Après une interminable course poursuite sous la chaleur mortelle du soleil dans le désert du Khemed, le docteur Müller se retrouve coincé. Plus de voiture, plus d'échappatoires, il est condamné à subir les sévices de l'émir. Pourtant, le contact du métal brûlant de l'arme dans sa main lui rappelle qu'il existe un dernier moyen d'échapper aux tortures qui l'attendent… Un what-if Tintin au pays de l'or noir n'était pas une bande-dessinée pour enfants et si Abdallah n'avait pas donné un faux pistolet à Müller, mais un vrai.
Trigger warning : Suicide, violence, armes à feu
[...]
Le bruit sourd du moteur de l'Aprilia résonnait dans le silence du désert, les coups de feu étant les seuls accompagnateurs du vacarme de cette dernière. Müller tremblait, le regard tourné vers l'horizon. Il n'avait aucune idée d'où il allait, il savait juste qu'il ne devait pas s'arrêter, il ne pouvait tout simplement pas. Soudain, la porte de la voiture s'ouvrît maladroitement, et avant que le docteur n'ait le temps de se retourner, Abdallah s'était déjà enfui.
Capitaine, regardez !
-Abdallah ?!
-Cela change tout capitaine, vite, occupez vous du petit !
Le rouquin tendit le bras avant de viser les pneus de la voiture, crevant une des roues arrière dans un fracas monstre. Müller jura, la chaleur commençait à lui faire tourner la tête, et il était désormais condamné à continuer à pied s'il voulait espérer leur échapper. Il ouvrit brutalement la portière avant de se mettre à courir sous les coups de feu de Tintin. Il se jeta dans un dernier élan derrière une dune, avant de sortir son arme.
-Allons rendez-vous Müller, vous êtes cernés !
-Jamais ! Vous ne m'aurez pas vivant
Une balle frôla la joue du reporter, il n'allait donc pas abandonner ? Tintin eut pendant une seconde du mal à observer son ennemi de l'autre côté de la dune, tant sa vue était troublée. Était-ce le soleil, la chaleur, ou était-il tout simplement déstabilisé par tant d'acharnement ?
Le bruit du barillet vide de l'arme de Müller ramena Tintin à la réalité, lui faisant lâcher un sourire victorieux. Il était fait, c'était évident.
Le souffle saccadé, Müller se baissa, se cachant derrière la dune. Le docteur n'avait plus aucun échappatoire, il était condamné à se voir torturer, et à connaître la mort la plus douloureuse. Il se sentait fiévreux, mourant, tant le soleil lui coupait le souffle et tant la perspective de ces futures tortures le terrifiait. L'astre solaire semblait autant rire de lui que le barillet vide de son arme brûlant dans la poche de son manteau. Son regard quitta enfin celui du reporter pour se porter sur l'arme donnée par Abdallah, reposant sur le sable. Il fit basculer le barillet, et s'aperçût que la chambre ne contenait plus qu'une balle. Une seule et unique balle. De quoi abattre Tintin ? À quoi cela l'amènerait-il au fond. Une fois qu'il auta tiré cette dernière balle, il se retrouvera de nouveau sans arme, à la merci du Capitaine Haddock qui sera sûrement plus qu'heureux de le livrer aux autorités pour le voir torturer jusqu'à la mort. Devait-il la garder pour plus tard ? Non, il ne pouvait pas tout simplement imaginer s'en sortir, il était définitivement perdu. Müller observa l'arme pendant de longues secondes, minutes peut-être, alors que le soleil le brûlait, alors que la fièvre lui troublait la vue. D'un geste tremblant il prit l'arme, le cuir de la plaquette le brûlant, et se releva lentement, avant de se tourner vers Tintin.
Le jeune reporter le regarda d'un air étonné, était-il en train de se rendre ?
-Je vous ai dit que vous ne m'aurez pas vivant, Tintin, je tiens parole !
Le rouquin écarquilla les yeux. Il n'allait tout de même pas…
-Voyons, malheureux ne faites pas ça !
Müller posa lentement le canon de son arme contre sa tempe, et lança un dernier regard empli de froideur et de désespoir à Tintin. Ce dernier eut le souffle coupé, avant de se mettre à courir dans sa direction.
-Müller non !
Le silence du désert n'avait jamais été aussi bruyant que lorsqu'un coup de feu vint le déchirer. Le corps inanimé de Müller vint violemment s'échouer sur le sable, tâchant lentement ses grins de fines gouttelettes pourpres, sous le regard horrifié du jeune reporter.
-Tintin ! Oh nom du ciel Tintin…je…
Le Capitaine Haddock observa bouche bée le corps ensanglanté à quelques mètres du rouquin, désormais à genoux.
Tintin avait souvent mis un terme aux agissements de ses ennemis, il y était toujours arrivé, et ce sans jamais avoir à tuer. Pourtant il y était toujours préparé, il savait que ses ennemis le pousseraient un jour à commettre l'irréparable. Il s'était préparé à tout les scénarios possibles, mais jamais il ne s'était préparé à ça.
-Capitaine je…je n'ai jamais voulu…
-Je sais Tintin, je sais… Vous n'y êtes pour rien moussaillon.
Tintin ne pouvait pas détacher son regard du cadavre de son désormais défunt ennemi. Les cris d'Abdallah, les moteurs des jeeps de la police, le désert, tout lui paraissait à la fois bruyant et silencieux. Il serra les poings, lançant un dernier regard à Müller, avant se relever et de fermer les yeux.
Alors que les policiers se jetaient un à un sur le corps mutilé du docteur, Tintin se relevait, se forçant à regarder ailleurs ; il n'avait plus la force d'observer la scène qui se jouait devant ses yeux. Milou, ayant enfin échappé à Abdallah, s'approcha lentement de son maître, en couinant.
-Mon brave Milou…Jamais je ne lui aurais souhaité cela…
Mais était-ce réellement le cas ? Il se sentit soudainement mal. Au fond, si Müller ne s'était pas suicidé, il aurait subi des tortures plus inhumaines les unes que les autres une fois entre les mains de l'émir.
Dans les deux cas….il était perdu.
Sous le soleil mortel du Khemed, Tintin se surpris à se demander si finalement il n'aurait pas agi de la même façon. En cet instant, c'était comme si la peur et le désespoir qui avaient dévoré Müller au point de le forcer à commettre l'irréparable venaient de le frapper brutalement. Il revoyait son canon posé sur sa tempe, sa main tremblante, son regard glacial. Le dernier coup de feu tiré par Müller résonnait dans sa boîte crânienne comme les battements de son cœur dans son propre sang. Il ne pourrait jamais oublier.
-Tintin.
La voix du capitaine le ramena brutalement à la réalité. Son ton habituellement agressif était calme, presque froid, mais infiniment réconfortant.
-Ce qui est fait est fait…Il est temps de rentrer. Vous avez fait ce que vous pouviez…
Tintin fixa son ami un long moment avant de soupirer.
-Oui, j'arrive.
Le Capitaine lui lança un dernier regard, avant de se diriger vers les policiers. Avant de le suivre, Tintin se retourne une dernière fois, observant le corps inanimé transporté par les policiers.
-Adieu Müller, et que Dieu vous pardonne pour vos péchés…
[...]
