Note de l'auteure, dans une galaxie lointaine, très lointaine...

La première nuit où j'ai enfin mis le point final à mon histoire précédente (À savoir : « Élémentaire, mon cher Barnes »), cette nuit-là, j'ai eu une autre idée d'histoire.

Pouf ! D'un coup ! Comme ça ! Eh merde...

Et durant mon insomnie la nuit suivante (Merci Mr Guinness), j'ai réfléchi au déroulement de ladite histoire. Donc voilà mon nouveau OS improbable, qui pourrait éventuellement se caler comme la suite d'un récit précédent, intitulé :

« La Lettre de Métal ».

Qui se passe dans le même Univers.

Je ne sais pas si vous saisissez le lien qui me fait jumper entre « Captain America » et « Once Upon A Time » depuis mon dernier mois d'écriture frénétique...

Si vous ne le savez pas, c'est tant mieux...

Je retourne me cacher dans les étoiles, avec mon thé et Loki, pour écrire ce truc...

Vous connaissez la chanson : pas de lecteurs, pas de Bêta, donc pardonnez-moi pour les nombreuses fautes restantes.

Et l'histoire.

Et le personnage. (Surtout ça...)

.

.

.

.

.

La petite Grace venait de fêter ses onze printemps, et son père lui avait offert, pour l'occasion, le livre qu'elle désirait ardemment : « Jabberwocky » le fameux poème de Lewis Carroll.

Et, tous les soirs, après l'heure du thé, Jefferson lisait un paragraphe incompréhensible du roman, à sa chère fille.

Il était grilheure ; les slictueux toves,
Gyraient sur l'alloinde et vriblaient :
Tout flivoreux allaient les borogoves ;
Les verchons fourgus bourniflaient.

.

« Prends garde au Jabberwock, mon fils !
À sa gueule qui mord, à ses griffes qui happent !
Gare l'oiseau Jubjube, et laisse
En paix le frumieux Bandersnatch ! »

.

Il lui parlait du Pays des Merveilles, que lui seul haïssait de tout son être. Mais Grace aimait éperdument entendre son père narrer ses aventures avec la chenille bleue qui fumait la pipe, le labyrinthe impossible du terrible Ilosovic Stayne, le Lièvre de Mars qui n'arrêtait jamais de courir, le chat de Cheshire tantôt visible, tantôt invisible et toutes les autres créatures aussi folles que la précédente. Elle tomba amoureuse du bébé Jabberwocky que son papa avait sauvé de la terrible Reine, en le cachant avec lui dans le donjon, le nourrissant à la main durant des mois et des mois. Elle s'imaginait son père élevant la créature, pourtant féroce, en dragon gentil et docile. Le nommant simplement « Buck' ».

Pourtant, Jefferson maudissait ce Royaume. De tout son Être, de tout son cœur et de toute son âme. Ce pays qui l'avait séparé de sa fille unique, durant si longtemps.

Si longtemps.

Il exécrait Cora, la Reine de Cœurs, qui lui avait coupé la tête et ressuscité par magie pour le faire travailler toutes ces années dans son château labyrinthique et ténébreux.

La seule chose que Jefferson aimait dans ce Monde de fous, était sa petite Grace. Et pour elle, il faisait absolument tout. Même lui conter les trésors du Pays des Merveilles qui lui rappelaient pourtant les heures les plus sombres de son passé.

Pour Grace, il continua la lecture :

Le jeune homme, ayant pris sa vorpaline épée,
Cherchait longtemps l'ennemi manxiquais...
Puis, arrivé près de l'Arbre Tépé,
Pour réfléchir un instant s'arrêtait.

.

.

.

Ce matin-là, Grace enfila une petite robe imprimée de grosses fleurs multicolores, avec des collants dépareillés et des ballerines mauves aux pieds. Elle coiffa ses longs cheveux dorés de deux couettes et elle attrapa son cartable qu'elle mit sur son dos.

Jefferson, tout sourire, lui tendit la peluche en forme de Lièvre qu'elle traînait partout depuis des années. Mais, ce matin-là, la jeune fille répliqua :

- Oh non, papa, je ne peux plus amener un doudou à l'école ! Je suis beaucoup trop grande maintenant !

Jefferson sourit, malgré l'évidence qui lui serra le cœur : de savoir que sa fille grandissait bien trop vite à ses yeux. Toujours souriant, il répondit :

- Tu sais quoi, Grace ? On va mettre le Lièvre dans ton sac. Personne ne saura qu'il est là, à part toi. Qu'est-ce que tu en penses ?

Grace se mit à réfléchir quelques secondes, puis finalement, elle acquiesça d'un signe de tête. Heureux, son père la tourna pour glisser sa peluche dans le cartable qu'elle portait déjà sur le dos.

Puis, ensemble, ils quittèrent l'immense manoir pour marcher côte à côte sur la route brillante de rosée matinale, en direction de l'arrêt de Bus. Ils n'attendirent pas bien longtemps avant de voir l'énorme véhicule jaune freiner devant eux. Grace fit un dernier câlin à Jefferson avant de grimper les marches du Bus pour partir à l'école publique de Storybrooke.

.

.

Jefferson repartit seul vers l'immense bâtisse qui lui servait de maison. Il glissa ses mains dans les poches de son manteau. Il portait, comme toujours, son long manteau ténébreux, avec de magnifiques boutons en argent. Un pantalon en cuir, sombre également, rehaussé d'une épaisse ceinture avec une boucle en or gravée d'entrelacs. Sous son long pardessus, il avait un splendide veston en velours gris avec quelques reliures fines d'un noir brillant qui couvrait une chemise de soie blanche. Pour cacher sa cicatrice autour du cou, un imposant foulard rouge entourait sa nuque. Noué comme une cravate, quelques pointes dorées recouvraient le tissu soyeux, et terminait de le vêtir parfaitement. La tenue entière dessinait admirablement bien son corps tout en lui donnant un côté aristocratique.

Physiquement, il avait un visage presque trop jeune, mais malicieux. Ses yeux, magnifiquement bleus cristallins, reflétaient à la fois sa folie profonde et son amour paternel. Ses épais cheveux bruns gardaient sempiternellement cette même coiffure Pompadour désordonnée.

Son allure en général représentait à la fois la divagation et l'élégance.

.

Une fois chez lui, il grimpa directement le grand escalier à la droite du long corridor. L'étage était tout aussi immense que le manoir en lui-même, avec d'innombrables chambres, pièces et salles. Grace avait sa propre chambre, et une salle de jeux rien que pour elle. Pourtant, le plus souvent, elle restait à jouer avec son faux service à thé dans l'atelier de son père, lorsque celui-ci travaillait sur des nouvelles créations.

Oui, beaucoup surnommaient Jefferson « Le Chapelier Fou », et ce, même s'il était le meilleur, et accessoirement le seul, Chapelier de la ville.

La magie était revenue à Storybrooke depuis quelques années déjà, mais les portails magiques restaient toujours aussi difficiles à trouver ou à créer.

.

Avant même qu'il ne franchisse la porte de son atelier, Jefferson sut d'instinct que quelque chose clochait. Son cœur rata un battement et son ventre se noua. Il souffla un coup, en fermant les yeux, avant d'entrer dans la pièce. Rien n'avait bougé, en réalité. Ses ustensiles traînaient encore sur la grande table de bois, ses hauts-de-formes attendaient d'être totalement terminé, même le petit service à thé de Grace se trouvait encore sur une table plus basse, à sa taille, à côté de celle de son père.

Rien n'avait bougé, certes, mais une personne se trouvait dans l'atelier. Une jeune et belle femme, que Jefferson reconnut aussitôt. Une angoisse soudaine s'empara de lui, mais il réussit à bredouiller ces simples mots :

- Ma Reine...

La fameuse « Méchante Reine » de la Forêt Enchantée était là, debout au milieu de la salle. Elle portait une somptueuse robe bleu nuit, avec un décolleté très plongeant sur sa poitrine relevée par son corset. Chaque broderie cousue à la maison au fil d'or, faisait ressortir le tissu fin de soie et de taffetas. Des entrelacs baroques et sombres agrémentaient sa robe, lui donnant un côté élégant et machiavélique. Son col ébène en plumes douces protégeait sa nuque blanche. Elle portait également un lourd pendentif, un diamant couleur sang, assortie au rouge de ses lèvres malicieuses. Son regard brun fut rehaussé par un maquillage foncé, qui lui donnait un air grave mais splendide. Ses longs cheveux ténébreux furent relevés par une impressionnante coiffure sophistiquée, qui agrandissait sa taille pourtant moyenne.

Comme toujours, la Reine était aussi ravissante... Que cruelle.

- Jefferson... commença-t-elle, avec son sourire malicieux en coin.

Elle s'approcha du pauvre homme, en faisant claquer ses bottes de cuir à talon sur le parquet de l'atelier. Par réflexe, Jefferson recula jusqu'à cogner le mur derrière lui. La Reine le scruta sans cligner des yeux, comme pour sonder son âme apeurée. Malgré son cœur qui tambourinait dans sa poitrine, Jefferson dit simplement :

- Je croyais que vous aviez renoncé à la magie noire, pour votre fils, Henry...

La Reine esquissa un sourire.

- Oh oui, Regina l'a fait.

Jefferson plissa des yeux, ne comprenant pas sa réponse. « Regina » était le véritable prénom de la Méchante Reine. Face à son air interrogateur, elle expliqua :

- Regina a utilisé un sort pour séparer la Méchante Reine, moi, de son corps à elle. Elle voulait détruire notre part d'ombre. Seulement, ce n'est pas possible... Alors, me voici, aussi cruel que d'antan, mais sans Royaume à diriger. Regina et sa bande de petits héros pathétiques essayent cependant de trouver une façon de me supprimer.

Elle sourit.

Ce même sourire sournois qui terrorisait tant les gens d'autrefois. Tout comme Jefferson, qui n'osa plus bouger, comprenant avec horreur la raison de la venue de la Reine dans son humble demeure.

- Vous avez besoin de moi...

Son sourire s'étira comme celui de l'horrible chat Cheshire et elle avoua, heureuse comme jamais :

- J'ai surtout besoin de ta magie. De ton portail.

Évidemment.

Le cœur de Jefferson rata encore un battement. Il essaya pourtant de contrôler sa voix, pour expliquer :

- Ma Reine... La famille de Snow a détruit mon chapeau magique, qui permettait de sauter de Mondes en Mondes.

La femme jeta un coup d'œil dans la pièce en raillant, déjà passablement énervée :

- Ton atelier entier est rempli de chapeaux !

- Mais... Ils ne sont pas magiques...

Le visage de la Reine se rapprocha de celui de Jefferson, dont les yeux apeurés perdaient déjà de leurs bleus délicats. La femme répliqua simplement, mais sérieusement :

- Dans ce cas, tu devrais te mettre au travail tout de suite.

.

.

.

Jefferson était assis devant son plan de travail, découpant des tissus délicats à l'aide de ses ciseaux en argent. La Reine faisait les cent pas dans la salle, jetant des coups d'œils un peu partout, dans toutes les directions, pour tuer le temps. Elle ramassa le seul livre disponible dans l'atelier, et commença à lire un passage à haute voix :

Or, comme il ruminait de suffêches pensées,
Le Jabberwock, l'œil flamboyant,
Ruginiflant par le bois touffeté,
Arrivait en barigoulant !

.

Une, deux ! Une, deux ! D'outre en outre,
Le glaive vorpalin virevolte, flac-vlan !
Il terrasse le monstre, et, brandissant sa tête,
Il s'en retourne galomphant.

.

La femme esquissa une mine dégoûtée, elle referma le roman d'un geste vif et sec, pour le jeter par terre, tout en rétorquant :

- Quelle horreur de donner des livres pareils à des enfants ! Pas étonnant qu'ils deviennent fous !

Le Chapelier lui jeta un regard noir qu'elle ne vit pas. Ses yeux sournois s'arrêtèrent sur la petite table où des fausses tasses gisaient çà et là, à côté d'une jolie petite théière rose et blanche. La Reine parut encore plus écœurée, en demandant, sur un ton amer et menaçant :

- Comment va ta gamine ? Grace, c'est ça ?

Cette fois-ci, le regard noir que Jefferson lui lança, elle l'intercepta sans problème. Pourtant, elle sourit derechef en raillant :

- Oh, je vois. Tu cherches toujours à devenir le meilleur père du Monde ? Comme si ça existait...

Jefferson souffla d'énervement, malgré sa peur, en répliquant :

- Non, je veux seulement être un bon père pour ma fille, c'est tout.

La Reine se força à sourire, ce genre de sentiment ne fonctionnait absolument plus sur elle depuis des années déjà. Elle lâcha, pour blesser le jeune homme :

- Pourquoi tu l'as abandonné, alors ?

Son cœur rata un battement et son aiguille se ficha dans son doigt. Une perle de sang en coula aussitôt.

- Je ne l'ai pas abandonné... Vous m'avez piégé au Pays des Merveilles. Ensuite avec le Sort Noir.

Il releva ses yeux tristes vers elle, en rajoutant :

- J'ai attendu 30 ans pour revoir ma Grace.

Mais cela n'affecta pas du tout la terrible femme. Aussi féroce que cruelle. Elle rétorqua, d'un ton sec et autoritaire :

- Termine mon chapeau magique si tu ne veux pas attendre 30 ans de plus pour la revoir...

Malgré son cœur qui tambourinait de plus belle dans sa poitrine, Jefferson continua de confectionner l'artefact.

.

.

.

Une petite heure de travail acharnée plus tard, Jefferson put enfin terminer d'assembler le chapeau. Désormais, il ne lui restait plus qu'à créer la magie. Il se concentra un moment, se sentant un peu rouillé de ne pas avoir utilisé le sort d'animation depuis plus de 30 ans ; il souffla, ferma les yeux, et murmura d'une voix mystique et profonde :

- Astige ðu wyrm fah ond geþéowe ðæt mod ðisse þeowes. Hine bind ond ða heold ond awendaþ he ealle...

Lorsqu'il rouvrit les paupières, ses iris prirent une teinte dorée l'espace de quelques secondes, pour ensuite redevenir saphir. Le chapeau irradia de cette même lueur couleur or. Lorsque la magie se dissipa, la Reine se mit à rire, fière :

- Oh, mon cher Jefferson... Tu as peut-être perdu ta folie depuis la mort de ta femme, mais au moins, il te reste encore ta magie !

- Merci... railla Jefferson, visiblement offensé.

La Reine admira le portail, sous la forme du chapeau, et continua de revendiquer avec véhémence :

- Maintenant, retrouve un objet pour moi.

Sans trop comprendre, Jefferson plissa des yeux, en questionnant :

- Vous ne voulez pas sauter dans un autre Monde ? Pas le Pays des Merveilles, de préférence...

- Non. J'ai seulement besoin que tu récupères un objet à un moment précis dans le Royaume de la Forêt Enchantée.

Jefferson souffla. Il allait le faire, bien évidemment, n'ayant pas réellement le choix. Cependant, il désirait être rassuré concernant les intentions de la Sorcière :

- Et, une fois que vous aurez votre objet, vous partirez ? Vous me laisserez, Grace et moi, tranquilles ?

La Reine sourit. Ce fichu sourire sournois qu'elle seule savait faire. Néanmoins, elle promit :

- Oui. Je ne ferai aucun mal à aucun de vous deux. Une fois ma mission terminée, tu pourras retourner jouer à la dînette avec ta gosse.

Jefferson lui jeta un regard noir, mais au moins, il avait la réponse à sa question.

- D'accord. Dans ce cas, dites-moi la date exacte, l'emplacement précis et le moment où je dois retrouver votre artefact.

.

.

.

Une fois que la Méchante Reine termina d'énumérer tous les détails importants concernant la récupération de l'objet qu'elle désirait, Jefferson attrapa son chapeau pour le poser délicatement sur le sol. Il recula, et utilisa sa magie pour le faire fonctionner. Le haut-de-forme se mit à tourner sur lui-même. D'abord lentement, puis de plus en plus vite. Une fumée dense de couleur pourpre sortit de l'intérieur du chapeau, signifiant que le portail fonctionnait. Jefferson tendit son bras droit au-dessus du chapeau fumant, ensuite, il ferma les yeux pour se concentrer sur toutes les informations que la Reine venait de lui communiquer.

La Reine resta près de Jefferson, fasciné et impatiente de retrouver son précieux bien.

Quelques minutes plus tard, une boule de cristal sortit du chapeau pour atterrir directement dans la main tendue de Jefferson. Une fois que l'objet du désir avait sauté dans son nouveau Monde, le portail se referma et la fumée disparut d'un seul coup.

Intrigué à son tour, Jefferson admira la boule de cristal où une forme floue apparut en son cœur. Croyant à une hallucination, il se rapprocha pour mieux comprendre ce qu'il voyait.

Oui, une personne était bien à l'intérieur de l'artefact, sans aucun doute. Avant de pouvoir poser sa question, la Reine arracha l'objet des mains de Jefferson, tout sourire :

- Mission accomplie, mon cher Chapelier.

Elle garda la gemme ronde dans la paume de sa main en l'admirant à son tour. Au moment où elle s'apprêtait à utiliser sa magie, Jefferson demanda, un peu inquiet :

- Qui... ? Qui se trouve à l'intérieur ?

Pour toute réponse, la Reine sourit simplement. Puis, de sa main libre, elle jeta son sort sur la boule de cristal.

.

.

Derechef, une épaisse fumée ; noire, cette fois-ci ; envahit la pièce. Elle entoura l'objet cristallin jusqu'à ce que le sort remplisse son office et délivre la personne de la prison de verre.

Lorsque la vapeur sombre disparut, Jefferson put découvrir l'identité de la prisonnière.

Et sa respiration se coupa.

Car l'infâme Reine de Cœurs se tenait debout devant lui.

- Non... murmura Jefferson, plus apeuré que jamais.

Cora, la mère de la Méchante Reine, portait elle aussi une merveilleuse robe de taffetas. Du blanc en son centre, en forme de cœur, qui recouvrait sa poitrine généreuse, et un rouge sang sur les parures de chaque côté de son corps. De délicates coutures aussi noires que de l'encre de Chine donnaient un intéressant relief à la tenue dans son entièreté. Ses cheveux bruns étaient rehaussés comme ceux de sa fille sur sa tête, surmontée d'un magnifique diadème en diamants étincelants. Au centre de la couronne, un cœur écarlate donnait une touche de couleur angoissante.

Cora sourit en découvrant sa fille unique à ses côtés. Puis, lorsqu'elle se retourna, elle toisa Jefferson, toujours sous le choc. Tout comme Regina, elle esquissa ce même sourire machiavélique, qui tétanisa encore plus le jeune homme. Elle leva le pan de sa robe imposante pour faire claquer ses talons sur le parquet et ainsi se diriger lentement vers lui. Encore une fois, Jefferson recula par réflexe jusqu'à, derechef, se cogner le dos contre le mur. Ses yeux d'ordinaire si bleus perdirent de leurs éclats, traversés par la peur. Il regarda tantôt Cora, tantôt la porte salvatrice à côté d'elle. Il s'apprêta à tenter une évasion, mais Regina l'arrêta dans son élan en lui bloquant le passage. Désormais, les deux Reines toisèrent le pauvre homme. La Sorcière minauda, en souriant :

- Pas si vite, mon cher Chapelier...

Cora sourit également. Jefferson contrôla sa voix tremblante, pour dire, dans une supplique affligée :

- Vous avez promis... Vous avez promis que si je vous aidais, vous laisseriez ma fille et moi tranquilles.

Mais Regina n'effaça pas son sourire vicieux et admit, avec malice :

- Oui, et je tiens mes promesses. Moi, je ne te ferai rien. Je ne toucherai ni à toi, ni à ta fille. En revanche, elle... Ma mère, elle n'a rien promit du tout.

Le souffle de Jefferson se coupa.

Il sut, à ce moment, que rien de bon n'allait advenir.

.

.

.

Jefferson ne bougea plus. Il savait pertinemment que, face à deux puissantes Sorcières, ni sa magie, ni sa carrure certes imposante, ne lui permettraient de sauver sa peau. L'une comme l'autre pouvait le tuer en une fraction de seconde, d'un simple claquement de doigts. Or, il était toujours en vie. Il en comprit bien vite la raison :

- Vous voulez utiliser ma magie et mon portail pour votre plan, n'est-ce pas ?

À la vue de leurs visages qui affichaient clairement la joie, Jefferson sut qu'il avait raison. Cora s'approcha encore plus de lui, avec un étrange air ravageur. Si, dans le passé, Regina avait déjà quelque peu flirté avec le jeune homme pour le déstabiliser, cette fois-ci, ce fut Cora qui s'en chargea. Avec fourberie, mais charme. Elle allongea ses bras vers lui, qui ferma les yeux s'attendant au pire ; mais Cora entreprit seulement de défaire l'épais foulard bordeaux qui entourait sa nuque. Il rouvrit les paupières pour apercevoir la Reine, dénouant le nœud et ôtant lentement l'imposant tissu, qu'elle garda ensuite en main. D'un geste étrange et désirable, elle huma le foulard comme pour s'imprégner de son odeur. Puis, elle tendit sa seule main droite vers le cou du pauvre homme pour admirer les profondes marques rouges, gravées tout autour de sa nuque. Souvenir douloureux de son voyage au Pays des Merveilles. Pourtant, Cora avoua, avec admiration :

- J'ai toujours aimé cette cicatrice. Ça te donne un énorme côté séduisant. Ce serait dommage de cacher ça, pas vrai ?

Jefferson ne répondit pas. Sa peur évidente se lisait dans son regard pâle, et il savait pertinemment que sa vie ne tenait qu'à un fil. Il devait rester en vie. Pour sa fille. Ses pensées allaient vers elle. Cora recula en gardant précieusement le foulard, qu'elle glissa dans la poche interne de l'énorme parure de sa robe. Elle aimait garder un souvenir de ses victimes. D'ordinaire, elle leur volait le cœur. Elle se jura cependant que, très vite, elle rajouterait le cœur de Jefferson à sa collection.

.

.

.

Jefferson suivait les deux Reines comme leurs ombres. Il voulait en finir au plus vite avec leurs diaboliques plans. Il espérait encore pouvoir être de retour chez lui avant la fin de l'après-midi, lorsque sa fille reviendrait de l'école. Il ne voulait pas que sa petite Grace redevienne orpheline.

Ainsi, le pauvre homme resta derrière les deux femmes, qui déambulèrent dans les rues de Storybrooke, faisant peur de par leurs présences à tous les passants qui croisaient leurs chemins. Certains criaient, d'autres couraient dans la direction opposée, mais seul Jefferson marchait tel un condamné à mort, avec son chapeau en main, prêt à l'usage ; en pensant fortement à Grace.

L'avenue principale se vida rapidement. Les deux femmes se postèrent au milieu de la route, désormais déserte, sans croiser une seule voiture. Elles se tournèrent enfin vers Jefferson, et la Méchante Reine ordonna :

- Maintenant, mon cher Chapelier, j'ai besoin que tu ramènes une autre personne de la Forêt Enchantée...

Il souffla de découragement, mais demandant, à contre-cœur :

- Qui ?

Cora sourit, et Regina répliqua :

- Maléfique... Elle peut se changer en dragon. J'ai besoin d'un dragon pour faire le plus de dégâts possibles dans cette maudite ville.

Une fois de plus, le cœur de Jefferson rata un battement. Il bredouilla, malgré lui :

- Un... dragon ? Vous ne pouvez pas lâcher un dragon dans la ville ! Ma fille est à l'école à quelques rues d'ici !

La Méchante Reine, visiblement énervée d'entendre Jefferson défendre Grace sans discontinuer, l'attrapa violemment par le col de son manteau pour lui parler avec sévérité, à quelques centimètres de son visage apeuré. Avec colère et méchanceté, elle rétorqua :

- Encore un mot au sujet de ta gamine, et je jure solennellement que tu ne la reverras jamais plus...

Il déglutit péniblement, sentant sa gorge se nouer et ses yeux s'embuer de larmes. Quelques longues secondes plus tard, il finit par obtempérer.

.

.

.

Ce n'était qu'une question de temps avant que l'équipe de héros de Storybrooke ne débarque pour arrêter les infâmes personnages. Équipe constituée principalement de la gentille Regina, la Sauveuse Emma Swan et son fiancé le Capitaine Hook, ainsi que Blanche-Neige et son mari le Prince Charmant. Et, une fois qu'ils seraient sur place pour mettre les deux Reines hors d'état de nuire, Jefferson savait pertinemment qu'il ferait lui-même parti des dommages collatéraux. Il devait donc se dépêcher de trouver une solution à cette affreuse situation avant d'en arriver là.

- Jefferson ! hurla Cora, impatiente.

Ce dernier sursauta et posa le chapeau sur le sol en béton. Il recula pour utiliser sa magie. Les deux Reines attendirent avec empressement de semer le chaos et la terreur grâce à Maléfique, le dragon. Jefferson ferma les yeux en pensant à Grace. Il ne pouvait pas lâcher une vicieuse créature dans la ville.

Non.

Il ne le pouvait pas.

Mais, en pensant à Grace, il trouva une idée parfaite pour survivre.

Le portail s'ouvrit, une tornade de fumée pourpre sortit du chapeau magique. Regina et Cora rirent encore et encore, mais Jefferson ne pensa pas à la Forêt Enchantée. Il ouvrit la porte vers le Pays des Merveilles...

Et, lorsque la brume colorée se dissipa, une énorme créature se tenait à côté du jeune homme.

- Ça... Ce n'est pas Maléfique... comprit Regina avec horreur.

Pour la première fois de la journée, Jefferson se mit à sourire. Sourire jusqu'aux oreilles, tel le chat de Cheshire qu'il haïssait tant.

Certes, l'animal étrange possédait des ailes de dragons, mais ce n'était pourtant pas un dragon. Sa tête triangulaire ressemblait à un serpent, avec des dents aussi pointues et acérées que la plus puissante mâchoire d'un requin, ses yeux globuleux et jaunes se posèrent avec appétit sur les deux Reines. De longs doigts griffus terminaient ses mains sur ses pattes avant, et sa queue couverte d'écailles émeraude entoura Jefferson pour le protéger des Sorcières.

Jefferson qui lui, ne pouvait s'empêcher de sourire, tout en se tournant vers la créature :

- Hey, Buck', ça fait un bail...

Le Jabberwocky se pencha vers lui pour que Jefferson lui caresse l'épaisse peau de sa tête, comme il avait l'habitude de le faire lorsque Buck' n'était encore qu'un bébé.

La Méchante Reine comprit la trahison du Chapelier et fit apparaître par magie une gigantesque boule de feu au creux de sa main, pour la jeter violemment sur le Jabberwocky. Or, le sort n'eut pour seul effet que d'énerver l'animal, sans même le blesser. Jefferson souriait toujours, en expliquant :

- La magie ne sert à rien contre le Jabberwocky. Ma Reine... Vous devriez vraiment lire les Contes pour enfants ; tout le monde sait que seule la Vorpaline épée peut tuer un Jabberwocky.

Cora leva sa main. Elle ne comptait pas blesser le monstre, mais directement Jefferson. Or, le Jabberwocky le protégea du sort grâce à son corps recouvert d'épaisses écailles. Son imposante tête triangulaire se tourna vers Jefferson, comme pour attendre sa permission. Il ne fallut pas longtemps au jeune homme pour dire, sans regret :

- Fais-toi plaisir, Buck'.

Le Jabberwocky se tourna derechef vers les deux Reines, il poussa un horrible cri strident et angoissant, avant d'ouvrir sa gueule pour gober les deux méchantes Sorcières.

.

.

.

Un silence pesant envahit soudainement la rue déserte et pourtant, Jefferson souffla de soulagement lorsque les deux Reines disparurent sous ses yeux.

Le Jabberwocky à ses côtés termina sa digestion avant de réclamer d'autre caresses. Quand, brusquement, sur le trottoir à quelques mètres d'eux, une petite fille se mit à courir dans leur direction ; ses couettes virevoltants derrière elle. Son sac rebondissait sur son dos tandis qu'elle sauta vers Jefferson. Qui, fou de joie, attrapa sa fille pour la serrer fort dans ses bras. Pleurant presque de la revoir saine et sauve. Il devait déjà être tard, l'école fermait ses portes et la petite Grace fut heureuse de retrouver son père. Surtout lorsqu'elle le lâcha pour contempler la créature à sa droite. Tout sourire, elle demanda :

- C'est lui ?! C'est Buck' ?!

En attendant son nom Humain, le Jabberwocky esquissa une espèce de sourire et pencha son énorme tête vers la petite fille, qui commença déjà à lui gratter l'arrière de ses oreilles déformées. Jefferson sourit également, en avouant :

- Oui, c'est Buck'.

Grace, visiblement contente de partager le Monde de son père, demanda avec espoir :

- On peut le garder, s'il te plaît ?

Jefferson souffla en secouant la tête :

- Ma puce, il est beaucoup trop gros.

Buck' maugréa. Jefferson reprit, avec amusement :

- Pardon, beaucoup trop grand.

Grace caressait désormais le visage de l'animal de ses deux petites mains d'enfant, et l'animal en question appréciait grandement ses grattouilles. Il ferma ses yeux jaunes pour apprécier ces gestes si doux.

- S'il te plaît ? S'il te plaît, papa... plaida la fille.

Jefferson sourit. Pour sa fille, il ferait n'importe quoi. Cependant, il dit :

- D'accord, mais à une condition... Nous ne pouvons pas le garder ainsi.

Il attrapa son chapeau qu'il posa de nouveau sur le sol. Il recula et se concentra pour utiliser sa magie. Buck' et Grace admirèrent le Chapelier Fou à l'œuvre. Le portail s'ouvrit avec cette sempiternelle fumée mauve, et Jefferson sortit un champignon rouge du chapeau.

.

.

.

La nourriture du Pays des Merveilles devait être utilisée avec précaution. Une mauvaise dose, et vous pouvez vous retrouver aussi minuscule qu'une fourmi ou aussi grand qu'un Ogre des Collines. Heureusement, Jefferson savait pertinemment ce qu'il faisait. Il jeta le champignon magique dans la gueule du Jabberwocky, qui n'en fit qu'une bouchée.

Une brume étrange enveloppa la créature, et lorsque la fumée se dissipa, le Jabberwocky devint aussi petit qu'un simple chien. Grace le tenait fermement dans ses bras, comme la peluche qu'elle traînait partout depuis des années déjà. Buck' se mit à lécher le visage de la petite fille, qui se mit à rire à cause des chatouilles de cette langue râpeuse contre sa peau douce. Jefferson sourit simplement, heureux d'être avec sa fille.

- Rentrons à la maison. C'est l'heure du thé.

Grace obtempéra. De sa main droite, elle tenait le Jabberwocky, tandis que sa main gauche se glissa dans celle de son père. Tout en marchant le long de la rue déserte, elle leva les yeux vers lui, en demandant innocemment :

- Papa, pourquoi tu ne portes plus ton foulard pour cacher ta cicatrice ?

En repensant à la Reine de Cœurs, son souffle se coupa, pourtant il répondit, le plus naturellement possible :

- Je l'ai perdu. Mais, j'en fabriquerais un autre ce soir, d'accord ?

Mais Grace avoua, de sa petite voix fluette :

- Oh non, oh non.

- Non ?

Jefferson ne comprit pas, ainsi sa fille confia :

- Je l'aime bien, moi, ta cicatrice. Tu ressembles à un vrai héros, comme ça !

Jefferson sourit.

.

.

.

Une fois dans l'immense manoir, Grace grimpa directement les escaliers pour se diriger vers l'atelier de son père, avec le petit Jabberwocky dans les bras. Elle attrapa le livre, qui traînait par terre, et se posta sur sa table, derrière son faux service à thé.

Jefferson entra dans la pièce, heureux d'être de retour chez lui, sans les Méchantes Reines. Il se dirigea vers sa chère fille, qui lisait déjà la fin du Conte à Buck', qui lui, léchait les tasses vides :

.

« Tu as donc tué le Jabberwock !
Dans mes bras, mob fils rayonnois !
O jour frabieux ! Callouh ! Callock ! »
Le vieux glouffait de joie.

.

Il était grilheure : les slictueux toves
Gyraient sur l'alloinde et vriblaient :
Tout flivoreux allaient les borogoves ;
Les verchons fourgus bourniflaient.

.

.

.

THE END