Cette Fanfiction a été écrite dans le cadre du fest' organisé par FESTUMSEMPRA sur le thème « Dark Fest »

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La liste complète des œuvres participantes à cette troisième édition sera disponible à partir du 30 janvier 2022. Le lien vous sera partagé à ce moment-là sur AO3 dans notre collection Dark Fest :

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Le plaisir d'incendier ! Quel plaisir extraordinaire c'était de voir les choses se faire dévorer, de les voir noircir et se transformer. Les flammes léchaient les sourires crispés des époux le jour de leurs noces. Les braises avaient déjà entamé le bas de la robe de la mariée, réduit en cendres une partie de son chignon. Bellatrix esquissa un sourire satisfait devant la destruction de ses photos de mariage. Elle était toute au Lord maintenant. Rodolphus n'avait été qu'un moyen pour qu'on la laisse tranquille.

Dès son plus jeune âge, le feu avait tenu une place particulière dans son cœur. Elle se souvint avec une fascination morbide de la première fois où elle s'était brûlée. Elle avait glissé sur les quelques braises qui s'étaient échappées du foyer et que l'elfe de maison de tante Walburga avait oublié de ramasser. Une chaleur cuisante s'était emparé de son pied droit paré d'un chausson de feutre, elle avait alors hurlé de douleur et demandé réparations sur le champ. L'oncle Orion lui avait promis de jolis chaussons de soie bleu nuit brodés de son étoile. Cela ne lui avait pas suffi et elle avait alors exigé la tête de l'elfe de maison, ce qui lui fut accordé non sans un soupir de la part de sa mère. Elle avait tenu à fixer droit dans les yeux l'elfe au moment où le bourreau accomplissait sa tâche.

En grandissant, sa passion pyromane s'était accentuée, suite à la découverte du sortilège Doloris. Enfin ! Du feu contenu qui se répandait dans son corps, et dans son cœur. Ses nerfs enflammés la faisaient se sentir vivante de nouveau. Son corps parcouru de spasmes, son dos se courbant de douleur et ses doigts se crispant la faisait planer. Elle entrait dans une transe, mélange de souffrance et de plaisir, semblable à un orgasme. Sa tante Walburga avait pensé la punir pour la destruction d'un vase de famille à coup de sortilège impardonnable, mais elle lui avait involontairement fait découvrir son salut. Depuis que sa mère est morte, Bellatrix avait froid, toujours froid, comme si un détraqueur s'était emparé de son corps. Recevoir le Doloris était un des remèdes à son chagrin et elle ne doutait pas que le lancer la réchaufferait encore plus. Depuis elle était déterminée à parfaire la maîtrise de ce sortilège.

A Poudlard, elle avait enfin pu utiliser sa baguette comme bon lui semblait, mais elle n'avait pas eu le droit de s'entraîner à son sort favori. En revanche, elle avait enflammé plus d'une fois l'entrejambe des garçons qui la regardait de trop près. Elle était sûre que Amycus Carrow en gardait encore la trace. La protection de sa vertue valaient bien toutes les retenues reçues. Elle était une Black, elle était pure et le resterait jusqu'à son mariage après tout.

On lui avait enseigné depuis toute petite qu'elle devrait se marier à un sang-pur afin d'honorer la Noble et très Ancienne Maison des Black. Elle avait conscience du privilège que c'était d'appartenir aux vingt-huit sacrées. Cependant, elle avait aussi compris qu'appartenir à une des familles sacrées de sang-pur impliquait de devoir se sacrifier pour elle. Andromeda et Sirius avaient humilié leur famille par leurs fréquentations douteuses, Regulus était encore trop jeune et naïf pour restaurer leur réputation, la tâche lui incombait donc à elle et Narcissa. Peu de gens savaient que Bellatrix était en réalité une grande romantique. A l'aube des ses vingt ans, elle avait rencontré l'élu de son cœur, celui qui l'avait fait chavirer, celui qui lui avait apporté la chaleur qui lui manquait par les compliments qui lui avaient adressés. Le lord avait vu en elle un talent prometteur, une envie dévorante de plaire et d'accomplir de grandes choses. Adieu, la belle robe vert bouteille avec le corset en cuir de dragon. Adieu la plus fine des dentelles de soie noire qui borderait le bas de ses jupes. Adieu la parure de bijoux de sa mère qui ornerait son cou et ses oreilles. Elle avait rêvé de tout cela, et ses espoirs étaient partis en fumée.

A la suite de ses multiples scandales, son père semblait complètement dépassé et cela avait usé un peu plus son moral. Il n'avait jamais fait le deuil de la mort de sa femme, la rancoeur et la fierté remplissait son coeur et il n'aurait jamais accepté que Bellatrix épouse celui qui faisait battre son cœur. Imaginez un homme de 25 ans son aîné, plus vieux que son propre père ! Malgré la grandeur et l'héritage du Mage Noir, il ne faisait pas partie de leur cercle restreint. Elle se retrouva donc à épouser Rodolphus, un homme à peine plus jeune que son père. Le seul soulagement de Bellatrix était que celui-ci était impotent et qu'il ne lui avait jamais vraiment ravi sa vertue. Elle n'avait pas ressenti cette brûlure, ce déchirement dans la chair dont ses amies lui avaient parlé, le sang n'avait pas coulé dans leur lit, et jamais un enfant ne viendrait bénir cette union.

Rodolphe avait certes beaucoup de défauts dans leur intimité mais elle lui reconnaissait une qualité non négligeable: celui d'être influençable. Elle avait réussi par quelques manœuvres habiles à le convaincre de la laisser l'accompagner lors de ses soirées entre gentlemen tenues par le Lord. Elle avait ainsi tout loisir de contempler l'objet de ses désirs et fut l'invitée d'honneur plus d'une fois. Le Lord lui avait même fait le plus beau des cadeaux d'anniversaire quelques mois plus tôt: une brûlure somptueuse sur son avant-bras.

Lorsqu'elle avait reçu sa marque des ténèbres, elle avait dû se pincer les lèvres afin de retenir le gémissement de plaisir qu'elle avait ressenti. La douleur était exquise, elle sentait une vraie connexion s'établir entre elle et son homme. Pourtant elle s'en voulait, elle s'était promis que ses manifestations vocales seraient réservées au Lord le moment où il honorerait enfin sa couche. Il avait plus d'une fois loué sa beauté et son charme et avait même caressé son cou de son doigt long et fin. Elle avait frissonné de plaisir, et un sourire prometteur s'était étendu sur les lèvres fines de son maître.

Régulièrement, Bellatrix se plaisait à caresser sa marque dans ses moments d'ennui, elle traçait de son index les contours boursouflés du crâne, suivait la courbe du serpent qui ondule. Elle priait Salazar chaque soir pour qu'elle se manifeste, pour que la douleur transperce son bras, que son sang s'échauffe comme de la lave en fusion, que le Lord apaise le froid qui l'envahissait. L'élancement provoqué était synonyme de joie pour elle. Années après années, chaque picotement, chaque pulsation lancinante était la garantie de voir l'amour de sa vie. Jusqu'au jour maudit du 1er novembre 1981 où l'encre disparut, elle avait alors su qu'il n'était plus, qu'il l'avait quittée comme sa mère auparavant. Elle hurla de rage et de désespoir et dévasta sa chambre à coucher. Elle devait faire quelque chose de plus , elle devait se sentir vivante, elle devait se venger.

Elle rassembla sa petite équipe, et transplana devant la demeure de ces idiots de Londubat. Le sortilège du Fidelus avait été baissé, quelle erreur ! Elle fonça à travers le portail du manoir en courant, des flammes s'échappant de sa baguette, embrasant les basses haies qui bordaient le chemin. Le Lord avait disparu et elle voulait des réponses, elle avait besoin de la source de son exaltation, de sa source de bonheur. En pénétrant dans le hall, elle lança son premier Doloris sur l'elfe de maison paniqué, la créature hurla, mais ses cris perçants ne suffisaient pas pour Bellatrix. Ils étaient trop faibles, trop aigus et elle avait toujours froid.

Elle abandonna l'elfe à son beau-frère puis elle se mit à explorer les différents salons jusqu'à tomber sur sa victime idéale. Il était là, la baguette à la main, elle aperçu sa femme qui arrivait en courant derrière lui. Un froissement de cape lui indiquait que Rodolphus l'avait rejoint, il effleura son avant-bras et elle siffla. Elle leva sa baguette et lança son sortilège favori, Frank Londubat le para une première fois, une deuxième fois, mais il ne vit pas le troisième coup venir. Bellatrix visa sa femme, Alice, au dernier moment, celle-ci s'écroula au sol, s'égosillant de douleur. Frank hurla de douleur lorsque Rodolphus l'atteignit également. Bellatrix admirait le spectacle qui se déroulait à ses pieds - des corps tordus, des yeux révulsés, des pantalons mouillés- et elle éclata d'un rire sans joie. Le doloris avait toujours eu le don de la réchauffer. Elle posa des questions pour la forme, sachant pertinemment qu'elle n'obtiendrait pas de réponses ce soir. Elle avait besoin d'un exutoire à sa douleur. Elle avait besoin de ressentir cette fournaise que lui procurait le Doloris. Elle voyait la flamme dans leurs yeux vaciller dangereusement, mais son plaisir était de voir combien de temps elle pouvait les soumettre à sa magie avant que cette flamme ne s'éteigne. Allaient-ils résister encore longtemps ?

Une détonation la déconcentra et des cordes l'enserrèrent rapidement. Elle ne chercha pas à résister, s'en était fini pour elle. Elle laissa le froid la gagner, son maître était mort et Azkaban serait sa dernière demeure. Pendant les douze premières années, elle plongea dans une léthargie profonde. Seuls les éclairs frappant au loin suscitaient encore une réaction de sa part: un rire sardonique. Mais l'espoir se manifesta lors de cette treizième année, sa marque était de plus en plus visible. Elle passait des heures à la caresser, à lui parler, à l'encourager, espérant qu'elle se remplisse à nouveau d'encre, que la douleur revienne et sa fièvre qui va avec aussi. Elle imaginait sans mal des dialogues entre elle et le Lord, elle se les répétait inlassablement. Ces compagnons les plus fidèles, les mangemorts, eux aussi semblaient plus agités.

Le Lord était le plus puissant sorcier connu, bien sûr qu'un enfant d'un an ne pouvait rien contre lui. Elle avait eu vent d'étranges rumeurs, le Lord serait revenu, elle patienta ne doutant jamais que sa loyauté serait récompensée. En ce jour béni de Janvier 1996, elle retrouva son maître après tant d'années. Il était toujours aussi charmant, toujours aussi puissant et il l'a récompensa quelques années plus tard au-delà de ce qu'elle avait pu imaginer répondant enfin à l'appel de sa chair…