PARTIE 2 • L'humiliation

Au début, elle sentit une intense brûlure dans sa gorge suivie d'un réchauffement de son système entier. Puis, les couleurs l'entourant semblèrent s'intensifier donnant un aspect joyeux à ce qu'elle trouvait morne et obscène quelques secondes auparavant. Ses pupilles, sans qu'elle ne s'en rende compte, se dilatèrent pour ne laisser un fin cercle noisette autour d'elles. Les changements apparents s'arrêtèrent là.

Elle avait encore sa capacité de raisonnement... si ce n'est que toutes les bonnes choses semblaient amplifiées et les mauvaises repoussées tout fond de sa conscience.

Ron passa bientôt sa main derrière la nuque d'Hermione, ayant vu en ses traits décontractés une invitation, et il l'embrassa doucement. Les lèvres de sa femme ne lui avaient jamais parues si douces qu'aromatisées à la liqueur spéciale « première fois ».

Hermione ferma les yeux et se laissa bercer par ce baiser rassurant. La sorcière se laissa guider par la danse langoureuse que lui intimait sa langue… et Ron se gonfla d'assurance, appréciant la passivité nouvelle de cette épouse qui souhaitait d'ordinaire prendre les rennes lors de leurs relations affectueuses et sexuelles.

Il aimait tant avoir l'ascendant sur elle. Ses mains partirent à l'aventure d'un corps qu'il connaissait par cœur, parcourant ses hanches et ses cuisses, laissant ses mains se loger entre ses dernières.

Hermione soupira de plaisir en sentant ses caresses, oublieuse du lieu dans lequel ils se trouvaient. Elle baignait dans une mer de coton chaud et doux, familier.

Ronald passa ses doigts dans cette crinière épaisse qu'il aimait tant et sa femme se pressa contre lui. Elle était molle et délicate entre ses mains et respirer son parfum lui faisait perdre pied.

Bientôt, Hermione murmura son prénom avec concupiscence, provoquant une érection mémorable à son mari. Un coup d'oeil confirma à Ron qu'on les observait - un couple s'était arrêté quelques instants en chemin vers leur propre table pour les détailler ouvertement.

Cela l'enorgueuillit. Il aimait tellement ça. Il adorait la sensation d'être admiré.

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Alors que le couple commençait à perdre leur attention et murmurer entre eux, il attira Hermione sur ses genoux. Cette dernière se laissa porter par le moment chaleureux que lui offrait son mari, elle s'assit sur lui en toute confiance.

Ignorante des yeux posés sur elle, persuadée à la fois d'être dans une alcôve suffisamment discrète et convaincue que son mari ne la laisserait pas se donner en spectacle, elle accueillit leur étreinte langoureuse avec une avidité qu'elle ne se connaissait pas. Son corps était électrifié par l'envie, ses mains brûlaient de le toucher.

Ron lui murmurait des paroles inintelligibles en glissant l'une de ses mains entre eux et la pressa contre lui de sa main libre.

Alors que le baiser se fit plus pressant, il inclina légèrement son bassin vers lui, écarta les tissus qui les séparaient d'une main habile avant de s'imposer en elle. Hermione eut un hoquet de surprise mais ne protesta pas. Cet assaut intérieur lui sembla aussi inattendu qu'il était agréable.

Tout était chaud et doux.

Ron ne pouvait pas s'empêcher de la trouver désirable ainsi : muette, oublieuse et gémissante pour lui à la vue de tous. Ses longs cheveux tombaient en cascade sur ses épaules et dans son dos, dansant au rythme de leur va-et-vient langoureux. Sa bouche était entrouverte et son corps suivait lentement les mouvements de bassin qu'il imprimait avec soin. Il devait se retenir pour ne pas jouir tout de suite. Aurait-il pu vraiment imaginer plus beau cadeau ? Comment aurait-il pu imaginer meilleure épouse ? Jamais il n'aurait cru qu'elle lui offrirait une plongée dans ses fantasmes, qu'elle se donnerait à lui corps et âme.

L'ambiance était électrique autour d'eux. Contrairement à Hermione, il était habitué à cette euphorie, il pouvait encore discerner la musique discrète, les lumières tamisées et les quelques curieux qui s'étaient arrêtés pour les observer. Certains s'embrassaient à leur tour, mus par l'excitation.

C'est ce qu'il aimait ici. Il suffisait que quelqu'un lance le mouvement et une espèce de frénésie frappait les autres qui se mettaient à se faire plaisir mutuellement. C'était comme une trainée de poudre. Ce soir, il songea avec fierté qu'ils avaient été l'étincelle de la soirée.

Ron avait été tant de fois dans la trainée de poudre… quel plaisir de l'embraser ce soir, avec sa splendide femme, qui plus est.

C'était sa consécration. Rien que cette pensée, associée à Hermione gémissant de plaisir entre ses bras, le fit venir en elle.

Elle poussa un soupir de contentement quand il se retira, posa la tête sur son épaule, et se laissa bercer par leur respiration haletante.

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Hermione se réveilla avec un mal de tête étrange. Son corps était endolori en tous points et, lorsqu'elle ouvrit les yeux, le décor se mit à tanguer à travers sa vision floue. Elle était prise d'un violent mal de mer, bien qu'elle n'eut aucun souvenir d'être sur l'eau. Il lui fallut un long moment pour reprendre conscience des éléments l'entourant sans qu'une intense envie de vomir ne l'obligea à fermer les yeux et se recoucher.

Ce qu'elle fit plusieurs fois.

Lorsqu'elle s'éveilla pour de bon, elle se découvrit allongée dans un lit aux proportions gargantuesques. À travers l'immense miroir qui était fixé au plafond, elle se trouva pâle et débraillée. Elle fronça les sourcils et regarda autour d'elle. Le mobilier était somme toute assez commun bien que d'une grande qualité - un bureau, un fauteuil et un canapé.

Un hôtel banal, si ce n'est cette étrange lumière qui miroitait de couleurs chaudes, cette porte munie d'un œil de bœuf légèrement entrouverte et ce miroir gigantesque au-dessus d'elle.

L'inspection terminée, elle se demanda enfin ce qu'elle faisait en cet endroit, tandis que son cerveau reprenait douloureusement du service.

Les souvenirs épars et décousus lui revinrent petit à petit que la lumière se faisait dans son esprit. La main sur son front douloureux, les paupières plissées pour filtrer le peu de lumière dans laquelle elle baignait, elle jugea son accoutrement avec dégoût - sa robe courte et tachée, son maquillage qui avait coulé, ses cheveux poisseux.

Elle se souvint alors de la boisson offerte, de cette étreinte langoureuse. Elle se rappela avoir fait l'amour avec son mari mais ne se souvint plus à quel moment ils avaient basculé dans la chambre. Était-ce avant ou après ?

Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues. Elle se réveillait en enfer, seule, abandonnée à son sort par nulle autre que son meilleur ami et époux.

Mais où était Ron ? Pourquoi l'avait-il laissée seule ? Se trouvait-elle encore dans ce lieu de dépravation écœurant ? Depuis combien de temps était-elle ici ?

Hermione se laissa fondre dans son chagrin et sa honte, face contre le lit, et donna libre court à sa haine mêlée de désespoir.

Elle sursauta lorsque la porte s'ouvrit doucement sur une ombre d'homme. Elle vit une paire de pieds entrer doucement. Elle se redressa vivement, la colère grondant déjà dans sa poitrine. Elle était prête à passer à Ron le savon de sa vie pour l'avoir laissée seule… mais c'est un tout autre spectacle qui se déroula devant ses yeux.

Une langue claqua trois fois contre un palet. « Mais qui vois-je ici ? Ne serait-ce pas la précieuse petite Sang-de-Bourbe… toute seule. » s'écria avec ironie la voix traînante d'un homme qu'elle aurait préféré ne jamais revoir.

Durant une seconde, le temps sembla s'arrêter devant une situation aussi incongrue qu'humiliante. Hermione était bel et bien en enfer et elle recevait la visite de Lucifer en personne.

Ébahie, elle regarda Drago Malefoy entrer et fermer la porte derrière lui. Un rictus victorieux étirait ses lèvres.

Il la surplombait de toute sa hauteur, presque aussi grand que Ron. Sur son visage s'étalait une barbe coupée à raz. Loin de lui conférer une allure négligée, le brouillard argenté sur ses joues rendaient ses yeux gris perçants et impitoyables.

Malefoy fit un pas en avant, son élégante cape de sorcier épousant ses mouvements. La pièce où Hermione se trouvait, recroquevillée sur le lit dans sa tenue misérable, sembla rétrécir.

Soudain, le temps se remit en marche et elle comprit l'ampleur de la situation. Aussitôt, elle se sentit vulnérable face à ce regard vicieux qui la détaillait. Elle étouffait.

Si la surprise avait dispersé sa colère c'était désormais une peur violente qui la saisissait aux tripes. Sa main partit automatiquement à la recherche de sa baguette… mais la réalité la rattrapa vite - sa baguette était bien rangée dans son manteau, dans la salle marquée des runes qu'elle portait aux poignets. Ces fichues runes.

« Tu nous as offert un beau spectacle avant de perdre connaissance, tout à l'heure. » minauda le sorcier vicieusement en la détaillant lentement de haut en bas. « Je ne pensais pas qu'un rat de bibliothèque pourrait faire ce genre de choses aussi bien, mais apparemment la folie humaine qui s'est installée, t'as contaminée toi aussi. »

« Jamais ! » voulut-elle répliquer avec hargne, mais elle constata avec dépit qu'elle ne parvenait à produire qu'une petite voix rauque et brisée. « Tu ne sais rien de moi, Malefoy. Sors d'ici tout de suite. » Elle tira les couvertures sur elle comme si cela pouvait la protéger de quoi que ce soit.

« Me mettrais-tu dehors de mon propre domaine, Granger? » ricana l'ancien Serpentard, sarcastique. Il sortit sa baguette comme pour appuyer ses propos et l'agita vers la porte. Un bruit de succion raisonna dans le silence, alors qu'un Collaporta les enfermait ensemble. « Voilà qui règle la question. »

« Ton domaine ? » bredouilla Hermione en se reculant vers l'extrémité opposée, s'éloignant autant que possible du serpent. La panique s'empara d'elle de manière disproportionnée. Elle hyperventilait, son cœur s'emballait et ses mains se mirent à trembler de manière incontrôlable.

L'espace d'un instant, elle sut qu'elle était à sa merci. Il avait une baguette et il était beaucoup plus grand qu'elle. Il pouvait lui faire du mal - il était ici chez lui à l'en croire et personne ne viendrait l'aider. Il pouvait même lui effacer la mémoire et recommencer à sa guise, il pouvait la contraindre, il allait…

« Que crois-tu, Granger ? » cracha-t-il en s'approchant d'un pas menaçant, satisfait de la voir trembler. Elle voyait le plaisir sadique qu'il éprouvait dans la peur qu'il lui inspirait. « Imagines-tu que je serais ici pour me rabaisser à des pratiques animalières? Cet endroit m'appartient. Tout ce qui est sous mon toit m'appartient. » décortiqua-t-il lentement avec un regard avide.

Elle eut un mouvement de recul et se cogna le coude contre la tête de lit, réprimant un cri. « La courageuse lionne, aurait-elle la frousse ? » se moqua-t-il en jugeant son air apeuré. « Il est vrai, tu es une Weasley aujourd'hui. Je ne devrais plus t'appeler Granger mais, à vrai dire, après ce qu'il s'est passé ce soir je ne peux pas t'appeler Weasmoche, non plus. » railla Malefoy en faisant glisser son regard sur la jambe qui dépassait du lit près de lui. Il approcha une main pour la toucher et esquiva un coup de pied. « C'est bien ce que je pensais... Granger. Ça te plaît de savoir que Weasley passe ses soirées à baiser avec d'autres? Quelle bonne épouse tu dois être... » Il tapota ses lèvres de son index. « Mais Hermione Granger, elle, ne fait pas ça, n'est-ce pas ? Elle est venue ce soir en espérant sauver son mariage… je me trompe ? »

« Quoi...? » souffla Hermione, désormais prostrée, les yeux brûlant de larmes alors que cette raclure de puriste voyait aussi clair dans son jeu, plus clair que son propre mari.

« Je te l'ai dit, cet endroit m'appartient. J'ai vu tellement de choses. Et ce que j'ai vu ce soir est différent du reste. » expliqua-t-il lentement de sa voix narquoise. Pensif, il faisait tourner sa baguette dans ses mains, comme une mise en garde. « Donc, tu as admis le fait de coucher devant et peut-être même avec d'autres… pourquoi ? sauver ce qui te sert couple? C'est tellement indigne de toi, Sang-de-Bourbe. Tu es bien comme toutes les autres. » cracha Malefoy. Il leva la tête et l'observa depuis le miroir fixé au plafond.

Hermione n'aurait pu répondre, chacun de ses mots étaient des flèches qui l'atteignaient en plein cœur.

« Je m'attendais à mieux. » siffla-t-il en s'éloignant. Sa performance terminée, il se dirigea vers la porte. Mais une dernière réplique cinglante s'échappa de ses lèvres perfides. « Aujourd'hui la Sang-de-bourbe-coincée-et-je-sais-tout baise en public. Il faut croire que les temps… »

Un sanglot étouffé l'arrêta. Hermione avait caché sa tête dans ses genoux et son corps convulsait tant son chagrin était fort.

La moquerie lui brûlait tant la langue. Amer, il était venu dans le but précis de l'humilier. De lui faire payer puérilement toutes ces années à le rabaisser, à le tourner en dérision. Toutes ces années à être meilleure que lui dans tous les domaines, lui a qui on avait promis le monde. Lui qui n'avait eu que des cendres.

Il resta planté là quelques instants à la regarder pleurer et il se revit quelques mois plus tôt. Son sentiment de supériorité grisant s'évapora. Il se sentit pathétique.

Pathétique, de se moquer d'une situation qu'il avait lui-même vécu.

Les images du passé le happèrent une seconde.

Comme il regrettait d'avoir écouté ses parents. Eux, qui avaient toujours dicté chacun de ses choix, maestros d'une vie pavées d'échecs. Il les revoyait encore lui promettre de se racheter en lui choisissant la plus belle et la plus pure des épouses.

Il avait vécu la guerre, côtoyé un fou furieux tout puissant entre ses murs durant des mois. Il méritait désormais un peu de douceur.

Astoria Greengrass. Elle avait seize ans à l'époque, lui dix-huit.

Ils s'étaient amourachés, comme c'est rarement le cas dans les mariages arrangés. Ils avaient voyagé après qu'elle eut atteint la majorité. Ils avaient profité de leur jeunesse. Beaucoup profité - avec des moyens illimités, un reste de traumatisme et l'envie de tout oublier. Tout était bon pour oublier.

C'est elle qui avait eu l'idée du club. Cela aurait peut-être dû lui mettre la puce à l'oreille. Sa future femme rêvait de mœurs légères, libérées de tout carcan préétabli et la monogamie la lassa vite.

Il avait tout essayé et il l'accompagnait même à ses soirées lubriques. Or, elle voulait toujours plus, elle exigeait de lui des choses qu'il ne pouvait ni donner ni partager.

Il avait enduré la situation quelques mois avant de briser leurs fiançailles, à contre cœur. Elle prétendait l'aimer, l'avait supplié plusieurs fois, promettant de changer… mais Drago Malefoy se contenta de se tenir à l'écart. Il pouvait l'observer de loin, mais refusait de subir la peine de cœur qu'elle représentait pour lui.

Le sorcier détourna le regard de la petite chose triste qui pleurait face à lui, recroquevillée sur le lit. Il lui tourna le dos et s'assit, le regard perdu dans ses souvenirs. De longues minutes s'écoulèrent tandis que la sorcière pleurait de plus en plus silencieusement, vidée d'énergie.

Elle lui rappelait Astoria, le jour où il l'avait jetée dehors. Elle avait pleuré sur le seuil de la porte durant des heures. La semaine suivante, elle se faisait prendre par deux hommes au deuxième étage du club. Comme il aurait aimé lui faire payer ses actes.

« Arrête de pleurer. » lâcha soudain Drago d'une voix dure. « Sais-tu seulement ce qu'il t'a fait ? »

Les pleurs se tarirent mais elle ne répondit pas.

« Je vais te le dire mais je veux te regarder dans les yeux quand ton monde parfait s'effondrera. » annonça-t-il en se retournant vers elle. Son nez était retroussé de dégoût et ses dents apparaissaient à chacun de ses mots, articulés avec soin. Hermione avait mal à ses yeux bouffis, sa tête était prise dans un étau douloureux mais elle soutint son regard. « Weasley t'a emmenée ici pour assouvir son fantasme d'exhibitionniste. Tu ne le savais peut-être pas mais il adore être admiré. Pas que cela soit très étonnant après avoir vécu dans l'ombre de quinze frères et du grand Harry Potter. »

Hermione baissa la tête et enfouit son visage sur ses genoux repliés, tandis que ses ongles mordaient dans sa chair. Des soubresauts la secouaient à nouveau rien qu'en imaginant la jouissance qu'éprouvait cet infâme personnage face à son état déplorable. N'était-ce pas ce qu'elle cherchait en venant ici ? Ouvrir les yeux, sortir du déni qui embuait son esprit ?

« Regarde-moi. » ordonna Malefoy d'une voix dure. « Regarde la vérité en face. Il t'a traînée ici pour te prendre devant tout le monde. Pour que chacun voie la femme qui est la sienne. » Hermione, muette, secouait la tête et mordait ses lèvres pour refouler une nouvelle vague de larmes. « Il t'a fait boire une préparation inhibitrice pour que tu t'oublies toi-même. Double dose, voilà ce qu'il a commandé. N'essaie pas de te convaincre qu'il voulait te détendre. Il connaît les effets. Il t'a baisée au rez-de-chaussée, devant des curieux, alors qu'il sait que c'est interdit par le règlement. Combien de fois l'équipe a-t-elle dû calmer les ardeurs de cet immonde héros ? Le meilleur ami de Potter, celui qui pense que le monde lui revient. »

Le souvenir de leur étreinte la frappa. Plus limpide, presque logique, désormais. Ses yeux étaient restés clos mais ses autres sens avaient été en alerte. C'est Ron qui avait tout initié. C'est Ron qui lui chuchotait des obscénités, Ron qui profita de son état pour obtenir ce qu'il désirait plus que tout.

Comment avait-il pu lui faire une telle chose ? Était-il seulement conscient de ses actes ? Pouvait-elle encore l'excuser ?

Hermione enfouit à nouveau sa tête contre ses genoux en reniflant profondément.

Aigre, Malefoy se leva et frotta son visage, passant la main dans ses cheveux d'un geste épuisé. Que faisait-il ici ? Qu'avait-il gagné finalement à vomir sa haine et sa rancoeur ? Il se sentait vidé d'énergie, épuisé moralement. Il était temps de partir. Il inspira profondément et risqua un dernier coup d'œil vers l'épave qu'il avait aidé à façonner. Il n'éprouva aucun sentiment de satisfaction, finalement. Quelle perte de temps.

Il sortit sa baguette pour déverrouiller la porte, à l'instant même où quelqu'un s'y présenta.

La poignée tourna. La porte s'agita, mais la magie empêchait toute intrusion.

Hermione avait relevé la tête vivement, ses yeux écarquillés, inquiets et indécis.

« Hermione, chérie? » roucoula une voix empreinte d'amusement. « Tu vas mieux ? Ouvre moi la porte, j'ai tellement, tellement, envie de toi... »

Hermione sentit une nausée la secouer tandis que l'effroi se répandait en elle. Tout se corps se crispa. Elle se demanda si son époux avait toujours été comme ça.

Drago Malefoy était toujours là, pantelant au milieu de la chambre. Il fixait la porte. Il allait prendre une décision, mais qu'allait-il faire ? Allait-il l'ouvrir, et la laisser gérer son dépravé de mari ?

Et, elle, que devait-elle faire ? Écrasée par une réalité injuste qui la dépassait, Hermione se sentait incapable de prendre la moindre décision. Bouger, parler, répliquer semblaient être des notions abstraites, tout à coup.

Pour la première fois de sa vie, elle découvrit qu'une situation qu'elle n'avait pu imaginer dans ses cauchemars les plus terribles, la privait de tous ses moyens. Participer à une guerre, c'était une chose. Mais lorsque l'épreuve surgit dans sa vie personnelle, une épreuve qui lui sciait les jambes et qu'elle ne parvenait pas à rationnaliser, elle se trouva démunie.

Jamais, elle ne s'était sentie si impuissante.

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