Si jamais j'exerçais la moindre magie qui n'entrait pas dans le cadre légal qui m'était imposé, j'étais certaine d'être encore plus brimée, et que je ne pourrais jamais retrouver un niveau magique décent.

La mort dans l'âme, je ressortis de mon appartement, et partis frapper à la porte de Stiles, qui se fit un plaisir d'accepter ma requête, avec beaucoup d'empressement, au vu de la simple demande que je lui faisais.

De toute évidence, il était très heureux que je lui demande ce service.


Lumos

Bien le bonjour par ici ! Comment allez-vous ? J'espère que vous profitez du soleil, s'il y en a par chez vous. Bon, maintenant qu'on a fait l'introduction d'usage, parlons un peu de ce chapitre.
Qui est content(e) d'avoir une mention à Jason Seek ? (Je lève la main, évidemment, mais dans mon cas, c'est de la triche, j'ai inventé ce personnage, je peux le mentionner quand je veux) C'était un peu un chapitre autour du Quidditch, d'ailleurs, non ? Pas tant que ça, mais un peu, quand même.
Que vous dire de plus ? Oh, bien sûr, je vous rappelle que je ne suis toujours pas psy, donc appréciez ou non les séances avec Margaret Royalmind, mais ne les prenez pas pour de vraies séances :)
Au prochain chapitre, nous verrons… beaucoup de monde ! Une soirée avec Paige, Mélina et Roxanne va avoir lieu, Astrid va croiser James à plusieurs reprises, et elle va avoir une sacrée conversation avec Harry.
Bien sûr, l'horloge fera toujours son apparition, Stiles sera toujours le voisin de palier d'Astrid et Margaret Royalmind agacera toujours autant Astrid, sinon, ça ne serait pas drôle.
Sur ce, j'ai beau être confinée-mais-en-fait-non-mais-bougez-pas-trop-quand-même, j'ai plein de choses à faire, alors, je vous abandonne !
Oh, pardon, j'allais oublier le plus important.
Merci à toutes et à tous pour vos reviews, et merci beaucoup à DelfineNotPadfoot pour ses corrections sur mes chapitres qui devraient être plus courts pour lui donner moins de travail quand même.

Nox