Mot de l'auteur
/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\
PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !
Le lendemain matin, dès le réveil Nathan se précipita sur son ordinateur. Mais Eyver, le mystérieux contact, n'avait pas laissé le moindre commentaire sur son blog.
Il était déçu et inquiet. Il avait espéré que, grâce à lui, il arriverait à avoir toutes les réponses. Depuis ce message étrange, il se raccrochait à cette idée comme à une planche de salut. Si ce Eyver ne se manifestait plus, Nathan ne saurait jamais pourquoi il était différent. Il passerait le reste de sa vie avec ses ailes et le mystère qui les entourait.
Ne sachant plus quoi imaginer, ni quoi faire, il se décida à aller courir ; il fallait qu'il se défoule, qu'il dilue les pensées qui l'obsédaient dans l'effort, la fatigue, la musique. Il s'habilla pour son jogging mais, avant, observa ses ailes dans le miroir. Elles étaient toujours couvertes de ce duvet blanc, fin et doux et elles avaient indéniablement poussé. A présent, elles lui arrivaient largement dans le milieu du dos. Il les déplia et le fit battre un peu. Quand elles bougeaient, elles caressaient sa peau d'un léger courant d'air. Pour l'instant, il ne pouvait pas voler, elles étaient encore trop petites, mais il sentait déjà la puissance qu'elles dégageaient.
Malgré l'angoisse qu'il ressentait à leur vue, une pointe d'excitation le traversa. Il les imaginait à leur taille définitive et était envahi bien malgré lui par un sentiment d'exaltation, pris d'un vertige à l'idée que, bientôt, il pourrait peut-être voler, s'élancer dans l'immensité du ciel, se gorger de liberté.
En attendant, il devait garder les pieds sur terre et dépenser cette énergie phénoménale qui bouillonnait en lui. Comme tous les samedis matin, ses parents s'accordaient une grasse matinée bien méritée après une semaine de travail intense. Nathan sortit en silence et se mit à courir tout de suite. Le ciel était bleu clair, sans nuage, les oiseaux pépiaient pour accueillir la lumière.
C'est à grandes foulées qu'il attaqua son parcours. Chaque fois, c'était le même : il contournait la cascade, suivait le canal et ses canards, passait sous le saule pleureur, grimpait sur la colline, redescendait vers la grande pelouse où les gens se prélassaient au soleil durant la journée.
Pour le moment, il n'y avait pas grand monde. Un jardinier coupait une haie d'un air nonchalant, une maman lisait sur un banc près d'un bébé qui dormait dans une poussette, un homme dans une chaise roulante, une casquette sur la tête, jetait du pain aux canards. Nathan passa devant lui à grande foulées, une chanson entraînante dans les oreilles.
Il fit le tour complet puis en enchaîna un second. Le jardinier avait changé de massif la maman était partie, l'homme en chaise roulante était toujours là, mais cette fois tourné vers Nathan qui sentit son regard perçant le fixer par-dessous la visière de sa casquette. Un sentiment de culpabilité le saisit, celui de pouvoir cavaler sans difficulté comme il le faisait alors que l'homme ne connaîtrait plus jamais la sensation d'avancer sur ses deux jambes. Qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver pour finir dans un fauteuil ? Nathan se demanda comment lui vivrait une situation pareille.
Il allait entamer un troisième tour quand la musique cessa brusquement dans son iPod. Il y jeta un coup d'œil.
- Mince, j'ai oublié de le recharger !
Il ralentit un peu, mais décida de continuer quand même. Il repassa devant le jardinier qui avançait son travail doucement. La maman avait été remplacée par une femme âgée qui feuilletait un magazine. L'homme en fauteuil roulant avait disparu. Nathan arriva au niveau de la grande pelouse. C'est alors qu'il entendit le crissement étrange sur les cailloux. Il s'arrêta net, se retourna et le vit qui roulait derrière lui. C'était les roues de son fauteuil qui grinçaient sur le chemin de gravier et de poussière. Sa mémoire se mit en marche, il se rappela enfin où il avait entendu ce bruit : dans un rêve, la nuit où ses ailes avaient poussé. Ce même crissement s'était rapproché de lui et, alors, quelqu'un l'avait poussé dans le dos...
Il se retourna vers l'homme dans sa chaise roulante. Ce dernier avait posé sa casquette sur ses genoux. Son crâne glabre luisait au soleil. Ses yeux, profondément enfoncés dans leurs orbites, étaient perçant, dérangeants même. Il fixait Nathan avec intensité et curiosité.
- Bonjour, James. Je savais que je te trouverais ici ce matin. Tu sais que je te vois courir presque tous les jours ? Tu as une endurance étonnante, mais qui ne me surprend pas.
Nathan ne sursauta même pas en entendant l'inconnu s'adresser à lui de cette manière. Il avait deviné qui il était.
- Eyver ?
L'homme inclina la tête.
- C'est bien moi. J'ai vu que tu voulais me parler sur ton blog, alors me voici. Il est temps que je me dévoile.
- Qui êtes-vous ? demanda Nathan en essuyant le filet de sueur qui coulait sur son front avec le bas de son tee-shirt.
- Je suis Eyver, le Passeur. N'as-tu pas une autre question à me poser ?
Nathan ne dit rien. Il hésitait. Il en avait des dizaines, mais la seule qui lui vint à l'esprit fut :
- Qui suis-je ?
Eyver sourit.
- Tu es James, tu as des ailes dans le dos et une mission importante à accomplir sur cette Terre.
Nathan frissonna. Il était bel et bien un X-Man, et l'homme devant lui était le professeur Xavier, c'était évident ! Bientôt, il allait rencontrer d'autres personnes comme lui et, ensemble, ils sauveraient la Terre ! C'était à perdre la tête.
Eyver resta silencieux. Nathan, tout à ses impressions, ne pouvait pas deviner les vagues d'émotions qui traversaient l'homme à cet instant. Il avait attendu ce moment tant d'années. Il l'avait espéré, imaginé. Un million de fois il avait répété intérieurement ce qu'il dirait à Nathan ce fameux jour. Mais maintenant qu'il avait le jeune garçon face à lui, il perdait ses mots et se demandait comment lui raconter...
Pour cacher son trouble, il remit son fauteuil roulant en marche. Il était électrique et il suffisait d'appuyer sur un bouton pour avancer. Nathan le suivit, claquant sa vitesse sur la sienne.
Enfin, Eyver prit la parole :
- J'espère que tu n'as pas eu trop mal quand tes ailes sont sorties.
Nathan grimaça.
- Si, j'ai eu mal, et surtout très peur.
Il frissonna en se remémorant la nuit de cauchemar qu'ils avaient vécue.
- J'imagine. En principe, tu n'aurais pas dû être seul pour ce moment important de ta vie. Si tout s'était passé normalement, tu aurais été entouré et tu aurais reçu un breuvage pour atténuer ta souffrance.
- Si tout s'était passé normalement ? répéta Nathan en cherchant ce qu'il pouvait y avoir de normal à sentir des ailes pousser dans son dos.
Mais Eyver répondit par une question :
- A quoi penses-tu maintenant qu'elles sont là ? Qu'imagines-tu ?
- J'ai cru que j'étais un X-Man, comme dans les comics et les films.
Eyver rit doucement
- Je n'y aurais pas pensé, mais maintenant que tu le dis… Les coïncidences sont troublantes. Non, Nathan, tu n'es pas un X-Man. As-tu pensé à une autre théorie ?
Le jeune homme réfléchit. Il avait peur de se sentir stupide. Mais il murmura :
- J'ai aussi imaginé que j'étais un extraterrestre.
Cette fois, Eyver ne sourit même pas. Il relâcha la pression sur le bouton de sa chaise et s'arrêta. Nathan l'imita, le cœur serré.
Eyver prenait son temps pour répondre, alors Nathan, exaspéré, le devança :
- Non, non, cette fois je ne marche pas. Ne me balancez pas un truc comme ça, je ne vous croirais pas.
Eyver eut un bref sourire.
- Je te comprends, mon garçon. Pourtant, c'est la vérité : tu viens bien d'un autre monde.
La gorge de Nathan devint très sèche. Dire qu'il avait tant espéré de cette rencontre ! Et voilà qu'il tombait sur un vieux fou malade qui débitait des sornettes. Il n'avait qu'une envie : se remettre à courir et s'éloigner le plus possible de ce dingue. Pourtant, il ne bougea pas. Ses ailes frémissantes dans son dos étaient la meilleure preuve que ce qu'il croyait possible ou vrai ne l'était pas forcément.
- James, c'est compliqué à expliquer mais toi et moi venons d'ailleurs.
Eyver remit son fauteuil en marche. Nathan lui emboîta le pas. Il fixait le crâne glabre de l'homme qui brillait au soleil, cherchant dans le grain de sa peau quelque chose qui lui prouverait qu'il disait vrai, qu'il venait d'ailleurs. Pourtant, il semblait, tout comme Nathan, absolument humain, terrien même.
- J'ai des ailes moi aussi, tu sais.
Le jeune homme sursauta.
- Vraiment ? Alors pourquoi avez-vous besoin d'un fauteuil ?
Aussitôt cette question posée, il se mordit l'intérieur de la joue, se sentant stupide et impoli.
Mais Eyver ne sembla pas offusqué par la réaction de Nathan. Il sourit tristement et soupira.
- Hélas, elles se sont atrophiées avec le temps, tout comme mon corps.
- Je… Je suis désolé.
- Tu n'as pas à l'être, mon garçon. Tes questions sont légitimes. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas connu le bonheur de marcher, ni de voler.
- Voler..., murmura Nathan.
- Oui ! Un peu de patience, elles vont pousser assez vite maintenant qu'elles sont sorties. Elles ne peuvent apparaître avec leur taille définitive, sinon cela serait encore plus douloureux ! Tiens, regarde, j'ai quelque chose à te montrer.
Eyver s'arrêta encore. Il jeta un regard oblique alentour, mais il n'y avait qu'eux dans ce coin du parc. Alors il enfonça sa main dans la poche de sa veste, en sortit un petit cube noir qu'il introduisit dans un espace situé sur le bras gauche de sa chaise. Aussitôt, un rayon lumineux jaillit du fauteuil et les enveloppa, formant un dôme qui se colora en un camaïeu de mauve.
Des points lumineux clignotaient dans cette toile. Nathan eut l'impression d'être sous la voûte d'étranges cieux.
- Voici le ciel de Chébérith. C'est Larchael qui s'est amusé à faire quelques petites vidéos de notre monde avant que nous le quittions, pour nous constituer des souvenirs. Il ne m'en reste plus que quelques-unes qui fonctionnent, et celle-là est ma préférée. Là, regarde !
Deux silhouettes ailées apparurent dans le champ de vision de Nathan et planèrent au-dessus de sa tête. Il entendit des voix lointaines, des rires. Le souffle d'une brise légère et des arbres bruisser. Mais il ne pouvait pas les voir.
Puis l'image disparut et le parc autour d'eux reprit sa densité. La palette de ses verts éclata aux yeux de Nathan qui cligna des paupières en tentant de reprendre pied dans la réalité. La vision de ce ciel était tellement réelle, tellement palpable qu'il se sentait désorienté.
- C'est dommage, le film est abîmé. Il était plus long avant. Mais il me permet parfois de replonger avec délices dans l'ambiance des couchers de soleil de Chébérith.
- Chébérith ?
- C'est le nom du monde d'où je viens. D'où tu viens également.
- C'est impossible.
Eyver passa une main déformée sur son crâne. Une grande tristesse s'était posée sur son visage et ses yeux étaient plus que jamais enfoncés dans leurs orbites.
- Oui, cela peut paraître impossible, et pourtant, c'est la vérité. Tu as été conçu sur un autre monde, James, et les quelques cellules qui te constituaient à l'époque ont fait un drôle de voyage jusqu'à la Terre pour échapper à l'oubli et à la mort.
- Mais… mes parents ?
- Tes parents ne sont pas comme toi, ils ne sont pas tes géniteurs. Ils n'en savent rien. Ta mère t'a porté et aimé comme toutes les mères. Mais tu n'es pas son fils biologique.
Nathan sentit sa tête tourner, ses jambes flageoler dangereusement. Imaginer que sa mère, dans les bras de laquelle il s'était réfugié toutes ses années, et son père, dans la main duquel il avait glissé la sienne avec tant de confiance, n'étaient pas ses parents, c'était impossible ! Il les aimait tellement ! Il devait arrêter d'écouter ce fou !
Il recula en titubant ; son cœur battait à tout rompre.
Eyver avança sa main, comme pour le retenir.
- James, écoute-moi...
- Non, non, laissez-moi, siffla Nathan entre ses dents.
Il recula encore, manquant de perdre l'équilibre.
- Laissez-moi. Laissez-moi !
Il avait hurlé ces derniers mots avant de faire demi-tour et de s'enfuir, les yeux baignés de larmes, des sanglots remontant dans la gorge.
Au loin, il entendit encore le grincement des roues du fauteuil sur le gravier avant de sortir du parc et de monter se réfugier chez lui.
Précipitamment, il franchit le seuil de son appartement et referma la porte derrière lui, appuyant son dos contre cette barrière qui délimitait son univers quotidien, rassurant. Il avait les poumons en feu, la tête prête à exploser.
- Nathan, c'est toi ?
La voix de sa mère le fit tressaillir. Il inspira longuement pour éviter que la sienne ne le trahisse.
- Oui, maman, c'est moi.
- Tu viens prendre le petit-déjeuner avec nous ?
- Je prends une douche et j'arrive.
Il se glissa jusqu'à la salle de bains et s'y enferma, toujours tremblant et au bord de la nausée. Ses pensées valsaient dans son esprit, cognaient sur les parois de son cerveau, rebondissaient, disparaissaient pour revenir. Que devait-il croire de ce que lui avait raconté Eyver ? Était-il un fou mythomane qui avait monté toute cette histoire après avoir lu par hasard le blog de Nathan ?
C'était impossible. Il ne pouvait pas avoir deviné que ses énormes boutons deviendraient des ailes. Il le savait. C'est donc qu'il détenait forcément une part de vérité. Mais celle-là… Elle était impossible à accepter ! Nathan étira une aile et l'observa du coin de l'œil.
- Qui es-tu ? Pourquoi es-tu collée dans mon dos ? Murmura-t-il à la peau blanche et duveteuse qui dégoulinait d'eau.
Un peu calmé, il finit par rejoindre ses parents attablés dans la cuisine. Leurs voix familières l'aidèrent à ranger ses angoisses dans un coin de sa tête. Il fut saisi d'une grande bouffée d'amour pour eux. Il s'assit à côté de sa mère, chipa une tranche de pain dans son assiette et la beurra.
- Tu veux un peu de café, fils ? demanda son père.
- Papa, je te rassure, je n'ai pas commencé à aimer le café miraculeusement pendant la nuit.
- Je pouvais toujours tenter ! En vieillissant, tu apprendras à aimer ça !
Nathan sourit. Il attendait la suite.
- Quand j'avais ton âge..., enchaîna son père.
C'était parti pour dix minutes de souvenirs-fleuves qu'il avait déjà entendus des centaines de fois.
Il croisa le regard exaspéré et amusé de sa mère qui lui fit un clin d'œil.
Nathan sourit.
Il passa le reste du samedi à ne rien faire. Il se sentait vidé de toute énergie. Pour échapper aux pensées tourbillonnantes qui remontaient régulièrement à l'assaut de son esprit, il trouva refuge dans le sommeil : la nuit mouvementée durant laquelle ses ailes avaient poussé avait laissé des traces de fatigue, et il fit une longue sieste réparatrice.
Au réveil, il se posta un moment devant l'ordinateur, cherchant des traces de ce Chébérith dont lui avait parlé Eyver. Sans succès : ce nom était introuvable. Il explora également les sites qui soutenaient la théorie de l'existence de vie ailleurs dans l'univers, sans résultat concluant. Rien n'apportait la moindre preuve à l'appui de l'histoire de l'homme en fauteuil roulant. Nathan devait décider tout seul s'il était prêt à accepter tout cela ou non. C'était un poids énorme qui pesait sur ses épaules.
Finalement, en début de soirée, Lia l'appela pour lui proposer de voir un DVD chez elle, accompagné d'une pizza surchargée de fromage et de merguez piquantes. En montant les étages qui séparaient leurs deux appartements, Nathan réfléchissait à ce qu'il devait faire. Depuis tout petit, il partageait tout avec sa meilleure amie, les bons moments comme les mauvais. Il n'avait pas l'habitude de lui dissimuler quoi que ce soit. L'arrivée de ses ailes était un bouleversement suffisamment important pour que le besoin d'en parler le torture.
Par une étonnante coïncidence, Lia avait loué le film des X-Men ! Quand il vit le boîtier du DVD, Nathan éclata de rire. Décidément, tout devait lui rappeler sa bizarrerie ! Ils s'installèrent sur le canapé, ou, plutôt, s'affairent entre les coussins en engloutissant d'énormes bouchées de pizza.
Lia adorait commenter les films qu'elle voyait et faisait des remarques, critiquant le scénario, le casting, le jeu de l'actrice principale… Nathan, quant à lui, observait le visage qu'on avait donné au professeur Xavier. Ce dernier était sur une chaise roulante et avait le crâne glabre. Mais, alors que ce personnage avait juste perdu l'usage de ses jambes, Nathan comprit qu'Eyver était malade. Il se remémora ses traits usés, son teint pâle, ses mains tordues, déformées, et réalisa qu'en plus de l'absence de cheveux il n'avait ni cils ni sourcils.
Nathan hésita un moment, puis ce fut plus fort que lui. Il interrompit son amie.
- Lia, tu crois que ça peut vraiment exister, les mutants ?
- Bien sûr ! L'homme est déjà un mutant à lui tout seul par rapport à l'histoire de l'évolution. Alors je ne vois pas pourquoi il ne continuerait pas à muter !
- Et si tu en rencontrais un, tu penserais quoi ?
- Un mutant ? Je trouverais ça trop cool ! J'aimerais bien en être un moi-même !
- Tu crois ?
- Ouais, c'est trop la classe d'avoir des super-pouvoirs !
- Tu n'aurais pas peur d'être trop différent ? Du regard des autres ?
Lia fronça les sourcils. Dans le film, justement, on voyait comment la famille d'un super-héros le rejetait en raison de ses bizarreries.
- À mon avis, c'est quelque chose qu'on ne peut pas dire à tout le monde. Il faut pouvoir faire confiance aux personnes à qui tu te confies.
Nathan prit une profonde inspiration.
- Et si je te disais que j'étais un X-Man, tu le prendrais comment ?
Lia le regarda, sans la moindre trace de moquerie. Ils avaient souvent eu ce genre de discussions après avoir vu des films. Ils avaient parlé une nuit entière de Superman, de la gestion de sa double personnalité et de Loïs Lane. Ils se demandaient si ce n'était pas son inconscient qui l'empêchait de se rendre compte que derrière les lunettes de Clark Kent se cachait le héros dont elle était amoureuse.
- Si tu étais un X-Men, je trouverais ça génial ! Mon meilleur pote, un mutant ! Mais tu aurais quel pouvoir ?
Nathan regarda sa meilleure amie de toujours droit dans les yeux.
- Lia, je suis un mutant.
Avant que Lia pût réagir, Nathan ôta son tee-shirt et se retourna, offrant son dos ailé à la vue de sa camarade.
Les yeux de Lia s'écarquillèrent. Elle ouvrit la bouche, prête à dire quelque chose, mais la referma aussitôt et regarda les ailes battre doucement dans le dos de son ami. Sans un mot, elle avança la main pour les toucher du bout des doigts. Enfin, elle retrouva sa voix.
-Nathan, c'est des vraies… Comment ça se fait ?
- Je ne sais pas, Lia.
Et il éclata en sanglots. La tension qu'il avait accumulée depuis des jours, la solitude dans laquelle il s'enfermait malgré lui, l'angoisse générée par les révélations qu'Eyver avait commencé à lui faire, tout jaillissait d'un coup, comme si son aveu avait rompu un barrage.
Lia prit la main de Nathan et la serra fort. Elle savait que ce n'était pas un faible, qu'il ne pleurait pas souvent, et quand ça lui était arrivé, Lia avait toujours été là pour soutenir son ami. Elle le laissa pleurer, tout en jetant des coups d'œil furtifs aux ailes qui pendaient à présent tristement. Rapidement, elle fit le lien avec les gros boutons dont Nathan lui avait parlé, la blague de Mosquito-Man. Elle se disait qu'elle aussi, si elle s'était réveillée un matin avec une telle bizarrerie, elle aurait été effrayée et bouleversée.
Nathan pleura longuement, et sans honte. Devant Lia, il pouvait tout se permettre. Puis il se calma et s'essuya le visage avec le tee-shirt qu'il avait roulé en boule sur le canapé.
- Je suis mort de trouille, Lia. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. Ça me fait peur.
- Je veux bien te croire, souffla Lia. Tu n'as pas une petite idée ?
- J'ai rencontré un homme, Eyver, qui a commencé à me raconter des trucs bizarres. Il a parlé d'un autre monde, d'où je viens… Et que mes parents ne sont pas vraiment mes parents… C'était trop flippant, je me suis enfui. Je ne voulais plus l'écouter.
Lia resta silencieuse un moment.
- Il ne t'a rien dit d'autre ?
- Je ne lui en ai pas laissé le temps. Je me suis tiré en le laissant tout seul sur son fauteuil dans le parc. Tu… Tu crois que j'ai eu tort ?
- Non, j'aurais fait la même chose que toi. Je ne sais même pas si j'aurais survécu à l'apparition des ailes. Mais je pense que tu dois l'écouter jusqu'au bout.
- Tu crois qu'il dit la vérité ?
- Nath, tu as des ailes dans le dos. Il y a de fortes chances pour qu'il sache des choses.
- Mais...
- Écoute, tu dois entendre tout ce qu'il a à te dire. Ensuite, tu te feras ta propre opinion et tu décideras de le croire ou pas.
Lentement, Nathan se laissa aller contre le dossier du canapé. C'était ce qu'il pensait, mais que Lia suive le même raisonnement le rassurait.
- Tu as raison. Je dois savoir… Demain je retournerai au parc, je verrai s'il est là. Il m'a dit qu'il m'observait depuis longtemps.
- C'est une bonne idée. Et s'il n'est pas là, tu le contacteras autrement.
Nathan hocha la tête, perdu dans ses pensées.
- Tu peux voler ? Fini par demander Lia.
- Pas encore, elles n'ont pas atteint leur taille définitive. Mais quand elles seront assez grandes, je pense que oui.
- C'est dingue… Et ça fait mal ?
- Non, plus maintenant, mais la nuit où elles sont sorties, j'ai cru que j'allais mourir.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? J'aurais pu t'aider, te soutenir.
- J'avais tellement peur, si tu savais, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. J'avais peur que tu me rejettes, que tu me vois comme un monstre.
- J'avoue que ça fait super-bizarre de te voir avec des ailes, mais je sais que tu n'es pas un monstre. Je te connais depuis trop longtemps. Et je suis contente que tu m'en aies parlé. Je te jure que je ne te prendrai jamais pour un monstre et que je garderai ton secret. Tu l'as dit à tes parents ?
- Non. Je n'ai pas osé. Et si ce que Eyver m'a dit est vrai...
Nathan aspira une grande goulée d'air pour éviter de se remettre à pleurer.
Lia hocha la tête d'un air entendu.
- En même temps, je trouve ça cool, moi, que tu sois un X-Man. Je suis même jalouse. Pourquoi toi et pas moi ? Pourquoi je peux pas avoir un truc dingue qui m'arrive à moi aussi ?
Nathan sourit. Il se sentait beaucoup plus léger de partager son secret, et la réaction de Lia le faisait rire.
- Fais moi confiance, ce n'est pas si génial que ça. Je ne pourrai plus jamais me balader torse nu, je ne pourrai plus jamais me faire masser le dos par les filles de la classe, je ne sais même pas comment je vais faire quand je devrai aller voir le médecin. Si on le découvrait, va savoir ce qui pourrait se passer : on me capturerait, m'étudierait sous toutes les coutures, on ferait des expériences bizarres sur moi. Je préfère les cacher.
- Ouais, j'avais pas pensé à ça. Finalement, ça n'a pas que des bons côtés. Mais je suis sûre que, quand tu pourras voler, tu vas trouver ça pas mal du tout.
Nathan sourit. C'est vrai qu'il avait hâte de s'envoler. Il espérait que ses ailes seraient assez grandes et fortes pour le faire décoller.
- Tu veux dormir ici ? lui demanda Lia. Ça te changerait les idées en attendant demain.
- Oui, c'est une bonne idée !
Ils se replongèrent dans l'histoire des X-Men, mais imaginaires, ceux-là...
