PARTIE 5 • L'ennemi

Hermione arpentait les allées de Fleury et Bott ce samedi matin-là, à la recherche d'un ouvrage qui pourrait l'intéresser suffisamment pour l'épuiser le soir. Un ouvrage pour l'empêcher de se lamenter et la divertir loin de ses pensées graveleuses.

Les semaines s'écoulaient les unes après les autres, emplissant le sablier de sa vie d'une routine réconfortante dans laquelle, à son grand regret, elle se languissait. Ses doigts brûlaient de toucher un être chaud, de recevoir de l'affection et de partager une vie tumultueuse et passionnée.

Peu importait les projets qu'elle menait d'arrache pied, sa vie professionnelle ne pourrait jamais la contenter complètement. La perte de Ron, et le départ de Harry et Ginny avant cela, avait laissé une plaie dans son cœur.

Elle passait du temps avec Luna, Neville ou encore Hannah Abbot. Mais nul ne pouvait combler la complicité qu'elle partageait avec Ron et Harry. Leur amitié forgée dans l'épreuve, la guerre et la quête du triomphe contre les forces du mal. Tout lui semblait si fade comparé à ces souvenirs vivaces. Mais c'est l'absence de Harry, ce frère qu'elle n'avait jamais eu, qui la tuait. Son départ avait creusé un abysse dans l'équilibre de sa vie que nul être ne pourrait jamais combler.

Elle leur rendait visite, bien entendu. Mais cela ressemblait plus à des vacances toutes les deux semaines, qu'à une traversée courageuse des épreuves de la vie. Avant ils avançaient, épaule contre épaule, partageant les épreuves et les anecdotes, poursuivant un but commun.

Acromantules, Basilic, Loup-Garou, Dragons, Sirènes et Mage Noir,… Rien ni personne n'avait pu les éloigner.

Pourquoi la vie avait-elle réussi?

Hermione soupira, chassant sa nostalgie avec difficulté et se remit à parcourir les titres, désespérée de trouver une histoire à leur hauteur. Elle rêvait d'une narration réaliste et profonde, construite d'aventures épiques, de retournement de situations imprévisibles, de dialogues tranchants et d'amour croissant. Elle comptait bien trouver un récit plus incroyable que sa propre vie. Elle en avait besoin.

Le vieux libraire lui avait bien proposé quelques romans d'aventures mais la plupart étaient ceux de Gilderoy Lockhart. Elle les avait tous lus dans sa jeunesse et ils avaient perdus de leur saveur suite à la découverte de l'imposture que représentait Lockhart. Elle aurait aimé le questionner davantage et lui arracher la référence de la perle rare… mais il était bien trop occupé à recevoir des clients pour la séance de dédicace de Cassandra Vablatsky, autrice de « Lever le voile du futur », ce torchon de Divination qu'elle n'avait plus jamais ouvert après avoir abandonné le cours de Trelawney.

Elle s'accroupit pour étudier les ouvrages des étagères les plus basses, espérant qu'un joyaux perdu s'y trouverait.

Elle saisit un livre épais à la couverture sombre, dénommé « Le Mage adepte du Feu » et découvrit rapidement son résumé, intriguée par l'étiquette qui affirmait il s'agissait d'une histoire vraie, romancée.

« Comme on se retrouve. »

Hermione sursauta violemment, n'ayant entendu personne approcher, elle leva les yeux et tomba sur une main offerte pour l'aider à se relever.

Cette main. Cette main qui vivait chaque nuit dans ses fantasmes honteux.

Elle tomba à la renverse, directement sur ses fesses. Un rire narquois accueillit sa chute tandis qu'elle s'empourprait, balbutiant quelques paroles inintelligibles en ramassant les livres présélectionnés qu'elle avait entraînés dans sa chute.

Elle s'agrippa aux étagères pour se remettre debout, fuyant ce regard moqueur et repoussant le parallèle que son cerveau avait fait entre sa position accroupie à ses pieds et le souvenir de cette illusion qui la hantait chaque nuit.

Enfin debout, elle carra les épaules et inspira profondément.

« Bonjour, Malefoy. » dit-elle comme s'il s'agissait d'une rencontre tout à fait normale, sans regarder son visage. Elle serra ses livres contre poitrine et décida qu'elle avait tout ce dont elle avait besoin. Elle le contourna prestement pour fuir vers le comptoir.

« Bonjour, Granger. » repondit-il en tournant sur lui-même, suivant sa tentative de fuite. Lorsqu'elle le frôla pour le dépasser, il saisit son coude et la stoppa. « Quelque chose ne va pas ? »

Hermione posa ses yeux sur cette main qui crochetait son bras. Ces doigts fins et bien plus longs que dans son souvenir. Elle déglutit. « Tout va bien. » bredouilla-t-elle. Elle racla sa gorge et résuma sa fuite en lui arrachant son bras. « Que fais-tu ici? »

Il ricana. « Fleury et Bott ne t'appartient pas… et ton salaire ne te permet sûrement pas tous ces achats.»

Elle claqua ses livres sur le comptoir dans un bruit étouffé, s'attirant le regard désapprobateur du libraire. Elle ravala sa colère et sortit sa bourse d'un geste rageur.

Ne fais pas d'esclandre, calme-toi, lui ordonna sa conscience. Elle tourna résolument le dos à son bourreau.

Le libraire approcha pour encaisser mais son visage se décomposa en avisant la silhouette derrière elle. Il blêmit et retourna superviser la séance de dédicace.

Folle de rage, elle fit volteface et affronta le regard amusé du Mangemort derrière elle.

Ce regard qui la hantait.

« Pourrais-tu t'éloigner ? Tu effraies le libraire et j'aimerais acheter tous ces livres avec mon salaire de fonctionnaire. » grogna-t-elle. Ses yeux, ces traîtres, tombèrent sur ces mains aguicheuses qui enserrait un livre dont le titre semblait fort approprié à la situation - « L'ennemi ».

« Rien n'est bien passionnant dans ce que tu as choisi. À nouveau, tu me déçois. » reprimanda-t-il d'une voix autoritaire. Médusée, elle le vit agiter la main et tous les ouvrages qu'elle avait sélectionnés retournèrent se ranger docilement.

« Comment oses-tu ? » pesta-t-elle, rongée par la colère et le dépit.

Un rictus naquit sur ces lèvres. « Je te conseille celui-ci. Je te l'offre, je l'ai déjà payé. » dit-il en glissant le livre entre ses mains. « Bonne journée, Granger. »

Sourcils froncés, elle l'observa se retourner et s'éloigner avec une nonchalance étudiée. Sa cape noire dansait à chacun de ses pas et elle le fixa, muette, jusqu'à ce qu'il sorte et transplane.

Elle sortit à son tour, troublée par cet étrange échange. Elle fit quelques pas hasardeux, concentrant son esprit vers sa destination. Repoussant le souvenir de cet homme. Cet homme qu'elle haïssait, cet homme avec qui elle partageait un passé qu'elle préférerait oublier. Cet homme qui lui avait offert une vengeance à la fois cruelle et juste, mais qui avait corrompu sa conscience au passage. La vision de ce mirage passionné qui la suivait, qui la rongeait, alors que ces soirées étaient froides et son lit vide depuis si longtemps.

Hermione transplana à son domicile, le livre serré entre ses doigts. Quand elle se matérialisa chez elle, elle accepta enfin de poser les yeux sur ce présent inattendu.

Son sang ne fit qu'un tour à la lecture du titre complet.

L'ennemi de mes nuits, par Luxia Ligare.

Elle ferma les yeux et respira calmement pour étouffer la colère et l'humiliation qui agrippèrent ses tripes à la lecture de ces quelques mots. Son estomac sembla se retourner et elle regretta tant de ne pas avoir réalisé la moquerie plus tôt.

Ses ongles se plantèrent dans la couverture épaisse.

Point de résumé à l'arrière de ce livre qu'elle triturait en marmonnant. La curiosité l'emporta et elle l'ouvrit.

Des mots bien assortis la happèrent immédiatement dans une lecture exaltante. Elle dévora le premier chapitre, songeant qu'il ne fallait peut-être pas juger un livre à sa couverture. C'était une histoire de vampires passionnante, inspirée de faits réels, qui la plongeait dans la Roumanie à l'époque de Dracula. Elle y suivait une sorcière nommée Luxia - l'autrice elle-même - qui décida de percer le mystère de Dracula après avoir perdu sa sœur aînée dans une attaque.

Dracula n'était pas celui des contes moldus. Il s'agissait d'un démon perfide et terrifiant, reclu dans les décombres d'un vieux château à demi-détruit.

Chapitres après chapitres, elle découvrit comment Luxia avait déjoué les attaques du vampire, sauvant des innocents et laissant le monstre affamé et imprudent.

Luxia était accompagnée tout au long du récit par ce voisin qu'elle aimait en secret. Amoureux de sa sœur depuis la tendre enfance, ce sorcier était à la fois un coéquipier motivé et vengeur, et lui apportait un peu de douceur et de joie à travers leurs épreuves. Luxia se languissait de lui chaque nuit jusqu'à ce qu'ils s'unissent enfin dans un rapport charnel fort détaillé - bien trop alléchant pour la jeune lectrice frustrée qu'elle était.

La fin du comte Dracula ne fut bien sûr pas celle attendue. Le fourbe enleva son amant, le transforma en monstre et disparut. Si Luxia crut d'abord qu'elle pouvait contrôler un démon assoiffé de sang, par la seule force de leur amour naissant, elle déchanta bien vite.

Sa soif de sang était devenue incontrôlable et Hermione pleura en lisant comment elle avait tué cet homme qu'elle aimait tant.

Luxia dédia alors sa vie à la traque du monstre qui lui avait volé amour et famille.

Elle allait refermer le roman, essuyant ses yeux douloureux d'une main distraite, quand un morceau de parchemin glissa entre ses doigts. Depuis des jours qu'elle lisait, elle ne le découvrait qu'à cet instant, savamment coincé dans la reliure de la quatrième de couverture.

Sois une bonne fille et ramène-moi mon livre samedi soir à dix-neuf heures.

Je te l'échangerais contre le suivant.

S'en suivait l'adresse d'un restaurant moldu à deux pas de chez elle.

oooOooo

C'est le choix du restaurant qui l'intriguait et la décida à franchir la porte, ce samedi-là. Elle s'était apprêtée sobrement, une longue robe noire l'habillait. Une robe de sorcière traditionnelle de bonne qualité aux épaulettes en pointes muni d'un col haut et droit, croisé, qui s'évasait au niveau de ses mâchoires. Une robe dans laquelle elle se sentait confiante et qui ne détonnait pas spécialement dans un décor non magique. Un chignon malaisé trônait au sommet de son crâne et des boucles d'oreilles discrètes faisaient scintiller ses oreilles. Rien de frivole. Rien d'exceptionnel.

À peine eut-elle passé le seuil, qu'une jeune femme l'accueillit avec un sourire affable. « Miss Granger, je présume ? »

Hermione hocha la tête, interdite, et suivit l'hôtesse élégante vers sa table.

C'était une vision étrange de voir Drago Malefoy installé à table dans un restaurant moldu. Elle réprimait toute émotion et si elle n'était pas ravie d'affronter l'ennemi de ses nuits une soirée entière, elle devait admettre qu'elle avait rarement vu spectacle plus insolite. Cela frisait l'absurde.

Elle prit place sans un mot, mordant ses lèvres pour réprimer un sourire amusé. L'hôtesse lui offrit une carte et remplit son verre de vin avant de les laisser.

Elle posa les yeux sur la carte et un malaise se mit à grandir en elle. Soudain, manger en compagnie de Malefoy se faisait plus concret.

« La serveuse est-elle sous l'imperium? » s'enquit-elle a brûle pourpoint, essayant vainement de déstabiliser l'homme de glace, face à elle.

« Me prends-tu pour un monstre ? » répliqua-t-il sans ciller.

Juste un peu. « Quand je suis rentrée elle savait qui j'étais et, elle… elle… » Hermione cherchait des arguments. « Tu portes ta robe de sorcier, elle n'a pas l'air étonnée… »

Ce maudit rictus ourla ses lèvres. « Et tu ne trouves pas étrange que nous soyons seuls, également ? »

En effet, ils étaient seuls. Elle ne le remarquait qu'à l'instant.

« Tu ne t'étonnes pas non plus que nous soyons dans le Londres Moldu ? » railla-t-il en fronçant le nez de dégoût, comme s'il réprimait une odeur désagréable.

Sa langue claqua dans sa bouche. C'était sa manière de lui signifier qu'il était déçu, c'était ainsi qu'il la réprimandait. À ce bruit, elle se sentit à sa merci.

Sous ses yeux écarquillés, il leva sa baguette. L'illusion se dissipa. Seule leur table demeurait, trônant au mieux d'un espace commercial vide.

Elle déglutit nerveusement - la serveuse avait disparu, elle aussi. Jusqu'où s'étendait ce pouvoir d'imposture ?

Il reposa sa baguette et le mirage revint, immaculé.

« Cela t'amuse-t-il ? »

Il ignora l'aigreur dans sa voix. « Beaucoup, je dois dire. » répliqua-t-il, ses lèvres refoulant mal un sourire.

Elle l'observait enfin. Ces cheveux pâles bien coiffés, bien rangés. Sa tenue élégante et sa longue cape au col brodé d'argent, dont les pans se croisaient sur son torse, retenus par un serpent serti d'émeraudes.

Comme s'il lisait dans ses pensées, le serpent ondula et libéra son vêtement qui alla se ranger seul sur sa chaise. Dessous, il portait un costume tout aussi distingué, sobre et parfaitement ajusté. Une chemise blanche entrouverte était le seul détail décontracté de sa tenue.

Elle laissa rapidement ses yeux s'égarer, s'enivrant de détails auxquels elle n'avait jamais accordé grande attention. Elle prit connaissance de la forme de ses yeux, de leur couleur d'orage. Son nez fin et droit. Ses pommettes hautes et les légères fossettes qui se creusaient quand il daignait sourire - cela elle s'en souvenait. Le mirage cruel lui avait montré un homme nouveau, passionné et enjoué, une facette qu'elle n'avait jamais imaginé. Sa gorge la fascinait, elle était pleine de reliefs bien tracés, pleine de recoins à embrasser.

Elle baissa ses yeux instinctivement, ses joues s'empourprant comme une adolescente à cette pensée. Elle étudia la carte, puis la reposa.

Elle sentit un regard et leva les yeux, découvrant que lui aussi l'observait. Il eut un sourire carnassier mais ne dit rien. Lentement, il releva ses manches en l'observant. Ouvrant ses boutons de manchette, glissant les manches vers le haut, puis les refermant. La queue d'un serpent dépassait de sa chemise désormais - elle refusait d'y penser. Il posa l'une de ses mains sur la table et de l'autre il porta son verre à ses lèvres. Son regard ne la quittait pas.

Hermione le regarda déglutir lentement, sans cligner des yeux. Elle sentait son pouls s'accélérer, ses joues chauffer. Tant de fantaisies l'avaient maintenue éveillées, tant de songes fiévreux, tant de fantasmes honteux, qu'elle n'aurait pu être sereine en cet instant. Elle se sentait embarrassée rien qu'à le regarder.

Et, pourtant, elle le dévorait des yeux, s'en pouvoir s'en empêcher. Elle n'avait plus de conscience depuis bien longtemps. La sorcière se fichait comme d'une guigne qu'il fut un Mangemort ou qu'il l'avait tant humiliée dans le passé. Sa haine? Oubliée. Elle était dépossédée de toute volonté combative, de toute pensée vindicative.

Elle le voulait. Ici même, si elle le pouvait.

Elle mordit ses lèvres, se convainquant qu'il n'était ni question d'amour ou d'amitié. Il ne s'agissait que de consumer une flamme avant son extinction.

« Arrête cela, s'il te plait. » quémanda-t-il d'une voix ferme en posant son verre.

« Quoi ? »

« Arrête de me regarder ainsi. »

Son cœur tambourinait dans sa poitrine. « C'est-à-dire ? »

Il se pencha légèrement en avant, un rictus mauvais s'étirant sur son visage. « Comme une vilaine fille qui veut être punie. »

Son corps entier s'embrasa, elle était sûre d'être rouge de la tête aux pieds désormais. Elle baissa les yeux, repéra la carte et changea de sujet. « Je prendrais... »

« Inutile. Le dîner est prêt. » trancha-t-il. Il claqua des doigts et un repas somptueux apparut sur la table. Elle n'aurait pu le détailler, son regard était retombé sur ces mains délicieuses qui s'apprêtaient à manger. Elle suivait leurs mouvements, les imitant maladroitement.

La tension était palpable. Il mangeait, guindé et impeccable, mais elle sentait ses yeux la transpercer.

Le silence vibrait entre eux, seulement rompu par le bruit des couverts sur la porcelaine.

Hermione ne cessait de boire nerveusement et son verre ne semblait jamais vide. Elle croisait peu le regard d'argent qui la dévorait, elle le fuyait. Il mangeait et buvait sans rien dire.

Enfin, le repas fut achevé. Ce fut long, très long, d'observer ces mains sans un seul mot.

« C'était succulent. »

Il eut un petit rire en disant : « Je remercierais mon elfe. »

Les yeux de la sorcière lui lancèrent des dagues pointues qui se voulaient meurtrières.

« Tu es si prévisible que ça en est risible. »

« Cela suffit. » gronda-t-elle, à deux doigts de la rupture émotionnelle. « La mascarade est terminée. Voici ton livre. Tu as eu ton dîner, j'ai eu ma lecture - je m'en vais. » Elle se leva et se dirigea vers la sortie. Elle avait besoin de chasser ces tensions qui l'emportaient, de se calmer et, surtout, de revenir à la raison.

L'illusion disparut, la porte avec elle. Elle était de retour dans la surface commerciale désaffectée.

Hermione prit sa baguette. « La sortie est ici, je le sais. » lui dit-elle. « Finite ! » Rien. « Finite incantatem ! » réitéra-t-elle.

C'était toujours un mur de pierre qui lui faisait face.

« Si je dois sortir à coup de Bombarda, je n'hésiterai pas. »

Il était debout, déjà vêtu de sa cape. Il avança vers elle lentement, le claquement de ses pas se réverbérant dans l'immense pièce vide. Elle ne se retourna pas, elle refusait d'affronter ce visage qu'elle détestait.

« Arrête ça. » lui demanda-t-il d'une voix égale.

Elle sentait sa colère bouillonner en elle, prête à exploser. « Tu n'as pas d'ordre à me donner, laisse-moi partir. »

« Tu es une sorcière, tu peux transplaner. » lui rappela-t-il avec cette intonation si particulière, celle qui lui rappelait sa place. « Regarde-moi. »

Elle inspira et expira profondément par son nez. Ses mains tremblaient. Le stress, l'anticipation, l'envie, la colère, le dégoût, cela et milles autres émotions, tout se mélangeait.

« Regarde-moi. » souffla-t-il. Son souffle caressa sa nuque nue.

Hermione tressaillit et se retourna vivement. Malefoy était là, il la surplombait de toute sa hauteur. Il ne lui laissa pas le temps de penser.

Aussitôt face à face, il saisit fermement sa main tenant sa baguette tandis que son autre main agrippa son visage sans tendresse. Ses doigts mordirent dans la peau de ses joues alors qu'elle écarquillait les yeux, prise d'un effroi incontrôlable.

Il la tenait entre ses griffes fermement et son regard perça son âme et son être tout entier. Il n'y avait ni fureur ni haine sur ses traits, mais une douleur qu'elle connaissait bien.

« Cinq mois, Granger. Cela fait cinq mois que je pense à toi. Je t'interdis de t'enfuir devant moi, tu entends ? »

Il grondait et sa voix vibrait dans leur deux corps serrés l'un à l'autre. Elle hocha la tête légèrement et sa poigne se desserra, effleurant sa peau, glissant sur son cou. Ses doigts l'englobaient complètement et vinrent caresser le creux derrière ses oreilles. Elle inclina sa tête par réflexe, lui offrant sa gorge, se haïssant intérieurement.

« Chez Fleury et Bott, je t'ai entendu réclamer à ce vieux libraire belliqueux une histoire passionnante qui te ferait vibrer…. Et j'ai bien vu comme tu me regardais. » chuchota-t-il en fixant ses lèvres. « Qui pourrait croire que l'héritier de la grande maison Malefoy se languisse du regard d'une Sang-de-Bourbe ? Qui pourrait imaginer pareille folie ? Et pourtant… »

Il s'approcha encore effleurant ses lèvres entrouvertes avec les siennes. Il recula légèrement.

« Tu me veux, toi aussi. Dis-le. » exigea-t-il alors qu'il avait déjà gagné - elle ne faisait aucun geste pour se dégager ou l'en empêcher.

En revanche, elle ne pouvait plus formuler de mots ou de pensées cohérente. Elle ne pouvait ni nier, ni avouer. Hermione haletait, frissonnante, le regard perdu dans le ciel orageux de ses yeux.

« Je le vois dans tes yeux. » Siffla-t-il entre ses dents. « Dis-le. »

Elle ne pouvait parler. Alors, elle les fit transplaner.