Mot de l'auteur
/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\
PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !
- C'est cool, les vacances, quand même ! déclara Lia en fermant les yeux.
- Oui ! Profitons, profitons !
Nathan et Lia étaient allongés au soleil sur la grande pelouse du parc. Le lycée avait fermé ses portes la veille pour les élèves de seconde, afin que les salles de classe puissent accueillir les candidats bacheliers en plein stress.
En cette belle journée de juin, les garçons s'offraient une petite séance de décompression. Autour d'eux, des dizaines d'enfants couraient, criaient, jetaient du pain aux canards, mais cette agitation ne perturbait pas les deux ados, couchés sur le dos, les bras repliés derrière la tête, les yeux clos.
- Elles ont encore poussé, tes ailes ? demanda Lia à voix basse.
- Oui, elles n'arrêtent pas. Hier j'ai fait un essai et j'ai senti qu'elles étaient plus fortes. Le moment approche !
- Génial ! Vivement qu'elles soient plus grandes ! Tu sais que ça va nous faire faire des économies pour les vacances ? On n'aura pas besoin de prendre le train !
- "On" ? Comment ça "on" ?
- Ben, tu vas me porter dans les airs jusqu'au camping !
- Mais oui, c'est ça ! J'ai juste des ailes qui ont poussé, pas les biceps de Superman ! Dans tes rêves, je te porte ! J'arrive à peine à me soulever moi-même !
- Pfff ! Quel rabat-joie ! Je rêvais trop de voler avec toi !
- Je te ferai faire un tour si tu veux, mais je ne traverse pas la moitié de la France en te portant !
Les deux adolescents se turent. Au bout d'un moment, Lia demanda encore :
- Tu as eu des nouvelles de Zayn ?
- Oui, il m'a rappelé.
- Alors ?
- Ben, c'est cool. On parle de tout et de rien. On compare la croissance de nos ailes, il me raconte les livres qu'il lit, on réfléchit à des pistes pour chercher les Livres-Monde. On a aussi discuté du fait que nos parents ne sont pas nos vrais parents.
- Alors ?
- Il est trop bizarre. Il le vit assez bien. Il prétend qu'il s'en est toujours douté, parce qu'il ne ressemble pas du tout au reste de sa famille. Il m'a dit qu'il avait toujours eu l'impression d'être un extraterrestre.
- Et il avait raison ! s'esclaffa Lia.
- Carrément ! Moi, ça continue à me perturber, tu sais, mais parfois j'oublie. Après tout, je n'ai pas d'autre famille. Même Eyver ne sait pas qui sont mes vrais parents. Pour moi, mes vrais parents, ce sont ceux qui m'ont élevé. Mais c'est… c'est… c'est compliqué.
- Il est mignon ?
Lia se redressa sur un bras et regarda Nathan d'un air malicieux en machonnant un brin d'herbe arraché à la pelouse.
- Qui ?
- Zayn, banane !
- Je n'en sais rien, je n'ai pas vu de photo.
- Tu ne lui en as pas demandé ?
- Heu..., non, je n'y ai pas pensé.
- Mais tu as quoi dans la tête ? Moi, la première chose que je demande à un mec rencontré sur le Net, c'est de voir sa tronche ! C'est essentiel !
- Lia, je n'ai pas trouvé Zayn sur un site de rencontre, je te rappelle ! Peu importe la tête qu'il a ! Ce n'est pas le plus important.
- Parle pour toi !
- Pourquoi ça t'intéresse autant ?
- Parce que ça me plairait d'avoir un copain qui a des ailes. Il doit faire des trucs pas communs.
Nathan leva les yeux au ciel.
- C'est pas possible, tu penses qu'à ça !
- Ben ouais !
Les deux adolescents éclatèrent de rire.
En rentrant chez lui en début de soirée, Nathan trouva sa mère dans le salon. Elle était installée devant son chevalet, occupée à peindre un paysage qui semblait sorti d'Alice au pays des merveilles. Nathan savait qu'une fois achevé elle le scannerai et le retoucherai pour lui donner une allure futuriste. Il se planta derrière elle afin d'admirer son œuvre. Elle tourna la tête et lui fit un sourire. Le cœur de Nathan se serra. Il s'imprégna de ce moment de douceur qu'il connaissait si bien. Finalement, il avait eu de la chance de tomber sur ces parents-là, il était bien avec eux.
Il s'assit à ses côtés sur l'accoudoir du canapé. Elle posa son pinceau.
- Comment s'est passée ta première journée de vacances ?
- Très bien. On n'a rien fait avec Lia. Tu ne trouves pas que j'ai bronzé ?
Sa mère le scruta.
- Mmmh… si, tu as pris un peu de rose aux pommettes. Ça fait ressortir tes yeux.
Elle se replongea dans son paysage, laissant Nathan vagabonder en pensée. Son regard effleura le salon familier dans lequel il avait grandi. Il se revoyait jouer avec ses petites voitures sur le tapis.
Une question étrange surgit dans son esprit :
- Vous n'avez jamais eu envie d'avoir un autre enfant ?
La mère de Nathan souleva un sourcil et se tourna vers lui.
- Si, bien sûr… On a essayé, tu sais.
- Ah bon ?
- Oui, on a fait d'autres fécondations in vitro après toi, mais ça n'a jamais marché. Nos problèmes de stérilité étaient vraiment importants. Finalement, on a eu de la chance de t'avoir. Tu es notre miracle à nous !
Elle passa un doigt sur la joue de son fils en souriant.
Nathan se sentit très ému, réalisant que, si Eyver n'était pas intervenu, ses parents n'auraient peut-être jamais eu d'enfants. Il était heureux d'être né chez eux. Peut-être que, génétiquement, il n'était pas leur enfant, mais, en cet instant précis, il savait qu'il était bel et bien leur fils. L'amour et la confiance qu'il y avait entre eux remplaçaient tout le reste.
- Dis-moi...
- Oui ?
Nathan hésitait. Il ne savait pas ce qui le poussait à poser cette question mais...
- À qui je ressemble le plus ?
- Ohhh ! Il faut que je te montre quelque chose.
Sa mère se leva, avec un sourire mystérieux, et alla fouiller dans la bibliothèque.
- Ah ! le voilà !
Elle sortit un grand livre à la couverture bleu layette et vint se caler près de son fils, sur le canapé.
- Regarde ça !
Elle ouvrit l'album de naissance de Nathan et tourna quelques pages avant d'arriver là où elle voulait.
Il y avait deux photos collées côte à côte de bébés dans la même position. La première en noir et blanc et la seconde en couleurs.
- Alors ? demanda-t-elle.
- Quoi ?
- Les deux photos...
- Oui, et alors ?
- Celle en noir et blanc, c'est moi, et celle en couleurs c'est toi ! Tu étais mon portrait craché !
Nathan se pencha sur les deux photos. Il y avait bien deux bébés chevelus aux petits nez plissés, mais est-ce qu'ils se ressemblaient tant que ça ? Il n'aurait pas su le dire. Pour lui, tous les bébés avaient la même tête. Mais il ne voulait pas faire de peine à sa mère.
- Ah oui ! C'est dingue !
Sa mère se perdit dans la contemplation des photos.
- Ahhh ! Tu étais le plus beau bébé du monde.
Nathan sourit à cette marque d'autosatisfaction maternelle.
Un peu plus tard, curieux, Nathan reprit l'album et l'ouvrit à la première page. Sa mère avait soigneusement consigné tout ce qui concernait les premiers mois de la vie de son fils, et même avant ! Il y avait toutes les échographies, que le jeune homme contempla en souriant. C'était étrange de se voir si petit. Sur l'une d'entre elles, il ne mesurait même pas dix centimètres ! Il tourna les pages, admirant les photos du ventre de sa mère s'arrondissant, jusqu'à la dernière, prise avant de partir à la maternité où elle était énorme, mais elle souriait à l'objectif en levant le pouce pour montrer que tout allait bien.
Enfin, il y avait des photos de Nathan, bébé. Il avait une énorme touffe de cheveux brun sur la tête. Ses yeux étaient tous les deux bleutés et ils n'allaient se changer que quelques mois plus tard. Son père le portait dans le creux de ses bras, visiblement ému et fier. Sa mère était pâle mais radieuse, heureuse. Collé sur une page, il y avait même le bracelet qu'il portait à la maternité, et qui indiquait son nom et sa date de naissance. Il était vraiment minuscule !
Enfin, après les photos, venait le faire-part envoyé à la famille pour annoncer la naissance du petit Nathan James Sykes, mensurations à l'appui. Sur la page d'après, sa mère avait collé les nombreuses lettres de félicitations écrites par les amis ou les parents plus ou moins proches.
Nathan s'amusa à lire tout cela. Il n'avait jamais pris la peine de le faire avant, mais aujourd'hui il réalisa qu'un chapitre de son histoire était consigné dans cet album. C'était un bout de lui, une partie qui le constituait encore maintenant. Il ne se la rappelait pas, mais il avait été ce bébé joufflu, même s'il lui semblait contempler un étranger. Il repensa à l'Avaleur de Mondes, qui avait purement et simplement effacé les mémoires, les âmes des Chébériens. Il prit réellement conscience, à cet instant précis, que la vie d'une personne ne se résumait pas seulement à ce qu'elle vivait au présent. Elle était également l'accumulation de ce qu'elle avait vécu, appris avant. C'était son histoire, sa mémoire qui la façonnait. Sans mémoire, on disparaissait, on n'était plus qu'une page vierge.
Les Chébériens avaient tout perdu en se perdant eux-mêmes. Comment avancer sans identité, sans passé ? Comment construire l'avenir sans ces bases ? Nathan commençait à comprendre à quel point les nano-puces des Livres-Monde étaient essentielles. Il frissonna.
Pour échapper à ces pensées vertigineuses, il se replongea dans la contemplation de l'album. Les cartes de félicitations que ses parents avaient reçues étaient nombreuses. Visiblement, tout le monde avait été sincèrement heureux de la naissance de Nathan.
Son regard tomba sur une carte qui représentait un soleil naïf avec un grand sourire dessiné sur le rond jaune. Une écriture nerveuse félicitait la famille pour la bonne nouvelle. En dessous de la phrase de politesses, des symboles étranges étaient griffonnés. La carte était signée Melior.
Nathan fronça les sourcils. Mélior ? Il avait entendu ce nom récemment, mais quand ?... Il se revit dans le parc avec Eyver. Ce dernier lui racontait qu'il avait revu un Chébérien qui avait caché un des Livres-Monde. Il s'appelait Mélior.
C'était impossible ! Saisissant l'album, Nathan se précipita dans la cuisine.
- Maman ! J'ai besoin de tes lumières !
- Dis-moi tout, mon chéri ! répondit sa mère sans se retourner.
Elle était en train d'émincer des champignons avec concentration.
- J'ai un peu feuilleté l'album de naissance...
- Ça t'a rappelé des souvenirs ? demanda-t- elle d'une voix pleine de rires.
Elle se retourna en essuyant ses doigts sur le tablier qu'elle avait noué autour de ses hanches.
- N'importe quoi… Non, j'ai trouvé quelque chose de bizarre...
Nathan ouvrit le livre à la page qui l'intéressait sous le nez de sa mère et lui désigna la carte.
- Qui est Mélior ?
- Bonne question...
Elle relut le mot en fronçant les sourcils.
- Je ne me souviens pas d'un Mélior dans la famille. C'est peut-être du côté de ton père.
- C'est quoi ces symboles étranges ?
- Je me rappelle que je m'étais posé la question à l'époque. Ça me revient… Je m'étais dit que ça devait être de l'hébreu ou du chinois. Peut-être une bénédiction, ou quelque chose dans le genre, mais, à vrai dire, je n'en sais rien du tout. Il faudrait que tu demandes à ton père quand il rentrera.
- Merci, maman !
Nathan se précipita en trombe dans sa chambre, persuadé qu'il n'y avait aucun Mélior dans la famille de son père. Certainement il en aurait déjà entendu parler, ou il l'aurait croisé à une fête, à un mariage.
Il fallait qu'il en ait le cœur net et qu'il appelle Eyver. Ce dernier fut évidemment très intéressé par la découverte de cette carte et demanda à Nathan de passer le voir chez lui. Le jeune homme lui promit de le faire dès le jour suivant...
Le lendemain matin, après le petit-déjeuner, une fois ses parents partis à leur bureaux respectifs, Nathan se rendit chez Eyver. Ce dernier habitait de l'autre côté du parc. Cela expliquait qu'il ait pu observer Nathan de loin, toutes ces années, attendant le moment où il lui parlerait. C'était un bel immeuble haussmannien à la pierre claire et aux balcons de fer forgé. Le garçon emprunta l'ascenseur et s'arrêta au quatrième étage.
Quand il sonna à la porte, un homme grand et maigre, au visage fermé, lui ouvrit.
- Bonjour, monsieur Sykes, nous vous attendions.
- Ah… Bonjour.
- Je suis Jérôme, l'intendant de la maison de monsieur Eyver. Je m'occupe de lui, de tout ce dont il a besoin.
- Enchanté, alors.
Jérôme s'effaça et laissa entrer Nathan dans l'appartement. Les hauts plafonds étaient ornés de moulures, le parquet ambré était recouvert de tapis épais. Le mobilier semblait sortir tout droit du château de Versailles. Nathan avança timidement, suivant l'intendant le long d'un couloir qui desservait plusieurs pièces décorées avec soin. Tout était parfaitement ordonné, rangé, silencieux. Nathan se dit que sa mère adorerait cet endroit.
Il trouva Eyver assis dans un immense salon où le soleil coulait à flots par la fenêtre ouverte. L'homme, installé dans son fauteuil roulant, semblait somnoler, profitant de la chaleur, mais, dès que Nathan entra dans la pièce, il ouvrit les yeux et sourit d'un air joyeux.
- Bienvenue, James. Je suis ravi de te voir. Tu es mon petit bonheur du jour. Si tu savais comme mes journées sont monotones depuis que je suis cloué sur cette chaise de malheur… Viens, assieds-toi. Qu'est-ce que tu bois ?
- Heu..., un Ice Tea ?
- Jérôme, pouvez-vous apporter un Ice Tea à ce jeune homme ? Pour moi, ce sera un thé Earl Grey.
Jérôme hocha la tête avec savoir-faire :
- Tout de suite, monsieur.
Dès qu'il quitta la pièce, Eyver se pencha vers Nathan et lui dit, sur le ton de la confidence :
- Ce Jérôme est une perle. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui.
Puis, reprenant une voix normale, il enchaîna :
- Alors, tu m'as apporté cette carte ?
- Oui, bien sûr !
Nathan s'empressa de farfouiller dans la petite sacoche qu'il portait en bandoulière. Il finit par mettre la main dessus et la tendit à Eyver.
- Il faudra me la rendre pour que je la remette dans l'album : maman va me tuer si elle s'aperçoit qu'elle n'y est plus.
Eyver s'esclaffa.
- Ne t'en fais pas, elle sera de retour à sa place très vite.
Eyver chaussa une paire de lunettes. Il regarda la carte longuement. Jérôme eut le temps de leur servir leurs boissons et de repartir avant que le vieil homme ne pousse un soupir.
- Nathan, je crois que tu as mis la main sur la pièce manquante. C'est indéniablement Mélior qui a écrit cette carte, et il a laissé un message en chébérien.
- Comment me connaissait-il ?
- Il était au courant de ton existence, évidemment. Je t'ai dit que je l'ai revu un ou deux ans après qu'il eut caché le Livre-Monde. Pour lui donner de l'espoir, pour lui prouver que tout ce que nous avions fait n'était pas vain, je lui ai parlé de toi. Je lui ai montré ta mère enceinte. Il a dû continuer à se tenir au courant de son côté et a trouvé ce moyen pour laisser une indication. C'est futé.
- C'est vrai, mais si je n'avais jamais regardé dans mon album ?
- Tu aurais fini par le faire Nathan. C'était logique, après que je t'ai révélé la vérité sur tes parents.
- Oui...
Nathan n'osa pas dire que c'était sa mère qui avait ressorti les photos. Il ne savait pas s'il l'aurait fait de lui-même, malgré les révélations d'Eyver. Les photos de bébés, c'était plutôt un truc de filles. Mais l'essentiel était que la carte fût entre les mains d'Eyver.
- Que dit son mot ?
Le vieil homme se pencha à nouveau sur le message.
- Je n'en sais rien.
- Quoi ? Mais je croyais...
- Oh ! Ne t'en fais pas, c'est bien du chébérien, mais là je n'arrive pas à le lire, ma mémoire me fait défaut. Je sais que je connais ces symboles, mais je ne parviens pas à les associer à des mots. Je vais devoir reprendre du mémo pour m'aider, mais je vais y arriver, Nathan, ne t'en fait pas.
- Ça ne va pas aggraver votre maladie ? On ne peut pas trouver un autre moyen ?
- Hélas non. Mais ne te fais pas de soucis. J'ai l'habitude, et comme je te l'ai expliqué, j'ai accepté cette mission en connaissance de cause. Je sais que le mémo finira par me détruire, mais si toi, de ton côté, tu arrives à recréer Chébérith, j'aurai la chance de revenir indemne, aussi fort qu'avant.
Ces mots ne suffirent pas à réconforter Nathan.
- Je ne peux pas apprendre à lire le chébérien ?
- Si, tu le pourrais, mais cela prendrait trop de temps. Il est plus simple que je le fasse moi-même. Et cela ne me fera pas de mal de me souvenir de ma langue maternelle. Je pense que l'on en aura encore besoin.
- Très bien, alors...
Nathan n'osait pas regarder Eyver en face. Il avait, encore une fois, l'impression d'être la cause de tous ces maux.
- Tu peux rentrer chez toi, mon garçon. Je t'appellerai quand j'aurai déchiffré ce qui est écrit sur cette carte.
Nathan hocha la tête et prit congé d'Eyver, guidé par Jérôme.
Il rentra chez lui, à la fois impatient et inquiet de découvrir ce que cachait la carte...
