Mot de l'auteur
/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\
PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !
Du bout de sa fourchette, Nathan chipotait le contenu de son assiette.
- Il y a quelque chose qui ne va pas ? lui demanda sa mère,agacée par son petit jeu.
Il haussa mollement les épaules, sans relever les yeux.
- Bof, je n'ai pas très faim. Je crois que j'angoisse pour mon conseil de classe de demain.
- Nathan, je suis sûre que ça va bien se passer. Tu n'as pas de mauvais résultats. Tu as même la moyenne partout, et tu as bien remonté au cours de ce troisième trimestre.
- Je suis d'accord avec ta mère, renchérit son père. Je pense aussi que tu as tiré les leçons de ta baisse, et ça ne peut que te servir pour prendre un meilleur rythme de travail l'année prochaine.
Nathan hocha la tête. Il savait que ses parents tentaient de le réconforter gentiment et qu'ils avaient certainement raison, mais il se sentait bizarre ce soir. Un début de migraine martelait ses tempes, il était fiévreux et n'avait pas faim. Il n'était pas d'humeur à les écouter. En fait, il ne désirait que se cacher sous la couette et dormir. Pour un couche-tard comme lui, c'était inhabituel, et pourtant ses yeux piquaient, ses paupières devenaient lourdes, son crâne bourdonnait.
Sa mère dut le remarquer :
- Tu as mauvaise mine, mon chéri, tu es sûr que ça va ?
- Je ne me sens pas très bien ce soir. Je suis crevé.
Elle passa une main douce sur son front.
- Tu es un peu chaud. Tu veux que j'appelle le médecin ?
Nathan pensa à la tête du docteur découvrant les bosses dans le dos, en écoutant sa respiration dans le stéthoscope.
- Non, non, ça va aller. Je crois que j'ai besoin de dormir. Ça ne vous dérange pas si je vais me coucher maintenant ?
Ses parents se regardèrent, interloqués.
- Non, bien sûr. Tu ne veux vraiment pas qu'on appelle le médecin ? Il peut être là dans dix minutes...
- Merci, maman, ça va aller.
Nathan abandonna sa fourchette, se leva et posa un baiser sur le front de sa mère qui lui fit un pâle sourire. Elle aussi semblait fatiguée. Il savait qu'elle avait des soucis dans sa boîte de graphisme, il ne voulait surtout pas l'inquiéter plus.
Il fit un signe de tête à son père et s'éclipsa dans sa chambre soulagé de se retrouver seul. Il alla se brosser les dents, et,seulement vêtu de son caleçon, se glissa entre ses draps. Il ferma les yeux, tentant de chasser la douleur qui serrait ses tempes,descendant juste derrière les globes oculaires. Il voyait des formes bleues et violettes danser sous ses paupières fermées.
Il s'assoupit. Ses pensées se noyaient dans les limbes du sommeil. Il oublia enfin la douleur. Soudain un bip le fit sursauter et l'extirpa du doux repos dans lequel il baignait. Il se redressa d'un coup et eut la sensation que la moitié de son cerveau était arrachée par la migraine. Tendant le bras vers la table de nuit, il saisit le téléphone mobile. C'était Lia qui lui envoyait un texto lui proposant de monter chez elle regarder un DVD qu'elle avait loué. Nathan grimaça et tapota sa réponse aussitôt, expliquant qu'il était malade et qu'il préférait rester chez lui.
Quelques secondes plus tard,la réponse de Lia arriva :
« OK Nathan, repose-toi et à 2 mains. »
Nathan posa le téléphone et laissa sa tête retomber sur l'oreiller. Il essaya en vain de se rendormir. Une douleur lui vrillait le crâne, et il se sentait trop faible pour se lever prendre une aspirine. En plus, il avait mal. Son dos le grattait à nouveau. Il ne supportait plus le contact des draps moites sur sa peau. Il se redressa, pas trop vite cette fois pour éviter d'ébranler sa tête, et passa sa main sur le bouton de gauche. Il était toujours aussi énorme, tendu et chaud. Nathan n'osait pas se gratter, de peur de se faire saigner encore. Finalement, une fois assis sur le bord de son lit, il trouva le courage d'aller dans la salle de bains chercher de quoi soulager sa douleur et sa fièvre. Sans faire de bruit, il se glissa dans le couloir. Ses parents étaient dans le séjour. Il entendait les dialogues d'une série télé et apercevait la lumière bleutée de l'écran clignoter et se refléter sur les murs.
Il hésita à les alerter, mais il n'alla pas au bout de son mouvement. Toute cette histoire le mettait vraiment trop mal à l'aise.
Dans l'armoire à pharmacie, il trouva son bonheur et avala deux comprimés d'un coup. De retour dans sa chambre, il s'allongea à nouveau, attendant que l'aspirine fasse son effet. Finalement, il finit par sombrer dans le sommeil, alors que la douleur refluait.
Il dormit lourdement pendant quelques heures. Puis un rêve étrange se forma dans les limbes de son cerveau. Il se trouvait au bord d'un gouffre empli de brume grise et opaque. Du regard, il tentait de percer le mystère caché par le brouillard car il savait qu'il y avait quelque chose d'important dans ce nuage. Quelque chose qu'il devait absolument trouver. C'était vital, essentiel et pressant. Il ne savait plus de quoi il s'agissait et pourtant il l'avait su. A un certain moment. Mais sa mémoire, à cet instant, lui faisait défaut. Il avait beau la fouiller, ses efforts restaient vains. Un grincement résonna alors derrière lui, un bruit de roues mal huilées cahotant sur une route irrégulière. Ce bruit se rapprochait, mais Nathan ne se retourna pas pour voir ce que c'était. Son regard ne parvenait pas à se détacher du brouillard qui flottait à ses pieds. Enfin, alors que les grincements semblaient s'être arrêtés près de lui, quelqu'un le poussa dans le dos avant qu'il n'ait le temps de réagir. Dans le dos, juste sur les omoplates, là où il avait ses gros boutons. La douleur qu'il ressentit fut intense, plus que la peur de tomber dans le vide. Il avait mal, horriblement mal.
Il se réveilla en sursaut, avec la sensation que deux épées chauffé à blanc s'enfonçaient dans son dos. Il se redressa d'un coup, désorienté. Il était encore brûlant et une fine couche de sueur gluante couvrait tout son corps. Ses deux boutons se manifestaient à nouveau, et cette fois ils ne le démangeaient plus ils le torturaient. Sa peau tirait comme si elle se déchirait, lui donnant l'impression que les os de ses omoplates allaient jaillir. Un hurlement de douleur menaça de franchir ses lèvres sèches, mais il serra les dents pour retenir son cri.
Il lui fallait reprendre de l'aspirine, regarder dans le miroir ce qu'il se passait dans son corps. Il tenta de se lever, mais un vertige le saisit. Sa tête tournait, la nausée remontait dans son œsophage, les battements de son cœur s'accéléraient, ses jambes ne le portaient plus. Il se laissa tomber sur son lit en haletant.
« Mais qu'est-ce qui m'arrive ? »
Il était complètement paniqué. Il en était sûr à présent : il avait une maladie grave ! Il regrettait de ne pas en avoir parlé à ses parents, de ne pas être allé voir le médecin. Maintenant, il se disait qu'il allait mourir sans avoir profité de la vie.
La douleur atroce dans son dos le cloua sur son lit, étendu sur le ventre. Il glissa à nouveau la main sur une des excroissances. Elle avait encore doublé de volume.
Silencieusement Nathan se mit à pleurer.
« Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Il faut que ça s'arrête, j'ai trop mal ! Je veux que ça s'arrête ! »
La nausée commença à s'estomper et son cœur retrouva un rythme un peu plus normal. Nathan se rassit doucement sur le bord de son lit et senti un liquide chaud couler le long de sa colonne vertébrale. Il alluma la lumière de sa table de chevet. Tout était normal dans sa chambre. Il était 1 h 47 du matin.
Il passa un doigt sur le filet visqueux qui descendait jusque dans ses reins, puis ramena sa main à la lumière. C'était du sang, épais,rouge foncé.
Sans réfléchir, Nathan se leva, ôta son caleçon avant qu'il ne soit sali et se précipita, entièrement nu, dans la salle de bain qui, heureusement, était près de sa chambre. Ses parents dormaient. Il ne fallait pas qu'il les réveille. Il ne voulait pas qu'ils le voient dans cet état.
Le miroir, éclairé par la lumière nue de la lampe à néon qui le surplombait, lui révéla une image tirée d'un film d'épouvante : de ses énormes boutons, des cartilages blancs avaient jailli, comme deux boules lisses et pâles, et du sang coulait abondamment de ces excroissances, le long de son dos, jusque sur ses fesses et ses jambes. Nathan eut un haut-le-cœur et sa tête se remit à tourner. Se cramponnant au bord de la vasque fraîche, il fit jaillir l'eau de la douche et, sans attendre qu'elle soit à bonne température, il s'assit dans la baignoire, recroquevillé sur lui-même. Le jet puissant fouettait son dos douloureux, nettoyait le sang qui tourbillonnait en volutes rouge autour de lui avant de disparaître par la bonde.
Nathan resta longtemps ainsi, en boule dans la baignoire, les bras autour des jambes, le menton posé sur les genoux, balançant son long corps d'avant en arrière, les yeux fermés pour ne pas voir le sang couler. La douleur ne cessait pas ; il sentait ses omoplates qui continuaient à sortir de son corps, les larmes roulaient sur ses joues, se mêlant à l'eau brûlante qui coulait sur lui, autour de lui.
Il ne sut pas combien de temps il resta ainsi, prostré dans la salle de bain, caché derrière le rideau de douche décoré de dauphins souriants. Finalement, ce furent des coups tapés discrètement à la porte qui le sortir de l'état second dans lequel il était plongé,entre sommeil et fièvre. Il ouvrit les yeux. Le sang ne coulait plus, l'eau était claire dans la baignoire. L'intensité de la douleur avait baissé.
- Ça va, fils ? Tu te sens bien ?
Nathan se redressa, complètement ankylosé, et coupa l'eau.
- Oui, papa, ça va. J'ai été malade, mais ça va mieux.
- Tu es sûr ? Tu n'as besoin de rien ?
- Ça va aller, je te remercie. Je vais me sécher et me mettre au lit.
- Bon... Si tu as besoin de moi, tu n'hésites pas. D'accord ?
- Merci, papa. Je pense que c'est ok.
Il écouta le pas de son père décroître. De loin, il entendit sa voix basse murmurer quelque chose à sa mère, certainement pour la rassurer, et enfin, en silence se posa sur la nuit.
Nathan sortit de la douche. Un nuage de buée baignait la pièce. Il entrouvrit la fenêtre pour chasser l'humidité et s'enveloppa dans son peignoir. Assis sur le bord de la baignoire, encore étourdi par la douleur, il ferma les yeux, étonné d'être en vie après ce cauchemar. Enfin, quand la buée se fut un peu dissipée, il ôta son peignoir et regarda, pour la millième fois cette semaine, son dos dans le miroir.
Des ailes.
Des ailes.
Des ailes avaient poussé dans son dos. Des ailes d'une quinzaine de centimètres, qui ressemblaient à des ailes d'anges mais plus fines, blanches et soyeuses. Il n'y avait pas de plumes, mais un fin duvet très blanc qui recouvrait une peau presque translucide,dessiné de fines veines bleutées.
Abasourdi, Nathan contempla longuement cette apparition. Était-ce possible ? Il devait encore dormir, c'était un rêve. Ou un cauchemar.
Il passa une main sur son visage en respirant lentement. Il regarda à nouveau, mais les ailes étaient toujours là. Par contre, il n'avait plus mal. Curieux, il se concentra pour voir s'il arriverait à les faire bouger. Ses ailes se soulevèrent et se mirent à battre rapidement, poussant un peu d'air, ce qui décolla une mèche de cheveux dans son cou.
- J'ai des ailes ! C'est dément ! Mais pourquoi ? Je suis un ange ! Je suis mort ?
Nathan se rassit sur le bord de la baignoire, le temps de reprendre son souffle et de remettre de l'ordre dans ses idées. Seuls les anges avaient des ailes. S'il était un ange, alors oui, il était mort cette nuit !
Il regarda autour de lui. Pourtant, tout était normal, habituel, dans la pièce. Il sentait le filet d'air frais qui glissait de la fenêtre, la douceur du tapis de bain sous ses pieds, le parfum de la lessive qui montait de son peignoir. Tous ses sens étaient en alerte, comme quelqu'un de parfaitement vivant. Il se releva et observa son visage dans le reflet de la glace. Il n'avait pas du tout la tête d'un mort. D'accord, il n'avait pas l'air très en forme, mais certainement bien en vie. Donc, il n'était pas mort. Il lui fallait trouver une autre explication à l'apparition de ces ailes.
Sans faire de bruit, Nathan sortit de la salle de bains. Il se sentait épuisé, vidé de toute énergie, mais au moins il oubliait déjà cette douleur atroce qui l'avait déchiré. Dans sa chambre, il ouvrit la porte du placard. A l'intérieur, il y avait une grande glace en pied. Il continua d'y admirer ses ailes, les faisant battre vite, lentement, vite encore... C'était presque amusant. Mais ça ne l'éclairait toujours pas sur la raison de leur présence.
Il fut tenté d'écrire un SMS à Lia, de la prévenir de cette chose extraordinaire, comme il avait l'habitude de le faire depuis qu'il était petit pour chaque événement. Mais il se retient. Pour commencer, Lia allait se moquer de lui. Puis, une fois qu'elle comprendrait que Nathan ne lui mentait pas, elle le prendrait pour un monstre, une bête de foire, un extraterrestre, ou un être venu de la quatrième dimension. Il ne pouvait pas le lui dire. Pas tout de suite en tout cas. Il préférait attendre, voir comment les choses allaient évoluer. Peut-être que demain tout cela serait fini. Les hommes n'avaient pas d'ailes. Oui, mieux valait attendre le lendemain pour décider quoi faire.
Nathan se recoucha et éteignit la lumière, ses pensées s'entre choquant dans sa tête. Il essayait de comprendre ce qui lui arrivait. Pourquoi avait-il des ailes ? A quoi pouvaient-elles servir, aussi petites ? Elles ne le soulevaient même pas ! Il se demanda si ses parents se doutaient de ses nouveaux attributs. Peut-être qu'ils en avaient aussi.
Mais non, c'était impossible ! Il s'en serait rendu compte en les voyant en maillot de bain pendant les vacances.
« Mince ! Je ne vais pas pouvoir me mettre en maillot cet été ! Quelle galère ! Comment vais- je faire ? »
Les pensées de Nathan continuèrent à défiler, comme s'il était en plein délire. Aela. Peut-être serait-elle épatée de voir ses ailes ? Ses parents. Devait-il leur dire ? Il pensait au regard des gens sur lui. Aux scientifiques qui voudraient savoir pourquoi il était différent des autres. Il ne voulait pas être différent des autres. Il voulait être comme tout le monde. Déjà, petit, il avait souffert des sarcasmes de certains enfants, à l'école, qui se moquaient de sa petite taille et de ses yeux assez clairs. Ils disaient qu'il était un monstre et qu'il faisait peur. Qu'il devait travailler dans un train fantôme. Les humains étaient prompts à se moquer et à rejeter ce qu'ils ne pouvaient pas comprendre. Cela les effrayait, les rendait agressifs. Et Nathan ne voulait pas être effrayant. Il voulait passer en première S, avoir une petite amie et continuer à rire avec ses copains. C'est pourquoi, avant de sombrer dans un sommeil lourd, il décida que, pour le moment, il ne dirait rien à personne.
« Demain, on verra demain... »
