Mai 2032 – Partie II


On frappa à ma porte, à ma grande surprise. Je n'attendais qu'une seule visite, et c'était celle d'un agent du ministère de la Magie pour me débarrasser de mon Épouvantard.

- Eh bien ! se moqua l'horloge. Ils ont été rapides, cette fois ! Comme quoi, les fonctionnaires du ministère de la Magie peuvent être efficaces… Et ils font même des heures supplémentaires !

Je retins un sourire moqueur, même si je n'en pensais pas moins, et me dépêchai d'aller leur ouvrir, malgré l'heure tardive.

Sauf que je perdis mon sourire en voyant qui me faisait face.

- Toi !

- Moi, me confirma Harry Potter, l'air sombre.

Le sorcier à la tête des Aurors se tenait effectivement devant ma porte, alors que je lui avais signifié à plusieurs reprises que je ne souhaitais pas le voir.

Je poussai ma porte d'entrée pour la claquer, mais il posa une main ferme dessus, m'empêchant de la fermer. Je lui lançai un regard rempli de fureur.

- Je n'ai aucune envie de te parler, grondai-je.

- Soit on discute ce soir, chez toi, soit tu apprends beaucoup de choses demain, dans les journaux, sans le contexte, et tu m'en voudras encore plus que tu ne m'en veux actuellement, rétorqua-t-il vertement. Tu préfères quoi, Astrid ?

- Franchement ? L'idée est tentante de tout apprendre demain, me moquai-je d'un ton mauvais. Ce ne peut pas être aussi horrible que cela, n'est-ce pas ? Je n'ai rien à me reprocher, pour une fois…

Ce qui était la stricte vérité. J'étais calme, je ne faisais aucune vague. J'étais une citoyenne modèle, polie, même envers ceux qui ne voulaient pas me croiser et estimaient que ma place était à Azkaban. La parfaite Invisible réinsérée.

Harry me parlait des journaux uniquement pour m'effrayer, mais je n'étais pas une licorne née de la dernière pluie. Je ne comptais pas me faire avoir aussi stupidement.

Harry ouvrit sa cape de travail, et en sortit cinq quotidiens, auxquels je ne jetai même pas un simple coup d'œil. Je ne comptais pas me laisser impressionnée par si peu. Il glissa les quotidiens sous son bras gauche, et en tira une enveloppe que je n'avais pas remarquée. Encore une fois, je ne lui accordai presque aucune attention. Je n'allais pas tomber dans son piège.

- La dernière fois que nous nous sommes vus, je t'ai posé une question.

- Tu m'en as même posé plusieurs, me rappelai-je. Notamment, comment traquer une ancienne collègue, pour te battre à sa place contre les Rapaces Nocturnes.

- Oui. Je t'ai aussi demandé si tu avais eu des nouvelles de Cassy Jump, dernièrement.

- Effectivement, me moquai-je. Si tu viens une nouvelle fois pour…

Mais Harry ne me laissa pas terminer ma phrase.

- Et des nouvelles de Camille Guzzo, tu en as eu ?

J'eus du mal à réfréner un éclat de rire. À vrai dire, la seule chose qui m'empêcha de rire, c'est que Harry me mit sous le nez l'enveloppe qu'il avait en main, et que je reconnus l'écriture dessus.

C'était celle de Camille.

Abasourdie, je ne parvins pas à l'empêcher de me pousser. Harry pénétra alors dans mon appartement sans que je ne lui oppose aucune résistance, m'entraînant d'une main ferme derrière lui, refermant d'un coup de baguette magique la porte d'entrée. Il me guida jusqu'au salon, me fit asseoir, et s'installa en face de moi. Je réagis enfin, me sentant stupide d'avoir été dupée par un subterfuge aussi simplet.

- Une enveloppe avec l'écriture de Camille ? Oh, Merlin, Harry. C'est vraiment un stratagème peu digne de ta part. Il existe plein de documents avec son écriture, et si c'est le seul moyen que tu as trouvé pour me parler, c'est…

- Par Merlin, Astrid ! s'exclama Harry. Ce n'est pas drôle ! Définitivement pas drôle ! J'ai autre chose à faire de mes journées que d'apprendre que des Invisibles que je pensais morts sont en réalité en vie ! Camille Guzzo, que tu affirmes être mort, est en réalité en vie, et ça te met également dans une situation délicate, alors remballe tes sarcasmes avec moi, parce que tu vas en avoir besoin pour te défendre, et ce dès demain !

Il jeta les journaux sur ma table basse, et j'observai les titres des journaux du lendemain, qui faisaient tous état des mensonges du Bureau des Aurors.

Et de l'Invisible Anglaise remise en liberté – moi.

- C'est quoi encore, ce bordel ? Et pourquoi as-tu déjà ces journaux entre tes mains ?

- Parce que la situation est sur le point d'exploser, Astrid, voilà pourquoi j'ai déjà ces journaux entre mes mains ! Et pour essayer de réparer les pots cassés avant que tout ne soit trop tard.

Il se prit la tête entre les mains, laissant apercevoir son désespoir par ce simple geste. Je ne comprenais plus rien. Harry m'affirmait que Camille était en vie, les journaux parlaient de mensonges. Je manquais cruellement d'informations pour tout comprendre, et Harry était de toute évidence dans un sale état.

- Tu veux un thé ? demandai-je abruptement.

- Tu n'aurais pas un alcool fort, plutôt ?

- J'espérais que tu dises ça. Je reviens tout de suite.

Je partis chercher des verres et des boissons, remarquant que mes mains tremblaient légèrement. Était-ce du stress, de l'excitation, de la peur ? Je ne savais pas exactement, mais j'avais conscience que je n'étais pas maîtresse de tout ce qui se passait. J'avais des milliers de questions qui se bousculaient dans ma tête, et Harry possédait un certain nombre de réponses.

Sauf que je lui en voulais toujours.

Je revins avec les deux verres et du whisky Pur Feu.

- J'ai aussi de l'alcool encore plus fort, si besoin.

- Prépare la bouteille, on en aura sûrement besoin à la fin de cette conversation.

Je hochai la tête, et fis ce qu'il me demandait, avant de retourner m'asseoir.

- Alors ? demandai-je d'une petite voix.

- Camille Guzzo est en vie. Voilà, lâcha Harry avec rudesse.

- J'ai encore du mal à le croire…

- Et pourtant, c'est la stricte vérité.

Il lâcha une dizaine de jurons, ce qui était très surprenant de la part de Harry. Ce qui ne lui ressemblait pas davantage, c'est ce qu'il fit ensuite : je le vis descendre d'un trait son verre, et se resservir aussitôt.

- Tu es venu simplement pour vider mes réserves d'alcool ? m'enquis-je.

- Garde tes traits d'humour pour la fin de cette conversation, me conseilla Harry.

Je le fusillai du regard, mais ne dis rien de plus, attendant qu'il se décide à me donner plus d'explications sur son attitude – et sur son affirmation que Camille était en vie. Car tant que je n'en avais pas la preuve, je resterais persuadée que Harry disait cela uniquement pour me provoquer.

Harry se passa une main sur son visage fatigué, mais je me retins d'éprouver de la compassion pour lui. Il voulait chasser les Rapaces Nocturnes, par Merlin. Je devais garder cette idée en tête. Je lui en voulais pour cela. Je ne devais pas oublier ce que je ressentais à son égard.

- Si seulement tu avais accepté de répondre à mes courriers, marmonna Harry. On n'en serait pas là aujourd'hui…

Un puissant sentiment de colère tourbillonna, et je serrai la mâchoire pour être certaine de ne pas exploser trop rapidement.

- Peut-être que j'aurais répondu à tes lettres si tu n'avais pas pris la stupide décision d'aller à la rencontre des Rapaces Nocturnes, rétorquai-je avec verve.

Harry me fusilla du regard une nouvelle fois. J'avais depuis longtemps pris l'habitude que nous nous disputions lorsque le sujet des Invisibles et, par extension, des Rapaces Nocturnes, était abordé. Cela fonctionnait toujours ainsi entre nous deux, au grand désespoir de James, qui avait toujours espéré que nous cessions d'en parler, tout simplement.

Harry se mua dans un silence colérique, et j'eus envie de le suivre dans cette voie. Mais j'avais aussi appris à exprimer ce que je voulais exprimer, plutôt que de tout garder pour moi, jusqu'à exploser – ou partir sur un coup de tête.

- Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je.

Ou bougonnai-je, selon le point de vue.

- Ah, ça t'intéresse maintenant ?

- Eh bien, tu es arrivé dans mon salon, tu tires une tête d'enterrement, tu comptes vider mes réserves d'alcool, tu me parles de journaux, de Camille en vie, de Rapaces Nocturnes… Alors, pour être honnête, j'aurais aimé rester dans l'ignorance encore un moment, mais de toute évidence, tu ne comptes pas me laisser tranquille. Alors, ouais, ça m'intéresse, mais c'est uniquement parce que je n'ai pas le choix. Est-ce que tu peux reprendre tout depuis le début ?

- Ouais, je dois pouvoir faire cela, grommela Harry.

Il regarda sa montre.

- Tu reçois les journaux du soir ?

- Non, uniquement ceux du matin. Mais je reçois Le sorcier qui se lève tôt en première édition, le hibou arrive vers six heures du matin. Pourquoi, tu penses qu'on sera encore debout à six heures du matin ? plaisantai-je.

- Je ne sais pas, grommela Harry. Je ne sais plus grand-chose, ces derniers jours…

Il termina d'un trait son verre, et sans se gêner, se resservit. Je fis comme lui, et il me tendit la bouteille, dont je versai une dose dans mon verre.

Et puis, le silence reprit ses droits dans le salon.

- Je peux savoir à quoi je bois ? m'enquis-je finalement, au bout de cinq minutes qui me parurent durer des heures.

- Aux organisations qui fonctionnent dans l'ombre, qui sont démantelées et, pourtant, qui continuent d'être mon plus gros dossier. Tu as conscience que je dois prendre ma retraite, un jour ? J'aimerais bien que les Invisibles ne soient qu'une histoire ancienne, ce jour-là.

Je soupirai.

- Ce ne sera jamais une histoire ancienne, pour toi. Tu y penseras toujours, tant que l'un d'entre nous sera vivant.

- Je déteste quand tu as raison sur un aspect de ce dossier, tu le sais, n'est-ce pas ? grommela Harry.

- Ouais, on a eu plusieurs disputes à ce sujet, ces dernières années, rétorquai-je. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Harry souffla, apparemment peu ravi de devoir se plonger dans des explications. Mais c'était lui qui était venu jusqu'ici. J'aurais très bien pu continuer à vivre dans l'ignorance, pour ma part.

- Peu de temps après t'avoir demandé de venir me voir, en mars, on a appris qu'un autre Rapace Nocturne était décédé, m'apprit Harry. Ce qui ne nous surprenait pas tant que ça, étant donné que Cassy Jump avait affirmé qu'elle était à leur recherche. On s'est également dit que, si elle en croisait un aussi rapidement, c'était certainement parce qu'ils paniquaient, parce qu'ils ne savaient plus où se cacher.

- C'est mal connaître les Rapaces Nocturnes que de dire cela, lui fis-je remarquer. Tu comprends pourquoi je ne suis pas du tout sereine à l'idée que tu les recherches…

- Oui, oui, je connais ton opinion sur ce sujet, pesta Harry. Mais attends. Je t'ai simplement dit que nous avions appris qu'un autre Rapace Nocturne était décédé. La lettre d'information est venue de la même manière que la dernière fois. En fait, on s'est dit que Cassy Jump nous présentait juste un décès de plus. Et puis, un Auror, en regardant un peu plus attentivement les photos… Oui, parce que Cassy Jump nous a, à nouveau, envoyé des photos… on a réalisé qu'elle était sur les photos. Donc que quelqu'un la prenait en photo.

Je haussai un sourcil de surprise.

- Et ? L'appareil photo a pu être ensorcelé, et…

- On voyait une ombre. Une ombre au-dessus de Cassy. L'ombre d'une autre personne.

Je secouai la tête.

- Cela ne veut pas dire qu'il s'agit de Camille, rétorquai-je. Je l'ai vu tomber !

Je haïs ma voix en cet instant, qui partit dans des aigus que je souhaitais ne jamais atteindre. Mais la situation me faisait perdre le contrôle ténu que j'avais de ma vie, et de mes réactions.

- Il est tombé de la falaise, rappelai-je à Harry. Il n'aurait pas pu s'en sortir. Cette ombre, elle peut appartenir à n'importe qui ! Un autre Invisible, que Cassy aurait croisé par hasard… Il y a d'autres Invisibles en fuite ! Jones, par exemple. Ou bien…

Je me tus, haletante. J'avais du mal à réfléchir. La situation échappait à mon contrôle, et je ne comprenais plus rien.

- Cela pourrait, oui…, commença Harry d'une douce voix. Mais ça ne l'est pas.

- Ah ? Et comment en es-tu sûr ?

- Parce que je te parle du premier décès d'un Rapace Nocturne. Il y en a eu un autre, la semaine dernière.

J'eus du mal à retenir un rictus satisfait. Enfin, des Rapaces Nocturnes mouraient. Le monde allait pouvoir tourner un peu plus sereinement.

- Il a été tué à la manière de Camille Guzzo.

J'effaçai rapidement mon sourire.

- Cela ne veut rien dire. N'importe quel Invisible connaît les méthodes de Camille, et…

- Et Camille Guzzo a tenu à prendre une photo avec lui, pour nous prouver qu'il était bien en vie.

J'entendis l'agacement dans la voix de Harry, et je reconnus sans peine les méthodes de Camille. Se moquer des Aurors, faire tourner en rond tous ceux qui le connaissaient…

Pourtant, j'avais encore des doutes. Je n'arrivais pas à croire à la résurrection de Camille. Je devais le voir de mes propres yeux.

Je n'eus pas besoin de formuler ma pensée à voix haute. Harry sortit une enveloppe, sur laquelle était noté « 3/14 », chiffres qui surmontaient les trois rapaces qui représentaient le symbole des Rapaces Nocturnes.

Je fermai les yeux. Cassy était bel et bien partie en vendetta contre les Rapaces Nocturnes, elle en avait déjà tué deux. Et un troisième venait d'être assassiné, apparemment par une autre personne que Cassy.

Apparemment par Camille.

Je pris une légère inspiration, ouvris l'enveloppe, en tirai les parchemins. Et tombai immédiatement sur la photo de Camille, à côté d'un Rapace Nocturne, dont le visage était figé dans une expression de terreur profonde. Camille aimait toujours autant jouer avec sa proie, jusqu'à ce qu'elle se sente acculée, terrorisée. Qu'elle retrouve ses plus bas instincts, les plus primaires. Jusqu'à ce qu'elle redevienne animale.

J'aurais pu douter. J'aurais pu affirmer qu'il s'agissait de quelqu'un qui avait pris les traits de Camille.

Je savais qu'il n'en était rien. La baguette que tenait la personne sur la photo était la baguette de Camille qui n'avait pas été retrouvée.

Camille était en vie.

- L'enfoiré, murmurai-je sans parvenir à me retenir.

J'avais pleuré sa mort, par Merlin. J'avais maudit Dylan de m'empêcher d'offrir à Camille une sépulture décente, de lui offrir une cérémonie comme nous le faisions pour les Invisibles tombés au combat.

J'avais pleuré la mort de Camille !

Et tout cela pour rien.

La colère qui m'envahit était puissante, incontrôlable.

- Astrid…

- Oh, non, pas la peine d'essayer de me calmer, grondai-je en direction de Harry.

- Je comprends ton état.

- Tu en es certain ? crachai-je.

- Disons que j'arrive à comprendre ce que tu peux ressentir… Mais nous avons d'autres choses à discuter. Tu ne peux pas laisser la colère t'aveugler.

Je levai un visage livide vers Harry, déglutissant difficilement, essayant de ravaler ma colère.

Je n'y parvins pas.

- Je comprends en tout cas que cela peut te déstabiliser… Mais tu dois me promettre de ne pas faire de bêtises, d'accord ? Le fait que Camille ne soit pas mort ne doit pas te faire revenir en arrière, te donner envie de partir sur les traces des Rapaces Nocturnes. C'est une mauvaise idée. Laisse les Aurors gérer cela.

Je me figeai d'instinct, réalisant alors quelque chose que j'avais omis d'essayer de comprendre.

James n'avait pas parlé à son père de ma stupide volonté de partir à la chasse aux Rapaces Nocturnes, deux mois plus tôt. Malgré tout, malgré le mépris qu'il avait ressenti pour moi, James avait su se taire, et laisser son père en dehors de cela. Si Harry avait été au courant, il serait en train de me faire la morale, plutôt que de me demander de faire attention. Je le connaissais assez pour avoir conscience de cela.

Bien qu'il m'ait vue sur le point de céder, de glisser du mauvais côté de la pente, il avait préféré me laisser seule avec ma décision et ses conséquences, plutôt que de faire remonter aux Aurors ma volonté d'outrepasser les conditions de ma réinsertion.

Je hochai la tête pour rassurer Harry, et lui fis signe de poursuivre.

- Camille nous assure, dans le parchemin qu'il a envoyé, qu'il a tout fait pour que tu croies à sa mort, et que tu n'étais pas au courant qu'il avait réussi à en réchapper. Il dit également qu'il en avait marre de rester dans l'ombre, et que c'est pour ça qu'il a voulu prouver à tous qu'il était en vie. Il ne veut pas que Cassy récupère tous les lauriers de la chasse aux Rapaces Nocturnes.

Je serrai la mâchoire. C'était totalement une réflexion que Camille pouvait faire.

J'avais pleuré sur sa mort, et cet imbécile se pavanait.

Il avait plutôt intérêt à ce que je ne croise jamais sa route, je me ferais un plaisir de le tuer réellement, cette fois.

- J'en ai rien à faire de ce que Camille peut assurer, grondai-je finalement.

Ma voix semblait parvenir d'outre-tombe. Harry pâlit, et je le vis faire un mouvement de main vers sa baguette – pour m'arrêter, me contrôler, se protéger ? Aucune idée. Mais je n'avais pas les idées assez claires, ni l'esprit assez reposé, pour analyser correctement ce qu'il comptait faire. Je savais juste que ma part d'Invisible prenait le dessus, et que c'était ce qui poussait Harry à être sur ses gardes.

- Camille n'est pas mort, grommelai-je. Il aura tout fait pour me rendre folle. Même dans sa mort, il arrive à se rendre détestable, ris-je amèrement.

- Je sais, dit doucement Harry.

- Oh, non, tu ne sais pas, persiflai-je. Je ne crois pas que tu aies déjà eu à expérimenter ce que je ressens, actuellement.

Le silence de Harry fut la réponse dont j'avais besoin. En effet, Harry n'avait jamais eu à vivre la même expérience que moi – ce qui valait peut-être mieux.

Je me laissai tomber dans un fauteuil de mon salon, l'esprit embrouillé, la rage au ventre et la dépression qui pointait le bout de son nez.

Camille était en vie.

- Je… ne sais pas quoi te dire, Astrid, murmura Harry. C'est un bordel sans nom, chez les Aurors, au Département de la justice magique, chez les journalistes…

J'avais la rage au ventre, certes, mais je n'allais pas ne rien écouter pour autant. J'avais appris à laisser de côté mes émotions trop vives, trop Invisibles, pour maîtriser mes réactions violentes liées à cette partie de ma personnalité. Je réapprenais à réfléchir avant d'agir.

J'inspirai profondément. Je vis Harry qui se détendait légèrement – preuve, s'il en était, que j'avais eu l'attitude d'une Invisible quelques secondes auparavant.

- Donc, Camille est en vie, et avec Cassy, ils sont tous les deux à la recherche des Rapaces Nocturnes décédés.

- C'est cela, confirma Harry. On ne comprend toutefois pas pourquoi Camille s'est décidé à se mettre à nouveau en avant, il aurait pu rester dans l'ombre pendant longtemps. Ton témoignage était solide, on le pensait réellement mort, et puis, nous avions sa baguette principale au moment de sa fuite…

Je secouai la tête.

- Camille est fier, lui rappelai-je. Il ne pouvait pas rester indéfiniment dans l'ombre, ne pas rappeler son existence au monde. Quant à sa baguette… Harry, nous avions tous deux baguettes, minimum, en tant qu'Invisible. Nous étions les personnes les plus aptes à nous adapter à de nouvelles baguettes magiques et, plus encore, nous sommes capables de déterminer très rapidement, sans l'aide d'un professionnel, quelle baguette nous convient dans un magasin. Autant te dire que changer de baguette est un jeu d'enfant, pour nous.

Harry hocha la tête. Pour lui, cette facette des Invisibles était incompréhensible. Il n'avait toujours eu qu'une seule baguette, et avait fait en sorte de ne jamais s'en séparer. Il était très fier, lors des repas de famille des Potter et Weasley, de rappeler qu'il avait toujours la baguette magique qui l'avait choisi chez Ollivander, à ses onze ans.

- Bon, Camille est en vie. C'est un bordel pour vous, je le comprends, soufflai-je. Mais moi, qu'est-ce que je viens faire là-dedans ? Et pourquoi est-ce que j'aurais menti ? ajoutai-je en rappelant la désignation qui m'était donnée sur un des journaux que Harry avait amenés.

- A. H., dit-il sombrement.

Je haussai un sourcil de surprise.

- Je ne sais pas qui c'est…

- Je m'en doute, répondit Harry. Mais A. H., lui, sait qui tu es, et insiste sur le fait que tu étais la seule à avoir vu Camille Guzzo mourir, et que personne n'a utilisé aucun Veritaserum sur toi pour démonter ton affirmation. Il affirme également que tu es fidèle aux Invisibles, au point de préférer nous mentir et ne pas nous dévoiler comment trouver des Rapaces Nocturnes, plutôt que de t'allier à nous.

Je me figeai, glacée par l'effroi. Cela sonnait comme une tournure enjolivée – et entièrement à l'avantage des Aurors – de la dispute qui avait eu lieu entre Harry et moi, deux mois plus tôt.

- Il insiste également sur le fait qu'en tant qu'ancienne Invisible réinsérée, tu as un devoir envers nous, et que tu devrais nous aider, quelles que soient tes convictions…

Harry se tut, mais j'avais assez d'intuition pour comprendre que sa phrase n'était pas achevée.

- Sinon quoi ? m'enquis-je, la boule au ventre.

- Sinon, tu trahirais le ministère de la Magie, et toute la communauté sorcière, en restant silencieuse.

Je serrai les poings sur mes genoux, enragée.

- Quoi que je fasse, commençai-je d'une voix sourde, ou que je ne fasse pas, cela se retourne toujours contre moi. Toujours.

Un silence de plomb tomba entre Harry et moi. Il nous resservit à boire, et je l'en remerciai d'un faible geste de la tête.

- Je suis désolé, Astrid. Sincèrement. J'aimerais que l'opinion populaire soit de ton côté, un peu plus tout du moins, mais…

Il n'acheva pas sa phrase. Il n'y avait, de toute manière, pas de bonne façon de terminer cette phrase. J'étais abasourdie par cet acharnement qui avait lieu contre moi.

- C'est quoi, maintenant, la suite ? demandai-je d'une voix dégoûtée. A. H. affirme que je sais des choses sur les Invisibles et que je ne veux pas vous aider…

- Ce qui est partiellement vrai, me rappela Harry.

- Il insiste également sur le fait que je devrais vous aider, qu'il s'agit de mon devoir de citoyenne sorcière, et ensuite ? C'est tout ?

- C'est déjà beaucoup, tu ne trouves pas ? rétorqua Harry.

Je haussai les épaules, désabusée. Oui, c'était beaucoup de choses. Tout du moins, de son point de vue. Personnellement, lorsque j'analysais la situation, la seule chose qui me posait réellement souci, c'était d'apprendre que Camille était en vie, finalement.

- La suite, se décida finalement Harry, c'est toi qui me fais la promesse de ne pas aller sur les traces de Camille Guzzo et Cassy Jump…

- Aucune chance, murmurai-je entre mes dents, sans révéler à Harry que j'avais failli rejoindre Cassy deux mois plus tôt.

- La suite, c'est également toi qui me jures que tu ne comptes parler à personne des conversations que toi et moi avons pu avoir.

Je haussai les épaules. Je ne voyais pas avec qui j'aurais pu en parler.

- Je ne plaisante pas, Astrid. Nos conversations ont fuité, d'une manière ou d'une autre…

Je levai les yeux au ciel, presque amusée par le côté mélodramatique de Harry.

- N'exagère pas. Les journalistes lancent des hypothèses, et il s'avère qu'en l'occurrence, leurs hypothèses sont plutôt proches de la vérité…

- Elles ne sont pas proches de la vérité, elles sont la vérité, nuança Harry. Et certains échanges qui ont eu lieu dans le Bureau des Aurors, qui n'auraient jamais dû atterrir dans ces journaux, sont rapportés par A. H.

Je me tus, soudainement soucieuse. Harry ne prononçait pas les mots qui semblaient l'effrayer, mais je le connaissais assez pour comprendre son langage silencieux. Il y avait une taupe au ministère de la Magie, et ce n'était définitivement pas une bonne chose.

- Très bien, je serai aussi sage qu'un niffleur devant un bijou en toc, soufflai-je. C'est tout ?

- Non. Dis également à ton responsable que ses demandes n'ont aucune chance d'aboutir, à l'heure actuelle.

- Je ne suis pas sa secrétaire, dis-lui toi-même, rétorquai-je, vexée.

Harry m'adressa un regard lourd de sens, et je compris alors pourquoi il venait de me dire cela.

- Oh. Ses demandes me concernent, devinai-je.

- Exactement. Et il est hors de question de laisser une ancienne Invisible sortir du territoire actuellement, alors même que nous apprenons qu'un Invisible qui est censé être décédé est en réalité vivant.

Ma tête commençait à tourner. J'avais bu vite, trop vite. Pour autant, malgré les signes avant-coureurs, je ne pus m'empêcher de me verser un autre verre. Harry me tendit le sien.

- Il ne va pas être content, il a l'air d'être effroyablement optimiste, et détester ne pas obtenir ce qu'il souhaite.

- Je préfère contrarier une seule personne plutôt que devoir répondre à la communauté sorcière des décisions qui sont prises concernant ta réhabilitation. Et la ministre de la Magie est d'accord avec moi, tout comme la cheffe du Département de la justice magique.

- Eh bien si tout le monde est d'accord pour m'empêcher de sortir du territoire, je n'ai plus qu'à me cantonner au Royaume-Uni, bougonnai-je.

Harry poussa un profond soupir, avant de regarder l'heure et de se lever rapidement.

- Tu dois déjà partir ?

- Ouais. J'ai des comptes à rendre quant à ces informations qui sont parues dans les journaux, des sorciers à rassurer, des Aurors à envoyer sur différentes pistes, et une femme à qui annoncer que les heures supplémentaires vont encore s'accumuler. Ma journée est loin d'être terminée.

Je me levai également, légèrement gauche. La dernière fois que nous nous étions vus, je lui avais fait comprendre que je ne souhaitais plus le voir, si jamais il persistait à vouloir poursuivre les Rapaces Nocturnes. Aujourd'hui, il venait m'annoncer qu'un ancien collègue était toujours en vie – alors que j'étais persuadée de l'avoir vu mourir. Je lui en voulais toujours de sa première décision, bien sûr, mais je n'étais pas certaine d'être prête à le voir quitter mon appartement. J'avais trop peur de ce qui allait se passer dans ma tête, dès lors que je serais seule, et prête à ressasser ce que je venais d'apprendre.

Harry m'adressa un sourire tordu. Je devinai sans peine que son cheminement de pensées était proche du mien.

- Tu es toujours la bienvenue chez nous, si jamais… tu le veux, me dit-il finalement. Pour juste nous saluer, prendre des nouvelles… On est toujours prêts à t'accueillir, Ginny et moi.

Je serrai les lèvres. Mes sentiments étaient contradictoires, mais j'étais aussi fatiguée, et affaiblie moralement par la nouvelle que je venais d'apprendre. Et puis, par Merlin ! Est-ce que je n'en avais pas marre, d'être tout le temps en colère ?

Si. Définitivement.

- Merci. Je… passerai peut-être, finis-je par dire du bout des lèvres.

Le sourire de Harry me parut plus sincère.

- Officiellement, je n'avais pas à passer te voir, me dit-il. Mais je trouvais cela plus correct que tu l'apprennes de ma bouche.

- Je te remercie pour ça.

- Bien sûr, tu n'es au courant de rien concernant notre travail sur le dossier des Invisibles. Si jamais on devait apprendre que je te tiens informée des avancées de l'affaire…

Il soupira, et se passa une main sur le visage.

- Pour le moment, les Aurors pensent que je te demande simplement de nous fournir des informations, et que tu refuses de nous les donner. Seul Clemens en sait plus que les autres. Mais avec les fuites qui viennent de sortir, je me demande si je ne devrais pas éviter de lui parler de cette entrevue…

Clemens était l'Auror pressenti pour prendre la suite de Harry à la tête du Bureau des Aurors – quand ce dernier se déciderait à prendre sa retraite. Il m'avait toujours paru plutôt juste, et je doutais qu'il puisse être une taupe, il n'en avait pas le profil.

- Essaie un coup de bluff, suggérai-je à Harry. Dis-lui que tu m'as parlé ce soir, que j'ai été au courant des fuites avant de lire les journaux. Si jamais un jour l'information paraît quelque part, tu sauras qu'il n'est pas fiable…

Harry grimaça. Il ne semblait pas décidé à agir ainsi.

- Merci du conseil, me dit-il tout de même. Je dois y aller… Bonne soirée, Astrid.

Il loucha sur la bouteille.

- Merci pour les verres. Et, par Merlin… Ne fais pas de bêtises.

Il m'adressa un regard lourd de sens. Je déglutis, avec l'impression d'être soumis à un interrogatoire silencieux. Après un dernier hochement de tête, Harry se dirigea vers la sortie de mon appartement, et la porte n'avait pas encore claqué que l'horloge prit la parole.

- Camille est en vie… Quel petit con !

Je sursautai, et fixai l'horloge. L'horloge était là depuis des années, et lorsque j'étais sortie d'Azkaban, je l'avais récupérée.

Sous l'emprise d'un sortilège.

Un sortilège lancé par Camille.

- Quelle idiote, sifflai-je alors.

- Pardon ? Sois plus polie ! s'insurgea l'horloge.

- Je parle de moi ! T'étais figée ! Alors que Camille était censé être décédé, tu étais encore figée, son sortilège n'avait pas été levé… J'ai été stupide, j'aurais dû comprendre qu'il était encore en vie !

- Oh, dit simplement l'horloge.

- Merde, mais quelle idiote ! pestai-je.

Je pestai principalement car je m'en voulais d'avoir pleuré la mort de Camille, bien sûr. Mais je pestai aussi parce que je devais m'occuper l'esprit en ne pensant pas aux Invisibles. Tout mon corps frétillait d'excitation. Je n'avais qu'une envie : partir. Suivre la trace des Invisibles, rejoindre Camille et Cassy. Sauf qu'au contraire de mon état deux mois plus tôt, j'arrivais à garder pied avec la réalité, et à décréter rapidement que ce n'était pas une bonne idée. Je ne devais pas partir, je ne devais pas prendre mon sac à dos…

Pourtant, rien à faire. À chaque fois que j'essayais de penser à autre chose, mes pensées me ramenaient vers mes affaires de voyage. Je serrai les poings, me mordis la lèvre inférieure en essayant de me faire saigner, espérant ainsi rester proche de la rationalité.

Je bouillonnai. J'avais envie de partir en chasse des Rapaces Nocturnes, alors que j'avais conscience que je n'étais plus en mesure de me battre contre eux – du moins, pas toute seule. Je n'avais plus d'entraînement, je perdais mes réflexes d'Invisible.

Je devais me raisonner.

Je savais que pour me raisonner, j'avais besoin de quelqu'un. Je savais qu'à une époque, la meilleure personne pour me raisonner aurait été James.

Sauf que James risquait de prendre peur en me voyant dans un tel état, et peut-être que cette fois, il avertirait son père de ce que j'avais failli faire, deux mois plus tôt – et que je pourrais refaire ce soir même. De plus, James m'avait demandé de prendre des distances.

J'étais coincée, sans James. Mais je ne pouvais pas rester seule. C'était dans les moments de solitude que je prenais des décisions irrationnelles.

Non, je ne devais pas rester seule.

Je glissai ma baguette magique dans ma manche, et me dirigeai vers la porte de mon appartement.

- Euh… Je dois prévenir quelqu'un que tu comptes faire une connerie ? s'enquit l'horloge.

- Non. Je ne compte pas faire une connerie, la rassurai-je.

Enfin, il ne me semblait pas.

Je quittai mon appartement, et allai toquer à la porte de Stiles Stuart. J'attendis un moment, mais des bruits de pas finirent par se faire entendre, et il m'ouvrit la porte, les yeux bouffis par le sommeil. Je réalisai alors qu'il était presque minuit.

- Astrid ? marmonna-t-il. Il y a un problème ?

- Désolée. Je viens de réaliser l'heure qu'il est. Euh… Tu te souviens de notre dernière conversation ? demandai-je d'une petite voix. Quand tu m'as dit que je te plaisais ?

Tout à coup, il me parut bien plus éveillé. Il acquiesça.

Je me lançai, avec la sensation de me jeter dans l'enclos d'un dragon sans avoir rien préparé, espérant que l'improvisation allait m'éviter l'humiliation la plus totale.

- Tu me plais aussi. Et j'aime passer du temps avec toi. Pas juste parce qu'on est deux anciens camarades.

Il ne dit rien, paraissant complètement abasourdi. Je réalisai à quel point j'avais été abrupte.

- Et aussi, j'ai un Épouvantard dans mon placard, et il fait un bruit abominable ce soir.

Ce qui était entièrement faux, mais il ne pouvait pas le savoir.

- Tu veux que je m'en occupe ?

- Non. Mais je peux dormir chez toi, ce soir ? S'il te plaît ?

Je n'étais pas certaine que ce que je venais de dire soit entièrement cohérent. Mais cela l'était assez pour que Stiles Stuart me fasse entrer chez lui. Et si je n'étais pas seule, je ne risquais pas de prendre une décision stupide.

.

.

.

Je me décalai dans l'ombre de la devanture d'une boutique du Chemin de Traverse, rabattant ma capuche sur ma chevelure blonde qui, ces derniers jours, me paraissait aussi visible que le nez au milieu de la figure.

En réalité, ce n'était pas mes cheveux qui étaient visibles.

C'était toute ma personne.

J'avais naïvement cru que les regards de travers et les chuchotements n'allaient pas reprendre suite aux révélations d'A. H. J'avais été très stupide de penser ainsi. Depuis une semaine, un concours paraissait lancé parmi les sorciers, et le vainqueur serait celui qui me regarderait le plus de travers.

Je haïssais ce que je vivais en ce moment. J'aurais voulu disparaître dans le trou d'une petite souris, devenir aussi invisible qu'un Demiguise.

La situation était tellement délicate que j'avais renoncé à me rendre au British Museum ces derniers jours, alors que Thésée Meadowes voulait que nous discutions ensemble d'un nouvel angle d'attaque pour convaincre le ministère de la Magie de me laisser sortir du territoire. Je préférais travailler de chez moi – c'était plus sûr. Stiles lui-même, qui m'avait pourtant dit qu'il préférait ne pas parler de mon passé chez les Invisibles, n'était pas à l'aise à l'idée de me savoir seule dans la rue. Il préférait attendre que la situation se calme, et j'étais plutôt d'accord avec lui.

Mais je devais tout de même sortir de chez moi pour ne pas dégrader ma santé mentale. Avoir été une Invisible avait développé mon besoin de bouger, régulièrement, beaucoup. Et faire du sport aux aurores n'était pas suffisant.

Je me glissai de devanture en devanture, ravie de constater qu'à cette heure-ci, les rues étaient assez désertes pour que je ne me retrouve pas coincée dans une foule peu amène.

Je finis par atteindre ma destination, et enlevai ma capuche en réalisant que le magasin où je me rendais était désert. J'entrai, et laissai la porte claquer derrière moi. La personne derrière le comptoir leva la tête pour me saluer, souriante.

Et se décomposa en me reconnaissant.

- Oh, voyons, soufflai-je, presque amusée. On se connaît depuis des années, tu ne vas pas tirer cette tête maintenant que les journaux parlent une fois de plus de la vilaine Invisible que j'ai été, pas vrai, Mélina ?

Mélina Wilson déglutit derrière son comptoir.

- Non, c'est juste que, euh… Je ne pensais pas te voir aujourd'hui.

Je haussai un sourcil.

- Comme tu ne pensais pas me voir ces dernières semaines ? Comme tu évites de répondre à mes hiboux ? Comme tu m'évites soigneusement ? insistai-je.

J'étais agacée de son comportement, mais aussi amusée de la voir perdre ses moyens. Je n'avais pas grand-chose pour me divertir ces derniers temps, et je devais reconnaître que voir Mélina perturbée m'amusait un peu.

- J'ai beaucoup de travail, murmura Mélina. Et je me disais que c'était plus pratique pour toi de passer commande, puis que je t'envoie ce dont tu as besoin par hibou postal, et…

Je traversai sa boutique, passai derrière le comptoir, et m'installai sur son tabouret, la déstabilisant encore plus.

- Il y a des choses qui ne peuvent pas se dire par hibou postal, Mélina.

- Ah ?

- Ouais. Comme le fait que tu fréquentes Fred Weasley, et que tu ne m'en as jamais parlé, par exemple.

Le teint de Mélina vira au rouge pivoine, et je ressentis une pointe de pitié. J'aurais pu amener le sujet avec plus de délicatesse. Mais après tout, elle avait entretenu le mystère pendant des semaines – des mois, même ! – et si je savais que Mélina était discrète, je devais reconnaître que j'étais quelque peu vexée d'avoir été mise de côté.

Beaucoup souligneraient l'ironie que je sois celle à être vexée, mais avoir été une Invisible ne devait pas pousser mes amis à me dissimuler leur vie.

- Je savais que c'était une mauvaise idée que vous alliez ensemble à la cérémonie du deux mai, souffla Mélina. Fred n'allait pas être capable de te le dissimuler…

Je me souvins de ce que j'avais promis à Fred.

- En réalité, c'est moi qui ai deviné, et…

Le regard de Mélina me figea sur place, et je me tus instantanément.

- Astrid, c'est gentil de vouloir le protéger, mais je commence à le connaître assez pour savoir qu'il ne lui a pas fallu beaucoup pour dire que nous étions ensemble, n'est-ce pas ?

Je grimaçai. Je penserais à présenter des excuses à Fred pour ne pas l'avoir soutenu sur ce point.

- Bon, mentir frontalement n'est pas le point fort de Fred Weasley, c'est certain, reconnus-je.

- De toute manière… Il n'y a pas vraiment de raisons qu'on ne vous en parle pas, marmonna Mélina.

- Et pourtant, tu t'es bien gardé de m'en parler, jusqu'à présent… Pourquoi ? demandai-je doucement.

- Oh, par Merlin, Astrid ! souffla Mélina. Je ne te parle jamais de mes relations, parce qu'elles ne durent jamais, parce que je n'en ai pas envie, parce que j'ai plein d'insécurités, et… pourquoi tu te retiens de rire ?

Je repris un air sérieux.

- Rien. Enfin, c'est juste que tu t'analyses bien mieux que moi. Alors que je vais voir une Psychomage plusieurs fois par mois. Donc c'est assez dingue. Enfin, je veux dire, c'est assez incroyable que tu arrives à avoir un tel recul sur toi-même. Mais je ne voulais pas rire, pardon. Continue.

Mélina sembla avoir des difficultés à me croire.

- Si tu le dis…, finit-elle par dire. C'est de Fred Weasley dont il s'agit ! pesta Mélina. Je ne pouvais pas te le dire.

- Pourquoi ?

- Parce que Fred est… Parce qu'il est lui, marmonna Mélina. Il est bien plus assuré que moi, il fonce toujours tête baissée alors que j'ai besoin de prendre mon temps, il est rempli de certitudes et il me pousse à avoir plus confiance en moi, et je n'ai pas l'habitude de cela. Et ça m'agace de voir Bethany Jones graviter autour de lui, et je n'ai aucune envie de me retrouver dans une histoire complexe parce qu'il n'arrive pas à se défaire de son ex.

- J'ai plutôt tendance à croire que c'est son ex qui n'arrive pas à se défaire de lui que l'inverse. Depuis la fin des Invisibles, je vois Fred qui tente sans arrêt de la faire disparaître de sa vie, et Bethany qui revient sans cesse. Je ne crois vraiment pas que Bethany soit un problème. Le véritable problème, c'est le fait que tu ne veuilles pas vous laisser une chance. Ou même, tout simplement, laisser une chance à Fred, tu ne crois pas ?

La clochette de la boutique retentit à cet instant, et Mélina se leva rapidement pour aller servir son client, qui ne s'éternisa pas. Était-ce parce que mon amie avait été expéditive alors qu'elle s'occupait de lui, ou bien ma simple présence avait-elle suffi à le faire fuir ? Aucune idée, mais cela m'arrangeait bien dans le cas présent.

- Tu connais les jumeaux mieux que moi, souffla Mélina en reprenant sa place à côté de moi. Ce n'est pas simple de graviter dans leur cercle, ils prennent tellement de place… Et puis, ils ont un tel sens de la famille ! Je veux dire, de mon côté, j'ai un père qui déteste mon côté sorcier, et qui passe son temps à me rabaisser parce que cela le fait se sentir supérieur.

Décidément, Mélina savait réellement analyser ce qui la rendait si peu sûre d'elle. À présent qu'elle avait fait ce premier travail, il était temps qu'elle prenne du temps pour passer à l'étape supérieure – celle qui consistait à accepter l'idée qu'elle puisse valoir mieux que ce que son père disait d'elle, et prendre des distances avec lui. Et prendre de l'assurance.

- Je ne sais pas comment ils font. Et je ne suis pas certaine d'avoir envie de graviter dans ce cercle.

- Tu n'as pas déjà présenté ton frère à Fred ?

Mélina grimaça.

- C'est comme ça qu'il a décrit sa rencontre avec mon frère ? Parce que ça ne s'est pas vraiment passé comme une présentation officielle. Mais oui, Fred connaît déjà mon frère. Tu remarqueras toutefois qu'aucun de vous ne sait que nous sommes ensemble. Si on est ensemble. Pour être honnête, je ne suis même pas certaine de tout ce qui se passe entre nous deux.

- Peut-être qu'une conversation, ça pourrait vous aider à y voir plus clair. Simple suggestion.

- Bonne suggestion de ta part, ironisa Mélina. Ce n'est pas du tout ironique que tu sois celle à suggérer des conversations à cœur ouvert…

Ce fut à mon tour de faire une grimace.

- Tu as raison. Mais je cherche à m'améliorer. Je ne compte pas en parler aux autres personnes de notre entourage, si cela peut te rassurer. Mais je ne crois pas que garder votre relation secrète soit une bonne chose…

Mélina soupira.

- Je suis d'accord. Mais… j'ai juste besoin de temps. Encore un peu plus.

J'aurais aimé réussir à faire changer d'avis Mélina, mais je compris rapidement que je n'y parviendrais pas. Mélina resterait campée sur sa position jusqu'à ce qu'un événement la fasse changer d'avis. J'espérais toutefois que cela ne prendrait pas trop de temps. Fred n'était pas connu pour sa patience – encore qu'il me faisait mentir dans ce cas, puisqu'il avait su garder secrète cette relation, alors qu'il semblait vouloir vivre pleinement son histoire.

- Simplement pour être sûre, repris-je doucement. Fred te plaît, n'est-ce pas ? Je veux dire, il te plaît vraiment ?

Mélina parut vexée que je lui pose cette question.

- Bien sûr ! Tu crois que je me prendrais autant la tête pour une personne qui ne me plaît pas ?

- Je demandais simplement pour être sûre. Tu es mon amie, mais Fred également. Je ne veux qu'aucun de vous ne souffre, ni que cette relation soit à sens unique…

Mélina hocha lentement la tête. Elle paraissait comprendre mon point de vue, certainement parce qu'elle avait dû avoir le même sentiment, lorsque James et moi nous étions remis ensemble.

Elle devait songer à la même chose que moi, car elle redirigea la conversation vers ce dernier.

- Je n'ai pas été trop présente pour toi ces derniers jours, parce que j'avais peur que tu devines pour Fred et moi, mais j'aurais dû passer au-delà de cette peur. Pour venir te voir et discuter de James et Grace. Voir comment tu allais, et…

Mélina se tut. Je ne cherchai pas à prendre la parole à sa place. J'avais toujours un goût amer en bouche lorsque je songeais à James et Grace.

- J'aurais dû être là.

- T'étais pas obligée, la rassurai-je. Et c'est par ma faute que James s'est éloigné, j'ai fait de nombreuses erreurs, et… Laisse tomber, soupirai-je. Tu n'as pas à t'en vouloir. Et puis, pour être honnête, James n'est pas le seul à être allé de l'avant.

- Ah ?

Mélina ne paraissait pas comprendre.

- Stiles Stuart, dis-je simplement. Ce n'est plus seulement mon voisin.

Mélina était la première à être mise au courant, et cela me parut très bizarre comme moment.

- Vous êtes ensemble ? s'exclama Mélina.

Elle semblait aussi surprise que je l'avais été lorsque Fred avait prononcé le prénom de Mélina pour me dire quelle était la personne qu'il fréquentait. Je comprenais mieux pourquoi il avait été mal à l'aise – et vexé – suite à ma réaction.

- Eh bien, oui… Tu es surprise ?

Mélina garda le silence pendant un moment assez long pour que je me sente mal à l'aise. Je ne m'attendais absolument pas à ce qu'elle ait cette réaction aussi étonnée, ni qu'elle paraisse croire à un mensonge de ma part.

- C'est que… Stiles Stuart, vraiment ? demanda-t-elle une nouvelle fois.

J'acquiesçai, tentant de comprendre pourquoi elle ne voulait pas y croire.

- Quand on était à Poudlard, j'avais du mal à vous imaginer ensemble, pour plein de raisons, et…

- On n'est plus à Poudlard, lui rappelai-je sèchement.

Elle frémit, mais maintint son cap et poursuivit, malgré mon interruption et mon agacement parfaitement audible.

- Je sais bien, mais j'ai tendance à croire qu'il y a encore moins de raisons pour que vous soyez ensemble aujourd'hui qu'à l'époque de Poudlard.

Réalisant à ce moment seulement ce qu'elle était en train de dire, Mélina rougit furieusement.

- Désolée, ajouta-t-elle d'une petite voix.

Je déglutis difficilement. Si j'avais mes propres doutes concernant les débuts balbutiants de ma relation avec Stiles, entendre une autre personne que moi exprimer ces mêmes doutes était douloureux – et très violent à encaisser. Je n'arrivais même pas à me mettre en colère.

En réalité, au fond de moi, j'avais la sensation que je devais me défendre – et défendre Stiles, et notre relation. Pourtant, par simplicité, ou par peur de me fâcher trop fortement avec Mélina, je préférai laisser couler.

- Je crois que je vais y aller, dis-je tranquillement. Tu as du travail, et je ne peux pas m'éterniser dans ta boutique. C'était sympa de pouvoir rediscuter avec toi.

Mélina acquiesça, paraissant toujours autant mortifiée par ce qu'elle avait laissé échapper.

- Et ce serait bien que tu parles à plus de personne de ton histoire avec Fred. Surtout que ça a l'air de durer. Donc, ne nous laisse pas dans le secret. Imagine la réaction de Roxanne, lorsqu'elle comprendra qu'elle n'était pas au courant de ce qui se passait dans la vie de son jumeau…

Mélina sourit faiblement. Je me levai, et sortis de derrière son comptoir.

- À bientôt, Mélina. Et réponds à mes hiboux, maintenant, s'il te plaît !

- Promis, Astrid. À très vite…

La porte de sa boutique se referma derrière moi. Un vent frais me fit frissonner – à moins que ce ne soit le malaise né durant la fin de notre conversation ? C'était possible également. Je rabattis ma capuche sur mes cheveux, et me glissai dans les encoignures des boutiques pour rentrer chez moi avec le plus de tranquillité possible. Depuis les derniers articles de « A. H. », je ne supportais plus la nouvelle attention qui m'était portée. Je voulais retrouver un semblant de paix, et je réalisai de plus en plus que ce n'était pas en vivant sur le Chemin de Traverse que j'allais pouvoir la trouver.

.

.

.

Ce jour-ci, les bibelots sur les étagères de Margaret Royalmind s'agitaient dans tous les sens, comme pris de panique. Je les désignai du doigt.

- Pourquoi est-ce qu'ils n'agissent pas toujours de la même façon ?

La Psychomage leva un sourcil intrigué.

- C'est ce qui vous questionne le plus ?

Je haussai les épaules.

- Je suis une sorcière. Le fait que des objets se déplacent, ce n'est pas bizarre, cela fait partie de mon quotidien. Mais ce qui est bizarre, c'est qu'ils ne s'agitent jamais de la même manière. C'est ça qui me questionne.

Margaret Royalmind me lança un regard entendu, et je sus à ce moment précis que ce qu'elle allait dire n'allait pas me plaire. Je serrai les dents et les poings pour me préparer à son discours.

- Et vous ne comprenez pas pourquoi ils sont aussi différents d'une séance à une autre ?

Je retins très difficilement les quelques jurons qui me traversèrent l'esprit, sachant par avance que cela n'allait pas m'avancer pour obtenir une réponse, et ayant également conscience que cela allait pousser Margaret Royalmind à me demander pourquoi je me mettais en colère pour si peu.

- Je suppose que, comme pour votre paquet de cartes, je ne saurai pas pourquoi les objets agissent ainsi avant notre dernière séance ?

Elle eut un sourire énigmatique, et sortit justement son fameux paquet de cartes, pour mélanger les cartes sur un rythme qui m'énerva immédiatement.

Je pris sur moi pour ne pas fusiller du regard ses mains. Je serrai simplement plus fortement les accoudoirs de mon assise.

- Je trouve que vous évitez avec beaucoup d'acharnement de vous plonger au cœur de ce qui nous préoccupe aujourd'hui, vous ne croyez pas ?

Je me renfrognai, et tentai un mensonge – pitoyable.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.

- Je parle des journaux qui annoncent que votre ancien coéquipier, Camille Guzzo, est en réalité en vie. Je parle des personnes qui semblent penser que vous devriez aider le ministère et les Aurors, et qui vous en veulent pour cela. Je parle de toutes ces personnes qui, une fois de plus, semblent mieux savoir que tout le monde où vous devriez être, ce que vous devriez faire. Je continue, ou c'est suffisant ?

- C'est suffisant, marmonnai-je.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Et il faudrait que nous discutions de tout cela, à présent, n'est-ce pas ?

- Je n'ai pas spécialement envie…

- Cessez de faire l'adolescente rebelle, Astrid. Ou alors, sortez de ce bureau ! s'exclama la Psychomage, me faisant sursauter. Vous croyez que je n'ai que cela à faire ? Attendre que vous parliez ? Vous tirer les Botrucs du nez ? Car non, sachez que je n'ai pas que cela à faire.

Cela faisait quelques séances que Margaret Royalmind n'avait pas perdu patience contre moi, ni ne m'avait secouée comme un vieux tapis dont on cherche à déloger les Doxys qui s'y cachent. Je compris sans peine que je ne jouais plus le jeu de notre relation patiente-Psychomage, et qu'il ne tenait qu'à elle de faire cesser la totalité de cette entente. Je pris une grande inspiration, ravalai ma fierté, et tentai d'être conciliante.

Lorsque je parus prête à jouer le jeu de notre séance, Margaret Royalmind m'offrit un regard plus doux.

- Alors, qu'est-ce que ça vous a fait, cette annonce ?

- De me retrouver quelques mois en arrière, et d'avoir à nouveau la sensation d'être la personne la plus détestée de notre communauté ?

- Non, dit doucement la Psychomage. Qu'est-ce que ça vous a fait, d'apprendre que Camille Guzzo était encore en vie ?

Plusieurs jours plus tard, j'avais toujours la sensation de recevoir un uppercut en plein estomac, lorsqu'on me rappelait que Camille était en vie – et actuellement, tous les jours, cela m'était rappelé.

- C'est horrible, murmurai-je. D'abord, c'est le choc qui a été le plus dur à gérer. Je ne comprenais pas ce qu'on m'annonçait, ou je refusais de le comprendre, je ne sais pas. Mais c'était presque rien, ça, finalement. Ensuite, ça a été la colère. Et ça, c'était pire que tout. Savoir que j'avais cru à une mort orchestrée, ça a été un véritable choc. Je n'arrivais pas à gérer, et…

Et je me souvenais que mon premier réflexe, suite à cela, avait été de frapper à la porte de Stiles Stuart, plutôt que d'essayer d'analyser mes sentiments et mes émotions. J'avais préféré occulter tout ce que je ressentais en me réfugiant chez une autre personne – une personne qui ne savait pas ce qui me tourmentait, qui n'arrivait pas à m'analyser suffisamment pour comprendre que je ressentais énormément d'émotions. Une personne qui n'allait pas me pousser dans mes retranchements, une personne qui n'allait pas me forcer à exprimer mes sentiments.

Oui, mon premier réflexe avait été, une fois de plus, de fuir ce que je ressentais en tant qu'Invisible.

- Qu'est-ce que vous avez fait pour gérer ça ? s'enquit Margaret Royalmind.

- Oh, allons. Vous commencez à me connaître suffisamment, n'est-ce pas ? Vous vous doutez bien que je n'ai pas fait ce que vous auriez voulu que je fasse.

- Donc, j'imagine que cela veut dire que vous n'avez pas essayé de mettre des mots sur ce que vous ressentiez, et que vous avez préféré vous réfugier dans une réalité confortable, une réalité où on ne vous rappelait pas que vous étiez une Invisible, n'est-ce pas ?

J'acquiesçai avec difficulté. C'était la réalité, et cela me faisait tout de même mal de l'admettre – j'appréciais Stiles, et m'entendre dire que le retrouver avait été un moyen de fuir ma réalité n'était pas simple.

- Et ensuite ? me demanda doucement Margaret Royalmind.

Je me renfermai. Je n'avais pas envie d'aller là où elle tentait doucement de me mener. Je n'avais pas envie de voir les choses, encore moins de les dire. J'avais envie de rester dans l'ignorance, de ne pas faire exploser ma petite bulle.

- Astrid ? me questionna la Psychomage après un long moment de silence de ma part.

L'aiguille tournait, évidemment, mais je savais qu'avant la fin de notre séance, j'aurais dit ces mots qui m'effrayaient. Qui me blessaient par leur véracité.

Je fermai les yeux – comme si cela allait me protéger.

- Ensuite, j'ai réalisé que…

Je déglutis. Margaret Royalmind ne me bouscula pas cette fois – elle avait une assez bonne connaissance de sa profession pour savoir que cela n'allait pas me servir, actuellement.

- Ensuite, j'ai réalisé que Camille m'avait fait ce que j'avais fait à des dizaines de gens, murmurai-je. Se faire passer pour mort, laisser les autres nous pleurer… C'est exactement ce que j'ai fait à mes dix-huit ans. Et lorsque j'ai réalisé cela, je me suis sentie minable.

Je baissai la tête, me recroquevillai sur mon fauteuil.

J'avais compris cela quelques jours plus tôt. J'avais réalisé que si j'étais autant en colère contre Camille, c'est parce qu'il avait fait la même chose que moi. Il avait fait croire à sa mort, et m'avait laissé le pleurer, tenter de faire son deuil.

Et ensuite, il avait resurgi.

Alors, certes, mes sentiments pour Camille n'étaient pas aussi développés que ceux de mes proches pour moi, à l'époque. Mais cela avait résonné en moi, et j'avais détesté ressentir la douleur que mes proches avaient connue.

Et j'avais détesté comprendre à quel point ils avaient souffert par ma faute.

- C'est normal de me sentir aussi minable ? demandai-je d'une petite voix.

Margaret Royalmind ne me répondit pas immédiatement. Je pris peur, me demandant pourquoi elle mettait autant de temps à me rassurer. Mais est-ce qu'elle allait réellement me rassurer ?

- Oui, c'est normal, Astrid. Vous êtes une personne avec de l'empathie. Au fond de vous, vous n'aimez pas faire souffrir les gens. Vous étiez ainsi toute votre scolarité, et si les Invisibles vous ont changée, vous avez tout de même encore de l'empathie pour votre entourage. Alors, oui, c'est normal de vous sentir aussi minable. Vous n'aimez pas du tout avoir fait naître en eux une telle détresse.

Je relevai la tête, et détournai rapidement le regard de la Psychomage. Une furieuse envie de pleurer venait de me prendre.

Une boîte de mouchoirs vint voleter jusqu'à moi, et si je commençai par la bouder, je finis par comprendre que les larmes n'allaient pas tarder à couler, et que refuser cela n'allait pas m'aider à me faire me sentir mieux.

- C'est aussi pour cela que vous avez autant de mal à présenter vos excuses à vos proches, ajouta Margaret Royalmind. L'idée de remuer le couteau dans cette plaie à peine cicatrisée est difficile pour vous.

Nous avions parlé, lors d'une séance précédente, des excuses que je présentais peu à peu à mes amis, et il était vrai que je ressentais toujours des difficultés à leur parler de ce que je leur avais fait subir.

- Vous faites un énorme blocage sur les morts des uns et des autres, vous en avez conscience ? me dit alors Margaret Royalmind.

- Comment ça ?

J'essuyai une larme qui m'échappait, la traîtresse.

- Eh bien… J'ai la sensation que vous n'avez jamais pris le temps de faire le deuil des personnes mortes qui vous ont entourées.

- C'est normal, des morts, il y en avait tous les mois, parmi les Invisibles !

Je compris à son regard que ce n'était pas aux Invisibles qu'elle faisait allusion. Je me crispai.

- Êtes-vous retournée sur la tombe de votre tante, depuis son enterrement ?

Je serrai les dents. Je n'avais pas envie de mentionner Jill.

- Et sur votre propre tombe ? Existe-t-elle encore, vous êtes-vous renseignée ?

Je serrai mes mains sur les accoudoirs. Je détestai la tournure que prenait cette fin de séance. Je jetai un œil à l'horloge.

- C'est l'heure, dis-je rapidement en amorçant un mouvement pour me lever.

- Je n'ai personne après vous, et nous n'avons pas terminé, me dit sèchement la Psychomage, me figeant dans mon mouvement.

Je me réinstallai lentement sur le fauteuil. J'avais cru pouvoir m'en sortir en invoquant la fin de séance, mais c'était naïf de ma part, j'en avais conscience.

- Est-ce que vous avez accepté les morts qui vous entourent, Astrid ? Celle de votre tante, la vôtre ? Mais également celle de vos parents ?

Je me mis à trembler.

- Ne parlez pas de mes parents, sifflai-je.

Faisant augmenter immédiatement ma colère, Margaret Royalmind se mit à sourire. J'aurais voulu être une Invisible à cet instant, et qu'elle soit une Rapace Nocturne que je devais chasser. Je haïssais ce sourire.

- Je ne comptais pas m'attarder sur eux. Je crois que nous aurons le temps d'en reparler plus longuement une autre fois.

- J'aimerais autant éviter, dis-je avec colère.

- Vous n'y échapperez pas, m'assura Margaret.

Je secouai la tête, refusant de croire à ce qu'elle me disait. Je n'avais pas envie de me replonger dans mes souvenirs, je n'avais pas envie de penser à mes parents. Pas après ce que j'avais appris l'année dernière – ma mère qui ne me détestait pas, le fait qu'elle ait demandé de l'aide à un vieil ennemi… Actuellement, il n'y avait que des suppositions dans mon cerveau sur cette personne. Je ne voulais pas en savoir plus.

Tout ce qui me rapprochait de mes parents était douloureux. J'avais passé trop de temps à les détester pour ensuite apprendre qu'ils m'avaient aimée.

J'avais trop de questions en tête qui n'auraient jamais de réponse pour parler d'eux.

- Mais nous n'allons pas parler d'eux aujourd'hui. J'aimerais simplement savoir si vous êtes allée sur leur tombe ?

- Pour faire quoi ? rétorquai-je. Les pleurer ?

- Oui, pourquoi pas ? s'enquit Margaret Royalmind en haussant les épaules.

- Oh, pour plein de raisons, lui renvoyai-je. Mais nous n'avons clairement pas le temps de nous pencher sur ces raisons aujourd'hui.

Margaret acquiesça.

- Certes. Ce n'est pas le sujet. Mais… Je crois qu'il serait bon que vous alliez sur les tombes des membres de votre famille.

- J'en ai pas envie, dis-je, boudeuse.

- Entre ce qu'on veut et ce qu'on doit faire pour aller mieux, il y a souvent une différence, Astrid. Et nous allons achever cette séance sur cette phrase. On se revoit bientôt, je n'en doute pas. Et je ne doute pas que vous aurez réfléchi à la possibilité d'aller sur les tombes de votre famille, n'est-ce pas ?

Je ne répondis pas, et quittai son cabinet la rage au ventre.

Je n'avais aucune envie d'aller sur la tombe de mes parents. Je n'avais pas envie d'aller sur ma fausse tombe, si elle existait toujours, ni sur celle de Jill. Ces personnes n'existaient plus. Il n'était pas nécessaire de remuer le passé. Margaret Royalmind ne réalisait pas ce qu'elle me demandait de faire. Cela n'avait aucun sens.


Lumos

Bien le bonjour à tous ! Comment allez-vous en ce mois… d'août ? (J'ai eu une hésitation, j'ai dû vérifier sur mon calendrier car, soyons honnêtes, chez moi, ça ressemble plus à un mois d'octobre…) Vous profitez ou avez profité de vos vacances ? Vous les attendez avec impatience ? Je vous comprends. Je les ai terminées pour ma part, mais j'ai toujours la sensation d'être en vacances.
Alors que j'ai des chapitres à écrire car, malheureusement, je dois vous avouer que je n'ai pas encore terminé les prochains chapitres, ce qui risque de nous mener à un retard de publication… Je doute publier au mois d'août. On verra bien si je m'en sors, sinon, on reprendra à la rentrée, pour se consoler de la reprise du travail et de l'arrivée de l'automne (alors qu'on n'a pas eu d'été, en plus. Oui, je suis une personne qui apprécie la chaleur, autant vous dire que je souffre de son absence, en ce moment)
SINON. Bon, écoutez, je n'ai pas grand-chose à vous dire sur ce chapitre. Tout d'abord, merci pour vos reviews, je dois avoir répondre à tout le monde. Ensuite, merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections, comme toujours. Enfin, un petit teaser pour les prochains chapitres !
On va voir Stiles, on va voir du Quidditch, on va même voir une ville qui n'est pas Londres, ET OUI.
Allez, à très bientôt. Prenez soin de vous.

Nox