PARTIE 3 • Le Mirage

Elle n'eut pas à prendre de décision.

Drago Malefoy jaugea la porte d'un air dur et dans un retournement de cape théâtral, fondit sur elle comme un rapace. Il arborait un air triomphant, sadique, absolument terrifiant.

Il lui aggripa le bras et la tira avec violence à sa suite, la faisait chuter du lit et la traînant vers le mur où siégeait la porte.

Hermione poussa un cri étouffé sous l'assaut, persuadée qu'il allait lui faire du mal.

Il l'envoya valser contre le mur et se pressa contre elle. Elle se débattit hargneusement jusqu'à ce que son crâne heurte le mur. Elle étouffa un nouveau cri.

Ron sembla avoir entendu quelque chose car sa voix se fit inquiète. "Hermione, tout va bien ?"

Malefoy la plaquait au mur, son avant bras appuyé sur ses clavicules et sa baguette déjà brandie sous sa gorge. Tétanisée, la jeune femme s'immobilisa.

« Tais-toi. » grogna-t-il à voix basse. « Weasmoche peut voir à travers la porte. »

Malefoy ferma les yeux une seconde et inspira profondément. Son bras gauche décrivit un cercle précis dans les airs alors que sa baguette s'illuminait.

Une seconde boucle plus rapide et il murmura : « Miragere. »

Un jet de lumière opaque jaillit entre eux et la porte. Il dirigea le jet tournoyant à leurs pieds, comme s'il remplissait un contenant. Encore et encore, une forme mouvante et colorée se dressait près d'eux. Malefoy murmurait des incantations que Hermione ne connaissait pas.

Ébahie, elle vit le charme prendre rapidement forme humaine, tandis que des rires éclatèrent de l'illusion du sorcier. La forme se sépara en deux entités distinctes qui s'approchaient l'une de l'autre, se détachaient et semblaient danser ensemble.

Enfin, l'enchantement se matérialisa complètement, aussi nette et parfaite qu'ils l'étaient eux-mêmes.

« Hermione, tout va bien ? » Retentit la voix anxieuse derrière la porte. « Hermione ! »

Seul un rire cristallin lui répondit, un rire de plaisir. Son rire.

Hermione n'en croyait plus ses sens. Tétanisée, elle se vit elle-même s'éloigner à reculons et se laisser tomber sur le lit les bras tendus, tandis qu'un Malefoy souriant la rejoignait, amusé, émoustillé. Ils se bécotaient ardemment, gloussant comme des adolescents.

« Qu'est-ce… ? » balbutia-t-elle à mi-voix.

Le vrai Malefoy tourna son visage vers elle, un rictus fier illuminant son visage présomptueux. « Voici le pire cauchemar de Weasley. » se moqua-t-il dans un souffle qui caressa sa joue. Il s'écarta légèrement et se posta dos à elle, légèrement décalé, afin qu'elle puisse admirer sa création.

Tel un chef d'orchestre, Malefoy agitait sa main gauche à l'occasion - pour corriger les imperfections. Ainsi, un œil vraiment attentif aurait pu remarquer que le lit ne s'était pas immédiatement affaissé lorsque les imposteurs s'y était jetés.

Ron n'avait sûrement pas la capacité d'analyser la situation avec attention et calme. « Hermione, mais qu'est-ce que tu fais ? » cria-t-il, découvrant le faux couple par l'œil de bœuf fixé à la porte.

Hermione observait, muette, le spectacle qui se jouait autour d'elle. Comment en était-elle arrivée là ?

Les silouhettes fantomatiques semblaient si réelles. Elle ne pouvait quitter des yeux leur parade sensuelle.

Malefoy - le faux Malefoy - embrassait son double goulûment, retenant son visage entre ses mains. La jeune femme poussait des soupirs de contentement tandis qu'elle explorait ce corps inconnu de ses mains, traçant ses côtes, son dos ; griffant ses épaules, papillonnant dans son cou,

; embrassant sa mâchoire. Ils se séparèrent une seconde et il posa son front contre le sien en souriant.

Hermione ressentait une fascination grandissante pour cette scène improbable. Avait-elle déjà vécu un moment si passionné dans le passé ? Elle observait ce reflet d'elle-même avec attention, remarquant une confiance et abandon absolu dans ce regard si semblable au sien.

La petite forme brune semblait complètement dévouée au mirage du sorcier. Ce dernier avait une expression similaire - détendue, aguicheuse et souriante. A l'opposé de ce que Hermione avait toujours connu chez Drago Malefoy.

L'étrangeté de cette vision l'attirait d'une façon macabre et immorale. Bouche entrouverte, elle s'élevait sur la pointe des pieds pour en capturer les détails, arrachant un rictus amusé à son créateur..

Elle sursauta. Ron faisait de plus en plus de bruit, protestant avec véhémence.

« Hermione ! Je croyais que nous venions ici pour réparer les choses ! » s'écria Ron. « Pardonne-moi, arrête ça tout de suite et rentrons, s'il te plaît. »

La détresse de son époux ne lui faisait ni chaud, ni froid. C'était une sensation de justice qui s'était mise à gronder au fond de sa poitrine.

Ron se mit à tambouriner à la porte. « Arrête, enfin, nous sommes… »

« Mariés ? » termina Malefoy, dans un chuchotement moqueur, en faisant pivoter sa baguette d'un quart de cercle, pointée vers le bas, dans le sens des aiguilles d'une montre.

Le mirage chuchota quelque chose à l'oreille de la fille, faisant frissonner la fausse sorcière. Il sortit une baguette de sa poche et se tourna vers la porte. Il affichait le même rictus machiavélique que son propriétaire.

« MALEFOY ? Espèce de… » furent tout ce qu'ils entendirent. Le mirage agita sa baguette vers l'élément perturbateur, sans se départir de son sourire victorieux..

Le vrai Malefoy lança le sortilège au même moment et, immédiatement, la pièce a retrouva son calme. Il réduisait Ronald au silence, comme s'il n'existait pas. Ce dernier ne pouvait qu'observer ce qu'il pensait être la réalité.

Hermione quitta la porte des yeux et reporta son attention sur les entités fantasmagoriques qui avaient repris leurs caresses.

Le faux sorcier tenait toujours sa baguette et, après avoir retiré sa robe, il avait relevé les bras de l'ingénue au-dessus de sa tête. Il les maintenait d'une poigne ferme.

Elle se découvrit un corps parfait qui n'était pas vraiment le sien, à l'image de ce qu'imaginait Malefoy.

L'imposteur embrassait ce corps sur son passage, le faisait frémir de plaisir. Il prit son temps pour le découvrir, sous les yeux curieux d'une Hermione de plus en plus mortifiée. Quelle humiliation que de s'observer presque nue sous un homme qu'elle abhorrait.

Ce n'est pas moi, se répétait-elle. Ce n'est pas moi.

Lorsque son double se montra impatiente, désireuse de recevoir plus que de chastes baisers, le mirage sourit - il attendait d'être supplié. Il relâcha ses mains, et pointa sur elle sa baguette, faussement menaçante, tandis qu'il reculait pour descendre du lit.

« Ne sois pas une vilaine fille, Granger… » la réprimanda-t-il en prenant un peu de recul, pour mieux l'observer. « Incarcerem. »

Hermione hoqueta en apercevant des cordes fines jaillirent de la baguette. Les liens serpentèrent sur le corps de la jeune fille diaphane.

Une corde vint fixer ses mains dans la même étreinte que précédemment, tandis qu'une autre s'enroula autour de ses chevilles. Enfin, le dernier lien s'enroula autour de ce corps offert, habillant sa gorge, traçant ses seins et ceinturant sa taille.

Elle jeta un coup d'œil outré au sorcier près d'elle. Comment osait-il? Elle pensait qu'il se contenterait d'une séance de bécotage. Bien sûr que non, il avait prévu de l'humilier pour la forme, la rabaissant au rôle d'esclave dans sa performance théâtrale. Elle le fusilla du regard.

Malefoy avait les traits froncés par la concentration que lui imposait le maintien de cette fantaisie. Toutefois, un rictus amusé étirait ses lèvres. La magie irradiait de son corps en vague chaude, se répercutant sur la jeune femme, la gorgeant elle-même d'une énergie qui lui manquait cruellement.

Comme cela doit être gratifiant pour lui de faire subir cela à Ron. Comme il doit se sentir tout puissant en cet instant, songea-t-elle amèrement en le détaillant.

Aurait-elle pu l'arrêter ? En avait-elle seulement envie ? Jamais elle n'aurait pu rêver meilleure vengeance après ce que Ron lui avait fait. Elle n'aurait pu ni imaginer quelque chose d'aussi vicieux, encore moins le mettre en pratique.

Le plus choquant pour Hermione n'était pas que Malefoy profite de son chaos personnel pour se venger. Elle ressentait une satisfaction indicible face à ce spectacle cruel orchestré avec brio.

Toutefois, avoir été sournoisement contrainte à s'exhiber, l'avait brisée profondément. Ensuite, avoir été abandonnée à son sort dans une chambre glauque où elle s'était faite humiliée par un souvenir du passé, l'avait prostrée, noyée en elle-même. Désormais, elle subissait une nouvelle attaque, un assaut d'un autre genre.

Son image lui avait été arrachée. Si l'objectif principal était de lui rendre justice - saigner Ron semblait une description plus juste - ses principes ne pouvaient être en accord avec ce qui se jouait sous ses yeux.

Hermione observa la version parfaite d'elle-même être lévitée au-dessus du matelas, son corps entravé, sexualisé à l'outrance. Le corps offert fut redressé à la verticale, au pied du lit, juste devant la porte.

Ce n'est pas vraiment moi, se répétait-elle comme un mantra. Ce n'est pas moi. Je ne ressemble pas à ça. C'est obscène, je n'accepterai jamais d'être traitée de la sorte.

Le sorcier factice s'approcha de son œuvre et laissa ses deux mains glisser sur son corps, de haut en bas. Les larges paumes parcoururent ses épaules, descendirent sur ses côtes puis sous ses seins, passèrent de son ventre à ses hanches.

« Sois sage. » minauda le mirage suavement en attrapant son visage d'une main, glissant son index dans sa bouche. La docile illusion opina. Il relâcha la fille et elle suivit ses mouvements d'un regard affamé.

Il défit sa ceinture qu'il posa sur le bord du lit. Il déboutonna lentement sa chemine, après avoir ôté sa cape et sa cravate noire. Sans baguette, sans mot, il lança un obscuro. La cravate s'envola de ses mains pour s'enrouler autour des yeux de sa conquête. Elle se mordit les lèvres, emplie d'anticipation.

Hermione observait, médusée. Elle était à la fois mortifiée et gênée, mais aussi fascinée. Seul un sorcier talentueux pouvait matérialiser et maîtriser pareille illusion, quelle que soit son contenu.

Elle tentait de séparer le charme de la réalité. Malefoy était près d'elle, froid comme la glace, vêtu, et ignorait pratiquement sa présence.

Le couple devant eux était une chimère. Ils n'étaient pas elle, ni lui. C'était un spectacle vicieux destiné à faire souffrir Ronald Weasley, cet homme qui l'avait trahie.

Il s'agissait d'un homme et d'une femme imaginaires. Un enchantement fait de lumières. Rien n'était réel.

L'homme finit de se déshabiller lentement, dévoilant un corps pâle, d'une beauté simple. Il garda son pantalon, pliant chacun des autres vêtements et les empilant parfaitement, avant des les envoyer se ranger sur le bureau d'un geste de la main.

Sa proie ainsi crucifiée haletait d'anticipation. Elle s'agitait, pour tester ses liens magiques et, ce faisant, agitait sa poitrine sous leurs yeux. Il la surprit en arrivant brusquement près d'elle pour saisir à pleine main ces seins qui se dandinaient. Ses pouces effleurèrent les deux pointes dressées et la jeune illusion soupira de surprise.

Hermione aurait bien aimé s'enterrer sous terre. C'était trop pour une nuit. Après tout ce qu'elle avait vécu, toute la peine qu'elle portait en elle. Après ce que Ron lui avait fait, pouvait-elle vraiment rester là, immobile, témoin d'une sorte de rêve érotique empreint de sadisme ?

La jeune femme, liée et aveuglée, semblait amusée mais aussi consentante et affamée.

Hermione ne pouvait détacher ses yeux d'elle-même, bien qu'elle se morigénait intérieurement de l'identifier ainsi.

L'homme prit en bouche ses seins l'un après l'autre, raclant ses dents délicatement sur cette peau fragile, tandis qu'il plantait ses ongles dans son dos, traçant des sillons de plaisir brûlants jusqu'à ses fesses.

Il se recula tout à coup, la laissant pantelante, frisonnante.

« Encore. Drago, reviens. » supplia-t-elle d'une voix rauque que Hermione ne se connaissait pas.

C'était franchement indécent. Elle allait devoir protester et intervenir. Il en était assez.

« Vilaine, vilaine petite sorcière. On ne réclame pas, ce n'est pas poli. » annonça-t-il avec amusement. « Tu mérites une punition… voyons… le bâillon ou …oh, non. Je sais. Luxuria ae ! » invoqua-t-il en pointant sa baguette vers sa prisonnière.

Le corps flottant s'arqua violemment, sous les yeux d'une Hermione horrifiée. Que lui avait-il fait ?

La jeune femme laissa échapper une longue plainte gutturale alors que tout son corps semblait être contracté, rigide, électrifié. Elle se détendit après quelques secondes, essoufflée, tremblante.

Un orgasme. Le mirage avait invoqué un orgasme.

Il recommença. Trois fois. Laissant la jeune femme épuisée et transpirante.

Il claqua sa langue. « Je pense que tu seras plus docile désormais. » ricana-t-il. Du bout de sa baguette, le faux-Malefoy libéra la jeune fille de ses étreintes et la fit flotter jusqu'à lui, la plaçant agenouillée au sol, à ses pieds. « Je pense avoir mérité une récompense, si tu en as encore la force. » Il se tenait bien droit devant elle, fier et dominant. Il posa sa main sur ses cheveux, qu'il caressa tendrement avant de lever son visage vers lui. « Soit une bonne fille, Granger. Si tu me fais plaisir, je t'arracherais cette petite culotte et te ferais crier toute la nuit ».

Hermione vit l'illusion de la jeune fille acquiescer, une flamme d'envie dans le regard, tandis que ses mains remontaient vers les boutons du pantalon face à elle.

Elle ouvrit la bouche pour protester, sentant la fureur exploser dans sa cage thoracique.

Au même instant, les deux Malefoy se tournèrent vers elle en souriant et firent disparaître la porte à l'œil de boeuf.

L'illusion ne demeura pas. Les corps se déchirèrent en lambeaux de fumée, aussitôt le sortilège levé.

Drago Malefoy se dirigea vers le canapé et s'y laissa tomber. « Je pense que ton mariage est terminé, Granger. » dit-il avec satisfaction, un bras sur ses yeux.

« Tu n'es qu'un salaud, Malefoy ! » gronda-t-elle, retrouvant soudainement l'usage de la parole. « Comment as-tu pu créer… »

« Tu n'avais pas l'air de t'en plaindre, il y'a quelques instants. » Elle ne repondit pas, pressant ses paumes sur ses yeux embués.

Non, elle avait fini de pleurer. Elle ne verserait plus de larmes aujourd'hui.

Malefoy continua de sa voix moqueuse : « Je dois dire que j'ai cru que tu allais tourner de l'œil quand tu as vécu ton premier orgasme par procuration, mais … AIE ! »

Hermione récupéra sa chaussure et l'enfila prestement. « Ce n'était pas mon premier orgasme, espèce de sale cancrelat répugnant. »

Le sorcier se redressa, frottant le côté gauche de son crâne, là où la chaussure avait atteint son but. « Si tu le dis. Admets que tu me dois un fier service. »

« Plutôt vomir. » maugréa Hermione. « Comment je sors d'ici ? Comment je récupère ma baguette ? »

Il leva les yeux au ciel. « Montre-moi ton bracelet. »

Elle s'approcha, détournant imperceptiblement les yeux quand il saisit le poignet offert. Il observa la double rune. Ses doigts glissèrent sur la peau délicate qui le portait. Il leva les yeux vers la jeune femme. « Irrésistible. » murmura-t-il, caressant les runes entre ses doigts, transperçant les yeux d'ambre de leur propriétaire.

Hermione fronça les sourcils.

« Des runes qui te correspondent bien peu, si tu veux mon avis. J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi banal. » mentit-il en repoussant son bras. « Je vais te faire transplaner jusqu'à ta baguette puis jusqu'à l'extérieur. » annonça-t-il en se levant et, sans plus attendre, il transplana vers le petit salon qui servait de vestiaire.

Hermione se précipita vers son manteau, vérifia la présence de sa baguette et arracha le bracelet à son poignet. Elle planifiait et calculait les prochaines étapes à réaliser pour s'extirper de cette vie dont elle ne voulait plus.

« Allons-y. »

Malefoy la fit transplanter une seconde fois, jusqu'au dehors de la zone anti-apparition.

« Je reste avec toi jusque chez toi, si tu le souhaites. » proposa-t-il à contre cœur, une moue écœurée déformant ses lèvres à la simple idée d'approcher la maison de Weasley.

« Non, ça ira. » déclina Hermione, jetant des coups d'œil inquiet aux alentours, guettant une chevelure rousse.

« Et s'il est rentré chez vous? »

« C'est mon mari, Malefoy. Je n'ai pas peur de lui. » ricana-t-elle en dégainant sa baguette.

« Après ce qu'il a vu… »

« Ce qu'il a cru voir. » corrigea la sorcière durement. Hermione ne voulait même plus y penser. Elle avait tellement honte. Elle devait agir vite - rentrer chez elle, prendre ses affaires et aller chez Harry. Si elle laissait la honte et l'humiliation la rattraper, elle finirait prostrée chez elle.

Hors de question qu'elle replonge dans un déni ou dans une torpeur immobile. L'heure de la réaction avait sonné.

« Bonne nuit, Malefoy. »

Ils échangèrent un long regard dans lequel se mêlait la rancoeur, la haine et une étincelle de remerciement tacite.

Il eut un sourire mauvais. « Ne pense pas trop à moi. »

« Plutôt mourir. » dit-elle en transplantant. Sa forme se déforma et s'aspira en elle-même.

Drago Malefoy transplana à son tour vers son domicile, bien décidé à découvrir la suite de son illusion.

oooOooo