Toc toc toc toc toc toc.

Le bruit incessant d'un bec contre une vitre, mais pourtant habituel, réveille Tonks. Ce fichu hibou ne sait-il pas qu'il doit venir plus tard le samedi matin ? C'est toujours pareil.

« Prends l'argent et va-t'en ! » grogne-t-elle en lançant des pièces au hasard.

La jeune femme, encore vêtue comme la veille, se retourne sur l'autre côté de son lit en espérant se rendormir, mais rien n'y fait. Fichu volatile. Tout ça pour une Gazette du Sorcier qui va traîner au pied de son lit jusqu'à ce qu'elle trouve la motivation de lire l'atroce plume de Skeeter qui, de toute manière, ne lui apportera rien. Elle soupire, puis se lève.

En posant les orteils au pied de son lit, elle ne peut retenir une grimace ; le sol est trop froid. Pour se motiver, elle tourne à fond le volume sur sa RTM – radio à transmission magique – et lance une station de musique. En faisant quelques pas de danse, afin de ne pas poser le même pied trop longtemps à terre, elle file à la douche. Un air des Bizzar' sisters entraînant échappe de la radio. Avec un léger sourire, elle prend son pommeau de douche comme on tiendrait un micro et accompagne l'air avec sa voix mélodieuse, puis elle danse tout en se lavant. Une fois propre et de bonne humeur, elle sort de la douche. Vêtue d'une serviette jaune – Poufsouffle jusqu'au bout des ongles – elle s'avance dans le salon pour récupérer des affaires.

« AAAAAAAAAAAAAARG ! »

Le hurlement résonne dans tout l'appartement. Si sa danse sous la douche ne l'a pas totalement réveillée, voilà qui est chose faite.

Sur son canapé un être, qui semble humain, git sur le ventre, si bien qu'elle ne voit qu'une masse hirsute de cheveux sombres et une paire de fesses dans l'un de ses caleçons de l'équipe de Quidditch.

« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Qui es-tu ? »

Sa voix lui semble trop aiguë. Elle cherche désespérément sa baguette des yeux et se sent stupide. Le premier commandement d'un Auror est de toujours l'avoir à portée de main, même chez soi, un samedi matin ordinaire. Elle a tout de même la présence d'esprit de changer sa couleur de cheveux et son visage, juste au cas où.

« Que-quoi ? bredouille enfin une voix endormie.

- Qui es-tu ? Et que fais-tu chez moi ? redemande-t-elle de la voix la plus grave et la plus assurée qu'elle peut faire.

- Charlie Wiiiiiz - Weasley, répond-il dans un bâillement, tu m'as dit d'rester hier soir.

- Charlie ? s'inquiète-t-elle, sa voix redevenue douce laisse échapper son étonnement. »

Tonks le regarde plus en détails. Il a les cheveux d'un noir sombre, il semble avoir grossi et aux dernières nouvelles il était en Roumanie. Bon, il va falloir qu'elle se penche sur la question de pourquoi il se trouve là, mais dans tous les cas, cela peut attendre qu'elle s'habille. Elle attrape la robe qu'elle était venue chercher, puis fonce récupérer des sous-vêtements dans sa chambre. Elle s'habille distraitement en se demandant ce qu'il s'est passé hier soir. Elle se souvient qu'au début de la soirée, elle s'est rendue à la Cinquième Citrouille, son bar préféré du Londres sorcier. Elle a d'abord bu raisonnablement, mais ensuite Patty, sa meilleure amie, est venue avec une excellente nouvelle, alors… il se peut qu'elles aient un peu trop forcé. Rha, elle n'obtiendrait jamais son diplôme d'Auror si elle n'arrivait pas à se contrôler. Ensuite, tout est allé trop vite et elle s'est réveillée ce matin. Il fallait que cela cesse, c'est trop dangereux d'accueillir des gens chez soi surtout si on ne s'en rappelle plus. Elle se mord la lèvre, ferme la fermeture éclair de sa robe grâce à la magie, puis entre dans le salon.

« Bon, Charlie, qu'est-ce qu'il se passe, dis-moi tout.

- Tu ne te souviens pas ? On en a parlé hier, répond-il d'une voix triste.

- Clairement non, sinon je ne serais pas là à te demander, essaie-t-elle de répondre avec douceur.

- Ok, c'est juste que… »

Et il se met à pleurer. Charlie Weasley, le beau gosse de Gryffondor, l'attrapeur intrépide, le préfet, le dresseur de dragon est en train de pleurer sur son canapé. Et Tonks ne sait absolument pas quoi faire.

« Que … quoi Charlie ? demande-t-elle doucement. Je ne peux pas t'aider si tu ne me dis pas, ajoute-t-elle en tendant la main pour attraper la sienne.

- Il m'a plaqué, par hibou express, il y a trois mois. Cela faisait quatre ans qu'on était ensemble et on s'était dit que mon départ en Roumanie ça irait sauf que…

- Il t'a remplacé, merde je m'en souviens maintenant. »

Charlie lui avait envoyé un message dans la soirée, il avait besoin de son flair pour retrouver quelqu'un, Tonks avait toujours été curieuse et douée pour retrouver les gens. Alors elle lui avait dit de passer pendant la soirée au bar, après tout, ça faisait six mois qu'il était en Roumanie et cela lui faisait bien plaisir de retrouver son ami de Poudlard. Sauf qu'il allait mal, elle l'avait tout de suite senti. Elle lui avait alors proposé de se changer les idées en restant avec elle. Encore une idée merveilleuse qu'elle avait eue… Le reste était flou, mais finalement Jacob était entré dans le bar à son tour, invité par Patty parce que Tonks le lui avait demandé. À son bras, se tenait fièrement une fille qu'il a embrassé toute la soirée, sous le regard brisé de Charlie. Elle lui avait alors proposé de venir dormir chez elle, pour qu'il ne se retrouve pas seul.

« Oh Charlie, je suis désolée. »

Elle se lève et le serre dans ses bras. Le plus dur dans l'histoire, c'est qu'il n'a pas fait son coming-out, c'est que très peu de personnes savaient et pratiquement personne dans sa famille, or, il n'avait aucune envie de l'annoncer maintenant qu'il s'était fait larguer et qu'il avait si mal au cœur. Tonks, elle, l'avait su dès Poudlard, mais ne l'avait jamais révélé à qui que ce soit, ce n'était pas à elle d'en parler.

Il pose sa tête sur son épaule et pleure encore. Elle le laisse faire, elle sait ce que c'est qu'avoir le cœur brisé et clairement Charlie a besoin d'elle aujourd'hui. Au bout d'un moment, elle prend les choses en main.

« Alors quel est le programme aujourd'hui ? D'abord, direction le coiffeur, la couleur brûlé-par-un-dragon ça va bien deux minutes, mais pas plus. Ensuite, on va aller brûler la maison de Jacob, j'espère que tu as un dragon dans ta valise. Enfin on pourrait manger des glaces ? Florian Fortarôme vient de sortir une nouvelle collection de parfums, une tuerie. Alors ? T'en penses quoi ? »

Charlie n'en pense rien de particulier, mais cela ne l'empêche pas d'accepter la main tendue de Tonks.

Le père de Tonks étant né-moldu, il a choisit d'élever sa fille à la fois comme une sorcière et comme une moldue. Elle a fréquenté l'école primaire du village, puis elle est allée à Poudlard. Elle a eu des amies moldues et sang-pur, elle a été soignée à Sainte Mangouste et à l'hôpital de la grande vi[S1] lle. Bref, de par son éducation, Tonks n'hésite jamais à choisir le service qu'elle trouve le plus adapté à sa situation.

Le coiffeur, moldu donc, ne peut retenir une grimace de dégoût en voyant l'affreuse chevelure de Charlie, mais accepte de lui rendre sa vraie couleur. Il utilise des teintures, des baumes et des serviettes chaudes. Ensemble, ils passent un excellent moment.

« Vous me dites si l'eau est trop chaude, demande gentiment le coiffeur.

- Ce n'est pas l'eau le problème, c'est le repose-nuque, chuchote Charlie pour Tonks.

- Et vous êtes sûr pour la couleur rousse ? questionne le coiffeur.

- Ce n'est pas une lubie, c'est sa vraie couleur, annonce Tonks.

- Ah, répond-il seulement. »

Tonks explose de rire et se promet de colorer ses cheveux dans le même roux flamboyant que celui de Charlie une fois qu'ils sortent de là. Son pouvoir de métamorphomage est fantastique et elle le maîtrise de mieux en mieux.

De retour à la maison, tous deux avec les cheveux oranges, Tonks lui propose de cuisiner. Ils commencent par confectionner des sablés de Noël, comme les enfants aiment les faire, avec la célèbre recette de Molly Weasley. S'ensuit une bataille de farine dans l'appartement. C'est dans ce genre de moment qu'elle remercie sa sorcière de mère et, grâce à deux sortilèges de nettoyage, la maison redevient toute propre.

La soirée se passe tranquillement, devant un film nunuche et des biscuits, un peu hors du temps. Charlie ne pense pas à Jacob ce soir.

Le lendemain, en se réveillant Tonks comprend que son ami va être mal, alors elle lui dit doucement.

« Tu sais, tu as le droit. Le droit d'être triste, le droit d'avoir mal, le droit de pleurer, le droit d'en vouloir au monde entier ! Tu as le droit de vouloir que je sois là, et le droit de me dire casse-toi ! Tu as le droit de faire ce qui te fait plaisir, le droit de rester là, allongé sur mon canapé, toute la journée. Tu as le droit de vivre ta rupture pleinement et de choisir comment la vivre. »

Charlie essuie une larme et serre la main de son amie, tout en restant muet.

Durant le mois qui suit, Charlie ne sort que très peu de l'appartement, il pleure, broie du noir, s'énerve contre tout, et parfois il sourit l'air de rien. Tonks le laisse faire, de toute manière elle a du travail, si elle veut être à la hauteur et devenir Auror. Elle n'agit pas directement pour son ami, mais chaque jour, elle prend le temps de lui laisser un petit mot, une petite attention, sous forme d'un post-it ou d'un avion volant grâce à la magie. Sur ces petits bouts de papier elle inscrit une parole réconfortante, un compliment, quelque chose qu'elle aime chez Charlie et pourquoi elle pense que c'est un garçon formidable. Certains jours, Charlie se laisse toucher par ce mot, d'autres fois, il n'en a pas envie. Et c'est très bien.

Un jour, Charlie se relève et s'habille. Ses yeux ne sont plus cernés de noir, ses cheveux ont retrouvé leur roux éblouissant et un sourire se dessine de temps en temps. Ce jour-là, Charlie fait un choix ; le choix d'accepter. Il avait profondément aimé Jacob, il avait été heureux, mais cette page s'est tournée. Il a décidé que cette histoire existait et existerait toujours, mais que pour Jacob c'était définitivement fini. Charlie sourit doucement et serre Tonks dans ses bras.

« Charlie, je pense qu'il faut que tu retournes en Roumanie. »

Tonks continue de le serrer très fort contre son cœur, pour qu'il comprenne qu'elle sera toujours là, qu'il pourra toujours compter sur elle, seulement, il doit aussi réaliser son rêve. Celui d'élever des dragons, car cela le rend profondément heureux. Ces derniers jours, quand il en parlait, on sentait son sourire et sa joie.

« Merci de m'avoir fait suffisamment confiance Charlie pour vivre cela avec toi, maintenant, je te fais confiance pour vivre pleinement ta vie. »

Charlie n'est pas totalement reconstruit, mais comme il a choisi de le vivre positivement, il se sent mieux. La rupture a été la fin d'une histoire qui l'a beaucoup touché, mais maintenant, il est convaincu qu'il en a plein d'autres à vivres, des histoires ! Il se sent apaisé et il emporte avec lui le souvenir d'une Tonks pleine de bonne humeur et de douces attentions. Il sait qu'il pourra toujours compter sur elle, même s'ils ne se parlent pas pendant des mois entiers. Après tout, c'est ça le secret d'une amitié réussie : des gens qui t'aiment tel que tu es.