Bonjour, bonsoir tout le monde !
Je vous retrouve aujourd'hui avec un petit OS que j'avais écrit dans le cadre du Happy Halloween Fest du Festumsempra (dont vous pouvez retrouver les œuvres sur AO3).
Je n'avais jamais pris le temps de poster cette histoire ici, alors pourquoi pas ?
Attention, une fois n'est pas coutume, le rating M n'est pas là pour le smut, mais pour des mentions de meurtre et violences.
Pour celles et ceux qui avaient déjà lu, désolée, rien de nouveau sous le soleil...
Et bonne lecture aux autres ! :D
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Tom Jedusor détestait Halloween.
C'était une tradition ridicule fêtée par des gens ridicules engoncés dans des déguisements ridicules.
D'une manière générale, Tom n'aimait pas beaucoup les gens, mais son poste l'obligeait souvent à faire semblant.
Aujourd'hui, par exemple, il n'avait aucune envie de se rendre à cette soirée organisée par son entreprise, mais finalement, en voyant le sang rouge vif encore chaud couler à ses pieds, il se dit avec ironie qu'il était plutôt dans le thème de l'événement.
Il resta quelques instants accroupi, observant avec satisfaction la vie quitter les yeux effrayés de la femme anonyme qu'il avait croisée au buffet. Il regardait son visage pâle, ses cheveux ternes et ses joues légèrement creusées. Une fois qu'elle eut rendu son dernier soupir, il essuya la dague contre un pan de sa chemise, la couleur se mêlant au sang artificiel qui décorait sa tenue pour la soirée.
Une fois débarrassé du corps, Tom retourna dans l'immeuble où se déroulait le gala. Il offrit un sourire charmeur à la fille qui travaillait à l'accueil et leva mentalement les yeux au ciel en notant les rougeurs qui lui montaient aux joues.
Les gens ordinaires étaient si facilement manipulables qu'ils en devenaient pathétiques.
Il rejoignit l'assistance avec un visage de circonstance, souriant à toutes les personnes qui croisaient son regard. Il reconnaissait presque tout le monde ici, et il était conscient que tous ces gens l'admiraient autant qu'ils le craignaient.
Après tout, l'histoire de Tom Jedusor, orphelin devenu millionnaire et président de l'entreprise la plus florissante de Londres était devenue presque mondialement connue.
Il revêtit son masque le plus séduisant et eut l'impression de parler à la terre entière. Ces numéros de charme étaient agaçants, mais ils étaient nécessaires s'il voulait continuer son ascension. Cette soirée était peut-être ridicule, mais elle lui permettait de se montrer et d'acquérir de nouveaux clients.
Entre deux coupes de champagne et quelques discussions plus ou moins intéressantes, Tom prit la peine de noter que personne ne semblait remarquer l'absence de l'inconnue de la ruelle. Il repensa au moment où il l'avait vue, perdue et insignifiante au milieu de la foule dans la salle de réception. Il s'était demandé ce qu'elle faisait là, d'abord, elle qui dénotait tellement parmi les sourires faux et les costumes opulents.
Pourtant, lui, il l'avait tout de suite remarquée. Maigre, un visage banal, des cheveux bruns et raides et des yeux marrons. Un visage beaucoup trop fin et une posture mal assurée, le dos un peu voûté, sûrement à force de se fondre dans la masse.
Dès qu'il l'avait aperçue, il avait ressenti ces picotements désormais familiers qui lui avaient parcouru l'échine, la poitrine, pour finir leur course jusqu'à la pulpe de ses doigts. Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour s'approcher d'elle, discuter et la charmer jusqu'à ce qu'elle ait les yeux brillants d'admiration et d'espoir. Au fond de lui, Tom jubilait. Pensait-elle réellement qu'une fille aussi pathétique avait réussi à accrocher son attention pour ces raisons-là ? Avait-elle sincèrement l'espoir de finir dans son lit à la fin de la soirée ? Finalement, malgré le dégoût qu'il éprouvait à cette simple suggestion, Tom s'était délecté des espérances médiocres de l'inconnue. La chute n'en fut que plus grande.
Le retour à la réalité était terriblement ennuyeux. Il s'était fait violence pour ne pas scanner la foule des yeux une nouvelle fois à la recherche d'une nouvelle femme qui correspondait à ses critères.
Jamais plusieurs dans la même journée, lui rappela la petite voix dans son esprit.
Tom était sérieusement en train de songer à quitter prématurément la soirée lorsqu'il la vit. Il écoutait d'une oreille distraite ce que deux banquiers lui disaient quand un mouvement sur sa droite attira son attention.
Malgré les années, il la reconnut immédiatement.
Il ressentit quelque chose au fond de sa poitrine, mais ce n'étaient pas les picotements familiers. Il fallait dire qu'elle n'avait rien en commun avec ses victimes habituelles.
Elle était grande, plus grande qu'il ne l'aurait imaginée, sa silhouette fine allongée par ses talons exagérément hauts. Elle avait choisi un déguisement de sorcière -peu original, Tom en conviendrait-, mais il la rendait incroyablement fascinante. Sa robe noire rapiécée et ses cheveux noirs frisés en bataille lui donnait l'air complètement fou, et ça avait toujours été ainsi qu'il la préférait : folle de passion, et surtout folle de lui.
Elle était en train de parler avec un homme que Tom reconnaissait vaguement, mais elle semblait ailleurs, lançant des coups d'œil furtifs autour d'elle, comme si elle cherchait quelqu'un.
Tom espérait que c'était lui qu'elle cherchait.
Il ignorait ce qu'elle faisait ici. Il s'était écoulé tellement d'années depuis leur dernière rencontre qu'il avait arrêté d'espérer la revoir un jour.
Pour lui, elle faisait définitivement partie de son passé.
Il l'avait cherchée, pourtant. Il y avait mis tout son cœur et toute son âme, jusqu'à ce que les deux s'éteignent d'épuisement.
Il osait à peine y croire mais il était pratiquement sûr de lui. Ils avaient passé trop de temps ensemble pour qu'il se trompe ainsi. Il écourta alors la conversation qu'il entretenait avec un entrepreneur de plus avant de se déplacer subtilement de façon à être dans son champ de vision.
Au bout de quelques secondes, elle le vit.
Leurs regards se croisèrent et d'un seul coup, le doute ne fut plus envisageable.
C'était bien elle.
Bellatrix Black.
Pour la première fois depuis une bonne décennie, il ressentit une émotion qu'il ne fut pas capable de comprendre. Son cœur se serra violemment tandis qu'une vague de chaleur impétueuse traversa tout son corps, rendant ses mains moites et ses gestes tremblants.
Revoir Bellatrix, c'était revoir toutes ces nuits à l'orphelinat. C'était revoir le visage émacié et impassible de sa mère s'éloignant toujours plus loin alors qu'il hurlait pour qu'elle le reprenne, emmené dans ce couloir sans fin qui deviendrait son foyer pour les treize années à venir.
Revoir Bellatrix, c'était sentir de nouveau l'humidité des chambres, entendre la voix sévère de Mrs Cole, goûter la nourriture fade et sans saveur qui leur était servie chaque jour.
Revoir Bellatrix, c'était se retrouver à cinq ans, tout juste arrivé à l'orphelinat, seul et terrifié, trop petit dans cette immense bâtisse et trop faible face aux brutes déjà présentes depuis longtemps.
Et surtout, revoir Bellatrix, c'était revivre ces longues nuits où il ne trouvait le sommeil que dans ses bras, pleurant jusqu'à épuisement, alors qu'elle, âgée d'à peine un an de plus que lui, trouvait le moyen de le réconforter comme jamais personne ne l'avait fait jusque là.
Pendant treize longues années, il avait vécu dans l'orphelinat de Wool, dans la banlieue de Londres, et malgré son égo qu'il admettait surdimensionné, il savait qu'il n'aurait jamais survécu sans elle.
D'un seul signe de tête, elle lui proposa de s'isoler pour se retrouver seuls et Tom n'hésita pas une seule seconde. Il sortit de la salle de réception pour la guider vers une pièce qu'il savait vide. Il tentait de ne pas montrer sa hâte, mais sa démarche rapide le démasquait forcément. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et des images de leur dernier moment ensemble s'imposèrent à lui sans son consentement. Il les évinça en refermant la porte derrière une Bellatrix qui regardait autour d'elle, sûrement pour vérifier qu'ils étaient seuls.
Ils passèrent quelques secondes à se jauger, examinant l'autre avec la minutie qu'exigeaient leur dix années de séparation. D'ordinaire, il n'aurait pas brisé lui-même le silence mais il savait pertinemment qu'elle ne parlerait pas la première. Et puis, il devait l'admettre, depuis qu'il l'avait aperçue, une seule question lui brûlait les lèvres.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?
Elle haussa les sourcils, comme si la réponse était évidente.
- Je suis venue pour toi.
Il n'en doutait absolument pas.
- Comment tu m'as retrouvé ?
Elle ricana, et le son de son rire lui rappela tant de souvenirs qu'il eut une sensation de vertige.
- Tu n'es pas difficile à repérer… il suffit de suivre le bruit du succès…
Elle s'approcha de lui à pas de loups, de sa démarche prédatrice qu'elle avait toujours eue. Elle s'arrêta juste devant lui, ses talons lui permettant d'être à la même taille.
- Le bruit du succès, et le goût du sang.
Le cœur de Tom loupa un battement. S'il y avait bien une personne sur Terre qui pouvait comprendre, c'était elle.
- J'ai tout de suite su que c'était toi. Dès la première fois, quand j'ai vu la photo de la femme qui a été tuée… j'ai tout de suite su.
Évidemment qu'elle savait. Pour elle qui avait vu sa mère, le jour où elle l'avait abandonné devant l'orphelinat, il n'était pas difficile de faire le rapprochement.
Il déglutit, ne sachant que répondre. Cela faisait tellement longtemps qu'il avait presque oublié l'éclat dans ses yeux et son sourire que d'autres pouvaient considérer comme inquiétant. Mais pour lui…
Pour lui, son sourire avait la chaleur réconfortante de la maison.
Il se souvenait du jour maudit où Bellatrix avait quitté l'orphelinat. Des nuits qu'il devait passer seul, de la promesse qu'elle lui avait faite de le retrouver quand il pourrait sortir, de la dague qu'il avait retrouvée sous son oreiller quand il était retourné dans sa chambre pour retrouver un peu de son odeur et qu'il emmenait maintenant partout avec lui.
Elle avait tenu sa promesse.
D'une certaine façon.
Ils s'étaient retrouvés, quand Tom avait enfin pu quitter Wool. Ils s'étaient retrouvés et avaient pu consumer cette passion qui les animait tous les deux. A ce moment-là, Tom avait naïvement cru que la vie lui faisait enfin un cadeau et qu'il pourrait vivre la vie dont il avait rêvé sous les draps froids de son lit trop dur.
Mais rien ne se passait jamais comme prévu et Bellatrix avait été forcée d'épouser Rodolphus Lestrange, un homme odieux de vingt-cinq ans son aîné. Ainsi, Bellatrix lui avait été de nouveau arrachée.
- Ton mari ? demanda Tom en haussant un sourcil.
- Il n'est plus là.
Ces quelques mots suffirent. Pour la première fois depuis des années, un vrai sourire étira ses lèvres. Il tendit la main et Bellatrix s'en empara sans une once d'hésitation. Il l'entraîna hors de l'immeuble, une main possessive au creux de son dos, et ils commencèrent à marcher vers l'appartement de Tom qui se situait quelques rues plus loin.
Il avait tellement de questions, tellement d'envies, tellement de choses à lui dire qu'il ne savait pas par où commencer. Ils firent donc le trajet en silence, gardant le reste pour plus tard et, juste avant d'arriver devant la porte, Tom s'arrêta.
Au coin de la rue, une jeune femme au téléphone était en train de fumer une cigarette.
Brune, les cheveux fins et ternes, maigre, le dos voûté et des yeux inexpressifs.
Les picotements lui parcourent l'échine, la poitrine, et finirent leur course jusqu'à la pulpe de ses doigts.
Il tourna la tête vers Bellatrix, et en voyant la lueur presque démente dans ses yeux, Tom comprit.
Il n'était plus seul.
