Juillet 2032 – Partie I


Je savais que les Aurors pouvaient être dignes de confiance, mais j'avais également conscience qu'ils avaient des raisons de se méfier de moi.

C'est pour cela que je ne fus pas spécialement surprise par leur demande, suite aux dernières révélations de « A. H. » - ou d'Alexander Hotch, maintenant que tous, nous savions son véritable patronyme. Il m'était demandé de ne plus garder pour moi la moindre révélation concernant les Invisibles, ou tout autre sorcier. À mon avis, c'était plus de la poudre aux yeux pour rassurer les Aurors sur l'autorité qu'ils avaient sur moi. Après tout, j'étais déjà supposée ne rien dissimuler aux Aurors.

Cette partie fut simple à gérer, en compagnie des Aurors – de Clemens, le bras droit de Harry, et de ce dernier. Ils n'avaient presque fait aucune réflexion désobligeante en apprenant ce que j'avais fait pour découvrir l'identité d'Alexander Hotch. Je les avais vus froncer les sourcils, certes, et Clemens avait émis une onomatopée, à un moment, dont je n'étais pas certaine si elle voulait dire qu'il était en accord ou en désaccord avec moi, mais rien de plus. En tout cas, ils avaient accepté sans sourciller le fait que j'aie contacté Alexander Hotch en me faisant passer pour une certaine Geneviève – et dont je portais effectivement le prénom, après tout. Ils n'avaient pas fait de réflexion non plus sur ma volonté de le croiser au British Museum. Pas plus qu'ils n'avaient critiqué ma manière de coincer le journaliste, en lui faisant miroiter une rencontre sans date, sans horaire, seulement en lui disant d'aller au British Museum et en me demandant. Enfin… en demandant à voir Geneviève.

Pour être optimiste, j'eus même l'impression qu'ils étaient contents qu'Alexander Hotch soit enfin connu, et qu'ils puissent mettre un visage et un nom complet sur ses initiales. Ils n'allaient certainement pas me remercier, mais je crus apercevoir un minimum de reconnaissance dans les regards qu'ils posèrent sur moi au cours de notre conversation – ce qui était plutôt appréciable.

Un moment qui fut moins agréable à vivre, ce fut celui qui me mit face aux Aurors Vargas et O'Connor, et durant lequel je dus justifier de ma présence à Eastbourne, ainsi que retranscrire ma conversation complète avec Mary… tout en affirmant que je ne l'avais pas reconnue, ce qui était le cas.

Était-il nécessaire de préciser que l'Auror Vargas ne m'avait pas crue ? Heureusement pour moi, elle n'était pas seule lors de cette discussion qui, pour ma part, m'avait plus paru être un interrogatoire. Cela avait duré de longues heures, mais j'avais finalement pu rentrer chez moi – et m'expliquer auprès de Thésée Meadowes, qui s'inquiétait de ce qui avait pu m'arriver.

Cela avait été une journée plutôt éprouvante à vivre et, pour ne rien arranger, Stiles avait préféré faire comme si rien ne s'était produit, plutôt que d'être réconfortant. Ou de m'en vouloir. À vrai dire, j'aurais préféré que nous nous disputions réellement suite à l'article qu'Alexander Hotch avait écrit et vendu à de nombreux journaux, plutôt que de passer la soirée à subir l'indifférence de Stiles, comme s'il ne s'était rien passé.

Je commençais à ronger mon frein que nous posions réellement les mots sur ce que j'avais été, et sur ce que je serais toujours, plutôt que de continuer à vivre dans cet entre-deux sans aucune clarté, où Stiles paraissait tout accepter de mon passé, mais sans jamais vouloir en parler réellement.

Et puis, tout au fond de mon esprit, dans un coin reculé, un coin que j'osais à peine explorer, une petite voix me demandait sans cesse ce que j'aurais fait si j'avais reconnu Mary, à Eastbourne. Est-ce que j'aurais cherché à la suivre ? Est-ce que j'aurais su faire la part des choses ? À quelle étape de ma vie je me situais actuellement ? Est-ce que j'étais en état de prendre une décision rationnelle, si je devais être face à un ou une Invisible ? J'avais envie de connaître la réponse à cette question, mais je doutais l'obtenir un jour.

Cela faisait plusieurs jours que toutes ces pensées se bousculaient dans ma tête, et j'avais besoin de me changer les idées, j'en prenais conscience.

Le mariage de Chuck et Lola était le meilleur événement pour cela.

Je pris une coupe de vin des Elfes alors que le plateau passait à côté de moi, et me replongeai dans la conversation que j'avais quittée en me perdant dans mes pensées.

- T'es plus aussi drôle, Fred !

Je vis James étouffer un rire, Grace le regarder avec réprobation, Fred lever les yeux au ciel tout en paraissant agacé, Mélina rougir et Timothy cacher son rire dans une serviette.

J'avais presque l'impression d'être revenue à Poudlard, avec cette assemblée. Il ne manquait que Gary, notre dernier camarade de Serdaigle, qui était toujours par monts et par vaux depuis la fin de nos études. Depuis que j'avais quitté les Invisibles, je ne l'avais vu que quatre fois, et il n'avait pas pu se libérer pour être au mariage de Chuck – à vrai dire, cela faisait plusieurs mois que personne n'avait de nouvelles, ce qui ne nous inquiétait pas, étant donné qu'il partait toujours à la recherche d'endroits propices à l'organisation d'événements de grande taille pour les sorciers. Apparemment, il était en charge de trouver un lieu qui pouvait accueillir la prochaine Coupe du Monde de Quidditch.

Je me tournai vers Mélina, lui adressant un sourire de soutien, qu'elle me rendit difficilement.

- On a toujours tenté de caser Mélina avec tout le monde lors de ces fêtes, on devrait continuer ce soir ! En plus, elle est extrêmement mal à l'aise. Et j'adore te voir rougir, Mélina, plaisanta Roxanne.

- Eh bien, justement, on a toujours fait ça, on pourrait tenter de se renouveler, proposa Fred. On devrait tenter de caser Astrid.

Je fusillai Fred du regard.

- J'ai un copain, lui rappelai-je. Tu as même mangé avec lui, la semaine dernière.

James toussota en face de moi, mais je ne le regardai pas.

- Oui, c'est vrai, intervint Paige qui était étrangement silencieuse depuis le début du mariage. C'est Stiles, on était à Poudlard avec lui.

- T'es pas venue avec lui au mariage, me fit remarquer Fred après un regard en coin à Paige.

- Parce que je savais que tu serais là avec ta sœur, et que vous êtes incapables de vous tenir, lui fis-je remarquer tout en continuant de le fusiller du regard.

Très brièvement, je fis glisser mon regard sur Mélina, avant de fixer à nouveau Fred. Il avait plutôt intérêt à comprendre qu'il ne devait pas trop m'ennuyer avec cela, avant que sa relation ne soit également mise sur le tapis volant. Je crus que Paige notait que nous échangions ce regard, mais elle ne releva pas. Mélina et Fred me faisaient jouer un jeu dangereux. Le jour où nos amis apprendraient qu'ils étaient ensemble depuis longtemps risquait de faire grand bruit. Et je risquais de me prendre quelques coups parce que j'étais au courant, et avais gardé le secret.

On n'aimait pas vraiment les secrets, dans cette bande d'amis.

- Ouais, d'accord, grommela Fred. Viens, Roxanne, on change de jeu. Les personnes à table avec nous n'ont aucun humour…

Je haussai un sourcil, me demandant si Roxanne allait réagir, ce qui ne tarda bien évidemment pas.

- Franchement, moi, je trouve mon jeu fantastique, rétorqua Roxanne. Donc, je vais continuer à y jouer… Astrid, où tu vas ?

- Prendre l'air, la rassurai-je. Avant que tu ne te décides à changer de cible, et que ce soit moi qui subisse ton jeu, plaisantai-je.

Je joignis aussitôt le geste à la parole, me levant et m'éloignant rapidement de la table où j'étais installée avec mes amis.

Le mariage se situait dans un grand champ où avait eu lieu une Coupe du Monde de Quidditch, plusieurs décennies auparavant. Les Barrow avaient pu demander à ce que soient relancés des sortilèges anti-Moldus, tout en autorisant l'accès à certains d'entre eux, comme la belle-mère de Chuck, ou le mari de Roxanne. Certains avaient droit à plus de privilèges que d'autres. Ce n'était pas pour n'importe qui que le ministère de la Magie autorisait ces dérogations.

Chuck et Lola étaient à peine visibles ce soir, mais en tant que mariés, ce n'était pas surprenant. J'avais fait ce que j'avais à faire en tant que témoin, et mon rôle était plus ou moins terminé. Passer du temps avec James avait presque été agréable, presque sans gêne ressentie – jusqu'à ce que je sente peser sur moi le regard de Grace, toutefois.

- Astrid ! Viens nous voir un peu !

Je tournai la tête vers la droite, pour apercevoir le père de Chuck qui me faisait de grands signes. Je m'approchai de lui.

- Merci pour tout ce que tu as fait pour Chuck, ce soir. Et pour Lola, évidemment.

- Avec plaisir, Wyatt. Et puis, j'ai au moins appris une chose en aidant à l'organisation. Si un jour, je me marie, je ferai ça discrètement, avec seulement les témoins.

La tablée éclata de rire. Ils faisaient tous partie de la famille proche de Chuck : ses demi-sœurs, sa belle-mère, quelques cousins et cousines.

- Je croyais que la sœur de James devait venir, mais je ne l'ai pas vue…, me dit alors Lisa, la plus jeune des sœurs de Chuck.

Je souris, amusée.

- Et son conjoint également, c'est ça que tu veux surtout savoir, non ?

Lisa rougit, et son père retint un éclat de rire.

- Oh, ne t'inquiète pas, tu n'es pas la première à craquer pour Jason Seek. Et certainement pas la dernière non plus, réalisai-je. Ils ont préféré ne pas venir. Lily n'est pas très friande des grands événements de ce genre, avouai-je.

Ce que je ne disais pas, c'est que Lily, qui certes n'appréciait pas énormément les mariages, était surtout beaucoup critiquée par Alexander Hotch – le seul et unique sorcier que nous détestions autant l'une que l'autre – qui remettait en question chacun de ses choix en tant qu'entraîneuse sportive. Or, elle comme moi avions conscience qu'Alexander Hotch glisserait des répliques cinglantes sur les invités qu'il avait pris en grippe.

Car, bien entendu, Alexander Hotch avait fouiné. Il avait déterré toutes les informations possibles et imaginables sur les invités, inventant des détails, certes, mais étant aussi proches de la vérité sur certains aspects – le fait que je sois témoin car le frère de Lola n'était pas présent, par exemple, était parvenu à sa connaissance, sans qu'on ne sache comment.

Il avait d'excellentes capacités pour fouiner, et pourrait certainement les employer à aider la communauté sorcière. Au lieu de quoi, il préférait répandre sa verve partout où il le pouvait.

Comment pouvait-on être journaliste, sans aucune spécialité, et être mauvais dans tous les domaines mais tout de même donner son avis ? C'était quelque chose qui me dépassait. Lily avait donc préféré décliner l'invitation, et Jason, qui était l'invité principal, n'avait pas souhaité venir sans Lily, pour plusieurs raisons. Il m'avait cependant proposé que nous nous voyions durant son séjour en Angleterre – je me doutais bien qu'il était le seul à souhaiter me voir, Lily préférant subir un millier d'interviews avec Alexander Hotch plutôt que de passer du temps en ma compagnie.

- Je crois qu'en plus, leur voyage jusqu'en Angleterre les a beaucoup fatigués. Mais tu auras certainement l'occasion de le croiser, il va vouloir voir beaucoup de monde avant de repartir en Australie.

- Sa carrière décolle de plus en plus, il est vraiment bon comme attrapeur ! lança un des cousins de Chuck.

La conversation dériva sur le Quidditch, et j'en profitai pour m'éclipser discrètement, souhaitant réellement prendre l'air. La soirée avançait de plus en plus, et je n'avais aucune envie d'aller danser seule, pas plus que je ne souhaitais rester trop longtemps avec mes amis, qui n'osaient pas s'éloigner de peur que je reste seule à table.

Je réussis sans trop de mal à me frayer un chemin à travers la foule – les invités avaient mieux à faire que regarder une Invisible, ce qui, pour une fois, me fit énormément de bien. Et me fit envier une vie où je n'aurais pas la sensation d'être toujours jugée à chacun de mes gestes.

Je finis par quitter la foule, réalisant soudainement que j'étais entourée de gens depuis des heures, et que je n'avais même pas eu la sensation d'étouffer – alors que, quelques mois plus tôt, m'imaginer au milieu d'une telle foule suffisait à me faire paniquer ou, tout du moins, à me faire réfléchir à deux fois à aller à un événement d'une telle ampleur. Ne serait-ce que lors de la commémoration du deux mai, je n'avais pas supporté être tant oppressée.

Comme quoi, Margaret Royalmind n'avait pas tort quand elle m'affirmait que j'avais fait de vrais progrès, et que je pouvais me féliciter du chemin parcouru. Ma fierté avait du mal à l'admettre, mais, pour une fois, elle avait raison.

Dans les faits, elle avait souvent raison, mais cela me faisait encore trop de mal de l'admettre.

Même si j'étais plus à même de supporter une telle foule, j'accueillis avec plaisir l'air frais de l'extérieur, et me rendis compte que le bruit était assourdissant. Cela n'allait pas aller en s'arrangeant, je savais comment Chuck aimait organiser les soirées. Elles devaient durer le plus longtemps possible. Alors, pour son mariage, on pouvait s'attendre à ce que la fête s'éternise.

J'observai les étoiles, profitant du calme. Jusqu'à ce que quelqu'un vienne, une fois de plus, rompre ma solitude.

- Excusez-moi… Est-ce que c'est trop tard pour arriver au mariage ?

Je ne tournai même pas la tête vers le nouvel arrivant. Je soupirai fortement, observant toujours les étoiles.

- Dans la mesure où le repas est terminé depuis plusieurs heures, que les mariés ont échangé leurs vœux depuis encore plus longtemps, et que vous n'avez pas eu la décence d'arriver à l'heure, je dois vous avouer que oui, vous êtes en retard. Alors, à moins d'une excuse parfaite, je ne suis pas certaine que ce soit nécessaire d'entrer…

Je m'attendais à ce que le nouvel arrivant acquiesce, s'insurge, s'offusque. Je n'eus droit qu'à un silence. Cela me surprit suffisamment pour que je baisse les yeux vers lui, abandonnant ma contemplation de la constellation de Sirius.

Je ne le reconnus pas. Cela me surprit encore plus.

- Qui êtes-vous ? Pour les mariés, je veux dire.

Il se frotta la nuque, l'air passablement gêné.

- Oh, par Merlin, soufflai-je. Vous êtes déjà en retard, faites l'effort de parler à la première personne que vous croisez !

- Vous, vous êtes la témoin de Charles, c'est bien ça ?

La dernière fois que j'avais entendu prononcer le prénom entier de Chuck, c'était par son père, sur le quai du Poudlard Express, alors qu'il se faisait copieusement disputer pour avoir frappé Liam Pierce, après que celui-ci m'a traitée d'un tas de qualificatifs qu'on ne réserve généralement qu'aux femmes.

- Et vous êtes… ? demandai-je une nouvelle fois en faisant glisser ma baguette, jusqu'à présent dissimulée, dans le creux de mes doigts.

Mon ton s'était fait plus menaçant et l'inconnu le sentit. Instinctivement, il baissa les yeux vers ma main. Il me montra instinctivement les deux mains.

- Victor. Le frère de Lola.

Je haussai un sourcil.

- Vraiment ?

- Vraiment.

- Il va me falloir un peu plus que cela pour me convaincre…

- J'ai pu entrer dans ce lieu, ultra protégé. Comment est-ce que j'aurais pu faire ça sans invitation ?

J'étouffai un rire moqueur.

- Comme les Mangemorts, lors de nombreux mariages, sous l'ère de Voldemort. Ou comme…

- Des Rapaces Nocturnes ? Ou des Invisibles ?

Je marquai un temps de silence.

- Ou comme eux, oui, finis-je par prononcer du bout des lèvres.

- Je suis le frère de Lola. Celui qui n'est pas venu au baptême de sa fille, parce que notre père déteste Charles. Celui qui avait dit ne pas pouvoir venir au mariage, non plus. Celui qui va certainement se faire haïr par son père, mais qui va peut-être réussir à sauver sa relation avec sa sœur.

J'hésitai un instant. J'avais envie de le croire, mais la prudence était toujours de mise, et je ne voulais pas faire entrer un inconnu au mariage. Si j'avais encore les privilèges d'une Invisible, j'aurais pu le ligoter, ou, tout du moins, le convoyer jusqu'à Lola en le menaçant de ma baguette magique, pour m'assurer qu'il ne fasse aucun geste dangereux.

Mais je n'avais pas ces privilèges.

- Je sais à quoi vous pensez…, commença-t-il.

- Évitez de supposer mes pensées, grondai-je.

Il leva les mains, comme pour se protéger.

- D'accord. Que fait-on, alors ? J'attends que vous ayez suffisamment confiance en moi pour me mener jusqu'à ma sœur ? Vous outrepassez vos droits magiques en m'immobilisant alors que je ne représente aucun danger actuellement ?

Je serrai les dents. Il avait raison, bien entendu, et il était bien plus au courant que les autres sorciers de ce dont j'étais en mesure de faire ou non, pour la simple raison que son père avait été ministre de la Magie en Espagne, et qu'il avait élevé ses enfants en leur inculquant le goût de suivre l'actualité. La famille de Lola savait très bien que j'étais une Invisible, et ce que cela impliquait.

Je soupirai. Je devais apprendre à faire confiance. Enfin, pas à n'importe qui. Mais si la personne en face devait être dangereuse, je doutais qu'elle se soit présentée frontalement à moi comme Victor l'avait fait.

- Très bien, marmonnai-je. Je vous conduis jusqu'à Lola. Mais au moindre geste suspect, je vous immobilise, tant pis si cela me renvoie à Azkaban. Je tiens trop à mes amis pour qu'un inconnu gâche leur mariage.

Il eut un sourire tordu, comme s'il était amusé et inquiet à la fois, me prenant suffisamment au sérieux pour ne pas se moquer, mais tout de même diverti par ma posture défensive.

Je le guidai dans la salle de réception, le gardant à mes côtés, légèrement devant moi, afin de pouvoir anticiper le moindre de ses mouvements. J'avais encore quelques réserves à son sujet. Le frère de Lola avait choisi son camp quelques mois auparavant, et le voilà qui, soudainement, arrivait au mariage de sa sœur, sans prévenir, et alors qu'il n'avait jamais paru prêt à s'opposer franchement à son père. Cela me surprenait tout de même.

Non pas que je n'avais pas la certitude que les sorciers pouvaient changer et reconnaître leurs torts.

J'étais toutefois surprise du timing.

Cependant, mes quelques doutes s'évanouirent assez vite lorsque je vis Chuck. Et, surtout, qu'il me vit, et qu'il reconnut la personne que j'escortais. Il était en compagnie de Lola, laquelle nous tournait le dos, discutant avec plusieurs de leurs invités. Chuck lui toucha alors le bras, la faisant se retourner pour nous désigner. Lola pâlit d'un seul coup. Chuck lui serra le bras, et la poussa vers nous, avant de retourner s'occuper des invités que Lola délaissait complètement.

Bon. Comme quoi, ma méfiance était peut-être exagérée.

- Je crois que je vais vous laisser à vos retrouvailles avec votre sœur…

- Vous ne vous assurez pas que je suis bien celui que j'ai dit être ?

Je regardai une nouvelle fois Lola, dont l'expression était celle d'une femme qui n'en revenait pas de la chance qu'elle avait de retrouver une personne qu'elle pensait ne plus jamais voir – ou, tout du moins, une personne avec qui elle n'aurait plus jamais la même relation.

- Je crois que son empressement à vous retrouver me suffit. Bonnes retrouvailles. Et soyez de retour pour de bon, pas simplement pour vous donner bonne conscience, ça serait bien trop simple, dis-je en dernier avertissement avant de m'éclipser.

Le frère et la sœur avaient besoin que ces retrouvailles se fassent sans témoin direct. Sans personne pour les entendre, ni pour interférer. J'étais clairement de trop, si je restais.

Je me dirigeai vers la table que j'avais quittée de longues minutes auparavant, pour réaliser qu'elle s'était vidée de ses occupants. Seuls James et Timothy étaient encore assis à la table.

- Où sont les autres ?

- Paige est en train de danser, m'apprit James.

- Mélina s'est éclipsée quelque temps, et les jumeaux sont allés chercher de nouvelles boissons pour tout le monde, ajouta Timothy. Et certainement de la nourriture, je connais ma femme pour avoir conscience qu'elle n'a pas encore assez mangé pour la soirée…

Il secoua la tête de désespoir à cette pensée.

- L'estomac des Weasley est un mystère pour les sorciers comme pour la science, rassurai-je Timothy. On peut les observer pendant des années sans jamais comprendre comment ils font pour ingurgiter autant de nourriture en aussi peu de temps… Il suffit de regarder comme les yeux de James se sont illuminés lorsque tu as parlé de nourriture…

- Eh ! s'insurgea James alors que Timothy éclatait de rire. Je suis un Potter, moi !

- Pas pour l'estomac, dis-je entre mes dents, mais assez fort pour qu'ils l'entendent parfaitement. Et où est Grace ?

- Elle est partie voir une connaissance, à une autre table, me dit James. Elle ne devrait plus tarder à revenir…

- Et moi, je vais aller aider ma femme, qui a apparemment pris trop de choses pour ses deux mains, et celles de son frère, soupira Timothy en regardant au loin dans la foule. Bon sang, qu'est-ce qu'on ne fait pas par amour…

Je me retrouvai soudainement seule à table avec James, sans que je ne sache quoi lui dire – la dernière fois que nous avions discuté ensemble, c'était lorsqu'il avait été publié que j'avais croisé le chemin d'une Invisible à Eastbourne, et alors qu'il s'inquiétait de ce que j'avais pu dire ou faire.

Je vis dans son regard qu'il se rappelait également de ce moment dans mon appartement.

- Désolé d'avoir débarqué comme ça la dernière fois.

Je haussai les épaules, ne sachant quoi dire.

- J'étais franchement inquiet de ce qui pouvait t'arriver, comme…

Il ne termina pas sa phrase, se frottant le menton à la recherche de la bonne formulation pour terminer sa phrase.

- Comme on s'inquiète pour une amie ? proposai-je.

Il grimaça en même temps que moi. Il était encore trop tôt, pour l'un comme pour l'autre, pour que nous utilisions ce terme pour nous désigner. Toutefois, n'étant pas capable d'en trouver un autre qui pourrait mieux convenir, James acquiesça.

- Ouais…

- Je comprends, James. Ne t'inquiète pas.

Je fis une pause.

- Et puis, cela m'a fait du bien que quelqu'un vienne me voir pour savoir comment j'allais. Et pas pour m'accuser, ou quoi que ce soit d'autre.

- Je comprends. Enfin, je crois.

J'esquissai un sourire peu assuré. J'avais toujours l'impression de marcher sur un fil à chaque fois que je discutais avec James, mais la sensation n'était plus aussi désagréable qu'elle avait pu l'être. L'équilibre était précaire, mais j'arrivais de mieux en mieux à le maintenir, pour m'empêcher de tomber soit du côté où j'avais l'impression d'avoir encore des sentiments pour lui, ou du côté où j'avais juste envie de nous pousser dans nos retranchements pour déclencher les pires disputes.

Que de chemin parcouru en une année.

- Dire qu'il y a un an, tu…

Il se tut, ne sachant comment terminer sa phrase. Et moi, je réalisai soudainement ce qu'il voulait dire et que je n'avais pas pris en compte.

Aujourd'hui, cela faisait un an que je sortais de l'hôpital Ste Mangouste pour aller à Azkaban pour plusieurs mois. Cela faisait donc un peu plus d'un an que James et moi avions rompu. Ce n'était pas un anniversaire que j'avais réellement envie de fêter, ni même dont j'avais envie de me souvenir, mais je devais reconnaître qu'il me faisait du bien toutefois. Pas pour les souvenirs qu'il m'apportait, mais pour constater tout le chemin que j'avais parcouru en un an.

Je pris soudainement conscience de l'état déplorable dans lequel j'étais à ma sortie d'Azkaban, et de l'état bien meilleur dans lequel je me trouvais aujourd'hui.

Je n'aurais pas parié sur une telle progression, encore quelques mois auparavant, mais je devais reconnaître que je l'appréciais à sa juste valeur, à présent.

- Qu'est-ce qui te fait tant sourire ? s'étonna James.

- Moi, avouai-je sans honte. Je viens de réaliser tout ce que j'ai vécu en un an, et… à quel point ma vie s'est améliorée, et pour être honnête, cela m'a fait beaucoup de bien de m'en rendre compte.

James acquiesça, un fin sourire apparaissant sur son regard.

- J'ai presque réussi à garder mon calme quand j'ai appris que j'avais croisé la route d'une autre Invisible, c'est incroyable comme progression !

- Ouais. En parlant de ça…

- Hum ?

J'étais encore en train de songer au chemin parcouru, aussi, la question de James me désarçonna particulièrement.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit, l'Invisible ? En tant que voyante, je veux dire.

Je me figeai.

- Rien d'important. Et puis, je ne crois pas à tout ça.

- Oui, d'accord, mais…

- James. N'insiste pas, s'il te plaît.

Je connaissais ce regard chez James, et je savais pertinemment qu'il n'avait pas envie de cesser de me demander ce que j'avais pu entendre. Heureusement pour moi, Grace arriva à cet instant, suivie de Timothy et Roxanne, me permettant d'échapper à l'interrogatoire de mon ex petit-ami.

Je savais que James ne pensait pas à mal en me posant toutes ces questions, mais sa curiosité me mettait mal à l'aise, surtout qu'elle nécessitait faire une introspection sur ce que j'avais entendu, et sur ce que j'étais prête à accepter.

Sauf que je n'étais pas prête à accepter grand-chose.

Du fait que la voyante ait été une Invisible, mes dernières séances avec Margaret Royalmind étaient surtout centrées sur mes sentiments suite à cette rencontre. Nous n'avions pas abordé la teneur de notre échange, et j'avais tout fait pour retarder ce moment, faisant en sorte de relancer les conversations sur ma confrontation non consciente avec une Invisible. Je me doutais que Margaret Royalmind n'était pas dupe et qu'elle savait que je cherchais à lui dissimuler quelque chose, mais je préférais faire semblant de rien, et continuer dans le déni. Je savais que lui raconter ce qui s'était dit allait faire renaître des pensées négatives et douloureuses.

Qu'est-ce qui pouvait bien sortir de positif d'une rencontre qui m'affirmait que j'aurais des enfants ? Mary affirmait que j'étais bien entourée professionnellement, que j'avais de nouvelles perspectives, mais le fait que nous nous soyons vues avait drastiquement fait diminuer mes chances d'évoluer. Mes proches se portaient bien et étaient toujours avec moi, mais dire que j'étais bien entourée de ma famille, c'était une vaste blague. Je n'avais plus de famille, et ce depuis des années.

C'était des pensées forcément tristes.

J'aurais aimé pouvoir me confier à James. Je crois qu'il aurait été une oreille attentive. Mais ce n'était plus ainsi qu'était notre relation. Je ne pouvais plus lui dire tout ce qui me passait par la tête, parce qu'il n'avait plus à supporter mes tourments.

- C'est qui, la personne avec Lola ? demanda Paige qui venait de se rasseoir.

- Son frère, répondis-je.

À table, tout le monde se tourna vers moi.

- Oui, le frère qui avait choisi d'écouter son père et de ne plus avoir de contact avec Lola. Écoutez, je n'en sais pas plus que vous, dis-je simplement alors que mes amis s'apprêtaient à me poser des questions auxquelles je n'avais pas les réponses. Je vous dis simplement ce que je sais, faites avec.

La curiosité de Roxanne atteignait son paroxysme, et celle de son jumeau également. À vrai dire, à part Grace, qui ne connaissait pas autant Lola que nous, la curiosité de tous bouillonnait.

Heureusement pour nous, elle allait bientôt être satisfaite, alors que Lola s'approchait de notre table.

- Les amis, j'ai quelqu'un à vous présenter…

Le pauvre Victor allait être servi. Face aux jumeaux et James, il allait crouler sous les questions – voire sous le jugement, pour avoir laissé sa sœur seule un certain temps.

Quand il eut répondu à assez de questions pour que je puisse m'éclipser sans que je ne paraisse malpolie et désintéressée, je me dirigeai vers le buffet, aussitôt rejointe par Chuck.

- Comment te sens-tu ?

- Ce n'est pas à moi de te demander cela ? plaisantai-je.

Chuck secoua la tête.

- Non. Moi, je vais extrêmement bien. Je ne me sens même pas fatigué. Mais toi… Tout va bien ? J'étais dans mes préparatifs, je n'ai pas eu le temps de te poser des questions, mais tu as vécu des moments un peu compliqués, une fois de plus…

J'acquiesçai, tout en haussant les épaules.

- Disons que ça n'a pas été simple, mais j'ai l'habitude, et j'ai vécu bien pire, finalement, affirmai-je.

Chuck hocha la tête, toujours aussi compréhensif.

- Et avec Stiles ? J'ai été surpris que tu ne viennes pas avec lui…

Je grimaçai. Je n'avais pas voulu venir avec Stiles au mariage. J'avais l'impression que le faire aurait entériné quelque chose dans notre relation, sans que je ne sois réellement en mesure de l'accepter.

- Ouais, il n'a pas franchement apprécié que je lui dise que je préférais qu'il ne vienne pas. Pour le calmer, je lui avais dit que je n'étais pas la seule à ne pas inviter la personne avec qui je sors, sauf que…

Je désignai de la tête la table où j'étais installée.

- Outch. Tu avais utilisé James comme excuse ?

- Yep.

- Et il a su que James y allait avec Grace ? devina Chuck.

J'opinai pour confirmer.

- Est-ce que ça s'est aussi mal passé que je peux l'imaginer ?

- Est-ce que tu veux savoir si cela a rendu Stiles jaloux ? Aucune idée. Dès lors qu'il faut exprimer trop de sentiments qui vont à l'encontre de la norme, il a tendance à ne pas me les dire. Donc peut-être qu'il n'a pas aimé. Ou peut-être qu'il n'en a rien à faire. En revanche, non, il n'était pas content que je lui dise de rester à la maison. Mais c'est fait, à présent.

Et pour être honnête, je n'étais pas forcément mécontente. J'aurais dû m'occuper de Stiles à cette soirée, m'assurer qu'il s'entendait bien avec tout le monde – même si je ne me faisais pas trop de soucis pour cela – mais, surtout, j'aurais dû le voir être assis à la même table que James.

Mon regard se porta vers ce dernier, qui nous observait justement. Il m'adressa un bref signe de la tête et un sourire, avant de discuter à nouveau avec le frère de Lola. Je notai que Grace me lança un regard noir avant de se plonger également dans la discussion. Je grimaçai, sans les quitter du regard.

- Astrid…

- Hum ?

- Regarde-moi, s'il te plaît.

Je me tournai vers Chuck. Ses yeux étaient posés sur moi, avec un air extrêmement doux.

- Ce n'est pas trop dur, de les voir ensemble ?

Je me terrai dans le silence, et Chuck accepta cela, n'insistant pas pour que je donne mon opinion. Il hocha simplement la tête.

- Très bien… Une dernière question, et ensuite, je te kidnappe pour que tu danses avec moi.

- Un kidnapping, sérieusement ? Ce n'est pas de bon goût, après ce qui m'est arrivé l'année dernière…

Chuck leva les yeux au ciel.

- Si je ne peux plus faire d'humour noir avec toi, personne ne le peut.

Je ris légèrement. Il n'avait pas tort.

- Allez, pose-moi ta question.

- Est-ce que tu es heureuse avec Stiles ?

Sa question me prit de court. À vrai dire, je n'étais pas certaine de me l'être posée, tout du moins, pas avec une telle intensité.

Le problème, lorsqu'on ne fait que survoler certaines questions, c'est qu'au moment où on se les pose réellement, les réponses nous font peur.

La main de Chuck glissa sur mon poignet. Cela me donna le courage nécessaire pour donner la véritable réponse que je me dissimulais.

- Je ne sais pas.

Quatre mots. C'était peu. Mais c'était effrayant, et je sentis mon rythme cardiaque s'affoler en les prononçant.

Chuck s'en douta certainement. Il renforça sa prise sur mon poignet.

- Allez, viens. On va danser.

J'accueillis avec plaisir sa proposition. Après une telle révélation à moi-même, il fallait que je me change les idées.

.

.

.

Le mariage était passé depuis quelques jours, et j'avais réussi à me remettre de mes émotions et de ma fatigue. Je devais avouer être plutôt fière de moi. Je m'attendais à pleurer plusieurs fois d'émotion, mais j'avais passé plus de temps à consoler Mélina et Roxanne qu'à gérer mes émotions. Comme quoi…

En parlant de Roxanne, c'était vers son appartement et celui de Timothy que je me dirigeais. Je voulais téléphoner à Jenna, pour préserver nos retrouvailles, et ne pas la laisser trop longtemps sans nouvelle. Je ne m'étais pas encore décidée à demander à récupérer mon ancien téléphone. Peut-être que je devrais me résigner à replonger à ce point dans le monde des Moldus en demandant à le ravoir, mais je craignais que le ministère de la Magie veuille savoir pourquoi – et j'avais envie de préserver un minimum mon intimité.

Qu'est-ce que je racontais… J'avais perdu toute intimité depuis des années.

Je toquai à la porte de l'appartement de Timothy et Roxanne, et la porte s'ouvrit presque immédiatement sur Timothy. L'air particulièrement désespéré, je vis un éclair de soulagement lorsqu'il me reconnut.

Et cela me fit peur.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Ma femme est ingérable.

- C'est toi qui l'as épousée, tout du moins dans le monde sorcier, dis-je en haussant les épaules, sans réussir à m'empêcher de sourire. Pour le meilleur et pour le pire…

Il leva les yeux au ciel avant de me faire entrer dans l'appartement. J'entendais Roxanne qui pestait seule dans son coin, et je me dirigeai vers elle.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- C'est Mélina, qui m'arrive, voilà ! s'énerva Roxanne.

Je haussai un sourcil de surprise.

- Mais encore ?

- Elle a disparu en plein milieu du mariage de Chuck et Lola, et depuis, on a aucune nouvelle !

Je levai les yeux au ciel.

- Roxanne, tu dramatises. Elle n'est pas partie au milieu du mariage, elle est partie avant toi, c'est différent.

Et, personnellement, j'avais aussi noté que Fred s'était éclipsé peu de temps après, mais cela, de toute évidence, n'avait pas été remarqué par Roxanne. Tant mieux pour les deux amoureux secrets.

- Et on a eu des nouvelles, elle est simplement partie en vacances, elle a le droit, non ?

L'air renfrogné de Roxanne me fit comprendre que cette dernière aurait préféré que notre amie ne parte jamais sans son consentement. Timothy vint s'installer avec nous, un verre de vin à la main.

- Astrid, si tu veux boire quelque chose, je te laisse te servir…

Je fis comme il me le conseillait, devinant sans peine que calmer Roxanne allait me prendre un long moment, et que je ne pourrais pas utiliser leur téléphone tant que la maîtresse de maison ne se serait pas apaisée.

Je me dirigeai vers le bar, cherchant comment distraire les pensées de Roxanne. Parfois, le meilleur moyen de calmer un Cognard enragé, c'était de lui faire changer de cible.

- Pourquoi est-ce que tu n'es pas au travail ?

- Fred s'occupe de la boutique, grommela Roxanne. J'étais apparemment trop énervée, et je l'ennuyais à parler tout le temps de Mélina.

Heureusement pour moi, je tournais le dos à Roxanne, et elle ne vit pas mon air paniqué. Je pouvais comprendre que Fred en ait eu marre de sa jumelle, si elle ne faisait que parler de Mélina, mais je me demandais aussi si Fred n'avait pas cherché à se débarrasser de sa sœur pour ne pas gaffer et révéler son histoire avec Mélina. Fred pouvait être aussi discret qu'un Niffleur dans une boutique de bijoux, lorsqu'il se sentait acculé.

- Et toi, pourquoi est-ce que tu es là ? s'enquit Timothy, désireux, de toute évidence, de passer à un autre sujet de conversation.

- Eh bien, j'avais besoin de…

Roxanne ne me laissa pas le temps de terminer mon explication.

- Non mais, sérieusement, vous n'êtes pas un minimum curieux de savoir ce qui rend Mélina si étrange ?

- Je crois que tu exagères, souffla Timothy.

Roxanne pointa un doigt vers lui, avant de me désigner.

- Je n'exagère absolument pas. Il y a quelques mois, Astrid aussi était inquiète pour Mélina !

J'acquiesçai, ne pouvant faire autrement. Cependant, je n'avais pas envie que cette conversation continue dans ce sens, car je n'aurais que deux options : faire semblant de continuer à être inquiète, ou dire que je ne m'inquiétais plus. Sauf que pour la deuxième option, je n'avais aucun mensonge assez crédible à débiter à Roxanne et Timothy, et je refusais de dire la vérité. Mélina et Fred me faisaient confiance, après tout.

- C'est vrai que j'étais inquiète, commençai-je prudemment. Mais cela fait des années que nous connaissons Mélina, Roxanne. Et tu sais bien que si on lui rentre dedans pour avoir des informations, elle se cache comme un Veaudelune.

- C'est quoi, un Veaudelune ? s'enquit Timothy.

- C'est une créature qui ne sort qu'à la pleine lune, expliquai-je.

- Comme les loups-garous ?

- Ouais. Sauf que je préfère me retrouver face à un Veaudelune qu'un loup-garou, dis-je avec un sourire. En tout cas, les soirs de pleine lune…

Roxanne souffla fort, nous faisant nous tourner vers elle.

- Est-ce que quelqu'un peut me prendre au sérieux une petite minute ?

- Pour être honnête, Roxy, lorsque tu pars dans tes certitudes sans vouloir écouter les points de vue des autres, j'ai du mal à te prendre au sérieux, lui avoua Timothy avec une petite moue.

Je réfrénai un sourire. Lorsque Timothy se faisait charmant avec Roxanne et l'appelait par son surnom devant quelqu'un, c'était qu'il sentait qu'elle était prête à abandonner son entêtement, et qu'il était temps de la faire changer d'idée.

- Je comprends que tu t'inquiètes pour Mélina, c'est normal, il s'agit de ton amie. Mais ce n'est pas la première fois qu'elle agit de cette manière, et elle revient toujours vers nous. Laisse-lui un peu de temps pour digérer ce qui lui a fait du mal, Roxy, et puis, tu pourras lui dire que tu aimerais qu'elle se confie à toi, lorsqu'elle se sent mal.

- Hmm…

Roxanne ne paraissait pas entièrement convaincue, mais je l'encourageai d'un coup de tête.

- Très bien, capitula-t-elle. Oublions Mélina. Astrid, tu venais pourquoi, donc ?

- Eh bien, j'avais besoin de passer un…

La porte d'entrée s'ouvrit alors violemment, et par réflexe, je sortis ma baguette magique, la pointant vers l'intrus.

Qui n'était que Fred.

- Merlin, Astrid, tu m'as déjà mieux accueilli que cela ! se moqua le nouveau venu.

- Bordel, tu n'as pas appris à frapper ? sifflai-je entre mes dents.

J'avais vraiment eu peur.

- Astrid, pas les baguettes magiques alors que Timothy est à la maison, c'est la règle ! me disputa Roxanne.

- Ouais, bah si ton jumeau n'entrait pas comme un Cognard enragé, j'aurais pas eu besoin de sortir ma baguette. Et j'aime autant avoir ma baguette chez toi, j'ai pas confiance en vos inventions…

- Il n'y a rien chez nous, me rassura Timothy, qui loucha sur ma baguette. Est-ce que tu peux…

Il désigna ma baguette magique de la main, et je m'empressai de la ranger à sa place, et certainement pas sur le meuble de l'entrée où tout le monde déposait sa baguette. Fred, d'ailleurs, y alla immédiatement poser la sienne.

- Qu'est-ce qui nous vaut ta visite, cher frère ? T'es pas capable de tenir la boutique sans moi ?

- La boutique ferait un chiffre d'affaires deux fois supérieur si je travaillais seul, rétorqua Fred.

Je levai les yeux au ciel, comme Timothy, sachant tous les deux comment Roxanne allait répondre.

- Et le chiffre d'affaires serait cinq fois supérieur si je travaillais seule. Bon, alors ?

Fred vint nous rejoindre, et se servit d'un verre lui également.

- Je suis venu vous parler d'un truc qui me chiffonne depuis quelque temps, avoua-t-il.

- Oh. Je vais y aller…

J'allais poser mon verre, mais Fred m'en empêcha d'un signe de la main.

- Non, reste. C'est bien que tu sois là également.

- Ah ?

- Oui, vraiment. Voilà, en fait, je…

Et Fred se tut.

De quoi pouvait-il bien vouloir parler à sa sœur et à Timothy, tout en acceptant ma compagnie ?

C'était forcément quelque chose dont j'avais connaissance, mais pas sa sœur. Ce qui était surprenant, car ils se disaient tout, normalement. Fred, après tout, n'avait qu'un seul secret que je connaissais, et dont sa sœur ignorait l'existence.

Oh, doux Merlin.

- Fred, non, l'avertis-je.

Mais il ne m'écouta pas, et ne s'étonna pas des regards curieux que Roxanne et Timothy me lancèrent.

- Roxanne, je sais que tu penses que je fréquente à nouveau Bethany…

- Ouais, essaie de me faire croire le contraire, se moqua-t-elle.

- Mais ce n'est pas le cas. Par contre, je fréquente effectivement quelqu'un.

Je pestai intérieurement.

- Fred, par Merlin, ce n'est pas la bonne manière de faire les choses, grommelai-je.

Roxanne écarquilla de grands yeux, et nous désigna tour à tour de l'index.

- Oh, non, pesta Timothy. Ne nous dites pas que vous êtes ensemble. J'ai eu ça, dans un groupe d'amis, ça s'est très mal terminé, et…

Les yeux de Roxanne s'écarquillèrent un peu plus.

- Non ! m'exclamai-je. Par Merlin, je suis avec Stiles, définitivement pas avec Fred.

- Ouais, un jour, il faudra qu'on discute du fait que tu refuses de vivre ton destin romantique avec James, d'ailleurs, souffla Fred.

Je me crispai.

- Oh, toi, ferme-la, soufflai-je. Je te rappelle que j'ai toujours ma baguette magique sur moi, que je n'ai aucun destin romantique à vivre avec ton cousin, et que tu es en train de faire une énorme bêtise.

- Donc, vous ne sortez pas ensemble ? s'enquit Timothy. Et tu es toujours avec Stiles, ou non ? Parce qu'avec ce que vient de dire Fred, j'aurais pu croire que vous aviez rompu, et qu'il y avait quelque chose entre James et toi.

Je me frottai les tempes de la main gauche, ma main droite prête à saisir ma baguette magique pour faire taire tout le monde dans cette pièce. Un mal de crâne commençait à pointer. Est-ce qu'un jour, on allait enfin me laisser tranquille, concernant mon histoire avec James ? C'était déjà compliqué à gérer lorsque nous nous retrouvions à des événements ensemble, sa copine ne voulait pas qu'on se voie, mon copain avait du mal à se faire à l'idée qu'on ait à se fréquenter, mais si en plus mes amis – dont la majorité appartenait à sa famille – ne cessaient pas de nous inventer une histoire ensemble, j'allais vraiment finir par tous les ensorceler.

- Je ne sors pas avec Fred. Ni avec James. Je sors avec Stiles. Depuis plusieurs semaines, acceptez-le. Fred, tu veux annoncer quelque chose à ta sœur et ton beau-frère, et je te jure que ce n'est pas le moment de le faire. Et je sors avec Stiles. Je le redis, au cas où ça n'ait pas été clair les trente-huit fois précédentes où je l'ai dit.

- T'es sûre ? s'enquit Roxanne. Parce que je commence à me questionner, dit-elle nerveusement.

Son regard passait de son frère à moi. J'aurais pu être vexée si l'idée de moi étant en couple avec Fred ne me donnait pas de l'urticaire.

En tant qu'amie proche de Mélina, je devais aussi arrêter cette catastrophe en devenir.

- Fred, arrête ça, le suppliai-je.

- Elle est d'accord ! m'affirma-t-il.

- Est-ce que tu lui as dit que tu comptais le faire de cette manière ? rétorquai-je.

Il se tut un bref instant – ce qui était déjà énorme pour lui.

- Non, peut-être pas. Mais tant pis, je suis lancé. Je fréquente quelqu'un, et c'est assez bizarre, parce qu'elle est très discrète, et elle ne voulait pas qu'on en parle tout de suite, mais là, pour être honnête, j'ai besoin de le dire, et je me dis qu'une fois que j'aurai commencé à l'annoncer, ça sera plus simple pour elle de l'accepter, après tout, elle a déjà accepté l'idée qu'Astrid soit au courant, donc normalement, ça devrait aller.

Je fermai les yeux, me demandant s'il y avait un moyen d'arrêter cette catastrophe, mais étant donné que je ne pouvais pas lancer de sortilèges devant un Moldu, même si celui-ci était au courant de l'existence de notre monde, j'étais coincée. Et pour être honnête, les beaux yeux de Mélina ne valaient pas le séjour à Azkaban.

J'attendis donc que le choc se fasse, comme un joueur de Quidditch qui attend que le Cognard le frappe en pleine tête, en sachant qu'il ne peut pas l'éviter.

- Et cette personne, c'est Mélina, depuis décembre. Enfin, même depuis avant, mais il y a eu Bethany qui a failli tout gâcher, mais bref. Ouah, ça fait du bien de le dire ! Comme lorsque je te l'ai dit, Astrid, ça me soulage !

Je ne répondis rien. Roxanne émit un rire nerveux. Timothy me regarda un moment, cherchant à savoir si c'était une plaisanterie ou pas. Sauf que cela n'en était pas une.

- Euh… OK. Je m'attendais pas trop à ça. Enfin, c'est cool, mais…

Timothy se tut en voyant Fred reculer d'un pas. Ce dernier me jeta un coup d'œil angoissé.

- Astrid…

Il observa alors sa sœur, et je fis de même.

- Oh, oh, soufflai-je.

Roxanne commençait à rougir de colère. Sa vision me fit penser à un hippogriffe en colère. Ou à un Cognard qui vient d'être dirigé vers une nouvelle cible.

Très mauvaise chose. Je l'avais vue être dans un tel état à plusieurs reprises, et cette facette de sa personnalité ne la mettait définitivement pas en valeur.

- Timothy n'a jamais vu le mode Cognard de Roxanne, m'avertit Fred.

- Le mode Cognard ? s'étonna Timothy.

Mes vieux réflexes de capitaine prirent le dessus. Alors que Roxanne allait se jeter sur son frère, je me lançai en avant, et la saisis à bras le corps. L'avantage, c'est que Roxanne faisait moins de sport qu'à Poudlard, alors que moi, j'avais encore l'entraînement des Invisibles en mémoire dans mes muscles, et j'avais maîtrisé des personnes plus coriaces qu'elle.

Quoi que certains Rapaces Nocturnes auraient eu des leçons à recevoir d'elle, réalisai-je rapidement alors qu'elle s'agitait pour se défaire de ma prise.

- Mélina ! Tu sors avec Mélina Wilson ! Astrid, lâche-moi.

- Non, pas tout de suite.

Franchement, ce n'était pas l'envie qui me manquait. Fred s'était comporté comme le pire des imbéciles, mais je savais que Roxanne pouvait être vraiment dangereuse lorsque le mode Cognard était enclenché.

- Cet imbécile sort avec Mélina Wilson depuis des mois, et plutôt que de me le dire de manière normale, comme une personne normale, il me l'annonce comme si j'étais une inconnue, et pas sa jumelle, et alors que ça fait des mois que je crois qu'il sort avec Bethany, et que je pense que Mélina est mal dans sa peau ! J'ai le droit de m'énerver contre lui !

Je retins un rire, sachant que cela vexerait Roxanne, mais aussi que cela risquait de diminuer ma concentration pour la maîtriser, et c'était trop dangereux, actuellement, de ne pas la maintenir correctement.

- Je voulais te le dire, Roxanne, je t'assure, se défendit Fred.

- Alors pourquoi tu ne l'as pas fait, espèce de Veracrasse ?!

Cela devenait compliqué de maîtriser Roxanne. Elle s'agitait dans tous les sens, et je savais que rien, ou presque, ne la détournerait de son objectif actuel : faire payer son frère pour lui avoir dissimulé une telle information.

- Lâche-moi, Astrid, ne t'inquiète pas, ça sera ton tour après, j'ai bien compris que tu étais au courant toi aussi !

Je levais les yeux au ciel.

- Oh, par Merlin, c'était déjà pas drôle lorsque j'étais votre capitaine, marmonnai-je en reculant et en entraînant Roxanne avec moi, afin de nous éloigner de Fred.

- Ouais, mais on s'amusait bien, dans les vestiaires…

Je fusillai Fred du regard. Le moment était très mal choisi pour plaisanter. Il fallait que je raisonne Roxanne.

Sauf que je doutais en être capable.

Son mari, en revanche…

- Roxanne, est-ce que tu veux vraiment que Timothy te voie dans un tel état ?

- Pour le meilleur et pour le pire, c'est ce qu'on s'est dit le jour du mariage, pesta Roxanne.

Bon. J'avais essayé, au moins.

Je jetai un regard de détresse à Timothy, qui paraissait particulièrement scandalisé de découvrir cette facette de sa femme. Je le comprenais, j'avais moi-même eu du mal à me faire à cette partie de la personnalité de Roxanne, et cela faisait plus longtemps que lui que je la connaissais.

- Franchement, on ne m'avait pas prévenu que le pire, c'était ça…

- Je suis sûr d'y avoir fait allusion, assura Fred.

- Ouais, il l'a dit deux ou trois fois, mais tu ne l'as pas cru, grommela Roxanne. Astrid, laisse-moi botter les fesses de mon frère.

- Encore une fois, non, Roxanne, soupirai-je. Je sais, moi aussi ça m'a énervée de l'apprendre de manière non conventionnelle, mais on parle de ton frère et de Mélina, tu t'attendais à quoi ?! m'exclamai-je avec agacement.

Et aussi parce que les bras commençaient à me tirer, à force de retenir Roxanne. Par Merlin, j'avais sous-estimé sa force.

Je crus alors que j'avais relâché la pression que j'exerçais autour de Roxanne, avant de comprendre que non. Mon amie s'était légèrement calmée. Pas sereine, je restai méfiante, et ne bougeai pas immédiatement, m'attendant à ce qu'elle s'agite soudainement pour échapper à mon emprise. Mais non. Roxanne semblait réellement un peu plus calme.

- C'est vrai que vu sous cet angle…, murmura-t-elle. À quoi peut-on s'attendre avec ces deux-là ensemble ?

- Voilà ! On ne pouvait rien faire de trop conventionnel ! affirma Fred.

- Ne la ramène pas trop, lui dit alors Timothy. Je ne crois pas que tu sois en situation de pouvoir fanfaronner.

Roxanne hocha vigoureusement la tête.

- Roxanne, et si nous agissions en adultes responsables ? proposai-je. Oui, je sais, je suis une Invisible, c'est ironique de dire cela. Mais quand même. Est-ce qu'on ne pourrait pas en discuter sereinement ? Sans que tu n'enclenches ton mode Cognard ?

- Je suis pas sûre d'en être capable, grommela la jumelle.

Je soupirai. Que Merlin me donne la patience…

- Astrid, je m'occupe de Roxanne, me proposa soudainement Timothy.

- Alors, si je dois donner mon avis, je préfère que ce soit Astrid qui maîtrise ma sœur, étant donné que mon intégrité physique est en jeu, marmonna Fred.

- Oh, toi, tais-toi, grommelai-je.

- Et Astrid, tu t'occupes de protéger Fred si… le mode Cognard de Roxanne se déclenche à nouveau sans que je n'arrive à le maîtriser, dit Timothy après avoir dégluti. On fait comme ça ?

J'observai les deux jumeaux, et Timothy. Je n'étais pas certaine que cette situation soit viable, mais en même temps, la situation actuelle commençait à devenir ridicule. J'étais accrochée à Roxanne, les muscles tendus, les cheveux défaits par l'effort. Roxanne, elle, avait la rage d'une dragonne prête à tout pour défendre ses œufs.

- T'es sûr ? m'enquis-je auprès de Timothy.

- Non, pas vraiment, mais je te jure que j'ai l'impression que tu tentes de la mettre dans une camisole, et je n'aime pas franchement cette vision.

- On n'utilise pas de camisole chez les sorciers, on a des baguettes magiques, en principe, lui expliquai-je.

- Je ne crois pas non plus apprécier cette vision, grimaça Timothy.

- Pourtant, un beau duel, bien réglementé…, commença Fred.

- Quelqu'un peut lui dire de se taire, avec ses réflexions complètement stupides, ou je m'en occupe à mains nues ? gronda Roxanne.

Je me mordis la lèvre inférieure pour empêcher un rire qui n'avait vraiment pas sa place en ce moment.

- On tente ta méthode, Timothy, proposai-je.

J'éloignai Roxanne de son jumeau, surprise de constater qu'elle se laissait à peu près faire. Je me demandai si c'était pour taire ma méfiance, mais de toute évidence, c'était plutôt pour ne pas effrayer Timothy plus qu'il ne l'était déjà.

Est-ce qu'il était réellement effrayé ? Je n'en étais pas certaine. Simplement, il découvrait une facette de la personnalité de sa femme à laquelle il ne croyait pas, et qu'il venait de voir en action sans être préparé à cela.

Une fois Roxanne laissée à Timothy, je rejoignis rapidement Fred, que je fis reculer à l'exact opposé de sa jumelle, et proche de la sortie, afin de pouvoir l'évacuer si jamais Roxanne réactivait le mode Cognard. Lorsque je me fus assurée que la situation était sous contrôle – ou, en tout cas, que je pouvais limiter les dommages collatéraux, je fis un bref signe de tête à l'assemblée.

- Déjà, avant que nous reprenions cette conversation… Est-ce que j'étais le seul à ignorer le mode Cognard de Roxanne ? s'enquit Timothy, un rire nerveux dans la voix.

Roxanne afficha une mine contrite.

- Ouais, il y a des chances.

- On avait conclu un pacte comme quoi nous ferions toujours en sorte de ne pas déclencher ce mode devant toi, ajouta Fred.

- Et tu as joliment rompu ce pacte aujourd'hui, fis-je remarquer avec malice.

Fred grimaça, tandis que sa sœur le fusillait une nouvelle fois du regard.

- Bon… On en reparlera plus tard, proposa Timothy en lançant un regard entendu à sa femme.

Personnellement, je n'avais pas trop envie d'être à la place de Roxanne dans cette conversation. Elle allait devoir se justifier d'un comportement qui pouvait être controversé. Cela n'était pas sans me rappeler certaines conversations que j'avais pu avoir avec James, quant à mes comportements d'Invisible.

Je secouai légèrement la tête pour chasser ces pensées de mon esprit.

- Alors, toi et Mélina ? s'enquit Timothy d'une voix hésitante en regardant Fred. Et Astrid était au courant ?

- Oui, mais pas depuis longtemps. Seulement depuis mai.

- C'est déjà trop long, puisque moi, je ne le savais pas, grommela Roxanne. Pour ça, je t'en veux beaucoup, Astrid.

Je ne répondis rien. Je savais que cela ne servait à rien et, de plus, le mode Cognard de Roxanne m'effrayait, je voulais m'assurer qu'il ne se déclenche pas contre moi tout de suite.

- Écoute, ce n'est pas comme si je n'avais pas voulu te le dire, se reprit Fred. Vraiment. Mais le problème, c'est que Mélina voulait que Bethany sorte définitivement de ma vie, et que j'avais beau essayer de le faire, Bethany revenait toujours, comme un Botruc se raccroche à son arbre.

- Ce n'est pas très gentil pour les Botrucs, ça, fis-je remarquer à mi-voix.

- Et ensuite, Astrid a fait comprendre à Bethany qu'elle devait lâcher l'affaire, et c'est à ce moment que je l'ai dit à Astrid.

- Et ça, c'était quand ? grommela Roxanne.

- Lors de la cérémonie du deux mai…

Roxanne se pinça le nez, alors que Timothy lui attrapait le bras, comme pour l'empêcher de bouger. Comme si cela suffisait à retenir Roxanne lorsqu'elle était enragée.

Toutefois, Roxanne ne paraissait pas prête à sauter à la gorge de son frère. Pas tout de suite, en tout cas.

- Ok, donc, tu sors avec Mélina. Mais presque personne n'est au courant. C'est une vraie histoire, un truc sérieux, ou pas du tout ? voulut savoir Timothy.

- Bah, oui, c'est un vrai truc, grommela Fred. Astrid, tu peux m'aider ?

- Et puis quoi encore ? persiflai-je. Débrouille-toi ! Reprends tout depuis le début, comme tu l'as fait lorsque tu m'as annoncé la nouvelle lors de la cérémonie. Mais fais ça tout seul, personnellement, je n'ai pas envie de mettre plus mon nez dans tes explications. Si j'avais su que tu comptais faire ça aujourd'hui, et de cette manière, je ne serais pas venue ici, grommelai-je.

- J'apprécie le soutien, ironisa Fred.

Je lui lançai un regard fatigué. Moi, sincèrement, je n'avais aucune envie de l'entendre se justifier auprès de sa sœur, tout en m'assurant que cette dernière ne lui fasse pas regretter d'être encore en vie.

Fred prit une profonde inspiration, avant de raconter la genèse de son histoire avec Mélina, tandis que je n'écoutais que d'une oreille, connaissant déjà ce qui s'était passé. À mon humble avis, Fred allait connaître une grosse dispute de couple lorsque Mélina allait apprendre ce qui s'était passé ici.

- Et voilà. Et j'ai décidé de vous le dire aujourd'hui, parce que…

Fred se tut soudainement. Je me concentrai à nouveau sur lui, essayant de comprendre d'où venait ce silence.

- Oh, bah en fait, je n'ai pas de raison, j'ai juste agi impulsivement.

- Oh, doux Merlin, souffla Roxanne.

- Comment est-ce que Mélina peut accepter un tel comportement de ta part, quand on sait qu'elle est bien plus réfléchie que toi ?

- Franchement, si elle me demande mon avis sur ce qui s'est passé ici aujourd'hui, je ne compte pas faire un portrait élogieux de toi, Fred, grommelai-je.

Il me lança un regard rempli de détresse.

- J'aimerais quand même que tu essaies, histoire que Mélina ne m'en veuille pas trop…

Je levai les yeux au ciel.

- Réfléchis avant d'agir, ça t'éviterait de te retrouver dans une telle situation, fis-je remarquer à Fred.

- C'est ce que j'ai fait ! s'insurgea-t-il.

- Mais bien sûr, dis-je entre mes dents. On en reparlera après que tu as raconté à Mélina ce que tu viens de faire, lui proposai-je.

- Oh, bah ça attendra son retour de vacances, non ?

Je me retins de me frapper le front du plat de la main, et je vis Roxanne faire d'énormes efforts pour ne pas se jeter sur son frère. Timothy prit les devants.

- Fred, viens avec moi dans la cuisine, je vais t'expliquer pourquoi tu ferais mieux d'envoyer immédiatement un hibou à Mélina, plutôt que d'attendre son retour…

Les deux hommes s'éloignèrent dans la cuisine, refermant la porte derrière eux.

- Et toi, tu n'as rien dit, grommela Roxanne.

- Pas mon histoire, me défendis-je mollement. Et j'ai bien vu l'état dans lequel était Mélina. J'estimais que je n'avais pas à le faire à leur place.

Roxanne me fusilla du regard, mais je soutins son regard. Je savais que je n'étais pas en tort.

- Mon frère n'est qu'un imbécile, finit-elle par soupirer. Comment est-ce qu'une personne aussi intelligente que Mélina peut sortir avec lui ?

Je haussai les épaules.

- Des fois, on ne sait pas pourquoi on prend de telles décisions…

- Tu parles de toi et de Stiles ? Ou de James et Grace ?

Je me figeai.

- Non, parce que James a été très stupide, sur ce coup. On lui a tous dit. Quand lui et Grace se sont mis ensemble, c'était une erreur. Enfin, après, toi et Stiles, c'est un peu la…

- Roxanne, tais-toi, la coupai-je sèchement.

- Mais…

- Vraiment, tais-toi. Déjà, la relation de ton cousin avec Grace ne me regarde pas.

- Bah, un peu, quand…

- Non, même pas un tout petit peu, affirmai-je avec autant de fermeté que je le pouvais.

Ma curiosité me démangeait malgré ma volonté de vouloir rester à l'écart de la relation de James et Grace.

- C'est leur histoire, et ce qui se passe entre eux ne me concerne pas. Et surtout, ce qui ne me concerne pas, c'est ce que vous pouvez avoir dit à James, ou ce que vous pouvez penser de sa relation. Je ne veux pas me mêler de ça, c'est clair ?

Roxanne déglutit, avant de hocher la tête. J'avais certainement été plus virulente que je ne l'avais espéré, pour qu'elle soit aussi calme après ma petite tirade. J'aurais pu tempérer mon humeur, mais je connaissais assez Roxanne pour avoir conscience que dire les choses calmement n'allait pas lui faire comprendre qu'elle devait me laisser tranquille, bien au contraire.

- Quant à ce que tu penses de ma relation avec Stiles… Tu as le droit de ne pas l'apprécier, tu as le droit d'être déçue que je ne sois plus avec ton cousin, mais de là à estimer que c'est une erreur, car j'ai bien conscience que c'est ce que tu allais dire, c'est au-delà de ce que tu peux te permettre en temps qu'amie. Même si on se connaît depuis nos onze ans. C'est clair ?

Je vis la mâchoire de Roxanne se contracter.

- Aussi clair que le pelage d'une licorne.

- Merci, dis-je sèchement en baissant légèrement la tête. Est-ce que je peux utiliser votre téléphone ? Je souhaitais appeler une amie Moldue, et je n'ai pas récupéré mon téléphone en sortant d'Azkaban. Et je n'ai pas envie d'aller le demander aux Aurors, parce que je suis certaine qu'ils vont vouloir savoir qui je souhaite contacter, et cela ne les concerne pas.

- Très bien, murmura Roxanne. Tu peux l'utiliser, évidemment. Tu veux rester manger ce soir ? me proposa-t-elle immédiatement.

Comme pour effacer le moment de recadrage que je venais de faire. Je grimaçai. Sauf que pour moi, c'était encore trop frais pour que je passe outre.

- Non merci, j'ai quelque chose de prévu avec Stiles, ce soir. Mais merci pour l'invitation.

- Il est invité, si cela peut te faire changer d'avis.

J'adressai un regard entendu à Roxanne. Je n'avais aucune envie que Stiles vienne ici ce soir, alors qu'elle venait juste de me dire qu'elle estimait qu'être avec lui était une erreur de ma part.

- Une autre fois, peut-être, dis-je sans plus m'avancer avant de me saisir du téléphone.

Une fois mon appel passé, et une prochaine date de fixée pour rencontrer Jenna, je saluai Timothy, Roxanne et Fred – en faisant promettre à ce dernier d'envoyer rapidement un hibou à Mélina pour qu'elle sache ce qu'il venait de faire – et ressortis de chez eux, avec l'intention de retourner chez moi. Et avec aucune intention de voir Stiles. J'avais menti à Roxanne, j'avais eu besoin d'une excuse crédible pour éviter un repas en compagnie de mon amie, et Stiles était une excuse parfaite.

Dans les faits, j'avais besoin de réfléchir un petit peu. Oh, pas grand-chose. Mais j'avais besoin de prendre un peu de temps pour moi. Déjà, pour chasser de mon esprit les paroles de Roxanne. Je ne voulais pas que se glisse dans mes pensées l'idée que James avait fait une erreur en se mettant avec Grace. Cela ne me concernait pas. Mais plus important, il fallait que j'oublie l'idée que moi-même, je faisais une erreur en étant avec Stiles. Je ne disais pas que je vivais une histoire parfaite avec lui. Seulement, entendre une amie me dire que je faisais une erreur n'était pas agréable – et elle était déjà la deuxième à me dire cela, Mélina me l'ayant fait remarquer plusieurs mois plus tôt, alors que je commençais tout juste à sortir avec Stiles.

Oh, par Merlin.

Moi qui avais naïvement espéré que je ne prendrais plus jamais autant la tête pour une relation après avoir rompu avec James, voilà que je recommençais.

Doux Merlin, j'avais besoin de me dépenser pour oublier tout cela. Margaret Royalmind disait toujours que lorsque j'allais courir plutôt que de réfléchir à mes problèmes, je ne faisais qu'éviter ces derniers. Elle avait certainement raison, mais l'évitement était une stratégie qui avait plus ou moins porté ses fruits, dans mon quotidien, et je comptais bien continuer de suivre cette voie.

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.

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Je me mordis la lèvre inférieure, les poings serrés sous mon menton, essayant de ne pas trop laisser éclater ma frustration.

- Je n'en peux plus de l'équipe Thêta, grommelai-je.

- Hum, hum.

- Ils sont vraiment mauvais. À chaque fois, ils oublient la moitié des objets, s'ils ne les détériorent pas. Je veux dire, ils sont archéomages ! me plaignis-je.

- Hum, hum.

L'absence de réaction ne me dérangeait pas outre mesure, étant donné que j'avais surtout besoin de me plaindre, pas forcément qu'on me réponde en me donnant des arguments allant dans mon sens – et j'avais encore moins besoin d'arguments qui allaient à l'inverse de ce que je voulais dire. Autant dire que le silence qui me répondait était parfait, actuellement.

- Leur but, dans leur travail, ce n'est pas d'abîmer ce qu'ils trouvent, c'est de me les envoyer en bon état ! Moi, je récupère comme je peux ce qu'ils ont saccagé, et uniquement parce que je suis douée. Parce que ça ne rentre pas du tout dans mes missions ! J'en fais bien plus que ce que je devrais. Et si un jour il y a un problème, ça va me retomber dessus, et on va en profiter pour dire qu'Astrid l'Invisible s'amuse à détériorer des pièces anciennes de l'Histoire sorcière !

Ah. Je vis Stiles tiquer à la mention du fait que je sois une Invisible. Il fallait vraiment que nous ayons cette conversation, lui et moi, sur le fait que j'avais été une Invisible, et qu'il devait faire avec ce fait, plutôt que de chercher à l'éviter. J'étais douée dans la stratégie d'évitement, mais en toute honnêteté, Stiles était très bon également dans ce domaine.

- Et dire qu'on ne veut toujours pas que je quitte le territoire britannique pour suivre les archéomages sur le terrain, grommelai-je. J'espère que ça finira par se tasser…

- Cela fait un moment qu'Alexander Hotch n'a rien publié, non ? dit Stiles.

Tiens. Il n'avait pas complètement perdu le fil de la conversation.

- Donc, peut-être que cela va bientôt changer, non ? Peut-être que tu pourras bientôt quitter le territoire…

Je me levai du canapé où j'étais installée, et m'approchai de Stiles, avant de le prendre dans mes bras.

- Je croyais que tu n'avais pas envie que je m'éloigne trop de Londres ? me moquai-je.

Il leva les yeux au ciel avant de répondre à mon étreinte.

- Je n'ai pas une folle envie de laisser ma copine fouiller des tombes où se trouvent des sortilèges dangereux et des malédictions oubliées, mais je peux quand même accepter l'idée que cela fait partie de ton travail, rétorqua-t-il.

Il m'embrassa doucement.

- Cela dit, si les Aurors pouvaient encore rechigner à te laisser partir, ça m'arrangerait. Je peux être assez égoïste, et je n'ai pas envie que tu partes loin pendant plusieurs jours, plaisanta-t-il.

Sauf que moi, cela ne me faisait pas vraiment rire. J'avais envie de pouvoir bouger sans que cela ne soit une bataille plus difficile que de battre un dragon à mains nues.

- De la part de quelqu'un qui travaille à l'Office des Portoloins, c'est légèrement hypocrite.

Stiles se raidit quelque peu, et s'éloigna, comme à chaque fois que je lui faisais remarquer subtilement qu'il m'avait blessée.

- Je sais que ce n'est pas simple pour toi.

- C'est le moins qu'on puisse dire, grommelai-je en croisant les bras sous ma poitrine.

- Mais je suis certain que les Aurors vont finir par changer d'avis. Comme les autres sorciers. Maintenant qu'Alexander Hotch a été mis sous les feux des projecteurs, il te laisse tranquille. On peut remercier la personne qui a su deviner qui il était !

Je détournai le regard, et, malheureusement pour moi, ma gêne ne passa pas inaperçue aux yeux de Stiles.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Hum… Tu promets de ne pas trop t'agacer ? demandai-je avec un grand sourire.

Stiles fronça les sourcils, m'invitant à poursuivre.

- Il est possible que ce soit moi qui ai dévoilé qui était Alexander Hotch.

Stiles fronça un peu plus les sourcils, comme évaluant ce que je venais de lui dire, cherchant dans son esprit ce que cela signifiait.

- Mais encore ?

- Eh bien… J'ai su, via une connaissance, comment le contacter, je lui ai fait croire que j'avais des renseignements sur Astrid Smith, enfin, sur moi, mais sans lui dire que j'étais moi, bref, et je l'ai confronté. Voilà. Et ensuite, comme il a sorti cet article sur moi à Eastbourne et avec une autre Invisible, j'ai décidé de dévoiler son identité. Voilà. On ne devait pas décider d'une date pour inviter des amis à toi à venir manger ? demandai-je dans une vaine tentative de changer de sujet.

J'avais bien remarqué que Stiles s'était rembruni au fur et à mesure que je lui expliquais succinctement ce que j'avais fait. Je me doutais qu'il n'allait pas apprécier cette initiative, mais il était nécessaire d'être sincère dans une relation, et cette information ne pouvait être tue plus longtemps.

Mais au vu de la colère dans les yeux de Stiles, j'aurais peut-être dû réviser mon jugement, et me taire. De toute évidence, je n'allais pas lui dire tout de suite qu'après cet article, James avait passé un moment avec moi, pour m'assurer que je me portais bien. Cela risquait de l'énerver encore plus.

Je respirai calmement, afin qu'au moins l'un de nous deux soit en état de discuter sans perdre la maîtrise de ses nerfs.

- Pourquoi est-ce que tu ne me l'as pas dit ?

- Parce que je ne pensais pas que cela était nécessaire, dis-je simplement. Alexander Hotch s'en prend à moi principalement. Je préférais te laisser en dehors de cela.

- Tu l'as rencontré ? Toute seule ?

- Oui. Et oui.

- Pourquoi est-ce que tu as fait ça ?

La voix de Stiles était sourde, totalement différente de celle qu'il adoptait habituellement lorsqu'il était en colère, ou agacé. C'était bien plus profond que cela, un agacement, voire une colère, bien plus intense. Je n'étais pas certaine de comment réagir face à cela.

En analysant rapidement sa posture, j'aurais même pu croire que Stiles se sentait trahi par ce que j'avais fait, sans que je ne comprenne pourquoi un tel sentiment l'habitait soudainement.

- Stiles, écoute…

- Non, pour une fois, c'est toi qui vas écouter.

Il y avait une telle ferveur et une telle colère enfouie dans sa voix que je ne cherchai pas à discuter.

Je venais de comprendre ce qu'il y avait dans la voix de Stiles. C'était de la souffrance.

Il avait été blessé par ce que j'avais fait.

- Pourquoi est-ce que tu ne m'en as pas parlé ? T'aurais pas dû faire ça toute seule ! Tu ne le connais pas, tu ne sais pas ce qui aurait pu se passer en étant toute seule avec lui. C'était inconscient. Si tu m'en avais parlé, j'aurais pu t'accompagner, et prendre les devants.

Je me retins de justesse de lever les yeux au ciel – en revanche, je ne parvins pas à éviter la vague de colère qui m'envahit. Je serrai les dents, me retenant encore un petit peu, ayant conscience que Stiles n'avait pas terminé. Seulement, la colère bouillonnait rapidement en moi, et je devais trouver un moyen de ne pas me laisser submerger.

J'écoutais à peine Stiles alors qu'il m'expliquait pourquoi j'aurais dû lui demander de m'accompagner, pourquoi est-ce qu'il était indispensable à cette rencontre. Je tentai tant bien que mal de trouver un point d'ancrage pour ne pas être débordée par mes émotions. Sauf que je n'y arrivai pas.

Pas du tout.

Et c'est le fait de ne pas en trouver qui m'empêcha de perdre le contrôle total de moi-même.

Quelques mois plus tôt, alors que j'étais en manque de repères, que mes décisions étaient totalement irrationnelles, et mes émotions dépressives, avant que Margaret Royalmind n'arrive pour m'aider à m'en sortir, j'avais réussi à ne pas perdre pied en me raccrochant au souvenir de James.

Là, j'avais conscience que je devrais trouver du réconfort dans la présence de Stiles, et que cette simple présence devrait avoir sur moi le même effet que la pensée de James, plusieurs mois auparavant.

Sauf que ce serait mentir à moi-même que de l'affirmer. Je n'étais absolument pas en état de considérer Stiles comme une personne qui pouvait m'aider à rester ancrée dans le quotidien.

Cette révélation me fit l'effet d'un Cognard en pleine tête.

- Eh… Tu vas bien ?

Je clignai des yeux. Stiles avait posé ses mains sur mes bras. Toute trace de colère avait disparu de son visage.

- Tu as pâli d'un coup. Je suis désolé si j'ai trop élevé la voix. Je ne voulais pas t'effrayer…

Je le fixai sans comprendre.

Il me fallut de longues secondes avant d'enfin réaliser ce qu'il voulait dire.

Stiles pensait que j'avais eu peur de lui.

Alors, je n'étais jamais à l'aise quand on élevait la voix. Je n'appréciais pas être disputée. Mais je n'avais pas peur de cela, et surtout pas face à Stiles. Stiles n'était pas un danger, et c'était présomptueux de sa part de penser cela. J'avais l'habitude de combattre des Rapaces Nocturnes. J'avais pris plus de coups dans ma vie qu'il ne pouvait l'imaginer. Et ce n'était pas une dispute de couple qui allait me mettre mal à l'aise.

Ce qui me mettait mal à l'aise, en revanche, c'était le fait qu'il imagine avoir cette emprise sur moi. Ce qui m'ennuyait, c'était qu'il pense que j'étais mal à l'aise à l'idée qu'il élève la voix. Ce qui m'énervait, c'était qu'il cesse immédiatement la dispute, parce qu'il préférait s'assurer de mon état. Alors que j'avais besoin que, de temps à autre, nous nous disions les choses, parfois virulemment. Mais cela, ce n'était pas avec Stiles que j'allais pouvoir le vivre.

- J'ai besoin de prendre l'air, murmurai-je.

- Je vais ouvrir les fenêtres, dit Stiles en joignant le geste à la parole.

- Non, dis-je fermement. Tu ne comprends pas. J'ai besoin de prendre l'air. De sortir.

- Ok, on y va.

- Non. Toute seule. J'ai besoin de courir.

Stiles parut ennuyé.

- Astrid, tu ne peux pas fuir ce qui vient de se passer. Tu dois l'affronter.

- Je ne dois rien du tout, marmonnai-je. On pourra en parler, mais pas tout de suite.

- Tu ne peux pas paraître malade, et, cinq minutes plus tard, me dire que tu vas courir ! s'exclama Stiles.

- Oh ? C'est pourquoi exactement ce que je vais faire, marmonnai-je. Tu comptes m'en empêcher, peut-être ?

- Non… Mais tu fuis toujours les discussions critiques ! s'énerva Stiles.

- Ah ? Mais c'est aussi ce que tu fais, non ?

Il leva ses deux mains pour tenter de m'apaiser. Et cela m'énerva encore plus.

- Écoute, j'ai mes torts, bien entendu, mais nous étions en train de parler de ta décision de rencontrer seule Alexander Hotch, qui était une décision irrationnelle, et…

- Ce n'était pas une décision irrationnelle. C'était une décision d'Invisible.

Aussitôt, le regard de Stiles se fit fuyant. Il déglutit, mal à l'aise, et détourna le regard. Je croisai les bras sur ma poitrine, même pas surprise de sa réaction. C'était la même qu'il avait à chaque fois que je prononçai le nom des Invisibles, et que je me qualifiais en tant que telle.

- OK, tu dois te calmer, de toute évidence, tu es trop échauffée pour avoir cette conversation maintenant… Si tu as besoin d'aller courir, très bien, j'attendrai ton retour.

Je retins la verve qui m'habitait. Je n'étais définitivement pas surprise de ce qui était en train de se passer.

- Alors, qui fuit les discussions critiques, à présent ? murmurai-je. Il faudra bien qu'on ait cette conversation un jour, Stiles.

- Cette discussion ne te fera pas de bien !

- Et si tu me laissais décréter ce qui me fait du bien, au lieu d'affirmer ce qui se passe dans ma tête ? m'énervai-je. Tu sais quoi ? Tu as raison. Je suis trop échauffée pour cette conversation, et toi, de toute évidence, tu n'as pas le courage de l'affronter pour le moment. Alors, on laisse tomber pour aujourd'hui. Et même pour demain, parce que je sens que ma colère ne sera pas retombée. Mais il faudra bien qu'on en parle, Stiles. Pour de vrai.

Il ne répondit rien. Encore une fois, il se fit distant. Je jurai, le faisant toutefois sursauter, avant de claquer la porte de son appartement pour aller dans le mien. Je ne répondis pas à l'horloge lorsqu'elle me fit remarquer que les murs étaient fins et qu'elle avait entendu la dispute. Je caressai rapidement Fléreur, qui miaula de mécontentement de ne pas avoir droit à plus de considération, puis filai me changer, avant de partir me défouler.

J'avais de plus en plus conscience que Stiles ne voulait pas aborder frontalement les Invisibles avec moi, mais je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il avait un tel rejet de cette discussion. Mon instinct me soufflait que je n'apprécierais pas la réponse. Et mon instinct me soufflait également que nous atteignions de plus en plus le point de non-retour de cette relation, si nous ne nous décidions pas réellement à mettre les mots sur toutes les choses qui ne nous convenaient pas.

Je repensai soudainement à ce que m'avait dit Mary, déguisée en voyante, sans que je ne la reconnaisse : « Vous êtes stable dans vos relations ». Ah ! La bonne blague.


Lumos

Alors, il est possible que je vous ai fait une promesse que je n'ai pas tenue, c'est bien ça ? Oui, c'est bien ça. Écoutez, j'ai traîné à relire mes chapitres, et ensuite, ça ne correspondait plus avec l'emploi du temps de DelfineNotPadfoot (que nous n'oublions pas de remercier pour ses corrections, évidemment !)
Et ensuite, j'ai accumulé les cas contacts, puis le Covid en lui-même (rien de grave, à part une grande fatigue, que je compte bien réparer ce week-end). L'avantage, c'est que j'ai pu avancé sur les chapitres suivants. Le chapitre 18 est prêt à être corrigé puis posté. Les trois chapitres suivants sont à la correction, leur publication dépendra de la disponibilité pour la correction. Et la suite... Eh bien, j'en ai écrit une grande partie, mais il y a encore tellement à rédiger !
Je ne vais pas vous mentir, j'ai beaucoup moins de temps qu'auparavant pour écrire, relire, poster... C'est la vie, et je suis très contente de tout cela, mais cela me manque aussi énormément, par moments, de passer du temps sur FanFiction ! Enfin, je ne vais pas refaire le monde.
Je vais vous dire que le prochain chapitre arrivera normalement d'ici deux semaines, et que j'espère qu'il vous plaira. On y verra : deux personnes dont le prénom commence par un "J", une psychomage qui vient parfois à nous manquer avec ses remarques acerbes, et le retour de Stiles.
Avant d'oublier, je vous remercie énormément de vos reviews, je suis toujours aussi ravie de les lire, et sachez que je me sens toujours aussi coupable de prendre tant de temps à écrire, poster, et à vous répondre ! J'espère ne pas vous laisser trop de mois sans nouvelles cette année. Je croise les doigts.

Nox