Août 2032 – Partie I


Je me mordis la peau autour de mon ongle de pouce, réfléchissant à la meilleure manière d'aider les archéomages de l'équipe Alpha. Eux faisaient du très bon travail, à l'inverse de l'équipe Thêta, mais étaient coincés sur une fouille en Égypte, où une momie encore non-identifiée ne cessait de lancer des malédictions à chaque fois qu'ils s'approchaient de son sarcophage.

Cela me manquait de dialoguer avec des momies, de déjouer des pièges de tombeaux, et de résoudre des énigmes pour percer les mystères de l'Histoire des sorciers.

Je repris le parchemin que Thésée Meadowes m'avait transféré à leur demande, et réfléchis. Peut-être qu'en connaissant la date approximative de vie de cette momie, je pourrais aider les archéomages, en les conseillant sur les présents qui pourraient au moins amadouer cette momie.

Je pris ma plume pour répondre rapidement au dos du parchemin, scellai ce dernier, et levai les bras au-dessus de ma tête afin de m'étirer. Les journées du mois d'août s'étiraient en longueur. Fléreur disparaissait des heures entières sur le Chemin de Traverse, et je commençais à m'inquiéter de ses absences, les trouvant longues pour un Fléreur de son âge. L'horloge n'avait pas sa morgue habituelle, comme si la chaleur de l'été lui coupait toute envie d'entrer en conflit avec moi – et comme elle était créée à mon image, je me devais de reconnaître que, moi-même, je n'avais pas une folle envie de me disputer avec elle, passant déjà bien assez de temps à me disputer avec Stiles.

Décidant de ne pas penser tout de suite à mon petit ami, qui était de toute façon à l'étranger pour le travail, je réfléchis à ce que je pourrais faire de mon week-end. Passer du temps avec Paige et Mélina ? Aller à Eastbourne ? Me promener seule ? Me décider à partir en vacances en Australie, et commencer ma demande ?

J'en étais là de mes réflexions lorsque l'on frappa quelques coups fermes à ma porte. J'espérais que c'était important, je n'avais pas envie de recevoir du monde.

- J'arrive !

Fléreur apparut au même moment sur ma fenêtre, et miaula fortement.

J'ouvris la porte pour tomber nez à nez avec Harry Potter.

- Il y a beaucoup de personnes qui aimeraient te voir débouler à l'improviste chez elles, Harry, mais je t'avoue que je ne suis pas certaine d'en faire partie, plaisantai-je.

Sauf qu'au lieu de répondre à la plaisanterie, mon ex beau-père secoua la tête.

- Je peux entrer ?

Il avait une voix douce. Précautionneuse. Incertaine.

Mon estomac se tordit. J'acquiesçai, pas certaine pourtant d'avoir envie d'entendre ce qu'il comptait m'annoncer.

Il prit tout son temps pour défaire sa cape de voyage. Quelques gouttelettes en tombèrent. Par Merlin, en plein mois d'août, où donc Harry s'était rendu pour avoir besoin d'une cape de voyage aussi épaisse ? Où pouvait-il faire assez humide pour que de la condensation imprègne son tissu ?

- Tu veux quelque chose à boire ?

- Non, merci, soupira Harry. Est-ce que je peux m'asseoir ?

- Je t'en prie… Je dois faire de même ? m'enquis-je lentement.

- Je pense que ça vaut mieux.

Je fis ce qu'il me suggérait.

Je commençais à craindre la raison de sa venue. Harry n'était pas dans son état normal. Il paraissait las. Épuisé. Abasourdi. Je frottai mes cuisses, nerveuse.

Il ôta ses lunettes, les essuya sur sa tenue d'Auror, les remit. Fléreur miaula une nouvelle fois, avant de traverser la pièce en courant, sauter sur mes genoux, planter ses griffes dans mes genoux, miauler à nouveau.

- Je ne sais pas ce qu'il a…

Fléreur était un animal plutôt discret. Il avait fait partie des Invisibles, il savait quand il fallait se taire, il ne faisait jamais de bruit lorsque la situation ne le nécessitait pas.

À vrai dire, les seules fois où Fléreur miaulait aussi fort qu'aujourd'hui, c'était lorsqu'un Invisible décédait dans l'immeuble où nous logions et, parfois, il ressentait même la mort des Invisibles lorsque ceux-ci mouraient en mission.

Cette pensée ayant traversé mon esprit, je plaquai alors une main sur ma bouche, comprenant ce que Harry venait m'annoncer.

- Non, pas ça…

Harry me regarda sans comprendre.

- Qui est mort ? demandai-je d'une voix tremblante.

- Comment le sais-tu ?

Il ne chercha même pas à le nier.

- Fléreur, répondis-je en plantant mes deux mains dans le pelage de l'animal. On savait toujours lorsqu'un Invisible mourait dans l'immeuble, et parfois en mission, parce qu'il miaulait de cette manière, dis-je d'une petite voix alors que Fléreur miaulait une nouvelle fois.

Harry observa l'animal avec un nouvel intérêt.

- Qui ? demandai-je. Contre un Rapace Nocturne, contre les Aurors ?

Harry secoua la tête. Il paraissait avoir beaucoup de mal à mettre de l'ordre dans ses pensées.

- Comprends-moi, Astrid, je viens te voir en premier par politesse, et j'ose espérer qu'Alexander Hotch ne l'apprendra jamais. Ce serait forcément mal vu, que je t'en parle…

- Par politesse ?

Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas ce que Harry voulait me dire.

- Harry, qui est décédé ?

- Will.

La nouvelle me frappa comme un Cognard. Tout prit son sens dans ma tête. La cape de voyage, les gouttes d'eau sur le tissu… Un endroit où il faisait toujours froid et humide, c'était Azkaban.

Et Harry était allé à Azkaban pour constater le décès d'un Invisible.

Will.

Un peu plus d'un an plus tôt, Camille et moi étions allés libérer Cassy d'Azkaban – dont on s'évadait beaucoup plus facilement depuis que les Détraqueurs n'y étaient plus gardes, si on me demandait mon avis – et j'avais aperçu Will dans une cellule. Il était mal en point, certes, comme la plupart des prisonniers d'Azkaban, mais il était assez en forme pour tenter de me parler. Sauf que moi, j'étais pressée, et que je n'avais pas pour objectif de discuter avec lui, mais de libérer Cassy.

Aujourd'hui, j'apprenais que le chef des Invisibles, celui avec qui tout avait commencé, avait cessé de vivre. C'était le juste retour des choses, après la mort de Cole, le chef des Rapaces Nocturnes, et la mort de son descendant Dylan.

Mais savoir que j'aurais pu parler une dernière fois à Will l'année dernière, et que je ne l'avais pas fait, c'était une information qui me terrifiait.

Will était comme un parent, pour nous. Un de nos pères, avec Jones, mais ce dernier n'était pas le référent vers qui nous nous tournions. Tout Invisible qui se respectait et qui avait une question, un besoin, allait voir Will, qui répondait toujours présent. Il pouvait parfois nous secouer un peu, nous disputer, mais aussi nous rassurer lorsque nous doutions des décisions à prendre. C'était Will qui permettait à la structure des Invisibles d'exister et, surtout, d'être toujours debout, des années plus tard. Sans lui, nous aurions tout fait péricliter en quelques semaines, à peine.

Il nous connaissait par cœur, il savait quoi dire pour nous convaincre de faire ce qu'il voulait, sans pour autant aller à l'encontre de nos volontés – sauf lorsqu'il obligeait Camille et moi à travailler ensemble. Mais même cela, nous avions conscience que ce n'était pas pour nous faire du mal, simplement une manière d'allier nos deux talents pour mener à bien une mission.

Will nous avait trahis une seule fois, en nous dissimulant le fait que lorsque le chef des Rapaces Nocturnes, à savoir Cole, serait retrouvé, les Invisibles devraient cesser d'exister. Et même cette trahison, nous la lui avions pardonnée. Parce qu'il était celui grâce à qui notre vie avait du sens, lors de nos années parmi les Invisibles.

Will était décédé. Et c'était comme si je perdais un membre de ma famille, parce qu'après tout, les Invisibles étaient une famille. Dysfonctionnelle, imparfaite, mais une famille tout de même.

- Merci de me l'avoir dit, Harry, dis-je avec lassitude.

Harry soupira, et je sus que ce n'était pas tout. Il avait encore des choses à m'annoncer. Je me tournai vers lui.

Le dos voûté, les mains qui ne cessaient de jouer avec une poussière invisible sur sa tenue… Harry me dissimulait quelque chose depuis un moment, et il était temps de me l'avouer. Mon cœur se tordit, mon cerveau s'enflamma de colère.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Ma voix s'était durcie, faisant sursauter Harry. Il m'adressa un regard désolé, de celui qu'on adresse à ceux qui vont se sentir blessés par ce qu'on compte leur annoncer, le genre de regard que je détestais recevoir.

- Je ne pouvais pas te le dire, marmonna ce dernier. Ça m'a déchiré d'avoir à te cacher cela, et dans un sens, ta rupture avec James m'a permis de ne pas te croiser souvent, et donc d'éviter de vivre trop violemment mon mensonge, enfin, ma dissimulation, et…

- Oh, par Merlin, ne te cherche pas d'excuses, le coupai-je. Tu m'as rendu visite à Azkaban, et tu es venu me voir des dizaines de fois ensuite. Tu as choisi de me cacher quelque chose, je ne sais pas ce que c'est, mais tu as pris cette décision en connaissance de cause ! Alors, dis-moi ce que c'est.

Harry leva les yeux vers le plafond, refusant de me regarder.

- Astrid, est-ce que tu as un journal intime ?

La question me désarçonna suffisamment pour que ma colère diminue légèrement.

- Non, et même si j'en avais un, je ne te le dirais pas, je suis certaine que les Aurors voudraient me l'enlever.

Un sourire apparut sur les lèvres de Harry, avant de disparaître aussi vite qu'il était apparu. Il se leva alors, alla fouiller dans sa cape de voyage, et revint avec ce que je devinai être un journal intime extrêmement épais, à la couverture marron.

- Will en avait un. De journal intime. Celui-ci, m'indiqua Harry.

Je tendis la main pour le récupérer, mais Harry l'éloigna un peu de moi.

- Attends, s'il te plaît. Je ne suis pas certain que j'aie le droit de te le donner, mais pour être honnête, je m'en moque. Et puis, de toute façon, Will t'a tout légué, et j'ai déjà lu une partie de ce journal intime, donc je suppose que cela n'a plus d'importance.

Il y avait trop d'informations dans les phrases de Harry, mais aucun sens.

- Harry, je t'en supplie, sois plus clair. Je ne comprends plus rien.

Harry prit une profonde inspiration.

- Cela fait plusieurs mois que Will demande à te voir à Azkaban, ce que nous ne pouvions pas accepter, notamment parce que tu as déjà fait évader quelqu'un d'Azkaban.

- Sans trop de difficultés, qui plus est.

- Astrid…

- Pardon, dis-je rapidement sans me sentir réellement désolée.

- Les Aurors se sont demandés pourquoi il souhaitait te voir, mais moi, je savais pourquoi, continua Harry. Je le savais, parce que c'est cette information qui m'a permis, il y a un an, de comprendre ce qui t'arrivait, et que la personne qui t'avait kidnappée était Dylan, le fils de Cole.

Je fronçai les sourcils, sans comprendre.

- Je suis le seul à savoir que la boîte de Will contenait son journal intime, c'est aussi pour cela que je ne crains pas que les Aurors s'étonnent que je te le donne. Will m'avait expliqué comment le récupérer.

La boîte. La fameuse boîte des Invisibles, où l'on conservait nos souvenirs de notre vie d'avant. Parfois, elle contenait énormément d'affaires, comme cela avait été mon cas. Je me souviens que Camille m'avait dit n'avoir conservé qu'une photo de sa femme et de sa fille.

- Qu'est-ce qu'il y a dans ce journal ? Toute l'histoire des Invisibles ?

- Non. Je dirais plutôt qu'il s'agit de ton histoire.

- Je ne comprends pas.

Harry me lança un regard désespéré.

- Je ne sais pas comment te le dire autrement… Sinon, je serais obligé de te raconter en détails ce que j'ai lu, et je crois qu'il vaut mieux que tu le découvres par toi-même.

Il déposa le journal sur la petite table devant nous.

- Disons que ta vie est intimement liée aux Invisibles et Rapaces Nocturnes, et ce depuis ta naissance.

- Oui, je suis au courant, rétorquai-je.

- Non, justement, me contredit Harry à ma grande surprise. Tu crois être au courant. Tu as une certaine vision de la situation. Mais ici, tu as la vraie histoire, m'apprit-il. Celle que Will aurait dû te donner, il y a des années de cela. Celle que je connais depuis un an. Celle que tu aurais dû connaître, que j'aurais dû t'expliquer, lorsque tu es arrivée dans mon bureau, il y a un an. Sauf que j'ai fait ce qu'on m'a fait, quand j'étais enfant. J'ai été lâche, et j'ai préféré te cacher un pan de ta propre vie, parce que je n'avais pas le courage d'être celui qui te l'annonçait.

Cela devenait de plus en plus énigmatique. J'essayai de deviner à quoi Harry pouvait bien faire allusion, mais en vain. C'était comme si un verrou dans mon cerveau refusait de sauter. Comme si l'énigme du Sphinx était trop complexe pour que je la comprenne et la résolve.

- Et surtout, Astrid, lorsque tu auras tout lu, je t'en supplie… Ne reste pas seule. Parle de tout ça avec des proches. J'ai appris que tu fréquentais quelqu'un, ne lui cache pas tout ça.

Je retins un rire nerveux. Stiles n'arrivait déjà pas à prononcer le mot « Invisible » devant moi, je doutais que nous puissions discuter sérieusement de ce que j'allais lire dans ce journal intime.

- Pour information, Will t'a donc tout légué. Un employé du ministère de la Magie viendra demain pour te dire exactement ce dont tu hérites.

- Pas grand-chose, je suppose.

Je ne disais pas cela en étant déçue. Je le disais parce que c'était la vérité. Will n'avait rien d'autre que les Invisibles, dans sa vie, et les Invisibles n'existaient plus de la manière dont il les avait créés depuis des années.

- Et tu dois également t'occuper de ses obsèques. Il avait négocié, bien avant que les Invisibles ne tombent, pour pouvoir être enterré où il le souhaitait.

Je hochai la tête, sans vraiment comprendre ce que cela impliquait. Je n'avais qu'une envie, pour être honnête : que Harry s'en aille, et lire enfin le journal qu'il m'avait laissé, pour comprendre ce qu'il n'arrêtait pas de sous-entendre depuis de longues minutes.

- Bon… Je vais te laisser, me dit Harry, alors que je restais silencieuse. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à me le dire.

- Merci, Harry.

Il se leva, et je le raccompagnai jusqu'à la porte.

- Je vais essayer au maximum de contrôler ce qui se dira dans les journaux, mais je ne suis pas chargé des relations publiques, et…

- Et si cela peut redorer le blason du ministère de la Magie en disant qu'un Invisible en moins est vivant, tu ne pourras pas vraiment empêcher les journalistes d'écrire tout ça, compris-je sans trop de difficultés.

Harry ne confirma pas ce dont je me doutais, mais il n'en avait pas besoin. Les sorciers n'attendaient qu'une seule chose : qu'on leur dise que des Rapaces Nocturnes et des Invisibles étaient décédés, pour avoir la sensation de vivre dans une société plus sécurisée.

- Oh, et… Une dernière chose, murmura Harry.

Je sus que cela lui coûtait de me dire cela.

- Ce que tu vas apprendre en lisant ce journal… James l'a su, l'année dernière, lorsque Camille et Cassy sont arrivés chez nous.

Je fronçai les sourcils.

- Quand il a pris la décision de rompre avec toi, il m'a demandé d'effacer ce souvenir de sa mémoire tant que tu n'aurais pas appris la vérité, toi également.

- Tu as lancé un sortilège d'Oubliettes à ton propre fils ?! m'exclamai-je.

Harry secoua la tête.

- Non. J'ai obtenu une ordonnance d'un Guérisseur, en expliquant que certains événements traumatisants devaient être occultés, le temps que mon fils soit en mesure de les accepter, à la suite d'un accompagnement spécialisé. J'avais dit à James qu'il ne pouvait pas t'en parler, et il refusait de te dissimuler cette information, c'est pour cela que nous avons pris cette décision. Il a effacé de ses souvenirs les détails de tout ce qui se trouve dans ce journal, et qu'il avait appris. Il pense qu'il a été écarté de la discussion entre Cassy, Camille et moi.

- C'est tordu.

Harry haussa les épaules.

- Oui. Mais toute cette histoire est tordue, Astrid, j'en ai peur. Je te laisse pour de bon.

Lorsque Harry fut sorti de chez moi, j'hésitai sur la marche à suivre. Est-ce qu'il valait mieux que j'attende effectivement que Stiles soit de retour pour qu'il soit en ma compagnie lorsque j'apprendrais ce que contenait ce journal ? Ou bien préférais-je ne pas vivre son ignorance – sur qui était Will, sur ce qu'avait été ma vie chez les Invisibles ?

- Bon, tu l'ouvres, ce fichu journal intime ?

La voix de l'horloge me fit sursauter.

- Tu n'as pas voulu te manifester, quand Harry était présent ?

- Non, j'ai eu trop peur qu'il me fasse taire d'un coup de baguette magique, tes invités sont rarement polis avec moi, rétorqua l'horloge.

Je levai un sourcil.

- Il n'y a que Camille qui t'a déjà lancé un sort. Et sinon, c'était moi…

L'horloge bougonna dans son coin, et je laissai tomber cette discussion.

J'avais du travail à faire, certes. J'aurais dû me préoccuper de ce travail. Mais je venais d'apprendre le décès de Will. Des informations dans ce journal intime me concernaient. Je n'avais aucune envie de me préoccuper de mon travail. Je voulais en savoir plus.

J'agitai ma baguette magique, pour que du thé soit préparé, afin d'avoir de quoi accompagner ma lecture qui s'annonçait étoffée. Puis, lorsque la tasse chaude atterrit dans ma main gauche, j'agitai une nouvelle fois ma baguette, pour que, cette fois, le journal soit ensorcelé, et qu'il se positionne à hauteur de mes yeux, les pages tournant d'elles-mêmes une fois qu'elles auraient été lues.

Derrière la couverture, un petit entrefilet était à destination du lecteur. Je le lus, légèrement tremblante.

« À celui qui lira ces quelques mots : je suis désolé de ne pas en avoir parlé plus tôt. Si vous êtes un ou une Invisible, sachez que malgré les apparences, je n'ai jamais trahi l'organisation que j'ai créée. Mais j'ai aussi su faire la part des choses. Je me devais de protéger cette enfant, même si le coût en était de devenir proche d'une Rapace Nocturne aussi haut placée. J'accepte les reproches qui me seront faits d'avoir éprouvé de la sympathie pour Isabella Smith, lors de son séjour à Azkaban. »

Je lâchai un cri d'angoisse.

Ma mère.

Et Will.

Dans un journal.

Qui parlait d'une enfant.

Qui était certainement moi.

De mon côté, je vais tout faire pour rester en vie, et tenter d'avoir de tes nouvelles. J'ai un vieil ennemi qui ne résistera pas à l'envie de me donner des informations te concernant.

Ces phrases surgirent de mon esprit à la vitesse d'un balai de course. C'était ma mère qui les avait prononcées, alors que je regardais son souvenir, en compagnie de Camille et Cassy.

Le vieil ennemi, c'était Will.

Sans que je n'arrive à m'en empêcher, mon corps tout entier se mit à trembler, consciente que toutes mes certitudes, qui avaient déjà été balayées l'année dernière, et que j'essayais d'oublier, allaient une nouvelle fois subir une véritable tempête.

Je regardai ma tasse de thé.

Cela n'allait pas être assez fort. Avec le sortilège d'Attraction, je fis venir à moi une bouteille d'alcool fort.

Will et ma mère avaient eu des contacts, alors que cette dernière était à Azkaban, et je n'étais pas certaine que j'allais apprécier ce que j'allais lire.

Je crois sincèrement que rien n'aurait pu me préparer à ce que je découvris dans ce journal. Bien sûr, j'avais conscience que ma mère n'était pas aussi monstrueuse que ce que j'avais décrété, depuis que j'avais découvert son passé chez les Rapaces Nocturnes. Mais en réalité, l'année dernière, lorsque j'avais vu son souvenir, je n'avais que son point de vue, et j'avais préféré décider que tout n'était que mensonge, qu'elle cherchait à m'apitoyer, mais qu'elle n'avait pas réellement cherché à me protéger. Qu'elle n'était qu'une Rapace Nocturne, qui cherchait, tant bien que mal, à présenter des excuses à sa fille, alors qu'elle n'aurait jamais l'occasion de la revoir.

Aujourd'hui, j'avais la version des faits du point de vue de Will, et mes certitudes s'effondraient de plus en plus rapidement.

La nausée menaçait de m'envahir.

Comprendre, tout d'abord, que je n'avais jamais vécu ma vie comme je l'avais cru. Toute mon adolescence, toute ma vie à Poudlard, j'avais été surveillée. Par des Invisibles, puis uniquement par Will, parce que ma mère craignait que des Rapaces Nocturnes ne cherchent à me kidnapper. Will avait surveillé chaque jour de mon existence, pendant sept ans.

Je me sentis nue. Observée. Dévalisée. Cambriolée. Violée dans mon intimité, dans mon accomplissement. À aucun moment je n'avais réellement été seule. Toujours, on avait surveillé ce que j'avais fait, avec qui, empêchant les Rapaces Nocturnes de m'approcher.

Je bus deux verres d'alcool fort à la suite en prenant conscience de cela, et du fait que cela voulait dire que mes amis et mes connaissances de Poudlard avaient également été surveillés, même indirectement.

- Bordel, murmurai-je.

C'était une sensation horrible. J'aurais voulu remonter dans le temps, et me dissimuler dans un passage secret de Poudlard pour qu'à aucun moment ma vie ne soit étroitement surveillée.

Mes mains tremblèrent lorsque je récupérai le journal une nouvelle fois, pour lire ce qui paraissait être le dernier échange entre Isabella et Will. Ce dernier allait me proposer de rejoindre les Invisibles pour continuer de me protéger, et ma mère lui en voulait énormément, arguant que je n'avais pas le choix de ma destinée, alors qu'elle avait tout fait pour que je sois libre de mes choix.

La nausée me reprit.

Je n'avais jamais choisi ma vie. J'étais née chez les Rapaces Nocturnes, et on avait voulu me marier au fils de leur chef. Ma vie chez Jill avait été entièrement planifiée par ma mère. Mon adolescence avait été sous surveillance constante par les Invisibles. Et lorsque j'avais pu faire un choix, le premier de ma vie future, en réalité, je n'avais fait que suivre le plan de Will, pour être sous sa protection.

Sans réaliser ce que je faisais, je me servis un nouveau verre. J'allais le regretter le lendemain matin, de toute évidence, mais je venais d'apprendre que ma vie n'était pas du tout celle que je croyais. J'avais le droit être désarçonnée, et de perdre le contrôle. Un vertige permanent m'avait saisi, et je ne savais pas comment m'en défaire. Est-ce que je pouvais seulement m'en défaire ?

Ma vie n'avait été qu'un tissu de mensonges, et chacune de mes décisions avait été prise par une autre personne que moi-même. Je n'avais jamais eu le choix, je n'avais jamais été libre de mes mouvements.

J'avais envie de vomir.

J'en étais à peine à la moitié du journal intime de Will. Entre chacune de ses visites à ma mère, il détaillait ce qu'était ma vie, comment je me construisais, les ressemblances et différences avec mes parents. C'était troublant, déstabilisant, détestable à lire. Je lisais ma vie, comme si je n'en avais jamais été l'actrice, seulement un pantin qu'on déplaçait, comme soumise, de manière perpétuelle, au sortilège de l'Imperium.

Ma vie n'était pas celle que je croyais qu'elle avait été.

Malgré tout, malgré le dégoût que je ressentais – envers Will qui m'avait dissimulé tout cela, et qui m'avait espionnée, envers ma mère pour être celle qu'elle était, et envers moi-même pour être assez naïve pour ne m'être rendu compte de rien – je ne résistai pas à l'envie d'en lire plus. Alors, je poursuivis ma lecture.

Will était moins prolixe lors de mon passage chez les Invisibles. Il se questionnait toujours sur les raisons qui poussaient les Rapaces Nocturnes à me vouloir, et il voulait farouchement me défendre, et s'assurer que jamais je ne tombe entre les mains de celui qui lui avait pris sa femme et ses filles. Il notait mes missions, les détaillait. Par moments, j'avais presque l'impression de lire le récit d'un père relatant le quotidien de sa fille.

Sauf que je n'étais pas la fille de Will. J'étais celle d'Isabella et David Smith. Et si ce dernier n'entrait pas dans les récits de ce journal intime, j'avais une nouvelle vision de ma mère.

Tout mon être me dégoûtait, soudainement. J'étais restée campée sur mes positions, depuis des années : ma mère était une Rapace Nocturne, et je n'étais qu'une couverture. Et aujourd'hui, j'apprenais que ce n'était pas le cas. Ou, plutôt, j'apprenais que le souvenir d'elle que j'avais vu l'année dernière, en compagnie de Cassy et Camille, n'était pas un mensonge. Ma mère m'aimait réellement. Je n'étais pas qu'une couverture.

Je le lisais dans les rapports de Will, qui s'en voulait de m'avoir jetée au milieu des Invisibles, et de ne plus pouvoir expliquer à ma mère comment je me portais. Je le lisais dans les inquiétudes de ma mère, retranscrites avec la rigueur que Will avait. Je devinais que j'avais été aimée, vraiment. Que ma mère s'était inquiétée pour moi. Comme une Invisible n'aurait pas trahi son camp sauf en cas de force majeure, ma mère n'avait pas trahi les Rapaces Nocturnes, sauf en cas de force majeure : moi. Elle s'était alliée à Will, alors qu'elle avait été la plus proche conseillère de Cole, qui avait assassiné la famille de Will.

Et comme deux parents qui avaient perdu leur famille, les deux ennemis jurés avaient noué une amitié.

J'avançais dans ma lecture frénétiquement, lisant les regrets de Will, sa désolation de savoir que la mère et la fille ne seraient jamais réunies, sa crainte qu'un jour je découvre la vérité, mais avec le prisme des Invisibles, sans que je ne saisisse le schéma dans sa globalité.

Lorsque je lus la date du 12 avril 2023, ce fut plus fort que moi. Je lâchai un sanglot, et laissai échapper le journal intime.

Je savais très bien de quelle date il s'agissait.

Je fermai les yeux, chassant les larmes comme je pus. Puis, je me penchai, récupérai le journal intime. Et lus chacun des détails de cette visite à Azkaban.

Je n'avais pas conscience que Will était présent ce jour-là. Je ne savais pas qu'il avait tout observé, qu'il m'avait doublée, ce jour où j'étais venue réclamer un Détraqueur pour libérer des cellules d'Azkaban, dont celle de ma mère. Il savait ce que je faisais, il savait que je n'avais pas toutes les données pour comprendre entièrement la situation, pourtant, il n'avait pas hésité une seconde à accepter ma demande. Parce qu'il ne pouvait pas la refuser sans motif valable, et qu'il n'en avait pas. Parce que ma mère occupait une place depuis bien trop longtemps à Azkaban, et que c'était ma vengeance.

Will était allé à Azkaban. Il avait appris que Cole avait un fils, et il avait compris dans quelle machination j'étais plongée, bien avant tout le monde.

Il avait assisté à ma dernière entrevue avec ma mère. À sa demande, il était resté sur place, pour qu'elle ne subisse pas le Baiser du Détraqueur toute seule. Qu'au moins une personne sur Terre soit avec elle pour subir cela, et que cette personne sache tous les tenants et aboutissants qui l'avaient menée à cette journée, à cette fin.

Les quelques pages restantes, que je survolai, ne comportaient que des pensées de Will concernant le fils de Cole, ses vaines tentatives de le retrouver, sans que celles-ci n'aboutissent à rien, et sa quasi-persuasion qu'il était mort. Cela ne me concernait plus.

Je posai le journal sur la table qu'il avait quittée, et pris ma tête entre mes mains. Et, soudainement, je me mis à pleurer, comme je n'avais plus pleuré depuis des années, comme j'espérais ne plus jamais pleurer.

J'avais du mal à respirer.

J'avais lancé un Détraqueur sur ma mère, parce que, pour me protéger, elle et Will avaient toujours refusé que je connaisse la vérité.

Ma vie avait certainement un sens, mais définitivement pas celui que je lui donnais depuis des années.

Je pleurai longtemps. Assez longtemps pour que l'horloge s'inquiète.

- Euh… Tu ne veux pas en parler avec quelqu'un ? T'as appris quoi, exactement ?

Je secouai la tête, incapable de lui répondre. Fléreur ronronnait sur mes genoux, désespéré de me voir dans un tel état.

Je levai la tête lorsque je m'en sentis la force. Je regardai le journal intime, tendis le bras, le récupérai.

J'avais besoin d'en savoir plus sur ma mère.

Compulsivement, nerveusement, je me remis à lire chacun des passages où elle apparaissait, pour mieux la comprendre.

.

.

.

Un enterrement devrait avoir lieu sous la pluie, à mon sens. Enterrer quelqu'un un jour de grand soleil devrait être impossible.

J'aurais volontiers lancé un sortilège pour que la pluie s'abatte sur le cimetière, mais il s'agissait d'un lieu Moldu, et je n'avais aucune envie de terminer à Azkaban pour si peu.

La simple mention de la prison me fit trembler. Je repensai énormément à ma mère, depuis que j'avais lu le journal de Will. Mes nuits étaient à nouveau peuplées de cauchemars. Je vivais en boucle notre dernière rencontre. Je repensai sans cesse à ma décision. J'aurais pu ne pas la prendre. J'aurais pu laisser ma mère moisir à Azkaban. Elle serait sûrement morte de maladie. Mais non. J'avais préféré me venger avec un Baiser du Détraqueur, parce qu'elle était une Rapace Nocturne, et moi, une Invisible.

Je pénétrai dans le cimetière, dont trois côtés étaient ceints d'une forêt.

Il faisait chaud, pourtant, je tremblai.

Parce que Will avait demandé à être enterré dans le cimetière proche de sa maison. Celle que Cole lui avait prise, en tuant sa femme et ses filles.

Celle où j'avais été kidnappée, un an plus tôt.

Il faisait une chaleur incroyable, mais j'avais froid comme je n'avais que rarement eu froid.

Je m'approchai du maître de cérémonie, un sorcier qui savait se fondre dans la masse. Le cimetière était désert, nous avions de la chance. Si jamais je souhaitais faire apparaître un bouquet de fleurs, je pourrais le faire – cela se remarquerait moins qu'une pluie qui ne s'abattait que sur le cimetière.

Du coin de l'œil, je vis les falaises, celles où Camille avait fait croire à sa mort. Je savais que derrière les arbres, la maison de Will était visible. Là où Luis était mort. Là où j'avais failli être mariée de force, avec un Serment Inviolable.

Un tremblement plus fort que les autres me prit, alors que j'arrivais au niveau du maître de cérémonie.

- Est-ce qu'on attend d'autres personnes ?

- Non. À part moi, aucun Invisible ne se montrera, ils sont tous recherchés.

L'homme sursauta en me reconnaissant.

- Oui, c'est un Invisible qu'on enterre. Plus vite on commencera, plus vite on aura fini, lui suggérai-je.

- Attendez !

Une voix nous parvint à l'entrée du cimetière. Je pestai en la reconnaissant.

Je me doutais de sa venue, mais ce n'était pas pour autant que j'étais ravie de constater que mes doutes devenaient des certitudes.

Le directeur du Bureau des Aurors vint se poster à mes côtés.

- Bonjour, Astrid.

- Harry, le saluai-je froidement. Tes copains Aurors ne vont pas critiquer ton choix de venir à l'enterrement du chef des Invisibles ?

Il haussa les épaules.

- Je ne voulais pas que tu sois seule pour cette journée, me dit-il simplement.

- Trop aimable de ma part. J'aurais aimé que tu éprouves les mêmes remords lorsque tu as décidé de ne pas me raconter le passif entre ma mère et Will.

Il grimaça, avant de regarder le maître de cérémonie.

- Vous pouvez commencer.

Le sorcier nous observa à tour de rôle, certainement pour s'assurer qu'il avait bien compris, et qu'il pouvait effectivement débuter la cérémonie. Comme ni Harry, ni moi ne le stoppèrent, il se lança rapidement – comme pour s'assurer que plus vite ce serait commencé, plus vite il pourrait partir. Je le comprenais, il y avait une telle tension entre Harry et moi qu'à sa place, j'aurais également envie de fuir.

Je n'écoutai que d'une oreille. Les funérailles n'avaient jamais été une cérémonie que j'affectionnais particulièrement, pas plus que les commémorations diverses et variées. À vrai dire, tout ce faste m'agaçait plus qu'autre chose.

J'observai le cimetière, essayant de faire abstraction du fait que je n'étais qu'à un petit kilomètre de la maison où l'on m'avait soumise au sortilège de l'Imperium. Je n'y arrivai pas. La forêt m'angoissait autant qu'elle m'attirait – elle m'angoissait parce que je ne savais pas ce qui s'y cachait, mais m'attirait parce que je savais pouvoir m'y dissimuler facilement.

Je plissai les yeux.

J'étais certaine d'avoir vu du mouvement, à l'orée du bois. Mais tout semblait calme, à présent. Comme si la présence était… invisible.

Je pressai mes lèvres, détournai mon regard des arbres.

Évidemment. Les Invisibles n'allaient pas rater une occasion d'être présents. Leur chef était décédé, et si l'information n'avait circulé dans aucun journal, Harry avait forcément averti les Aurors de tous les pays dont les Invisibles étaient ressortissants. Les Invisibles avaient des oreilles partout, et avaient forcément eu vent de la nouvelle de Will. Les informations qui devaient être cachées étaient celles que les Invisibles aimaient le plus. C'était une évidence qu'ils viendraient jusqu'ici, au risque d'être repérés par des Aurors.

Je gardai une posture neutre, les mains croisées dans mon dos, et fis en sorte de me concentrer un peu plus sur la cérémonie, sans y parvenir entièrement. J'avais la tête pleine de pensées. J'avais des dizaines de questions pour Harry, mais je me demandais également combien d'Invisibles étaient présents dans la forêt, pour dire adieu à Will.

Malgré moi, les larmes franchirent la barrière de mes paupières, dévalant mes joues. Je réussis à me contenir rapidement, mais la réalité était là : j'étais triste du décès de Will. Triste de voir s'éteindre le socle des Invisibles, triste de ne pas avoir pu discuter une dernière fois avec lui, afin de comprendre l'entièreté de la relation qu'il entretenait avec ma mère. Outre l'empathie, outre la reconnaissance, il y avait plus que cela entre eux deux, et je ne le découvrirais jamais.

Le maître de cérémonie se tourna vers moi.

- Est-ce que vous souhaitez ajouter quelques mots ?

J'hésitai un bref instant, avant d'acquiescer.

Je m'approchai d'un pas.

- Merci pour tout, Will.

Je réfléchis rapidement.

- Malgré tes mensonges, merci pour tout.

Je reculai à nouveau, et regardai Harry.

- Est-ce que je peux déposer des fleurs ? Ou les Aurors vont m'envoyer à Azkaban si j'ose faire cela ?

- Tu peux, me confirma Harry.

Je sortis ma baguette, et fis apparaître une gerbe de fleurs.

- Tu veux dire quelque chose ? demandai-je à Harry.

Il secoua la tête.

- Nous nous sommes déjà tout dit, lui et moi. En revanche… Je sais que vous avez votre propre signe, entre Invisibles. Lorsqu'il y a un décès, me dit Harry.

Je me crispai.

- Cela n'a pas grand sens que je le fasse, alors qu'il n'y a que moi…

Harry me lança un regard lourd de sens. Il s'approcha de moi, se pencha vers mon oreille, et chuchota de manière à ce que je sois la seule à l'entendre.

- Je serais stupide de croire que ce bois n'est pas rempli d'Invisibles. Mais je ne compte pas aller les arrêter.

- Rien ne te prouve qu'ils s'y trouvent, rétorquai-je à Harry sur le même ton. Tu penses que les Invisibles sont assez fous pour venir à l'enterrement de Will ? mentis-je fermement.

Harry hocha la tête, je le sentis au mouvement d'air que cela fit vers mon oreille.

- Oui, les Invisibles sont ici, et je les comprends, j'aurais fait de même. Le risque d'être arrêté est plus faible que l'envie de dire au revoir à celui qui a donné un sens à leur vie pendant plusieurs années. Je te le dis, Astrid. Je sais qu'ils sont présents. Et je ne ferai rien.

Il s'éloigna alors de moi, se postant à côté du cercueil de Will, les mains croisées dans le dos, la tête penchée vers le sol, en signe de recueillement. Le maître de cérémonie attendait patiemment.

- Est-ce que je peux procéder à la mise en terre ?

Harry tourna légèrement la tête vers moi, avant de reprendre sa position initiale. J'hésitai une brève seconde, avant de finalement décider de faire confiance au Chef des Aurors, même si je ne comprenais pas son positionnement. Si cela se savait, il finirait jeté sur la place publique, à devoir affronter une chimère, sans baguette magique.

Ou peut-être pas, étant donné qu'il s'agissait de Harry Potter, et qu'on acceptait toutes ses excentricités.

- Non, encore un instant, s'il vous plaît, demandai-je.

Je m'approchai de quelques pas, et pris une profonde inspiration. Je levai mes bras au-dessus de ma tête, croisai les poignets.

- Invisible, murmurai-je.

La dernière fois que j'avais fait ce signe de ralliement, qui nous servait surtout à rendre hommage à ceux décédés lors d'une mission, c'était non loin d'ici, alors que Camille venait de chuter de la falaise, emporté par Dylan, et que j'étais persuadé qu'il était mort. L'ironie de la chose ne m'échappa pas, mais je parvins à rester stoïque.

Du coin de l'œil – ou était-ce parce que je voulais me persuader que je n'étais pas la seule Invisible présente ? – je vis du mouvement au niveau des arbres. Je notai que Harry se redressait légèrement, et m'en inquiétai, avant de le voir se détendre.

Je n'étais pas folle, donc. Il y avait bien du mouvement dans les arbres, et c'était d'autres Invisibles, cela ne faisait aucun doute. Harry avait également conscience de leur présence, mais il tint parole, et ne bougea pas, malgré son envie certaine d'aller arrêter ces hommes et ces femmes qui étaient recherchés par plusieurs Bureaux des Aurors, sur tous les continents.

J'abaissai les bras, et adressai un bref signe de tête au maître de cérémonie.

- Vous pouvez continuer.

Gardant une expression neutre de circonstance, l'homme procéda à la descente du cercueil dans la terre, avant de lever sa baguette magique, afin que la terre recouvre le cercueil. Lorsque ce fut fait, il agita une nouvelle fois sa baguette magique, pour que sur la pierre tombale apparaisse le prénom de Will, aux côtés de ceux de sa femme et de leurs filles.

Je soupirai. Les Invisibles n'avaient plus de guide. Leur chef n'était plus, comme avait disparu le chef des Rapaces Nocturnes.

Il était temps pour moi de tourner la page, mais je n'y arrivais pas. Les Invisibles feraient toujours partie de moi.

- Je vous laisse vous recueillir. Encore désolé de la perte de votre proche, nous dit le maître de cérémonie avant de s'éloigner.

J'eus une soudaine envie de rire face à l'ironie de la phrase toute faite. À tous les coups, cet homme n'appréciait pas les Invisibles, et avait aimé apprendre qu'il en enterrait un aujourd'hui, même si cela signifiait qu'il devrait côtoyer une autre Invisible – à savoir moi.

Je gardai les yeux fixés sur la pierre tombale.

- Est-ce que tu vas bien ? me demanda Harry.

Je levai les yeux au ciel.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, exactement ? Si je vais bien d'avoir appris que tu m'avais dissimulé tout un pan de ma vie ? Si je me sens en forme suite au décès de Will ? Ce que je ressens ?

- Tu m'en veux.

Ce n'était pas une question, mais une affirmation. Je lui adressai un regard noir.

- Oui. Et j'en veux aussi à ton fils, qui a préféré te demander d'occulter un souvenir, plutôt que d'outrepasser ta demande de ne rien me dire. Mais je réglerai ça avec lui. Pour le moment, c'est à toi que j'en veux. Parce que tu avais des informations pour moi, et que tu les as dissimulées.

Harry secoua la tête.

- Tu ne réalises pas, Astrid. Tu ne sais pas ce que c'est, d'être du côté des Aurors, tout en ayant un attachement particulier à une Invisible.

- Alors, oublie ton attachement pour moi ! m'exclamai-je. Je ne t'ai jamais demandé de prendre autant de risques pour moi. Que ce soit de suivre la piste des Rapaces Nocturnes, de m'informer en secret des avancées de vos enquêtes… Je n'ai jamais demandé tout ça ! Je voulais simplement retrouver un semblant de normalité, qu'on arrête de me regarder comme si j'étais atteinte de Dragoncelle depuis toujours. J'en ai marre, Harry. Marre que tous les six mois, une nouvelle information me parvienne, et me fasse encore plus mal que la précédente.

Je croisai mes bras sur ma poitrine.

- James m'a dit qu'il t'avait envoyé une lettre, me dit maladroitement Harry.

Je lâchai un rire caustique.

En effet, James m'avait envoyé une lettre. Son père ayant fini par me donner le journal de Will, il était temps qu'il rende à son fils le souvenir qu'il avait souhaité occulter. Suite à quoi, James m'avait contactée pour me dire que si j'avais besoin de soutien, il était présent pour moi.

Outre le fait que sa copine ne voulait pas que nous nous voyions, je trouvais cela particulièrement ironique de sa part de me proposer cela alors qu'il avait renoncé à ce souvenir pour ne pas avoir à m'en parler de lui-même. Je n'avais pas pris la peine de répondre.

J'oscillais entre la colère et la tristesse, chaque jour depuis que j'avais lu le journal de Will. Je connaissais chaque passage par cœur, et régulièrement, des phrases tournaient en boucle dans ma tête. J'essayais de m'en débarrasser, mais impossible. J'avais à nouveau perdu en rythme de sommeil – heureusement pour moi, Stiles n'était pas présent en ce moment pour commenter mon sommeil erratique – et j'avais repris des joggings effrénés à l'aube pour essayer de m'épuiser, sans grande réussite.

Plus les mois passaient, et plus je me demandais si je pouvais réellement sortir de cette boucle. Tout allait bien, je remontais la pente et puis, soudainement, un événement me faisait redescendre la colline.

- Écoute, je…

Je fis taire Harry d'un signe de la main.

- Laisse tomber. Il n'y a rien de plus à dire. La situation est compliquée depuis le début. On a tout fait pour essayer de se comprendre, de se dire les choses comme elles venaient, mais cela ne fonctionne pas. C'est trop compliqué. Fais ta vie de ton côté, Harry. Ne cherche plus à me donner des informations sur les Invisibles ou les Rapaces Nocturnes, de toute façon, cela se retourne contre toi ensuite.

Harry ne parut pas satisfait de cette proposition, mais je n'en avais pas de meilleure à lui offrir.

- J'aimerais être seule, maintenant, si cela ne te dérange pas.

Harry regarda autour de lui.

- Tu ne crois tout de même pas qu'il y a encore des Invisibles ? raillai-je. Ils sont partis juste après le signe de ralliement, cela devenait bien trop risqué pour eux de rester…

- D'accord…

- Eh, Harry ? l'appelai-je alors qu'il commençait à s'éloigner.

- Oui ?

- Comment ça se fait que je n'ai vu aucune information concernant le décès de Will dans les journaux ? Ils auraient dû adorer cette information.

- En effet, me confirma Harry. C'est pour cela que le Magenmagot a soudainement dû se pencher sur un sujet qui divise, pour occuper les journalistes à autre chose.

Tiens donc. La loi sur les droits des loups-garous venait de ressurgir des placards à la plus grande surprise de tout le monde, et Harry m'avouait à demi-mots que cela avait été exprès, pour détourner l'attention ?

- Pas très sympa pour les loups-garous, qui sont déjà critiqués à longueur de journée, de revenir sur le devant de la scène…

- C'était eux ou Will, s'excusa Harry. Et les loups-garous sont très contents qu'on reparle de cette loi, qui doit enfin faire sauter les discriminations qu'ils vivent au quotidien, me rassura Harry. Et puis, ne t'en fais pas. Les Invisibles seront bientôt la cible des journalistes, et surtout d'Alexander Hotch. Il adore parler de vous, il ne va pas réussir à s'empêcher de faire quelques allusions à vous d'ici quelques jours.

Je ris nerveusement. Harry m'adressa un signe de la main, avant de sortir pour transplaner. Je regardai le cimetière.

Je n'avais aucune envie de rester ici plus longtemps que nécessaire. Mais sortir du cimetière me terrifiait. Je n'avais pas envie de fouler à nouveau les terres du Yorkshire du nord, et me rappeler de ce qui s'était passé ici, un an auparavant.

Je frissonnai, alors qu'il n'y avait aucun souffle de vent. Une fois de plus, ce n'était pas le froid, mais la terreur qui me faisait avoir cette réaction.

Cela ne servait à rien de ressasser le passé. Je savais très bien que, de toute façon, ce dernier n'allait pas me laisser tranquille, même si je faisais tout pour l'oublier. Les sorciers ne tarderaient pas à me le rappeler.

Je soupirai, et partis du cimetière pour rentrer chez moi. Une nouvelle page se tournait, mais celle-ci était particulièrement dure à passer.

Foutus Invisibles et Rapaces Nocturnes.

.

.

.

- Ils sont liés à mes émotions, pas vrai ?

Margaret Royalmind regarda les objets que je désignais du doigt.

- C'est-à-dire ?

- Parfois, ils sont agités, parfois, ils sont amorphes… C'est lié à mes émotions, à mon état d'esprit, non ?

- Est-ce que vous voulez que ce soit le cas ?

J'avais une folle envie de la secouer.

- Oh, par Merlin, bougonnai-je. Si j'avais voulu de la psychologie à une Noise, je serais allée discuter avec des sorciers dans un bar, je ne paierais pas la séance un tel prix avec vous.

Margaret Royalmind étouffa un rire.

- Je m'attendais à ce que vous réalisiez plus tôt que cela que leurs mouvements étaient liés à votre état d'esprit, m'avoua-t-elle.

- Pour être honnête, je m'en veux de ne pas l'avoir deviné plus tôt que cela, grommelai-je. Je ne suis pas une très bonne observatrice, ces temps-ci. À moins que ça ait toujours été le cas, simplement, on me met devant mes erreurs, alors qu'avant, je n'en avais pas conscience.

Un léger sourire orna les lèvres de Margaret Royalmind.

- Bon, maintenant que vous avez enfin compris cela… Expliquez-moi pourquoi ils sont tellement ambivalents, aujourd'hui !

En effet, les objets n'étaient pas stables aujourd'hui. Ils se déplaçaient très rapidement, avant de soudainement se figer, puis de redémarrer leur course folle. C'était ce changement permanent qui m'avait fait comprendre qu'ils étaient liés à mes pensées. Je n'arrêtais pas de changer d'état d'esprit, aujourd'hui. Comme hier. Comme ces derniers jours. Comme depuis des mois, même.

Je m'enfonçai dans le fauteuil, et jouai avec la peau de mon poignet gauche.

- Eh bien… Comment dire…

Je me tus, incapable de trouver les bons mots pour exprimer mes pensées.

- Vous avez perdu votre mentor.

J'avais reçu quelques uppercuts dans ma vie, notamment à cause des Rapaces Nocturnes, mais j'étais toujours sidérée de constater que certains mots pouvaient faire plus mal que des coups. Comme ces quelques mots que venait de prononcer Margaret Royalmind.

Je serrai les dents et acquiesçai.

- Effectivement. Vous avez lu les journaux ?

- Avec une grande attention, m'avoua Margaret Royalmind. J'ai été surprise qu'ils ne s'en préoccupent pas plus que cela, mais je ne doute pas un instant qu'ils finiront par revenir sur ce décès. Pour critiquer le fait qu'il ait eu des obsèques décentes, ou n'importe quoi d'autre.

- Il n'y avait pas grand-chose à dire de ses obsèques. Il n'y avait pas grand-monde, non plus. C'est le risque, je suppose, quand on appartient pendant vingt ans à une organisation qui n'existe pas pour la majeure partie de la population.

- Et la rapidité avec laquelle vous me répondez me fait dire qu'au contraire, il y a beaucoup de choses à en dire, pour tous ceux qui cherchent à titiller le Doxy. Mais les ragots ne m'intéressent pas, comme vous le savez déjà. Qu'est-ce qui vous met dans un tel état, Astrid ?

- Vous l'avez dit. J'ai perdu mon mentor.

Margaret Royalmind émit un petit rire narquois.

- Je serais stupide de croire qu'il n'y a que cela qui vous perturbe autant. Et je suis loin d'être stupide. Alors, est-ce que vous comptez me le dire, ou est-ce que je dois tenter de vous tirer les Veracrasses du nez ?

L'image me fit grimacer.

- Avant, vous m'aidiez plus à parler, grommelai-je. Maintenant, vous me forcez à réfléchir pour vous expliquer ce qui me met dans un tel état.

- Bien sûr. Mon but n'est pas que vous continuiez de me voir jusqu'à ma mort, me répondit Margaret Royalmind. Mon but, c'est que vous soyez en capacité de régler ce qui vous met dans un état maladif, en devinant par vous-même ce qui ne va pas. Je ne fais que vous aider à mettre les mots sur vos problèmes, Astrid. Je vous ai donnés des clefs pour vous aider à vous en sortir, mais ça, c'était lors de nos premières séances. Je n'ai plus besoin de vous donner des exercices pour vous calmer, ou pour passer vos nerfs. Vous les connaissez, vous les adaptez à la situation dans laquelle vous vous trouvez.

Je grognai, mécontente de constater qu'elle avait raison, une fois de plus. Son air narquois n'arrangeait pas ma mauvaise humeur.

- En revanche, vous avez encore du mal à formuler ce qui vous tracasse. J'espère que cela s'arrangera sous peu, mais en attendant, vous allez encore continuer à me voir, j'en ai peur.

- J'en ai peur également, grommelai-je.

Je me tus, observant les objets qui avaient retrouvé un rythme amorphe.

- Je ne sais pas trop par où commencer, avouai-je. C'est juste que…

Je soupirai.

- Je ne m'attendais pas au décès de Will. Ou, plutôt, je ne m'attendais pas à ce que cela allait impliquer. Ses obsèques, c'était à l'endroit où j'ai été kidnappée, expliquai-je. Et c'était dur d'y retourner, j'avais oublié certains détails du lieu, et revoir la falaise, savoir que la maison n'était qu'à quelques minutes de marche…

Je frissonnai, alors qu'il ne faisait pas froid du tout. Comme toujours, repenser à ce qui s'était produit un an plus tôt était douloureux.

- Et c'est ça qui, en premier, vous a frappé ? Dans ce décès ?

Comment faisait-elle pour toujours savoir que je lui cachais des choses ? Certes, c'était son métier, mais tout de même.

- Je trouve que vous arrivez trop rapidement au jour des obsèques. Que s'est-il passé, entre temps ?

Vraiment, cette psychomage était bien trop efficace. J'imaginai que c'était pour cette raison que Lola me la recommandait. Mais cela devenait agaçant, à force.

- Eh bien… J'ai appris certaines choses me concernant, suite au décès de Will. Des choses que j'aurais aimé savoir plus tôt. Ou peut-être que j'aurais aimé ne jamais les connaître, marmonnai-je.

Je me tus alors, ayant des difficultés à mettre les mots sur les pensées qui m'agitaient le cerveau.

C'était, bien entendu, sans compter sur Margaret Royalmind, qui n'entendait pas me laisser m'en tirer à si bon compte.

- Mais encore ? Pour être honnête, je n'ai pas envie de jouer à l'attrapeuse et au Vif d'or, aujourd'hui, Astrid.

- Pas plus que moi ! rétorquai-je vertement.

Pour la première fois, je vis de l'angoisse dans le regard de Margaret Royalmind. Alors qu'elle avait toujours paru sereine en ma présence, j'eus tout à coup la sensation qu'elle était comme tous les sorciers communs, tous ceux qui me voyaient uniquement comme une Invisible, et qui étaient incapables de passer outre mon passé pour s'adresser à moi.

- Désolée, murmurai-je.

- C'est moi, me rassura Margaret. Je n'avais pas estimé que ce que vous n'arrivez pas à verbaliser soit aussi difficile à vivre que cela. J'aurais dû être plus tranquille, et prendre le temps de vous amener au sujet central sans vous brusquer.

Au temps pour moi. Elle n'avait pas craint ma personnalité d'Invisible, mais d'avoir mal agi, en tant que Psychomage.

- Will souhaitait me rencontrer, depuis plusieurs mois, expliquai-je. Mais Harry Potter empêchait cette rencontre, pour des raisons qui semblent évidentes.

La Psychomage ne m'interrompit pas, me laissant expliquer ce que j'avais en tête, malgré mes manquements, malgré mes balbutiements, malgré mes doutes et le fait que je butais sur la plupart des mots que je prononçais.

- Et à son décès, Will m'a tout légué, et Harry s'est dit qu'il était également temps que j'aie son journal intime.

- Le journal intime de qui ? De Harry Potter ?

- Non ! Je doute sincèrement qu'il en ait un, d'ailleurs, murmurai-je. Non, définitivement pas. Le journal intime de Will.

Margaret Royalmind leva un sourcil.

- J'ai plus de mal à croire que Will possédait un journal intime. Harry Potter a tellement à évacuer, mais Will… Surprenant, d'après ce que vous m'avez raconté du personnage.

Elle se perdit dans ses pensées.

- On n'est pas censés faire ma thérapie, plutôt que celle de Will, ou de Harry ? raillai-je.

- Mes excuses, se secoua Margaret. Mon enthousiasme professionnel m'a fait oublier la priorité du moment. Le journal intime de Will, donc. Vous l'avez lu ?

J'acquiesçai.

- Qu'est-ce que vous en avez retenu ?

- Tout. Je l'ai lu plusieurs fois. Plusieurs dizaines de fois, même, avouai-je.

- Oh.

Margaret Royalmind se frotta le menton tout en m'observant, comme pour chercher des réponses à sa question muette. Elle ne vit rien de satisfaisant, j'en aurais mis ma main à couper.

- Hum. Est-ce que vous pouvez me dire ce que vous avez lu, dans ce journal, qui vous a tant perturbé ?

- Ma mère a demandé à Will de me protéger.

- En tant qu'Invisible ? Vous avez appris à vous protéger toute seule des Rapaces Nocturnes, cela a fait partie de votre formation.

- Non, pas en tant qu'Invisible. Ma mère a demandé à Will de me protéger, dès que j'étais enfant. Will a toujours veillé sur moi. À la demande de ma mère.

Margaret Royalmind en laissa tomber sa plume. Elle se pencha en avant, croisa ses mains, posa son menton dessus.

- Astrid… Qu'avez-vous appris en lisant ce journal ?

Sa voix s'était faite posée, mais j'entendis un léger tremblement en fond sonore. Margaret Royalmind avait conscience qu'on abordait un point sensible, qui me perturbait énormément.

- Ma mère et Will avaient fini par trouver un terrain d'entente. Je… J'ai su, il y a un an de cela, que ma mère pouvait éventuellement ne pas être le monstre sans cœur que j'avais dépeint, depuis les Invisibles, mais j'ai préféré enterrer cette idée. Sauf qu'aujourd'hui, j'ai la preuve, par le point de vue de Will, que ma mère était plus qu'une Rapace Nocturne.

Je vis l'excitation dans le regard de Margaret Royalmind. Je savais très bien pourquoi, et je voulus empêcher ce moment, le retarder autant que possible, sauf que je n'avais plus le choix. Je devais assumer ce que j'avais appris.

- Ma mère était ma mère. Vraiment. Pas juste parce que cela l'arrangeait, mais aussi parce qu'elle le voulait.

Les yeux de Margaret Royalmind brillèrent de joie, mais je ne m'attardai pas sur ce détail. J'avais encore trop de choses à dire.

- Et le pire, dans tout ça, c'est que des personnes en qui j'avais confiance l'ont su, avant moi, et qu'ils ont préféré me le cacher. Will, parce qu'il en avait fait la promesse à Isabella.

Je la citai par son prénom, ayant trop peur d'être submergée par les émotions si je l'appelais « ma mère » une nouvelle fois à voix haute.

- Par Harry Potter, qui a préféré me cacher cette information pendant plus d'un an.

Et pour cela, je lui en voulais énormément.

- Et par mon ex petit-ami, qui a demandé à un Médicomage d'effacer ce souvenir de sa mémoire, car son père lui avait demandé de ne pas m'en parler.

La bouche de Margaret Royalmind forma un « O » parfait, comme stupéfaite par tout ce qu'elle apprenait.

Cela me rassurait, d'un côté. Si elle-même laissait transparaître des émotions telle que la stupeur en apprenant cela, j'avais raison d'avoir moi-même était complètement perdue d'apprendre tout cela.

Bon, cela dit, si elle pouvait se remettre plus rapidement que moi, cela m'arrangerait, car j'avais besoin de son aide pour m'en sortir, et pour faire le tri dans mes pensées qui se bousculaient.

- Eh bien.

Je fermai les yeux.

- On peut dire qu'avec vous, nous allons de surprise en surprise. C'est un véritable défi d'être votre thérapeute.

- Merci. Je crois ? hasardai-je, les yeux toujours fermés.

Margaret Royalmind rit légèrement.

- Qu'est-ce que cela vous fait, d'apprendre tous ces secrets sur votre propre vie ?

- Je suis encore plus perdue qu'il y a quelques mois, marmonnai-je.

- Non, ça, c'est faux, me contredit Margaret Royalmind. Si vous étiez aussi perdue qu'il y a quelques mois, vous ne seriez pas ici, en face de moi, à me dire cela. Vous seriez en train de faire une crise d'angoisse, ou vous auriez dormi trois heures la nuit dernière, à cause d'un cauchemar, avant d'aller vous épuiser dans un jogging qui ne vous apporte rien de bon.

- J'ai fait un jogging, ce matin, rétorquai-je.

- Mais vous avez dormi plus de trois heures, non ?

Cela me fit mal de l'admettre, une fois de plus, mais j'avais effectivement un sommeil à peu près serein depuis que j'avais appris toutes ces nouvelles, ce qui était surprenant, mais pas désagréable, loin de là.

- Très bien, je ne passe pas de si mauvaises nuits que cela, ce qui est en effet une bonne chose. Mais mes pensées sont confuses.

- C'est normal.

- J'aimerais bien qu'elles ne le soient plus.

- Et c'est ce qu'on essaie de faire, séance après séance. Mais vous réalisez ce que vous venez d'apprendre ? C'est énorme, Astrid. Vos parents ! Ne serait-ce que cela. Votre mère s'était alliée à Will. Deux ennemis jurés, tout ça pour vous protéger !

- Et pour qu'au final, je rejoigne les Invisibles, car c'était le seul moyen pour Will de me protéger des Rapaces Nocturnes, qui voulaient me récupérer.

Le silence se fit. Je voyais bien que Margaret Royalmind brûlait de me demander quelque chose, sans réussir à le formuler. Elle tapota sur son bureau, avant de récupérer sa plume, et de se mettre à jouer avec.

- Astrid… Accepteriez-vous que je lise le journal de Will ? Tout du moins, que je lise les passages où il fait mention de votre mère ? Et de vous, si j'ose abuser ?

Je me crispai, et je vis Margaret Royalmind grimacer.

- Je suis désolée, je vous ai demandé cela brusquement. C'est juste que je crois sincèrement que si nous axions nos séances sur vos parents, nous pourrions avancer plus rapidement.

- Mes parents étaient deux Rapaces Nocturnes, rétorquai-je. Il n'y a rien à en dire.

- Il y a beaucoup de choses à en dire, au contraire, me dit-elle doucement. Parce qu'ils étaient plus que des Rapaces Nocturnes, ils étaient vos parents.

Je me tendis énormément à cette affirmation. Je savais ce que Margaret Royalmind tentait de faire. Elle voulait faire sauter un verrou, la dernière résistance à accepter la vérité.

Je n'étais pas prête pour cela.

Je ne le serais jamais.

Mais aujourd'hui, encore moins que d'autres jours.

- Mais nous allons plutôt parler d'autres personnes aujourd'hui, dit-elle en louchant sur mes poings serrés à m'en faire blanchir les jointures. Je pense qu'il est plus important de parler de votre ex petit-ami. Et de son père. Et de votre ancien responsable.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre.

- Vous avez du temps ? me demanda-t-elle. Parce que nous allons déborder, mais je préfère cela plutôt qu'à laisser cette séance inachevée.

Je grimaçai. J'allais souffrir mentalement, c'était certain, et j'aurais préféré être ailleurs plutôt que d'affronter mes sentiments.

- Bon. Commençons par Will, me proposa la Psychomage.

Je soupirai. La séance promettait de s'éterniser, en effet.


Lumos

Eh bien, il va falloir que je commence à me mettre des rappels sur mon téléphone, j'ai si peu l'habitude de publier régulièrement que j'en avais oublié le jour que nous étions ! J'espère que vous vous portez bien depuis la dernière fois.
Déjà, merci à tous et toutes pour vos reviews, et un immense merci à DelfineNotPadfoot pour sa relecture.
De mon côté, j'aimerais vous dire que j'ai pu avancer dans l'écriture, mais, eh, ce serait vous mentir. Disons que j'ai tout dans un coin de ma tête, mais pas le temps de me pencher dessus. Heureusement, j'ai encore deux chapitres d'avance, et après, je vais m'enfermer dans une pièce et écrire non-stop. Voilà.
Bref.
Beaucoup de choses, dans ce chapitre ! Cela fait un moment qu'il a été écrit (au moins de novembre, pour être honnête), et ça avait été assez dur de décrire les sentiments d'Astrid par rapport à la mort de Will. J'espère que cela est suffisamment juste…
Sur ce, je suis fatiguée et il se fait un peu tard, alors, je vous dis à la prochaine pour un nouveau chapitre (peut-être pas dans 15 jours, je risque de ne pas être disponible…)
Pour vous donner un aperçu du prochain chapitre, on y croise : Thésée, Ginny, Stiles, Fléreur. Voilà. Plein de monde pour le futur chapitre !

Nox