Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Le trio déboucha du métro directement sur l'esplanade de l'Hôtel de Ville. Eyver leur avait conseillé de s'y rendre après une heure du matin, une fois les éclairages publics éteints, pour oeuvrer dans la plus grande discrétion. C'est pourquoi la nuit était déjà bien épaisse et les rues vides de la foule qui les agitait habituellement.

Les trois adolescents avaient pris le soin de prévenir leurs familles respectives qu'ils allaient au cinéma et qu'ils rentreraient tard.

Ils descendirent la rue Victoria complètement déserte en devisant allègrement. Ils étaient impatients et enthousiastes. Pour cette fois, ils n'auraient pas à traverser le pays et à chercher des indices dans tous les coins de la capitale, c'était un soulagement. Le Livre-Monde était juste à côté, à portée de main !

- C'est par là, indiqua Lia en pointant le doigt vers un carrefour vide.

Ils s'avancèrent de quelques mètres et la trouvèrent, dressée dans la nuit, magnifiquement opalescente sous les spots de l'éclairage public : la tour Saint-Jacques. C'était un ancien clocher d'église datant du XVIe siècle. De forme carrée, elle s'élançait à près de soixante mètres au-dessus de la rue. Sa façade pâle et lisse sur sa partie inférieure se couvrait, plus haut, des sculptures typiques du gothique flamboyant : des bas-reliefs entrelacés ornés de rosaces et de tiges feuillues encadraient les vitraux. Sur ses angles, des personnages ciselés dans la pierre blanche observaient le monde à leurs pieds, depuis des centaines d'années. À son sommet, une immense statue de saint Jacques surplombait les toits de Paris, gardée par des gargouilles allongées qui dépassaient des murs tels des perchoirs. Si l'on en croyait le message de Mélior, c'était quelque part dans les ombres générées par le relief de ses arabesques que Suméor avait caché le Livre-Monde.

- Ouah ! s'écria Zayn en la découvrant. Elle est belle !

- C'est bizarre, dans mon souvenir, elle était toute crade et noire, marmotta Lia, les sourcils froncés. Ça fait un bail que je ne suis pas venu ici...

Ils se postèrent au pied du square ceint de grilles vertes qui entourait le monument, attendant leur heure. La nuit était douce, à peine dérangée par une brise d'été. Une ou deux voitures pressées circulaient, ne leur prêtant aucune attention. Un couple de piétons déambulait loin devant eux, ce qui leur laissa le loisir de se préparer. Lia sortit de son sac à dos deux grosses lampes torches fournies par Eyver. Zayn et Nathan se répartirent les façades. À deux heures du matin pile, les spots s'éteignirent, plongeant la tour dans la pénombre. L'éclairage public n'arrivait pas à illuminer les hauteurs de l'ancien clocher, assurant la meilleure discrétion possible aux deux Chébériens. Aussitôt, Zayn et Nathan retirèrent leurs t-shirts et déployèrent leurs ailes qui flottèrent dans la nuit, tels de pâles fantômes. Le duvet fin qui les recouvrait, doré pour celui de Zayn, blanc pour celui de Nathan, se soulevait légèrement sous l'effet des courants d'air. D'un coup de talon, ils s'élancèrent dans le ciel de velours noir. Ils tournoyèrent un moment au-dessus de Lia, dessinant des courbes gracieuses autour du clocher.

Bientôt ils ne furent plus que des silhouettes diffuses, presque invisibles, et ils allumèrent les torches afin de balayer la façade de la tour de leurs rayons.

- Ça va nous prendre un moment pour tout fouiller, constata Nayhan en découvrant de plus près les niches sombres créées par les statues, les détails des bas-reliefs.

- Oui, il y a des chances. Mettons-nous au travail tout de suite, soupira Zayn qui obliqua à droite et disparut derrière l'angle pour se rendre devant la façade qu'il s'était attribué.

Nathan s'approcha le plus près possible de la paroi de pierre blanche et commença à visiter chaque cavité, chaque renfoncement sous le pinceau de lumière de sa torche. Il glissait la main derrière les statues d'hommes barbus et attentifs, qui n'avaient pas l'air de se formaliser de ce traitement peu ordinaire. Les gargouilles de singes, de monstres ailés comme des chauves souris ou rampant sur les arcades entourant les vitraux subirent le même examen. Finalement, l'affaire avait l'air moins compliquée qu'il ne l'avait cru au départ. Les briques étaient bien ajustées et le moindre détail sortant de l'ordinaire apparaîtrait tout de suite. Il explora les rebords des vitres colorées, les interstices entre les sculptures... La pierre était fraîche et rugueuse sous ses doigts.

Pendant ce temps, Lia montait la garde au pied de la tour. Parfois, elle entendait une voiture rouler à vive allure dans une rue adjacente, ou un clochard brailler un peu plus loin, mais rien de menaçant dans l'immédiat. Elle levait régulièrement son visage vers ses amis. Nathan était collé à la paroi du clocher comme une étrange chauve-souris pâle à la recherche d'un abri pour la nuit. Elle chercha Zayn des yeux, sans le distinguer. Il devait se trouver de l'autre côté de la tour. Pour voir où il en était, Lia fit de même et contourna le square. Elle se retrouva du côté de la rue de Rivoli.

Nathan, bredouille, passa à la paroi de gauche et entama le même parcours. Il commençait à fatiguer : le bras qui tenait la lampe tremblait sous son poids, et la position verticale, face à la paroi, lui demandait un ajustement constant de positionnement à l'aide de ses ailes. Il sentait l'agacement le gagner. Le livre était-il réellement caché ici ? Certes, le message trouvé dans les notes de Mélior était clair à ce sujet. Il ne restait plus qu'à espérer que Zayn ait plus de succès que lui. En dernier recours, il monta au sommet de la tour et explora le toit, le socle de la statue de saint Jacques surchargé de détails, les autres personnages figés dans la pierre qui montaient la garde aux autres angles, sans plus de succès. Contrarié, il se percha sur une gargouille et sortit son téléphone de la poche de son jean.

- Oui ? La voix de Zayn était essoufflée au bout de la ligne.

- Tu trouves quelque chose ?

- Rien du tout. Ça me rend complètement fou. En plus, je suis crevé.

- Moi non plus je n'ai rien trouvé. Je suis là-haut. Tu viens me rejoindre ?

Quelques secondes après, la silhouette angélique de Zayn surgit des ténèbres et vint se poser sur la gargouille d'à côté.

- Tu crois qu'on a mal compris le message ? demandat-il à Nathan en reprenant son souffle.

- Je ne crois pas, non. Peut-être qu'on a mal cherché...

Zayn fit non de la tête. Il avait été très scrupuleux dans sa fouille et était sûr de n'avoir rien oublié.

- Finalement, il n'y a pas tant d'endroits que cela qui peuvent cacher un livre aussi grand que celui que l'on cherche, murmura-t-il, perdu dans ses pensées.

Le téléphone de Nathan vibra. C'était Lia. C'était assez surréaliste de téléphoner en pleine nuit, perché sur une gargouille de la tour Saint-Jacques. Il voyait le tapis de lumières de la ville se dérouler devant lui, scintillant sans fin sur l'horizon. La tour Eiffel, éteinte elle aussi, se distinguait à peine, noire dans la nuit.

- Oui, Lia ?

- J'ai une mauvaise nouvelle.

- Laquelle ?

- En vous attendant, j'ai fait le tour du square.

- Et alors?

- Alors, vous devriez venir voir par vous-mêmes.

Nathan raccrocha et se tourna vers Zayn qui admirait lui aussi le spectacle. Il le trouva beau dans la pénombre, ses cheveux soulevés par le vent, ses ailes l'enveloppaient pour le protéger de la brise plus fraîche à cette altitude. Le jeune homme croisa son regard et lui fit un sourire timide.

- Lia nous demande de descendre. Visiblement il y a un problème, expliqua Nathan pour se donner une contenance.

Aussitôt, ils piquèrent vers le sol et atterrirent en douceur près de leur amie qui les guettait, le nez levé. Ses traits reflétaient une inquiétude que les deux Chébériens ne pouvaient pas comprendre. En silence, Lia pointa son index vers les grilles du square sur lesquelles étaient accrochés de grands panneaux explicatifs :

La Ville de Paris restaure la tour Saint-Jacques

Nathan n'eut pas besoin d'en lire plus pour saisir ce que Lia avait voulu leur faire comprendre. En silence, il enfila son t-shirt et parcourut malgré tout les explications jusqu'au bout. Zayn faisait de même, blême sous les lampadaires. La tour venait d'être entièrement restaurée. Une batterie d'entreprises avait participé à sa remise à neuf. Ses pierres salies par le temps et la pollution avaient été nettoyées, plusieurs renouvelées. Les statues avaient été rénovées et certaines, trop abîmées, avaient carrément été refaites à l'identique pour remplacer les anciennes.

Le monument avait été presque démonté, entièrement visité, ſouillé par les ouvriers et les artisans du chantier de réfection.

Quelqu'un d'autre avait trouvé le livre... Zayn, de son côté, était parvenue à la même conclusion.

- F*ck... frissonna-t-il en tournant ses yeux élargis par la surprise et la déception vers Nathan et Lia.

- Je savais bien que la dernière fois que je l'avais vue, elle était toute noire et sale, ronchonna Lia dans sa barbe.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Zayn.

-On rentre, et on se couche, déclara Nathan d'un ton lugubre.

Sur ces mots, il se retourna vers la rue, les mâchoires serrées, à la recherche d'un taxi. Il se sentait anéanti de l'intérieur. Si le Livre-Monde avait bien été pris par quelqu'un d'autre ce qui semblait le plus probable au vu des circonstances, alors c'en était terminé de leur quête, de leur mission. Les Chébériens ne reverraient plus jamais la lumière, Eyver aurait enduré toutes ces souffrances pour rien et l'Avaleur de Mondes pourrait terminer son œuvre facilement, en ricanant dans un coin de la tête de Nathan.

Zayn posa une main sur son bras :

- On va trouver une solution, souffla-t-il.

- Je n'en vois aucune.

- On va y réfléchir, la nuit porte conseil, tenta-t-il encore pour le rassurer.

Nathan haussa les épaules et son visage se ferma, signifiant la fin de la conversation.