Avril 2032 – Partie II


Selon Margaret Royalmind, je m'étais noyée dans le travail ces derniers jours, pour ne pas réfléchir à ce que m'avait provoqué, psychologiquement, l'annonce de la mise en couple de James avec Grace Smart. Ni pour réfléchir à la venue de Ginny chez moi. Ni pour penser à ce que Harry Potter s'apprêtait à faire – partir à la chasse aux Rapaces, si toutefois il n'avait pas déjà commencé cette quête complètement stupide.

Je l'avais, bien entendu, fusillée du regard lorsqu'elle m'avait dit cela.

Mais cela n'empêchait pas cette assertion d'être véridique.

Bien évidemment que j'avais passé mon temps dans mes notes, ne répondant pas aux lettres de Chuck, et évitant tout contact avec des personnes qui pourraient vouloir discuter avec moi de James. Bien entendu que j'avais tout fait pour ne pas penser à James.

J'avais même refusé les invitations à dîner de Stiles de ces derniers jours, parce que le fait qu'il soit dans mon quotidien me rappelait trop mon adolescence, quand je cherchais à intéresser James, et que Stiles voulait m'inviter à Pré-au-Lard – et plus si affinités.

La seule personne à qui j'avais envie de discuter était Mélina – qui ne donnait plus signe de vie.

Si j'avais pu m'enfermer à double tour avec tous les Épouvantards du monde dans mon appartement, je l'aurais fait.

Mais comme j'essayais de prendre soin de ma santé mentale, j'avais plutôt choisi d'accepter l'invitation de Léana à aller voler, et je n'avais plus que deux jours pour trouver le matériel qui me manquait.

J'avais donc pris la décision d'aller à la boutique des jumeaux pour gonfler leur chiffre d'affaires – et les supplier de me laisser un de leurs anciens balais pour m'éviter d'aller demander le mien à James.

Juste après la pause déjeuner, j'eus la surprise de découvrir une boutique entièrement vide. Des balais miniatures volaient entre les étagères, démontrant leurs techniques en freinant brutalement. Des panneaux publicitaires magiques me suivaient au fur et à mesure de mes pas pour me proposer différents produits liés au sport préféré des sorciers.

J'entendis une chaise chuter dans l'arrière-boutique, avant de voir la tête échevelée de Fred apparaître.

- Eh, Astrid !

Aussitôt, un deuxième bruit sourd se fit entendre depuis l'étage de la boutique. La tête parfaitement tressée de Roxanne apparut à la rambarde.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? s'étonna l'ancienne gardienne de l'équipe que j'avais montée à Poudlard.

Je les saluai tous les deux d'un signe de la main.

- Tu viens parler de James ? s'enquit Fred.

Je grimaçai.

- Surtout pas, si ça vous convient.

- Totalement ! me répondirent en chœur les jumeaux.

Surprise, je haussai un sourcil, avant de préférer laisser tomber le sujet. Pourquoi ils préféraient éviter le sujet de leur cousin ne devait pas me préoccuper.

Cela titillait toutefois ma curiosité et ma jalousie, mais avant que celles-ci ne prennent le devant et ne parlent à ma place, je me concentrai sur la raison de ma venue.

- Je vais faire du Quidditch ce week-end. Et je n'ai plus rien comme équipement…

- Du Quidditch ? s'étonna Roxanne.

- Avec qui ? s'enquit Fred.

J'avais presque l'impression que Fred s'offusquait du fait que je puisse faire du Quidditch sans lui.

- Avec Léana, Pete, Ryan, Liz… Et d'autres personnes, mais je ne les connais pas.

Fred renifla, perplexe. Roxanne pencha la tête sur le côté, plus surprise des prénoms que je lui donnais plutôt que du fait que je puisse faire du Quidditch sans elle.

- Tu vas aller voler dans un stade abandonné, n'importe quoi, grommela Fred.

- Ne l'écoute pas, il est d'une humeur exécrable depuis quelques jours, je ne sais pas pourquoi, souffla Roxanne en levant les yeux au ciel.

- Toi aussi, lui rappela Fred.

- Tu peux répéter ? gronda sa sœur.

Je retins un sourire en coin. Cela me rappelait leurs joutes verbales à Poudlard, qui, parfois, déclenchaient le mode Cognard de Roxanne – et il fallait ensuite la retenir pour qu'elle ne détruise pas son frère, comme l'aurait fait un Cognard.

- Vous faites ça avec tous les clients, ou vos disputes sont réservées à ceux qui vous ont vu démonter des balais dans les salles désaffectées de Poudlard ? m'enquis-je avec un vrai intérêt.

Aussitôt, ils redevinrent très sérieux, me montrant leur côté homme et femme d'affaires.

- Tu as besoin de quoi ? s'enquit Fred. On t'a offert des gants pour ton anniversaire. Est-ce que tu veux des protections également ?

- Des protections ? Elle a été une Invisible !

- Et alors, les Invisibles ne reçoivent pas de coups de Cognard ? rétorqua Fred. Des protections, donc. Et des jambières.

- Des lunettes également. Attends, on va te chercher tout ça, à ta taille.

Une seconde plus tard, et avant que je n'aie le temps de dire quoi que ce soit, les jumeaux étaient partis dans les rayonnages, et cinquante secondes plus tard, ils étaient à mes côtés, les bras remplis d'équipement de Quidditch.

- Pantalons de Quidditch ! me prévint Roxanne en m'envoyant trois pantalons différents.

Dire qu'au tout début, ils ne vendaient que des balais, qu'ils créaient eux-mêmes. Et à présent, on pouvait s'équiper entièrement pour jouer au Quidditch en entrant dans leur boutique. Leur rapidité à s'adapter et à proposer des produits – de qualité, selon ce que j'avais toujours entendu – me surprenait.

Ou peut-être que je n'aurais pas dû être aussi surprise que cela. Après tout, les jumeaux avaient toujours su se débrouiller et obtenir ce qu'ils voulaient, au moment où ils le voulaient, de la manière qu'ils le voulaient.

- Euh…

Je ne savais plus quoi faire de toutes les affaires qu'ils avaient en main.

- Eh bien, essaie-les ! m'exhorta Fred. On ne peut pas deviner pour toi si cela va t'aller. Tu ne vas pas rester plantée dans l'allée en attendant que Merlin te dise que ces équipements te vont…

- Tu parles comme ça à tes clients ? m'étonnai-je, sourcil haussé pour lui faire comprendre que je n'appréciais pas vraiment sa manière de s'adresser à moi.

Il parut légèrement confus, et pour la première fois depuis Poudlard, je revis son air contrit de joueur de Quidditch qui se soumettait à sa capitaine – c'est-à-dire moi. Ah ! Il avait été le premier à me surnommer la Tyrannique, il fallait bien qu'il se souvienne pourquoi il avait choisi ce surnom.

Ce bref retour dans le passé eut le don de me détendre – si les jumeaux et moi pouvions discuter ainsi, tout n'était pas perdu. Je pouvais retrouver un semblant de normalité dans mon quotidien.

Je soupirai, amusée, et partis vers une cabine, les jumeaux sur mes talons.

- Vous comptez me suivre tout du long ?

- Notre service client est irréprochable, me répondit Roxanne. On suit nos clients de leur entrée dans le magasin jusqu'à leur sortie…

- Surtout s'ils se sont délestés de quelques Gallions chez nous ! se moqua Fred.

- Et ça, vous le dites à tous vos clients également ? rétorquai-je en fermant le rideau de la cabine derrière moi.

Le rire léger de Fred me répondit, alors que j'imaginais sans peine le regard exaspéré de Roxanne devant l'impertinence de son frère.

À chaque équipement que j'essayais, Roxanne et Fred ajustaient le matériel lorsqu'il ne l'était pas assez, proposaient des modifications, et, finalement, donnaient leur avis définitif.

S'ils avaient toujours été du genre à se laisser déborder par leurs plaisanteries, ils étaient on ne peut plus sérieux à présent, se concentrant uniquement sur leur travail, à tel point que je finis par me sentir mal à l'aise de ne pas les reconnaître.

Après ce qui me parut être une éternité – mais qui ne dura pas plus de vingt minutes – je ressortis de la cabine d'essayage, quelques affaires en moins.

- Eh bien, voilà une bonne chose de faite ! souffla Roxanne. Tu nous diras ce que ça fait, de jouer au Quidditch avec… tous ceux avec qui tu comptes jouer.

De toute évidence, elle avait du mal à croire que j'allais faire du Quidditch avec d'autres personnes que les membres de sa famille.

- Franchement, jouer au Quidditch dans un stade désaffecté, marmonna Fred en levant les yeux au ciel, dépité.

- Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un terrain privé, lui rappelai-je.

- Ce qui est une véritable honte, nous sommes d'accord, rétorqua-t-il. Mais tu vaux mieux qu'un stade désaffecté, pesta-t-il.

Je ris doucement, amusée qu'il prenne autant à cœur le lieu où j'allais jouer au Quidditch.

- J'ai un problème de balai, en revanche, puisque le mien est encore chez votre cousin… Est-ce que vous n'auriez pas un balai pour me dépanner ? Un de vos anciens balais de Poudlard, je veux dire, ajoutai-je avant qu'ils ne tentent de me vendre un de leurs balais réservés aux professionnels.

- Mon Comète n'ira jamais dans un stade désaffecté ! s'exclama Fred, outré.

Roxanne leva les yeux au ciel, comme à chaque fois qu'elle estimait que son frère exagérait, avant de darder sur lui un regard noir qui ne fit même pas trembler son jumeau. Désespérée, elle me regarda avec désolation.

- J'ai encore le mien. Je te le fais livrer dans la soirée, demain matin au plus tard.

- Merci, Roxanne.

Elle m'assura que ce n'était rien, et je sortis ma bourse pour les payer, m'amusant du fait qu'au moins, James ne pourrait pas me reprocher de trop dépenser. Je laissais ses réflexions à Grace Smart. Enfin, je laissais… On ne m'avait pas vraiment demandé mon avis.

Un papier était glissé dans ma poche, que je sortis en même temps que ma bourse, et je reconnus l'invitation aux célébrations du deux mai. Les jumeaux, curieux comme je les avais toujours connus, jetèrent leurs yeux dessus et poussèrent un même grognement.

- Vous aussi, ça vous désespère ? soufflai-je. Je ne pensais même pas qu'Hermione prendrait la peine de m'inviter…

- Si, ça a été un de nos sujets de conversation du dernier repas de famille, m'avoua Roxanne. Tu as tout de même deux oncles qui sont décédés durant cette guerre…

- La belle affaire. Je ne les ai pas connus.

Ils haussèrent les épaules en parfaite synchronisation.

- Peut-être. Mais il n'empêche qu'ils ont fait partie de ta famille. Tu devais être invitée.

- J'ai aucune envie d'y aller toute seule, grommelai-je.

Fred lança un regard noir à sa sœur.

- Moi non plus, mais je me fais lâcher par ma sœur…

Je leur lançai un regard surpris, ne comprenant pas ce que cela voulait dire. Je les avais toujours vus collés l'un à l'autre à cette cérémonie.

- Timothy ne peut pas se rendre aux cérémonies où des actes magiques vont avoir lieu, me rappela Roxanne. Et j'en ai marre qu'il soit toujours exclu de nos événements, donc j'ai demandé à ce que mon absence soit autorisée. Franchement, on est tellement nombreux que personne ne va vraiment remarquer qu'il manque une Weasley.

J'allais lui faire remarquer que l'on remarquait toujours lorsqu'il manquait un membre de leur famille, mais après tout, il y avait tellement d'autres Weasley qu'elle n'avait pas tort de raisonner ainsi. Toutefois, ce n'était pas ce qui me chiffonnait.

- Mais vous êtes mariés ! lui rappelai-je. Cela autorise des exceptions au Code International du Secret Magique.

Fred éclata de rire, alors que Roxanne paraissait confuse.

- Eh bien, techniquement, nous ne sommes pas vraiment mariés, dit-elle avec un sourire gêné.

- J'étais présente à la cérémonie, merci de ne pas me prendre pour une idiote, soufflai-je en levant les yeux.

- Tu étais présente à la cérémonie sorcière, où aucun acte magique n'a été fait pour entériner le mariage, répliqua Roxanne. Mais il n'y a pas eu de mariage Moldu. Timothy est Moldu, un mariage sorcier ne fait pas office de mariage pour l'état civil Moldu. En fait, l'un ne va pas sans l'autre. On est mariés… mais pas vraiment mariés, termina-t-elle.

Je levai un sourcil, confuse. Roxanne était en train de me dire qu'il n'y avait eu qu'une cérémonie sur les deux que requérait un mariage mixte ? J'avais toujours cru que la cérémonie Moldue avait eu lieu avant la cérémonie sorcière, et que je n'étais pas encore assez appréciée par toute la famille pour avoir été invitée. Ou bien, que cela s'était fait en petit comité.

- Mais, attends… Si vous n'êtes pas mariés officiellement… Pourquoi est-ce que vous vivez dans un appartement mixte ? Il n'est pas censé avoir accès au Chemin de Traverse ! m'offusquai-je.

- C'est vraiment ce qui te choque le plus ? s'esclaffa Fred.

- Ferme-la, toi, grommela Roxanne en fusillant son frère du regard. Disons que, eh bien… Timothy est mon joker ultime.

- Ton joker ultime ?

- Mon joker ultime Weasley, si tu préfères.

- Je ne comprends rien, soupirai-je, désespérée.

- Chacun d'entre nous a plusieurs jokers.

- Pour utiliser nos privilèges, compléta Fred alors que j'étais de plus en plus confuse.

Je crois que je commençais à voir où ils voulaient en venir. Mais j'étais stupéfaite d'apprendre tout ceci aujourd'hui seulement. J'avais tout de même gravité de nombreuses années dans la sphère familiale des Weasley, j'étais surprise d'apprendre de nouvelles informations aujourd'hui encore.

- Timothy n'est pas vraiment fan de l'idée de se marier, marmonna Roxanne. Et je n'avais pas vraiment envie d'aller à l'encontre de son envie. Mais il y avait quand même le besoin de nous assurer qu'ils puissent évoluer au milieu des sorciers sans que ce ne soit un problème pour lui, ou pour moi.

- Donc, Roxanne a demandé à Hermione une exception. Son joker ultime.

Roxanne fusilla son frère du regard, mais un léger fard colorait ses joues, rendant sa colère moins impressionnante.

- On a fait une cérémonie sorcière, pour qu'il soit enregistré dans les registres sorciers, et on a, hum…

Elle toussota, gênée.

- Omis le fait que nous ne nous étions pas mariés du côté Moldu, ce qui fait que notre mariage mixte n'est pas acté. Disons qu'avoir une tante tour à tour ministre de la Magie et cheffe du Département de la justice magique aide à ce que le ministère ne regarde pas de trop près les registres des mariages mixtes…

Roxanne paraissait mortifiée de m'avouer cela. Je jetai un regard à Fred, qui se retenait au comptoir pour ne pas s'écrouler à force de retenir son rire.

Et moi, j'éclatai de rire.

- Tu veux dire que toi, tu étais pour te marier, et que Timothy n'a jamais voulu ?

- Il n'aime pas les grandes cérémonies ! couina Roxanne. Et, soyons honnêtes, si ça n'avait pas été pour des raisons magiques, je n'aurais pas souhaité le mariage non plus !

- Ouais, ça reste à voir, t'as toujours été une grande romantique dans l'âme. Tu aurais adoré te marier et porter une superbe robe Moldue comme on en voit dans les magazines, se moqua son frère.

Qui recula d'un pas lorsqu'il remarqua que sa jumelle était sur le point d'enclencher son mode Cognard, dont il ne sortirait pas indemne.

- Pour en revenir à notre discussion initiale, reprit Roxanne en essayant de retrouver une contenance, Timothy et moi ne sommes donc pas officiellement mariés, et disons que le ministère de la Magie ferme les yeux sur la situation grâce à une dérogation mise en place par Hermione, même si cela n'a ni queue ni tête.

Je haussai les épaules, à peine surprise. Hermione Granger-Weasley avait toujours trouvé que les sorciers s'en sortiraient mieux s'ils laissaient tomber quelques règles archaïques, et celle-ci devait faire partie des règles qu'elle trouvait stupide, étant elle-même une née-Moldue.

- Mais Hermione m'a tout de même demandé de faire profil bas sur les cérémonies magiques. Timothy peut être présent après les actes magiques officiels, c'est pour cela qu'il a pu venir après le baptême d'Alicia, et on est en train de voir pour le mariage de Chuck et Lola. Il pourra peut-être être présent pour la signature magique, sinon, il viendra juste après. Mais pour la cérémonie du deux mai, ce n'est même pas envisageable.

Je comprenais pourquoi. Lors de cette cérémonie, la magie était omniprésente. Tous les sorciers faisaient de la magie ou presque.

- Mais donc, j'ai utilisé un autre joker pour ne pas être présente cette année.

- Ce qui fait que moi, je n'ai personne avec qui y aller, et que Bethany a appris la nouvelle, grommela Fred. Elle n'arrête pas de me harceler pour que je l'invite à la cérémonie. Et comme elle a de la famille qui a participé à la bataille de Poudlard, elle sera de toute façon présente. Elle va me suivre comme un Croup suit son maître, toute la journée, je m'en réjouis d'avance, ironisa-t-il.

C'était la première fois que je l'entendais employer un ton aussi mauvais en parlant de son ex petite amie. Cela me surprit, et vu l'air de Roxanne, je n'étais pas la seule à être étonnée – il faut dire que la dernière fois que Roxanne avait parlé de Bethany, elle était persuadée que son jumeau s'était remis avec elle.

Sauf que je n'avais pas le temps d'être étonnée. Les pièces du puzzle s'emboîtaient parfaitement.

- Dis-moi qu'on peut y aller ensemble ! le suppliai-je.

- Hein ?

- C'est une super idée ! répondit Roxanne.

- Ensemble ? Genre, toi et moi ? demanda Fred pour confirmation.

- T'as envie d'y aller sans que Bethany ne te colle, et moi, j'ai aucune envie d'y aller toute seule, sinon, tout le monde va me dévisager. Je veux dire, encore plus que d'habitude, lorsque j'y allais avec James. Mais si on y va ensemble, Bethany te laissera tranquille, il paraît que je suis plus efficace qu'un Auror pour tenir les gens à distance, c'est ce que Jay m'a dit à Noël. Et moi, je serai moins dévisagée si j'y vais en compagnie d'un Weasley…

- Franchement, c'est une bonne idée, commenta Roxanne.

- Super, et tout le monde va se demander pourquoi je prends la place de James à ton bras.

Je balayai l'argument d'un geste de la main.

- Pas du tout, les gens vont se demander s'il vient avec sa nouvelle copine ou non.

En même temps que je disais cela, j'espérais que non. Je n'avais aucune envie de le voir au bras de Grace Smart. Mais je réfléchirais à cela en temps voulu.

- S'il te plaît, Fred !

Il hésitait, une main sur la nuque.

- Je ne sais pas, Astrid, c'est…

- J'ai demandé à Mélina de m'accompagner, mais elle ne répond pas à mes hiboux depuis plusieurs jours déjà. Paige est trop bizarre pour ce genre d'événements, et elle va de toute façon oublier, même si elle accepte. Chuck n'ira pas pour éviter de croiser son beau-père, qui est invité, et Lola n'ira pas pour exactement la même raison. Roxanne a déjà dit qu'elle n'irait pas.

- Pourquoi tu ne demandes pas à ton voisin ? se moqua Fred. Stiles Stuart n'est plus aussi charmant qu'à Poudlard ?

Alors là, il m'en bouchait un coin. Je ne m'attendais pas à ce qu'il se défende en abordant ce sujet.

- Stiles Stuart est ton voisin ?! s'exclama Roxanne.

Fred reprenait trop rapidement ses esprits, contrairement à moi, qui balbutiai quelques secondes, avant de réussir à répondre à sa provocation – non sans avoir rougi.

- Je ne suis pas certaine qu'il ait envie d'y aller, ni d'avoir envie d'y aller avec lui, et comment est-ce que tu sais qu'il s'agit de mon voisin ?

- Ouais, comment tu sais qu'il s'agit de son voisin ? demanda Roxanne, soupçonneuse.

- Je suis au courant de tout, se moqua Fred. Il paraît même que vous dînez ensemble…

J'allais tuer Fred Weasley. Et mes amis qui avaient pu vendre la mèche, qui que ce fut. Mélina, Chuck, Lola ou Paige, peu importe, mais j'allais les tuer.

Enfin, pas les tuer littéralement, je n'étais plus une Invisible, et ils n'étaient pas des Rapaces Nocturnes qui menaçaient ma vie, cela pouvait être très problématique pour moi si je commettais un meurtre.

- Stiles Stuart…, murmura Roxanne. Comme quoi, parfois, patienter pendant des années…

- OK, alors, d'abord, il ne se passe rien entre Stiles et moi, nous sommes voisins, et c'est tout.

Léger mensonge quand on savait qu'il laissait de moins en moins la place aux doutes concernant ce qu'il voulait comme relation avec moi, mais les jumeaux n'avaient pas besoin de savoir cela. Sinon, ils ne me laisseraient plus jamais en paix.

- Ensuite, est-ce que tu veux, oui ou non, aller à la célébration du deux mai avec moi ?

- Est-ce que tu peux me supplier une nouvelle fois ? s'enquit Fred.

- Même pas en rêve, grommelai-je.

- Il va y aller avec toi, répondit Roxanne.

- Pourquoi tu réponds à ma place ? s'offusqua Fred.

- Parce que je n'ai pas de temps à perdre avec tes pitreries, et que j'ai entendu Astrid dire qu'elle n'avait plus de nouvelles de Mélina depuis quelques jours, et que ça m'inquiète, alors je voudrais qu'on discute de cela, répondit Roxanne. C'est bon, t'es content ?

Fred afficha un air contrit, avant d'acquiescer.

- Merci, Fred ! Tu me sauves la vie.

- Ouais, je suis comme ça, j'aime aider les gens, dit-il avec un air frimeur sur le visage.

- Oh, tais-toi, grommela Roxanne.

Elle me regarda à nouveau, non sans avoir adressé un dernier regard noir à son frère.

- Toi non plus tu n'as plus de nouvelles de Mélina depuis quelques jours ?

- Non ! Vous non plus ?

Roxanne secoua la tête.

- Fred a réussi à l'apercevoir alors qu'elle quittait sa boutique pour aller manger il y a deux jours, mais elle s'est enfoncée dans la foule avant qu'il n'arrive à la rattraper.

Je regardai Fred, surprise. Il avait toujours été doué pour ne pas semer les personnes qu'il voulait voir. Cela dit, Mélina pouvait se dérober très facilement à la vue de tous, lorsqu'elle le souhaitait, et elle devait le vouloir à tout prix, si elle ne répondait à aucune sollicitation de ses amis.

- Impossible de la voir ! Je crois qu'elle va bientôt arriver à la fin de son cirage pour le bois, elle viendra peut-être en boutique, mais si elle ne veut réellement pas nous voir, elle choisira peut-être de ne pas venir en acheter…

Je fronçai les sourcils, anxieuse.

- Est-ce qu'elle n'est pas allée voir son père, dernièrement ? C'était l'anniversaire de son frère, il me semble… Si jamais elle a dû passer la journée avec son père, ça s'est sûrement mal passé, et elle ne veut pas qu'on la voie dans un tel état. Non ? suggérai-je.

Fred grommela quelques mots dans sa barbe, sans que Roxanne ou moi ne comprenions ce qu'il voulait dire.

- C'est possible, murmura Roxanne. Franchement, j'aimerais qu'elle arrête de le voir.

Je haussai les épaules.

- C'est plus simple à dire qu'à faire, lui fis-je remarquer à juste titre. C'est son père.

- Oui, mais s'il lui fait plus de mal psychologique que de bien…

Fred ne participait plus du tout à la conversation, perdu dans ses pensées. Le connaissant, il devait chercher un plan pour piéger Mélina pour qu'elle se retrouve au milieu de ses amis, afin que nous l'obligions à nous parler. C'était un très mauvais plan, pour des dizaines de raisons.

- C'est plus simple à dire qu'à faire, dis-je alors d'une voix sourde.

- De quoi ? s'étonna Roxanne.

- D'arrêter de voir ses parents quand ils t'ont fait du mal.

Fred sortit de ses pensées, et échangea un regard inquiet avec sa sœur.

- James vous en a parlé, n'est-ce pas ? Quand on sortait ensemble.

- Oui… et non, dit Fred d'une voix hésitante. Il nous a demandé de ne pas te parler de tes parents.

- Ou, plutôt, il nous a fait comprendre que si on le faisait, on risquait de déclencher ta colère et la sienne, compléta Roxanne sans délicatesse.

Je pris une profonde inspiration. Je ne pensais pas que je parlerais aussi rapidement à Fred et Roxanne de mon passé chez les Invisibles ou, plutôt, de toutes les subtilités qu'ils ne connaissaient pas sur mon histoire parmi eux, mais j'avais inconsciemment amené le sujet sur leur comptoir.

- Vous savez que les Invisibles se battaient principalement contre les Rapaces Nocturnes ?

- Ouais, on a lu les journaux comme tout le monde, à l'époque.

- Et notre oncle nous a expliqué quelques secrets du ministère de la Magie qui n'ont pas été dévoilés dans les journaux.

Je fermai les yeux un bref instant.

- Mes parents étaient des Rapaces Nocturnes.

- Ouais, et les nôtres, des Mangemorts, pouffa Fred.

Il se prit un coup de poing sur l'épaule par sa sœur.

- Aïe ! Pourquoi t'as fait ça ?

- Parce qu'Astrid est sérieuse, imbécile, grommela Roxanne.

Fred se composa immédiatement un air confus, mais, étonnamment, sa manière de plaisanter sur le sujet me permit de me libérer d'une pression que je me mettais sur les épaules depuis des mois, ne sachant comment leur parler de tout ce qui m'était arrivé, dans les détails.

- Vous avez un peu de temps devant vous ? demandai-je. Je pensais faire cela plus proprement, autour d'un repas, au calme, pas du tout dans votre boutique, mais je ne suis pas certaine qu'il y aura un meilleur moment que maintenant pour vous en parler. Alors…

Fred et Roxanne échangèrent un regard.

- C'est dans le cadre de ta thérapie ? voulut savoir Roxanne.

- Lola nous en a parlé, ajouta Fred.

J'acquiesçai. Évidemment que Lola leur en avait parlé. Lola voulait que j'aille mieux – parce qu'elle était mon amie, mais aussi parce qu'elle était Psychomage.

- Elle a également dit que tu risquais, un jour ou l'autre, de vouloir nous présenter des excuses et nous donner des explications sur ce qui t'était arrivé...

- Mais nous, les excuses, on les a déjà acceptées, même si elles n'ont jamais été formulées !

Les jumeaux étaient fidèles à eux-mêmes, et ma gorge se serra légèrement en les voyant m'assurer leur confiance indéfectible. Sauf qu'ils ne pouvaient pas avoir une confiance aveugle en moi s'ils n'avaient pas toutes les données en leur possession.

- Avant de m'accorder votre absolution, attendez d'avoir toutes les explications que vous méritez…

Roxanne agita sa baguette magique, et trois tabourets se rapprochèrent, un pour chacun de nous. Fred, lui, utilisa sa baguette magique pour nous préparer du thé, qui arriva rapidement, alors que je commençais à leur expliquer toute ma vie chez les Invisibles – ou, tout du moins, les parties qu'ils ne connaissaient pas.

Ils avaient plus d'éléments en leur possession que d'autres de nos amis, car ils avaient été mis sous protection quelques mois, à la fin des Invisibles, au cas où ceux-ci auraient voulu se venger de Harry – une protection bien inutile et ridicule, mais à l'époque, on ne m'avait pas demandé mon avis, sinon, j'aurais dit à Harry d'économiser ses Aurors, et de les envoyer plutôt sur d'autres affaires.

Le problème avec les jumeaux, c'est que les notions de danger et de gravité étaient totalement différentes de celles des autres humains. Alors, pour eux, finalement, mon passage chez les Invisibles était une aventure grandiloquente qu'ils trouvaient fantastiques.

C'est en tout cas ce que je comprenais de leurs exclamations enthousiastes, et de leurs yeux captivés. Heureusement pour eux qu'aucun client n'était entré dans leur boutique le temps de mon récit, ils auraient été capables de le renvoyer chez lui, en lui demandant de passer une fois mon histoire terminée.

- Trop fou. C'est pour ça que maintenant, tu balances des coups de poing dans le visage des gens ? s'extasia Fred.

- Je n'ai jamais lancé de coups de poing dans le visage de quelqu'un depuis la fin des Invisibles, enfin, pas à ta connaissance en tout cas…

- Ah… Ah bon, ça devait juste être un de mes rêves bizarres, alors, dit le jumeau.

Je grimaçai.

- Arrête de rêver de moi, s'il te plaît, tes rêves me semblent dérangeants.

Fred haussa un sourcil amusé. Roxanne, elle, était bien plus sérieuse que son jumeau, pour une fois. Elle se tenait le menton, l'air soucieux.

- Je comprends mieux pourquoi Ginny est aussi énervée contre Harry, ces derniers temps. S'il se décide à se frotter aux Rapaces Nocturnes, vu ce que tu racontes sur eux, elle a de quoi être méfiante.

Je me crispai. Je n'avais pas fait allusion à mes derniers échanges avec leur oncle Harry dans notre conversation, mais ils n'avaient de toute évidence pas besoin de moi pour être au courant de cela.

- Comment vous le savez ?

- Franchement, Astrid, tu sais comment ça fonctionne, dans notre famille, se moqua Roxanne, sincèrement amusée que je pose la question. Nos cousins ont appris ton accès de colère contre Harry, ils ont cherché à savoir pourquoi, ils nous en ont parlé, et on sait tous que James a…

Sa voix se tut, et elle parut gênée. Je ne cherchai pas à en savoir plus, parce qu'il n'y avait pas besoin de beaucoup de logique pour comprendre la fin de sa phrase. James leur avait de toute évidence parlé de ce qui s'était passé dans mon appartement, et de ce que j'avais été sur le point de faire.

Que je n'avais pas fait, certes. Mais que j'avais failli faire.

- Ne faisons pas allusion à James, proposai-je, le cœur serré.

- Bonne idée, confirma Fred. Mais donc oui, nous sommes au courant concernant notre oncle. D'ailleurs, tu vas vouloir éviter Harry, à la cérémonie du deux mai ?

Oh, Merlin, je n'avais pas pensé à cela.

- Oui, je vais vouloir l'éviter.

- OK, cela risque d'être compliqué, mais d'un autre côté, Harry est toujours submergé de demandes lors de la célébration du deux mai, donc ça doit pouvoir être envisageable. Lorsque tu y allais avec James, tu étais certaine d'être à ses côtés, mais avec moi, tu dois pouvoir éviter oncle Harry.

Et cela était une nouvelle tout à fait réjouissante pour moi.

- Merci d'avoir pris le temps de m'écouter, grimaçai-je finalement.

Je devais reconnaître que ce n'était jamais simple pour moi de m'épancher auprès de toutes ces personnes. Si je savais, dans le fond, que c'était pour le mieux, je ne me sentais pas apaisée immédiatement après en avoir parlé avec les personnes concernées.

La porte de la boutique des jumeaux s'ouvrit à cet instant sur une cliente.

- C'est normal, me rassura Fred alors que Roxanne allait voir la nouvelle venue. On se voit le deux mai, alors ?

J'acquiesçai.

Le deux mai était une nouvelle échéance dans ma vie qui ne m'attirait pas du tout.

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Astrid,
Pourrions-nous nous voir sous peu ? Les archéomages de l'équipe Thêta affirment qu'ils n'ont rien omis dans leurs fouilles, mais vos rapports et ceux d'autres historiens contredisent ce qu'ils affirment.
Ce serait également l'occasion pour nous de nous rencontrer, nous n'en avons pas encore eu l'occasion depuis que j'ai repris le poste de Perceval Graw.
Cordialement,
Thésée Meadowes,
Conservateur référent de l'Histoire magique au British Museum.

Je bougonnai dans mon coin. Évidemment que mon rapport et celui des autres historiens allaient à l'encontre de celui de l'équipe Thêta. Je n'avais pas la moindre idée de qui les avait formés, mais cela avait été fait n'importe comment. Ou alors, ces archéomages n'avaient aucun problème avec le fait de travailler n'importe comment.

Cela m'enrageait. Je savais qu'ils commettaient des erreurs, car ils m'envoyaient des objets ébréchés, ou bien des fouilles incomplètes – mon amour pour l'Histoire et mon passé chez les Invisibles étaient deux références solides pour affirmer que j'avais raison. Mais l'équipe Thêta n'en avait rien à faire, et je me retrouvais à cataloguer des objets n'importe comment.

Je répondis à la missive de Thésée Meadowes, me demandant si notre rendez-vous apporterait quelque chose de plus. Si nous devions passer notre temps à critiquer le travail des archéomages, nous n'allions pas avancer sur le sujet.

D'un autre côté, j'étais anxieuse à l'idée de le rencontrer. Perceval Graw, l'ancien conservateur du British Museum, n'était pas très vif, ni très pointilleux, mais il était surtout peu regardant sur mon passé chez les Invisibles, ce qui ne serait peut-être pas le cas de Thésée Meadowes. J'avais essayé de me renseigner sur le nouveau conservateur, mais il paraissait être très discret, car je n'avais rien trouvé, pour mon plus grand malheur. J'avais hésité à pousser plus loin mes recherches, mais cela aurait flirté avec l'illégalité, et c'était trop dangereux pour moi de jouer avec cette limite.

Je devais reconnaître que je n'étais pas très sereine quant à mon futur entretien avec lui. Refusant de tourner en rond chez moi alors que j'avais ce souci en tête, je jetai un œil à la liste des quelques objets que je devais cataloguer avant de les envoyer au British Museum. Je n'étais pas en retard, et trois des cinq objets avaient été des affaires d'Invisibles. Cela irait rapidement.

Je pris ma bourse, une veste légère, et passai devant le canapé pour caresser rapidement Fléreur avant de sortir de chez moi.

- Ah ouais, super, la bestiole a droit à des gestes d'affection, mais pas moi…

Je jetai un œil amusé à l'horloge.

- C'est plus compliqué, avec toi. Mais si tu y tiens à tout prix, sache que je trouve que tu donnes très bien l'heure, me moquai-je.

L'horloge bougonna dans son coin, et je manquai éclater de rire. Je fus stoppée dans mon élan par un grattement caractéristique qui provenait de mon placard.

- Super… Encore un Épouvantard, pestai-je.

- Tu vas pouvoir demander à ton superbe voisin de venir t'en débarrasser ! se moqua l'horloge.

Je lui tournai le dos, et décidai d'ignorer ses derniers mots, préférant sortir de mon appartement. Stiles ne serait de toute façon pas chez lui à cette heure-ci, il devait être au ministère de la Magie.

Je descendis sur le Chemin de Traverse. Depuis quelques jours, je remarquais un changement d'attitude envers moi. Certains sorciers semblaient prêts à accepter ma présence autour d'eux, sans que l'aura des Potter ou des Weasley ne m'entourent. D'autres, en revanche, montraient avec encore plus de virulence leur dédain me concernant. À force de discuter avec Margaret Royalmind – qui battait toujours son paquet de cartes, pour mon plus grand agacement – j'avais fini par comprendre que cela ne servait à rien que je cherche à obtenir l'appréciation de tous les sorciers.

C'était toujours aussi peu agréable, mais je devais reconnaître que je vivais un peu mieux mes sorties en public depuis que j'avais accepté cette idée.

Je remontai le Chemin de Traverse sans croiser la moindre de mes connaissances. J'hésitai un instant à aller jusqu'à la boutique de Mélina, avant de renoncer à cette idée. Si elle voulait me parler, elle savait où me trouver – et si elle ne voulait pas me parler, je devais accepter sa volonté.

À la place, je poursuivis ma route, jusqu'à atteindre la destination que je m'étais fixée : Les plantes voyageuses. Je rassemblai mon courage en inspirant profondément, avant de pousser la porte.

La sonnette tinta, et aussitôt, une voix jaillit de l'arrière-boutique.

- J'arrive immédiatement, ne vous approchez pas du plant de Snargalouf !

Je reniflai en regardant le plant en question. Ce n'était pas dans mon intention première, mais je me décalai encore de quelques pas, afin d'être certaine que le Snargalouf ne puisse rien me faire.

- Je suis à vous, qu'est-ce qu'il vous…

La voix de James mourut dans sa gorge, alors que je traversai sa boutique.

J'avais longtemps hésité sur la marche à suivre. Lui en vouloir ? Faire un esclandre ? Lui hurler dessus ? Faire une crise de jalousie ?

Toutes ces options étaient alléchantes.

Mais j'avais envie, et besoin, de me prouver que j'étais capable d'aller de l'avant.

Par Merlin, je parlais de mon passé parmi les Invisibles, je présentais des excuses, je devais être capable d'accepter que mon ex se mette en couple avec une autre personne sans avoir l'impression que mon organisme se remplissait de poison.

Alors, j'avais attendu d'avoir assez de courage et de contrôle pour me rendre à sa boutique et de me présenter en tant que cliente et amie.

Même si cela me faisait aussi mal qu'une brûlure de dragon que de me considérer simplement comme l'amie de James.

Il était toujours silencieux, de l'autre côté de son comptoir. Voir sa nervosité réussit à me donner le courage nécessaire pour ne pas faire demi-tour en claquant la porte de sa boutique pour aller faire mes courses chez Plantovent – qui n'aurait de toute façon pas des produits de même qualité.

Je sortis un parchemin d'une de mes poches.

- J'ai besoin de ces plantes. Et si jamais tu as aussi les autres ingrédients, cela m'arrangerait, je n'aurais pas besoin d'aller à l'autre boutique d'apothicaire.

Je fis glisser la liste sur son comptoir.

- J'ai toujours tout, tu le sais bien.

Je haussai les épaules.

- J'aime autant ne pas me comporter comme si je savais tout de toi, si tu veux bien.

Cela m'arrachait la bouche de lui dire cela, et j'aperçus un éclair blessé dans ses yeux. Il prit la liste, et baissa le regard dessus, ce dont je lui fus reconnaissante. Je n'étais pas en mesure d'être fixée par lui comme il savait si bien le faire. Mon amour-propre avait du mal à se faire à l'idée qu'il sortait avec Grace Smart, et non pas avec moi.

- Je vais te chercher tout ça, j'ai du stock, me dit-il rapidement avec professionnalisme. Installe-toi, en attendant.

Un tabouret apparut en boitant à mes côtés, et je m'assis dessus, en attendant quelques minutes que James revienne avec mes courses. Je regardai par-dessus le comptoir, curieuse, pour remarquer que tout était en bazar. Je retins un soupir d'exaspération. Comment est-ce qu'il espérait retrouver le moindre document important, s'il continuait de tout jeter pêle-mêle derrière son comptoir ?

- Voilà pour toi ! m'annonça-t-il en surgissant de derrière une étagère.

- Combien je te dois ?

- Huit Gallions et quatre Noises.

Je sortis le compte exact, réalisant sans peine qu'il me faisait un prix.

- Merci.

J'allai me lever lorsqu'il me retint.

- C'est pour la potion de Paige ?

J'hésitai un instant à lui répondre. Je n'avais pas envie de l'impliquer dans ma vie privée, pas alors qu'il n'en faisait plus partie. D'un autre côté, une petite part de moi ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'il me pose cette question parce qu'il s'intéressait réellement à la réponse, et pas simplement par politesse.

Ce fut toutefois la première partie de moi-même qui lui répondit, la partie qui était dominée par ma part d'Invisible.

- Pourquoi est-ce que tu t'en préoccupes ? T'as plus besoin de faire des efforts sur ce sujet, grommelai-je.

Il s'appuya contre le comptoir, les bras croisés sur son torse, un sourire triste sur le visage.

- Je crois que j'ai passé assez de nuits à masser ton abdomen, assez de soirs à te laisser broyer ma main pour exorciser la douleur que tu ressentais, assez de jours à t'apporter une bouillotte pour que tu passes une meilleure journée grâce à la chaleur dispensée, assez de temps à te demander si tu te sentais mieux ou pire que la veille, pour continuer à me préoccuper de ton état de santé. Même si…

Il ne termina pas sa phrase, détournant légèrement le regard.

La douleur de notre rupture me frappa en pleine poitrine. Je n'avais pas la moindre idée où je trouvai la force de terminer sa phrase à sa place.

- Même si nous deux, c'est de l'histoire ancienne, et même si tu te préoccupes plus de l'état de santé de Grace que du mien à présent, c'est bien ça ?

J'aurais voulu être moins acerbe dans mon ton, mais je n'y parvins pas. Je supposai que James ne m'en voulut pas lorsqu'il choisit de ne pas relever. Il dut accepter que j'étais encore trop blessée pour parler de tout cela avec calme et sans y mettre la moindre verve.

Il inclina légèrement la tête, pour confirmer ce que je lui disais. Je poussai un profond soupir.

- C'est effectivement pour la potion que Paige a concoctée.

- Et elle fonctionne ?

- Ouais. Mieux que tes massages, à vrai dire.

Son sourire se fit crispé.

- Mes mains ne sont pas très efficaces contre la magie noire…

Un silence gêné se posa entre nous. Je n'avais pas envie de prolonger cet entretien. J'avais mes ingrédients, j'avais vu James, et j'avais compris que nous ne redeviendrions pas ce que nous avions été. Très bien. Il était temps pour moi de partir. Je commençai à reculer, et James reprit la parole, me clouant sur place dans l'attente de savoir ce qu'il allait me dire.

- Je te jure que j'aurais voulu que ça se passe autrement.

Je retins un cri de rage.

- Mais encore ? dis-je à la place.

Il se passa une main sur la nuque.

- Je veux dire… Je pensais vraiment pas que…

- Que quoi ? Que j'étais aussi instable que cela ? Bordel, James, je suis d'accord que j'ai été dans le déni, mais toi, tu étais censé avoir remarqué que je n'allais pas bien ! Tu pensais réellement que quelques mois à Azkaban, puis dans la vie normale, suffiraient pour que je ne pense pas à rejoindre des Invisibles ? Encore plus alors que ton père m'annonçait qu'il voulait partir à leur recherche ? grondai-je.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, je…

- Oh, alors, tu pensais à quoi ? le coupai-je sèchement.

- Je pensais à Grace.

Je ravalai la bile amère qui me brûlait l'œsophage, et attendis impatiemment qu'il poursuive.

- J'aurais voulu que toi et moi, on ait une relation plus saine, pour que je sois celui qui t'annonçait qu'on s'était mis ensemble. Je ne voulais pas passer par Chuck, mais c'était ce qui paraissait le plus raisonnable, à ce moment, et…

Je l'interrompis.

- T'as pas à te justifier. Toi et moi, c'est fini. T'as le droit de refaire ta vie.

Je disais cela alors que mon cerveau hurlait ma jalousie et me suppliait de lui dire le contraire. Non, il n'avait pas le droit de refaire sa vie, mais qui étais-je pour l'en empêcher ? J'étais dévorée par la jalousie, mais j'étais aussi capable d'accepter son éloignement. Je devais l'accepter, de toute façon. Je n'avais pas le choix, et je ne comptais pas utiliser un philtre d'amour sur James.

- Ouais, c'est juste que…

Il fut incapable de terminer sa phrase, une fois de plus, et j'étais dans l'incapacité de la compléter à sa place. Comme quoi, notre histoire appartenait définitivement au passé. Je n'arrivais plus à deviner ses pensées. Je me mordis la joue.

- Je crois que je vais trop t'en demander, mais est-ce que tu crois qu'on pourrait passer au-dessus de notre relation, et de celle que j'ai avec Grace, au moins jusqu'au mariage de Chuck ? On doit préparer son enterrement de vie de garçon, et on va devoir être côte à côte au mariage.

Je pestai intérieurement.

Ma part Invisible voulait lutter et ne pas passer au-dessus de sa relation avec Grace, ma part normale insistait pour avancer et rester amie avec James – et donc, ne pas tout gâcher en me lançant sur le terrain glissant de sa nouvelle relation.

Je fis taire comme je pus la jalousie qui me dévorait, me composai un air neutre, et acquiesçai.

- Bien sûr qu'on peut ne pas faire toute une histoire de ta relation avec Grace, au moins jusqu'au mariage de Chuck. Et même après, assurai-je stupidement.

Il parut très surpris de ma proposition et, à vrai dire, je l'étais aussi – en plus de me dire que j'étais stupide de lui dire cela alors que, sincèrement, la simple mention de Grace Smart me hérissait l'échine.

Ou, plutôt, la simple mention de Grace Smart au bras de James me hérissait l'échine. Il fallait que je sorte de cette boutique avant de devenir totalement folle, à me battre entre ce que je disais et ce que j'avais envie de dire.

- Je vais y aller, marmonnai-je. Bonne journée, James.

- Bonne journée, Astrid. Passe quand tu veux !

Je lui lançai un regard lourd de sens, et il eut la décence de paraître confus. Me proposer de passer quand je voulais n'était pas la meilleure chose à dire à son ex petite amie.

Je retrouvai l'air frais du Chemin de Traverse avec plaisir, et je m'éloignai rapidement de la boutique de James. Je jetai un œil à ma montre, me demandant si j'avais le temps d'aller jusqu'à la boutique de Mélina pour tenter de la voir, et de comprendre par la même occasion pourquoi elle faisait tout pour m'éviter, mais je réalisai que j'avais déjà trop traîné. Je pris donc la direction de mon appartement, ressassant ce que nous nous étions dit avec James, détestant ces échanges sans sens, et maudissant le fait que mon quotidien ne puisse plus ressembler à celui que nous avions pu connaître, des années plus tôt.

Je redressai soudainement les épaules.

Je pouvais passer à autre chose, je devais passer à autre chose.

James fréquentait quelqu'un d'autre. Très bien. Cela signifiait qu'il allait de l'avant.

Il était plus que temps que je fasse pareil. J'avais trop vécu dans le passé, j'avais trop cherché à me raccrocher à ce dont je me souvenais plutôt qu'à essayer de me créer un nouvel environnement de vie. Je ne pouvais plus vivre de cette manière.

J'étais triste, bien sûr, que James soit avec quelqu'un d'autre. Une partie de moi était désespérée par cette nouvelle, par la facilité avec laquelle il parlait de Grace Smart devant moi.

Mais je valais mieux que cela. J'étais capable d'aller de l'avant, de vivre pour moi-même, de me battre pour passer au-dessus de ma tristesse.

Je valais mieux que de me morfondre sur un amour de jeunesse perdu.

.

.

.

Je pliai et dépliai mes doigts avec régularité, appréciant à leur juste valeur les gants que Roxanne et Fred m'avaient offerts pour mon anniversaire. Leur matériel était d'une qualité incroyable.

Je m'attachai rapidement les cheveux, pris le balai que Roxanne m'avait fourni – son ancien Brossdur, un balai fiable mais parfois un peu lent dans les virages, parfait pour une gardienne, ce qu'avait été Roxanne – et m'avançai vers le centre du terrain. Quelques personnes étaient déjà rassemblées. J'en connaissais certaines, qui me saluèrent – Pete, Léana, Masako, Liz et Ryan. Les autres ne me saluèrent pas.

Même celui que je connaissais, dans cette foule silencieuse.

- Alors, laisse-moi te présenter ! se proposa Ryan alors que le silence s'étirait. Ici, Irina Silvestrov, ancienne attrapeuse des Poufsouffle. Elle te fusille du regard car elle était assez proche de Jason, et te déteste par principe parce que ta fausse mort a notamment permis à Jason et Lily de se rapprocher…

- Ryan, au lieu de penser à ma place, est-ce que tu peux abréger tes présentations ? souffla l'attrapeuse en adoucissant légèrement son regard en me regardant.

- Ouais, d'accord, grommela Ryan.

Il continua ses présentations, me montrant des anciens de Poudlard dont les noms me disaient parfois quelque chose – parce que j'avais été en cours avec d'autres membres de leur famille, ou parce qu'ils avaient été proches des Potter. Et puis, il arriva à la dernière personne.

- Et puis, pour terminer, c'est…

Je l'interrompis.

- Steven Carolingien.

L'ancien capitaine des Serpentard. Il avait un an de plus que moi, et lors de sa dernière année à Poudlard, un de ses batteurs n'était nul autre que Liam Pierce, qui m'avait déboîté la mâchoire.

- Astrid Smith. Vivante. Marrant, j'étais persuadé d'avoir été à ton enterrement…

Je compris soudain pourquoi l'ambiance me paraissait si tendue à mon arrivée. Certains des joueurs se moquaient sûrement de mon passé, mais Carolingien, lui, ne paraissait pas prêt à passer au-dessus de ma vie chez les Invisibles.

- Astrid, l'élève modèle, qui détestait faire du mal à qui que ce soit, même à ceux qui lui en faisaient, celle qui voulait que tout le monde s'apprécie, celle qui ne voulait jamais vexer personne, s'est fait passer pour morte, avant de réapparaître du jour au lendemain.

Carolingien se rapprocha de moi, légèrement menaçant. Pour une raison que j'ignorai, mon cerveau ne chercha pas à analyser la menace qu'il voulait représenter. Non, mon cerveau préféra se souvenir de cette fois où j'avais perdu tous mes moyens sur le terrain de Quidditch, car l'équipe de Serpentard s'entraînait torse nu et que j'avais fixé trop intensément Carolingien. Cela me fit sourire, à présent.

Ce simple sourire fit enrager Carolingien, qui fit demi-tour en lâchant un petit cri de frustration, avant d'aller chercher son balai.

- Sympa, l'ambiance, commenta Irina Silvestrov. C'est toujours comme ça, lorsque tu arrives quelque part ?

Elle n'attendit pas que je réponde, et se tourna plutôt vers Léana Raven.

- C'est toi qui as insisté pour qu'elle puisse jouer avec nous, lui rappela l'ancienne attrapeuse en me désignant du menton. Alors tu la prends dans ton équipe, et ne t'étonne pas si personne ne veut jouer avec elle.

Irina Silvestrov s'éloigna ensuite prestement pour rejoindre Steven Carolingien.

Je me sentais quelque peu minable d'apporter de la complexité à leur jeu de Quidditch qui semblait ne pas être en proie à des problèmes d'ordre relationnels lorsque je n'étais pas présente.

- Faudrait savoir, grommela Léana. Si je n'invitais pas Astrid, on aurait été un nombre impair, et jamais personne ne veut se mettre de côté lors de nos matchs. Donc, on aurait été en déséquilibre. Et alors que je propose à quelqu'un de venir, ils trouvent le moyen de se plaindre…

Je soupirai. J'avais, pour ma part, l'habitude de ce genre de réactions, mais je savais que cela pouvait être déstabilisant pour les personnes qui n'y avaient jamais été confronté. J'allais intervenir, mais Masako se rapprocha de Léana, posa une main sur son épaule, et se mit à lui parler à l'oreille. Je ne me sentais pas la légitimité de l'interrompre pour donner mon avis, et me tournai plutôt vers Ryan, qui se grattait la nuque.

- Je m'attendais pas à ce que Carolingien réagisse comme ça, il est plutôt sympa, d'habitude…

- Oh, je te rassure. En comparaison à d'autres sorciers, il a été extrêmement sympa avec moi, ironisai-je.

Liz se rapprocha de nous, jetant un coup d'œil à Masako et Léana, toujours en train de discuter entre elles.

- Pour le moment, nous sommes six, nous annonça la jeune femme. Il nous manque un attrapeur… Comme je doute que Silvestrov nous rejoigne, vu son adoration pour Carolingien, j'imagine que c'est Vance qui va jouer avec nous.

Je levai un sourcil.

- Comme Evelyne Vance ?

- Sa petite sœur, Cathy, m'informa Liz. Elle vient d'ailleurs jusqu'à nous…

La femme qui s'approchait de nous ressemblait vaguement à Evelyne Vance, qui avait été capitaine des Gryffondor, avant de laisser sa place à Beng, un capitaine qui n'avait aucun goût pour la victoire – ce qui m'arrangeait bien, mais avait le don d'agacer ses joueurs.

La petite sœur d'Evelyne Vance alla rejoindre Léana et Masako, et discuta un bref instant avec elles avant que les trois femmes se rapprochent de Liz et moi, entraînant dans leur sillage Ryan et Pete.

- Je n'ai jamais joué comme attrapeuse, soupira Cathy Vance. J'ai plutôt l'habitude d'être poursuiveuse, comme toute ma famille…

- Ta sœur était une sacrée bonne poursuiveuse, me souvins-je.

Elle posa un regard insondable sur moi.

- Elle m'a parlé de toi, m'annonça-t-elle.

- Avant ou après ma fausse mort ?

- Les deux. Elle n'a pas du tout apprécié ce que t'as fait à la famille Potter, et aux Weasley.

- Comme beaucoup de personnes, lui fis-je remarquer.

Elle haussa les épaules.

- Tu veux rester attrapeuse, ou tu veux que je prenne ta place ? proposa Liz.

- Non, la coupa Ryan. On ne change pas. Liz, t'as déjà joué avec Astrid en tant que poursuiveuse, ça sera mieux, tu pourras faire le lien entre Astrid et Masako. Et Cathy, t'es plus petite, le poste d'attrapeuse te va très bien. On reste comme ça.

Liz croisa les bras sur sa poitrine.

- Tiens, tu reprends ton rôle de capitaine ?

- Oh, tais-toi, grommela Ryan. Y a pas de capitaine, et j'ai jamais aimé ce rôle, de toute façon, il fallait être bien trop sérieux, cela ne me correspond pas.

Surprenant que Jason l'ait choisi pour le remplacer. Peut-être qu'il ne voulait pas que son remplaçant lui ressemble trop, et qu'il avait préféré miser sur un joueur plus insouciant.

- Et comme personne ne va me contredire parce que vous n'avez pas de meilleures solutions à proposer, il est temps qu'on se mette sur nos balais ! s'exclama Ryan avant de s'éloigner rapidement, son balai à la main.

Je haussai les épaules, avant de lui emboîter le pas. Il avait raison, nous n'allions pas discuter toute la journée. Il était temps de grimper sur nos balais.

Liz et Masako me rattrapèrent immédiatement, et Liz se chargea d'expliquer à Masako comment je jouais, tout du moins du temps de Poudlard, tout en me donnant quelques informations sur le jeu de Masako. Je compris rapidement que Liz avait pris confiance en elle sur un balai, mais qu'elle pouvait encore se mettre en retrait dès lors qu'elle estimait que les autres poursuiveurs étaient plus à l'aise dans leur rôle qu'elle.

Masako paraissait être le genre de poursuiveuse qui réfléchissait peu, et fonçait dans le tas avant de réaliser qu'elle aurait peut-être dû compter sur l'aide de ses coéquipiers. Cela n'était pas sans me rappeler le jeu de Fred.

J'étais en mesure de me glisser plus ou moins facilement dans leur dynamique.

Je réalisai assez vite que j'étais plus rouillée que je ne l'aurais cru. Si des réflexes de joueuse de Quidditch me revenaient rapidement, mes réflexes d'Invisible prenaient largement le dessus, m'empêchant d'être totalement sereine alors qu'il y avait des sorciers avec des battes qui évoluaient autour de moi. J'avais toujours la peur qu'un Cognard particulièrement virulent me soit lancé, ce qui me faisait rater des passes pourtant simples, sous prétexte que j'avais cru voir un Cognard trop proche de moi.

D'un autre côté, malgré ce manque évident de souplesse et de décontraction, j'appréciais avec plaisir de jouer au Quidditch avec des personnes que je ne connaissais pas, ou presque pas. J'avais la possibilité d'observer leur jeu, et de retrouver des réflexes de capitaine, analysant les faits et gestes de chacun d'entre eux.

Je finis d'ailleurs par en faire profiter mes coéquipières du jour.

- Le gardien ne couvre presque que son anneau de gauche, les prévins-je.

- Eh ! s'exclama Irina Silvestrov en m'entendant. Steven, couvre tes trois anneaux, pas un seul !

Mais c'était trop tard. Masako en avait profité pour faire passer le Souafle dans un anneau délaissé par le gardien.

Nous enchainâmes plusieurs matchs avec les Vifs d'or d'entraînement, moins rapides que les Vifs d'or de matchs, permettant aux attrapeurs de moins s'épuiser. Lorsque tout le monde finit par en avoir marre, et alors que le soleil commençait à disparaître à l'horizon, nous redescendîmes jusqu'au sol.

Je me posai un peu à l'écart des autres, incertaine de la suite des événements. J'avais l'impression d'avoir vécu un test durant cette après-midi, que j'avais été mise à l'épreuve, mais je n'étais pas certaine d'avoir réussi cette épreuve. J'attendis donc patiemment que quelqu'un s'approche de moi pour me parler.

Ce fut Carolingien qui se positionna face à moi.

- Je doute pouvoir te pardonner, m'annonça-t-il froidement.

- Tu ne serais pas le seul, le rassurai-je.

- Mais ça me fait un peu de peine de voir que tu as autant perdu de niveau, continua-t-il comme si je n'étais pas intervenue. Ce serait bien que tu joues plus régulièrement, pour reprendre de l'expérience. Enfin… Si les autres acceptent, bien sûr. Il y en a qui n'ont pas pu être présents aujourd'hui, peut-être qu'ils ne voudront pas de toi.

- Encore une fois, ils ne seraient pas les seuls.

- Mais aucun ne te lancera un Cognard en pleine mâchoire, alors ça devrait aller pour toi.

J'affichai un sourire amer. Avant que je ne puisse le remercier de ce qui devait être la preuve ultime de sa sympathie envers moi, il fit demi-tour et s'éloigna rapidement, avant de transplaner.

- Eh bien, ça aurait pu être bien pire, murmurai-je.

- C'est certain, confirma Pete. Je me souviens qu'il n'était pas du tout conciliant, en tant que capitaine des Serpentard. Je suis surpris qu'il t'accepte aussi facilement.

- Moi aussi, avouai-je en haussant les épaules. Mais je suis toujours surprise dès lors que quelqu'un m'accepte, ces dernières années, que ce soit facilement ou non.

Il afficha un sourire un peu tordu, avant de désigner Liz.

- On pensait aller dîner au pub où on t'a vue la dernière fois, ça te dit de venir avec nous ?

L'offre était alléchante, mais j'allais devoir la refuser.

- C'est sympa, mais j'ai déjà un dîner ce soir… On n'a qu'à dire que la prochaine fois que je viens jouer au Quidditch avec vous, on mange ensemble après ? Comme ça, je serai certaine de ne rien prévoir…

- Ouais, pas de problème, m'affirma Pete. Bonne soirée, Astrid !

Je saluai tout le monde avant de rejoindre la zone de transplanage qui m'était autorisée, parmi la liste fournie par le ministère de la Magie.

J'avais effectivement un dîner ce soir, et c'était avec Stiles Stuart.


Lumos

Et bonsoir ! Comment allez-vous ? Personnellement, je passe mon temps à courir, et ça ne va pas aller en s'améliorant. Heureusement que j'avais pris de l'avance sur mon écriture, hein. Avance qui est en train de diminuer, par ailleurs, hum. Bref. Merci à toutes et tous pour vos reviews sur le précédent chapitre, je note que la présence de Grace et de Stuart ne vous plaît pas énormément… Désolée, ils sont là pour un moment :D Et bien entendu, merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections !
Pour la petite histoire, la première partie, dans la boutique de Fred et Roxanne, devait être extrêmement courte. Et puis, elle a pris une ampleur folle. Je vous jure que j'essaie de me réfréner, mais… j'ai du mal. Bref. Cela donne un passage sympa, je crois, donc ne nous plaignons pas.
Allez, je vous quitte là-dessus (je me suis calmée sur ma note d'autrice, vous avez vu ?) et je vous dis juste que lors du prochain chapitre, nous aurons droit : à voir James (je ne plaisante pas), à rencontrer le nouveau conservateur du British Museum, et à beaucoup de questionnements pour Astrid. Allez, je vous abandonne là-dessus, et on se revoit très vite :) !

Nox