Mars 2032 – Partie II


Je me redressai en sursaut dans mon lit.

En sueur, des larmes séchées le long de mes joues, je posai une main sur ma poitrine, et pris une profonde inspiration, à l'instant même où une douleur me déchira le bas-ventre. Je me pliai en deux, la nausée m'empêchant de réaliser pleinement que tout allait bien – aussi bien que cela pouvait aller dans une situation aussi désespérée que celle dans laquelle je m'étais replongée.

Après le départ en fanfare de James, j'étais entrée dans un état second. Incapable de vraiment réaliser dans quelle réalité je me trouvais, j'avais lancé dans ma cheminée toutes les plantes et tous les ingrédients que je possédais, afin d'être certaine de ne pas céder à la tentation de partir à la recherche de Cassy avec les quelques ingrédients que je possédais. J'avais mis sous les verrous mon sac à dos, j'avais rangé toutes les notes que j'avais encore sur les Invisibles ou les Rapaces Nocturnes, j'avais même envoyé un hibou au British Museum pour leur expliquer que je ne reprendrais le travail sur les artefacts des affaires des Invisibles que le mois prochain. Je n'étais pas en état de m'occuper de ceux-ci pour le moment.

Et ensuite, j'étais partie courir. Longtemps, assez longtemps pour que j'arrive à oublier ce que j'avais été sur le point de faire. À chaque fois que je me sentais à bout de forces, je m'arrêtais. Et puis, je repartais. Encore, et encore.

Je n'étais rentrée que lorsque j'avais compris que j'allais finir par me blesser – et si je me blessais, comment pourrais-je aller courir pour évacuer ma frustration ?

En rentrant, j'avais réalisé que je n'avais plus de quoi préparer la potion que Paige m'avait confiée. J'aurais pu lui demander de m'en confectionner une fiole, j'aurais pu aller faire les boutiques pour avoir le matériel nécessaire.

J'avais préféré me morfondre, et laisser mes vieilles douleurs reprendre le dessus.

Elles n'étaient pas les seules à avoir resurgi. Alors que mes nuits s'étaient tout de même apaisées, alors que j'avais su calmer mes angoisses, apaiser mes troubles, et ainsi retrouver des nuits presque sereines, qui s'achevaient de moins en moins tôt, tout s'était mélangé dans mon esprit. Et une nouvelle fois, je m'étais mise à me réveiller, après des cauchemars sur les Invisibles. La mort de Camille, mes propres blessures, Cole, Dylan…

Tout était revenu, en plus puissant qu'auparavant. Alors que j'avais eu la sensation de commencer à grimper une pente encourageante, je la dévalai à nouveau, descendant chaque minute un peu plus bas, m'approchant d'un point de non-retour.

Alors que j'avais cru être débarrassée de mes douleurs, elles revenaient chaque jour, me rappelant pourquoi je les avais haïes – et aussi à quel point les Rapaces Nocturnes avaient cherché à me punir.

Alors que je pensais que j'avais accepté la mort de Camille, je me sentais de plus en plus coupable d'avoir été la cause des recherches de Dylan, menant Camille à cet affrontement final – et pour lequel il n'avait toujours pas eu l'enterrement qu'il méritait en tant qu'Invisible tombé au combat.

Alors que j'étais persuadée que je n'avais plus de problèmes avec les anciennes affaires des Invisibles, je refusais de me pencher dessus, de peur des troubles supplémentaires qu'elles pouvaient m'apporter – et de prendre une décision stupide, comme celle de partir à la recherche de Cassy.

Je repoussai difficilement ma couverture et mes draps, me levai en boitant sous l'effet de la douleur, et me dirigeai vers ma cuisine, tremblante.

- T'as l'air en super forme…

- Je t'ai pas sonnée, marmonnai-je à l'attention de l'horloge.

Elle ne se gênait pas, depuis le passage de James, pour se montrer plus désagréable que jamais, et ironiser à chacune de ses phrases. Je ne me gênais pas, de mon côté, pour l'envoyer paître à chacune de ses interventions.

- T'aurais pas dû te débarrasser des ingrédients de potions !

- Ouais, c'est ça, ouais…

Je pris une profonde inspiration, et traversai mon appartement difficilement. J'imaginais que, soit la magie noire se réveillait plus fortement après avoir été mise en sommeil pendant un temps, soit mes cauchemars me rendaient plus sensibles à cette douleur, soit mon corps cherchait à me faire passer un message quelconque.

Sûrement celui qu'il fallait que je me ressaisisse. Sauf que je n'en avais pas envie.

Fléreur vint se frotter à mes jambes, attendant que je le nourrisse. Il était loin, le temps où il se débrouillait seul pour se nourrir, lorsqu'il vivait dans l'immeuble des Invisibles.

Un hibou attendait à la fenêtre de la cuisine. Je soupirai, et ouvris la fenêtre pour que Fancy vienne dans mon appartement.

Je détachai la lettre accrochée à sa patte, sachant par avance que je ne la lirais pas, et que je n'y répondrais pas. Harry tentait par tous les moyens de nouer un contact avec moi depuis mon passage chez les Potter, et je faisais tout pour l'éviter. Je ne sortais que pour les courses les plus nécessaires, car je craignais trop qu'il m'attende en bas de mon immeuble pour me forcer à discuter avec lui.

J'avais également reçu des lettres de Ginny, et si j'avais pris la peine de les lire, je n'avais, en revanche, pas pris la peine d'y répondre. Je refusais de nouer le contact avec elle, pas tant que Harry ne revenait pas sur sa décision stupide de chasser les Rapaces Nocturnes.

Bien sûr, je me faisais aussi du souci pour Cassy. Elle partait à la recherche de plus de dix Rapaces Nocturnes. Une Invisible contre un Rapace Nocturne, c'était un combat égal. Une Invisible contre deux Rapaces Nocturnes était un combat plus inégal, mais l'intelligence de Cassy pouvait la sortir de ce mauvais pas. Elle avait déjà été se battre contre trois Rapaces Nocturnes en même temps, et si elle avait fini dans un piteux état à la fin de la rencontre, elle était restée vivante, ce dont peu d'Invisibles pouvaient se vanter.

Mais si jamais tous les Rapaces Nocturnes encore en liberté décidaient de se rassembler et de l'affronter, en revanche, elle n'allait pas s'en sortir.

En mon fort intérieur, je savais que vouloir la rejoindre était ridicule. J'allais encore perdre beaucoup, si jamais je me lançais à sa poursuite. Mais j'avais la sensation que je n'étais pas à ma place, en restant ici, à attendre, certainement, l'annonce de sa mort.

Toutefois, je ne savais pas où était ma place.

Certainement pas ici.

Mais pas non plus aux côtés de Cassy, je le comprenais peu à peu. Cassy était une Invisible, une pure et dure. Je l'avais été, c'était certain. Mais j'avais également apprécié ne plus en être une. J'avais apprécié retrouver une vie presque normale.

J'inspirai profondément.

Il allait falloir que je sorte, que j'aille faire des courses, que je croise du monde, mais je ne me sentais pas la force d'affronter les regards des sorciers qui me dévisageaient.

Je n'avais pas réalisé la chance que j'avais d'être en compagnie de James, ces dernières années. Chaque fois que je sortais, les sorciers me dévisageaient, mais pas longtemps, car il était socialement admis que, si j'étais proche d'un Potter, je pouvais être acceptée.

Pas pardonnée, non, certainement pas.

Mais au moins, on ne changeait pas de trottoir immédiatement après m'avoir reconnue.

Je pourrais peut-être demander à Mélina de faire des courses pour moi.

Toutefois, Mélina me paraissait de plus en plus insaisissable, ces derniers jours, répondant à peine à mes lettres – et comme je n'étais moi-même pas au mieux de ma forme, je ne m'inquiétais pas outre-mesure de son silence.

Oh, par Merlin, je sombrais de plus en plus.

Mon crâne, à présent, était la partie de mon corps qui me faisait le plus mal. Le manque de sommeil y était pour beaucoup, je le savais. Je jetai un bref coup d'œil à mon calendrier. Une séance avec Margaret Royalmind approchait, mais pas assez vite à mon goût. Comment est-ce que j'allais pouvoir extérioriser tout ce mal-être avant de la revoir ?

Je retournai dans mon salon, agitée, après avoir fait repartir Fancy, qui avait bien tenté de rester plus longtemps – on lui avait sans doute demandé de ne revenir qu'avec une réponse.

- Tu comptes travailler, aujourd'hui, ou tu vas encore te la couler douce ?

- Mais tu vas la fermer ? T'es pas ma mère ! sifflai-je à l'horloge.

Au moment où je disais cela, je réalisai l'impact que cette simple phrase avait sur moi.

L'horloge n'était pas ma mère.

Je n'avais pas de mère.

De manière générale, je n'avais pas de famille.

Et les Potter, qui m'avaient accueillie dans la leur, n'étaient en ce moment pas des personnes sur lesquelles je pouvais compter.

Je me laissai tomber dans un fauteuil, lassée par cette journée qui avait à peine débuté.

Si tous les jours devaient ressembler à cela, j'allais avoir de grandes difficultés à tenir ce rythme longtemps. J'étais déjà épuisée.

.

.

.

La tête basse, les cheveux défaits, les traits tirés, je savais que j'avais une tête aussi agréable à observer qu'après ma confrontation avec les deux hommes de Cole, juste avant la chute des Invisibles, ou à mes sorties d'Azkaban. Mais je n'avais pas eu envie de faire des efforts, aujourd'hui. Je n'avais envie de rien, étonnamment.

Ou peut-être que ce n'était pas si étonnant que cela – c'est en tout cas ce qu'avait l'air de penser Margaret Royalmind.

Ses foutues cartes battaient la cadence de notre séance, dans laquelle je parlais peu, finalement. Les objets sur les étagères s'agitaient mollement, paraissaient bien plus fragiles que jamais, comme sur le point de se rompre. La fenêtre laissait apercevoir un paysage désolé, aride, qui n'incitait pas à la joie.

- Donc, j'imagine que vous ne dormez plus, une nouvelle fois ?

J'acquiesçai simplement.

- Et vous avez à nouveau des cauchemars. Ou, plutôt, vous revivez des événements traumatiques de votre vie chez les Invisibles.

Bref acquiescement. Je n'avais pas la force de beaucoup plus.

- Douleurs revenues…

- Parce que j'ai jeté tous les ingrédients qui me permettaient de faire la potion, articulai-je d'une faible voix.

- Tiens, vous parlez encore… Peut-être que vous avez tout jeté, mais vous n'avez pas pris la peine d'aller vous approvisionner.

Je haussai simplement les épaules, incapable de formuler le fond de ma pensée de manière cohérente.

- Nous en avions parlé, Astrid, je ne sais pas si vous vous en souvenez…

- Parlé de quoi ? soupirai-je.

- De la rechute possible.

- Ce n'est pas une rechute…

- Vous étiez prête à repartir sur la trace des Rapaces Nocturnes.

- Ce n'est pas certain. Je n'ai pas eu le temps de mettre mon plan à l'action …

- Oh, voilez-vous la face si vous le souhaitez, mais moi, je n'ai pas le temps pour tourner autour du pot de mandragore ! Vous étiez prête à repartir, et cela se comprend.

J'étais surprise de ne pas entendre de jugement de la part de Margaret Royalmind, avant de me rappeler qu'elle n'était pas là pour me juger, mais plutôt pour m'aider à démêler les pensées qui encombraient mon cerveau.

- Les Rapaces Nocturnes vous ont pris beaucoup de choses, et ils étaient sur le point de vous prendre une autre personne, une personne qui se rapproche de ce qui vous reste de famille. Il est normal que vous ayez voulu tourner le dos à ce semblant de famille. Et une fois que vous n'aviez plus rien à perdre… pourquoi ne pas redevenir une Invisible ? Après tout, les Invisibles se définissent comme des personnes qui n'ont rien à perdre. Et vous vous rapprochiez de ne plus rien avoir à perdre…

Je soupirai, et fermai les yeux. Mon crâne était incroyable – sept jours d'affilée à me donner la migraine, c'était un record. Je me massai les tempes, malgré l'inutilité de ce geste.

- Mais vous ne l'avez pas fait, car votre ex petit ami est passé vous voir.

- Oui, confirmai-je d'une voix sourde.

- Et peut-être aussi que vous réalisiez que cette décision n'était pas celle qui vous ferait le plus de bien ?

Je hochai la tête. Bien sûr, avant que James ne déboule, je comprenais déjà que j'étais en train de faire une bêtise, d'agir de manière stupide.

Mais cela me faisait du bien d'entendre cette vérité sortir de la bouche d'une autre personne.

- Vous n'avez pas repris contact avec votre ex beau-père, n'est-ce pas ?

Je secouai la tête. Je n'avais pas envie de discuter avec Harry, et je doutais que, de toute façon, notre discussion soit productive.

- Et avec votre ex belle-mère ?

- Non plus, grommelai-je.

Je craignais trop que Ginny ne cherche à me mener dans une embuscade et que, si j'acceptais de lui parler, Harry ne déboule subitement pour discuter également.

Je n'avais pas envie de voir Harry. Je ne comprenais pas qu'il puisse faire cela à sa famille – ni même me faire cela.

C'était égoïste. C'était tout ce qui m'avait été reproché, depuis des mois, des années. Et lui, sous prétexte qu'il avait sauvé la communauté sorcière une fois, il se permettait de reprendre le flambeau des Invisibles ?

Bien sûr, il n'userait pas des mêmes méthodes que nous.

Mais même.

Agir égoïstement, partir sur les traces des Rapaces Nocturnes, vouloir tenter de les arrêter – je ne me faisais pas d'illusions, il n'y arriverait pas – et tout cela avec la bénédiction de la ministre de la Magie…

En fait, j'étais dégoûtée que cela se passe aussi bien pour lui, alors que, pour moi, cela aurait mené à une crise politique et au lynchage public.

- Bien. Je doute qu'il soit nécessaire que nous revenions plus longtemps sur ce point, pour le moment. Vous n'êtes pas en état de l'aborder, me dit Margaret Royalmind. Mais j'aimerais que nous revenions sur autre chose…

- Ah ? demandai-je d'une faible voix.

- En début de mois, vous m'aviez dit avoir arrangé un rendez-vous avec votre ancienne batteuse…

Elle fouilla dans ses notes quand elle constata que je ne prévoyais pas de lui donner le prénom qu'elle recherchait.

- Léana Raven. Votre rendez-vous est pour bientôt, n'est-ce pas ?

- Oui, confirmai-je. Dans moins d'une semaine.

J'étais curieuse, et un peu anxieuse, de vivre cette rencontre. Comment Léana Raven avait-elle évolué, depuis toutes ces années ? J'avais eu quelques nouvelles par Jason, mais assez peu, finalement.

- Je pense que vous devriez annuler.

- Quoi ? Non ! m'offusquai-je. Je ne peux pas…

- J'ai dit que je pensais que vous devriez annuler, m'interrompit Margaret Royalmind. Je doute que d'ici une semaine, vous soyez assez en forme pour subir les reproches éventuels qui vous seront faits lors de cet entretien. Il n'y aura pas que Léana Raven, qui plus est, n'est-ce pas ?

Je hochai la tête. Apparemment, Liz Vanberg, la dernière poursuiveuse que j'avais recrutée, et Ryan Faucett, le capitaine qui avait remplacé Jason, seraient également là. Et Léana m'avait dit que Pete Harrison, avec qui elle avait commencé à jouer en tant que batteuse, souhaitait également être présent.

- Au vu de votre manque flagrant de sommeil, sans compter le fait que vous faites des cauchemars et risquez sous peu d'être en proie à des hallucinations, je dois vous déconseiller cette rencontre, qui risque d'être plus négative que bénéfique pour vous.

- Je ne me vois pas annuler, dis-je simplement.

- Et est-ce que vous vous voyez aller à cette rencontre ? rétorqua sèchement Margaret Royalmind.

Je me tus, incapable de répondre quoi que ce soit à cette question. Il y avait tant de choses que je ne savais pas, sur ce que j'étais capable ou non d'endurer. Un an auparavant, j'étais capable de tout – du moins le croyais-je. Il avait suffi que Camille débarque et m'annonce la mort de Darren pour que je parte soudainement.

Aujourd'hui, je ne me croyais capable de rien du tout. J'étais affaiblie, j'avais perdu des repères, j'avais l'impression que personne ne pouvait réellement me comprendre – ou ne voulait réellement me comprendre.

Je rouvris finalement les yeux. Margaret Royalmind me fixait toujours, ses cartes battant le rythme avec une régularité magique.

- Vous allez vivre des temps troublés, Astrid. Vos nuits ne vont pas s'apaiser soudainement, et vous risquez de faire de nouveaux cauchemars.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre.

- Je vous propose que nous travaillions, pour le temps restant, sur des méthodes qui vous permettront de reprendre rapidement pied avec la réalité, après un cauchemar, afin de vous calmer. Nous allons également réfléchir à des exercices de respiration à faire avant d'aller vous coucher, afin que vous soyez apaisée au maximum, et évitiez ainsi que trop de cauchemars ne viennent hanter vos nuits. Cela vous convient ?

Je hochai la tête imperceptiblement. J'acceptais tout ce qu'elle proposait, de toute manière. Je n'étais qu'une marionnette vide.

Les Rapaces Nocturnes m'avaient presque tout pris, et à présent qu'ils étaient sur le point de prendre également Harry, je n'avais plus envie de me battre.

J'avais juste envie de me laisser porter.

.

.

.

Je n'étais pas certaine de ce qui était le pire, finalement, dans ce qui se produisait depuis quelques semaines dans ma vie.

Est-ce que c'était le fait que la part d'Invisible en moi se débatte pour prendre le dessus et pour partir rejoindre Cassy ?

Est-ce que c'était d'avoir tourné le dos aux Potter, et ce que cela provoquait en moi ?

Est-ce que c'était de savoir qu'une nouvelle fois, j'avais perdu James ?

Est-ce que c'était de me sentir vidée, lessivée, complètement perdue, parce que tous mes pires souvenirs remontaient à la surface de mon subconscient ?

Est-ce que c'était cette foutue sensation d'être seule ? Et de l'avoir amplement mérité ? Je ne savais pas. Je ne savais plus.

Je savais seulement que j'avais la sensation de lutter contre un courant trop fort pour moi. Un courant qui me rappelait toutes mes faiblesses, toutes mes erreurs, pour mieux me les renvoyer en pleine figure.

Ce fut les quelques coups frappés à ma porte qui me sortirent de ma léthargie, et m'obligèrent à me lever de mon bureau. Je tentais de travailler depuis ce matin, mais le cœur n'y était pas, et je perdais beaucoup de temps sur l'inventaire d'artefacts – qui n'avaient aucun lien avec les Rapaces Nocturnes, comme j'en avais fait la demande auprès du British Museum – qui n'auraient pas dû m'occuper plus d'une demi-journée.

Je me traînai jusqu'à ma porte d'entrée, Fléreur sur mes talons. Lorsque j'ouvris la porte, je tombai sur Chuck, avec, dans les bras, Alicia. La surprise m'éveilla instantanément.

- Qu'est-ce que tu fais là ? m'étonnai-je.

Il haussa un sourcil, et me dévisagea des pieds à la tête.

- Lola m'a demandé de partir de la maison parce que je tournais en rond et que je l'empêchais de se concentrer sur les dossiers de ses patients.

Je désignai Alicia.

- Et tu es venu chez moi avec ta fille parce que…

Chuck poussa un long soupir.

- En fait, je croyais que c'était le week-end. Donc je voulais te proposer d'aller en promenade avec nous, mais je me suis souvenue que c'était la semaine, et donc que tu dois travailler, donc je me suis dit que j'allais simplement m'imposer chez toi, pour t'ennuyer alors que tu travailles, avec un bébé de même pas six mois, se moqua Chuck.

Je levai les yeux au ciel. Les enchaînements de pensée de cette personne étaient toujours aussi alambiqués.

- Et aussi, Lola m'a dit que tu risquais d'être en pleine rechute, selon ses calculs de Psychomage. Mais aussi selon ses calculs d'amie, car cela fait longtemps que tu n'as pas donné de tes nouvelles.

Je me figeai. À aucun moment je n'avais songé que mes amis pouvaient se rendre compte que j'étais mal en point. Ou, m'étais-je dit qu'ils l'auraient appris par James, et celui-ci ayant quitté mon appartement passablement énervé quelques jours plus tôt, j'étais partie du principe que mes amis ne seraient pas de mon côté.

Sauf que Chuck était sur le pas de ma porte.

- Je peux entrer ?

Je me décalai d'un pas, et il prit aussitôt ses aises chez moi, installant Alicia là où il le pouvait, utilisant divers sortilèges pour qu'elle soit en sécurité, avant de s'installer sur un fauteuil. Je le rejoignis lentement, après avoir salué ma filleule comme il se devait. Une peluche lui murmurait une histoire qui paraissait la captiver – sûrement une méthode comme une autre de la part de ses parents pour l'occuper lorsqu'ils devaient avoir des conversations importantes.

Chuck m'observa longuement, un air songeur sur le visage. Je me sentis mal à l'aise.

- Tu n'as pas l'air d'aller très bien, finit-il par m'annoncer.

Je résistai à l'envie de rire nerveusement. En effet, je ne devais pas avoir l'air en grande forme.

- Il s'est passé quoi ? voulut savoir Chuck.

Je me triturai la peau du poignet gauche, posant mes yeux sur Alicia plutôt que sur mon meilleur ami. Je n'étais pas certaine de pouvoir lui dire ce que j'avais été sur le point de faire : partir rejoindre des Invisibles, partir chasser des Rapaces Nocturnes.

- Tu peux ne pas me le dire, ajouta-t-il doucement.

Ma gorge se serra devant tant de sollicitude et de compréhension. Je n'avais plus l'habitude et, surtout, j'avais l'impression de ne pas avoir le droit à une telle attention de la part de mon ami.

- J'ai failli rechuter, murmurai-je d'une toute petite voix. Je n'ai pas envie d'entrer plus dans les détails, mais… J'ai vraiment failli le faire, Chuck. Et c'était horrible. Parce que d'un côté, j'ai apprécié l'idée de tout laisser derrière moi, mais depuis que j'ai pris la décision de ne pas le faire, je me sens minable…

Il se rapprocha de moi, passa un bras autour de mes épaules. Pour une fois, j'acceptai le contact sans même me sentir légèrement nerveuse. J'avais besoin qu'on me soutienne, et j'avais besoin que cela passe par un contact physique. Si, de plus, ce contact provenait de Chuck, cela me convenait encore plus.

- Et James était là, juste au moment où j'étais prête à flancher, dis-je dans un filet de voix.

Chuck ne dit rien à cette dernière phrase. Il serra simplement son bras un peu plus fort autour de mes épaules, et je réalisai à quel point j'avais besoin d'un tel soutien, et à quel point j'avais de la chance de l'avoir encore dans ma vie, malgré mes nombreuses erreurs de parcours. Chuck et moi avions été là l'un pour l'autre lors de notre adolescence, et nous n'avions plus besoin de mots pour nous comprendre, même après les Invisibles.

C'est pour cela que dans son étreinte, j'entendis clairement ses mots : « On avait prévenu James que c'était trop tôt. Et je serai là pour toi, parce que t'es celle qui a le plus besoin de moi, actuellement. »

Tout comme lui entendit dans mon silence les remerciements que j'avais tant de mal à prononcer, les excuses qu'il méritait et que je ne savais pas formuler, le besoin que j'avais de l'avoir encore dans ma vie.

Je ne sais pas combien de temps nous restâmes ainsi, mais lorsque je me redressai finalement, je me sentis mieux, et je ris nerveusement de m'être tant laissée aller. Chuck ne dit rien, me laissant reprendre mes esprits. Je finis par désigner Alicia.

- Elle ne dit rien, quand vous ne vous occupez pas d'elle ?

Alicia était en train de s'endormir, ses peluches se lovant petit à petit contre elle, pour la rassurer, certainement. Fléreur, qui n'avait jamais connu d'enfants aussi jeunes, en tout cas à ma connaissance, l'observait de loin, oscillant entre la curiosité et la méfiance.

- Elle sait quand elle doit laisser ses parents tranquilles pour qu'ils aient de grandes conversations avec leurs amis, dit simplement Chuck. Et puis, elle apprécie ton appartement, ce qui est une bonne chose, pour qu'elle soit à l'aise lorsque tu la garderas ici.

Je le remerciai d'un sourire de toujours me faire confiance pour garder sa fille – tous les sorciers n'auraient pas forcément eu la même facilité à me confier leurs enfants.

- Tu te sens mieux ? voulut savoir Chuck.

- Un petit peu, avouai-je. Ce n'est pas encore l'idéal, mais…

Je haussai les épaules, quelque peu gênée à l'idée de terminer cette phrase. J'éprouvais une certaine pudeur à exposer mes pensées les plus profondes à Chuck. Il ne parut pas être vexé de mon silence, et il regarda le bureau que j'avais quitté pour lui ouvrir la porte de mon appartement.

- Sur quoi est-ce que tu travailles en ce moment ?

- Sur les armes d'un sorcier viking. Mais je suis presque certaine qu'il manque des pièces à son attirail, et que les archéomages n'ont pas correctement fouillé le site, grommelai-je. Les sorciers vikings étaient connus pour posséder entre cinq et dix amulettes, et celui-ci n'en aurait eu que trois.

- Ah ?

Chuck ne paraissait pas comprendre grand-chose à ce que je lui disais, toutefois, je notai une lueur d'intérêt dans son regard. C'était le genre de petits détails qu'il pouvait utiliser dans un futur roman.

- Et tu penses qu'ils ont été négligents ?

J'acquiesçai.

- Ce ne serait pas la première fois, soupirai-je. Le dernier coffre que j'ai dû cataloguer était ébréché en arrivant ici, et vu les sortilèges apposés dessus, il n'aurait pas dû être dans un tel état… Je les soupçonne d'avoir utilisé des sortilèges normalement interdits pour des fouilles.

Je bouillonnai à l'idée que ce soit bien le cas. De bons archéomages n'auraient jamais pris le risque de détériorer des artefacts d'une telle valeur, mais les équipes qui travaillaient actuellement pour le British Museum semblaient peu précautionneuses. J'avais déjà fait remonter plusieurs irrégularités à mes supérieurs, qui les avaient prises en compte – sans que cela ne change grand-chose, pour le moment. Mon responsable direct était déjà parti à la retraite, et je soupçonnai ceux des autres services d'être trop occupés pour réellement prendre en compte mes courriers.

- Enfin, soupirai-je. Je vais devoir faire avec, car je ne peux pas me déplacer sur les sites de fouilles pour vérifier le travail des archéomages, expliquai-je à Chuck.

- C'est dommage…

Je haussai les épaules. C'était ainsi. Peut-être que la situation changerait d'ici quelques mois ou quelques années, mais pour le moment, j'étais coincée, et devais faire avec les aléas du terrain, sur lesquels je n'avais aucune prise.

- Et toi, est-ce que tu réussis à avancer sur ton prochain roman ? m'enquis-je.

Je n'avais jamais été friande des romans, leur préférant de loin les livres historiques. Mais lorsque j'avais appris que Chuck était devenu écrivain, après la mise en scène de ma mort, j'avais pris sur moi de lire ce qu'il produisait – notamment parce que ses livres m'étaient dédiés, en souvenir à cette amie décédée trop tôt. Il n'avait pas pu changer ses dédicaces, et je m'étais juré de faire l'effort de lire ses romans. Et aussi de m'intéresser à ses romans en préparation.

- Ce n'est pas simple, avoua-t-il. Cela dit, j'ai prévenu ma maison d'édition que je ne serai pas très actif pour le moment. Lola reprend bientôt le travail, et moi, je m'occupe d'Alicia. Mon boulot de parent passe avant mon travail d'écrivain.

Je souris, attendrie et amusée à la fois. Je n'étais pas surprise que Chuck prenne autant à cœur son rôle de père, connaissant son éducation, et l'absence de sa mère qui l'avait meurtri de nombreuses fois.

- En plus, le mariage se rapproche aussi, et je préfère me concentrer sur cela, avant de passer du temps à écrire. En bref, ce n'est pas immédiatement que la communauté sorcière va découvrir un nouveau roman du fameux Chuck Barrow, plaisanta-t-il.

- Toutes les sorcières sont tristes de savoir que, tout d'abord, elles ne pourront pas venir te voir lors de la promotion de ton nouveau livre et, ensuite, que tu vas réellement épouser Lola…

Chuck s'esclaffa.

- Au fait, pour mon enterrement de vie de garçon, je veux quelque chose d'extravagant ! exigea-t-il.

Je lui lançai un regard entendu.

- Si tu veux une fête extravagante, tu devrais demander à Murray McGonagall d'être ton témoin, lui fis-je remarquer.

- Hors de question. Débrouille-toi avec James, mais je veux quelque chose de grandiose !

J'allais certainement laisser James gérer cette partie, en tant que témoin. Organiser des fêtes n'avait jamais été mon fort, et je n'étais certainement pas la personne la plus apte à rassembler les foules.

- Ouais, on verra, marmonnai-je. D'ici à ce que James me reparle…

- Il n'aura pas le choix, sinon, il ne sera plus témoin, riposta Chuck.

Je pensais sincèrement que mon meilleur ami était capable de mettre sa menace à exécution. Je soupirai, et acquiesçai. Il me faudrait sûrement remettre du plomb dans la cervelle de James pour qu'il accepte de passer outre mon désir de partir sur la piste de Cassy, et qu'il soit en capacité de me parler comme si ce désastreux moment de faiblesse de ma part n'avait pas eu lieu.

C'était loin d'être gagné. Mais James pouvait savoir faire la part des choses, lorsque la situation l'exigeait.

Il n'y avait plus qu'à croiser les doigts pour espérer qu'il estime que le mariage de Chuck et Lola était une situation suffisante pour passer outre la colère qu'il éprouvait certainement à mon égard.

.

.

.

Je pris une profonde inspiration en regardant l'enseigne qui battait dans le vent froid du mois de mars, avant de finalement rassembler mon courage et d'entrer dans le pub. Étonnamment, mon entrée passa bien plus inaperçue qu'habituellement, lorsque j'entrai dans un pub du Chemin de Traverse. Je reçus bien quelques regards surpris, et peut-être un peu anxieux, mais l'ambiance générale resta plutôt correcte, et personne n'exigea mon départ immédiat, ni même ne me fusilla du regard.

C'était plus que surprenant, et je fus déstabilisée, quelques secondes, par cette ambiance à laquelle je n'étais pas du tout habituée. Je notai bien qu'une personne, seule à une table, ne paraissait pas très contente de ma présence, mais c'était si rare de provoquer aussi peu de réactions négatives que je n'allais pas m'en formaliser.

Je regardai plus attentivement le pub, à la recherche des personnes que je devais retrouver. Je ne tardai pas à les repérer, et je pris mon courage à deux mains pour les rejoindre. Ils étaient en pleine discussion, et ne réalisèrent pas immédiatement que quelqu'un les avait rejoints.

- T'es insupportable, Ryan, j'espère que tu en as conscience, marmonnait une femme aux cheveux châtains.

Je retins de justesse un rire, mais pas assez discrètement pour ne pas me faire entendre. Les quatre personnes attablées arrêtèrent immédiatement leur conversation, et m'accordèrent toute leur attention. J'en connaissais trois plutôt bien. Le dernier, le fameux Ryan, ne m'était connu que de réputation.

Celui que je connaissais le mieux fut le premier à réagir. Un sourire un peu crispé aux lèvres, il m'adressa un signe de la main, comme pour me saluer, avant de baisser le bras pour désigner la chaise encore libre. La gestuelle ratée lui donna un air un peu gauche.

- Salut, Astrid, finit-il par prononcer avec gêne.

- Salut, Pete.

Pete Harrison avait été le premier joueur que j'avais recruté pour l'équipe de Quidditch de Serdaigle, lorsque j'avais été nommée capitaine. C'était un excellent batteur, et je n'avais jamais regretté le choix de l'avoir pris, malgré les doutes qui m'avaient saisie après sa sélection – j'étais toute jeune capitaine, et je craignais avoir fait un mauvais choix à cause de mon inexpérience. Cela n'avait pas été le cas.

Sans prendre le temps de m'asseoir, je regardai les deux femmes qui étaient assises de part et d'autre de Pete.

- Salut, Léana. Et Liz.

Léana Raven et Liz Vanberg avaient été recrutées lors de ma dernière année en tant que capitaine, la première comme batteuse pour seconder Pete, la seconde en tant que poursuiveuse pour rejoindre les deux autres poursuiveurs, Fred et moi.

Elles hochèrent la tête pour me saluer, un peu tendues toutes les deux.

Le dernier, en revanche, paraissait presque à l'aise de la situation. Il souriait franchement, et se balançait à présent sur sa chaise, les mains croisées derrière sa nuque.

- Alors, c'est toi la fameuse capitaine… Astrid Smith, dit-il avec un air amusé. La Tyrannique. Franchement, tu ne fais pas si peur que cela…

J'étais juste à côté de sa chaise. D'un rapide coup de pied, je rabaissai les deux pieds de sa chaise qui se balançaient dans le vide, les forçant à se poser brusquement, et surprenant Ryan, installé dessus.

- Et toi, tu dois être le fameux Ryan Faucett. Sache que les apparences sont trompeuses, surtout lorsqu'il s'agit de moi.

Je m'installai finalement sur la chaise libre, alors que Ryan Faucett éclatait de rire.

- Jay m'avait dit de ne pas faire le malin avec toi, que je risquais de le regretter…

- Jay est souvent de bons conseils, rétorquai-je, c'est d'ailleurs pour cela que j'ai décidé qu'il devait être mon successeur. Apparemment, j'avais raison…

Rien ne vint s'ajouter à mes dernières paroles. Les quatre personnes autour de la table préférèrent me dévisager pendant de longues minutes. J'avais l'habitude de ces examens. Les personnes cherchaient généralement à déceler ce qui avait changé chez moi ou, à l'inverse, ce qui était toujours pareil. C'était une manière de s'assurer que j'étais bel et bien celle qui avait été décrite dans les journaux, et dont ils se rappelaient.

Pete fut le premier à reprendre la parole – encore une fois, certainement parce qu'il était celui qui me connaissait le plus.

- Ta cicatrice au visage… C'est nouveau, non ?

Je passai par réflexe un doigt sur la cicatrice qui ornait ma joue droite.

- Elle a quelques années, maintenant… Mais elle ne date pas de Poudlard, si c'est cela ta question.

Léana fixa un regard dur sur moi, me surprenant. Je n'avais pas ce souvenir d'elle, je me rappelais qu'elle était une adolescente plutôt joyeuse, peu encline à juger les personnes qui l'entouraient. Seulement, de nombreuses années s'étaient écoulées depuis la dernière fois que je l'avais vue, et si j'avais changé, je devais accepter qu'elle ait pu évoluer également.

- Cela vient des Invisibles ? demanda-t-elle sèchement.

- En effet, confirmai-je en me crispant.

- Si tu veux être honnête avec nous, je veux dire vraiment honnête, insista Léana, ne réponds pas par des phrases énigmatiques. Dis clairement que cela provient des Invisibles. Tes omissions ont fait déjà assez de mal comme ça, m'apprit-elle.

Je haussai légèrement les sourcils.

- Je ne me rappelais pas que tu avais un tel répondant, lui dis-je franchement.

Elle haussa les épaules.

- J'ai bien été obligée. Il fallait que quelqu'un secoue Jay lorsqu'il se laissait aller à penser à toi avec tristesse.

- Ou quand il pensait un peu trop à Potter lors de nos entraînements, pouffa Liz.

Je jetai un œil à Liz. Elle, en revanche, paraissait être toujours la même personne. Elle souriait facilement, et paraissait prête à pardonner facilement aux personnes qui lui avaient fait du mal.

Je n'avais croisé aucun d'entre eux après la fin des Invisibles, évitant soigneusement toutes les personnes que j'avais pu blesser et qui m'auraient demandé des comptes, préférant rester dans l'entourage de James, m'assurant ainsi une protection, et une sorte d'absolution. C'était la première fois que je me confrontais à des personnes qui m'avaient connue à Poudlard et qui me revoyaient après, sans être protégée par quiconque pouvait justifier mes actes.

James, en m'acceptant comme il l'avait fait, avait fait taire les questions de beaucoup, et avait empêché que je sois sévèrement jugée.

Aujourd'hui, je n'avais pas sa protection. J'allais devoir me confronter seule à leurs reproches, s'il y en avait, et à leurs questions.

- C'est vrai que tu as douté du talent de Jay le Vif juste après l'avoir pris dans l'équipe ?

La question de Ryan me déstabilisa. Qu'est-ce que cette question sur Jason venait faire dans cette conversation ?

- Euh… Oui. Pete avait même proposé de l'envoyer à l'infirmerie.

- Et tu m'avais rappelé que je devais viser les adversaires, pas les membres de ma propre équipe… Heureusement que tu avais fait ce rappel, d'ailleurs, sinon, on aurait perdu un sacré avantage ! plaisanta Pete.

Je me détendis quelque peu. Aborder ces vieux sujets que je maîtrisais me faisait du bien, et m'empêchait de trop m'inquiéter de la tournure sérieuse qu'allait forcément prendre cette conversation.

- Heureusement que vous ne l'avez pas fait, on n'aurait jamais connu la grande histoire entre le Vif et l'Éclair ! soupira Ryan, un air amusé dans les yeux.

- Le Vif et l'Éclair ? m'étonnai-je. Le Vif, je sais que c'est Jay le Vif, mais l'Éclair… ?

- Jason et Lily, m'apprit Léana.

Oui, cela faisait sens, en réalité. Sauf que je ne savais pas que Lily Potter avait eu droit à ce surnom, de son temps à Poudlard.

- Tu ne savais pas que Lily avait eu un surnom ? s'étonna Liz. Pourtant, tu es bien sortie avec James, après…

Liz se tut, comme se demandant comment terminer cette phrase. Je compris qu'il était temps pour moi de m'investir plus dans cette conversation, de prendre les devants, de mettre à plat les raisons de ma venue.

- Après les Invisibles. Ce n'est pas un mot tabou, lui dis-je. J'ai bien repris mon histoire avec James, mais ça ne s'est pas fait sans quelques accrocs au sein de sa famille, et je crois que le moins qu'on puisse dire, c'est que Lily n'était pas spécialement ravie de me voir à nouveau au bras de son frère… Elle doit se réjouir que ce soit à nouveau terminé.

- C'est vrai que Potter peut être légèrement effrayante, lorsque quelque chose la contrarie. Elle avait mis le feu à ton casier d'hommage ! m'expliqua Ryan Faucett.

- Ah oui, j'ai entendu parler de cette histoire, murmurai-je. C'est bien une Potter, pour avoir fait cela. C'est Jay qui avait eu l'idée de ce casier, pas vrai ?

- Oui, me confirma Léana. Cela lui avait fait du bien. Il avait besoin de ça, d'avoir l'impression de faire quelque chose, à son échelle, pour te rendre hommage. James était d'accord, les professeurs aussi.

Je me tournai vers Léana, surprise de la voir exprimer aussi bien les pensées de Jason. Je ne m'étais jamais renseignée auprès de Jason sur ses amitiés de Poudlard, et je n'avais pas du tout conscience de qui pouvaient être ses amis.

- Pardon, mais lorsque je me suis fait passer pour morte, Jason et toi étiez camarades de classe, mais pas spécialement plus… Vous vous êtes rapprochés, ensuite ?

- Ils étaient inséparables, souffla Ryan.

- Ah ?

- Toujours collés l'un à l'autre, confirma Liz.

J'étais de plus en plus surprise, et frustrée de ne pas avoir su cela plus tôt. Certes, je savais que Jason avait gardé contact avec Léana – je n'avais pas réalisé, en revanche, qu'ils étaient aussi proches.

- Il fallait bien que quelqu'un lui remette les idées en place quand il regardait trop fixement Lily, plaisanta Léana. Enfin…

Elle me regarda fixement, comme cherchant comment aborder ce qui lui trottait dans la tête. D'un signe de tête, je lui fis comprendre qu'elle pouvait tout me demander.

- Pourquoi est-ce que tu voulais qu'on se voie, exactement ?

- Pour vous présenter des excuses, dans un premier temps. Et pour répondre à vos questions, si vous en avez.

Je doutais être assez en forme mentalement pour suivre le programme que j'avais prévu, toutefois, si je ne le faisais pas dès maintenant, je finirais par me dégonfler. Même si Margaret Royalmind trouvait que je me mettais trop la pression, surtout vu ce qui m'était arrivé ces dernières semaines, j'estimais que j'étais prête à encaisser les reproches éventuels.

En tous les cas, je l'espérais.

Les quatre personnes à qui je m'adressais se regardèrent, un peu indécises. De toute évidence, ils avaient déjà discuté entre eux de ce qui allait se passer aujourd'hui, et devaient avoir prévu des réponses pour chaque parole que je pourrais prononcer.

Ou peut-être que je me torturais trop l'esprit à vouloir analyser toutes leurs réactions.

Ce fut Ryan Faucett, le seul que je ne connaissais pas, qui finit par prendre la parole.

- Bah… Pour tes excuses, on comprend l'idée, commença-t-il, mais on n'est pas trop certains que le fait qu'on les accepte ou non change grand-chose pour toi.

- Ce n'est pas qu'on n'en veut pas, ajouta Liz Vanberg. C'est surtout que c'est surprenant que tu te décides à nous les présenter aujourd'hui, et pas auparavant.

- Et puis, continua Pete, c'était il y a tellement d'années qu'on est passés à autre chose. Je dirais même qu'on a accepté que tu aies fait tout ça, et que tu ne sois jamais revenue nous voir.

Je me tournai vers Léana Raven, la seule à ne pas avoir encore pris la parole. Elle paraissait hésiter sur les prochaines paroles qu'elle devait prononcer. Elle lança d'ailleurs un regard d'excuses à Ryan, Liz et Pete, comme pour leur demander de lui pardonner de changer le discours qu'ils avaient préparé.

- C'est quoi le plus important pour toi, Astrid ? Qu'on te pardonne, ou que tu te pardonnes ? me demanda-t-elle finalement.

Sans aucune douceur, sans aucune pincette. Jason m'avait une fois dit que Léana n'était pas une personne qui s'embarrassait de longs discours. J'avais eu du mal à le croire, mais je réalisais aujourd'hui qu'il avait raison de penser ainsi.

- Eh bien… Les deux sont importants, reconnus-je.

- C'est pas ma question, me coupa Léana. Je te demande ce qui est le plus important pour toi. Je me doute que les deux sont importants, mais je veux savoir ce qui est le plus important.

Je pris quelques secondes de réflexion. J'aurais pu mentir, et les caresser dans le sens du poil, mais je me doutais qu'ils s'en rendraient compte. Si je voulais vraiment l'absolution, ou tout du moins l'acceptation, je devais être honnête. Peut-être qu'ils n'accepteraient pas mes excuses, mais au moins aurais-je eu l'impression de les demander avec honnêteté, et cela soulagerait, peut-être, ma conscience.

- Surtout pour moi, dis-je franchement. Mes mensonges, mes dissimulations, tout cela est en train de me détruire petit à petit. Si je veux avoir une meilleure conscience, si je veux réussir à retrouver une vie à peu près normale, j'en ai besoin. Sûrement bien plus que vous-mêmes avez besoin de mes excuses. Vous avez fait votre vie sans moi, vous avez continué sans mes excuses, et vous vous en êtes très bien sortis, j'imagine. Donc je me doute que mes excuses ne vous feront pas grand-chose. Mais j'ai besoin de les faire.

Un silence tomba une nouvelle fois sur la table, et je réalisai soudainement que je n'avais toujours pas commandé quoi que ce soit pour boire en leur compagnie. C'était inconscient, mais si je n'avais pas de boisson à consommer avec eux, je pourrais partir plus rapidement, si jamais ils ne souhaitaient pas poursuivre l'entretien en ma compagnie.

Ils échangèrent une nouvelle fois un regard, et je me questionnai enfin sur les liens qu'ils entretenaient. Après tout, Pete et Ryan n'avaient jamais joué ensemble au Quidditch à Poudlard, et pourtant, ils étaient ensemble à cette réunion.

- Pour être honnête avec toi, me dit alors Léana, me coupant de mes réflexions, de notre côté, nous sommes passés à autre chose depuis longtemps. Ce n'est pas contre toi, mais nous avons accepté le fait d'être laissés de côté.

- Moi encore plus qu'eux trois, car je n'ai jamais joué au Quidditch avec toi, ajouta Ryan. J'étais impressionné par toi à Poudlard parce que grâce à toi, on a eu une superbe équipe, et tu m'as fait rêver, mais je n'ai pas d'affection particulière pour toi. Sans vouloir t'offenser.

Ce n'était pas le cas, et je le rassurai d'un geste de la main.

- Et concernant les questions éventuelles quant à ton passé, ou pourquoi tu as choisi de rejoindre les Invisibles…, commença Liz.

- Au final, ça ne nous concerne pas vraiment, acheva Pete. Je ne vais pas te dire que cela ne m'a rien fait d'apprendre ton décès, et j'étais là à ton faux enterrement. J'ai appris comme tout le monde, dans les journaux, l'existence des Invisibles, et le fait que tu aies appartenu à cette organisation, et bien sûr, ça m'a fait un choc. Mais j'avais déjà accepté le fait que tu ne fasses plus partie de ma vie, alors… ça n'a pas été trop compliqué de ne pas te voir y entrer à nouveau, m'avoua-t-il en haussant les épaules.

Je devais bien reconnaître que je ne m'étais pas du tout attendue à de telles réactions. Tout se passait plutôt bien. Léana semblait légèrement sur ses gardes tout de même, mais Liz et Pete, eux, me paraissaient plutôt convaincus par mes paroles et ma démarche. Ryan paraissait plus détaché, mais je ne l'avais pas connu réellement, il était donc normal qu'il semble moins touché par mes paroles.

Je ne voyais pas de raisons de m'attarder. Cette conversation s'avérait moins longue et moins complexe que je ne m'y attendais.

- Bon… Je crois que j'ai fait le tour, alors. Encore une fois, je suis sincèrement désolée pour tout le mal que j'ai pu faire, et tous les tourments que ma fausse mort, puis mon retour à la vie, ont pu provoquer. Et si un jour vous éprouvez le besoin de m'en vouloir énormément, et de me le dire, n'hésitez pas. C'est important d'extérioriser ce genre de choses…

Je commençai à me lever, mais Léana me lança un regard étonné.

- Tu n'as même pas pris de verre. Tu ne vas pas partir comme ça, si ? Raconte-nous un peu ce que tu fais maintenant dans ta vie, et puis, apprends à connaître Ryan ! Il parle parfois trop, et il est plutôt lourd comme personne, mais on finit par s'y habituer…

Liz éclata de rire, apparemment d'accord avec Léana.

- Vous êtes certains ? m'étonnai-je en me renfonçant dans mon siège.

Ils acquiescèrent tous.

- Bien sûr. Tu ne vas pas rentrer sans même prendre un verre. Si cela ne te dérange pas, je vais simplement dire à Masako de nous rejoindre.

- Qui ?

Léana ne me répondit pas, faisant signe à la femme que j'avais repérée en entrant dans le pub, qui se leva immédiatement pour nous rejoindre.

- C'est la copine de Léana, m'apprit Pete.

- Oh, fut le seul son que je réussis à produire.

- Je reprends une Bièraubeurre, bien chaude pour moi ! dit alors Ryan, m'empêchant de réfléchir plus à cette nouvelle information. Qui en veut une également ?

Tout le monde leva la main. J'aurais préféré quelque chose de plus fort, mais je préférai m'aligner sur leurs goûts.

- Moi aussi. Mais fraîche, s'il te plaît…

Pete me dévisagea, intrigué.

- Tu bois de l'alcool, maintenant ?

J'acquiesçai lentement. Il m'observa encore plus attentivement, cherchant à deviner ce qui avait pu changer chez moi. Son regard s'illumina lorsqu'il eut un semblant de réponse.

- Et tu n'es même pas emmitouflée dans cinq épaisseurs de vêtements… Il s'en est passé des choses nouvelles dans ta vie !

- On peut dire cela, m'amusai-je.

Ryan se levait, accompagné de Liz, tandis que Léana revenait avec Masako. Celle qui m'avait fusillée du regard à mon entrée avait à présent un air jovial sur le visage – c'était à n'y rien comprendre pour moi.

Je réalisai petit à petit qu'à force d'être restée avec le même cercle de connaissances, j'avais appris à deviner chacune de leurs réactions, mais que j'étais presque incapable de faire pareil avec des inconnus, ou presque inconnus.

À mon soulagement, ils firent en sorte que je me sente plus ou moins à l'aise au milieu de leurs conversations, malgré le fait qu'ils passaient clairement beaucoup de temps ensemble.

Une fois que je fus d'ailleurs au courant de leurs différents emplois – Ryan travaillait au Département des jeux et sports magiques, Léana dans un journal peu connu qui s'occupait uniquement des sports magiques, Liz dans une ménagerie, Pete au Bureau de désinformation et Masako au Département de la coopération magique internationale – j'osai poser la question qui me brûlait les lèvres.

- Dites… Vu que vous ne travaillez pas ensemble, et que vous n'avez même pas tous été en cours ensemble, comment ça se fait que vous soyez aussi proches ? Je veux dire, comment est-ce que vous avez fait pour garder un lien aussi étroit, en dehors de Poudlard ?

Je n'avais jamais remarqué que Pete était spécialement proche de Léana, par exemple, donc je ne comprenais pas comment ils avaient pu rester amis en dehors de Poudlard. Alors, en ajoutant Liz et Ryan à l'équation, leur proximité me paraissait encore plus étrange.

- Le Quidditch, m'apprit Masako.

- Le Quidditch ? Vous supportez tous la même équipe ? Ou vous suivez tous Jason de près ?

Liz secoua la tête, un sourire aux lèvres. Ryan se pencha sur la table.

- Le vrai Quidditch, me dit-il.

- Parce qu'il y a du faux Quidditch ? me moquai-je, le désarçonnant par ma réponse.

- Ce que Ryan essaie de dire avec un effet de style, sans y parvenir, c'est qu'on continue de jouer au Quidditch, avec d'autres amis, m'expliqua Liz. On se retrouve dès qu'on peut pour faire des matchs, parfois avec des équipes complètes, parfois non. Il y a un stade, dans la forêt de Sherwood, qui n'est plus utilisé par les équipes de la Ligue, et qu'on peut louer pour jouer au Quidditch.

J'étais très surprise d'apprendre cela. Les seules fois où j'avais vu du Quidditch en dehors des matchs de la Ligue, c'était lors des affrontements dans la famille de James, après un repas de famille, et cela se faisait sur un terrain abandonné, non loin de la demeure familiale. À aucun moment l'un des membres de cette famille avait mentionné l'existence d'infrastructures dont me parlait Liz.

Peut-être que ce n'était pas si étonnant que cela, finalement. Il y avait de nombreux joueurs de Quidditch amateurs dans la famille de James, et il y avait toujours eu des terrains vagues non loin de chez eux pour qu'ils puissent se dépenser sur un balai. C'était vital pour les Potter et les Weasley d'avoir la possibilité de jouer au Quidditch dès qu'ils le souhaitaient – ils n'allaient pas s'embarrasser de louer un stade comme n'importe qui.

Mais tout le monde n'était pas un Potter ou un Weasley, je le réalisais peu à peu, au fil de cette conversation.

Et ce dont je me rendais également compte, c'est qu'il était plus simple que ce que je croyais de discuter avec des personnes nouvelles.

J'avais toujours cru que, suite aux Invisibles, deux types de relation s'imposaient à moi. La première, celle où je renouais avec les personnes dont j'étais proche, et avec qui je passais à nouveau du temps. La deuxième, celle où des gens me détestaient. Je n'avais jamais imaginé que je puisse devenir plus proche de nouvelles personnes, que je puisse discuter naturellement avec des personnes dont je n'étais pas proche avant les Invisibles, voire que je ne connaissais pas du tout.

Et pourtant, alors que les minutes, voire les heures, défilaient, je réalisais que si une distance existerait toujours, car je ne serais sûrement jamais assez à l'aise pour parler de mon passé d'Invisible avec eux, j'étais tout de même capable de discuter de manière naturelle.

Et cela me faisait un bien fou, surtout après ce qui s'était produit durant tout ce mois : Harry qui voulait partir à la chasse aux Rapaces Nocturnes, James qui quittait mon appartement en claquant la porte, le retour de mes cauchemars… J'avais besoin de cette légèreté. Peut-être que ce n'était qu'illusoire, mais je m'accordais cette illusion.

- Bon, c'est pas tout, mais je dois prendre un Portoloin demain à sept heures, grommela Ryan en se levant. Ravi de t'avoir rencontrée, Astrid ! Je veux dire, vraiment rencontrée. Pas seulement croisée dans les couloirs de Poudlard, alors que tu n'avais même pas conscience de mon existence…

Il me fit un clin d'œil avant de partir rapidement.

- Il est toujours comme ça ? m'enquis-je en levant un sourcil suspicieux.

- Toujours, grommela Liz. C'est horrible. Je n'ai jamais compris pourquoi Jay a appuyé sa nomination en tant que capitaine, soupira-t-elle.

- Parce que tu as dit à Jay que tu ne voulais pas être capitaine, lui rappela Léana.

Liz éclata de rire, reconnaissant qu'elle avait oublié ce détail. Je regardai ma montre, et décidai de faire pareil que Ryan. J'avais déjà abusé de leur temps, et j'avais besoin d'analyser ce qui s'était dit ce soir. Je me levai donc, m'apprêtant à les saluer, quand un regard de Léana me cloua sur place. Elle voulait me demander quelque chose, je le sentis en une fraction de seconde.

- Oui ? l'encourageai-je.

Elle regarda Liz, qui acquiesça, tout comme Pete. Seule Masako semblait plus réticente, mais un simple regard de Léana parut la faire changer d'avis.

- Tu aimes toujours le Quidditch ? me demanda Léana.

- Oui, j'étais au match de réouverture de la saison.

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre, soupira Léana en levant les yeux au ciel. Je te parle de jouer au Quidditch. Avec nous.

- Avec vous ?

- Bah, ouais, enchaîna Pete. On manque souvent de monde, m'avoua-t-il. Et si tu aimes toujours autant ça…

Je réfléchis quelques secondes. James avait gardé mon balai de Poudlard, mais je ne l'avais pas vu dans les affaires qu'il m'avait rendues. Il faudrait que je lui demande où il l'avait mis, mais au vu de notre dernier échange, ce n'était peut-être pas le moment. Quant au reste de mes affaires, elles avaient été données à Poudlard après mon faux décès, et je n'avais jamais pris la peine d'en racheter pour les quelques vols sur balai que j'avais faits avec les Potter, lors de nos repas dominicaux.

- Je n'ai plus grand-chose, mais je dois pouvoir trouver de quoi m'équiper, dis-je lentement.

En fait, mon cerveau tournait à plein régime pour trouver à qui je pouvais emprunter du matériel, en attendant d'en acheter.

- Comme Ryan n'est pas là pour les quinze prochains jours, et qu'il nous manque trois autres amis, nous n'avons pas prévu de nous revoir avant la mi-avril, m'apprit Léana. Mais si tu es tentée…

Elle haussa les épaules, me laissant le choix ou non d'accepter sa proposition.

J'hésitai à peine. Je n'avais pas à me retenir, pas à paraître accepter avec réticence. J'avais le droit de montrer mon envie de jouer au Quidditch, de me mêler à d'autres personnes.

- Oui, ça me tente ! Enfin… Si tout le monde est d'accord.

Léana sourit.

- Je fais mon affaire de convaincre ceux qui pourraient poser des difficultés, m'affirma-t-elle. Je t'enverrai un hibou quand on aura fixé une date, me dit-elle.

Je les saluai, ragaillardie par l'idée d'avoir une autre occupation, et repartis vers chez moi l'esprit léger. Les rues étaient presque désertes, et je pris plaisir à déambuler sur le Chemin de Traverse sans aucun regard condescendant ou murmure désobligeant sur mon passage.

J'en aurais presque oublié les nombreuses personnes qui me détestaient pour avoir été une Invisible.

- Eh, Astrid !

Je frissonnai en entendant la voix de Stiles. Il tenait la porte d'entrée de notre immeuble, et je le rejoignis rapidement.

- Tu es rentré ? m'étonnai-je.

- Oui ! Plus rapidement que prévu, mais il n'y avait aucun problème sur les zones destinées à accueillir des Portoloins alors, pourquoi m'attarder si je n'ai rien à faire ?

Pour profiter de la possibilité de voyager, songeai-je sans oser le dire. J'aurais donné beaucoup pour avoir sa liberté de déplacement, mais je devais vivre avec mes restrictions pour encore un moment.

- Et je n'aurai pas besoin de frapper à ta porte, finalement !

Je le regardai, abasourdie. À quoi faisait-il allusion ? Il perdit instantanément son air assuré en réalisant que j'étais totalement perdue suite à sa réflexion.

- Tu sais, le dîner… Tu m'avais dit qu'à ton retour, je viendrais chez toi, et…

Il ne termina pas sa phrase, alors que je fouillais ma mémoire pour me souvenir de cette conversation. Il s'était produit tellement de choses depuis cette invitation à dîner que je l'avais oubliée.

- Pardon ! Aucun problème, Stiles, bien sûr. J'étais simplement perdue dans mes pensées, et je n'ai pas tout de suite réussi à me rappeler à quoi tu faisais allusion. Mais bien sûr ! Ton invitation à dîner tient toujours !

Mais qu'est-ce que j'étais en train de faire, par Merlin ? Est-ce que j'étais certaine de ce que j'étais en train de dire ?

- Demain soir ? proposa Stiles.

- Volontiers !

Oh, doux Merlin. J'avais accepté l'invitation à dîner de Stiles Stuart.


Lumos

Bien le bonsoir ! Comment allez-vous ? Moi très bien, j'ai un week-end de 3 jours (merci les samedis fériés !) Je publie un peu « tard », je n'ai pas vu passer ma journée… Mais je publie ! Alors, que vous dire ? Pas grand-chose à vrai dire, j'ai beaucoup à faire sur mes temps libres en ce moment…
J'ai plus qu'avancé le mois d'avril de cette histoire, je l'ai à vrai dire terminé, c'est un assez gros morceau, il y aura trois parties :) J'avais un peu de mal à écrire ces temps-ci, car je n'avais pas le temps, je me suis imposée un rythme assez soutenir pour bien avancer les prochains chapitres. Et ça a fonctionné ! Je dois à présent les relire avant de les envoyer à la relecture…
Car DelfineNotPadfoot relit bien entendu les chapitres, et d'ailleurs, un grand merci à elle pour avoir corrigé ce chapitre :)
Bien entendu, je ne vous oublie pas, et vous remercie pour votre présence après chaque chapitre, pour laisser des reviews, suivre et mettre cette histoire dans vos favoris.
Comme d'habitude : je ne suis toujours pas psy, ne prenez pas pour argent comptant les conseils de Margaret Royalmind )
Je vous dis à très vite pour le prochain chapitre, il va s'y passer beaucoup de choses…
En vrac : il y a une séance de psy, Astrid reçoit beaucoup de courrier, et elle va définitivement faire sortir quelqu'un de sa vie…

Nox