Lieu : Appartement des Trépides
Date : Un matin parfaitement normal
Chapitre 1 :
L'Univers Inter-Cosmique
Le prédateur guette sa proie... tapis au milieu des cartons, il se baisse pour mieux observer sa cible qui semble ne se douter de rien. Il grogne malgré lui, remue des fesses avant de bondir :
"CHAAARGEZ !!!"
Séraphin s'élança au milieu des valises et sa cible glapit, elle était prise au piège entre le canapé (enveloppé dans du cellophane) et les planches démontées de la bibliothèque (ça sera impossible à remonter, ce machin), il avait tout prévu : nyak-nyak.
"TU ES À MA MERCI, JASMIN !" dit-il en plaquant l'enfant au sol.
Jasmin aurait bien voulu s'en tirer, cette fois-ci mais c'était déjà trop tard et il le savait. Ses pensées divaguèrent : il espérait que son frère s'en sorte mieux, lui et il avait toutes ses chances. Célestin avait toujours été le plus malin d'eux trois, il ne pouvait pas se laisser piéger dans les plans diaboliques de Séraphin. Pas encore... Quel monde pourri.
"Laisse-moi contempler le vide avant de mourir, mon frère..." soupira Jasmin comme une dernière prière et il écarta les bras. Sa fin était proche... il pouvait la sentir
"Arrête d'être aussi mélodramatique, fleurette." soupira Célestin, il venait d'entrer dans la pièce.
Sans lever le nez de ses bouquins, il traversa le salon aux murs vides... il enjamba les piles de livres ou de bibelots avec une aisance naturelle et Séraphin n'était pas d'accord : ça ne pouvait pas être aussi simple ! Il sauta pour se balancer quelques secondes sur le lustre, c'était la seule chose qui tenait encore debout dans cette pièce... à l'attaque ! Il lâcha sa prise pour retomber devant Célestin qui leva le nez, lècha le bout de son doigt avant de tourner la page comme s'il ne le voyait pas.
"CETTE FOIS-CI, RIEN NE SE METTRA AUX TRAVERS DE MES PLANS !!!" vocifèra Séraphin avant de ricanner d'une voix démoniaque.
GÉNÉRIQUE
OH YEAH !
À Tokyo Paris New York
Quoi qu'il arrive ils l'emportent
Rien ne les bloque ici bas
LES INTRÉPIDES
Leurs missions vont jusqu'au bout
Dans le plus grand secret
Quand le monde est en danger
Ils font toujours face aux problèmes
Ils contrôlent
C'est pour ça qu'ils s'appellent
LES INTRÉPIDES
Compris ? Saisit ! Quelque soit le défis,
Quand le bip retentit c'est ok !
T'as juste à les appeler
Ils sont prêts à décoller
Ils courent tous les risques à chaque fois
Quelque soit le moment ou l'endroit
Eux trois sont les seuls à t'aider
Compris ! Saisit ! Quelque soit le défi
Ici Célestin !
Ici Jasmin !
Ici Séraphin !
Quelle est la mission ?
FIN DU GÉNÉRIQUE
"L'UNIIIVERS INTERCOSMIQUE SERA À MOI !!!"
Tant de fois par le passé, Séraphin avait tenté de prendre le contrôle de l'Univers Inter-Cosmique : il y avait eu le plan des bonbons, celui des singes de l'espace... pour être honnête, il avait peut-être pêté les plombs avec le shampooing-qui-pique-les-yeux (toute ressemblance avec la réalité est parfaitement volontaire) mais celui-ci était sa consécration ultime, on parle quand même d'une pizzeria, ce n'est pas rien.
"Aujourd'hui, je vais prendre la place qui m'est dû, ce n'est pas parce que je suis le plus petit que je dois supporter encore longtemps d'être assis à côté des toilettes qui puent : je mérite la meilleure place, celle du coin. ET RIEN, RIIIEN NE POURRA SE METTRE AU TRAVERS DE MA R-"
"Les garçons, dernier tour avant le déménagement !" cria Robin Trépide en ouvrant la porte d'entrée.
"Oui papa."
"Oui papa."
"Oui papa."
Les triplés Trépides posèrent une main sur leur tempe, au garde-à-vous par respect pour leur père, c'est lui qui les avait élevé après tout. Ils étaient trois petites terreurs, sans le moindre répit... mais il y avait de rares miracles et ce jour-ci en faisait parti : quand c'était très important, ils pouvaient cesser de se battre pour coopérer. Ça durait rarement plus d'une minute mais ils essayaient et c'était déjà pas mal.
"Oh, non : monsieur Nounours !" s'écria Jasmin d'une voix catastrophée.
"Monsieur Nounours ?" répèta Robin en cherchant la pauvre bête du regard. "Monsieur Nounours, j'ai le visuel : C'est UN CODE ROUGE !!! UN CODE ROUGE !!!"
"Robin..." soupira Kim.
Elle poussait avec difficulté le dernier carton dans l'ancien salon... désormais vide, celui qui aura vu grandir ses enfants qui venaient tous les trois de fêter leur dixième anniversaire, à GoCity. Elle aurait imaginé qu'ils seraient plus matures maintenant qu'ils allaient entrer au collège mais ça semblait peine perdu.
"SAUVEZ MONSIEUR NOUNOURS !!!" hurla Robin, poing levé. "TOUT EST PERMIS, C'EST UNE UUURGENCE !!!"
"Ne les encourage pas, ils ne savent pas s'arrêter et ça risque de dégénérer..."
Célestin posa son livre sur le tas de caisses avant de remonter ses lunettes rondes comme à chaque fois qu'il était sérieux... c'était à lui de coordonner ses frères, il était le seul à savoir tirer le meilleur de Jasmin (au-delà de toutes ses appréhensions sur la vie) et de Séraphin (canalyser ses pensées envahissantes) pour se recentrer sur l'essentiel : sauver Monsieur Nounours, c'était du sérieux, cette fois.
"Séraphin, utilise la perceuse ! Je t'envoie BEEP pour t'aider à gérer la tondeuse à gazon, fais gaffe avec ça... c'est dangereux." cria-t-il avant de se tourner vers son autre frère encore allongé au sol comme s'il était mort. "Jasmin, couvre ses arrières, nous avons besoin de toi pour sauver les meubles : FAITES GAFFE À LA LAMPE !!!"
"Ça y est, ça dégénère..." soupira Kim.
Il y eût des BZZZ, quelques PAF et ils perdirent un coussin dans ce combat... mais ça valait le coup, Monsieur Nounours s'en était tiré sans la moindre égratignure : la peluche géante était saine et sauve.
"Vous êtes un peu trop grands pour ça, les garçons, vous ne pensez pas ?!" demanda Kim. "Le collège n'est plus le temps des ours en peluche de cinq mètres de haut."
"C'est pas à nous." contredit Jasmin. "C'est la peluche de papa."
"Monsieur Nounours !"
Robin se jeta dans la peluche, il se blottit confortablement dans les bras du doudou gigantesque et ses trois fils en profitèrent pour le rejoindre et sautiller sur le ventre de l'animal rembouré.
"Bien sûr, j'aurai dû m'en douter..." chuchota Kim en sortant l'appareil photo. "Souriez !"
Robin sortit un Rufus vieillissant de sa poche appuyé sur une minuscule canne taillée dans un cure-dent et il le posa sur ses cheveux avant de tirer la langue. Célestin passa une main dans ses cheveux pour réajuster sa coiffure (il avait malheureusement hérité du désastre capillaire de son père) et il remonta ses lunettes pour se donner un air sérieux. Jasmin cachait son visage derrière sa longue mèche rousse qu'il coiffait comme sa mère pour se donner du courage (tout le monde sait que tout est possible pour un Possible) et il détourna ses yeux verts et timides. Séraphin agita les mains, il était plus petit que ses deux frères (le portrait craché de ses oncles Jim et Tim, il souffrait d'un retard de croissance génétique) alors il s'assurait toujours qu'on le voit en remuant sans cesse et qu'on l'entende en criant trop fort, on pouvait rarement l'ignorer.
"YOUPIII !!!" hurla-t-il (je vous ai prévenu)
Kim souriait d'un air tendre... elle regardait les quatre grands gamins qui étaient les siens en se disant que c'est triste quand le plus sage du groupe est un taupinet tondu accro au fromage. Mais elle savait qu'elle ne les échangerait pour rien au monde, elle appuya sur le déclencheur et la photo qui sortit du Polaroïd montrait sa famille dans toute sa splendeur : une grosse peluche, un adulte-trop-gamin et trois gamins-trop-adultes... leur mère, à côté mais absente, occupée par des projets plus grands.
Après tout, il faut bien que quelqu'un s'en occupe...
... il faut bien que l'un d'entre eux se charge de prendre la photo...
... entre autre.
- Fin du 1er chapitre -
...à suivre...
