Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Allongé sur le sable, les mains derrière la tête, les yeux clos, Nathan souriait, attentif à la caresse du soleil en cette fin de journée. Il sentait le sel et le sable picoter sa peau. Avec contentement, il entendait le bruit des vagues qui venaient presque lécher ses pieds. Et il écoutait les cris de joie et les rires de Lia et Zayn qui jouaient dans l'eau à s'éclabousser, comme des enfants.

Après avoir reçu l'accord de ses parents pour partir quelques jours, tout était allé très vite. Zayn, toujours efficace, s'était occupé de la logistique. Plus la date de départ approchait, et plus leur impatience grandissait.

Lia, s'imaginant déjà la reine de la plage, avait passé ses journées à faire des abdos et à entamer un régime pour se pavaner en maillot sous le soleil. Nathan, au contraire, avait cherché le meilleur moyen de camoufler ses ailes sous un grand tee-shirt. Il était déçu de ne pas pouvoir lézarder au soleil à moitié nu, mais, si on lui posait des questions, il pourrait prétexter une allergie et profiter quand même de ses vacances.

Le jour du départ, l'excitation avait atteint son paroxysme. Nathan avait hâte de s'éloigner de son quotidien. L'histoire de la photo dans le journal et le rendez-vous avec Aela lui avaient laissé un sentiment d'étouffement. Il voulait partir, laisser les esprits se calmer et lui-même se retrouver un peu anonyme, loin de toute cette pression.

Arrivés sur place, ils oublièrent tout : leurs soucis, les Livres-Monde, Chébérith. Pour quelques jours, ils se permirent de redevenir trois adolescents insouciants. Ils n'avaient pas parlé une seule fois de leur quête, juste profité du soleil, de la mer, de leurs soirées entre amis, à rire comme des baleines aux blagues idiotes de Lia.

Pour Nathan, c'était la définition du bonheur. Il avait vécu chacun de ces instants avidement. Et il flottait encore dans une bulle de bien-être qu'il n'avait pas ressentie depuis très longtemps. Il ne voulait pas penser que c'était la dernière soirée d'insouciance qu'ils passaient. Le lendemain, très tôt, ils partiraient à la recherche du premier Livre-Monde et les vacances seraient alors terminées.

Il chassa cette pensée de sa tête. Il lui restait quelques heures de tranquillité, il voulait les savourer pleinement.

Soudain, un choc le fit brutalement sortir de sa rêverie. Zayn, qui courait pour échapper à Lia, avait perdu l'équilibre et s'était écroulé de tout son long sur lui. Il était trempée et son tee-shirt glacé se colla à celui du garçon, devenu rigide de sel en séchant.

Nathan ouvrit les yeux en criant de surprise et de douleur.

Zayn s'étalait en travers de son torse. Ses cheveux étaient foncés par l'eau et seules quelques mèches plus éclaircit striaient ses boucles comme des rayons de miel.

Il tourna la tête vers Nathan, son visage était tout près du sien.

- Je suis désolé, je ne t'ai pas fait mal ?

- Non, mais je crois que mes ailes sont définitivement incrustées dans le sable.

Zayn, déjà hilare à cause de son jeu avec Lia, partit dans un fou rire qui le secoua et le fit rebondir sur Nathan. Ce dernier se mit à rire aussi. Il sentait le parfum iodé qui s'était déposé sur la peau de son ami. Ses yeux, immensément lumineux, le regardaient, emplis de joie. Son souffle caressait sa joue... Il s'arrêta de rire troublé. Zayn fit de même.

Ils se regardèrent longuement sans bouger. Mais Lia fit fuir la magie de l'instant en venant s'ébrouer à côté d'eux.

- Zayn, tu as trouvé un nouveau matelas ou quoi ? s'écria-t-elle. Tu viens ? On y retourne ?

Lentement, Zayn se releva et son regard quitta celui de Nathan.

- Non, je crois que j'ai eu ma dose. Je vais me reposer un peu !

Il souleva sa serviette et la secoua pour en chasser quelques grains de sable.

- Tu fais comme tu veux, moi, je retourne nager. J'ai envie d'atteindre la bouée verte qui flotte là-bas.

- D'accord, on te regarde !

Et Lia, tel un chien fou, se mit à courir dans les vagues, en levant haut ses jambes et en faisant jaillir de grandes éclaboussures.

Zayn et Nathan rirent en la voyant ainsi, puis redevinrent silencieux.

- C'était bien, hein ? demanda Nathan au bout d'un long moment.

- Oui… Je n'avais pas passé un aussi bon moment depuis des siècles. C'est passé trop vite.

- C'est vrai... Tu te sens prêt pour demain ?

- Il faut bien. J'ai un peu peur, pour tout t'avouer. Je me demande si on ne s'est pas trompés, si c'est bien là qu'est caché le livre.

- Moi aussi. Et si on le trouve... Je n'arrive pas encore à imaginer toutes les conséquences...

Pour toute réponse, Zayn posa sa tête sur l'épaule de Nathan en frissonnant.


Le soleil était encore bas sur l'horizon quand ils se levèrent le lendemain matin. Ils attendaient le premier bus de la journée à l'arrêt qui se trouvait devant le camping. Lia, les yeux encore collés de sommeil, somnolait sur le banc.

Nathan regardait la route fixement, guettant le bus qui les mènerait vers leur ultime étape. Enfin, il apparut dans le virage.

Ils s'assirent tout au fond.

- Pourquoi on doit se lever aussi tôt ? demanda Lia d'une voix pâteuse. C'est pas des vacances, ça !

- Je te l'ai déjà expliqué, répondit Zayn, légèrement agacé. En été, les chemins de randonnée sont fermés dans la journée, pour éviter tout risque d'incendie. On n'a le droit de les emprunter que très tôt le matin. Alors, si on veut arriver à En-Vau, il faut partir à l'aube.

- C'est nul. On devrait attendre l'hiver pour y aller quand on veut.

- Lia, t'es soulante ! Si tu ne voulais pas venir, tu pouvais rester dans ton sac de couchage !

- T'énerve pas ! Je suis là, non ? Ok... Je me tais, je me tais...

Ils ne dirent plus un mot jusqu'à leur arrivée devant la calanque de Port-Miou. C'est là que démarrait le chemin de randonnée qui devait les mener à En-Vau. Ils ajustèrent leurs sacs à dos, leurs chaussures de marche, avalèrent une gorgée d'eau puis se mirent en route. Il n'y avait personne. Au début, c'était facile, ils avançaient sur un large chemin qui longeait la calanque avant de s'enfoncer un peu dans le massif. Arrivés à Port-Pin, les choses se compliquèrent. Le chemin devint plus étroit, tortueux, et grimpa entre des buissons et des arbres. Enfin, la pente faiblit, puis ils arrivèrent au sommet. Ils traversèrent le petit plateau. Leur objectif se trouvait juste là, en bas, à leurs pieds. Le soleil qui montait dans le ciel promettait d'être écrasant.

Le Belvédère, une avancée rocheuse qui donne sur la calanque d'En-Vau. Ils s'étaient arrêtés sur ce promontoire et regardaient en silence le paysage qui dégringolait de l'autre côté du plateau. La calanque était tout en bas et son eau verte se paraît de transparences cristallines sous les premiers rayons du soleil. La roche du plateau de Castelvieil, en face d'eux, était frappée de plein fouet par la lumière du jour nouveau et éclatait de blancheur. La végétation, improbable, s'accrochait sur ces parois de calcaire, lui ôtant tout caractère aride. C'était tel que l'avait décrit Mélior : un mélange de bleu, de vert et de blanc, le ciel servant de toile de fond au paysage.

En se tournant un peu sur la droite, on perdait de vue l'embouchure de la calanque, mais on pouvait admirer la brèche de Castelvieil, là où la pierre, semblable à des tuyaux d'orgue, remontait vers le ciel en dents accidentées et inégales. C'était là que se trouvait le Trou du Canon - une ouverture presque carrée qui perforait la roche et s'ouvrait vers la mer, juste derrière. Ce trou était certainement dû à une cause naturelle, mais on aurait dit qu'un géant l'avait creusé, pour garder un œil sur la Méditerranée qui scintillait de l'autre côté.

- C'est là.

Nathan ne trouvait rien d'autre à dire. Il se sentait étreint d'une forte émotion. Zayn lui prit la main et Lia posa la sienne sur son épaule. Unis tous les trois par ces gestes simples, ils partageaient à leur façon ce moment important et unique.

- On fait quoi ? demanda Zayn dans un souffle.

- On y va. Je pense que le doigt dont parle Melior est un de ces tuyaux d'orgue en pierre. Mais je ne sais pas lequel, réfléchit Nathan à voix haute.

Lia serra l'épaule de son ami affectueusement :

- Je suis sûre que vous allez trouver, une fois là-bas.

- On y va comment ? demanda à nouveau Zayn.

Nathan le regarda, surpris.

- En volant ! Comment veux-tu faire autrement ? On ne peut accéder au Trou du Canon qu'en rappel, sinon, et nous ne sommes pas équipés.

- C'est que...

Zayn rougit et baissa la tête.

- Quoi ?

- Je n'ai encore jamais volé ! Je sais que tu l'as déjà fait, et même à plusieurs reprises, mais je n'ai pas osé essayer ! J'avoue que j'ai peur.

- Peur ? Toi, Zayn l'intrépide ?

Nathan serra la main de son ami un peu plus fort.

- Ne t'en fais pas, si j'y suis arrivé, tu peux le faire aussi. Je vais t'aider, te guider. Tu n'as pas à avoir peur.

- Et si je tombais ? Si ça me faisait mal ? Si mes ailes ne fonctionnaient pas bien ?

- Zayn, je t'assure que tu ne risques rien. Là, tu réfléchis en Terrien. En tant que Chébérien, tu es programmé pour ça. Quand je me suis lancé pour la première fois, c'est venu naturellement, comme si j'avais volé toute ma vie. Je ne vois pas pourquoi ça serait différent pour toi ! Fais-moi confiance !

Nathan regarda autour de lui. Il était encore tôt et pour le moment aucun randonneur n'était visible dans les environs. S'il y en avait plus bas, dans la calanque, qui avaient la mauvaise idée de lever les yeux sur eux, eh bien, ils penseraient voir de drôles d'oiseaux ! De toute façon, ce n'était plus le moment d'hésiter. Il fallait y aller. Le premier Livre-Monde était peut-être là, à portée de leurs ailes !

Il ôta son tee-shirt et étira ses longues ailes blanches. Elles étaient magnifiques dans la lumière du petit matin, leur duvet fin se soulevant dans la brise. Le jeune garçon était superbe ainsi. Zayn le contempla et son cœur se serra. Il trouvait Nathan plus beau que jamais. Il avait envie de l'embrasser.

Vérifiant lui aussi que personne ne les voyait, il enleva à son tour sa chemise, laissant apparaître son torse finement musclé. Il ouvrit ses ailes. Les siennes étaient couvertes d'un duvet doré qui scintilla. Lui aussi était beau ainsi, étonnant, encore timide. Il rougit un peu, gêné par cette nouveauté. Il avait l'impression d'être nu devant Lia et Nathan. Mais ce dernier lui fit un sourire rassurant.

- Tu te sens prêt ?

- Je ne sais pas...

- Allez, donne-moi la main, n'aie pas peur.

Zayn glissa sa main dans celle de Nathan. Le garçon fit trois pas pour se rapprocher du bord. Les bouts de ses pieds pointaient dans le vide.

- C'est haut ! souffla Zayn.

- Tu as le vertige ?

- Un peu, et je n'ai jamais eu à me jeter du haut d'une falaise avant aujourd'hui !

- Tu vas voir, c'est marrant !

Et Nathan, sans prévenir, s'élança dans le ciel. Zayn, entraîné malgré lui, poussa un cri.

Il se sentit tomber sur quelques mètres et manqua de lâcher la main de son ami. Et puis, tout comme Nathan l'avait déjà expérimenté avant lui, son instinct prit le dessus et ses ailes se mirent à battre. En quelques instants, il remonta et se retrouva en train de voler près de son ami.

- Ooooh ! s'écria-t-il en admirant le paysage sous ses pieds.

La calanque s'offrait sur toute sa longueur. L'eau de la mer qui entrait dans cette ouverture était bleue, puis elle devenait verte en s'avançant vers la plage blanche.

- Alors ! Tu vois ? C'est génial, non ?

Zayn se mit à rire aux éclats.

- C'est fantastique ! C'est... inimaginable !

Il lâcha la main de Nathan et prit de l'altitude, se laissa descendre et se mit à voler autour du jeune homme.

Lia, perchée au bord du Belvédère, les observait. Elle les enviait de pouvoir vivre une telle expérience. Zayn se retourna vers elle et lui fit un grand signe de la main.

Elle lui rendit son signe en souriant. Elle aurait bien aimé être une Chébérienne elle aussi, à ce moment-là.

Zayn se concentra à nouveau sur son vol et il se mit à pourchasser Nathan, qui tournoyait dans le ciel, grisé de liberté. Jusque-là, il n'avait volé que de nuit et le plus discrètement possible. Puis il n'avait plus osé le faire en raison de l'histoire de la photo et d'Aela. Là, il se sentait en communion avec le ciel bleu, avec le vent léger qui portait un parfum de sel, de pin et de bruyère, avec les couleurs qui éclataient autour de lui. Quand il vit que Zayn tentait de le suivre, il s'amusa à accélérer, à monter, à redescendre, en criant :

- Tu n'arriveras pas à me rattraper !

Zayn le suivait en arabesques dans le ciel, riant à gorge déployée, essoufflé par cet effort nouveau. Nathan finit par ralentir et se laisser rattraper. Les deux jeunes Chébériens volaient à présent côte à côte, tournaient l'un autour de l'autre en vrilles, en loopings, traversant le ciel comme deux anges légers ivres de bonheur. Finalement, ils se calmèrent, fatigués. Zayn avait les joues rouges et les yeux brillants. Ses cheveux châtain-miel étaient ébouriffés et son sourire était tellement radieux qu'il semblait traversé de lumière.

- C'est merveilleux ! Tu avais raison ! J'ai la tête qui tourne !

- Moi aussi ! Que j'aimerais pouvoir voler comme ça, en toute liberté, tous les jours !

- On pourra le faire si Chébérith renaît, dit gravement Zayn.

- Tu as raison, il est temps d'aller chercher le Livre-Monde.

Zayn se rapprocha de lui et c'est en se tenant par la main qu'ils se dirigèrent vers le Trou du Canon. Le soleil se déversait dans la calanque et les premiers baigneurs n'allaient pas tarder à arriver pour profiter des lieux. Il n'y avait plus de temps à perdre.

Assis seul sur la pierre. Lia les regardait virevolter. À cet instant précis, elle se sentit très loin d'eux. Ce bonheur qu'ils vivaient, jamais elle ne le partagerait avec eux. Jusqu'ici, elle n'y avait pas trop pensé, ils formaient le parfait trio de héros, mais aujourd'hui Lia comprenait qu'une partie de cette histoire ne la concernait pas, ou seulement à travers ses amis. Plissant les yeux pour les protéger de la lumière qui tapait sur la pierre blanche, elle les regarda avec un sentiment de douce tristesse. Ils étaient beaux tous les deux, comme deux anges improbables glissant sur l'air. Comme pour masquer ses pensées, elle posa ses lunettes de soleil sur son nez.

En s'approchant, Nathan et Zayn purent mieux voir le fameux Trou du Canon. C'était une ouverture carrée, comme une fenêtre, qui transperçait la paroi rocheuse. Ils se rendirent compte qu'elle était aussi haute qu'un homme et qu'on pouvait aisément se tenir debout à l'intérieur. Les deux jeunes hommes se posèrent sur le rebord de la roche. À l'ombre de cette étrange ouverture qui semblait surnaturelle, il faisait plus frais et il en émanait un parfum minéral.

- Bon, nous voilà dans le Trou du Canon, déclara Zayn. Il faut trouver le doigt maintenant.

Ils avancèrent dans l'échancrure et observèrent les alentours. De l'autre côté de la paroi, ils retrouvaient la mer bleu foncé, encore à l'ombre de la roche. Il y avait plusieurs tuyaux d'orgue qui remontaient vers le ciel. Ils pouvaient tous être comparés à des doigts plus ou moins déformés.

- C'est lequel, d'après toi ? demanda Nathan en scrutant le moindre détail dans la pierre qui pouvait leur indiquer la cachette du Livre-Monde.

- Je n'en sais rien. Ils se ressemblent tous un peu, je trouve.

Ils continuèrent leur observation un moment, mais rien ne semblait indiquer avec plus de précision où leur "trésor" pouvait se dissimuler.

Finalement, Zayn redéploya ses ailes.

- À mon avis, il faut chercher autrement.

- Pourquoi ?

- Parce que, si Mélior a caché le livre de manière que personne d'autre ne le trouve, il faut qu'il ne soit accessible qu'à des gens qui ont des ailes.

- Pas bête !

Suivant ce raisonnement, Zayn et Nathan s'élancèrent à nouveau dans le ciel, mais cette fois-ci de l'autre côté de la brèche, côté mer. Ils commencèrent à tourner autour des pointes rocheuses qui montaient vers le ciel, observant le moindre signe dans le calcaire.

- Là ! s'écria Zayn. Regarde celui-là, on dirait vraiment un doigt !

Le jeune homme avait raison. Un des tuyaux d'orgue ressemblait à un index pointé vers le haut. Un bourrelet dans son milieu faisait penser à l'articulation et l'érosion du sommet avait donné la forme d'un ongle à la pierre. C'était indéniablement un doigt, mais on ne pouvait le voir sous cet angle qu'en le survolant légèrement.

- Mélior a dit que le doigt montrait la direction du Livre-Monde, dit Nathan en tournant autour du rocher. Mais il ne montre que le ciel.

- À mon avis, ça dépend de l'endroit où tu te places.

Pour illustrer ses propos, Zayn se posa à la base du doigt. Nathan fit de même mais de l'autre côté. Puis il suivit du regard la direction qu'indiquait la pointe du rocher. Son cœur fut un bond dans sa poitrine. Ça ne pouvait être que ça ! Il voyait, derrière un buisson épais, une zone d'ombre dans la roche, en haut de la brèche. Zayn avait raison, ce détail n'était visible que du point où il se trouvait !

- Zayn, souffla-t-il, regarde !

Zayn suivit du regard le point que lui indiquait Nathan.

- Oh ! s'écria-t-il.

Aussitôt, ils s'élancèrent vers l'arbuste touffu et épais agrippé à la paroi verticale. Nathan se mit à fouiller dans les blanches. Il ne s'était pas trompé ! L'ombre qu'il avait vue était en réalité une petite anfractuosité dans la roche. Mélior avait trouvé une cachette vraiment idéale. Elle n'était accessible que si on avait des ailes. Même en rappel, personne ne se serait risqué à passer sur ce tas de branches hérissées d'épines.

Zayn et Nathan voletèrent un moment devant la paroi. Ils n'osaient pas s'approcher davantage. Peut-être que là, devant eux, se trouvaient le but qu'ils cherchaient à atteindre, un monde entier caché depuis des années dans un morceau de pierre.

Finalement, Nathan s'éclaircit la voix et déclara :

- Ça ne va pas être facile !

Il écarta une grande branche tordue. Les épines s'enfoncèrent dans ses mains. L'ouverture était là, en forme d'amande.

Zayn s'avança.

- J'y vais !

- Attends, je vais t'aider.

Il souleva une deuxième branche qu'il écarta du mur en prenant appui sur ses pieds, sans s'occuper de la douleur occasionnée par les ronces. Zayn s'accrocha à une racine et, repliant ses ailes, il s'engouffra, tête la première, dans le passage ouvert par Nathan.

- Aïe ! cria-t-il avec un mouvement de recul.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, je me suis juste égratignée dans les branches. Attends, j'y suis presque !

Zayn pénétra un peu plus dans la cavité. Son ventre frottait contre la pierre, les pointes de l'arbuste s'enfonçaient dans ses bras. C'était très inconfortable et douloureux. Il faisait noir à l'intérieur et ça sentait le froid humide. Zayn réussit tout juste à passer un bras plus loin et explora, à tâtons, la petite grotte.

Enfin, sa main se posa sur quelque chose qui ne ressemblait pas du tout à de la pierre. C'était lisse et chaud. Il tâta du bout des doigts.

- J'ai trouvé quelque chose ! hurla-t-il, surexcité. Ça ressemble à un coffret de bois !

- Vas-y, sors-le !

- Je n'y arrive pas, c'est trop lourd !

- Je ne peux pas t'aider, si je lâche la branche, je t'éjecte !

- Attends...

Zayn, au prix d'un énorme effort, s'avança encore un peu plus dans la petite caverne. Le buisson épineux l'égratignait sur toute la surface de sa peau, même ses ailes n'y échappaient pas. Mais il ne sentait rien, excité par sa découverte. En avançant un peu plus le bras, il trouva une meilleure prise et put saisir le coffret qu'il tira péniblement vers lui.

- Han ! C'est très lourd !

- Dépêche-toi, je ne vais pas pouvoir tenir la branche encore très longtemps !

- Je fais ce que je peux !

Centimètre après centimètre, Zayn parvint à faire surgir de la petite ouverture l'angle d'un coffret en bois sombre recouvert de sable, de poussière et de cailloux.

- Le voilà !

Cette fois, il réussit à le saisir à deux mains et à le tirer d'un coup.

- Je l'ai !

Tenant le coffret serré contre lui, il recula et Nathan lâcha la branche. Ses paumes étaient ensanglantées. Il faisait de plus en plus chaud et leurs efforts les avaient fait transpirer.

Zayn se posa un peu plus bas. Le coffret était très lourd. Il mesurait environ quarante centimètres de long sur trente de large. Nathan l'admira en silence. A l'intérieur, si tout allait bien, devait se trouver le premier Livre-Monde. Il passa la main sur le bois pour le débarrasser de la poussière.

- On l'ouvre ? demanda-t-il d'une petite voix.

- Non, il vaut mieux attendre d'être en sécurité. Il est en équilibre instable, et je ne voudrais pas risquer de le faire tomber.

- Tu as raison. Rapportons-le en lieu sûr.

Zayn passa une main sur son visage couvert de sueur et de poussière. Des égratignures saignaient sur ses bras, sur une joue et dans son dos. Son ventre était râpé par la pierre, mais peu lui importait. Il avait récupéré le coffret. C'était le plus important. Son cœur battait la chamade, il avait la sensation de vivre un moment clef de sa vie.

Nathan prit le coffret et s'élança dans les airs, suivi de Zayn. Cette fois, ils ne batifolèrent pas et ne prononcèrent aucun mot. Ils repassèrent par-dessus la brèche et traversèrent la calanque à tire-d'aile.


Lia était toujours assise sur le bord du belvédère et attendait, scrutant le ciel d'un air inquiet.

Enfin, elle les aperçut et se leva en leur faisant un grand signe. Elle était soulagée. Elle avait croisé deux randonneurs qui étaient remontés de la calanque d'En-Vau et qui redescendaient de l'autre côté, vers Port-Pin.

Nathan et Zayn se posèrent rapidement près d'elle.

- Alors ? s'écria-t-elle en se précipitant vers eux. Ouh là ! Vous êtes bien amochés !

- Peut-être, mais on a trouvé quelque chose !

Nathan lui tendit le coffret. Lia le saisit et le posa par terre. Les deux Chébériens se dépêchèrent d'enfiler leurs tee-shirts, qui collèrent instantanément à leur peau.

- Oh ! La vache ! Ça pèse trois tonnes, ce truc ! Vous pensez que c'est le livre ?

- On va vite le savoir ! Il faut ouvrir le coffre !

- On ne va pas le faire ici, décréta Zayn d'un air outré.

- Pourquoi ? Je veux savoir ce qu'il y a dedans !

Nathan cherchait déjà le moyen de soulever le couvercle du coffre.

- Parce qu'on est au milieu de nulle part, qu'on n'est pas en sécurité et qu'il y a du passage, ajouta-t-il en baissant la voix, alors qu'un groupe de marcheur apparaissait au détour d'un chemin.

- De quoi as-tu peur ? Tu crois que le type, là, qui est tout rouge à cause de l'effort qu'il vient de faire pour monter jusqu'ici, c'est l'Avaleur de Mondes ?

Lia avait un sourire narquois. Zayn ouvrit de grands yeux.

- Tu ne devrais pas plaisanter avec ça. Eyver m'a dit que l'Avaleur de Mondes était déjà venu sur Terre, et qu'il pouvait revenir.

- Oui, mais il a dit qu'on le sentirait ! Tu sens quelque chose, toi ?

Nathan les interrompit.

- Je pense que Zayn a raison. C'est vrai que je suis impatient, mais on ne peut pas faire ça ici, comme ça. Rentrons au camping et là-bas, à l'abri dans la tente, on ouvrira le coffre.

- Ok, soupira Lia en remettant son sac sur son dos. Qui le porte sur le chemin du retour ?

Ils repartirent en sens inverse, qui, heureusement, était en descente. C'est Nathan qui portait le coffret contre lui. Il sentait son cœur battre contre le bois sombre. Ses pensées dérivaient vers le contenu de cette boîte. S'ils ne s'étaient pas trompés, le premier Livre-Monde s'y trouvait, avec une partie de Chébérith enfermée entre ses pages. Il tenait presque un monde entier contre lui et cette pensée le faisait frissonner sous le soleil. Même si ses bras commençaient à fatiguer sous le poids de la charge, il continuait à le serrer fort, à faire attention à ses pas. Sa responsabilité était énorme, et c'était certainement cela qui rendait le coffre plus lourd. De temps à autre, Zayn se retournait et l'observait. Son regard demandait "ça va ?", et Nathan le rassurait d'un sourire, malgré le filet de sueur qui roulait sur sa tempe, malgré la chaleur écrasante qui descendait du ciel d'un bleu parfait et remontait de la terre chauffée à blanc.


Le retour leur parut plus long que l'aller. La température avait beaucoup augmenté, la poussière soulevée par leurs chaussures asséchait les gorges, malgré les nombreuses pauses pour se rafraîchir, Zayn prit la relève et porta le coffre un long moment lui aussi. Ils reprirent le bus jusqu'au camping et, enfin, se retrouvèrent tous les trois à l'abri des regards dans leur tente igloo.

Et là, ils décidèrent de cacher le coffre sous un sac de couchage et ils allèrent se doucher. Même s'ils étaient pressés, ils ne voulaient pas toucher le Livre-Monde couverts de poussière et dégoulinant de sueur.

Enfin, le moment tant attendu arriva.

Assis en tailleur sous la tente, ils posèrent le coffre de bois au milieu du cercle qu'ils formaient. Il faisait chaud et sombre sous la toile épaisse. Tous les bruits extérieurs leur parvenaient étouffés. A ce moment précis, ils se sentaient comme seuls au monde, en possession du trésor le plus précieux. Ils le regardèrent un moment sans oser le toucher. Leur impatience était retombée et, à présent, ils ressentaient de la curiosité, certes, mais également de l'anxiété. Une étrange émotion les étreignait, ils osaient à peine respirer.

- On l'ouvre ? demanda finalement Zayn dans un souffle, en passant sa main avec beaucoup de douceur sur le couvercle de la boîte.

Les deux autres hochèrent la tête ensemble.

Précautionneusement, Nathan passa ses doigts le long de la bordure supérieure du coffre, cherchant une serrure, une ouverture, qui permettrait de soulever la planche qui scellait le bois.

Il fit le tour plusieurs fois, sans rien trouver.

- Il n'y a rien, murmura-t-il.

- Tu es sûr ? demanda Lia.

Nathan repassa ses doigts sur la boîte. Il la souleva et la retourna avec une infinie douceur. Il sentait son cœur cogner et tout son esprit était tendu vers ce bout de monde qu'il tenait entre ses mains.

Attentif, Zayn aperçut une fine entaille dans le bois. Elle était imperceptible, mais un reflet de lumière la fit ressortir sur les nervures à ce moment précis. Le jeune homme glissa son ongle dans l'encoche. Il y eut un "clac !" sec qui les fit sursauter. Un côté de la boîte s'ouvrit.

Nathan reposa le coffre avec délicatesse. Il regarda Lia, puis Zayn, et, en prenant une profonde inspiration, glissa une main dans l'ouverture. Ses doigts rencontrèrent un objet froid et métallique qu'il agrippa et, doucement, retira de son enveloppe de bois.

Ses amis retenaient leur souffle alors que Nathan sortait le Livre-Monde avec solennité.

Tout doucement, il le posa sur la boîte. Il était semblable en tout point au dessin de Mélior dans son carnet de notes : un grand parallélépipède, d'à peu près les dimensions du coffre, soit quarante centimètre de longueur sur trente de largeur, et épais d'une vingtaine de centimètre. La couverture était faite d'une espèce de métal doré, mais mat, qui ne brillait pas, et elle était ornée de nombreux dessins. Au milieu se trouvait un triangle gravé dans la matière, surmonté d'un petit cercle. Tout autour s'enroulaient des arabesques et des spirales compliquées, tantôt en relief, tantôt en profondeur. L'ensemble était parsemé de trous de poinçon et de picots pointus qui faisaient ressembler le tout à la carte d'une ville très complexe en 3D.

Les deux côtés de la couverture étaient scellés par une serrure sur la tranche du livre, empêchant son ouverture. Nathan manipula quelques instants le cadenas sans succès.

- Il doit y avoir un truc spécial pour l'ouvrir, fit-il remarquer.

- Oui, mais c'est mieux comme ça. Je préfère le faire avec Eyver, souffla Zayn en passant le doigt le long d'une boucle moulée dans le métal, une partie en relief et l'autre replongeant dans la matière dans une volute délicate.

- Je suis d'accord avec toi. J'aurais trop peur de voir Chébérith renaître sous la tente et nous aplatir !

Zayn sourit.

- Lia, il faut les trois Livres-Monde pour recréer Chébérith !

- Ouais, mais quand même...

Ils admirèrent longuement l'ouvrage, commentant les formes dessinées, cherchant une signification à leur présence. Puis, doucement, ils replacèrent le livre dans son coffret. Encore quelques heures et ils reprenaient le train pour Paris : ils auraient toutes les réponses là-bas.