Mot de l'auteur
/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\
PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !
PDV Eyver :
Flash back
Eyver marchait dans un couloir sombre, une lourde valise à la main. Il ne comprenait pas ce qu'il faisait ici. Quelques instants plus tôt, il était dans son salon, sur son fauteuil roulant… Il regarda le bagage et aussitôt il sut ce qu'il y avait mis : des vêtements, quelques souvenirs, de l'or aussi, pour assurer sa survie sur Terre. Et surtout, surtout – sa main serra encore plus fort la poignée de la valise -, un caisson frigorifique, dans lequel deux petits tubes à essai, bien protégés, contenaient les cellules de l'espoir de Chébérith : les deux embryons qu'il devait emporter avec lui sur Terre. Sa femme, généticienne, s'était elle-même chargée de les concevoir in vitro dans son laboratoire et de les protéger contre l'Avaleur de Mondes, afin qu'il ne s'en prenne jamais à leur esprit, à leur mémoire.
Se raccrochant à sa malle comme si elle était le seul lien avec la réalité, il avança longuement dans le couloir. Il était certain d'avoir su où il menait mais, pour le moment, ce souvenir lui échappait. Enfin, il arriva devant une porte. Il posa la main sur la poignée qui céda. Elle s'ouvrit sur une grande salle et Eyver se rappela immédiatement de tout. Il savait où il était. Il avait déjà vécu cette scène. Où était-ce un rêve ? Il ne savait plus très bien.
Mélior, Larchael et Suméor, les porteurs des Livres-Mondes, levèrent la tête d'un seul mouvement en le voyant entrer. Ils avaient tous les trois la même mission : cacher un livre dans un lieu sûr, mais accessible, pour que les héritiers de Chébérith puissent le retrouver un jour.
- Eyver. Nous n'attendions que toi pour commencer.
Tous avaient le visage grave, les traits tirés, les yeux pleins de souffrance. Ils partaient pour toujours, ne verraient plus leur monde, leurs familles. Ils devraient replier leurs ailes, et surtout dissimuler les livres au mieux, afin qu'ils ne soient pas découverts avant que les deux enfants soient assez grands pour se lancer dans leur quête.
Larchael était le directeur du projet qui avait permis aux Chébériens d'ouvrir un passage entre leur monde et la Terre. C'est lui qui avait fait cette découverte en s'amusant avec l'espace-temps. Il avait déjà effectué plusieurs séjours sur la Terre et en avait rapporté de précieuses informations pour l'organisation de leur mission. Cette fois, il avait branché la machine qui permettait l'ouverture de la porte spatio-temporelle sur les dernières réserves d'énergie de la planète. Après cette ultime manœuvre, ce serait le noir derrière eux, et l'espoir au bout du tunnel.
Les quatre hommes se rassemblèrent dans l'immense pièce plongée dans la pénombre. D'étranges machines clignotaient émettant un ronflement sourd et agaçant, qui participait de l'angoisse générale. Le moment était venu. L'avenir de leur monde commençait aujourd'hui. Eyver sentait son cœur battre au rythme des moteurs qui grondaient autour de lui. Il avait envie de pleurer, de partir en courant. Il avait aussi envie de s'allonger et de dormir pour oublier, pour fuir la réalité. Non ! Oublier ?... C'était justement contre l'oubli qu'il devait se battre ! En grimaçant, il repensa aux graines de mémo cachées dans son sac. Une nausée acide remonta dans sa gorge. Il avait déjà tout perdu, et il allait perdre plus encore.
Larchael mit en route le mécanisme, le sortant de ses mornes pensées. Un bruit énorme s'éleva dans la pièce et la lumière augmenta en intensité. Devant eux se dressait la porte qui devait les mener sur la Terre. C'était la première fois qu'Eyver la voyait. Elle était constituée d'une arche métallique hirsute, branchée à des milliers de câbles, de fils et de puces informatiques. C'était un objet assez laid mais, à ce moment précis, c'était la plus belle chose qui fût : la porte vers leur avenir, vers la solution à leur survie, ou leur re-vie.
En même temps que le bruit, un souffle pareil au vent hurlant investit les lieux, soulevant les cheveux, déplaçant les papiers, faisant vibrer le moindre objet, les vitres, les dents. Puis un tourbillon apparut : un vortex se forma à l'intérieur de l'arche. Eyver n'aurait pas su le décrire. C'était comme un tunnel noir, et pourtant lumineux, aux parois mouvantes, comme si un liquide sombre et visqueux coulait sur ses murs.
Une fois qu'il se fut stabilisé, Mélior, Larchael et Suméor prirent chacun un Livre-Monde et leurs affaires personnelles, Eyver ramassa précieusement les embryons placés dans la mallette qu'il avait posée au sol.
Les quatre hommes échangèrent un regard. C'étaient leurs dernières secondes sur Chébérith. Eyver prit une grande bouffée d'air, espérant se souvenir du parfum de son monde, de cette fragrance subtile de fleurs qui flottait en permanence dans l'air. Et puis, d'un pas décidé, sans réfléchir, il suivit les autres dans le vortex.
Au bout de trois pas, le vacarme s'arrêta net. Le silence était tel qu'Eyver eut la certitude que, s'il tenait de prononcer le moindre mot, aucun son ne sortirait de sa bouche. C'était comme s'il flottait dans un grand vide. Un grand vide où la lumière venait de nulle part et de partout en même temps, où le bruit n'existait pas, ni le temps, ni l'endroit ni l'envers. Eyver se demandait même comment il s'avançait. Pourtant, il voyait ses jambes se mouvoir, à la fois très loin et très près de lui. La mallette qui contenait les embryons lui paraissait parfois immensément lourde et, la seconde d'après, légère comme une plume. Il voyait les silhouettes de ses compagnons d'aventure devant lui, tantôt toutes proches, tantôt lointaines, telle des petits points noirs dans la lumière sombre.
Enfin le bruit revint, la réalité aussi, et il tomba lourdement sur un sol dur et gris. Devant lui, Melior se relevait tout juste en massant ses genoux manifestement endoloris. Il se retourna. Il avait juste franchi l'arche, dont il voyait l'autre côté, et pourtant, des milliards de kilomètres le séparaient de son monde. Larchael et Suméor, qui avaient déjà effectué ce voyage, avaient pris les choses en main. Larchael se plaça devant une réplique du panneau de contrôle et éteignit l'arche ; le passage entre la Terre et Chébérith disparut. Eyver en ressentit une immense tristesse, une douleur intense. Il avait l'impression qu'on lui avait coupé un membre. Plus jamais il ne retournerait sur Chébérith. C'était terminé. Suméor, quant à lui, avait sorti une grande bâche d'une armoire et demandait de l'aide : il fallait cacher la porte.
- Où sommes-nous ? Demanda Mélior en regardant autour de lui.
La porte était posée au milieu d'une sorte de grand hangar poussiéreux et sombre, qui exhalait une odeur métallique. De vieilles machines dormaient dans la pénombre. Parfois un claquement résonnait dans les profondeurs de la structure. Le toit, très haut, était noyé dans l'obscurité et les murs, immenses, étaient couverts de vitres sales ou ébréchées dont certaines étaient colmatées par des papiers crasseux.
- Dans une usine désaffectée que nous avons rachetée pour cacher l'arche.
- Comment avez-vous fait ?
- La première fois que nous l'avons franchie, la porte s'est ouverte au milieu d'un champ. Heureusement, c'était en pleine nuit, personne n'a rien vu. Pour éviter que cela ne se reproduise, nous avons cherché un lieu où la faire apparaître et nous avons modifié les coordonnées d'arrivée du vortex. Il a fallu s'y reprendre à plusieurs reprises pour arriver à la poser pile ici. Personne ne viendra. C'est une propriété privée, et nous avons fait poser des dizaines de panneaux prévenant d'un danger pour les visiteurs inopportuns. Nous sommes tranquilles.
Eyver inspira longuement. Il se demandait quel était le parfum de la Terre tout en aidant Suméor à cacher la porte sous la bâche. Puis Larchael lui donna une petite carte incrustée de plusieurs puces de lecture.
- Voici la clef qui te permettra de rouvrir la porte, le jour où les trois Livres-Monde seront rassemblés. Il faudra la glisser ici (il lui indiqua une mince ouverture dans le panneau de contrôle). Cela fera redémarrer tout le système. Les coordonnées de Chébérith y sont enregistrées. Garde-là précieusement.
Eyver inclina la tête et glissa la carte dans ses bagages. Il tremblait comme une feuille. Il avait envie de faire accélérer le temps. De se voir dans ce même lieu, quelques années après, avec les trois Livres-Monde, prêts à faire renaître son univers, sa famille...
Enfin, une fois la porte bien dissimulée sous sa bâche, les machines éteintes et l'usine fermée, les quatre Chébériens firent leurs premiers pas de Terriens dans la campagne déserte. L'air était frais et la nuit sombre. Eyver leva la tête. Le ciel était piqueté d'étoiles qui formait des constellations étrangères. Pouvait-on voir le soleil de Chébérith d'ici ? Juste au-dessus de l'horizon, un croissant de lune blanche se levait lentement. La Terre n'en avait qu'une seule. Il allait devoir s'y habituer.
Ce furent les premiers souvenirs du Passeur sur la Terre.
Fin Flash back
Un bruit de verre qui se brise lui fit ouvrir les yeux. Il venait de lâcher sa tasse de mémo dont les débris gisaient sur le sol, mêlés aux restes du breuvage vert, au goût âcre. Eyver passa une main tremblante sur son visage. C'était un rêve, un souvenir… Rien d'autre. Il avait vécu tout cela, mais dix-huit ans auparavant.
En entrant de son entrevue avec Nathan, il avait ressenti le besoin de prendre une dose de mémo, car il se sentait fébrile, ses mains tremblaient, tous ses muscles étaient pris de crampes douloureuses. Il lui fallait son breuvage, et vite. Il savait que ses effets ne seraient que temporaires et qu'ensuite il aurait encore plus mal, mais il était trop bouleversé par sa rencontre avec le jeune homme pour affronter ses douleurs.
Puis il s'était assoupi et le mémo, ravivant malgré lui sa mémoire, avait déposé des extraits du passé au milieu de ses rêves. Il soupira, troublé par ces images qui flottaient encore dans son esprit. Les visages des trois Chébériens venus sur Terre avec lui s'étaient effacés au fil des années. Étaient-ce les événements de la journée qui avaient déclenché cette salve de souvenir depuis longtemps éteints en lui ? Lentement, il fit rouler son fauteuil jusqu'à la fenêtre, ignorant la tasse cassée. Il avait tant oublié. Le travail de l'Avaleur de Mondes ne lui laissait aucun répit, malgré les doses de mémo quasi quotidiennes… Il regarda le paysage urbain qui s'étalait devant lui.
Avec les années, il avait appris à aimer la Terre, le bleu de son ciel et le bruit du vent dans les arbres. Son parfum aussi, plus salé, plus piquant.
Maintenant que la porte de sa mémoire s'était ouverte, d'autres souvenirs remontèrent à la surface. Surtout ceux des derniers de ses amis chébériens, qu'il avait peu revus par la suite.
Melior était venu lui rendre visite, plusieurs mois après leur arrivée. Il venait rendre compte de sa mission au Passeur : il avait revu Larchael et Suméor, et tous les trois avaient caché les Livres- Monde en lieu sûr. Il ne lui restait plus qu'à laisser un indice pour permettre de les retrouver. Mais encore aujourd'hui, Eyver n'avait aucune idée de la teneur de ce début de piste.
La dernière fois qu'il avait vu Mélior, ce dernier était mélancolique. L'oubli s'accélérait depuis quelque temps. Ses souvenirs s'effilochaient, il se noyait dans le néant malgré sa volonté de continuer le plus longtemps possible. Pour lui donner un peu d'espoir, Eyver lui avait raconté les progrès de Nathan, encore tout petit. Après cela, il n'avait jamais revu son ami d'enfance.
Il n'avait jamais eu de nouvelles de Suméor, le porteur du deuxième livre. D'après ce que lui en avait dit Mélior, il ne supportait pas son exil sur Terre et avait sombré dans la dépression, accentuée par l'oubli qui le rongeait. Il avait dû vite disparaître dans le néant...
Restait Larchael, le porteur du troisième Livre-Monde. Il ne l'avait pas croisé depuis leur arrivée. Puis un soir, deux ou trois ans plus tard, alors qu'Eyver se promenait dans les rues, après avoir observé le petit James en train de faire ses premier pas au parc, il avait aperçu une silhouette familière. Il avait accéléré le pas pour rattraper la personne qui ressemblait tant à Larchael. Était-ce bien lui ou sa mémoire lui jouait-elle des tours ? Il l'avait interpellé :
- Larchael, c'est toi ?
L'homme avait croisé son regard d'un air hagard. Ses yeux étaient vides et il semblait avoir peur. Puis il avait eu un sursaut.
- Eyver ?
- Oui ! Que fais-tu là ?
Larchael avait eu l'air de réfléchir.
- Je ne sais pas… Je crois que c'est ma femme qui a voulu qu'on s'installe ici, parce que le quartier est calme. C'est mieux pour notre fille.
- Ta femme ? Ta fille ? Tu as eu un enfant avec une Terrienne ?
- Oui, elle est encore jeune, je crois… Je me souviens plus très bien. Je perds la tête, tu sais, je ne sais même plus pourquoi je suis descendu...
- Oh ! Larchael… J'aurais tellement aimé que l'œuvre de l'Avaleur de Mondes s'arrête à notre arrivée sur Terre. Hélas, ça n'a rien changé.
- L'Avaleur de Mondes ? avait demandé Larchael en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que c'est que ça ?
Puis il avait relevé les yeux sur Eyver. Leur éclat s'était éteint à nouveau.
- Mais qui êtes-vous ?
Une grande tristesse avait envahi Eyver. Larchael s'effaçait, bientôt il disparaîtrait sans bruit, comme une lumière qu'on éteint. Et si lui-même n'avait pas pris le mémo depuis toutes ces années, il aurait été dans le même état que son ami.
Il avait adressé un petit sourire peiné à Larchael et l'avait laissé là, hagard sur le trottoir. Il l'avait croisé de nouveau à quelques reprises, avec sa femme, qui le tenait par la main comme un enfant, et sa fille, une petite poupée blonde, mais il ne s'était plus présenté à lui. Ce n'était pas la peine de jeter davantage le trouble dans son esprit. Puis il ne l'avait plus vu.
Ça avait été la dernière fois qu'Eyver avait eu un contact avec un Chébérien, jusqu'à ce que Nathan arrive dans sa vie...
