Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Après avoir accompagné Zayn chez lui, prêt à le protéger encore une fois de toute attaque, Nathan reprit le chemin de son appartement et rentra chez lui par la fenêtre de sa chambre restée ouverte. Ils n'avaient pas recroisé l'Avaleur de Mondes, mais le garçon se doutait que l'entité n'allait pas en rester là.

Il se tint longuement immobile au milieu de sa chambre, guettant le moindre signe de sa présence. Il écouta le silence de la nuit. Ses parents dormaient déjà. Au bout de plusieurs minutes, il conclut qu'il ne le sentait pas. Il n'était pas dans la chambre. Pas encore, en tout cas. Nathan savait qu'il connaissait le chemin jusqu'ici, puisqu'il s'était déjà senti observé dans son propre appartement à de nombreuses reprises. Le Chébérien prit soin de bien refermer la fenêtre, tout en ayant conscience que cette protection dérisoire n'arrêterait pas un être qui ne possédait ni corps ni structure réelle. Mais il se sentit plus rassuré une fois l'ouverture condamnée et les stores abaissés sur la nuit. Il s'autorisa enfin un moment de détente et jeta un coup d'œil aux chiffres rouges de son radio-réveil. Minuit était passé depuis un moment, mais il n'hésita pas à composer le numéro de portable de Lia. Il devait lui raconter ce qui venait de se passer. Lia décrocha tout de suite.

- Alors, ton rencard avec Zayn ? Ça s'est bien passé ? Tu as assuré ?

- Ça dépend de ce que tu appelles « assurer ».

- J'sais pas, moi, tu l'as embrassée ?

- Je lui ai sauvé la vie après que l'Avaleur de Mondes a tenté de nous tuer. Est-ce que ça rentre dans tes critères ?

- Quoi ?! (Lia avait hurlé dans le téléphone, obligeant Nathan à éloigner le sien de son oreille.) Tu me fais marcher, tu n'oses pas m'avouer que tu t'es fait jeter, c'est ça ?

- J'aurais encore préféré ! Non, je te dis la vérité. Nous avons été attaqués par l'Avaleur de Mondes.

Nathan raconta une fois de plus le déroulement de sa soirée. Cette fois, il rajouta des détails qu'il ne pouvait avouer qu'à sa meilleure amie, comme le moment où Zayn avait posé sa tête sur son épaule.

Au fur et à mesure qu'il avançait dans son récit, il pouvait deviner l'expression de stupéfaction sur le visage de son interlocuteur : son silence au bout de la ligne était révélateur.

- Putain ! Ça craint, mec, finit par souffler Lia. Comment il a fait pour arriver aussi vite ? Même dans les films de SF, c'est pas aussi rapide.

- On n'est pas dans un film.

- Tu flippes ?

Nathan réfléchit quelques instants à cette question. Il s'assit plus confortablement sur son lit et s'appuya contre le mur. Il était torse nu, et ses ailes retombaient de chaque côté de son dos, comme deux cascades mousseuses et blanches.

- En fait, non... Plus maintenant...

- Quoi ?

- J'ai flippé après l'ouverture du livre, quand on a su qu'on l'avait réveillé. Mais maintenant qu'il est là, j'ai moins peur. Au moins, il est devenu concret.

- T'es un grand malade, mon gars ! s'écria Lia, complètement surexcitée. Vous, les Chébériens, vous ne tournez pas rond ! Il veut te tuer, et tu peux être certain qu'il va réessayer.

Nathan soupira et passa une main dans ses cheveux.

- Je sais bien. Mais je préfère me battre contre un ennemi réel que contre un danger imaginaire.

- Ouais, ben, je te souhaite bonne chance. Et je suis bien contente de ne pas être chébérienne.

- Profites-en ! On se voit demain ?

- Oui, on se voit demain. Ah ! Attends, j'accepte ton excuse de ce soir pour ne pas avoir embrassé Zayn, mais que ça ne se reproduise plus, hein ?

Nathan raccrocha en s'esclaffant et se prépara pour la nuit. Il se glissa sous son drap en essayant de ne pas penser à ce que mijotait l'Avaleur de Mondes, mais plutôt à la prochaine fois qu'il verrait Zayn, en espérant que, cette fois, ils seraient vraiment seuls.


En pénétrant dans la chambre, il vit tout de suite que l'anomalie était rentrée chez lui. Il dormait à présent. Ses yeux fermés et sa respiration devenue régulière, presque inaudible, le prouvaient. Tapi dans un coin de la pièce, il le contempla un long moment.

Il avait cru à sa bonne étoile un peu plus tôt : sur le toit de la tour, il avait trouvé deux êtres ailés d'un coup. C'était parfait ! Presque trop facile ! Il allait explorer leurs pensées, décortiquer leurs souvenirs et remonter jusqu'à la source de la douleur. Il n'était là que pour récupérer et annihiler ce qui avait provoqué la distorsion, ce qui allait à l'encontre de son œuvre destructrice. Il les ferait mourir, après avoir aspiré leur conscience. Il faisait cela tout le temps, c'était tellement simple. L'esprit des êtres vivants était si faible, si fragile !

Ensuite, il serait libre de détruire la chose, la source de la distorsion, puis il retournerait s'enrouler dans le coin de l'univers qu'il avait quitté, afin de gagner le repos.

La perspective d'une éternité de sommeil fit remonter en lui l'envie d'en finir rapidement. Car il avait échoué. Pire ! Une fois dans le cerveau de l'anomalie, il avait encore une fois été confronté à la souffrance, à la douleur. C'était inimaginable ! Comment un être vivant si... mortel, si insignifiant, pouvait-il lui infliger une telle peine ? Son esprit était différent des autres : opaque, protégé par une coque invincible, invulnérable. Il avait alors essayé sur l'autre être ailė, se disant que le premier était juste une exception. Mais il s'était heurté à la même difficulté. Il s'était encore enfui en hurlant de douleur et avait trouvé refuge très haut au-dessus de la ville, le temps de faire passer la souffrance, de panser ses plaies, pour la deuxième fois de sa vie éternelle...

Maintenant, plus décidé que jamais, il observait l'anomalie. Est-ce que son esprit perdait sa protection pendant qu'il était inconscient ? C'était une théorie intéressante, qui valait la peine d'être expérimentée. Dans le pire des cas, il aurait encore mal, mais il y avait peu de risques. Aucun esprit ne pouvait lui résister, encore moins dans les limbes du sommeil.

Telle une brise froide, l'Avaleur de Mondes s'approcha du lit de l'anomalie et s'étira pour s'infiltrer entre ses dents, par sa bouche entrouverte. Il remonta jusqu'à son cerveau et fouilla le long de ses circonvolutions, à la recherche de la faille qui lui permettrait de tordre chacune de ses cellules pour en finir.


Nathan bougea légèrement, gémit dans son sommeil. Puis il ouvrit les yeux d'un seul coup, le corps tendu, arc-bouté au-dessus de son matelas. Son regard exorbité ne pouvait que fixer le plafond de sa chambre, alors que la douleur s'infiltrait dans son esprit comme un serpent, le paralysant complètement. Il était incapable de bouger, de crier. Il resta ainsi, raide comme une statue, tout le temps que dura le tâtonnement de l'Avaleur de Mondes.

Ce dernier chuchotait dans sa tête, d'une voix grinçante par moments, onctueuse à d'autres, comme si l'entité se modifiait en permanence.

"Je suis de retour, anomalie... Tu croyais que j'allais abandonner ? Je suis là pour fouiller ton esprit, le réduire à néant, l'empêcher de me faire mal, encore... Cette fois, tu ne m'arrêteras pas, je trouverai le moyen de te faire disparaître de cet univers où tu ne devrais même pas exister…"

Nathan sentit des décharges électriques de plus en plus fortes assaillir son corps. Vu de l'extérieur, il ne bougeait pas. On aurait pu croire qu'il réfléchissait à quelque chose, ou qu'il dormait les yeux ouverts. Mais, à l'intérieur, il menait un véritable combat contre l'Avaleur de Mondes. Un combat qui le dépassait, parce que c'était son cerveau, génétiquement modifié, qui luttait contre la tentative de viol de l'entité. Il sentait son ennemi rebondir contre la coque invisible qui le protégeait.

L'Avaleur de Mondes avait mal à chaque coup qu'il donnait, mais il n'abandonnait pas, frappant encore et encore, espérant certainement provoquer une faille, une ouverture, même minuscule, qui pourrait lui permettre d'approcher les neurones de Nathan, de les fouiller, les écraser comme de simples fruits trop mûrs. Il eut beau se jeter littéralement contre le cerveau de l'être ailé, pendant un temps qui lui parut infini, il dut se rendre à l'évidence : rien ne pouvait détruire la protection de l'anomalie, et la souffrance grandissait à chaque coup qu'il lui donnait. Alors il abandonna. Poussant un nouveau hurlement de douleur qui résonna dans la tête de Nathan, il s'échappa et s'enfuit dans l'obscurité.

Le corps de Nathan se détendit et retomba mollement, vidé de toute énergie, sur son matelas. Ses muscles étaient pétris de douleur, comme si on avait tiré dessus pour les allonger de manière grotesque. Des élancements couraient le long de ses membres, sa peau s'était couverte d'une sueur de peur rétrospective. Il resta longtemps immobile, dans le creux de la nuit, tâchant de reprendre pied, de récupérer, priant pour que Zayn ne soit pas la prochaine cible. Il aurait aimé se lever, se passer un peu d'eau sur le visage, en avaler une gorgée pour hydrater sa bouche horriblement sèche, puis téléphoner à Zayn pour le prévenir, mais c'était au-dessus de ses forces. Aussi inerte qu'une poupée de chiffon, il laissa la souffrance refluer.

Finalement, il sombra dans un sommeil lourd, aux rêves peuplés d'étoiles tourbillonnantes et ricanantes...


Il se réveilla en sursaut, dérangé par la lumière du soleil qui filtrait entre les lames du store, zébrant de clarté sa chambre paisible.

En grimaçant, il leva une main vers ses tempes bourdonnantes. Il était presque étonné de pouvoir bouger, après la souffrance considérable que son organisme avait endurée, par deux fois, la veille. Du bout des doigts, il tâtonna à la surface de son visage, à la recherche de cicatrices témoignant de ce qu'il avait vécu dans la nuit, mais, pour autant qu'il pût en juger, tout avait l'air normal...

Ah ! quoique... Il sentit quelque chose de poisseux sous son nez. Il gratta et remonta ses doigts devant ses yeux qu'il plissa pour faire le point. C'était du sang séché. En soupirant, il se redressa, tout doucement, pour ne pas provoquer un peu plus les courbatures lancinantes qui bloquaient ses muscles. Se retrouver assis au bord de son lit lui prit un temps fou. Et il resta là de longues minutes, à observer les grains de poussière qui flottaient dans les rayons de lumière, l'esprit complètement vide. Il secoua la tête pour se réveiller un peu, se passa une main dans les cheveux (aïe! Son biceps était rigide comme s'il était celui d'une statue s'éveillant à la vie après un coup de baguette magique), puis se décida à se mettre debout. Il vacilla quelques instants, pris d'un vertige, avant de retrouver son équilibre, les yeux fermés pour éviter de voir la pièce tanguer autour de lui.

Enfin, une fois son malaise passé, il fit deux pas et ouvrit la porte de son armoire sur laquelle était fixé un miroir en pied. Il hésita un moment puis osa lever les yeux sur son reflet. Il avait bien saigné du nez.

- Évidemment, il m'a boxé de l'intérieur, le salaud, il fallait bien qu'il me pète une veine ou deux, grommela Nathan en observant les filets de sang séché qui avaient coulé sous son nez, contourné l'arrondi de sa lèvre supérieure puis glissé sur ses joues jusqu'à ses oreilles.

En se regardant de plus près, il remarqua que son œil droit était rouge. Un petit vaisseau sanguin avait éclaté dans le blanc et l'inflammation s'était étalée autour de son iris.

- La classe ! Après les yeux bleu/vert, voici les yeux bleu/rouge. En cherchant bien, j'arrive presque à recréer le drapeau français. Quel patriotisme !...

Nathan ricana de sa pathétique tentative d'humour. En boitillant, il retourna vers le lit, prit son téléphone posé sur la table de nuit et appela Zayn afin de vérifier qu'il allait bien.

- Ça va, je te remercie, j'ai passé une très bonne nuit, sans cauchemars, le rassura-t-il d'une voix pimpante. Et toi ? Tu as bien dormi ?

- Hmmmm, je ne sais pas si on peut dire ça...

Il entreprit de lui raconter les événements de la nuit. Zayn étouffa un cri dans l'appareil.

- Oh my… ! Il faut faire quelque chose ! Il aurait pu te tuer !

- Il ne l'a pas fait, et, si tu veux mon avis, on va avoir la paix pendant quelques jours. Je crois qu'il a vraiment morflé dans ma tête. Il va se cacher un moment.

- J'espère... Si seulement on pouvait créer une arme pour se défendre…

- Un spray anti-Avaleur de Mondes à base de concentré de mémo ?

Zayn éclata de rire malgré lui.

- T'es bête... Tu prends soin de toi, n'est-ce pas ?

- Ne t'en fais pas. Je vais me refaire une beauté et il n'y aura plus rien...

Après avoir raccroché, Nathan sortit de sa chambre, toutes ailes dehors. Il savait bien qu'il ne risquait rien. Ses parents étaient partis au travail depuis belle lurette, s'il en croyait l'heure qu'il avait lue sur son radio-réveil.

Une fois dans la salle de bains, il fit couler un jet d'eau brûlante dans la baignoire et y vida la moitié d'un flacon de bain moussant. Avant même que la vasque blanche soit pleine, il se glissa dans l'eau parfumée, en prenant bien soin de caler ses ailes le long de son dos afin de pouvoir tenir en entier, et laissa son corps se détendre, noyant dans la chaleur la douleur et la peur...

Une fois lavé, détendu et habillé, il se précipita dans la cuisine, complètement affamé. Sa mère lui avait laissé un petit mot sur l'ardoise habituelle.

« Mon chéri, nous ne t'avons pas vu hier soir. J'espère que tu as passé un bon moment. On dîne tous les trois ensemble ce soir ? Bisous, maman. »

Nathan ouvrit le placard et en sortit une grosse brioche et du Nutella qu'il engloutit, faisant passer le tout avec du lait très froid. Une fois le petit-déjeuner liquidé, il se dépêcha d'appeler Lia.

- J'ai besoin de m'aérer la tête. On se retrouve au parc ?

- No problemo, mon pote, je finis d'exploser la tronche de ma soeur au tennis sur la Wii, et je t'y rejoins.

Assis sur le dossier d'un banc du parc, les yeux cachés derrière des lunettes fumées, le visage tourné vers le soleil, Nathan écoutait la critique de Lia. Cette dernière avait laissé pousser ses cheveux depuis quelques semaines. Ses yeux noirs envoyaient des éclairs de colère.

- Quelle saleté cet Avaleur de Mondes ! Quel lâche ! T'attaquer en plein sommeil... Ça m'écoeure ! Heureusement que tu as un super cerveau super opaque !... Bon, mais, ça, je m'en doutais vu comment tu ne captes rien aux filles !

Nathan sourit et envoya un coup de coude dans les côtes de son amie qui continuait son monologue emporté :

- Ma parole, il ne faut plus te laisser seul ! Je vais finir par venir dormir avec toi pour te surveiller!

En imaginant la scène, Nathan se mit à rire.

- Je ne suis pas sûr de pouvoir expliquer à mes parents pourquoi tu dors avec moi.

- Ouais, t'as raison, ça ferait louche... Si jamais ça se savait au lycée, plus personne ne voudrait de moi !

Nathan secoua la tête et d'un mouvement souple se retrouva sur ses pieds face à Lia. Il souleva ses lunettes sur le sommet de son crâne et fusilla de son regard rouge son ami qui frémit en découvrant les dégâts.

- Arrête de penser au cul, espèce d'obsédée. Réfléchis un peu ! Si l'Avaleur de Mondes apprend que tu es notre amie, que tu fais partie de l'aventure, il entrera dans ta tête et te fera du mal. N'oublie pas que tu n'as pas de super cerveau, toi.

- Merci de me le rappeler. Mais tu as raison. Je ne voudrais pas qu'il rentre dans ma caboche. C'est un peu le bazar là-dedans, je n'ai pas eu le temps de ranger... Et je ne voudrais pas finir comme Eyver.

À cette idée les deux garçons se figèrent un instant. Zec remit ses lunettes.

- Moi non plus..., dit-il d'une voix grave. Finalement, je me demande si c'était une bonne idée de t'embarquer dans toute cette histoire. Je ne pensais pas que ça deviendrait aussi dangereux.

Lia resserra d'un geste nerveux l'élastique qui maintenait ses cheveux.

Ne dis pas n'importe quoi, Nath. Même si on ne vient pas du même monde, on est comme des frères et sœurs, toi et moi. Je te suis, quoi qu'il arrive.

- Merci...

- De rien, de rien, c'est ma bonté d'âme habituelle. Tu me connais... Et puis je suis sûr que l'Avaleur de Mondes ne devinera jamais que je suis ta Robine. Une bouffonne comme moi n'est absolument pas crédible dans un tel rôle !

Nathan éclata de rire. Heureusement que Lia était là avec sa flegme, son humour. Sa présence était sa principale source de réconfort depuis le début de toute cette histoire. C'était à elle, et à elle seule, qu'il avait révélé l'existence de ses ailes après leur apparition douloureuse. C'était avec elle qu'ils étaient partis chercher le premier Livre-Monde dans le sud de la France. Lia détenait une partie du code qui ouvrait le coffre-fort d'Eyver...

Elle faisait pleinement partie de l'aventure.

Lia lui fit un clin d'œil et se dépêcha de changer de sujet. Elle ne voulait pas l'avouer, mais elle était inquiète pour son ami. Pour elle aussi, d'ailleurs, mais un peu moins. L'Avaleur de Mondes n'avait aucun moyen de deviner à quel point elle était impliquée dans cette histoire, il se focalisait uniquement sur les Chébériens, les êtres qu'il devait détruire pour parachever son œuvre. Elle, elle était un second rôle, et elle s'en contentait largement.

Elle trouva rapidement de quoi divertir Nathan.

- Au fait ! Alice nous a invités pour son anniversaire dans sa nouvelle baraque. Elle m'a laissé un message l'autre jour.

- Elle a déménagé ? Je n'étais même pas au courant !

Alice était une fille de leur classe. Ils se suivaient d'année en année depuis la maternelle.

- Elle est restée dans le quartier, ses parents ont acheté une maison derrière le parc.

- Sympa, dis donc. C'est quand ?

- La semaine prochaine.

- Tu crois qu'on pourrait y aller avec Zayn ?

Louis s'esclaffa :

- Évidemment, mon vieux. Et vous ferez sensation tous les deux avec vos ailes !

- N'importe quoi... Nathan se rassit sur le dossier du banc, à côté de Lia.

Le temps était doux, tempéré par une brise bienvenue après la chaleur du début de juillet. Le parc était bondé d'enfants courant, hurlant, de mamans attentives qui profitaient du soleil pour prendre quelques couleurs. Tout était si... normal que Nathan avait du mal à réaliser que, la nuit dernière, il s'était fait agresser par une entité destructrice qui voulait sa mort. Pourtant, ses muscles toujours remplis de courbatures étaient là pour témoigner que cela n'avait pas été un rêve. Il frissonna malgré la douceur ambiante. Allait-il finir par développer une tendance schizophrénique ? Le jour, mener une vie normale avec sa famille et ses amis et, la nuit, devenir la cible d'un supervilain ? Il ne se sentait absolument pas l'âme d'un Bruce Wayne ou d'un Peter Parker. Pourtant, il n'aurait certainement pas le choix...

- Tout va bien ? demanda Lia qui avait remarqué le tressaillement de son ami. Il est là ?

Nathan jeta un coup d'œil circulaire à l'allée de gravier et à la pelouse qui la bordait.

- Non. Je ne le sens pas. À mon avis, il ne va pas revenir tout de suite. J'ai compris qu'il avait eu vraiment mal après sa deuxième tentative dans mon esprit.

- Bon, tant mieux. Ça nous laisse un peu de temps pour trouver le deuxième livre.

Nathan hocha la tête.

- J'espère que ça va être plus simple que pour le premier...

- J'en suis sûr, mon gars. Vous, les Chébériens, vous avez une logique un peu tordue, mais une fois qu'on a capté comment vous pensez, ça va tout seul.

- J'espère que tu as raison...