Juillet 2032 – Partie II


J'évitai habilement un Cognard – enfin, je crus l'avoir évité habilement, mais je manquai glisser de mon balai après cette figure, me prouvant que je n'avais pas été aussi habile que je l'avais cru. J'évitai un adversaire, et tirai, marquant un but sans faire trop d'efforts.

J'entendis un sifflement admiratif derrière moi.

- Dis-moi, Smith, t'as pas du tout aimé lorsque je t'ai dit que t'avais perdu en niveau, tu as fait de sacrés progrès ! me dit Steven Carolingien.

- J'avais envie de te prouver que tu avais tort, rétorquai-je, moqueuse.

Il leva les yeux au ciel, le visage fermé. C'était le plus proche d'une interaction sociale normale que je pouvais espérer avoir avec Steven, mais je ne m'en formalisai pas. Il avait ses raisons de m'en vouloir, comme beaucoup d'autres avant lui – et certainement comme beaucoup d'autres après lui.

- Oh, l'imbécile ! marmonna Léana en s'arrêtant à côté de moi.

- Qui, Carolingien ? Ne t'inquiète pas. Ses piques ne m'atteignent pas, et puis…

- Non, pas Steven, on s'en fiche. Je parle de Jay.

- Jay ?

Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire. Léana soupira, leva les yeux au ciel, avant de me donner une explication. Elle désigna le sol, où une silhouette à pieds était visible. Je fronçai les sourcils, avant de comprendre ce que la batteuse voulait dire. C'était bel et bien Jason Seek qui était au milieu du terrain, et qui faisait de grands signes.

- Il aurait pu prévenir, grommela la batteuse.

J'aurais pu la croire réellement agacée, si un immense sourire ne barrait pas son visage. Sans dire un mot de plus, elle fonça au sol. Ce fut au tour d'Irina Silvestrov de s'arrêter à côté de moi.

- Super, une batteuse vient de nous abandonner, alors qu'elle a une batte pour ranger les Cognards… Tout ça pour les beaux yeux de Jay.

- Je crois que beaucoup de femmes sont prêtes à abandonner leur poste pour les beaux yeux de Jay.

Irina fit une moue dubitative.

- Je crois qu'il n'y a pas que les femmes qui sont prêtes à ça, me répondit-elle en montrant Pete qui nous envoya sa batte avant d'aller vers le sol.

J'attrapai la batte sans aucune grâce, et la tendis à Irina, qui secoua la tête.

- Je suis une attrapeuse. Hors de question que je m'approche de ça, grimaça-t-elle avant de voler vers le sol.

- Super, murmurai-je entre mes dents. Comme si j'avais l'habitude de manier les battes de Quidditch, moi…

Ne souhaitant pas me faire détester par les deux autres batteurs encore sur le terrain en les abandonnant comme nos autres compagnons, j'allai les aider. Ils m'adressèrent tous les deux un sourire de remerciement, ce qui me fit du bien – jusqu'à présent, ils se contentaient d'un simple hochement de tête pour me saluer au début et à la fin de la session de jeu. J'espérais, peut-être naïvement, que les aider aujourd'hui pourrait me permettre de les saluer verbalement, ce qui serait un grand progrès.

Il nous fallut presque dix minutes pour rattraper les deux Cognards – mon aide n'était pas franchement efficace, ce qui nous fit perdre de précieuses occasions pour les ranger. Lorsque ce fut fait, nous pûmes nous approcher de l'attroupement qui s'était formé autour de Jason Seek.

- Et Lily, elle est où ? s'enquit Léana.

- Avec ses amis de Poudlard, répondit Jason. Elle te passe le bonjour.

- Il y a intérêt à ce que je la voie avant que vous repartiez ! s'exclama Léana.

Je me frayai un chemin au milieu de la foule, et me plantai en face de Jay. Il me sourit, au moins aussi largement que je lui souris.

- Jason Seek. Le seul, l'unique.

- Cap' !

Il me serra dans ses bras, dans une grosse étreinte à laquelle je n'étais pas préparée. Je grimaçai sous la pression.

- Par Merlin, t'es un attrapeur, pas un batteur, d'où est-ce que tu sors cette force ?

Il éclata de rire.

- Ah, par Merlin, je suis bien content de vous voir tous ! Vous avez bien joué ?

Je notai que tout le monde ne connaissait pas vraiment Jason. La plupart lui répondirent avec entrain, mais deux ou trois joueurs semblaient très surpris de le voir ici, et interagir aussi facilement avec nous.

- Comment est-ce que tu as su qu'on était ici ? s'enquit Liz Vanberg.

- Les jumeaux Weasley. On est passés à leur boutique pour les saluer, et quand on leur a demandé comment ça allait au niveau des affaires, Fred a sorti quelque chose comme quoi ils allaient perdre toute leur réputation durement acquise à cause d'Astrid qui va jouer sur un stade désaffecté…

- J'ai toujours dit que mes entraînements n'ont jamais été assez sévères envers Fred, sinon, il n'oserait pas plaisanter comme ça avec moi, grommelai-je.

- Pour ma part, j'estime que les entraînements étaient bien assez sévères. Mais le problème, c'est que tu n'es plus notre capitaine aujourd'hui, alors on se permet beaucoup de réflexions qu'on n'osait pas avoir à l'époque, plaisanta Pete.

- Ça fait plaisir de te revoir dans le coin, Jay, intervint Irina. C'est dommage que Potter ne soit pas là, j'aurais volontiers fait une petite course d'attrapeurs entre nous, et avec ceux que ça aurait intéressé…

- Pour qu'on se fasse humilier ? railla Ryan.

Jason leva les mains pour couper court à toute autre parole. Et le temps parut être suspendu, alors que les personnes présentes se taisaient toutes, pendues à ses lèvres. Être apprécié de tous permettait de toute évidence d'être écouté plus facilement.

- C'est sympa de proposer, mais je ne compte pas jouer au Quidditch avec vous. Déjà, parce que je n'ai pas pris mon matériel, et que je ne peux pas jouer, même pour le loisir, sans celui de mon sponsor.

- On n'a pas tous les mêmes problèmes, dans la vie, se moqua Léana.

Jason la pointa du doigt, un air rieur dans les yeux.

- Toujours aussi agréable, c'est pour cela que je t'adore. Ensuite, je pensais plutôt vous inviter à aller boire un verre, car j'ai entendu dire que c'était ce que vous faisiez parfois après vos sessions de jeu. Cela fait longtemps que je n'ai pas vu certains d'entre vous, et j'ai envie de passer du temps avec vous. Qui est partant ?

Tout le monde ou presque acquiesça – même ceux qui ne paraissaient pas vraiment connaître Jason. Chacun commença à rassembler ses affaires pour se retrouver au lieu de rendez-vous donné par Jason. Ce dernier traîna un peu en retrait, attendant que personne ne fasse plus attention à lui pour se rapprocher de moi. Je vis qu'instinctivement, Léana faisait barrage de son corps pour empêcher ceux qui le souhaitaient de s'approcher de Jason. Ces deux-là étaient vraiment proches, comprenant sans peine quand l'autre avait besoin d'être tranquille, même lorsque rien n'était dit.

Jason se pencha, ramassa un de mes gants que j'avais fait tomber.

- L'invitation vaut pour toi également. Je sais que c'est toujours étrange pour toi, ce genre de réunion, mais j'ai envie que tu viennes. Même si tout le monde n'est pas forcément enthousiaste…

Je soupirai.

- Est-ce que la moins enthousiaste de tous sera présente ? m'enquis-je.

Jason grimaça.

- Non. Lily a décliné la sortie, sachant que je ferais tout pour que tu viennes, pour passer un peu de temps avec toi.

- Et elle a accepté ? m'étonnai-je.

- Elle a beaucoup de monde à voir, elle aussi, et une grande famille. Je t'avoue que sa famille est parfois trop grande pour moi, j'étouffe facilement, ce que Lily comprend. On prend du temps chacun pour nous.

- Vraiment ?

Cela m'étonnait énormément. J'avais vu Jason et Lily ensemble des dizaines de fois, et je n'avais pas l'impression que Jason subissait les moments passés avec les Potter et les Weasley.

Un petit quelque chose dans son regard me fit comprendre qu'il y avait plus que ce qu'il ne me disait réellement actuellement, et je préférai ne pas insister. Malgré toute la sympathie que je portais à Jason – et qui était, en tout cas il me semblait, réciproque – j'avais conscience que me mêler de son histoire personnelle avec Lily Potter pouvait être mal accepté par cette dernière, et je ne voulais pas mettre Jason dans une situation délicate simplement en voulant satisfaire ma curiosité.

- Alors, tu viens ?

- Avec plaisir. Mais tu paies le premier verre. Tu gagnes bien mieux ta vie que moi. Et puis, c'est le moins que tu puisses faire pour me remercier de t'avoir donné ta chance dans mon équipe de Quidditch.

Jason éclata de rire avant de jeter dans mon sac mon dernier équipement qui traînait. Il me donna ensuite le bras, me proposant de transplaner avec lui. Je déglutis, hésitant un instant. Je n'avais presque jamais fait de transplanage d'escorte depuis l'année dernière, et rien que l'idée de me faire mener à un endroit me donnait des sueurs froides.

Comprenant certainement ce qui me mettait dans un tel état – Jason avait sûrement eu des détails de ce qui s'était produit l'année dernière – il retira son bras, mais je l'agrippai fermement.

- Il faut bien que je commence à refaire confiance aux personnes qui, je le sais, ne sont pas dangereuses pour moi.

Un sourire illumina son visage.

- Ravi de compter parmi ces personnes !

Sans plus de sommation, il nous fit transplaner sur le Chemin de Traverse.

La soirée se déroula sans accroc. J'eus même une conversation civilisée avec Steven Carolingien, ce qui n'était plus arrivé depuis Poudlard, étant donné qu'il s'adressait à moi avec des onomatopées, ou en me rappelant systématiquement que j'avais rejoint les Invisibles, et qu'il m'en voulait pour cela.

La soirée s'étira en longueur, jusqu'à ce qu'il ne reste que Jason et moi à table. Après avoir salué le dernier à partir, Ryan Fawcett, Jason agita un bras pour qu'on nous serve un nouveau verre. Je m'enfonçai un peu plus dans mon siège, l'esprit fatigué mais assez alerte pour noter que Jason profitait du moment avec joie.

- Tu n'as pas vraiment le temps de profiter de tes soirées, je me trompe ?

Il secoua la tête au moment où arrivèrent nos verres.

- Pas du tout, m'avoua-t-il. Les entraînements sont intenses, et lorsque je sors, c'est avec l'équipe pour laquelle je joue, ou avec celle de Lily. Autant te dire que nous n'avons pas souvent des discussions qui tournent autour d'autre chose que le Quidditch, et comme en Australie, on ne connaît personne depuis de longues années, on ne sait pas toujours quoi leur demander pour en apprendre plus sur eux. Là, je viens de rattraper toute la vie de mes anciens camarades, que j'ai pas vus depuis longtemps. Ça change de mes sorties habituelles, et ça me fait du bien.

Je souris, compréhensive.

- Et toi ? s'enquit Jason. C'est quand la dernière fois que tu as fait une soirée où personne ne t'a jugée pour tes décisions ?

- Chacun ses problèmes lors de ses soirées ! plaisantai-je difficilement. Mais assez longtemps. Généralement, c'est lorsque je suis avec Roxanne, Mélina ou Chuck…

Jason acquiesça.

- Comment était le mariage de Chuck ?

- Super sympa.

- Je lui ai envoyé une lettre pour lui dire qu'on était désolés de ne pas venir. Mais Lily reçoit tellement de critiques dès qu'elle fait le moindre geste qu'elle craignait trop que le mariage de Chuck soit éclipsé par des ragots.

- Quels ragots ? m'étonnai-je.

- Eh bien, sur le fait qu'elle aille au mariage du fils d'une poursuiveuse d'une équipe espagnole, que l'équipe qu'elle entraîne va affronter dans quelques semaines.

- Oh. Je vois. Et je suppose que ce genre de ragots, c'est Alexander Hotch qui les diffuse ?

- Bien sûr. Qui d'autre ? s'assombrit Jason. Il est infernal, il ne nous laisse pas en paix, même en Australie.

- Et mince. Moi qui me disais que je pourrais déménager là-bas, afin qu'il me laisse enfin tranquille…, soupirai-je dramatiquement.

Jason m'adressa un clin d'œil.

- Dommage pour toi, ça ne sera pas le cas ! Cela dit, si tu ne peux pas déménager en Australie, sache que tu es la bienvenue chez nous, quand tu le souhaites.

- La bienvenue ? m'étonnai-je.

- Disons que je te souhaite la bienvenue, et que Lily fera avec, corrigea Jason, un sourire dans le regard.

J'étouffai un rire.

- Merci, Jay. Mais pour être honnête, je n'arrive déjà pas à sortir du territoire pour le travail, alors pour des vacances, je n'ose même pas imaginer le temps que prendrait la demande.

- Moins de temps que pour le travail, m'affirma Jason.

Je fronçai les sourcils, surprise de le voir aussi certain de ce qu'il avançait.

- C'est en tout cas ce qu'ont dit Harry et Hermione, lors de notre dernier repas. Ce serait plus simple, parce que les Aurors seraient les seuls à donner leur avis. Quand tu veux sortir du territoire pour le travail, d'autres départements du ministère de la Magie sont impliqués.

- Alors, c'est fichu.

- Tout dépend de qui étudiera la demande…

- C'est bien ce que je dis, soupirai-je en levant les yeux au ciel.

- Est-ce que ça ne vaudrait pas le coup ? insista Jason.

Je râlai. Bien sûr que cela vaudrait le coup de faire une demande. Mais je commençais à en avoir marre de faire sans cesse des demandes au ministère de la Magie.

- Imagine que tu fasses cette demande lorsque certains Aurors sont en vacances ou en mission… Au mois d'août, par exemple.

Je tournai lentement la tête vers Jason, qui retenait difficilement un sourire.

- Et tu es au courant de cela, parce que…

Il leva les mains pour se défendre.

- Je ne suis au courant de rien. Je te souffle simplement une supposition. Qui est peut-être tirée d'un repas de famille en compagnie du chef des Aurors. Ou peut-être pas.

- Et le chef des Aurors…

- Est au courant que je soumets cette supposition, oui.

Mes méninges se mirent à tourner à grande vitesse, et mon cœur battit un peu plus fort à la perspective de pouvoir faire une demande de sortie de territoire… et qu'elle soit acceptée.

Je réalisai soudainement que, si cette demande était acceptée, il y avait aussi des chances que derrière, les demandes de Thésée Meadowes soient validées.

Le frisson de la liberté s'empara de moi. J'avais envie d'y croire. J'avais envie de planifier des vacances, d'avoir la sensation que ma vie reprenait un cours normal.

- Réfléchis à cette invitation, Astrid. Sincèrement. Tu es la bienvenue en Australie, et même si tu préviens au dernier moment, parce que tu attends la réponse du ministère de la Magie, il n'y a aucun problème.

Cela me toucha plus que je ne m'y attendais. Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu une invitation aussi spontanée. Jay aurait pu décider de ne pas continuer à me fréquenter, il aurait pu se ranger du côté de sa petite amie, laquelle m'en voulait énormément pour le mal que j'avais fait à son frère. Mais non, Jay restait indéfectiblement attaché à moi, malgré tout.

- Merci, Jay. Je vais y réfléchir sérieusement. Mais au lieu de parler de moi, parlons un peu de toi… Il paraît qu'il y a des rumeurs concernant ton futur ?

Jason grommela quelque chose d'indistinct, m'amusant.

- Par Merlin. Aucun attrapeur n'a encore officiellement pris sa retraite, ou n'a changé de poste, et on n'arrête pas de parler de moi quand même… Qui n'ai même pas dit être prêt à rejoindre l'équipe d'un pays !

J'éclatai de rire, attirant l'attention des dernières personnes présentes dans le pub sur moi.

- Oh, Jay. Tu as l'ambition de rejoindre une telle équipe, ne nous voilons pas la face… Et plus important, tu en as les capacités.

Jason regarda le fond de son verre.

- Je sais pas… Pour être honnête, il y a des fois où je me demande si je fais bien.

- Si tu fais bien… quoi, exactement ? Attraper le Vif d'or ? Parce que ça, il me semble que oui, tu le fais plutôt bien !

J'avais suivi les matchs de Jason depuis qu'il était arrivé en Australie, et il n'avait raté qu'une seule fois le Vif d'or, ce qui démontrait, une fois de plus, qu'il était un joueur à suivre de près.

- Je ne sais pas si j'ai envie de gérer tout ça, m'avoua-t-il à mi-voix. La pression, la reconnaissance, la performance parfaite à chaque match… Je ne sais pas. Des fois, je me dis qu'un poste d'entraîneur, ou de recruteur, cela me conviendrait mieux. Je serais plus dans l'ombre.

- Oh, par Merlin, ne dis pas n'importe quoi ! Déjà, tu ne serais pas « plus dans l'ombre », regarde ta copine, elle est pourchassée par Alexander Hotch qui commente chacune de ses actions en tant qu'entraîneuse !

Jason grimaça, et j'eus l'impression de toucher une corde extrêmement sensible.

- Et ensuite… Tu es fait pour ça, Jay. Et si tu n'essaies pas de le faire, tu le regretteras toute ta vie. Ne refuse pas une opportunité comme celle-ci.

- Si elle se présente.

- Si elle se présente, en effet. Mais on sait tous les deux que tu vas avoir cette opportunité…

Jason eut un petit sourire timide.

- J'essaie de ne pas trop être confiant, mais tu as raison. Elle va arriver, cette opportunité…

Songeur, il se replongea dans la contemplation du fond de son verre.

- Et ta copine, qu'est-ce qu'elle en pense ?

Encore une fois, j'eus la sensation que j'abordais un sujet sensible. Pour autant que je sache, pourtant, tout allait bien entre Jason et Lily.

- Lily n'est pas très bavarde, en ce moment. Le boulot ne se passe pas aussi bien qu'en Angleterre. Entraîner les Harpies de Holyhead, c'était un super boulot pour elle, mais là… Disons que ça n'est pas aussi facile.

- C'est ce que j'ai cru comprendre…

Jason secoua la tête.

- Non. Tu as certainement tiré des conclusions suite à des articles d'Alexander Hotch, comme beaucoup d'autres personnes, mais cela va bien au-delà de ce qu'il écrit et suppose dans ses articles. C'est bien plus sournois que cela, et…

Jason soupira et se frotta les yeux.

- Bref. Ce n'est pas à moi d'en parler. Mais disons que j'ai du mal à lui parler de mes perspectives d'avenir alors qu'à chaque fois que l'on parle de son travail, c'est pour en soulever les points négatifs.

Je hochai la tête. Je ne connaissais certainement pas aussi bien la situation que Jason, mais je pouvais me douter de ce qui se passait et, surtout, je savais que Lily était une personne têtue, qui ne voulait pas abandonner. Si jamais cela se passait mal là où elle était en ce moment, elle se battrait jusqu'au bout pour que cela s'améliore, quitte à ce que sa santé en pâtisse.

- Pour être totalement transparent, si on devait me proposer maintenant un poste en équipe nationale, je crois que je le refuserais, me chuchota Jason. J'aurais trop peur que cela entache la santé de Lily, et ça… Je ne peux pas l'accepter.

Mon sang ne fit qu'un tour.

- Tu ne peux pas t'empêcher de vivre pour Lily, Jay.

- Et ce n'est pas ce que je ferai, martela-t-il. Mais il est hors de question que ma carrière passe avant elle… ou que cela la fragilise. Ça, c'est impossible, affirma-t-il.

J'eus l'intime conviction qu'il ne me disait pas tout, mais je n'arrivais pas à savoir ce que cela pouvait être exactement. Je n'avais pas à me mêler de leur relation, et Jason ne paraissait pas vouloir m'en dire plus. Mais je sus parfaitement qu'il ne me disait pas tout – et vu son regard fuyant, il était possible que Lily ne raconte pas tout non plus à ses proches.

- Et toi, j'ai appris que tu fréquentais Stiles Stuart ? Un Serpentard, toi qui en voulais à l'équipe de cette maison ! se moqua-t-il.

- Déjà, Stiles ne jouait pas au Quidditch. Et j'étais incapable d'en vouloir à qui que ce soit, à l'époque, rappelai-je à Jason. Et ensuite, oui, je suis avec Stiles.

- Je ne m'attendais pas à ce que James nous annonce ça, m'avoua Jason.

Je levai un sourcil de surprise.

- C'est James qui en a parlé ? Je m'attendais à ce que ce soit Roxanne ou Fred…

Jason éclata de rire.

- Ils étaient extrêmement déçus de ne pas pouvoir m'annoncer la nouvelle ! Mais James tenait absolument à nous le dire. D'ailleurs, j'ai eu l'impression que ça ne plaisait pas énormément à Grace…

- Et je ne veux pas le savoir, cela ne me regarde pas, dis-je fermement à Jason.

L'attrapeur hésita un instant, se demandant s'il pouvait creuser le sujet, et essayer de comprendre pourquoi je ne tenais pas à parler de Grace Smart et James Potter. Comme à chaque fois, la délicatesse et l'empathie de Jason firent leur effet, et il choisit de ne pas insister, acceptant mon silence et ma demande.

Habilement, Jason changea de sujet de conversation, nous emmenant jusqu'à ce que la nuit soit bien entamée – le fait d'être un attrapeur de Quidditch avec une certaine renommée ouvrait de nombreuses portes, le gérant du pub n'intervenant jamais pour nous demander de sortir.

Au moment de nous séparer, Jason me fit promettre de lui envoyer une lettre dès que possible pour me confirmer que je viendrais lui rendre visite en Australie.

Et j'avais envie de tenir cette promesse.

.

.

.

- Bon, Astrid, il est temps qu'on se parle franchement, vous ne croyez pas ?

Je regardai les objets sur les étagères de la psychomage. Rien ne bougeait démesurément, ce qui ne me rassurait pas. Je n'avais pas encore bien compris pourquoi, parfois, tout se déplaçait frénétiquement et, parfois, aucun bibelot ne bougeait, ou à peine, comme amorphes. Aujourd'hui, c'était le cas. C'était comme si les objets étaient résignés.

Un peu comme moi, finalement.

Je tenais quelque chose pour me permettre de comprendre comment fonctionnait le déplacement des objets, mais Margaret Royalmind réitéra sa question, me forçant à me concentrer sur elle et sa demande. Je soupirai.

- Bien, qu'est-ce que je ne vous dis pas franchement ?

Elle leva les yeux au ciel, insensible à mon ton désabusé.

- Que vous a dit exactement l'autre Invisible ? Quand vous l'avez vue à Eastbourne, et alors que vous ne saviez pas que c'en était une ?

Je grognai, pas du tout ravie que Margaret Royalmind me pose la question aussi franchement. J'aurais voulu rester dans l'ignorance un peu plus longtemps, et refuser de me confronter à ce souvenir.

- Des choses. Et d'autres. Mais soyons honnêtes, elle m'a dit ça comme n'importe quelle voyante.

- Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Eh bien, que ça n'a aucune valeur ! m'énervai-je. La divination est une branche obscure de la magie. Si je vous dis que vous allez passer une mauvaise journée, vous allez associer chaque petit désagrément à cette affirmation, sans remettre en question votre jugement. Si je vous avais dit que vous alliez passer une bonne journée, les mêmes désagréments n'auraient pas eu la même connotation aussi négative… Vous comprenez ?

Margaret Royalmind me fixa simplement en souriant. Je pestai, me renfonçai dans mon siège, et tapotai l'accoudoir, avant de m'avouer vaincue.

- Laissez-moi me souvenir de ce qu'elle m'a dit exactement… Dans l'idée, c'était d'affirmer que j'étais exactement là où je devais être, que j'étais bien entourée de ma famille, que personnellement, tout allait bien… Bref, que des choses qui n'avaient aucun sens, et que les crédules vont croire.

- Et vous, vous n'êtes pas crédule, bien entendu.

Je n'appréciai pas du tout la moquerie dans le ton de la voix de Margaret Royalmind. Je me redressai, piquée de fierté.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Eh bien… Elle vous affirme que tout va bien dans votre vie, soit. Et vous affirmez que ce n'est pas le cas. Pourquoi ?

Je fronçai les sourcils.

- Attendez, je n'ai pas…

- Si, vous venez exactement de dire cela, me coupa Margaret Royalmind.

Super. Et maintenant, elle se permettait de terminer à ma place mes phrases. J'étais presque certaine que cela allait au-delà de ses prérogatives de psychomage. Je pris mon mal en patience, attendant qu'elle poursuive.

- Si cette voyante, enfin, cette Invisible, avait tort… Qu'est-ce qui vous pousse à mener votre vie comme vous la menez actuellement ?

J'aurais voulu avoir une bonne répartie. J'aurais voulu être capable de répondre immédiatement à Margaret Royalmind. J'aurais dû être en capacité de la faire taire en lui expliquant que mon point de vue était le bon, et que le sien se fourvoyait. J'aurais dû être aussi vive qu'une sorcière en plein duel, sauf qu'au lieu d'utiliser des sorts, j'aurais utilisé ma rhétorique.

J'aurais dû, oui.

Sauf que j'en étais totalement incapable.

Le silence dura dans le cabinet, et j'avais beau faire tourner mes méninges à plein régime, j'avais l'impression d'être aussi lente qu'un Noueux qui se dirigeait vers un bol de lait.

Je me tendis, agacée contre moi-même d'être incapable de trouver une réponse adéquate, une réponse qui l'aurait fait taire.

Et puis, aussi rapidement que je m'étais crispée, je me détendis. J'acquiesçai lentement, laissant ses paroles affluer dans mon esprit. Les acceptant pour ce qu'elles étaient. Simplement des mots.

En tout cas, c'est l'impression que j'en avais. C'était l'envie que je ressentais.

- C'est plus complexe que cela, finis-je par dire. Ce n'est pas que je ne suis pas à ma place actuellement. C'est simplement que la place que j'occupe n'a jamais été occupée par personne.

Les sourcils de Margaret Royalmind se dressèrent loin au-dessus de ses yeux.

- Mais encore… ?

- Eh bien, je suis la seule Invisible dans ma situation.

- Pas tout à fait, rétorqua Margaret Royalmind. Il y avait votre ami, Camille.

Je plissai les yeux.

- On ne peut décemment pas dire que la relation entre Camille et moi est amicale. Professionnelle, tout au plus.

- Vous travailliez pour la même organisation…

- Et nous avons passé des années à le regretter, marmonnai-je.

Je crus apercevoir un rictus amusé sur les lèvres de Margaret Royalmind, mais elle récupéra très rapidement sa façade professionnelle.

- D'accord, Camille a aussi retrouvé une vie normale. Mais il a été un des premiers à replonger au moment du décès de…

Je me tus. Les yeux me picotèrent d'un coup. Je n'avais jamais vraiment fait le deuil de Darren, parce que les événements s'étaient enchaînés, et que je n'avais pas eu le temps de vraiment accepter sa mort.

Je déglutis, et n'empêchai pas une larme de dérouler ma joue. Un mouchoir en tissu sortit d'un tiroir, volant jusqu'à moi. Je supposai que Margaret Royalmind l'avait ensorcelé, sans que je ne m'en rende compte. Je l'acceptai volontiers.

- Du décès de Darren, terminai-je d'une voix enrouée.

Darren avait été mon mentor, chez les Invisibles. Il m'avait presque tout appris, avait fait en sorte que je me sorte des missions les plus difficiles qui m'étaient confiées, et avait toujours été l'oreille attentive que je retrouvais à la Taverne de l'Ombre, entre deux missions. Jamais le dernier pour me raconter des aventures – même si, taciturne comme il l'était, il expédiait son récit en trois minutes, parfois cinq lorsque l'arrestation avait été musclée – nous avions soigné plusieurs de nos blessures ensemble, et bu beaucoup de verres d'alcool. Darren était le grand frère que je n'aurais jamais, l'oncle protecteur, le professeur qui prend des nouvelles des années après qu'on ait quitté son enseignement. Et Darren était mort, notamment parce que les Rapaces Nocturnes – et Dylan, surtout – me recherchaient. Parce que mes parents étaient des Rapaces Nocturnes. Parce que j'étais destinée à épouser Dylan.

Je serrai les poings sur les accoudoirs, le mouchoir fermement maintenu dans ma paume droite. Je n'étais plus triste. Plus du tout. Et j'aperçus un éclair de surprise, voire d'inquiétude, dans les yeux de Margaret Royalmind.

- Qu'est-ce qui s'est passé, Astrid ? Qu'est-ce qui, soudainement, vous a fait passer dans un tel état de colère ?

- C'est de la faute de mes parents, tout ça.

Margaret Royalmind secoua la tête.

- Non. Vos parents ont commis des actes criminels, nous sommes d'accord là-dessus. Mais vos décisions ne dépendent que de vous.

- Peut-être. Mais c'est parce que mes parents étaient aussi hauts placés chez les Rapaces Nocturnes que ces derniers me recherchaient, l'année dernière, et qu'il y a eu un tel carnage, et…

- Arrêtez de vous comporter comme une adolescente en pleine crise, Astrid ! Et en disant cela, je suis médisante envers les adolescents, grommela Margaret Royalmind.

Je me tus, choquée de sa véhémence.

- Qu'est-ce que vous croyez ? Oui, bien sûr, vos parents ont fait des erreurs, et une partie de ces erreurs vous ont menée chez les Invisibles. Parce que sans les Rapaces Nocturnes, les Invisibles n'auraient pas existé, très bien ! Mais l'année dernière, vous aviez le choix entre rester sur Londres, ou suivre Camille, et vous avez choisi la seconde option.

- Je devais me protéger !

- En fuyant ? répliqua Margaret Royalmind avec la même colère dans sa voix que dans la mienne.

- J'étais plus protégée avec des Invisibles qu'avec des Aurors !

- Ah ? On ne le saura jamais, vous êtes partie avant d'avoir contacté les Aurors. Mais ce dont nous sommes certains, c'est que si les Rapaces Nocturnes ont attenté à votre vie, Camille, lui, ne vous a pas forcée à le suivre. Vous avez pris cette décision en pleine âme et conscience de vos actes. Le jour est arrivé, Astrid, où vous devez assumer vos actes.

Je soufflai, agacée.

- On parlait de la voyante, tentai-je maladroitement.

- Ah, oui, bien sûr, railla Margaret Royalmind. La voyante qui dit des choses fausses sur votre vie, ce qui signifie donc que vous n'êtes pas bien entourée, pas heureuse personnellement ou professionnellement, mais pour autant, vous n'allez rien faire pour changer cela, c'est bien ça dont vous vouliez parler ? Vous avez raison. Parlons du fait que vous soyez trop lâche pour vous défaire de ce qui ne vous convient pas dans votre vie actuelle, et d'accepter ce que vous voulez. Ou vous allez continuer à vous flageller ?

- Je ne vois pas de quoi vous parlez, grommelai-je d'une voix extrêmement faible.

Je crus voir de la fumée sortir des oreilles de Margaret Royalmind. Ce n'était certainement qu'une hallucination. En revanche, ce dont j'étais certaine, c'est qu'elle me fusillait du regard, actuellement.

- Ah ? Vous ne vous complaisez pas dans cette vie qui ne vous convient qu'en partie parce que vous n'osez pas assumer avoir d'autres envies, des envies que la plupart des sorciers voudraient que vous n'ayez pas ? Par Merlin, Astrid. Moi qui pensais que nous avions avancé, je constate que vous m'avez bien eue en me faisant croire que vous alliez mieux, et que vous vouliez sincèrement vous soigner. Ça m'apprendra à croire un patient.

Cette phrase me rappela une série médicale que Jill regardait, sans que je ne réussisse à me rappeler laquelle. Il y en avait tellement…

- Vous savez quoi ? Réfléchissez, pour notre prochaine séance, à tout ce qui fait votre quotidien, actuellement, et revenez me voir en me disant si cela vous convient, et si vous êtes vraiment dans l'incapacité de changer quoi que ce soit à votre quotidien. Et lorsque vous m'aurez affirmé cela, peut-être que je vous laisserai tranquille. Mais ça voudrait aussi dire que je n'ai pas fait correctement mon travail.

Je ne sais pas laquelle de nous deux termina cette séance le plus en colère, mais il était certain que j'avais besoin d'évacuer ma colère, d'une quelconque façon que ce soit.

J'allais certainement partir courir, pour ne pas déroger à mes habitudes.

.

.

.

J'avais repoussé ce moment autant que possible, mais je n'avais à présent plus le choix. J'étais en manque d'ingrédients pour ma potion, et mes douleurs commençant à ne devenir plus qu'un mauvais souvenir, je n'avais pas envie de revenir en arrière. Le luxe de passer des nuits correctes, et de ne pas craindre que, tout à coup, une douleur fulgurante me foudroie, était un luxe dont je ne voulais plus me passer.

Sauf que j'entamais la dernière fiole de potion que j'avais en ma possession, que Paige partait en vacances – à une destination qu'elle avait oubliée, mais cela n'était pas surprenant de sa part – et que vu la durée de préparation, il était plus que temps que je me préoccupe d'acheter des ingrédients.

Bien entendu, si j'avais tant traîné, ce n'était pas de gaieté de cœur, mais parce que la seule boutique où j'étais certaine de trouver les ingrédients en quantité, peu importait le moment où j'arriverais pour les demander, était la boutique de James.

Et que je ne l'avais pas recroisé depuis que Roxanne m'avait dit qu'elle estimait qu'il faisait une erreur en sortant avec Grace – tout comme elle estimait que je faisais une erreur en sortant avec Stiles. En ayant cette information dans un coin de ma tête, j'avais reculé le moment inévitable autant que possible.

J'avais beau être une Invisible, j'avais beau avoir combattu des Rapaces Nocturnes, j'avais beau être censée me sortir des situations les plus dangereuses du monde des sorciers, croiser mon ex petit-ami était au-dessus de mes forces.

J'avais cependant dû rassembler mes forces aujourd'hui, et je m'en voulais encore en poussant la porte de sa boutique, me demandant si je n'allais pas passer commande et demander à me faire livrer par hibou les ingrédients que je lui achetais.

- Salut ! me salua la voix de James, à peine le seuil franchi. Tu sais que je ferme bientôt ? enchaîna-t-il rapidement.

Je jetai un œil à ma montre, et pestai.

- T'aurais même déjà dû fermer, grommelai-je. Je repasserai demain…

James secoua la tête.

- Ne dis pas de bêtises, bien sûr que non. Il te faut la même chose que la dernière fois ?

- S'il te plaît, dis-je à voix basse.

Il fouilla dans ses notes, retrouva ce qu'il avait noté lors de ma dernière visite, et partit chercher les ingrédients nécessaires à la confection de ma potion.

- Alors, la potion de Paige fait vraiment effet ?

J'appréciai sa tentative de faire la conversation. Ce n'était pas tout le monde qui aurait fait cet effort.

- Ouais. C'est un vrai soulagement…

- Comme quoi… Tu aurais dû lui demander plus tôt.

Je grimaçai.

- Il y a beaucoup de choses que j'aurais dû faire plus tôt, marmonnai-je pour moi-même. Est-ce que cette fois, tu peux me facturer le vrai prix, ou tu vas encore me faire une remise ?

- Encore une remise, désolé Astrid, tu n'y échapperas pas.

Je jurai assez bas pour qu'il ne l'entende pas. Foutu James et sa fidélisation des clients. Je tentai une dernière approche.

- C'est marrant, j'étais persuadée que c'était ton frère, celui qui faisait payer moins cher les clientes, quitte à se disputer quotidiennement avec sa conjointe…

James me lança un regard en coin que je ne parvins pas à déchiffrer. Tant mieux, dans un sens.

- J'ai l'intelligence de ne pas dire à ma copine tout ce que je fais et qui pourrait provoquer une dispute. Et j'ai aussi mieux à faire que me disputer avec elle pour une histoire de facture avantageuse pour certains de mes clients. Surtout que la manière dont je gère ma boutique ne la regarde absolument pas.

Je ne sus quoi répondre à cela, notamment dû au fait que James était plus énervé qu'il me paraissait nécessaire en me disant cela. Je toussotai pour dissimuler ma gêne, et je l'entendis soupirer.

- Laisse tomber. Grace est légèrement énervée de ma gestion de la boutique, en ce moment, alors ta réflexion…

- Oublie ce que je viens de dire. Mauvaise tentative de détendre l'atmosphère, bougonnai-je. Tu prends des vacances, cette année ?

Il me remercia d'un regard de tenter de changer de sujet.

- Pas tout de suite, me répondit James. Et toi ?

Je haussai les épaules.

- Peut-être. Ça va dépendre du ministère de la Magie…

Son sourire se fit plus franc.

- Et du fait que tu fasses une demande pendant les vacances de certains Aurors, c'est bien ça ?

Je levai les yeux au ciel.

- Par Merlin, toute ta famille est au courant que mon autorisation de sortie du territoire dépend uniquement des vacances des Aurors ?

- Quasiment, oui, s'esclaffa James. Disons que toute ma famille qui s'intéresse à toi a voulu en savoir plus.

Je levai les yeux au ciel.

- Toujours autant incapables de vous occuper de vos propres affaires ?

- Tu as bien deviné. J'ai une dernière plante à aller chercher, je ne la mets pas en accès libre, elle est assez rare sur le marché en ce moment, je ne veux pas prendre le risque qu'on me la vole, et j'arrive tout de suite. Installe-toi, me dit James en désignant le tabouret qu'il venait de faire apparaître par magie.

Je fis ce qu'il me demandait.

- Au fait, il paraît que tu as eu des nouvelles de Mélina, dernièrement ?

Un grommellement étouffé me parvint, et je dissimulai difficilement un rire.

- Je ne sais pas à qui j'en veux le plus, entre elle ou Fred, me dit James en revenant avec la plante dont il m'avait parlé.

Je n'avais pas l'impression que les plants de jusquiame étaient si difficiles à trouver que cela, mais je réalisai que James connaissait bien mieux son métier que moi, et que je ferais mieux de lui faire confiance lorsqu'il disait que des plants étaient plus difficiles à trouver que d'autres.

- Au moins, à présent, tu es au courant, lui fis-je remarquer.

- Et toi, il paraît que tu le sais depuis plusieurs mois !

Je levai les yeux au ciel.

- Je n'ai pas besoin de te demander qui te l'a dit. Je suppose que Roxanne se fait un plaisir de dire à tout le monde que j'ai gardé ce secret un peu trop bien…

Un éclat de rire apparut dans le regard de James. Je me mordis la lèvre, m'en voulant d'apprécier cet éclat bien plus que je ne le devrais.

- Évidemment. Elle culpabilise également Fred, en lui faisant remarquer que ce n'est pas très sympa de sa part de te forcer à garder ce genre de secret…

- Comme si je n'étais pas capable de me défendre moi-même, sur ce sujet, grommelai-je, peu contente d'apprendre qu'on prenait ma défense alors que je n'avais rien demandé.

- C'est ce que je lui ai fait remarquer, me dit James avec un petit sourire en coin.

Sourire qu'il effaça aussitôt. Il toussota, se redonnant une contenance. Et je sentis une pointe de déception serrer mon cœur, que je chassai tant bien que mal.

- Enfin. Toujours est-il que Fred a fini par m'annoncer à moi également qu'il était avec Mélina, ce qui me rassure, parce que je commençais à croire qu'elle avait fait un truc très grave, et que c'était pour cela qu'elle nous évitait.

Je levai les yeux au ciel.

- Elle ne t'a pas évitée au mariage, il me semble bien t'avoir vu danser avec elle.

- D'accord, j'exagère peut-être un peu, reconnut James. Mais avant, elle passait presque toutes les semaines à la boutique, et depuis quelques mois, je ne la voyais que lorsqu'elle avait des achats à faire… quand elle ne me demandait pas de les lui envoyer par hibou.

James prit le temps de la réflexion, avant de verbaliser sa pensée.

- Disons que je suis content d'avoir retrouvé mon amie, et d'apprendre qu'il ne lui était rien arrivé de grave.

Je hochai la tête, comprenant sans peine ce qu'il voulait dire. J'avais ressenti le même soulagement lorsque j'avais appris que si Mélina m'évitait, c'était simplement parce qu'elle n'osait pas me parler de sa relation avec Fred. Moi qui avais vécu dans le secret durant des années, et qui avais encore beaucoup de mal à me confier sur tout un tas de sujets, j'avais craint qu'elle traverse des zones d'ombre très complexes, qu'elle se renferme et ne nous laisse pas l'aider à s'en sortir.

Je sortis ma bourse.

- Je te dois combien, sans la remise pour être une cliente fidèle ?

- Sept Gallions et trois Noises, avec la remise, tu n'y échapperas pas.

- Tu sais que tu es particulièrement agaçant, quand tu fais ça ?

Mon sourire démentait mon état d'esprit, et James ne se formalisa pas de ma question qui se voulait pourtant piquante.

Je sortis l'argent qu'il me demandait.

- Comment est-ce qu'on peut être aussi économe, et pourtant faire des remises à tour de bras ? m'enquis-je.

Il écarta les bras, comme pour me signifier que la question était trop vaste, et que personne ne trouverait jamais de réponse qui convenait. J'acceptai cette absence de réponse, récupérai mes ingrédients, et le saluai d'un geste de la main.

- Et n'oublie pas de fermer la boutique après ma sortie, ou tu vas avoir encore plein de clients, et tu vas rentrer tard chez toi !

- Je vais faire ça. Merci de ta visite, Astrid, ça m'a fait plaisir. On se recroisera certainement, chez Chuck ou ailleurs…

Je posai ma main sur la poignée, réfléchissant à ce qu'il venait de me dire. Il avait raison. Chaque fois que nous nous verrions, à présent, il y aurait du monde. Et notamment sa petite amie. Si jamais je voulais parler franchement avec James, je n'aurais plus d'occasion. Il y aurait toujours du monde pour nous interrompre, pour s'étonner que nous parlions ensemble. Sans oublier que Grace n'apprécierait certainement pas de me voir passer du temps avec son petit ami, et que Stiles pouvait être très jaloux.

Je restai immobile assez longtemps pour que cela inquiète James.

- Astrid ?

Je me retournai.

- Je…

Je me tus, cherchant mes mots.

- J'ai une question à te poser.

L'air de James se fit extrêmement sérieux. Il me fit un signe de tête, m'incitant à dire ce qui me traversait l'esprit.

- Comment est-ce que tu me trouves ?

- Euh… Physiquement ?

Il avait hésité, et cela m'agaça profondément. Il savait très bien à quoi je faisais allusion, et il savait que je savais. Il cherchait simplement à gagner du temps, et espérait certainement que j'allais profiter de son hésitation pour me dégonfler, et ne pas aller au bout de ma question.

Sauf qu'il me connaissait assez pour savoir que cela n'allait pas fonctionner.

- Oh, par Merlin, j'en ai rien à faire de mon physique ! J'ai gardé mon œil au beurre noir pendant des semaines, en sixième année.

- D'ailleurs, ça t'allait plutôt bien, se moqua James.

Je crus que j'allais rougir, mais je réussis à me contenir.

- Comment est-ce que tu me trouves, mentalement ? Je veux dire… Est-ce que tu as l'impression que je vais bien ?

J'aurais voulu qu'il me réponde rapidement. Qu'il m'assure que je paraissais dans une forme olympique. Que je n'avais jamais été aussi resplendissante, ou je ne sais quelle autre ânerie. Oui, j'aurais voulu cela, même si cela n'avait été qu'un mensonge, un mensonge tellement peu travaillé que cela se serait vu au premier coup d'œil. Mais je me serais contentée d'un mensonge.

Sauf que c'était James. Que c'était moi. Que nous nous connaissions depuis des années, que James n'aimait pas les mensonges, et qu'il ne me prenait plus avec des pincettes, depuis les Invisibles, parce que l'honnêteté était trop importante pour lui, pour notre relation – qu'elle ait été amoureuse dans le passé, qu'elle soit amicale dans le présent.

- Je te trouve… éteinte.

Je reçus ce mot comme on recevrait un sortilège Doloris. On sait que la douleur va arriver, qu'elle est impossible à éviter, qu'elle va nous frapper de plein fouet, qu'elle fait aussi mal à tout le monde, mais on a tout de même la sensation qu'elle est plus douloureuse pour nous, parce que c'est nous qui la vivons avec autant d'intensité.

Je déglutis, m'apprêtant à le remercier pour son honnêteté, mais cela aurait été mal connaître James de croire qu'il en avait terminé.

- Je ne dis pas que tout était parfait entre… enfin, tu sais. Entre la période de fin des Invisibles, et l'année dernière. Je serais vraiment stupide de croire que tout allait bien. T'avais besoin d'aide, et tu te battais au quotidien contre ton passé, contre ta colère contre tes parents… Enfin, tu vois, ce que je veux dire, tu l'as vécu plus que moi-même, soupira-t-il.

- Tu l'as vécu aussi, dis-je d'une voix faible.

Il secoua la tête.

- Pas vraiment. Je voyais tout ce que tu vivais, je voyais que tout n'allait pas comme il le faudrait, mais tu n'étais pas… éteinte, ajouta James. Tu avais une espèce de fougue, ou je ne sais pas trop quoi d'autre, comment le décrire, mais il y avait cette présence autour de toi, qui faisait qu'on te remarquait dans une pièce.

- Je te rassure, on me remarque toujours, aujourd'hui.

C'était une vaine tentative de changer l'atmosphère qui s'était alourdie, mais cela ne fonctionna pas.

James secoua la tête, une fois de plus.

- Non, c'est vraiment difficile à expliquer. On te voyait, on notait ta colère contre tout ce que tu avais vécu, mais on sentait également que tu étais une personne qui avait envie de profiter de l'instant. Et à présent, je trouve que tu te laisses porter par le quotidien. Rien de plus. Comme si tu étais sur le dos d'un dragon, et qu'au lieu de profiter du paysage et de l'expérience, tu t'obligeais à fermer les yeux, pour que rien d'exceptionnel ne puisse t'arriver.

Je fis une moue dubitative.

- Sur le dos d'un dragon ?

- Ouais, mes métaphores ne sont pas aussi abouties que je le souhaite, rit James. Mais… Voilà. C'est ça que je ressens, quand je te vois, ces derniers temps, même si ce n'est pas souvent. Je n'ai pas l'impression que tu profites vraiment du moment. On dirait que tu subis chaque jour qui défile, parce que personne ne t'a donné l'autorisation d'être heureuse. Mais tu sais, la seule personne à pouvoir te donner cette autorisation, c'est toi-même.

Ma main se crispa sur la poignée de la porte de sa boutique.

- Enfin, après, ce n'est pas mes affaires. Mais tu m'as demandé mon avis. Et voilà. Toi qui étais solaire, prompte à rire, tu t'effaces. Tu es éteinte, répéta James.

Il haussa les épaules.

- Mais après tout, ce n'est pas moi qui vis avec toi. C'est pas à moi de me préoccuper de cela. Peut-être que ça fait partie de ta thérapie, j'en sais rien, après tout.

Il commençait à s'embrouiller dans ses phrases. Je le connaissais assez pour savoir qu'il n'avait rien de plus à me dire.

- Merci de ton honnêteté, réussis-je à articuler, sans bien savoir comment.

James pencha la tête en avant.

- On se dit à dans quelques mois, quand j'aurai à nouveau besoin d'ingrédients, ajoutai-je, la gorge sèche.

J'avais envie de partir de la boutique à toute vitesse. Parce que James avait raison sur un point. Ce n'était pas lui qui vivait avec moi. Sauf que Stiles, mon petit ami, n'avait jamais paru me trouver changée – ou alors, il avait préféré ne rien me dire. Et l'une comme l'autre de ces explications me désemparait. Parce qu'il aurait dû avoir la réaction de James – ou, tout du moins, il aurait dû constater que quelque chose n'allait pas, chez moi, n'est-ce pas ?

J'aurais pu tenter de me calmer avant d'aller à sa rencontre, c'était certain, et c'était même la réaction la plus sage. Le problème, c'est que si la sagesse avait prédominé dans mes décisions de ces dernières années, il y avait beaucoup de choses que je n'aurais pas faites. Comme, notamment rejoindre les Invisibles. La sagesse, ce n'était pas ma manière de faire.

Je rejoignis donc l'appartement de Stiles immédiatement, ne repassant même pas chez moi déposer les ingrédients que j'avais achetés. Je les jetai plutôt sur la table basse de Stiles.

- Eh, salut… Tu as un problème ? s'inquiéta immédiatement Stiles en se levant à moitié du fauteuil où il était installé.

- Comment tu me trouves, actuellement ?

Stiles eut un rire nerveux, avant de se renfoncer dans le fauteuil.

- Bien habillée ? tenta-t-il.

- Par Merlin, est-ce que vous pouvez arrêter de détourner vos réponses à cette question en me parlant de mon physique et de mon apparence ?

- Vous ? releva Stiles, un sourcil interrogateur levé.

- Laisse tomber.

Je me pinçai le nez.

- Réponds simplement à la question. Comment est-ce que tu me trouves ? Dans mon comportement, si tu préfères, ajoutai-je en agitant une main d'agacement.

- Eh bien, je te trouve très agitée, à bouger comme ça dans tous les sens.

- Pas maintenant, grondai-je. Au quotidien. Comment est-ce que tu me trouves ?

- Oh, par Merlin, Astrid ! Est-ce que tu peux être claire, pour cette fois ? Que veux-tu savoir, exactement ?

Je pris une profonde inspiration.

- Est-ce que tu me trouves en forme ? Sympathique, avenante, tout ce qui te vient en tête me convient. Je veux juste savoir si tu me montres en forme, ou non. C'est pas compliqué, bordel !

Les yeux de Stiles s'obscurcirent. Il détestait lorsque je perdais mon calme, ce que je pouvais comprendre, mais j'avais besoin qu'il me réponde clairement, pour cette fois.

- Je te trouve normale, répondit-il, plus sèchement qu'il n'avait l'habitude de le faire.

- C'est pas un qualificatif, normal, bougonnai-je.

- Désolé de ne pas avoir la réponse parfaite dont tu as besoin !

Oh, que Merlin me donne de sa patience. Si Stiles ne voulait pas comprendre pourquoi il était aussi important pour moi d'avoir son point de vue, à quoi cela servait-il que nous passions autant de temps ensemble ?

Je serrai mon poing gauche, et me massai les tempes de la main droite.

- Je ne cherche pas une réponse parfaite, dis-je calmement. Je veux simplement une réponse honnête. Ce que tu ressens lorsque tu me vois, ces derniers temps.

- Je n'ai pas mieux que normal, comme mot à te donner, répéta Stiles. Je ne sais pas ce qui t'aurait fait plaisir, mais je n'ai pas cette réponse en poche…

Je secouai la tête. Pourquoi est-ce qu'il compliquait tout ? Je n'avais pas forcément envie d'une réponse qui me fasse plaisir – celle de James n'était pas franchement du genre à me faire plaisir, mais elle avait le mérite d'être bien plus honnête que celle de Stiles.

- Laisse tomber, soufflai-je. Merci de ta réponse.

Habituellement, après un tel échange, Stiles ne cherchait pas forcément à se rapprocher de moi, ou à discuter. Il préférait de loin enterrer la dispute, et passer à autre chose, comme si rien ne s'était passé. C'était clairement une stratégie d'évitement, et si je n'étais pas toujours en accord avec son positionnement, je devais reconnaître qu'aujourd'hui, c'était exactement ce dont j'avais besoin.

Sauf que, bien entendu, ce n'est pas ce que j'obtins. Nous n'étions pas en phase, aujourd'hui, de toute évidence.

Stiles se leva, s'approcha et posa ses deux mains sur mes bras.

- Il y a quelque chose qui t'énerve, et je ne sais pas ce que c'est, exactement. Sauf que je ne peux pas t'aider si tu ne m'en parles pas. Alors, s'il te plaît, explique-moi le problème, me demanda Stiles. Tu as l'impression d'être différente, en ce moment ?

Son visage prit une expression inquiète.

- Tu ne penses pas avoir reçu un sortilège, au moins ? Ou pris un poison sans t'en rendre compte ? Les ingrédients que tu achètes, tu es certaine de leur provenance et de leur qualité ?

J'eus un sourire moqueur.

- Oui, je suis certaine qu'il n'y a pas de problèmes. Ils viennent de la boutique de… Peu importe, m'interrompis-je immédiatement.

Trop tard. Les mains de Stiles exercèrent une pression plus forte pendant quelques secondes, avant d'à nouveau me relâcher.

- Tu étais à la boutique de James ?

Je crois que si j'avais été une personne qui n'avait pas passé du temps chez les Invisibles – et donc, entendu des milliers de mensonges, et interrogé beaucoup de malfrats – je n'aurais pas entendu l'intonation changeante de Stiles. J'aurais certainement cru qu'il avait un timbre normal de voix. Je n'aurais pas perçu la petite vibration tendue, ni même remarqué que sa voix était devenue légèrement plus grave. Sincèrement, il aurait pu tromper beaucoup de personnes.

Mais il ne me trompa pas.

Et cela m'agaça prodigieusement.

- Oui.

- Pourquoi est-ce que tu vas toujours à sa boutique ?

Encore une fois, ce ton légèrement différent. Et, surtout, accusateur.

- Parce que la qualité de ses ingrédients est supérieure à celle de la boutique Plantovent. Et il a toujours du stock, alors que chez Plantovent, il faut toujours commander.

- Si tu t'y prenais en avance, Plantovent pourrait avoir les ingrédients à temps, et…

- Est-ce que tu es en train de me blâmer pour une potion que je fais moi-même, dont je gère le temps de préparation, l'achat des ingrédients, et tout le reste, qui pour toi n'a aucune incidence, simplement parce que tu n'es pas content de ma gestion du temps ? Parce que la dernière fois que j'ai vérifié et que j'ai essayé de t'en parler, tu m'as quand même fait remarquer que tu ne voulais pas t'en occuper…

Ma voix tremblait légèrement de colère en terminant ma phrase.

Il eut la décence d'avoir une mine contrite – et c'était bien le strict minimum.

- Désolé. Mais toutes tes questions, là… C'est bien à cause de ce qui s'est passé chez lui, non ?

Je soupirai.

- Il ne s'est rien passé, chez lui, rétorquai-je. Je lui ai simplement demandé comment il me trouvait. Je lui ai posé la même question qu'à toi, et…

- Et tu lui as d'abord posé cette question, plutôt qu'à moi.

Cette fois, Stiles n'essaya même pas de cacher son timbre de voix. La colère commençait à monter chez lui. Je serrai les dents.

- Effectivement.

- Et sa réponse à lui, elle était satisfaisante ?

- Encore une fois, il n'y avait pas de bonne ou de mauvaise réponse, simplement du…

- Alors, c'était quoi sa réponse ? S'il n'y avait pas de bonne ou de mauvaise réponse, qu'est-ce qu'il t'a dit pour que ma réponse à moi ne te convienne pas ?

Je devais rester raisonnable. Sauf que je n'en avais aucune envie. Stiles voulait simplement asseoir une quelconque supériorité sur James, ou prouver un ascendant, ou quoi que ce soit d'autre.

Mais c'était hors de question.

- C'est quoi, le problème, exactement ?

Cette fois, il laissa tomber ses bras. À présent libérée de son étreinte, je reculai de quelques pas. J'avais besoin de mettre de la distance entre lui et moi.

- Tu ne vois vraiment pas le problème ? rit nerveusement Stiles.

- Non, pas vraiment. Sauf si le problème, c'est James, mais dans ce cas, je peux difficilement l'éliminer, la dernière fois que j'ai vérifié, c'était illégal, raillai-je.

Sans oublier le fait que je n'avais pas vraiment envie de faire cela.

- Le problème, c'est que tu passes autant de temps avec lui.

- Nous y voilà, murmurai-je. Je vais à sa boutique tous les deux ou trois mois, et parfois, on se retrouve aux mêmes événements, uniquement parce qu'on a des amis et connaissances en commun. Mais je ne passe pas tant de temps que ça avec lui.

- Eh bien, si tu préfères, à mon goût, tu en passes beaucoup trop.

- Alors quoi ? demandai-je avec fatalisme. Dès que je dois aller à sa boutique, je vais commander plutôt que de m'y rendre, pour qu'il m'envoie tout par hibou ? Ou tu vas y aller à ma place, alors que tu as déjà refusé de m'aider pour ma potion ? Et chaque fois qu'un ami nous invite ensemble à un repas, je dois te demander l'autorisation ? Tu veux un compte-rendu de tous nos échanges ou, mieux, tu veux en être témoin ?

J'espérais qu'il se rendrait compte que ce qu'il me proposait était totalement ridicule. Je souhaitais réellement que sa crise existentielle soit superflue.

Sauf que j'avais sous-estimé sa jalousie.

- Ouais. À vrai dire, j'aimerais bien.

Je me retrouvai aussi muette qu'un Veracrasse.

- Pardon ? m'étranglai-je.

J'avais forcément mal entendu.

- J'aimerais autant que tu ne le voies pas sans moi. Et que tu commandes tes ingrédients, plutôt que d'aller en boutique.

Au temps pour moi, j'avais bien entendu.

J'avais deux choix, à présent.

Celui de laisser couler. Le laisser se calmer, en rediscuter plus tard, voire lui cacher les fois où je voyais James.

Ou celui de poursuivre cette conversation, qui n'allait pas tarder à se transformer en dispute, et lui expliquer que je n'accepterais jamais qu'il s'impose de cette manière dans mes relations.

Et franchement ? J'avais envie de me disputer.


Lumos

Le problème, quand on ne poste pas durant des mois, c'est que lorsqu'on a plusieurs chapitres d'avance, bah… on a perdu l'habitude d'en poster. (Oh, écoutez, j'aime bien me plaindre pour pas grand-chose)
Comment allez-vous ? Contrairement à ce que certain·es pensaient, ce n'est pas Jenna la deuxième lettre « J » qu'on a vu, mais Jason ! Parce que Jason Seek manque trop à mon quotidien, alors je le mets dès que je peux dans mes chapitres, pour mon plus grand plaisir, et j'espère pour le vôtre également.
Je ne vais pas m'éterniser parce que je suis fatiguée et que j'ai des choses à faire.
Je reste cependant polie avant de vous abandonner : merci à tout le monde pour vos si gentilles reviews, elles me font (comme toujours) très plaisir, je suis ravie de pouvoir toujours compter sur vous, même après une longue absence. Merci à DelfineNotPadfoot pour la correction de ce chapitre.
Je ne sais pas quand la prochaine salve de chapitres arrivera, ça dépendra de nos emplois du temps respectifs pour la correction + relecture de mon côté. J'espère rapidement, les trois prochains chapitres sont en phase de correction.
Ce que je peux vous dire : on va pas mal se plonger dans l'histoire des Invisibles et d'Astrid. Et d'ailleurs, petit conseil de ma part. Si vous avez le temps, relisez le chapitre VII de Héritage.
Sur ce sage conseil, je vous laisse en vous donnant un autre conseil : buvez de l'eau, couchez-vous tôt.

Nox