PARTIE 4 • Le brasier
Hermione atterrit sur le plancher de son séjour. Elle laissa ses yeux errer dans la pièce encombrée de souvenirs.
Elle ne ressentit rien. Son cœur était dépossédé. Désœuvré.
Prenant une profonde inspiration, elle rassembla son courage et, lentement, concentra l'énergie qui lui restait.
Elle pouvait sentir sa main vibrer de détermination.
La sorcière traça plusieurs boucles au-dessus de sa tête, englobant d'une magie fébrile toutes les choses qui lui appartenaient en ce lieu qui avait connu, jadis, tant de bonheur.
Le premier souvenir à se présenter devant elle fut la lourde malle de cuir qui l'avait accompagnée à Poudlard durant son cursus. Elle gigota et s'ouvrît à ses pieds.
Tandis que ses affaires traversaient la pièce, s'ordonnant en une file bien nette, elle lança un sort d'expansion indétectable sur sa malle.
Alors, la procession commença. Elle vit défiler chacune des choses qui lui appartenaient tandis qu'elles prenaient place dans la valise.
D'abord, elle y envoya tous ses livres, vidant les étagères de sa demeure de tout leur savoir. Ensuite, les cadres photos, triés sur le volet. Tous ceux faisant référence de près ou de loin à son mariage finirent leur course projetés au sol avec véhémence.
Les mâchoires crispées, elle invoqua ensuite ses vêtements à rejoindre la file. Ses produits de beauté, ses ingrédients à potions, ses chaudrons.
Sa vie s'écoulait, s'égrainait, à l'intérieur de sa malle.
Cette malle, jusqu'ici synonyme de bonheur et de changement.
Ce n'était pas sa maison qui se vidait, mais son être tout entier. Siphonné. Froidement arraché à lui-même, emballé et rangé.
Enfin arrivèrent parchemins, plumes et encres. Elle songea à laisser un mot à Ronald. Mais qu'aurait-elle pu lui dire ? Qu'il était un gougat et qu'elle avait enfin ouvert ses yeux sur sa vraie nature ?
Elle envoya tout dans la malle qui se ferma dans un bruit sourd, se redressa et alla se ranger près de la cheminée.
Un nouveau mouvement de baguette.
Tous les présents un jour offerts à Ron approchèrent, tremblants. Toutes ces choses auxquelles il tenait tant. Son jeu d'échecs, le costume de leur mariage, sa tenue de gardien, sa vieille baguette. La montre de sa mère. Son Déluminateur. Elle ne lui laissa que le cadavre d'un vieux pendentif doré, fendu en son centre, relique d'une époque noire.
Hermione les regarda approcher, impassible. Elle les accueillit autour d'elle, les regardant tournoyer. Qu'allait-elle briser en premier ?
Le costume de leur mariage. Elle l'envoya valser sur les débris de verre d'où l'observait des versions heureuses de Ron et Hermione. Sa robe de mariée rejoignit la pile.
« Incendio ! »
Des flammes émergèrent brutalement, léchant les vêtements avant de les embraser. Les photos mouvantes se racornirent sous l'effet de la chaleur et se mirent à noircir, engloutissant les représentations d'un bonheur défunt.
Hermione agissait avec une colère sourde. Elle n'avait pas de place pour le larmoiement. Elle incisait, à vif, une partie de son passé avec une précision chirurgicale et s'en débarrassait pour avancer. Les flammes se reflétaient dans son visage satisfait, soulignant ses mâchoires serrées. Elle brûlait de se venger, de tirait un trait.
CRAC !
Ron apparut, débraillé, cramoisi, le visage déformé par de vaines émotions. Il l'observait déjà avec fureur, son visage éclairé par les flammes dansantes qui jaillissaient du sol.
Hermione le regarda approcher en se composant un air revêche. Sans le quitter des yeux, elle envoya son jeu d'échecs valser dans le brasier d'un coup de baguette vengeur. Suivi par l'équipement de Quidditch.
« Arrête ça tout de suite ! » s'écria-t-il en approchant encore, ses yeux affolés passant à plusieurs reprises de la jeune femme aux flammes affamées.
Hermione refusa de répondre. La lionne en elle rugit. Lèvres pincées, elle retroussa son nez en levant sa baguette, menaçante. Ron s'arrêta net, effrayé de l'hystérie miroitant dans les yeux de son épouse.
La vieille baguette de Ron fut projetée dans les flammes. Le cavalier blanc et la tour noire tentèrent bien de sauver la baguette des flammes ardentes qui les dévoraient, mais en vain. Ils tombèrent en poussière, à l'instar des rêves de la jeune femme.
Alors qu'il ravalait sa protestation, il vit sa montre préférée démantelée et embrasée. Vitre brisée, aiguilles tordues, bracelet fondu.
Autour de la jeune femme, le déluminateur demeurait, tournoyant tranquillement.
Elle se rappelait comme il lui avait été utile pour les retrouver dans la forêt de Dean. Elle le saisit de main libre. Peu importait sa sa valeur.
Elle le jeta au sol d'un geste rageur, tandis que son Defindo le frappait en plein vol.
Choqué de son geste, Ron s'agenouilla pour rassembler les restes de ce précieux objet. Broyé. Écartelé. Il leva vers elle des yeux blessés.
Son travail achevé, Hermione reculait vers l'antre de la cheminée, la baguette levée.
« Pars. » grogna Ron d'une voix enrouée. « Espèce de… tu n'es qu'une... Malefoy… comment as-tu… »
Hermione laissa filtrer un rictus mauvais et saisit la poudre de cheminette dans le gros pot près de l'antre. Sa malle la suivit docilement.
Seule sa dignité l'obligea à répliquer. « Ronald. » cracha Hermione en dévoilant ses dents. « Ce n'était qu'un mirage, un leurre. Une imposture pour te faire payer. Une simple illusion. Comme notre mariage. »
Elle vit sa mâchoire se décrocher sous son regard empreint de dégoût et, sans plus attendre, elle disparut dans la fumée et les flammes verdâtres qui l'avalèrent vers le 12, Square Grimmaurd.
oooOooo
Un mois avait filé à l'horizon depuis que Hermione vivait dans la demeure de la noble et très ancienne maison des Black.
Elle faisait enfin ses bagages, avec un soulagement non contenu. La bâtisse tolérait mal sa présence. Elle avait dû bâillonner la plupart des portraits. Celui de la vieille Walburga en premier. Kreattur s'en plaignait beaucoup.
Des sueurs froides et des cauchemars terrifiants la hantaient. Des céphalées et des rhumatismes la faisaient souffrir. Même les murs semblaient lui souffler qu'elle était une vermine en l'absence du propriétaire des lieux.
Harry lui avait assuré qu'elle pouvait rester aussi longtemps qu'elle le souhaitait, qu'elle était la bienvenue, que lui et Ginny étaient heureux en Irlande - ils ne reviendraient probablement pas vivre au square Grimmaurd.
Mais cette simple pensée la plongeait dans une dépression qu'elle ne souhaitait plus nourrir. Elle avait hâte de ne plus jamais mettre un pied dans cette maison.
Elle avait pris soin de reprendre chacune des choses qui lui appartenait. Elle triturait nerveusement le parchemin délivré par le Ministère le matin même, lui affirmant que son mariage était terminé.
Le terme divorce était peu employé dans le monde sorcier, on parlait plutôt de rupture des vœux de mariage. Ses vœux étaient enfin rompus. Elle pouvait avancer.
Elle fourra le document dans le reste de ses bagages, et se dirigea d'un pas enjoué vers la cheminée. Elle avait acheté de la poudre de cheminette d'une grande qualité afin de ne pas réapparaître poussiéreuse et sale au seuil de sa nouvelle aventure.
Elle passa sous le linteau et entra dans la cheminée. Elle accorda un dernier regard autour d'elle.
Kreattur l'observait de loin et lorsqu'elle lui sourit en lui souhaitant au revoir, il partit en bougonnant. Mais elle perçut nettement les mots qu'il lui soufflait : « Au revoir née-Moldue Granger. » Son sourire s'accentua.
Elle jeta la poudre à ses pieds et annonça fièrement : « Demeure de Hermione Jean Granger. »
Odeur de poudre et de fumée, elle était arrivée.
Hermione quitta sa cheminée lentement et pénétra dans son séjour. Elle se délecta de regarder son canapé moelleux, sa cuisine rangée, ses hautes étagères habillées de livres anciens, les portes ouvertes au bout du couloir donnant vers sa chambre et sa salle d'eau.
Son chez soi. Là où tout lui appartenait.
Une nouvelle vie l'attendait.
oooOooo
Hermione Jean Granger haletait, peinant à reprendre son souffle.
« Encore. » exigea-t-elle.
Une langue claqua trois fois sur un palet. Des bruits de pas résonnèrent autour d'elle et le son se répercuta dans tout son corps.
« Encore. » supplia-t-elle.
Rien.
Elle patientait. Elle trépignait. Elle tremblait.
« Encore. » souffla-t-elle, à peine audible. « Encore, encore, encore ».
Elle n'y voyait rien, mais elle pouvait ressentir un souffle contre sa nuque. L'attente et le silence la rongeait. L'anticipation l'excitait.
« S'il te… »
« Luxuria ae ! »
Le sortilège la percuta de plein fouet et elle se réveilla brutalement, fiévreuse.
Elle se redressa dans son lit, pantelante, et jeta un œil à l'heure. Trois heures du matin.
La sorcière soupira et se recoucha.
Elle était hantée par des songes brûlants depuis son emménagement seule. Elle désirait ce qu'elle ne pouvait avoir.
Ce qu'elle ne souhaitait pas avoir, de toute façon.
C'était un besoin physiologique, elle le savait. Son corps languissait d'un plaisir dont la simple pensée la dévorait.
Peu importait le nombre de fois qu'elle se soulageait, le besoin revenait. Le traître la saisissait dans ses rêves et incendiait sa conscience endormie.
Elle retira son haut, espérant que l'air frais, mordant, la calmerait. La veille, seule une douche froide l'avait apaisée.
La sensation de sa peau nue ne fit qu'attiser ce feu qui la dévorait. Elle ferma les yeux et laissa ses mains vagabonder sur ce corps esseulé.
Ces mains voyageaient, effleurant ses joues, sa mâchoire et son cou. Ces longs doigts fins, d'une rugosité différente à la sienne, caressait sa peau chaude, frémissante. Elle pouvait les imaginer parcourir ses épaules et serpenter jusqu'à ses côtes.
Ces mains qui papillonnaient légèrement, avivant ses fantasmes muets. Ce souffle chaud sur sa peau, juste derrière son oreille.
Elle inspira profondément.
Ces mains tantôt patientes, tantôt pressantes. Effleurer pour mieux saisir, pincer et griffer subitement.
Elle expira, ses ongles raclant doucement la peau de son bassin, remontant vers ses côtes. Elle eut un hoquet de douleur, savourant une souffrance entêtante.
Ces mains qui la hantaient et la faisaient tressaillir, elle pouvait sentir leur pression, alors qu'elles traçaient sur son bas ventre un chemin vers l'intérieur de ses cuisses.
Elle inspira plus profondément, mordant ses lèvres, les tuméfiant, comme lors d'un baiser vorace et impatient.
Ces mains qui malaxaient sa chair, l'éraflait pour lui arracher une plainte. Sous ses yeux clos, elle pouvait les apprécier. Ces mains omnipotentes qui exposaient soudain son intimité à l'air frais, alors qu'elles maintenaient ses genoux sur le matelas d'une poigne ferme.
Elle expira, vibrant d'anticipation. Elle sentait ses pieds se recroqueviller sous les draps puis se tendre. Comme le reste de son corps, elle devenait incontrôlable.
Toujours, ces mains la faisaient attendre. Elle pouvait presque imaginer un souffle sur son petit bourgeon palpitant, la faisant miroiter un baiser en cet endroit. Non, elle n'y aurait pas droit. L'une des mains remonta à son cou, l'enserrant délicatement. Elle frissonna en levant le menton, arquant son dos pour se presser contre ce corps invisible, déployant sa gorge pour cette main avide. L'autre main s'égara en elle tout doucement.
Hermione inspira de manière hachée. Elle pouvait voir ces avant-bras pâles et nerveux qui menaient à ces épaules carrées. Elle pouvait projeter ses envies face à elle et leur donner figure humaine.
Non, elle se concentra. Cette main au nord ne quittait sa gorge que pour pincer et presser cette poitrine offerte. Celle égarée au sud frottait et frottait, encerclait son plaisir. Cette seconde main était pernicieuse, elle frictionnait rapidement gonflant la sensation brûlante dans son corps jusqu'à l'explosion….puis se stoppait. Plusieurs fois, elle la fit miroiter une délivrance qui ne vint pas.
La sorcière expira, inspira et se mit à haleter. Encore, supplia-t-elle mentalement.
Ces mains reprirent, affamées cette fois. Elles voulaient l'amener au plaisir, mais elles demeuraient patientes. Précises. La main sur sa poitrine continua à tâter, pincer, roulant ses mamelons avec fermeté. L'autre main, cette main humide et chaude, la narguait. Elle griffait l'intérieur de ses cuisses, agrippait sa chair puis subitement plongeait en elle, goûtait et ressortait. Alors elle tapotait ce bourgeon offert et luisant, puis recommençait.
Hermione était perdue dans sa fantaisie, elle ne respirait qu'à peine et son corps s'arquait, se relâchait, se contractait, secoué par des tremblements.
Elle se retourna, plaquée au lit par le fantasme d'un corps lourd qui s'appuyait contre elle. Elle gémit en sentant ces mains qui se frayaient un passage sous elle pour retrouver son intimité gonflée. L'une s'engouffra en elle, tandis que l'autre recommençait sa torture délicieuse - cette fois sans s'arrêter.
Elles continuaient encore et encore - allant et venant pour l'une, pendant que l'autre tournoyaient, encerclait, frictionnait son clitoris dans une cadence rapide jusqu'à atteindre ce gouffre qu'elle n'hésita pas à franchir.
Elle plongea.
Ces mains ne cessèrent pas. Elles persistèrent, frictionnant rapidement cet endroit si sensible jusqu'au seuil de la douleur. De larges bras la serraient, la maintenaient, elle pouvait les sentir alors qu'elle tombait.
Hermione plongeait encore et encore, s'arquant et se démenant avec ce plaisir invisible. Elle luttait pour respirer. Son cœur allait exploser, ses membres se disloquer.
Et puis - elle atterrit. Brutalement. Épuisée mais rassérénée.
Elle recommença à respirer, difficilement.
Ses yeux étaient toujours fermement pressés. Elle ne les ouvrirait pas, elle ne souhaitait pas se voir comme ça.
Non, elle préférait faire perdurer l'illusion de ces mains et de ce souffle sur sa peau rougie et moite. Elle essuya son visage paresseusement sur l'oreiller, fourrant ses mains poisseuses sous celui-ci et se promit de changer ses draps le lendemain.
Elle sombra vite dans le sommeil, bercée par l'odeur de sa transgression. Elle ne pouvait se départir de ces yeux d'acier qui l'observaient sous ses paupières closes, ils s'allumaient d'une lueur satisfaite, reflétant le péché.
oooOooo
