Août 2032 – Partie II
Si mon sommeil n'était pas tant perturbé que cela, malgré les événements récents, je n'avais pas pour autant une tranquillité d'esprit à toute épreuve. Mes douleurs aiguës, liées à la stérilisation effectuée par les Rapaces Nocturnes, s'étaient réveillées. J'avais demandé à Paige si je pouvais augmenter la fréquence de prise de potion, ce à quoi elle avait répondu positivement – et heureusement pour moi, car je ne savais pas comment j'aurais pu faire sans cette source de réconfort.
J'avais vécu des années sans sa potion, bien entendu, mais je réalisais aujourd'hui à quel point j'avais puisé dans mon énergie pour lutter contre les crises qui me prenaient, et je comprenais également que ce n'était pas humain, et que je n'aurais pas dû m'imposer cela, durant autant de temps.
Je geignis de douleur en tendant le bras pour récupérer la fiole qui traînait sur la table. J'aurais troqué mes heures de sommeil contre l'absence de douleur, en cet instant. J'étais prête à tout pour ne plus ressentir cette pointe qui s'enfonçait dans mon bas-ventre, cette douleur liée à la magie noire qui me faisait tellement mal, tant souffrir.
- Tu as de la chance, tout de même, me dit Stiles lorsque j'avalai les quelques gouttes nécessaires à calmer mon état, pour quelques heures dans le meilleur des cas.
- De la chance ? m'étonnai-je.
Ma voix était éraillée de douleur.
- Eh bien, oui. De la chance que cette potion existe. Sans ça, tu aurais des crises de douleur assez incroyables, sans rien pour les diminuer.
J'étais sidérée.
- De la chance, répétai-je.
Je me détestais d'être en pleine crise, à cet instant. J'avais envie de hurler et de me défendre. De lui expliquer à quel point sa réflexion était malvenue. Sauf que j'avais aussi – et surtout – envie de me tordre de douleur, et que cela prenait le pas sur ce que j'étais en capacité de faire.
Mais je ne pouvais pas laisser Stiles penser ainsi pour autant.
- Je n'ai pas de la chance d'avoir été opérée contre mon gré, et que, parce que j'étais une Invisible, cette opération ait été doublée d'un sortilège de magie noire, qui me tord régulièrement de douleur, pour me rappeler que je ne suis pas en pleine maîtrise de mon corps, grondai-je.
Stiles sursauta. J'avais élevé le ton sans réellement en avoir conscience, ni même l'avoir voulu. Cela me fatigua par ailleurs, et une goutte de sueur dévala mon visage. Je retins un grognement de douleur, me redressant difficilement sur la chaise où j'étais installée.
Mais j'avais été une Invisible. J'avais l'habitude de défendre mes opinions en étant blessée. J'avais l'habitude de me battre alors que les autres sorciers auraient pris un aller simple pour Ste Mangouste. J'avais l'habitude de vivre avec la douleur, et je pouvais discuter dans cet état. Je devais simplement m'assurer de ne pas être trop virulente, au risque d'effrayer Stiles.
- Tu réalises ce que tu me dis, Stiles ? Ce n'est pas de la chance d'avoir un rappel régulier sur une opération que je n'ai pas demandée, qui ne dépendait pas de ma volonté. Ce n'est pas de la chance de me tordre de douleur. Ce n'est pas de la chance que cette potion existe.
Je posai une main tremblante sur mon bas-ventre. La zone était extrêmement sensible, et chaude. La chaleur n'était pas bon signe. Cela me rappelait les premières heures de réveil, après mon opération. Lorsque Darren m'avait expliqué ce que j'avais vécu. J'étais bien trop sur les nerfs, aujourd'hui. Il fallait que je me maîtrise.
Je me mordis l'intérieur de la joue, me retenant avant de me mordre jusqu'au sang.
- Ce n'est pas de la chance. Ça n'a jamais été de la chance, il n'y a jamais eu la moindre volonté que ce soit de la chance. C'est un rappel de quelques minutes d'inattention, d'un jour où j'ai été trop sûre de moi, où je me suis fait avoir comme une débutante. Ce n'est pas de la chance, martelai-je.
La douleur reflua petit à petit. Je respirai plus profondément, et repris pied avec la réalité avec plus de facilité. J'ancrai mon regard dans celui de Stiles.
Ou, tout du moins, je tentai de le faire.
Il avait détourné le visage, et refusait obstinément de m'observer. Je jurai entre mes dents, et je le vis se tendre en m'entendant, mais je m'en moquais profondément. Il ne réalisait pas. J'avais besoin d'un minimum de soutien, en ce moment, et il ne répondait pas présent. Je n'étais pas certaine de quoi faire pour qu'il arrive à être cette personne dont j'avais besoin. Je ne savais pas comment lui faire comprendre qu'il était plus blessant qu'autre chose, en refusant de me soutenir.
- Stiles, c'est une réalité. Je faisais partie des Invisibles.
- Je n'aime pas parler de ton passé, dit-il fermement.
Je soupirai.
- C'est une réalité. C'est mon passé qui fait de moi la personne que je suis actuellement. Et ce n'est pas que mon passé. C'est également mon présent.
Il secoua la tête, comme refusant d'entendre ce que je lui exposais. On aurait dit un enfant qui n'acceptait pas une réponse négative à sa demande. Comme si cela allait changer quoi que ce soit.
Il y avait une multitude de personnes qui n'acceptaient pas mon passé. Un grand nombre de personnes, également, qui n'acceptaient pas d'en parler, parce que c'était difficile pour elles. D'autres qui avaient du mal à m'écouter leur raconter cette histoire, mais qui le faisaient par amitié pour moi. Et d'autres qui en parlaient en toute franchise.
Moi, au milieu de ces personnes, je savais plus ou moins comment me situer. Je savais qu'il y avait des personnes qui ne me blessaient pas en me reprochant mon passé, qu'il y avait des personnes qui me blessaient sans le vouloir, et puis, qu'il y avait des personnes que j'avais peur de perdre lorsque je parlais avec elles de mon temps chez les Invisibles. Cela était surtout le cas avec les personnes dont j'étais proche, bien entendu. On craint toujours plus de perdre une personne dont on est proche.
Sauf que je réalisai qu'avec Stiles, cela ne me dérangeait pas de lui poser franchement une question sur notre avenir, sans craindre une réponse qui aurait dû me blesser, ni même être effrayée d'une réponse qui pouvait mener à la fin de notre relation.
- Stiles… Si tu n'acceptes pas mon passé, comment est-ce que tu veux qu'on avance un minimum dans notre relation ?
Il sursauta, et se tourna vers moi, les yeux écarquillés, une légère panique se lisant dans son regard.
- Mais on avance ! m'assura-t-il.
Je me mordis la lèvre inférieure, prenant le temps de réfléchir. Je doutais qu'on ait la même vision de l'avancement de notre relation.
- Oui, on avance. Un peu.
Et encore, c'était une exagération.
- Mais on pourrait avancer plus vite en se disant franchement les choses, et ce n'est pas le cas en ce moment.
Stiles tourna rapidement le visage vers moi, son regard se porta vers mon bas-ventre, avant de remonter vers mon visage, refusant cependant de me regarder droit dans les yeux.
- D'accord.
J'en aurais dansé de soulagement, si la douleur me laissait en paix.
- Mais je ne crois pas que ce soit le bon moment, maintenant, alors que tu es en train de souffrir.
J'en aurais poussé un cri de frustration.
Ce n'était jamais le bon moment, avec Stiles, je le réalisais avec effroi en ce moment même. Il trouverait toujours un moyen de repousser l'instant de grande discussion que nous pourrions avoir.
Sauf que je ne pouvais pas vivre ainsi. J'avais vécu avec James en enfouissant certaines choses, qui avaient fini par plomber notre relation. Je ne pouvais pas affirmer que ma relation avec Stiles irait plus loin, mais je ne pouvais pas laisser des zones de non-dits comme celles-ci. C'était certain que cela allait nous nuire.
Cependant, Stiles avait raison sur un point. J'étais en pleine souffrance, et je savais que ce n'était pas une bonne chose pour moi de tenter de discuter longuement en cet instant. Je n'avais pas la pleine capacité de mes moyens, et cela allait se ressentir dans notre échange.
À contrecœur – mais parce que je savais que je ne pourrais pas aller au bout de mes pensées en cet instant – j'acquiesçai, acceptant malgré moi de repousser notre discussion.
Tout en me demandant si à force de reculer, nous n'allions pas bientôt être trop loin pour sauter le gouffre qui se creusait de plus en plus entre nous.
.
.
.
Thésée Meadowes tapota avec sa baguette magique sur la mappemonde où l'on pouvait voir les différents lieux de fouilles, où des archéomages rattachés au Museum se trouvaient.
- Dites-moi que vous comptez bientôt sortir du territoire, Astrid…
Je haussai les épaules.
- Je dois faire une demande pour un voyage personnel, en effet. Mais je ne sais pas si cette demande va aboutir.
Il grommela quelque chose que je ne pus comprendre.
- J'ai bon espoir que oui, ajoutai-je pour le rassurer.
- Je l'espère aussi, me dit-il dans un soupir. J'ai vraiment besoin que vous accompagniez des archéomages.
Je pris quelques secondes de réflexion avant de lui répondre.
- Je comprends votre besoin, commençai-je lentement. Mais encore une fois, je suis historienne. Pas archéomage.
Il balaya l'argument d'un geste de la main.
- Vous avez vos compétences d'Invisible, cela vous sauvera la mise, bien plus que la formation des archéomages.
J'esquissai un sourire.
- Je n'en doute pas, mais je ne disais pas cela dans ce sens. Je le disais dans le sens où si j'avais voulu être archéomage, j'aurais fait la demande dès le début dans ce sens, après mon temps chez les Invisibles. Je ne veux pas toujours être à parcourir le globe pour participer à des fouilles, parce que ma connaissance de l'Histoire va nous éviter de déclencher une malédiction, ou d'oublier de fouiller une ou deux zones cachées. J'ai des amis en Angleterre, avec qui je veux passer autant de temps que possible. Je ne veux pas partir tout le temps.
Thésée Meadowes acquiesça.
- J'entends cela, bien sûr. Et ce n'est pas le but. Mais nous avons tellement de chantiers, ces derniers temps, que j'ai besoin de vous pour compléter mes effectifs d'historiens. Je ne souhaite pas forcément que vous soyez tout le temps sur le terrain.
Il s'interrompit, réfléchissant. J'avais appris à reconnaître ses moments de réflexion. Il était totalement différent de notre ancien conservateur, qui n'était plus qu'un lointain souvenir. J'étais contente de vivre ce changement.
- À vrai dire, je peux même vous proposer ceci. Lorsque j'estime qu'un chantier peut avoir besoin de vous, je vous informe, et vous envoie les informations sur ce site de fouilles. Ensuite, vous acceptez ou non de vous y rendre.
Je fronçai les sourcils.
- Je ne suis pas une consultante, lui rappelai-je. Pourquoi est-ce que vous me laisseriez autant de libertés, alors que vous avez le pouvoir de m'obliger à faire ce que vous voulez, même si cela va à l'encontre de mes souhaits ?
Thésée Meadowes éclata de rire, me prenant au dépourvu.
- Astrid, je serais le pire responsable au monde si, parce que j'ai une parcelle de pouvoir, j'en abusais pour obtenir ce que je veux, au détriment de la santé de mes agents ! J'ai un cœur, vous savez.
Je souris, amusée. Cela était logique, comme manière de fonctionner, mais je n'avais pas forcément l'habitude qu'on soit aussi clément avec moi. Il fallait que je m'habitue, encore et toujours, à une telle liberté dans ma manière de travailler.
- Eh bien… Ce que vous proposez me convient mieux, à vrai dire.
Thésée Meadowes se rembrunit en même temps que moi, nos pensées se rejoignant alors.
- Sauf que pour le moment, vous n'avez pas le droit de quitter la Grande-Bretagne.
- En effet, soupirai-je. Enfin… J'en ai le droit. Mais l'autorisation ne m'a encore jamais été accordée.
- Par Merlin, comme si le ministère de la Magie n'avait pas plus urgent à s'occuper…
Je haussai les épaules. J'étais d'accord avec lui, mais continuer de nous plaindre ne servait pas à grand-chose. Autant discuter de sujets actuels, que nous pouvions gérer, et qui ne dépendaient que de nous, pas de la bonne volonté du ministère de la Magie.
- Les derniers colis que vous avez reçus étaient en état correct ?
- À part celui de l'équipe Thêta, oui…
- Il faut vraiment que j'arrive à les coupler avec une autre équipe d'archéomages, c'est pas possible d'être aussi mauvais, grommela Thésée. Et vous avez pu observer le dernier objet que je vous ai envoyé ? C'est extrêmement ingénieux.
Je grommelai quelques onomatopées, qui n'avaient aucun sens les unes avec les autres.
- Mais encore ? s'étonna Thésée.
- Oui, j'ai pu l'observer. Mais ce n'était pas la première fois que je le voyais.
- Ah ? Mais il n'avait pas quitté Gringotts depuis…
- Qu'il avait été saisi par les Aurors, après l'arrestation des Invisibles, complétai-je. C'est un objet d'Invisible. Et je sais aussi qui l'a créé. Et à quoi il sert.
Et je n'avais pas envie de plus en discuter, sauf que c'était mal connaître Thésée Meadowes – et le fait qu'il devait avoir des comptes rendus de ma part, car j'étais payée à cela.
- Et vous comptez vous en occuper quand ? s'enquit Thésée, alors que je me murais dans le silence.
Je levai les yeux au ciel tout en croisant les bras sur ma poitrine.
- C'est un objet créé par Camille, qui s'est fait passer pour mort, expliquai-je à Thésée. Mettre son nom en avant me fait du mal, surtout que je sais que cet enfoiré trouvera le moyen de le savoir, de savoir que c'est moi qui l'ai fait, et que ça lui fera bien trop plaisir. Or, dans ma vie, je mets un point d'honneur à ne rien faire qui puisse faire plaisir à ce petit con de Camille. C'est mon mantra.
- Je…
Thésée se tut, incapable de poursuivre cette phrase. C'était souvent le cas, pour les personnes qui m'entendaient parler de Camille pour la première fois. Les sorciers n'étaient jamais prêts à m'entendre parler aussi crûment d'un collègue parmi les Invisibles. Tous les sorciers s'attendaient à ce que nous nous entendions à merveille.
C'était méconnaître Camille, et son caractère incompatible avec la majorité des Invisibles – du moins, de mon point de vue.
Dans les faits, son caractère était surtout incompatible avec le mien, mais j'avais trop de fierté pour l'admettre et accepter que des personnes me le fassent remarquer.
- Est-ce que…
Une nouvelle fois, il ne parvint pas à achever sa phrase. J'esquissai un sourire moqueur, et légèrement amer. Je n'avais aucune peine à deviner ce qu'il voulait me dire. Il n'était pas le premier à chercher ses mots, dans cette situation.
- En général, on s'entend bien, entre Invisibles. Mais Camille et moi, c'est une haine assez tenace. J'aimerais dire qu'on a essayé de faire des efforts l'un envers l'autre, mais dans les faits, on a préféré continuer à se faire la guerre.
Je pris le temps de la réflexion.
- Ce qui a désolé Will. Et Jones. Et aussi, tous les Invisibles qui devaient travailler avec nous. C'est vrai que ce n'était pas très agréable… Mais on ne pouvait pas s'entendre, c'était au-delà de nos limites.
Et pourtant, nous avions essayé. Enfin, pas réellement. Mais disons que nous n'y avions pas mis que de la mauvaise volonté. Simplement, nos caractères étaient bien trop opposés pour espérer que quoi que ce soit de bon ressorte de nos échanges.
Cela dit, nous restions deux très bons Invisibles. Nous nous détestions, mais nous faisions notre travail correctement. Camille m'avait même fait quelques compliments, contre sa volonté. Et il était possible que j'aie déjà reconnu ses compétences en tant que Caméléon, son surnom, capable de se fondre dans n'importe quel environnement. Mais cela s'arrêtait à des politesses vaguement formulées en présence de témoins, du bout des lèvres, et souvent ternies par des insultes proférées à l'encontre de l'autre dans la foulée, afin de rappeler que nous nous détestions.
- C'est fascinant, murmura Thésée. Je n'aurais jamais cru cela, de la part d'Invisibles. Je pensais que vous étiez soudés, et que…
- Attendez, l'interrompis-je, désireuse de remettre les choses au clair. Bien sûr, que nous sommes soudés. Jamais je n'abandonnerais un Invisible. Et Camille non plus. La preuve, s'il en fallait une, avec ce qui s'est passé l'année dernière.
Ma gorge se serra en songeant à la mort de Darren, et à tout ce qui en avait découlé. À notre fuite, à l'évasion de Cassy, à ce que j'avais appris sur moi-même – et à ce que je continuais d'apprendre.
- Je ne trahirai jamais les Invisibles.
Thésée Meadowes enleva une poussière inexistante de sa mappemonde – je me demandai d'ailleurs s'il y avait un sortilège qui empêchait la poussière de se déposer, ou si des elfes de maison nettoyaient à une fréquence incroyable l'objet.
- Je ne vous demande pas de le faire.
- Je sais.
- Mais les Aurors me demandent de vous inciter à vous confier à moi. Alors, si jamais vous deviez avoir un doute me concernant, si jamais vous ne me faisiez pas assez confiance, et que vous craigniez que je vous trahisse… Ne me parlez pas des Invisibles, pour votre tranquillité d'esprit.
Mon regard se durcit. Je ne le réalisai qu'en voyant pâlir le teint de Thésée Meadowes.
- Les Aurors vous ont demandé de faire leur travail ?
Je tentai de garder un ton neutre, mais je devais reconnaître que je n'y parvins pas aussi bien que je l'aurais souhaité. Un sourire en coin apparut sur le visage de Thésée.
- On peut dire cela, oui. Je l'ai refusé, bien entendu. Mais vous n'avez que ma parole pour le croire.
Et faire confiance à tout un chacun n'était pas ma qualité première.
- Cela fait longtemps qu'ils vous ont fait cette demande ?
- Peu après le début du mois. Juste après l'enterrement de votre responsable chez les Invisibles.
J'avais l'impression que c'était une donnée importante, et que j'avais là la pièce d'un puzzle particulièrement difficile à monter, et que je pourrais terminer en peu de temps. Comme si j'avais tous les éléments pour résoudre une équation ardue. Cela me rappela vaguement la fin de l'enquête avec Cole, alors que nous ne comprenions pas pourquoi rien ne le reliait aux Rapaces Nocturnes. Cela me rappela également l'année dernière, alors que toutes mes pensées concernant mes parents étaient inatteignables, et que tous mes efforts seraient forcément réduits à néant. C'était agaçant.
Je tapotai l'accoudoir de mon siège, frustrée d'être en incapacité de trouver une explication logique à ce sentiment d'être sur le point de résoudre quelque chose d'important.
Je me souvins alors que je n'étais pas ici pour discuter des Invisibles, mais pour parler de mon travail actuel.
- Est-ce que nous avons vu tout ce que nous devions voir ?
Nous avions parlé de l'avancée de mon travail, des archéomages incompétents, et cela me semblait déjà être une réunion efficace.
- Une dernière chose, me dit Thésée Meadowes. Nous n'en avons jamais parlé, car nous nous sommes surtout concentrés sur votre sortie de territoire, ces derniers mois, mais si jamais cela devait être une cause vaine…
- Ce n'est pas déjà une cause vaine ? demandai-je avec une pointe d'humour.
- Laissez-moi croire en l'existence des Ronflaks Cornus, Astrid, soupira Thésée en levant les yeux au ciel. Si cela ne devait jamais aboutir, est-ce que vous seriez prête à reprendre votre travail au sein du Museum ? Votre travail est irréprochable, vous êtes d'une grande précision dans le traitement des objets que nous recevons, les descriptions sont très détaillées, et vous faites même de la restauration, ce qui est très agréable, surtout depuis le départ de Perceval, mais vos connaissances pourraient également être mises à contribution pour l'accueil de groupe.
Je me crispai. C'était exactement le travail que je faisais auparavant, lorsque j'avais retrouvé une vie presque normale dans la communauté sorcière. C'était le travail que j'avais quitté du jour au lendemain, sans prévenir, pour partir avec Camille.
- J'entends votre proposition, mais je ne sais pas si les autres sorciers du Museum seraient prêts à accepter mon retour.
Thésée Meadowes haussa les épaules.
- Ils ne sont pas entièrement contre l'idée, dit-il simplement.
Je n'étais pas convaincue.
- Attendons déjà de voir ce qui va résulter de mes demandes de sortie de territoire, proposai-je. Ensuite… Nous aviserons.
Je notai de la déception dans le regard de Thésée. Il s'attendait certainement à une réponse plus franche, mais je n'étais pas en mesure de la lui donner alors que je n'étais pas certaine d'avoir envie de cela, et que je n'avais pas pris le temps de réfléchir à ce que je voulais réellement pour moi. Or, j'avais eu la sale habitude de laisser passer les états d'âme des autres avant les miens, et mes séances avec Margaret Royalmind m'avaient fait comprendre que je ne devais plus réagir ainsi.
- Je vous promets d'y réfléchir, le rassurai-je. Mais je ne me sens pas de réintégrer le Museum de cette façon, pour le moment. Désolée.
- Pas de problème, Astrid. Il n'y a aucune pression.
- Je sais. Mais quand même. Bonne journée, Thésée.
- Bonne journée.
Je quittai son bureau, et décidai de ne pas me perdre dans les espaces du Museum, que ce soit ceux des collections sorcières ou Moldues. J'avais besoin de retrouver mon intérieur, mon chez-moi, un lieu où je me sentais en sécurité.
Je tentais tant bien que mal de vivre avec les révélations lues dans le journal de Will, mais c'était bien plus difficile que ce à quoi je m'attendais. Margaret Royalmind m'avait prévenue, me faisant remarquer que j'apprenais qu'une chose dont j'étais certaine depuis des années se trouvait être fausse, et que cela allait forcément perturber ma relation à ma vie, à mon passé, mon présent, mon futur. J'avais tenté de me persuader que j'arriverais à passer outre, mais la réalité me prouvait que, chaque fois, je me rappelais que ma vie avait été dictée par des personnes dans l'ombre. Ce qui m'effrayait le plus, c'était d'en avoir conscience, et de me demander si j'étais capable de poursuivre ma vie en sachant qu'aujourd'hui, personne ne me poussait dans une direction ou dans une autre.
J'avais perdu tout contrôle sur ma vie, et c'était extrêmement difficile à vivre. Je tentais tant bien que mal de rationaliser, et de prendre en compte les décisions où ni Invisibles, ni Rapaces Nocturnes n'avaient influencé le cours de mon existence, mais c'était de plus en plus difficile.
J'inspirai un grand coup une fois dehors. L'air chaud du mois d'août me brûla la gorge.
J'aurais pu transplaner pour rentrer chez moi, cela aurait été la chose la plus simple à faire, mais comme souvent ces derniers temps, je choisis plutôt de prendre un bus Moldu, afin d'arriver rapidement à l'entrée du Chaudron Baveur. Parfois, je me demandais pourquoi je m'imposais cela, sachant que traverser le Chaudron Baveur revenait à m'exposer à des rencontres peu agréables avec d'autres sorciers, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Croiser des regards désobligeants me forçait à rester concentrée sur le réel, et à ne pas trop m'enfoncer dans des pensées désagréables.
Louvoyant entre les touristes, je rejoignis la taverne sans encombre, la traversai, et tapotai les bonnes briques pour me retrouver sur le Chemin de Traverse. Les ruelles étaient peu remplies, ce n'était pas encore le moment où les élèves de Poudlard venaient remplir leurs stocks.
J'arrivai en bas de mon immeuble en même temps qu'une autre personne que je ne m'attendais pas à voir.
Ginny Weasley.
J'aurais pu faire mine de ne pas la reconnaître. J'aurais pu grimper chez moi, en faisant semblant de ne pas avoir conscience qu'elle venait spécifiquement ici pour me voir. Mais cela ne ressemblait pas à mon état d'esprit du jour.
- Ginny, la saluai-je sobrement.
Rien que de m'entendre prononcer son prénom parut la soulager énormément. Il fallait reconnaître que la dernière fois que nous nous étions vues, je lui avais demandé de ne plus chercher à me contacter, que j'avais besoin qu'elle me laisse tranquille, car entre son mari et son fils, la famille Potter commençait à m'envahir autant qu'une armée de Doxys.
- J'avais peur que tu ne m'adresses pas la parole, me dit-elle avec un soupçon de soulagement dans la voix.
- Je dois t'avouer que ça aurait pu se produire.
Elle acquiesça, un sourire fébrile aux lèvres.
- J'étais venue te voir… Est-ce que je peux monter chez toi ?
Je regardai ma montre.
- C'est encore tôt, mais que dirais-tu de commencer l'apéro ?
- Avec plaisir.
Son visage s'était illuminé à cette proposition. Elle avait vraiment dû craindre ma réaction, et mon rejet, surtout. Je lui fis signe de me suivre alors que j'entrai dans mon immeuble et montai les escaliers.
- Je suppose que tu ne viens pas faire une visite de courtoisie ?
- Je viens faire une visite pour m'assurer que tu vas bien, dit-elle simplement.
- Je ne devrais pas aller bien ?
Mon ton ironique ne lui échappa pas.
- J'ai eu l'intuition que tu ne devais pas vivre une période très simple. Étant donné que mon mari n'a plus aucune nouvelle de toi suite au carnet qu'il t'a donné, et que James n'a pas eu de réponse à la lettre qu'il t'a envoyée, je me suis dit qu'en effet, tu ne devais pas être en grande forme.
- Est-ce qu'il arrive parfois aux Potter de parler d'autres choses que de moi, lors de vos réunions ?
Je la fis entrer dans mon appartement. Ginny rit à ma dernière remarque.
- Oh, très souvent. Mais tu n'as certainement pas oublié que nous pouvons suivre plusieurs conversations en même temps, donc en réalité, on parle de toi et d'autres sujets…
J'éclatai de rire, avant de lui servir un verre de vin des elfes, et un verre de whisky Pur Feu pour moi.
- Tu étais au courant ? m'enquis-je.
- Je vois que tu entres dans le vif du sujet immédiatement.
Je haussai les épaules. Je n'avais plus de temps à perdre en tergiversations, en hésitations, en conversations qui s'éternisaient sans qu'on ne parvienne à dire ce qu'on souhaitait exprimer.
- Si je ne réponds pas à ton fils aîné, et que j'évite ton mari, c'est parce qu'ils étaient au courant et ont choisi de me le cacher, et même, pour l'un d'eux, de se le dissimuler à lui-même. Donc oui, je dois reconnaître que je souhaite entrer dans le vif du sujet immédiatement, afin de savoir si je peux te faire confiance, ou si, toi aussi, tu as préféré que j'ignore quelque chose qui me concerne.
- Je ne le savais pas, m'assura Ginny. Comme je ne savais pas pour l'anneau.
Je frémis en me rappelant que l'anneau Andvaranaut était passé entre mes mains, quelques mois auparavant, me faisant vivre une de mes plus grandes crises de panique depuis ma sortie d'Azkaban.
- Je te promets que je n'en savais rien. Sinon, j'aurais poussé mon mari à te le dire. Et j'aurais empêché mon fils d'altérer ses souvenirs. Deux imbéciles, par moments, je ne vais pas te mentir.
Je détournai le regard.
- Surtout lorsqu'il s'agit de moi, non ?
Ginny ne répondit rien. Je n'en avais pas besoin, de toute façon. J'en étais arrivée à cette conclusion des mois auparavant. James et Harry prenaient des décisions irrationnelles lorsque j'entrais en ligne de mire.
- Toi, est-ce que tu as pris une décision irrationnelle, depuis que tu as appris tout ça ?
- Étonnamment, non. Mais cela me surprend, je dois le reconnaître.
- Tu peux plutôt être fière de toi, non ?
- Oh, par Merlin, on dirait ma psychomage.
Ginny avala de travers, et se mit à tousser.
- Tu vas bien ? m'inquiétai-je. Le vin a tourné ?
Elle mit quelques secondes à reprendre contenance.
- Non. J'ai juste été surprise. Je ne savais pas que tu voyais une psychomage.
- Franchement ? Je n'ai plus eu le choix. Je ne dormais pas, je m'épuisais physiquement pour espérer réussir à dormir un petit peu, sans cauchemar, sans me réveiller trempée de sueur, mais honnêtement… ça ne fonctionnait pas. J'en étais à avoir des hallucinations, mes pires peurs se réveillaient à chaque fois que je croisais un Épouvantard, car mon appartement est propice à ces petites horreurs.
J'avais encore dû demander à Stiles d'en chasser un, le mois dernier. J'étais certaine qu'un autre n'allait pas tarder à pointer le bout de son nez, d'ailleurs.
- Donc j'ai fini par décider de prendre le minotaure par les cornes. Et laisse-moi te dire que ce n'est pas simple.
- Mais ça te fait du bien ?
- Tu n'as pas idée, dis-je dans un souffle. Même si je ne l'avouerai jamais à ma psychomage, qui est affreuse. Elle m'oblige à aller dans mes derniers retranchements.
Ginny étouffa un rire, qui me vexa un petit peu, mais que je choisis d'ignorer.
- Sinon, pour répondre à tes questionnements… Je vais à peu près bien. Mais je dois reconnaître que j'aimerais aller mieux. J'aurais aimé que Will ne meure pas, j'aurais aimé ne pas apprendre tout cela. Pas tout de suite, en tout cas.
Ginny hocha la tête, compréhensive, comme toujours.
- Je me doute. C'est bien que tu aies quelqu'un avec qui en parler. De professionnel, je veux dire. Je me doute que tu en parles aussi avec la personne que tu fréquentes.
Je gardai un visage neutre, car j'estimais que cela ne concernait pas Ginny, mais pour être honnête, j'avais préféré ne pas en parler avec Stiles. Ce n'était pas forcément compréhensible pour tout le monde, mais je ne me sentais pas d'expliquer tout cela à Stiles. Je doutais sincèrement qu'il soit en mesure de comprendre tout ce que cela impliquait, et toutes les difficultés que j'avais à accepter le fait d'avoir été la marionnette de ma mère, de Will… et tout cela dans le but de me protéger. J'avais déjà beaucoup de mal à comprendre tout cela. C'était impossible pour moi de l'expliquer à quelqu'un d'autre.
- Ouais. Ouais, c'est bien que j'arrive à en parler. Ça change de toutes ces dernières années, pas vrai ? Maintenant, si on pouvait enseigner à ton mari à faire de même, ça m'arrangerait…
- Des années que j'essaie, Astrid, je crois qu'il s'agit d'une cause vaine.
J'éprouvais un énorme respect pour Ginny, et pour sa capacité à pardonner aux uns et aux autres. Lors de notre dernière entrevue, je lui avais claqué la porte au nez, et je n'avais clairement pas été agréable dans mes paroles. Elle m'avait tendu la main à plusieurs reprises, et je n'avais fait que la repousser, quitte à la mordre comme une dragonne. Et malgré cela, aujourd'hui, alors qu'à nouveau, j'apprenais des nouvelles peu réjouissantes, Ginny prenait le temps de venir me voir. De passer du temps avec moi. De passer outre ce que je lui avais craché à la figure.
- Comment tu fais, Ginny ?
- Pour tout pardonner à mon mari ? Je ne fais pas, on discute, on…
Je grimaçai.
- Non, je ne te demande pas des détails sur ton couple, merci, j'ai déjà le mien à gérer. Comment est-ce que tu fais pour tout pardonner à tout le monde ? Y compris à moi, y compris à ton mari, y compris à… tout le monde, répétai-je dans un soupir.
Ginny éclata de rire, me surprenant.
- Tu penses sincèrement que je pardonne à tout le monde ? Je ne pardonne pas à Harry de partir à la chasse aux Rapaces Nocturnes, loin de là, à vrai dire. Je fais tout mon possible pour l'en empêcher, et pour lui faire réaliser que c'est stupide. Il a déjà mis sa vie en danger de bien trop nombreuses fois, et à présent qu'il est à la tête du Bureau des Aurors, il devrait être moins souvent sur le terrain, sauf que c'est tout le contraire, j'ai l'impression.
Je vis un éclair de tristesse dans son regard, celui que je notais à chaque fois que Harry partait en mission, et qu'elle savait que cela pouvait mal tourner. Je crois sincèrement qu'elle aurait préféré rester dans l'ignorance de certaines des actions de son mari, pour se préserver, pour ne pas s'inquiéter outre-mesure. Sauf que certaines affaires dépassaient le Bureau des Aurors, et étaient suivies par bien trop de sorciers et journalistes pour être tues.
- Quant à toi… J'ai eu du mal à te pardonner, je ne vais pas te mentir.
Sa franchise me blessa un petit peu, tout en me rassurant. Ginny n'était pas une sainte capable de tout pardonner. Elle restait une sorcière, avec des émotions.
- Je n'ai pas l'habitude qu'on me tourne le dos de cette manière, et le fait de t'entendre dire que tu ne fais pas partie de notre famille n'était pas simple à entendre. Mais c'est aussi la réalité des choses. Tu as eu une famille, qui t'a été prise de bien des façons différentes, et je dois accepter cela, comme toi, tu dois l'accepter.
Ma gorge se serra. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Ginny savait appuyer là où cela faisait mal. Il était certain que je ne savais pas gérer mes émotions liées à ma famille biologique.
- Et même si ta réaction m'a blessée…
- Ce qui est légitime, reconnus-je sans peine.
Elle afficha un petit sourire apaisé.
- Je sais aussi que tu as besoin d'aide, que tu as besoin de soutien, que tu as besoin de proches qui ne te parlent pas de ta famille en continu, et que j'ai envie de faire partie de ces personnes.
Il fallait que tous les sorciers prennent des cours de tolérance auprès de Ginny Potter.
- Merci, Ginny, soufflai-je.
- Je t'en prie. Mais ne t'adresse plus jamais à moi de cette manière sans avoir une raison valable d'être en colère, ou tu risques de découvrir ce que cela fait, lorsque je suis réellement en colère.
Je déglutis de nervosité, comprenant sans peine qu'elle ne me disait pas cela en l'air, et qu'elle comptait réellement m'en vouloir si jamais je refusais une fois de plus sa présence dans ma vie, sans une bonne raison.
- À ma décharge, j'avais tout de même quelques bonnes raisons d'être en colère… Mais pas contre toi, nous sommes d'accord sur ce point.
Fléreur arriva à ce moment de sa promenade en extérieur, s'approchant de moi précautionneusement, en regardant Ginny du coin de l'œil. Je le rassurai d'une caresse.
- Il a peur de repartir chez toi, je crois bien, reconnus-je.
- Ouais, bah il n'a pas tort d'avoir peur, on ne sait jamais ce qu'Astrid va faire comme connerie, bougonna l'horloge.
Ginny porta la main à son cœur, cherchant d'où provenait cette voix, avant de fixer son regard sur l'horloge.
- Par Merlin, j'oublie toujours que tu as cette horloge parlante.
- J'aimerais l'oublier, moi aussi, marmonnai-je.
- Eh ! Un peu de respect pour moi !
- L'horloge de ma mère est bien mieux, elle ne parle pas, au moins, soupira Ginny.
- C'est bien, d'avoir une horloge parlante ! se défendit l'horloge.
- Surtout quand tu ne te mêles pas de mes conversations, rétorquai-je. Je vais peut-être finir par te faire taire, une nouvelle fois…
L'horloge bougonna dans son coin avant de nous laisser tranquilles, tandis que Fléreur prenait ses aises sur mes genoux, ayant décrété que Ginny n'allait pas tout de suite l'emmener avec elle, et qu'il pouvait s'approcher de nous sans trop de danger.
Je n'avais pas réalisé que j'avais tant besoin d'un moment comme celui-ci, sans ambiguïté, sans faux-semblants. J'avais eu l'impression que mon quotidien me convenait parfaitement, mais en réalité, tout tournait autour des Invisibles et ce que mon passé chez eux m'empêchait de faire, ou de Stiles, qui ne souhaitait surtout pas en parler. Pour une fois, je discutais avec quelqu'un qui n'avait aucun problème à aborder mon passé, sans que cela n'ait d'influence sur notre relation, ou notre conversation. Et cela me faisait un bien fou.
- Je vais y aller, Astrid, m'annonça Ginny après quelques heures. Déjà, parce que Harry doit se demander où je suis, et ensuite, parce que je me lève tôt demain. Mais je suis vraiment rassurée de voir que tu es dans cet état, en ce moment. J'espère que cela continuera, pour toi. Je te le souhaite, en tout cas.
- Merci, Ginny.
- Et n'hésite pas à me solliciter, pour quoi que ce soit. Pour aller voir un match des Harpies, ou de n'importe quelle autre équipe. Tout ce que tu veux.
Je levai un sourcil.
- Je ne dis jamais non à un match de Quidditch, tu le sais bien.
Elle rit.
- Je t'enverrai des places, c'est promis. Pense à passer nous voir, dès que tu le souhaites.
Elle réfléchit un petit instant.
- Préviens-nous tout de même avant, ne serait-ce que…
- Pour éviter d'arriver un jour où James est présent, avec sa petite-amie ? Oui, je sais que Grace ne me porte pas dans son cœur, mais je la comprends aussi.
- J'aimerais ne pas avoir à te demander cela, mais…
Je la rassurai d'un sourire.
- Ginny, sincèrement… Il n'y a aucun problème. James et sa copine sont prioritaires pour être chez vous, et c'est bien normal. Pour être honnête, je n'ai pas spécialement envie de déclencher une dispute entre eux parce que j'arrive sans prévenir chez vous.
Le sourire de Ginny était entre les excuses pour la situation, et le soulagement de m'entendre dire cela. Je n'osais pas imaginer ce qui se produirait, si j'arrivais sans prévenir alors que Grace et James venaient manger chez les Potter.
- Et, Ginny…
- Oui ?
- Si tu as envie de passer ici, n'hésite pas, dis-je en haussant les épaules. Je sais que je t'ai dit l'inverse il y a quelques mois, mais en réalité, tu es la bienvenue chez moi.
Sans que je ne m'y attende, Ginny me prit dans une étreinte qui me coupa le souffle. Après trois secondes d'hésitation, je me décidai à lui rendre l'étreinte, un rire nerveux coincé dans la gorge.
- Désolée. J'ai un peu du mal encore avec les étreintes, lui avouai-je. Je fais des efforts, mais… Ce n'est pas glorieux.
Ginny recula d'un pas.
- Passe une bonne soirée, Astrid. À très vite.
Cela aurait dû être une bonne soirée, bien entendu. J'avais rechargé mes batteries, Ginny était toujours adorable, et si j'éprouvais un petit pincement au cœur à me dire qu'elle n'était plus ma belle-mère, je devais avouer que j'appréciais tout de même le fait qu'elle veuille bien de moi dans sa vie – et que je sois en mesure de l'accepter dans la mienne.
Oui, la soirée s'annonçait sous de bons auspices.
Mais moins d'une minute après que Ginny fut partie, la porte de mon appartement s'ouvrit à la volée.
Fléreur cracha, je sortis ma baguette magique de son emplacement, et je me retrouvai sur le qui-vive, prête à lancer un sortilège. Une silhouette entra dans mon salon, et je levai ma baguette, bien décidée à être la première à frapper – même si mon panel de sortilèges était toujours limité.
- C'est moi ! s'écria une voix au moment où je compris mon erreur.
Je jurai.
- Stiles, merde enfin !
Il grimaça.
- J'aurais dû prévenir que je rentrais plus tôt ? hasarda-t-il.
- Oui ! m'énervai-je. Par Merlin, je ne t'attendais pas, et tu entres comme un Cognard dans mon appartement ! Évidemment que tu aurais dû prévenir !
- Peut-être que si tu ne craignais pas les attaques de tout un chacun…
Je frémis, l'arête de nez tressautant.
- Tu plaisantes ? Je ne fais que suivre des règles élémentaires de protection, pestai-je.
Il leva les deux mains pour tenter d'apaiser la situation.
- OK, pardon. Je préviendrai la prochaine fois.
- Encore heureux.
Il désigna alors la porte de l'appartement qu'il venait de franchir.
- Est-ce que tu as accueilli Ginny Potter de la même manière, ou elle a pu entrer sans craindre de recevoir un sortilège ?
La surprise de son irruption m'avait fait grimper aux rideaux, et je réalisai soudainement que je n'avais pas pris la peine d'observer Stiles.
Il était étrangement agité, nerveux et en colère. Je devinai, à sa dernière réflexion, que cela avait un lien avec la présence de Ginny chez moi.
J'étais fatiguée par avance de ce qui allait se passer entre nous deux.
- Non, je n'ai pas accueilli Ginny de la même manière que toi. Mais il faut dire que nous nous sommes croisées en bas de l'immeuble, et qu'elle n'a pas débarqué sans prévenir. Enfin, qu'elle n'est pas entrée sans prévenir chez moi, plutôt.
- Tu entres parfois sans prévenir chez moi, et je ne t'accueille pas en sortant ma baguette magique.
Je serrai les dents. Encore heureux.
- Sauf que généralement, tu sais que je vais venir. Et aussi, je ne rentre pas plus tôt d'un voyage professionnel. Ce sont deux différences assez importantes, tu ne trouves pas ?
- Non. Non, je ne trouve pas.
Que Merlin me donne la patience.
- Et si tu me disais exactement ce qui ne va pas, Stiles ?
Il croisa les bras sur son torse, les décroisa. Très bien, il était vraiment nerveux. Il irradiait de colère.
Et je n'avais aucune patience pour calmer ses nerfs. Pour être totalement honnête, sa colère commençait à faire gonfler la mienne, ce qui n'était certainement pas sain.
- Pourquoi Ginny Potter était chez toi ?
- Parce qu'elle souhaitait prendre de mes nouvelles.
- Pour quelle raison ?
- Pourquoi est-ce qu'elle n'aurait pas le droit de prendre de mes nouvelles ?
Fléreur cracha une nouvelle fois, ce qui me surprit. Il avait déjà entendu des disputes dans mon appartement, mais de là à cracher, c'était bien la première fois. Je lui jetai un coup d'œil, pour constater qu'il avait le poil hérissé, et les griffes sorties. Il fallait que je calme l'ambiance générale de la pièce, avant que cela ne dégénère. Je pris sur moi de tenter une accalmie.
- Ginny est passée parce qu'elle s'inquiétait pour moi. Tu as certainement entendu dire que Will, le chef des Invisibles, était décédé. Il y a eu des révélations suite à son décès, qui me concernaient, et j'avais besoin de soutien. Tu n'étais pas là, et j'ai accepté l'aide d'autres personnes.
- Voyons, Astrid. Tu n'as pas à être triste du décès de quelqu'un qui t'a apporté tout ce que ce type t'a apporté ! s'exclama Stiles. Tu vaux mieux que ça !
- Et encore une fois, merci d'éviter de supposer ce que je vaux, et de me laisser décider seule de ce dont j'ai besoin ou non !
Il leva les deux bras au-dessus de sa tête, avant de les croiser derrière sa nuque.
- D'accord, très bien. Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas envoyé un hibou ?
Je me tus, abasourdie. C'était vrai, cela. Pourquoi est-ce que je ne l'avais pas contacté ?
Parce que je ne lui faisais pas assez confiance. Parce qu'il n'était pas celui dont j'avais besoin quand je traversais une phase douloureuse. Parce que là, il cherchait à me culpabiliser d'avoir vu des personnes qu'il ne voulait pas que je fréquente.
- J'en sais rien, dis-je simplement. Je crois simplement que… tu n'es pas prêt à discuter de tout ça avec moi.
- Mais Ginny Potter, elle, est prête à en parler avec toi ?
- Bien sûr ! Merlin, Stiles, arrête de faire semblant de ne pas comprendre ! Tu réalises bien que tu refuses d'aborder plein de sujets avec moi, pas vrai ?
- Ton ex belle-mère vient chez toi pour discuter, et le problème, ce sont les sujets que je n'ose pas aborder ?
Oh, et puis tant pis pour la patience et la tentative de calmer le jeu.
- Le problème, c'est que ce soit mon ex belle-mère qui vienne prendre de mes nouvelles ? raillai-je. Aucun problème, Stiles. Présente-moi ta mère ce soir, et comme ça, lorsque j'aurai besoin de soutien et qu'on prenne de mes nouvelles alors que tu seras à l'étranger, c'est elle qui viendra. On fait ça, tu organises ça tout de suite ? Je t'attends, j'avais rien de prévu ce soir de toute façon, on peut y aller quand tu veux.
Stiles pâlit brusquement. Je fis comme si de rien n'était, mais sa réaction me blessa plus que je n'avais envie de l'admettre. Pas uniquement parce qu'elle prouvait qu'il ne voulait pas que je rencontre sa mère, mais surtout parce que nous mettions enfin le doigt sur tout ce qui n'allait pas entre nous, et que, finalement, cela ne me touchait presque pas.
- On ne peut pas débarquer sans prévenir chez elle, ce n'est pas…
- C'est exactement ce que tu as fait, ce soir, chez moi, rétorquai-je.
Je croisai mes bras sur ma poitrine.
- OK, souffla Stiles. OK. On va… on va en discuter, d'accord ? On se prépare à manger, et puis, on en discute ce soir, d'accord ? On met les choses à plat, et…
Il se tut, alors que je secouai la tête.
- Non. J'ai pas envie de discuter de ça avec toi ce soir, Stiles, à vrai dire. J'étais prête pour avoir cette conversation il y a des semaines, mais tu n'as fait que la repousser. Et ce soir, j'ai pas la tête à ça. J'avais besoin d'un moment de détente, de calme. Pas qu'on se dispute. Encore.
Il laissa tomber ses bras le long de son corps. Son visage était tordu de souffrance.
- Alors, quoi ? On laisse tomber la discussion pour ce soir ? Ce n'est pas sain de terminer notre échange sur une dispute, et…
- Ouais. Ça t'arrange bien, ce soir, que ce ne soit pas sain, rétorquai-je. Alors que d'habitude, tu es le premier à fuir la conversation.
- Tu es injuste !
- Peut-être, reconnus-je en haussant les épaules. Mais j'ai vraiment pas la patience pour ça aujourd'hui, Stiles.
- Mais, je…
- Non, le coupai-je une nouvelle fois. Je te l'ai dit, je n'ai pas la patience. Alors, on laisse tomber pour ce soir. On en discutera une autre fois, je te rassure. Mais pas ce soir, c'est tout.
Il resta encore quelques secondes immobile.
- Va-t-en, s'il te plaît, insistai-je. Je viendrai te voir, demain ou après-demain.
Après un dernier regard plein de douleur, il acquiesça, et fit demi-tour. Dès lors que la porte de mon appartement se referma derrière lui, Fléreur se détendit.
- Eh bien, c'était intense, commenta l'horloge.
- Oh, par Merlin, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi. J'ai eu assez d'une dispute pour aujourd'hui.
L'horloge parla pendant quelques minutes du fait que je devrais plutôt affronter ce qui me posait problème, plutôt que de refuser d'en discuter avec elle, mais je n'avais définitivement pas la patience pour cela.
Lumos
Je dois vous avouer un truc.
Les vendredis, j'ai généralement tout mon après-midi pour poster le chapitre. Et pour une raison qui m'échappe (c'est faux, cela s'appelle la procrastination), je n'arrive plus du tout à poster dans l'après-midi, je le fais lorsque la nuit est plutôt bien avancée. La flemme, la procrastination, le manque de rigueur, l'oubli… Tant de raisons qui font que je poste tard.
Pourquoi je raconte tout ça, moi… ?
Ah, oui. Mes fameuses notes d'autrice qui s'éternisent…
Écoutez, je n'ai pas grand-chose à vous dire. J'ai pris un peu de temps pour écrire la suite, mais pas autant de temps que je le voulais. Trop de lectures, trop de films et de série, trop de jeux en attente. J'ai mis l'écriture de côté, mais tous les jours, j'ai cette histoire en tête.
En somme, je n'ai plus qu'un seul chapitre d'avance. Oups, il faut que je me dépêche un peu… Je vais finir par prendre une semaine de vacances spécifiquement pour écrire. J'ai presque envie de dire : vivement le NaNoWriMo pour que j'écrive cinq chapitres en un mois.
Allez, on arrête les bêtises. Merci à tous et à toutes pour votre lecture de cette histoire si peu régulière, et merci pour vos reviews. Merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections.
Pour le prochain chapitre : on verra James, Stiles, les amis d'Astrid, et Margaret Royalmind. Voilà. À plus pour le prochain chapitre !
Nox
