PARTIE 7 • L'illusionniste
Lorsque Hermione se réveilla, elle trouva un lit froid. Sur la table de nuit trônait un vieux livre qu'elle ignora. Elle grinça des dents et se retourna, espérant se rendormir et ne plus jamais se réveiller.
Qu'avait-elle fait ?
Sous ses paupières, qu'elle maintenait résolument fermées, dansaient des images qu'elle souhaitait désormais oublier. Des mains qui la caressaient, une bouche qui l'embrassait, un corps qui la réchauffait.
Drago Malefoy.
Avait-elle perdu le peu de raison qui lui restait ? Elle se sentait sale et vide, rien qu'à songer à ce qu'elle avait fait.
Hermione Granger avait fait l'amour avec Drago Malefoy. Non, ils avaient eu des relations sexuelles. Torrides, passionnées, envoûtantes, violentes, excitantes … Cela n'avait aucun rapport avec de l'amour.
La sensation de gouffre qu'elle ressentait en elle était normale. Qu'avait-elle espéré d'autre ? Qu'il viendrait lui apporter des viennoiseries au lit ? Qu'il la tiendrait dans ses bras toute la journée et la ferait jouir encore trois fois avant le déjeuner ?
Elle avait eu des rapports sans lendemain avec son rival de jeunesse. Celui à cause de qui la guerre avait éclaté, à cause de qui Dumbledore était mort. Celui-là même qui l'avait regardé être torturée, sans bouger. Ce fils de Mangemort au sang pur, qui pensait qu'elle valait moins que lui. Elle l'avait laissée la traiter comme sa chose. Il l'avait faite souffrir pour son propre plaisir et Hermione avait aimé cela.
Mais quel était son problème, à la fin ?
La sorcière se rongeait les sangs, à moitié convaincue d'avoir perdu l'esprit. Cela ne pouvait être très sain. Elle doutait désormais de sa santé mentale. Donner son corps en pâture au serpent, tout cela pour quelques instants de plaisir, était assurément le signe d'une importante détresse psychologique. Qui peut aimer d'être malmené de la sorte, qui peut jouir de sa propre déchéance et en vouloir encore ? En effet, si elle s'obligeait à être honnête envers elle-même, elle devait admettre que toute cette soirée avait seulement donné matière à ses fantasmes, plutôt que les étouffer.
Elle se détestait.
Elle n'avait pas besoin de se morfondre. Toutefois, le besoin d'en parler, de se confier, lui sembla soudain vital. Il lui fallait choisir une personne qui ne la jugerait pas et l'écouterait, sans rien ébruiter. Une personne qui lui dirait que Sainte Mangouste avait sans doute des chambres vides pour soigner son esprit perverti.
Elle se leva et s'habilla prestement. Ginny. Elle devait voir Ginny. Elle était plus qu'une amie, presqu'une sœur, elle saurait l'écouter sans la condamner.
Néanmoins, Ginny ne pourrait jamais apprendre avec qui elle avait fait cela. Car entre Ginny et les Malefoy, il existait un passif plus lourd qu'un vieux journal intime maudit glissé dans un chaudron. Rien qu'à ce souvenir en particulier, Hermione songea à se désartibuler. Elle avait finalement fait ce pourquoi on l'avait accusée des années plutôt - elle avait fraternisé avec l'ennemi.
Déjà, à ses yeux, ses songes fiévreux l'avait rendue coupable d'une sorte de trahison. Mais il n'était alors question que de fantasmes enfermés dans son esprit, fantasmes qui n'étaient pas censés voir le jour. Des fantaisies causées par la vision d'elle-même attachée en suspension dans l'air tandis que de multiples orgasmes la frappaient depuis la vile baguette de cet élégant ennemi. Il s'agissait à la fois de curiosité magique et d'une profonde frustration sexuelle.
Elle n'aurait jamais souhaité que cela se produise réellement et, surtout pas, le cas échéant, avec cet homme qui lui inspirait à la fois inimitié et répulsion. Peut-être était-ce toutefois l'interdit qui l'excitait dans cette situation ? L'interdit établi entre eux serait ainsi devenu catalyseur d'une soudaine envie incontrôlable de posséder l'autre ?
Hermione finit de rassembler ses affaires, commençant à entrevoir un début de réponse tandis qu'elle débattait avec son subconscient. Si la sorcière pouvait comprendre comment une frustration sexuelle mêlée à un interdit formel, l'avait poussée dans les bras de Drago Malefoy, elle peinait toutefois à comprendre comment Drago Malefoy, lui-même, en était arrivé là.
Elle parvenait à la cheminée quand un craquement sonore retentit dans la cuisine, interrompant ses songes et sa fuite. Elle sursauta et fit tomber le pot de poudre de cheminette. Le pot s'arrêta à quelques centimètres du sol et retourna à sa place.
« Tu vas quelque part ? » claqua la voix autoritaire de Malefoy.
Éberluée, elle se retourna. Il était là, dans sa cuisine, un carton de la boulangerie du coin dans une main et un rictus malicieux aux lèvres.
Hermione sentit son cœur accélérer et se serrer si fort qu'elle eut du mal à reprendre sa respiration. Son introspection, ses angoisses, son désir de fuite, tous furent relégués à l'arrière-plan, l'obligeant à admettre la triste vérité. Elle le voulait. Cet homme imbuvable lui inspirait à présent une profonde attirance charnelle. Ses yeux d'argent l'hypnotisaient et sa posture carrée et puissante l'envoûtait. Elle se trouva perdue entre sa raison et les vagues de luxure incontrôlables qui la submergeaient de part en part.
Hermione sourit au Mangemort qui patientait, debout dans sa cuisine. Peut-être que ce qu'elle ressentait était l'apanage de toute femme ? Il était possible qu'elle ne l'ai jamais expérimenté jusqu'ici, mais qu'il soit commun d'éprouver une attirance sexuelle aliénante sur base d'une attitude, d'une apparence ?
Elle approcha vers lui lentement, laissant son sac au sol sur son passage, juste à côté de sa dignité.
Oublie Ginny, va directement à Sainte Mangouste, se désola sa conscience alors qu'elle enroulait ses bras autour du cou du démon et embrassa doucement le sourire hautain et satisfait qu'il lui offrait. Malefoy saisit son visage d'une main ferme et possessive.
« On dirait que tu vas pleurer, Granger. » se moqua-t-il en caressant sa joue.
Elle renifla. « C'est que… j'avais vraiment très faim. » mentit-elle sans vergogne en lui arrachant les croissants des mains.
Il rit sous cape en voyant Hermione s'arracher à lui et se jeter dans son canapé afin de dévorer un croissant à pleines dents, dans une piètre tentative de le convaincre.
Il s'installa près d'elle et la jugea d'un œil amusé - ses cheveux défaits, ses vêtements débraillés et son maquillage de la veille qui avait débordé sous ses yeux.
« Dépêche-toi de manger. » lui dit-il en perdant son sourire. « Ensuite, nous irons prendre une douche. Moi aussi, je suis affamé. »
Hermione peina à déglutir et acquiesça. Elle dévora son petit-déjeuner en un temps record. Elle le vit alors se lever, lui prendre la main et il la guida jusqu'à sa propre salle de bain.
Avant de se glisser sous la douche, il la déshabilla en prenant tout son temps, détaillant son corps. Hermione ne dit rien, elle se laissa faire alors qu'il tournait autour d'elle pour l'inspecter. « Je suis vraiment impressionné de ton obéissance, Granger. » Il caressa sa lèvre inférieure de son pouce, écartant un peu ses lèvres. Elle ne bougea pas. « Quelle discipline. Toujours, une élève parfaite. J'aime ça. » Il sembla hésiter à mettre son pouce plus loin dans sa bouche, mais il lui reprit sa main en claquant sa langue.
Il continua son inspection méthodique et découvrit ses poignets tuméfiés. Drago les saisit et murmura quelques sorts simples pour résorber les hématomes.
Il était doux dans ses gestes, et son apparente autorité ne faisait qu'accentuer son désir ardent d'être félicitée et récompensée. C'était à la fois embarrassant et enivrant.
Il l'affectait profondément, lui offrant la possibilité d'être reconnue pour ce qu'elle faisait de bien, et lui permettant de briser les règles si elle le souhaitait, conséquences à la clé. Était-ce si problématique d'aimer cette dualité ?
Le voir prendre soin d'elle de cette manière répara quelque chose en elle. Regarder cette personne en particulier, cette personne méprisante et méprisable, la traiter avec autant de précautions, lui rappela qu'elle était importante.
Importante pour lui, elle n'aurait su le dire. Mais elle était importante pour elle-même, elle devait prendre aussi soin d'elle.
Ce dimanche matin-là, alors que Malefoy se déshabillait à son tour sans la quitter des yeux, elle se sentit femme pour la première fois de sa vie.
Alors que l'eau chaude accueillit leur corps et que la buée les enveloppa d'un manteau de fumée, elle sût que son cœur avait entamé un processus de réparation sans précédent.
Seule ou ensemble, peu importait. Elle comptait.
Sa vie de déni, achevée par la rupture brutale avec Ron, avait créé en elle une blessure profonde qui contaminait tout son être. Elle en était venue à se détester d'une certaine manière et ne se faisait plus confiance. Ce n'était pas le désir d'une libido intense qui l'empoisonnait, ni même la personne qu'elle avait choisie pour y parvenir. Ce qui était malsain était son réflexe à se dévaloriser et se reprocher toutes les mauvaises choses qui lui étaient arrivées jusqu'ici dans sa vie personnelle.
C'est une conscience adoucie qui accueillit leur étreinte dévorante. Ils prirent le temps de laver l'autre avec beaucoup, beaucoup d'application. Sans jamais se quitter des yeux.
Ils n'avaient pas besoin de parler.
Entre eux, la parole prenait une allure mordante, dominante. Mais leurs yeux, eux, semblaient se comprendre. Entre leurs yeux, des promesses et des secrets s'échangeaient sans heurt.
Si elle avait écouté ses mots, elle aurait pu lui prêter de sombres intentions. Mais en détaillant ses yeux, elle savait .
Car c'est en regardant dans ses yeux qu'elle vit l'orage s'apaiser. C'est en eux qu'elle avait trouvé la confiance de se lancer, de l'embrasser. C'est dans son regard avenant qu'elle comprit que le passé n'avait aucune espèce d'importance dans ce qui les occupait. Ce qu'il y avait entre eux n'avait peut-être pas besoin d'une étiquette. Cela ne nécessitait pas d'être débattu pour l'instant. Point de diagnostic nécessaire - il existait un pont fait de luxure et chacun d'eux avait franchi la moitié pour s'y retrouver.
Avait-il besoin de s'échapper et rejeter ce à quoi on l'avait destiné ? Était-ce son moyen de s'affirmer ? Quant à elle, avait-elle besoin de sensations fortes pour se sentir exister ? Avait-elle quelque chose à se prouver ? Peu importait.
Dégoulinants et fiévreux, les amants se poussèrent l'un l'autre jusqu'à la chambre. Son esprit sembla s'envoler au loin, alors que ses mains caressaient la peau frissonnante du jeune homme. Son regard tomba sur le grand miroir à côté de la garde robe. Elle surprit leur reflet, nus et détrempés. Malefoy suivit son regard et elle put voir ses traits s'enflammer. Il se déplaça et se colla dans son dos. Comme la nuit précédente, il glissa ses mains caressantes autour d'elle, la laissant s'appuyer sur lui alors qu'il la caressait lascivement.
Leurs yeux suivaient le tracé qu'il imprimait sur son ventre, créant un contraste de chaleur avec sa peau humide et frissonnante à l'air frais de la chambre. Ses mains vinrent malaxer ses seins, jouant avec le petit bout de chair dressé de froid et d'excitation.
Exactement comme la veille, il vint embrasser son cou simultanément mais il ne la mordit pas. Elle était sage, ne bougeait pas, il ne la punirait pas.
Elle n'était que plaisir, cette fois. Par le reflet du miroir, il lui offrit un sourire dévastateur au moment où l'une de ses mains descendit en serpentant. Il atteint son pubis et descendit jusqu'à son intimité tout en douceur où il commença à la caresser.
Elle gémit et laissa son poids se reposer sur lui, enroulant ses bras autour de cou, le pressant contre elle. Elle ne le quittait pas des yeux. Il était si grand derrière elle et englobait toute sa silhouette. Hermione le détailla avidement - ses cheveux détrempés et défaits, sa mâchoire carrée nichée dans son cou, sa bouche qui l'embrassait et la mordillait. Elle gémit encore alors qu'il aventurait deux doigts en elle pour rapatrier l'humidité qu'elle produisait et venir accentuer le plaisir de son clitoris gorgé d'anticipation.
Hermione tremblait mais continuait à le regarder, s'enivrant de ses larges épaules qui l'entouraient, de ses bras forts qui l'encerclaient, de la vision de ses doigts délicats qui travaillaient à son plaisir, écartant ses lèvres, les caressant, la torturant, avant de reprendre son travail de précision.
Leurs yeux étaient noirs de désir. Drago remonta sa bouche le long de son cou et se mit à lui chuchoter des mots enivrant dans le creux de son oreille tandis que son regard accrochait le sien dans le miroir.
« Regarde-toi. » dit-il en ralentissant la cadence de sa main en son centre, pinçant son mamelon dressé. Il écarta ses lèvres, lui montrant ce qu'il faisait, avant de claquer sa paume sur son sexe offert. Ses jambes semblaient faites de coton, tremblantes, molles et incertaines de pouvoir la porter. « Tu es si humide que je pourrais te prendre ici même sans attendre. » Il glissa à nouveau ses deux doigts en elle pour marquer ses propos, frottant et pressant toute la paume de sa main sur son sexe au passage. Hermione n'était plus que gémissements et plaisir entre ses mains. « Je pourrais jouir sur tes fesses, juste en te regardant ainsi offerte à moi. »
Malefoy accentua la pression de son membre sur ses reins, C'était si dur de respirer. L'air lui manquait.
Sa main se retira et claqua sur son clitoris gonflé et détrempé, la faisant à nouveau tressaillir. Elle laissa échapper un cri de surprise. Cette même main machiavélique reprit ses petits cercles légers. « Je veux t'entendre crier mon nom, Granger. » Il accéléra et la main qui pinçait et jouait avec sa poitrine vint immédiatement s'enrouler fermement autour de ses côtes. « Regarde-moi, oui comme ça. Regarde comme je suis bon pour toi. » Il se mit à frotter son sexe avec violence tandis que Hermione perdait la raison à la vue de leur silhouettes emmêlées.
Elle tenait à peine debout, sans lui, elle serait tombée. Elle devenait incohérente, sa vision se brouillait alors qu'elle s'abandonnait complément entre ses bras, gémissant et pleurant presque son nom.
La jouissance éclatait derrière ses paupières et pourtant elle tentait de voler des brides de sa figure déterminée, de ses cheveux qui tombaient devant ses yeux, de ses bras contractés autour de son corps pour la maintenir et la combler en même temps.
Il ne la laissa pas tomber. Il la serra contre lui et la regarda tout le temps que son plaisir l'emportait. Ses yeux noirs ne la quittèrent pas un instant.
Bientôt, ce furent ses deux bras qui la soutinrent, la laissant revenir à elle.
Elle eut l'impression de se réincarner en elle-même. C'était une nouvelle Hermione qui les observa encore quelques instants dans le mirroir. Eux, ce couple improbable qu'ils formaient. Elle n'était plus embarrassée désormais. Elle était déterminée à s'affirmer, elle souhaitait devenir actrice de ses désirs et s'accepter comme elle était.
Elle déglutit et se tourna vers lui, l'embrassant avec fougue. Ses mains partirent à la découverte de ses épaules, de son dos et ses fesses alors qu'il laissait des soupirs de contentement lui échapper.
Enfin, elle suivit la trajectoire de ses mains, et tomba à genoux devant lui. Elle avait même retrouvé sa voix. Elle lui dit, un sourire mutin étirant sa bouche coquine : « Tu as été très bon avec moi, Drago Malefoy. Tu mérites une récompense. » Et elle prit en bouche son sexe dressé sans plus de cérémonie.
Elle n'avait certainement pas une grande expérience dans ce domaine, mais elle le vit perdre complètement sa façade stoïque alors que ses yeux indécis hésitaient entre la regarder ou regarder leur reflet.
Finalement, elle eut bien ses trois orgasmes avant le déjeuner.
« Vas-tu me dire qui te fait sourire comme ça, Hermione ? » la taquina Ginny le dimanche suivant. Elle agitait sa baguette discrètement tandis que le repas se cuisinait seul.
Elle excellait dans toutes les tâches ménagères magiques. Molly lui avait appris tout ce qu'elle savait. « Une bonne organisation, les sortilèges adéquats et c'est 95% du travail qui sera fait pour toi. » disait justement Ginny en imitant sa mère quelques instants plus tôt.
« Alors ? » la pressa Ginny. « Mais arrête de manger ces chips. C'est pitoyable comme échappatoire. Réponds. »
Hermione jeta un coup d'œil anxieux vers Harry, qui apprenait à Teddy Lupin comment monter sur un balais, dans leur jardin.
Hermione avala à contre cœur. « Oui, je vois quelqu'un. Ce n'est rien de bien concret. On est juste… juste…? » elle soupira. « Je ne sais pas ce qu'on est mais je me sens bien. »
Ginny sourit tendrement en posant sa main sur son ventre rebondi. Elle sembla rêveuse un instant puis se concentra à nouveau sur Hermione. « Et l'heureux élu est ? »
Hermione fronça les sourcils, la suppliant mentalement d'arrêter ses questions. « Quelqu'un. »
Ginny pinça les lèvres de frustration mais ne dit rien.
Elle ne ressentait plus le besoin de se confier. La jeune femme avait fait la paix avec elle-même, assumant ses désirs et ses envies, les acceptant même.
« Pourquoi tu boudes, Granger ? » s'enquit Malefoy. Il était affalé sur son canapé, les jambes posées sur le dossier, la tête renversée en arrière et un livre qui lévitait devant ses yeux. Il semblait plongé dans la lecture d'un vieux livre de potions qu'il avait trouvé sur l'une de ses étagères.
Hermione haussa les épaules et ne répondit pas. Elle prit un paquet de crackers au fromage et s'installa dans le fauteuil à côté du sien. Elle reprit la lecture du petit livre qu'il lui avait amené la semaine précédente. Le journal de bord de Luxia Ligare, celle qui avait voué sa vie à tuer Dracula. La version romancée ne contenait pas de fin et ne connaissait pas de suite. Il lui avait donc fourni les notes inestimables de Luxia elle-même. Un véritable témoignage du passé. Hermione avait d'abord été ébahie avant de se rappeler que Malefoy ne manquait pas de moyens. C'était passionnant de suivre sa vie, même sans savoir ce qui allait lui arriver. Le cahier fini, Malefoy l'avait prévenu que personne n'avait jamais trouvé de suite. Était-elle morte ? Avait-elle réussi ou repris sa vie ? Personne ne savait. Hermione se délectait de ses mots gribouillés à la hâte et vivait, à travers chaque page qu'elle tournait, un morceau volé à l'histoire de sa vie passionnante.
Le livre de Potions en lévitation se décala un peu du visage de Drago afin qu'il puisse l'observer. Il haussa l'un de ses sourcils.
« Donne-moi des crackers, vilaine égoïste. » se plaignit-il en tendant la main elle. Elle refusa en secouant la tête. « Hermione, s'il te plaît. »
Elle sourit, téméraire, et secoua à nouveau la tête en mangeant une nouvelle poignée. La bouche du dangereux reptile dévoila des crocs acérés. Son livre se ferma et se posa sur la table basse tandis que Drago se redressait. « Donne-moi ces crackers ou tu auras une fessée. »
Hermione se leva et s'enfuit en riant, bien décidée à l'avoir, cette fessée.
oooOooo
Les semaines défilaient, engloutissant sur leur passage une nouvelle routine idyllique à laquelle Hermione ne parvenait pas s'habituer.
Malefoy avait pris l'habitude de débarquer chez elle de jour comme nuit, et s'était mis à agir comme le propriétaire des lieux. C'était à la fois adorable et hautement intrusif qu'il agisse ainsi au sein de son havre de paix, ce domicile qu'elle adorait.
Lorsqu'il apparaissait dans son séjour et lui quémandait un repas, puis la punissait de son inaction en la faisait jouir au moins deux fois… Elle aurait dû être comblée mais ce n'était pas vraiment le cas.
Quelque chose la taraudait, la rongeait.
Elle continuait à se réprimander de la situation. Elle adorait les moments qu'ils partageaient, la dynamique qu'ils avaient acquise et la douce complicité qui s'instaurait entre eux. Toutes ces années de haine avait fertilisé un terrain propice pour des conversations passionnées et une libido incendiaire.
Mais un malaise grandissait en elle. Elle craignait qu'on les surprenne et tremblait de passer à côté de sa "vraie" vie. Hermione le suspectait de nourrir les mêmes craintes. Jamais il ne lui proposait de sortir en extérieur, par exemple. Dire qu'aucun d'eux n'en ressentait le besoin serait un mensonge. Aucun d'eux ne souhaitait vraiment assumer publiquement leur relation et ce qu'elle impliquait.
Elle se débattait quotidiennement avec sa conscience.
Oui, elle aimait être en sa compagnie.
Oui, leur complicité était exaltante.
Oui, le sexe était incroyable.
Mais, elle ne souhaitait pas l'avouer à ses proches. Ce qu'il y avait entre eux ne ressemblait pas à l'idée qu'elle avait de l'amour jusqu'ici. Comme elle, il ne semblait pas poursuivre un but plus élevé que ce qu'ils avaient déjà établi comme relation.
oooOooo
Il y eut un soir où, après l'avoir longuement maintenu attachée, lui avoir infligé plusieurs sortilèges euphorisants et lui avoir fait perdre la raison… Enfin, ils évoquèrent le problème sérieusement.
« Où as-tu appris tout cela, Drago ? » demanda-t-elle en se blottissant contre lui.
« Dans un livre. » repliqua-t-il d'une voix moqueuse. Il avait les yeux fermés mais il souriait. Elle le pinça fermement au niveau des côtes pour le faire parler. « Parles-tu de mon talent incroyable pour t'envoyer au septième ciel ? »
« Goujat. Je parlais de cette incroyable magie sans baguette, de tous ces sortilèges qu'on apprend certainement pas à Poudlard. »
Il inspira profondément et plaça un bras sur ses yeux dans une posture de détente, qui camouflait un peu son inconfort. « Quand tu es emprisonné à Azkaban, on te met dans une cellule et on te prive de magie. On te prend ta baguette et la cellule elle-même contient ta magie. Elle l'empêche de sortir. C'est un peu comme être enfermé dans un chaudron vide sur le feu. Plus tu y es, plus tu sens ta magie s'évaporer, comme si l'air te quittait. Tu te sens écrasé par le poids immense du vide autour de toi, de la solitude, bien sûr, mais surtout de la perte de ce qui fait de toi un sorcier. »
Hermione sentit son cœur se serrer et laissa ses yeux se poser sur les runes présentes sur son cou. La rune de l'homme, suivie de celle du serpent puis du nombre 646.
Drago continuait. « J'étais donc dans ma cellule, silencieux et déprimé. Mieux vaut éviter de trop penser quand tu es là-bas, car la moindre pensée douce attirent les Détraqueurs. J'ai donc commencé à me distraire avec les petites pierres que je pouvais obtenir en…» Il hésita à se dévoiler, puis décida qu'il n'avait rien gagner à se cacher d'elle. « En creusant les joints entre les pierres de ma cellule. Je faisais tournoyer les gravats ou la poussière que j'en obtenais, juste au-dessus de ma main ouverte et cela m'apaisait énormément. » Son regard tomba sur ses mains. Jusqu'à ce jour, elle n'avait jamais remarqué toutes les petites cicatrices qu'il portait autour de ses ongles. « Je n'y ai passé que six mois mais ces six mois eurent l'air plus long que tout le reste de ma vie. » soupira-t-il, inconscient de l'inspection que réalisait la sorcière. « Quand je suis enfin sorti de cette cellule, j'ai eu l'impression d'être frappé par des vagues de magie, comme si je la sentais m'envahir pour la première fois. Elle vibrait en moi. Tout à coup, je pouvais ressentir la magie du Manoir, celle des portraits et, j'arrivais même, avec un peu d'entraînement, à la concentrer plus précisément qu'avant, avec ou sans baguette. »
Il parlait avec amertume - le gain de cette précision magique ne pourrait jamais combler tout ce qu'il avait perdu durant son séjour là-bas.
Hermione pratiquait peu la magie sans baguette, cela nécessitait beaucoup de pratique et elle n'avait jamais accordé le temps nécessaire à cela, bien qu'elle s'était toujours promise de le faire un jour. Sa plus grande réussite était sans conteste le sortilège de confusion envoyé à Cormac McLaggen en sixième année.
Elle passa ses bras autour de son torse et se serra contre lui pour le réconforter. « Et tous ces sortilèges… peu communs, comment les as-tu appris ? »
Il soupira, encore moins désireux de partager cela. « Avec Astoria. Je pensais qu'elle se contenterait de ce genre de diversion. Je croyais que lui offrir des mirages convaincants et des orgasmes puissants, la satisferait suffisamment... » Il serra sa main dans la sienne et emmêla leurs doigts. « Cela aura au moins servi aux adhérents au club. »
« Pourquoi ne pas fermer cet endroit immonde... » grinça Hermione, pour qui le sujet était particulièrement sensible.
Malefoy haussa les épaules. « Cela ne saurait tarder. Les affaires sont mauvaises en ce moment. Les gens semblent revenir à la raison, doucement. »
« Ah ? »
Il retira son bras de ses yeux et l'observa intensément. « Je ne serais pas étonné que Weasley revienne la queue entre les jambes, un de ces jours. »
Elle soutint son regard sans ciller. La surprise passée, elle posa enfin les questions qui la taraudaient et la rongeaient depuis si longtemps : « Comment en sommes-nous arrivés ici, Drago? Comment toi et moi… Que sommes-nous vraiment ? »
Dans ses yeux, elle vit passer le fantôme de ses propres incertitudes. Il se détourna et fixa le plafond, tout son corps se contracta imperceptiblement.
« Je ne sais pas. »
Hermione fronça les sourcils. « Je suppose que tu t'es déjà posé la question. »
« Je me la pose depuis bien plus longtemps que toi. » fut sa seule réponse.
« C'est-à-dire ? » insista-t-elle en se redressant.
Il la regarda avec une sorte d'appréhension et se tourna vers elle, levant sa main pour caresser sa joue. Ses yeux se perdirent en chemin, détaillant ses cheveux emmêlés, les courbes de ses épaules, sa poitrine nue.
« Je ne sais plus exactement. Je ne saurais te dire si cela a commencé lorsque je t'ai croisé un jour au ministère, tellement affairée que tu ne m'as même pas remarqué. Ou bien toutes ces fois où j'ai vu Weasley se pavaner avec l'une de mes serveuses, braillant à propos de ses aventures avec Celui-Qui-A-Vaincu et sa charmante femme, l'incarnation de l'intelligence et de la droiture. » Ses mots aigres auraient pu lui faire du mal, mais ce ne fut pas le cas. C'est un dégoût qui la saisit. Il continua : « Ou peut-être fut-ce cette fois où tu es entrée dans le club. J'étais à ma fenêtre quand vous avez passé les sortilèges de protection. Tu étais là, le visage fermé dans cette robe trop petite, trop médiocre, pour la personne que tu es. J'étais si en colère. Je me suis demandé pourquoi je semblais être le seul à être immunisé contre cette folie, si c'était dû à mon emprisonnement.
Puis, je t'ai observé. J'ai vu l'effarement dans ton regard, le dégoût qui animait ton visage en découvrant la luxure qui t'entourait. Je t'ai vu boire et je savais ce qui allait t'arriver mais pourquoi me serais-je interposé ? Je voulais que tu souffres, comme moi j'avais souffert. » Il détourna les yeux, honteux de verbaliser tout haut ses pensées de l'époque. « J'étais si écœuré quand je t'ai trouvé dans cette chambre, petite chose brisée et naïve… comme si tu ne savais pas ce qui t'attendait en venant là-bas. Mais après toute cette soirée, l'image de ton visage défait ne m'a plus quitté. Toi, cette personne que je haïssais… malgré cela, ça m'avait touché. Alors quand le week-end suivant ton mari est revenu en expliquant toutes ces choses qu'il avait perdues… toutes ces choses que tu avais brisées. Il parlait d'objets, de vulgairespossessions. » crachait-il alors que son visage se déformait sous la colère.
Hermione posa une main apaisante sur son thorax. « Cela n'a aucune importance, aujourd'hui. » temporisa-t-elle, la gorge et le cœur douloureux.
Il la regarda, médusé. Des éclairs tombaient dans ses iris orageux. Elle lui sourit, et ses yeux s'éclaircirent. Il sembla se rappeler de la question.
« Si je dois être totalement honnête, ton mirage m'a accompagné plusieurs fois, m'aidant à trouver le sommeil… » Son regard sur elle se fit brûlant. « Après cette soirée catastrophique, je cherchais des raisons de te recroiser. Cette sorcière que j'avais tant humiliée me paraissait soudain si désirable. Je te voulais, je te voyais comme une revanche sur la vie… Je me sentais fou à lier. C'est lorsque que j'ai vu comment tu me regardais à Fleury et Bott, après la tirade passionnée que tu avais faite au libraire pour trouver une aventure à lire à ta hauteur. Je me suis dit que, peut-être… Ruse et ambition , tu connais la suite… »
Hermione avait rougi à la pensée qu'il ait pu créer son mirage pour lui tenir compagnie, sans doute pour les mêmes raisons lubriques qui la tenaient à l'époque éveillée la nuit. Mais elle se força à préserver.
« Cela ne répond pas à ma question. Que sommes-nous, Drago ? Où allons-nous ? »
Ses yeux se firent suppliants, soudain et sa voix se durcit. « Pourquoi veux-tu toujours tout compliquer, Granger ? »
Hermione soupira et posa sa tête sur son torse. « Je n'arrive pas à nous imaginer un avenir. » avoua-t-elle tristement. « Comment concilier tout cela… toi… et moi ? Cela semble impossible. Inconcevable. »
« Je sais. » dit-il seulement. Qu'aurait-il pu dire d'autre ? Elle le regardait parfois et voyait l'ombre de cet adolescent qu'elle abhorrait. Peut-être était-ce le même pour lui ?
Alors, la jeune femme lui avoua tout ce qu'elle avait sur le cœur. « Je ne m'imagine pas construire une vie entière avec toi, ni avec personne d'autre d'ailleurs. Je me sens perdue. Mais je ne m'imagines pas non plus te laisser partir. Tu fais partie de ma vie désormais, d'une manière que je n'aurais jamais imaginée. Une part de moi te déteste profondément et, pourtant, tu sembles être tout ce dont j'ai besoin actuellement. »
Il la serra contre elle et, de son bras libre, il attrapa sa baguette. Il la fit tournoyer plusieurs fois, invoquant un mirage. Un mirage rassurant et familier.
De la pointe de sa baguette s'échappa un gros chat roux qui vint se coucher près d'elle en ronronnant. Elle ne pouvait le sentir, mais sa présence lui rappela tellement de bons souvenirs que les larmes lui montèrent aux yeux immédiatement.
« Oh, Pattenrond… il me manque tellement… » souffla Hermione en le regardant se blottir contre elle.
Malefoy lui sourit. « Je ne sais pas où nous allons. Peut-être sommes-nous emprisonnés dans une bulle hors du temps, qui éclatera bientôt. Arrêtons de nous faire du mal avec ces questions, alors que nous pouvons être si bon l'un pour l'autre. » Le gros chat miaula en approbation . « Peut-être que demain, tout sera fini. Peut-être que non. Peut-être que tu te réveilleras un matin avec plus d'amour que de haine pour moi. Peut-être pas. » Il fit glisser ses doigts dans son dos lascivement, lui rappelant à quel point il pouvait être bon elle.
Peu lui importait ce que l'avenir avait à offrir, cela faisait bien longtemps qu'il n'attendait plus rien. Il l'attira dans ses bras, étouffant ses doutes par un baiser brûlant.
Ils cessèrent de penser et de se tracasser, laissant leur corps se rassurer, se combler. Ils étaient deux personnes réunies dans un même lit, deux adultes consentants et fiévreux qui, finalement, s'accordaient plutôt bien. Et si tout devait s'arrêter demain ? Ils choisirent de ne pas y songer.
À partir de ce jour, ils n'en parlèrent plus jamais. Durant le temps qu'ils partagèrent, ils se laissèrent bercer par l'illusion d'un bonheur éphémère.
FIN
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Joyeux anniversaire à ma super bêta, Fanneew !
Un presque HEA juste pour toi :)
