Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Le dimanche matin, Nathan se sentit bien plus léger qu'il ne l'avait été les jours précédents. Il avait parlé une bonne partie de la soirée avec Lia, lui racontant ce qu'il avait vécu la fameuse nuit où ses ailes avaient poussé, comment il avait trouvé Eyver sur son blog, puis leur rencontre.

Au début de la matinée, Nathan décida que l'heure de partir était venue. Il espérait que Eyver serait dans le jardin, sur son fauteuil, en train de nourrir les canards. Lia lui souhaita bonne chance.

- Je serai là à ton retour. Je pense que tu auras besoin de parler.

Nathan hocha la tête silencieusement.

Le cœur battant la chamade, il pénétra dans le parc. Une légère brise faisait frissonner les arbres surchargés de feuilles d'un vert éclatant. Il y avait plus de monde que la veille. Déjà, des famille avaient étalé des couvertures sur la pelouse et une ribambelle d'enfants galopaient dans tous les sens, en poussant des cris de joie. Nathan scruta le bord du canal. Eyver n'y était pas.

Il s'enfonça sous les arbres, guettant la moindre silhouette familière. Finalement, il l'entendit avant de le voir. Le grincement des roues sur le gravier lui fit tourner la tête. Il roulait vers une petite partie du jardin isolée, où des fleurs bleues dégringolaient de poutrelles autour desquelles elles entortillaient leurs tiges.

Nathan le rattrapa en quelques secondes.

- Eyver !

L'homme stoppa son fauteuil et le fit pivoter.

- James, tu es revenu ! Je l'espérais.

- Moi aussi, j'espérais vous revoir, murmura Nathan.

Il ne savait pas s'il se sentait soulagé ou paniqué de se retrouver devant cet étrange personnage.

- Je… Je suis désolé pour hier, continua-t-il, n'osant pas le regarder dans les yeux.

- Non, c'est moi qui suis désolé. Tu vois, j'ai imaginé notre rencontre des centaines de fois, j'ai répété mon discours tout aussi souvent, mais j'ai perdu mes moyens hier et j'ai été très maladroit. Je suis heureux que tu me donnes une chance de me rattraper.

- Je veux savoir… Tout. Ensuite, je verrai si je vous crois ou non.

Eyver esquissa un bref sourire.

- Sage décision. Viens, assieds-toi cette fois. Nous allons tout reprendre depuis le début.

Nathan s'assit sur le banc que lui désignait Eyver, qui manœuvra son fauteuil de manière à lui faire face. Dans ce coin reculé, les bruits du parc leur parvenaient assourdis.

Ils restèrent silencieux tous les deux un long moment. Enfin Eyver passa une main sur son front et se lança :

- Chébérith. Tu as entendu ce nom hier. C'était un monde magnifique, extrême, violent et doux à la fois. Ses océans était profonds, d'un mauve foncé qui reflétait le ciel ; à la surface, on pouvait apercevoir la forme des agrales géantes nageant en troupes. Ses montagnes étaient immenses, et quand le vent soufflait entre les monts Livour, il faisait chanter les roches brunes. Et puis les parfums subtils de fleurs, la musique de la nature… tout n'était qu'harmonie… Le soir, les deux lunes se levaient l'une après l'autre. D'abord Chanar, la blanche, puis Luet, la rose. De leur ballet mystérieux, de nombreuses légendes sont nées. C'était le moment où les Chébériens ouvraient leurs ailes pour une promenade nocturne et où l'on pouvait voir leurs ombre passer devant les lunes. C'était aussi un monde qui ressemblait étrangement à la Terre, par certains côtés.

- Vous en parlez au passé...

Eyver hocha la tête.

- Tu as raison. Car Chébérith n'existe plus aujourd'hui. Il a été effacé.

- Effacé ? Comment ça ?

- J'y viens. Notre civilisation était beaucoup plus ancienne et, de ce fait, plus avancée que celle des Terriens. Nous vivions dans la paix, l'harmonie, la recherche de la beauté et du raffinement. Nous étions arrivés à un point où nous nous préoccupions de peu de choses, la technologie nous offrait tout ce dont nous avions besoin. C'est pourquoi nous n'avons remarqué que trop tard que l'Avaleur de Monde savait commencé son travail.

Nathan releva la tête. Un frisson intense courut le long de sa colonne vertébrale au son de ce nom, « Avaleur de Mondes ». Pourtant, il n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être.

- L'Avaleur de Mondes, continua Eyver, c'est ainsi que nous le nommions sur Chébérith. J'imagine que d'autres, dans l'univers, l'appellent autrement. Il est la destruction, le vide, la non-vie. Il est né en même temps que tout. Au moment de l'Éclatement, du big bang, si tu préfères. Lui aussi a été éjecté de la prime création. Il est son pendant, son reflet noir. Il n'est pas mauvais, il est juste là, accomplissant sa mission, remplissant le rôle que l'univers lui a assigné.

Aussitôt, l'image du yin et du yang apparut dans l'esprit de Nathan. Mais déjà Eyver enchaînait :

- Il a commencé à détruire Chébérith sournoisement. Des éléments de notre monde disparaissaient sans même que nous nous en apercevions. Nous étions trop bercés de douceur pour être à l'affût, sentir la menace. Nos mémoires de Chébériens s'effaçaient, nos âmes se diluaient, nous étions en train de disparaître. Le néant a grignoté la vie chaque jour un peu plus. Notre monde, si magnifique, se fondait en lui, et nous avec.

- Alors vous êtes venus sur la Terre ? Demanda Nathan.

Il était désormais fasciné par cette histoire. Il revoyait la brève vision qu'Eyver lui avait projetée la veille.

- Pas tout à fait. Seuls quelques Chébériens sont venus ici.

- Et vous êtes combien ?

- Pour le moment, la seule chose dont je sois sûr, c'est que nous sommes deux, Nathan. Toi et moi.

Le pépiement des oiseaux se fit plus aigu dans le silence.

- Et les autres ?

La voix de Nathan n'était plus qu'un filet timide.

- Ils ont tous disparu. Quand nous nous sommes rendu compte que l'Avaleur de Mondes était là, il était déjà trop tard, nous ne pouvions plus l'arrêter, cela aurait demandé trop d'énergie, trop de temps, et nous n'en avions plus assez. Alors nous avons réfléchi à une autre solution. Il fallait faire vite, mais nous l'avons trouvée. Puisque c'était notre mémoire qui s'effaçait, nous avons décidé de conserver tout les souvenirs, tout ce qui constitue notre monde. Nous avons commencé par numériser, comme on dit sur Terre, les Chébériens.

Nathan fronça les sourcils.

- Numériser des gens ? C'est impossible !

- Sur Terre, oui, mais chez nous cette technologie existait déjà depuis longtemps. On avait l'habitude de graver la mémoire des anciens avant leur mort, afin de conserver la trace de leur savoir et de leur sagesse. Mais il n'était pas permis d'utiliser ce procédé dans le but de faire renaître les défunts. Le cycle de la vie devait être respecté, pour laisser la place aux nouvelles générations. Là, cette restriction a été balayée, sans même que la question se pose. Il fallait sauver un maximum de Chébériens. Alors, pendant de longues semaines, ceux qui restaient, ceux qui n'avaient pas encore trop oublié, se sont présentés dans des centres médico-cybernétiques où on a imprimé leur trace dans une puce. Au moment du transfert des données, le "virus" implanté par l'Avaleur de Mondes était filtré afin que les Chébériens ne portent plus cette tare au moment de leur renaissance. Après cette sauvegarde, ils repartaient affronter l'oubli, avec l'espoir d'un jour meilleur, où ils pourraient vivre forts de leur passé et désireux de leur avenir… Puis nous avons fait de même pour l'ensemble de notre monde...

- Incroyable, murmura Nathan. Vous avez toute votre planète dans un ordinateur ?

Il ne parvenait pas à imaginer une chose pareille : cela dépassait son entendement de Terrien.

Eyver sourit fugacement.

- Non, il fallait quelque chose de plus discret. L'ensemble de ces puces a été consigné dans des livres. Trois livres plus précisément, que nous avons baptisés les Livres-Monde.

Il marqua une pause, puis enchaîna :

- Pour en assurer la sécurité, il fallait cacher ces livres. Sur Chébérith, c'était impossible : la planète se délitait à toute vitesse, et bientôt il n'en resterait rien, les Livres-Monde allaient être détruits de la même manière. Nous avons alors eu une deuxième idée folle : cacher les livres dans une autre partie de l'univers, loin de l'Avaleur de Mondes.

Des images du film «Superman», où le petit Kal-El voyageait à travers l'univers dans un vaisseau, traversèrent l'esprit de Nathan. Mais Eyver n'était pas arrivé sur la Terre de cette manière :

- Quelques années auparavant, des scientifiques avaient découvert comment ouvrir un passage entre la Terre et Chébérith. Ils avaient visité ce nouveau monde et en étaient revenus éblouis autant qu'étonnés par la similarités entre les deux planètes. Les Terriens nous ressemblaient à l'exception des ailes. En fait, la Terre était une lointaine jumelle de Chébérith. Malheureusement, l'énergie nécessaire pour ouvrir un passage était telle que la décision avait été prise de tout stopper en attendant de trouver un autre moyen plus économique.

Eyver s'arrêta et scruta le visage de Nathan.

- Ça va ? Ce n'est pas trop dur ?

- Non, répondit le jeune homme, continuez !

Le Passeur sourit. Pourtant, ses traits s'étaient creusé à mesure qu'il parlait. Ses yeux, enfoncés dans ses orbites, semblaient disparaître. Seule une lueur fiévreuse brillait au fond des cavités sombres.

- Quand il est devenu urgent de sauver les trois Livres-Monde, nous avons pensé à la Terre. Mais pour que le plan soit complet, il fallait également des personnes pour les cacher et d'autres pour les ouvrir, un jour.

- C'est votre rôle ? C'est pour ça que vous êtes le Passeur ?

- En partie seulement, Nathan. Nous avons ouvert le passage vers la Terre une ultime fois, et nous sommes venus, quatre Chébériens, pour cacher les livres. Mais nous étions déjà infectés par l'Avaleur de Monde. Nos mémoires, nos âmes s'émiettaient jours après jours, et il ne nous était pas possible de faire machine arrière. Nous avons donc sélectionné deux embryons de quelques cellules exempts de toute influence de l'Avaleur de Mondes, nous les avons génétiquement modifiés pour qu'ils soient protégés de l'oubli et nous les avons emmené avec nous sur Terre, espérant les faire naître et grandir ici pour qu'un jour ils soient capables de retrouver et de réveiller les Livres-Monde, afin de ressusciter Chébérith.

- Si je fais le lien avec ce que vous m'avez dit hier..., l'un de ces embryons est devenu moi, n'est-ce pas ?

- Exact, mon garçon.

- Mais c'est impossible ! C'est là où j'ai du mal à vous suivre. Comment avez-vous fait pour que je naisse ici ?

Malgré tout, Nathan refusait encore de croire que ses parents n'étaient pas… ses parents ! Il guettait la faille dans l'histoire qui pourrait le rassurer sur ses véritables origines.

Eyver soupira. Il sembla encore plus épuisé, il était blanc et ses mains tremblaient sur les accoudoirs de son fauteuil.

- Vous allez bien ? Demanda Nathan, inquiet.

- Ça va aller. Je dois finir. Je me reposerai plus tard.

L'homme inspira profondément et continua :

- Sur Chébérith, j'étais médecin et, une fois sur Terre, il n'a pas été trop compliqué de me constituer une fausse identité de docteur. J'ai appris le français, je me suis fondu dans la population. Je suis rapidement devenu un vrai Terrien ! J'étais arrivé ici avec les deux embryons fécondés in vitro et congelés en attendant leur heure. Pour arriver à mes fins, je me suis fait embaucher dans un centre de procréation médicalement assistée et je suis parvenu à faire réimplanter les deux embryons qui venaient de Chébérith. L'un d'entre eux a donné toi, James.

Nathan frissonna, il n'arrivait toujours pas à se faire à cette idée. Il avait l'impression, depuis le début, qu'on lui parlait de quelqu'un d'autre, d'un héros de BD ou de film.

- Tes parents avaient du mal à concevoir un enfant, alors ils sont passés par la fécondation in vitro. L'embryon qui a été implanté dans l'utérus de ta mère n'était pas le leur. Aucun des embryons venant de tes parents n'était viable. C'est pour cela que je les ai choisis. Je t'ai suivi de loin, priant pour que la grossesse de ta mère se passe bien, pour que tu grandisses correctement. J'attendais le jour où tes ailes pousseraient, ce jour où tu comprendrais que tu n'es pas comme les autres, où je pourrais venir te parler. Et il est arrivé. À présent, tu dois remplir la mission qui t'a été assignée avant même ta naissance : trouver les trois Livres-Monde et recréer Chébérith.

Nathan resta silencieux, intégrant tout ce qu'il venait d'apprendre. C'était complètement fou, et pourtant, il savait qu'Eyver ne mentait pas. Il n'aurait su dire pourquoi, mais son instinct lui criait que toute cette histoire était vraie. Avant de creuser le douloureux problème de ses parents, une question émergea :

- Vous… Vous avez dit que vous êtes venu ici avec deux embryons. Qu'est-il arrivé à l'autre ?

- Il a été implanté chez une seconde femme, quelques semaines après toi. Je n'ai pas pu en savoir plus, car le couple est parti vivre dans une autre ville assez rapidement. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. Je faiblissais de plus en plus et je n'avais pas assez d'énergie pour m'occuper de vous deux. Alors, comme tu es resté près de moi, c'est toi dont j'ai suivi l'évolution discrètement.

- Vous pensez que l'autre est en vie ?

- Je n'en sais rien, mais je l'espère. Vous ne serez pas trop de deux pour retrouver les Livres-Monde.

- Où sont les autres Chébériens qui ont caché les livres ?

- Ils se sont effacés, Nathan. Ils étaient contaminés.

- Et pas vous ?

- Parce que je prends un traitement pour lutter contre l'effacement. J'ai apporté une plante de Chébérith, le mémo. Je la cultive sur ma terrasse et je filtre un breuvage à partir de ses feuilles qui me permet de garder la mémoire. Mais en contre-partie, le mémo, qui est très toxique, me ronge de l'intérieur, me détruit à petit feu. C'est le prix à payer pour aller au bout de mon rôle de passeur.

Le visage de Nathan refléta l'horreur que lui inspirait cette révélation.

- Vous voulez dire que vous vous rendez malade volontairement depuis toutes ces années ?

Eyver hocha la tête.

- Mais… il n'y avait aucun autre moyen pour vous de garder la mémoire ?

- Non. J'aurais pu écrire tout cela, mais, une fois effacé, qui aurait su à qui donner mes textes ? Et puis même si j'étais resté en vie, comment aurais-je pu faire pour les comprendre moi-même si je ne me souvenais plus de rien ? Non, la seule façon de te transmettre les informations, c'était de garder la mémoire, et seules les feuilles de mémo pouvaient m'y aider. J'ai fait mon choix, Nathan, je savais ce que je faisais et je l'assume entièrement. Mon corps fonctionne encore assez pour que je puisse être là, face à toi, aujourd'hui. Ma mémoire est activée grâce au mémo. Si j'arrive à te guider pour faire renaître Chébérith, je n'aurai pas fait cela en vain.

- Mais comment je vais faire pour trouver ces livres ? Vous savez où ils ont été cachés ?

- Je n'en ai aucune idée, James. Je ne devais pas le savoir. Si jamais L'Avaleur de Mondes découvrait notre plan et retrouvait ma trace, il ne fallait pas que je puisse lui apprendre quoi que ce soit. À partir de cet instant, tu deviens le personnage principal de cette histoire. De plus, les livres ne peuvent être actionnés que par ton ADN ou celui de l'autre enfant conçu ici. L'avenir de Chébérith repose sur vous. Entièrement.

- Comment je vais faire pour retrouver les livres si, même vous, vous ne savez pas où commencer à chercher ? Et est-ce qu'on est vraiment sûr que les Chébériens ont réussi à les cacher ?

- Je sais que cela ne va pas être facile, Nathan. Peut-être même que tu n'y arriveras pas. Mais il faut tout essayer. Ce que je peux te dire, c'est que quelques mois après être arrivé sur la Terre j'ai revu Mélior, un Chébérien qui était responsable d'un des livres-Mondes avaient été cachés. Lui-même avait eu des nouvelles des deux autres : tous les Livres-Monde avaient été cachés. Cette partie de la mission a été remplie correctement et je suis certain que les livres n'ont pas été dissimulés dans des lieux inaccessibles, parce que le but, c'est quand même de pouvoir les retrouver. Mais personne ne sait où ils sont. C'est à toi de le découvrir.

Eyver baissa la tête, visiblement épuisé. Il soupira.

- James, pardonne-moi de gâcher ton innocente adolescence avec ce fardeau. Excuse-moi aussi de te quitter. Je dois rentrer à présent. Je suis fatigué. Je vais dormir un peu. Quand le mémo ne fait plus effet, mon esprit s'engourdit. Tiens, voilà où tu peux me trouver. N'hésite pas à me contacter quand tu veux, à n'importe quel moment du jour et de la nuit. Je suis là pour toi, pour répondre à tes questions, pour te soutenir, pour te guider. Bonne chance, Nathan, bonne chance...

Eyver tendit une carte de visite à Nathan, fit pivoter son fauteuil, et laissa le jeune homme seul, assis sur le banc, avec toutes ses pensées tourbillonnant et cognant dans son esprit.

Nathan resta longtemps immobile. Il intégrait les révélations une à une et prenait conscience de leur ampleur. Si Eyver disait la vérité, il avait un monde à sauver, à faire renaître, des milliers de gens dont les âmes étaient codées dans des puces à ranimer.

En quelques instants, sa vie avait complètement basculé. Il avait l'impression qu'un poids énorme s'était abattu sur sa poitrine et l'empêchait de respirer. Il avait envie de courir après Eyver et de lui hurler qu'il n'en avait rien à faire de Chébérith et de tout le reste. Que les Chébériens aurait dû se sauver eux-mêmes, sans entraîner un garçon de seize ans dans tout cela. Que lui, Nathan, ne demandait qu'à être comme tous les garçon de son âge, insouciant, léger...

Mais les cris de révolte qui grondaient en lui se turent aussi vite qu'ils avaient enflé. Il était épuisé à son tour et avait besoin de réfléchir. Il saurait quoi faire plus tard, avec un peu de recul. Accepter ou non d'endosser l'énorme responsabilité qui lui incombait, accepter ou non de devenir un autre Nathan, loin de l'enfance à laquelle il se raccrochait encore de toutes ses forces. D'abord, il devait aller voir Lia, lui raconter. Lia saurait quoi lui dire.

Il se leva lentement et rentra chez lui d'un pas lourd.


Arrivé au pied de l'immeuble, son téléphone vibra dans sa poche. Sur l'écran, le nom de son ami s'affichait. Nathan leva la tête et l'aperçut debout à la fenêtre de sa chambre en train de l'observer. Il décrocha.

- Alors ? Comment ça s'est passé ?

- Je flippe, Lia. C'est encore pire que ce que j'imaginais. J'ai peur de devenir fou.

- Non, tu ne deviens pas fou. Je descends chez toi, tu me racontes tout ça.

- Ok, à tout de suite.

Lia l'attendait sur le palier.

- Tu fais une tête… Tu as intérêt à tout me dire.

Quand Nathan eut fini de lui raconter l'histoire, Lia siffla.

- Eh ben, mon vieux, quel délire ! Est-ce que tu crois vraiment que cet Eyver a toute sa tête ? Si ça se trouve, c'est un drogué mytho qui te fait marcher !

Nathan fit non de la tête.

- J'aimerais bien le penser, mais je suis quasiment sûr qu'Eyver dit la vérité...Si je pouvais juste avoir une preuve supplémentaire, un truc un peu plus concret qu'une vidéo bizarre semblant sortir tout droit de Star Wars… Je ne sais pas ce que je dois faire, par où commencer. J'ai les idées complètement embrouillées.

- Tu m'étonnes ! J'ai l'impression que tu me raconte le résumé d'un livre de SF. Sauf que là, c'est un livre dont tu es le héros.

Nathan sourit tristement et ils restèrent silencieux quelques instants, chacun perdu dans ses pensées.

- Je me dis que, si je remet toute l'histoire dans l'ordre, commença lentement Lia, il faut que tu commences par trouver l'autre Chébérien qu'Eyver a amené à l'état d'embryon.

- Tu crois ?

- Bien sûr, réfléchit ! Si cette autre personne existe vraiment, alors tu as la preuve absolue qu'Eyver t'a dit la vérité. Là tu sauras quoi faire.

- Oui...

- Ça me semble un bon point de départ.

Nathan hocha la tête, continuant à réfléchir.

- Comment je vais faire ? Comment retrouver cette personne ? J'ai déjà cherché sur le Net, par mot-clef, pour voir si quelqu'un parlait d'ailes dans le dos. Je n'ai rien trouvé d'intéressant.

Lia de leva et se mit à faire les cent pas, les sourcils froncés.

- Nathan, est-ce que tu as parlé sur Internet de ce qui t'arrivait ?

- Non, bien sûr que non !

- Alors pourquoi voudrais-tu que l'autre raconte ça ? Je pense qu'il doit avoir aussi peur que toi, et lui, il n'a pas Eyver sous la main pour lui expliquer les choses. Par contre, sur ton blog, tu as parlé de tes énormes boutons.

- Bien sûr ! Tant que je ne savais pas ce que c'était, je me suis autorisé à délirer sur Mosquito-Man !

- A mon avis, c'est par là que tu devrais commencer, Nathan. Tu dois voir si quelqu'un d'autre a raconté un jour qu'il avait de gros boutons moches qui poussaient dans son dos.

- Lia, tu es géniale ! Je vais m'y mettre tout de suite !

- Oui, je sais que je suis une génie, ma mère me le dit souvent. Enfin pour elle, je suis une génie de la paresse, mais finalement, une génie quand même !

Nathan s'esclaffa en s'asseyant devant son ordinateur. Il appuya sur la barre espace de son clavier pour faire disparaître l'économiseur d'écran.

Lia, penchée au-dessus de son épaule, regarda l'heure qui s'affichait sur la machine.

- Oups ! Je suis désolée, Nath, Je dois y aller. Mes grands-parents viennent déjeuner et j'ai promis à ma mère de l'aider. Si je ne suis pas là, elle va encore criser et dire que je suis aussi la génie de la disparition quand ça m'arrange.

- Pas de problème ! File ! Moi, je vais commencer mes recherches.

- Tu me tiens au courant ?

- Promis !

- Cool ! À plus tard !

Lia sortit de la chambre en trombe, laissant Nathan face à la page d'accueil de Google.