Notes: Donc, c'est un texte que j'avais plus ou moins commencé à écrire il y a quelques années de ça, et j'ai décidée de l'éditer et de le compléter que maintenant lol. C'est évidemment très inspiré par les tips d'Himatsubushi. J'ai beaucoup de pensées à propos de la relation entre Rika et sa mère, et les tips d'Himatsubushi et Saikoroshi m'ont toujours rendu triste, donc c'était… une manière d'explorer un peu ça, je suppose. Cependant je n'avais pas vraiment de plan pour ça, donc c'est très confus et pas très bien écrit eeeet je ne sais pas quoi en pensé, mais je l'ai écrit donc voilà, autant en faire quelque chose. Toute la dernière partie a été entièrement rajoutée après coup car je trouvé que cela faisait plus complet.
Étant donné que les parents de Rika n'ont injustement pas de noms officiels, je me suis permise de les nommer Momoka et Youtarou ici, pour que cela soit moins gênant. (Le prénom de 'Momoka' (fleur de pêcher) vient d'une personne sur Twitter qui l'avait proposé étant donné que toutes les femmes de la famille Furude semblent avoir le 'ka' de 'fleur' comme Ouka et sa fille Fuuka).
Avertissements de contenu : Il n'y a pas de maltraitance d'enfant directe, mais la relation entre Rika et sa mère est compliquée et peut-être quelque considéré comme tel (notamment avec les gifles), et il y a quelques mentions des abus de Satoko et de Satoshi. Autrement, il y a… une scène plus ou moins graphique du contrecoup d'un chat se faisant tué, et la scène du meurtre de la mère de Rika (le VN et l'anime ne sont jamais vraiment aller en détail à ce qu'il lui est arrivé, mais le manga la dépeint comme ayant été éviscérée vivante par Takano, donc, euh… ouais. C'est décrit de façon ambigu, maiiis c'est là.)
Il y avait quelque chose qui n'allait pas chez elle.
Peu importe combien elle essayait de ne pas penser de cette manière, elle ne pouvait pas s'en empêcher, et cela finissait toujours par revenir à la même chose : il y avait quelque chose qui n'allait pas chez elle.
Pourtant, elle savait qu'elle ne devrait pas penser ainsi. Elle avait conscience que ce n'était pas comme ça qu'un parent digne de ce nom devrait se comporter. Si elle ne pouvait pas supporter que son enfant grandisse d'une façon outre que ce qu'elle avait souhaité, alors elle ne devrait pas être un parent pour commencer. Elle savait cela.
Ce n'était pas comme si elle n'aimait pas sa fille. Bien au contraire, depuis l'instant même qu'elle l'avait eut dans ses bras, depuis l'instant même qu'elle avait prit conscience de son être dans son ventre, elle avait adoré cette enfant. Elle avait juré de l'aimer et de la protéger quoiqu'il arrive ; de l'élever avec tout l'amour qu'elle pouvait.
Ce qu'elle voulait d'elle n'était rien d'inhabituel. Tant qu'elle n'était pas insolente et capricieuse tout le temps, elle n'avait pas besoin d'être irréprochable et de ne faire aucune bêtise. Tant qu'elle ne criait pas, ne cassait pas des choses et ne sauter pas partout tout le temps, elle n'avait pas besoin d'être constamment silencieuse et immobile. Tant qu'elle n'avait pas des résultats abominables, elle n'avait pas besoin d'avoir des bonnes notes partout.
Plus que tout, aussi longtemps qu'elle était heureuse et en bonne santé… c'était suffisant. Elle n'attendait pas d'elle qu'elle soit une enfant parfaite.
Mais malgré tout… malgré le fait qu'elle sache tout cela…
Elle ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas chez elle.
« Vous avez vraiment de la chance, Momoka. Votre fille est a-do-rable ! J'ai rarement vu une enfant aussi sage et discrète qu'elle ; jamais ne s'est-elle plainte ou n'a-t-elle pleuré ou fait un caprice. Lorsque je compare avec ma p'tite fille… Y a une claire différence !
— Hum… Merci… »
Momoka sourit nerveusement tandis que la femme en face d'elle éclata d'un rire peu élégant. Inconsciemment, elle glissa son regard sur sa fille qui se tenait debout juste à côté d'elle, et qui souriait avec joie face aux compliments. Momoka retint un soupire de justesse.
« Merci encore d'avoir gardé Rika, dit-elle. C'était tellement inattendu, je ne savais pas à qui demander…
— Tout le plaisir était pour moi, voyons. Je ne pouvais pas vous refuser quelque chose comme ça ! »
Elle rit de nouveau et fit un clin d'œil à Rika, qui se mit à rigoler joyeusement à son tour. Mais Momoka se contenta d'afficher un sourire crispé.
« Merci beaucoup, la remercia-t-elle une nouvelle fois. Je vous souhaite une bonne fin de journée. Au revoir.
— Au revoir, Momoka ! Bonne soirée à vous aussi ! »
La femme s'agenouilla alors en face de Rika avec un grand sourire étalé sur son visage.
« Au revoir, Dame Rika ! Vous pouvez revenir jouer ici quand vous voulez, d'accord ? »
Rika sourit et hocha joyeusement la tête.
« D'accord ! Je reviendrai jouer ! Nipah ! »
La villageoise sourit et lui ébouriffa la tête, avant de se relever et de retourner son attention vers Momoka.
« Vous pouvez me demander de garder Dame Rika quand vous voulez ! C'est un vrai régal !
— Oui… Je le ferai. Merci. »
Momoka s'inclina en guise reconnaissance, puis elle attrapa la petite main potelée de sa fille et tourna les talons. Tout en marchant, elle posa de nouveau son regard sur l'enfant. Celle-ci trottinait tout doucement à côté d'elle en silence, sa tête tournée vers le ciel.
Elle fixait l'horizon avec intensité, comme si elle espérait que quelque chose en tombe. Toute trace du sourire joyeux et innocent qu'elle avait eut jusqu'à maintenant en présence de l'autre villageoise avait disparu.
Elle refaisait ça à nouveau. Rika était là, juste à côté d'elle… et pourtant, Momoka ne ressentait plus sa présence. Ses yeux étaient vides et fixaient juste le ciel sans émotion. Il n'y avait plus aucun sentiment sur son expression, juste… de l'ennui.
Un ennui profond et incurable.
C'était l'expression que Momoka détestait le plus.
Parce-qu'en ces instants, elle n'avait plus l'impression d'être avec sa fille, le bébé qu'elle avait mise au monde, sa Rika.
C'était juste l'ombre d'une enfant qu'elle ne connaissait pas. Une enfant qui n'était pas la sienne.
L'enfant trop parfaite aux faux sourires qui avait un masque à la place du visage.
Il lui arrivait, de temps à autre, de faire des rêves étranges.
Un village, qui ressemblait trait pour trait au sien ; la silhouette d'une jeune femme à l'apparence singulière ; d'extrêmement long cheveux ondulait de couleur lavande, deux cornes pointant sur sa tête, portant des vêtements traditionnels. Et dans ses bras, un bébé.
Sa vision était trop vague et floue pour distinguer quoique ce soit d'autre, et le silence était assourdissant — jusqu'à ce que, d'une voix douce et faible, une berceuse vint chanter à ses oreilles.
C'était un songe sans sens, sans raison — mais à chaque fois qu'elle se réveillée, une envie de pleurer l'envahissait et serrer son cœur jusqu'à l'en étouffer.
La voix de la chanteuse, aussi fragile que du cristal, restait la hanté comme une malédiction.
Des fois, Momoka pensait que c'était elle qui s'imaginait des choses.
Que Rika était une petite fille parfaitement normale et mignonne qui était juste très intelligente et maniérée. Après tout, elle semblait être la seule à trouver que quelque chose n'allait pas chez son enfant.
Quand elle en parlait avec son mari Youtarou, il lui disait qu'il n'y avait rien d'étrange à ce que Rika agisse bizarrement des fois, et qu'elle s'inquiétait trop pour rien. Ses enseignants trouvaient juste qu'elle était vraiment bien éduquée et mature pour son âge. Et tous les autres villageois étaient en parfaite adoration devant elle et ne se posaient même pas de question.
Donc est-ce que son époux n'avait pas raison, au final ? Momoka n'était-elle pas juste en train de dramatiser certaines attitudes de sa fille ? Ce serait bien si c'était le cas. Mais à chaque fois qu'elle essayait de relativiser ainsi, quelque chose à l'intérieur d'elle lui criait après. Elle ne s'imaginait pas des choses. Il y avait clairement quelque chose qui n'allait pas chez Rika. C'était les autres qui ne voyaient pas ou préféraient faire comme si de rien n'était.
Quand Momoka y réfléchissait avec plus d'attention, elle pensait que peut-être Rika avait toujours été différente dès même la naissance. Elle n'avait jamais eut d'enfants avant, donc elle ne pouvait pas vraiment comparer… mais quand elle regardait chez les autres, elle remarquait bien que sa fille avait quelque chose — des attitudes, des réflexes, des façons de s'exprimer — que les autres petits de son âge n'avaient pas. Même avant qu'elle ne sache parler et marcher, Rika avait été à part. Elle avait tendance à regarder dans le vide là où il n'y avait rien, et à jouer comme s'il y avait quelqu'un avec elle. Elle parlait des fois comme si elle conversait avec une autre personne alors qu'elle était toute seule.
« À qui parles-tu, Rika ? demandait Momoka à chaque fois, et la fillette clignait ses grands yeux violets et lui souriait innocemment.
— À Hanyuu ! »
Momoka plissait ses yeux, mais évidemment il n'y avait personne à côté. Hanyuu. La compagne constante de Rika qu'elle seule pouvait voir. Youtarou lui disait que c'était normal pour les enfants de cet âge d'avoir des amis imaginaires, mais Momoka savait qu'il y avait quelque chose en plus. Ce n'était pas juste une « amie imaginaire ». Aux yeux de Rika… elle était sûr que cette amie, Hanyuu, « existait » vraiment.
Puis, il y a quelques mois, l'attitude de Rika avait changée. Elle avait cessé de parler et de jouer comme s'il y avait quelqu'un avec elle, et elle était soudainement devenue très polie et réfléchit. Elle ne faisait plus de bêtises, tenait ses baguettes correctement, s'habillait toute seule… Et il semblerait qu'elle était très douée pour cuisiner et faire les tâches ménagères aussi, comme elle avait pu le constater par elle-même durant une journée rencontre parent-professeur à l'école où elle avait préparer du curry. Chose que Momoka ne lui avait jamais apprit, et rien que d'y repenser cela la faisait frissonner. Rika était soudainement devenue capable de faire des choses qu'une enfant de cinq ans normale ne serait pas capable de faire. Seulement, elle était aussi devenue plus… distante. Plus solitaire.
À l'école, Rika était très populaire auprès des autres enfants à cause du fait qu'elle soit de la famille Furude… mais elle n'avait pas vraiment de véritables amis. Elle s'entendait bien avec ses camarades, mais elle avait tendance à rester à l'écart d'eux et à ne pas jouer avec eux. Il n'y avait que trois enfants de qui Rika était vraiment proche : la première était Mion, la fille aînée de la famille Sonozaki. Mion et sa petite sœur Shion connaissaient Rika depuis qu'elle était un bébé, comme Momoka venait souvent à la maison des Sonozaki, et c'était courant qu'Oryou, ou plus rarement Akane, passent leur rendre visite à leur tour. Quand c'était le cas, les trois filles jouaient ensemble malgré leur différence d'âge. Donc ce n'était pas étonnant que Mion et Rika soient proche à l'école aussi.
Les deux autres élèves étaient un frère et une sœur, Satoko et Satoshi. La première fois que Momoka l'avait vue avec un des deux, c'était au moins deux ans avant même qu'elle ne commence l'école ; Satoko, âgée de trois ans à peine, la traînait par la main dans la forêt, courant avec enthousiasme, et lorsque Rika reconnue sa mère au loin elle la présenta immédiatement.
« C'est Satoko, Maman ! Satoko, elle est trooop forte pour faire des pièges et s'cacher ! Nipah ! »
Satoko rougit et se glissa derrière le dos de Rika, intimidée, sans pour autant lâcher sa main. Dans un village avec si peu d'habitants, et avec son statu hiérarchique haut placé faisant parti des Furude, Momoka connaissait déjà cette famille, même si elle n'avait jamais vraiment directement interagit avec eux. Elle savait que la mère avait cette réputation de… changer souvent de partenaire. À cette époque-là, la petite s'appelait Satoko Hatake ; avant cela, elle avait été Satoko Fujita. Ses beaux-pères n'avaient guère meilleure réputation non plus. Mais ces problèmes de famille ne dérangeait pas Momoka, tant que Rika était heureuse avec elle.
Et effectivement, à partir de là, elles étaient devenues inséparables. Et comme Satoko ne lâchait pas son grand frère d'une semelle, Rika était aussi devenue proche de Satoshi par extension. Même lorsque le conflit du barrage avait éclaté et que la famille, maintenant prénommé Houjou, décida de s'opposer aux Sonozaki, cela ne changea en aucun cas leur amitié. Oryou avait bien évidemment était contre, mais Rika était têtue comme une mule et personne ne risquait réellement de s'opposer aux décisions de la réincarnation d'Oyashiro lorsqu'elles étaient prises. Momoka n'avait aucun problème avec cela, même lorsque la matriarche des démons le lui reprocha.
Satoko était une fillette qui pouvait être une sale môme à fort caractère des fois, mais elle n'avait pas mauvais fond, et plus important elle semblait être la personne avec laquelle Rika était le plus à l'aise. C'était avec elle qu'elle riait le plus fort, souriait le plus sincèrement, et quand Momoka les regardaient ensemble, elle ne pensait pas être émotionnellement capable de pouvoir les séparer. Il y avait beaucoup qu'elle ne comprenait pas à propos de sa fille, mais elle savait intrinsèquement que Rika ne lui pardonnerait jamais quelque chose comme cela.
Cependant, à part ça, Rika restait relativement solitaire. Enfermée. Même auprès des enfants Houjou et Sonozaki, quand Momoka les observaient ensemble, elle ne pouvait s'empêcher de remarquer que… Rika n'était pas vraiment là.
Elle souriait sans plaisir, elle riait sans joie, elle s'écriait sans enthousiasme. Chacun de ses pleurs, cris, rires étaient contrôlés, prémédités, faussés.
Rika était une enfant parfaite, une poupée de porcelaine finement préfabriquée, une petite fille aux mouvements dessinés, aux mots rusés et aux yeux sournois.
Tout le monde autour d'elle s'en émerveillait, et Momoka s'en retrouvait l'unique horrifiée.
Mais il n'y avait rien qu'elle pouvait faire pour y remédier ; Rika n'avait guère intérêt des réprimandes de sa mère et n'écoutait à aucun de ses mots.
Après tout, Rika pouvait faire tout ce qu'elle voulait dans ce village, et personne ne lui en tiendrait jamais compte.
Que cela soit Oryou, Kimiyoshi, ou les autres villageois ; absolument tout le monde, de tout âge, laissait Rika faire absolument tout ce qu'elle voulait. Voler, crier, frapper, casser ; on ne le lui reprochera jamais, on lui trouvera toujours des excuses.
À Hinamizawa, Oyashiro était l'entité la plus puissante qui puisse exister — et Rika, la petite fille née après huit générations, en était sa réincarnation, l'existence qui régnait en maître tout puissant à son sommet.
Les femmes et les filles de la famille Furude avaient toujours été considérées comme étant spéciales au sein du village, et Momoka avait elle aussi été élevée avec cette façon de penser… seulement plus elle avait grandit, plus son esprit s'était développé et plus elle s'était distancée de ces croyances surnaturelles. Pour elle, le temple et Oyashiro n'était plus qu'un symbole qu'autre chose.
Rika n'était pas la réincarnation d'Oyashiro. Elle n'avait pas de pouvoirs surnaturels, elle n'était qu'une simple petite fille. Et c'était pour cette raison que Momoka détestait quand les villageois l'appelait ainsi et la traitait comme tel. Tout le monde autour d'elle lui disait ça, donc bien sûr que Rika croyait qu'elle était une existence spéciale.
Momoka avait vite réalisé à quel point ce n'était pas sain pour Rika. Ce village était mauvais pour elle. Quand elle avait eut sa fille, elle avait commencé à s'inquiéter pour la première fois de tous ces folklores sanglants qui entourait Hinamizawa, ainsi que du fait que Rika devrait un jour hériter des titres de chef de la famille Furude et de prêtresse du temple. Sans parler du temple d'équipement de rituel. C'était des responsabilités qu'elle trouvait trop lourde à faire porter, et cela ne créer pas un environnement serein où leurs enfants pourraient grandir. Momoka ne pouvait pas réécrire l'histoire et les traditions du village, mais elle pouvait essayer de les changer, ou du moins était-ce ce qu'elle pensait.
« Se débarrasser du temple d'équipement de rituel ? »
Akane regarda Momoka avec des yeux aussi large que sa tasse de thé, et ce n'était pas surprenant. Ce qu'elle venait de proposer pouvait être considérer comme plus que blasphématoire à Hinamizawa. Le vieux Kimiyoshi, assit au coin de la table, eut aussi l'air mal à l'aise par sa suggestion.
« Hum… Momoka, entreprit-il d'un ton vacillant. Ne pensez-vous pas qu'une telle proposition est un petit peu…
— Comprenez bien, je sais que ce n'est pas quelque chose de facile à faire. Je connais l'histoire de notre village par cœur. Cependant, c'est justement parce-que je connais son histoire que je pense qu'il est temps de s'en débarrasser. Tout du moins, de se débarrasser de tous ces objets de… torture. Quels intérêts y a-t-il de les garder à présent ? Dieu merci, plus personne ne s'en sert !
— Évidemment… oui, oui évidemment, mais… »
Kimiyoshi commença à bredouiller dans sa barbe, mais Momoka n'était pas très concernée à son propos. Malgré son statu en tant que maire et chef de la famille Kimiyoshi, il avait toujours eut une personnalité assez docile, et elle savait que si elle le poussait un peu il approuverait de sa décision. Non, la plus dure serait sans aucun doute…
« Plus personne ne s'en sert, mais ils font toujours parti de notre histoire, Akane trancha. Sa voix était calme et composée, mais ferme, comme toujours. Et c'est notre devoir de la protéger.
— Donc cela ne te dérange pas que tes filles puissent être exposées à cela ?
— Mes filles sont élevées pour être les futures dirigeantes de la famille Sonozaki. Ce n'est pas quelques vieux objets rouillés qui les dérouteront.
— Tu… ! Comment peux-tu même dire une telle chose ?! Cela ne n'importe-t-il vraiment pas ? Ce village est néfaste ! Les autres villageois — ils n'arrêtent pas de raconter n'importe quoi à ma fille ! Tout ça n'est pas bon pour Rika, et ce n'est pas bon pour Mion et Shion non plus ! Akane, tu dois parler à ta mère et y faire quelque chose ! »
»
Momoka grinça des dents, lançant un regard noir à Akane. En d'autres circonstances, elles s'entendaient parfaitement bien toutes les deux ; étant à peu près du même âge, elles avaient jouer ensemble enfants comme leurs filles le faisaient maintenant. Cependant, Momoka avait du mal avec cette facette de la personnalité d'Akane qui restait tellement attaché aux traditions du village. Quand bien même elle avait été bannie par sa propre mère après avoir épousé un homme de l'extérieur. Quand bien même Hinamizawa lui-même l'avait rejetée.
Elle ne comprenait pas pourquoi Akane restait dévouée à sa famille et à ses traditions même après avoir été ainsi déniée. Elle ne pouvait absolument pas saisir comment Akane pouvait laisser son aînée toute seule à la vieille démone, l'abandonnée à des responsabilités trop lourde pour elle, la séparer de sa sœur, sans rechigner, et accepter d'envoyer la cadette d'ici quelques années dans un internat isolé de tout. Elle avait entendu les rumeurs concernant le fait qu'Oryou aurait tenté d'étrangler Shion à sa naissance, et elle ignorait si cela été vrai, mais pour elle cela aurait été suffisant pour interdire la matriarche des Sonozaki de s'approcher de son enfant.
Elle pouvait entendre des rires dehors dans la cours. Les trois filles se couraient après dans le jardin de la plus grande résidence d'Hinamizawa, criant et riant de tout cœur. Momoka se demanda vaguement si Rika faisait encore « semblant » cette fois aussi, ou si elle était sincèrement en train de s'amuser.
Momoka ne pouvait pas comprendre sa propre fille, ne pouvait se résoudre à accepter son comportement déviant, mais elle restait son enfant coûte que coûte ; et elle ferait tout ce qui était en son possible pour la protéger.
« En voilà une proposition. C'est ce que j'appelle être audacieuse, que de venir dans ma maison et proclamer de tel mots, Momoka. »
Une voix râpeuse, lourde, dur comme l'acier. Des instincts que Momoka avait apprit en tant qu'enfant se réveillèrent, et tout son corps se tendit. L'imposante présence d'Oryou se tenait dans l'entre de la porte, le regard glacé. Momoka ne put se résoudre à soutenir son regard, et elle détourna les yeux ; même elle ne pouvait défier Oryou Sonozaki directement, et ainsi le débat fut résolu avec un non catégorique.
(Après tout, même avec tout son intrépidité et son audace, Momoka restait elle aussi enchaînée à Hinamizawa.)
L'éclat du projet du barrage ne fit qu'empirer les choses. Protestations virulentes, lettres de menaces et d'agressions sanglantes. Le village était sous une perpétuelle pression et continuellement suffoqué par des conflits violents…
Et Momoka en avait assez. Elle ne voulait pas élever Rika dans ces conditions ; elle ne voulait pas que sa fille ait à subir tout ça alors qu'elle était tellement jeune. Mais évidemment, cela ne pouvait pas se régler de façon aussi simple. Momoka aimait Hinamizawa ; c'était son village natale où elle avait grandit — mais malgré tout, il y avait des sacrifices qu'elle se devait de faire en tant qu'adulte, en tant que parent.
Mais le cœur du problème persistait sur le fait que Momoka ne pouvait rien y faire. Le conflit du barrage allait continuer indépendamment de la volonté de Momoka, et les villageois aller continuer de raconter des choses à sa fille derrière son dos. Cela la faisait se sentir paranoïaque, parce-qu'à chaque fois qu'elle avait le dos tournait elle ignorait complètement ce qu'ils pouvaient faire avaler comme absurdités à Rika. Elle était anormale à cause d'eux. Parce-qu'ils n'arrêtaient pas de lui raconter des folklores et des superstitions étranges depuis qu'elle était née.
Momoka ne comprenait juste pas comment elle pensait. Mais elle savait d'où ses problèmes provenaient. Et c'était entièrement la faute de ce village.
Elle serait une enfant ordinaire si ce n'était pas pour Hinamizawa.
Plus les années passaient, plus Momoka avait l'impression de perdre sa fille, et plus son ressentiment envers le village et son dieu grandissait.
Elle ne laisserait pas Oyashiro lui prendre sa petite fille.
« On doit faire quelque chose, Youtarou. Ce n'est plus possible. On doit éloigner Rika des autres villageois ! »
Momoka était en train de tourner en rond dans la cuisine anxieusement, sous le regard confus de son mari.
« Momoka, calme-toi, dit-il gentiment.
— Non, je ne me calmerais pas ! Comment suis-je sensé me calmer dans ces conditions ? Ces gens se permettent d'apprendre toutes sortes de choses à Rika dans notre dos sans même nous mettre au courant ! Tu trouve ça normal, toi ? Cela ne t'inquiète donc pas ? »
Youtarou poussa un soupir.
« Eh bien, ce n'est pas comme s'ils lui apprenaient de mauvaises choses… Tu dis qu'elle sait cuisiner du curry, faire la lessive et coudre. Je pense que ce sont de bonnes choses… Aussi longtemps qu'ils prennent soin d'elle, qu'est-ce qui ne va pas avec ça ? »
Momoka s'arrêta brusquement et dévisagea son mari férocement dans les yeux.
« Qu'est-ce qui ne va pas avec ça ? répéta-t-elle. Elle est notre enfant ! Pas la leur ! Et elle n'a que cinq ans ! Une enfant de cinq ans ne devrait pas savoir faire la lessive, coudre ou cuisiner du curry aussi parfaitement ! Ce n'est pas normal, et je ne veux pas de ça pour Rika ! Je veux qu'elle soit une petite fille ordinaire et qu'elle ait une enfance ordinaire ! »
Youtarou ne répondit pas. Il connaissait suffisamment bien sa femme pour savoir que quand elle était dans cet état d'énervement, dire la moindre chose ne réussirait qu'à la mettre en colère encore plus.
« Et puis le problème est qu'ils ne font pas que « prendre soin d'elle » ! Ils n'arrêtent pas de lui dire toutes ces superstitions morbides et de lui faire croire qu'elle est la réincarnation d'Oyashiro !
— Eh bien… On ne peut pas les empêcher de croire cela… De plus, tu sais parfaitement que les villageois sont les adeptes et les financeurs principaux du temple… Donc on ne peut pas juste leur dire d'arrêter… »
Momoka grogna d'agacement, parce que bien sûr qu'elle savait ça. Elle passa ses mains dans ses cheveux, vraisemblablement essayant de se calmer… Puis croisa ses bras avant de s'asseoir à la table de la cuisine en face de son mari.
« Youtarou, Rika n'est pas la réincarnation d'Oyashiro. Elle… elle n'est qu'une petite fille. Je ne veux pas que les villageois la… manipulent de cette façon, l'élevant à une sorte de symbole d'Hinamizawa ou je ne sais quoi… ! »
Youtarou sourit gentiment, puis attrapa la main de son épouse.
« Je sais. »
Momoka poussa un soupir. Ces villageois croyaient vraiment que Rika avait des pouvoirs surnaturels. Et Momoka l'avait vu elle-même, quand elle avait cuisinait un plat de curry que personne ne lui avait enseigné à faire juste devant ses yeux, ou quand elle se mettait à coudre avec expérience comme si elle avait ça tout sa vie alors que Momoka ne lui avait jamais laissé une aiguille dans la main. Non, ce n'était pas possible. Quelqu'un avait du lui apprendre, quelqu'un avait du lui dire comment faire. Des gens apprenaient et disaient des choses à sa fille sans que Momoka ne le sache… et elle trouvait cela terrifiant.
« Hé, Momoka… »
Youtarou la sorti soudainement de ses pensées. Elle leva ses yeux vers lui, et quand leurs regards se croisèrent, il sourit.
« Ça va aller, d'accord ? Tu n'as pas besoin de t'inquiéter comme ça. »
Momoka le fixa dans les yeux pendant un moment. Elle prit une grande inspiration, puis plongea son visage dans ses mains… et poussa un soupir.
« Je suis désolée, dit-elle. Je crois que je suis fatiguée, à cause de… de tout ce qu'il se passe en ce moment au village.
— Ce n'est pas grave. Je comprends. »
Puis son visage s'assombrit légèrement.
« Est-ce que tu as reçu d'autres lettres de menace… ? »
Momoka resta silencieuse et détourna le regard vers al fenêtre, mais c'était une réponse suffisante pour Youtarou. Même si les Gardiens d'Onigafuchi étaient réputés pour leurs menaces fréquentes et violentes, cela ne voulait pas dire qu'eux-mêmes ne recevaient pas de pression de la part du gouvernement ou des ouvriers et des gens qu'ils agressés. Ce qui était seulement logique. Certaines personnes recevaient bien sûr très mal leurs revendications brutales pour sauver leur village, et c'était évidemment les leaders des Gardiens et d'Hinamizawa qui en pâtissaient le plus.
« Des fois… j'en ai tellement assez de cette histoire que j'espère que le gouvernement gagne pour qu'on soit enfin libre. »
Momoka parla en gardant ses yeux ancrés sur la fenêtre, un sourire auto-dérisoire sur les lèvres.
« Je ne veux pas que Rika grandisse dans cet environnement. Je ne veux pas qu'elle se sente piégée par des obligations de famille de ce village. Et… si Hinamizawa venait à disparaître, alors elle n'aurait pas à hériter de la famille Furude ou à connaître l'existence du Saiguden. »
Momoka tourna lentement sa tête vers son mari.
« Suis-je une personne égoïste pour penser de la sorte… ? »
Youtarou sourit à nouveau, mais cette fois plus tristement, résigné, avant de secouer doucement la tête.
« Non… je ne pense pas. »
Il se leva soudain de sa chaise, puis alla se mettre derrière Momoka avant de poser ses mains sur ses épaules et de les masser.
« Tu es trop tendue, Momoka, dit-il. Tu devrais essayer de te détendre. »
Momoka rigola légèrement d'un rire sans joie.
« Peut-être… »
Pendant un moment, ni l'un ni l'autre ne dire un seul mot. La cuisine resta complètement silencieuse.
« Tu sais… les autres villages ne sont pas la même chose qui m'inquiète à propos de Rika, dit soudainement Momoka. Elle agit… Je pense qu'il y a des fois où elle agit vraiment étrangement.
— Tu parles encore de cette amie imaginaire ? Je te l'ai dit, elle n'a que cinq ans… Tu n'as pas à t'en faire pour ça…
— Non, non, je ne parle pas de ça… Je parle… d'autre chose. Tu sais, comme quand elle devient soudainement excitée quand des choses change à la dernière minute. Le reste du temps, j'ai l'impression… que Rika fait juste semblant…
— Semblant ? »
Elle soupira.
« Je ne comprends pas du tout ses sensibilités…
— Momoka, les enfants ont des sensibilités et des façons de penser différentes de celles des adultes. Donc même si tu ne la comprends pas des fois, tu ne devrais pas laisser cela t'ennuyer. »
Elle ne répondit pas, restant plongée dans ses pensées pendant un moment.
« Tu… as peut-être raison », dit-elle finalement.
Youtarou s'arrêta de masser ses épaules et embrassa sa femme sur la tête.
« Tu devrais essayer de te reposer, dit-il. Je m'occupe du dîner ce soir, d'accord ?
— D'accord… »
Youtarou quitta doucement la cuisine, alors que Momoka resta assise à la table. Elle tourna sa tête une nouvelle fois vers la fenêtre de la cuisine, qu'elle fixa un moment en silence. Du coin de l'oeil, elle pouvait voir virevoltait les poupées en papier que Rika avait fait et accrocher à l'envers, l'autre jour. Peut-être avait-elle vraiment marché, car le ciel était encombré de gros nuages, assombrissant tout sur leurs passages.
Il allait pleuvoir ce soir.
Elle se demanda comment Rika aller réagir face à cela aujourd'hui.
Malgré le fait que Momoka faisait de son mieux pour tenter de comprendre Rika, il y avait des jours où elle perdait le contrôle d'elle-même sans qu'elle ne puisse rien y faire. Parfois ses sentiments prenaient le dessus, et le stress accumulé des derniers temps explosaient et lui faisait faire des choses qu'elle n'aurait jamais fait en temps normal — comme lui crier après ou la gifler.
Peut-être qu'une part d'elle espérer qu'agir ainsi ferait réagir Rika. La ferait pleurer ou crier. Mais à la place, Rika ne faisait que rester de marbre. Les coups de violence de sa mère lui semblait complètement indifférent.
Combien de fois ce genre de choses était arrivé ? Un nombre incalculable, certainement. Momoka s'en voulait terriblement à chaque fois ; mais dès que Rika avait cette expression ennuyée sur le visage, et qu'elle essayait tout de suite après de faire comme si de rien n'était, elle ne pouvait s'empêcher de sentir une fureur et une frustration insondable montée en elle. Momoka s'en voulait d'être une si mauvaise mère… mais elle ne savait pas comment faire pour améliorer la situation.
La famille était très importante pour Momoka. Elle avait perdue sa mère et sa grand-mère très tôt dans sa jeunesse, n'avait jamais connu son père ou son grand-père. Son mari et sa fille était tout ce qu'elle avait comme famille de sang directes, et elle comptait bien tout faire pour les préserver.
Alors, elle entreprit de faire encore plus d'efforts ; passer plus de temps avec Rika, l'aider plus dans ses devoirs, jouer plus avec elle, aller la chercher plus souvent à l'école. Ainsi, lorsque ce jour-là elle vint chercher son enfant à la fin des cours, elle la trouva agenouillée aux côtés de sa meilleure amie, discutant à voix basse.
« Tu ne viendra pas au festival ? » réussi-t-elle à entendre de la part de Rika. Elle inclina sa tête en fixant Satoko dans les yeux. Son amie secoua tristement la tête.
« Non, répondit-elle. Maman ne veut pas qu'on y aille. Et même si on y allait… je ne pense pas qu'on sera bien accueillit… »
Rika la regarda un instant sans rien dire, puis elle abaissa la tête. Ce serait la première fois que Satoko n'irait pas au festival de Watanagashi, malgré le fait qu'elle adorait y aller. Mais étant donné à quel point les choses étaient tendues en ce moment entre les Houjou et le reste du village… cela n'avait rien d'étonnant que les parents de Satoko ne veuille pas s'y rendre.
« Désolée, Rika… »
Satoko s'excusa d'une petite voix, comme si elle avait peur de se faire gronder. Momoka savait que normalement, elles avaient prévu de se retrouver au festival pour jouer ensemble. Bien sûr, il n'y avait aucune raison pour laquelle Satoko devait s'excuser. Ce n'est n'était pas de sa faute qu'à cause des circonstances au village, sa famille ait décidée de ne pas participer au festival… Mais Satoko avait cette habitude de s'excuser même pour des choses qui étaient hors de son contrôle. Rika tourna la tête vers elle et lui sourit de façon rassurante.
« Ne t'en fait pas. Ce n'est pas de ta faute, Satoko. Et tu sais, même si tu ne peux pas venir cette année, tu pourras toujours venir l'année prochaine !
— Tu crois… ?
— Oui ! Et si tu ne peux pas l'année prochaine… ce sera l'année d'après encore ! Alors, tu n'as pas à t'inquiéter ! »
Satoko garda la tête basse pendant un moment. Alors Rika s'abaissa à sa taille et lui sourit.
« Tu auras l'occasion de retourner au festival. Je te le promets. Donc, tu devrais sourire, Satoko ! Nipah ! »
Rika posa ses deux index aux extrémités de sa bouche, et elle les étira pour mimer un sourire exagéré. Satoko la fixa pendant un moment sans rien dire… puis finalement, elle pouffa légèrement avant d'éclater de rire. Rika l'imita rapidement.
« D'accord, dit Satoko. J'essaierai quand même de venir… mais je ne peux rien promettre. »
Rika lui sourit gentiment, et Momoka ne pu s'empêcher de l'imiter. C'était sa fille qu'elle connaissait, non pas son ombre au visage ennuyée, et elle se demandait quelle magique Satoko pouvait utiliser pour la faire sortir ainsi si souvent.
« Satoko ! Tu es là ? »
Satoshi arriva soudainement, sortant du bâtiment de l'école.
« Ah ! Nii-nii ! » s'exclama Satoko en se relevant.
Elle se releva et se mit à courir vers lui, avant de se jeter dans ses bras. Satoshi l'intercepta en souriant, puis il remarqua la présence de Rika.
« Ah, tu es là aussi, Rika… Je suis désolé, mais Satoko et moi devons rentrer à la maison maintenant… »
Il dit cela d'un air coupable, comme si il s'excusait de devoir emmener Satoko avec lui. Rika lui sourit.
« D'accord, dit-elle. À demain, alors.
— Oui, à demain », répondit le garçon.
Satoko se tourna vers Rika. Elle sembla hésiter pendant un moment… avant de finalement courir vers elle, et de l'embrasser sur la joue.
« À demain, Rika ! »
Un doux sourire se dessina sur les lèvres de Rika et elle hocha la tête. Satoko rigola, puis elle alla rejoindre son frère aîné qui lui attrapa la main. Rika les fixèrent jusqu'à ce qu'ils disparaissent complètement de la cour de l'école.
Mais dès que Satoko fut partie, l'expression joyeuse de Rika disparue, et elle se retrouva toute seule. Il y avait quelques enfants en train de jouer près d'elle, mais elle se contenta de les regarder sans expression, n'ayant apparemment aucune envie de les rejoindre. Momoka l'observa alors soupirer, s'accroupir, prendre un bâton et dessiner par terre. Momoka avait prit l'habitude d'essayer d'observer Rika de loin quand elle le pouvait. Une tentative vaine de décrypter les faits et gestes de sa fille, de grappiller le consensus de ses pensées. Elle s'apprêtait à décider d'aller la récupérer quand elle entendit quelqu'un l'approcher.
« Ah, si ce n'est pas Madame Furude ! Cela faisait un moment. »
C'était un homme d'une cinquantaine d'années qui lui était à présent très familier : Kaieda, le directeur de l'école.
« Cela faisant un moment que je ne vous avez vu ! continua-t-il. Je suis content de vous revoir. Votre petite Rika est adorable, comme toujours ! »
Momoka lui sourit maladroitement. Bien sûr qu'elle l'était. Tous trouvait Rika absolument parfaite et adorable, tout le temps. À part elle, il semblerait.
« J'en suis sûre, répondit-elle, et l'homme haussa un sourcil.
— Vous n'en n'avez pas l'air convaincue ?
— Non, c'est juste…
— Vous avez encore des problèmes à vous entendre avec Rika ? »
Momoka détestait la façon dont il dit cela comme si c'était un fait connu de tout le village. Même si sa relation houleuse avec sa fille était en effet loin d'être un secret. En fait, Momoka avait déjà parlé un peu de son cas avec Kaieda, car il était en général un homme mature et compréhensif avec de bons conseils, mais aucun de ceux-ci n'avaient vraiment aboutis à une amélioration des choses entre Rika et elle.
« Avez-vous déjà essayé de lui demander pourquoi elle agissait ainsi ?
— Oui… Mais quand j'essaie d'aborder le sujet, elle m'ignore… »
Kaieda croisa ses bras et eut l'air pensive pendant un moment.
« Je pense que vous devriez essayer de regagner sa confiance petit à petit. »
Évidemment, c'était déjà des choses que Momoka avait déjà tenter. Essayez d'avoir de petites conversations avec elle. De s'intéresser à ce qu'elle faisait. Juste de passer du temps en sa compagnie. Devenir plus proche d'elle, afin qu'elle se sente suffisamment en confiance pour se confier à sa mère. Mais cela était tout en vain. Rika était comme une pierre pour elle ; intouchable et imperturbable.
Kaieda s'apprêtait à dire quelque chose à nouveau, quand soudain, des cris résonnèrent. Les deux adultes sursautèrent et tournèrent vers leurs provenances. Momoka et Kaieda échangèrent un regard inquiet, et ils se précipitèrent immédiatement dans la cour. Là, tout au fond, à l'angle du bâtiment, ils virent un rassemblement d'enfants, encerclant quelque chose. Ils poussaient des cris d'horreur et certains pleuraient même. Les deux adultes se dépêchèrent de les rejoindre.
« Hé là, hé là, qu'est-ce qui se passe ? s'exclama Kaieda.
— Monsieur… ! s'exclama une fillette. C'est Rika… ! »
Quand la fille prononça ces mots, Momoka sentit une vive inquiétude monter en elle. Elle se précipita au milieu du groupe d'enfants, qui s'écartèrent sur son passage… et là elle vit Rika. Sa fille lui tournait le dos, agenouillée. Très lentement, elle se releva et se retourna… et Momoka vit soudain à ses pieds un chaton. Un chaton qui ne devait pas avoir plus de quelques mois. Le chaton était immobile, étalé par terre, et couvert de sang… Le même sang qui était sur les petites mains potelées de Rika. Puis, la petite fille ouvrit la bouche, et elle dit nonchalamment :
« Il est mort maintenant. »
Momoka fut tellement choquée qu'elle n'arrivait même pas à ouvrir la bouche. Elle ne pouvait rien faire d'autre que de dévisager sa fille qui se tenait debout devant elle, et dont le regard était aussi vide et noir que possible.
« Que s'est-il passé ? redemanda Kaieda.
— C'est… on avait trouvé un chaton, et… et… il était blessé… alors on allait vous appeler… mais tout d'un coup, Dame Rika s'est approchée, et… et sans raison… elle l'a tué… elle l'a tué juste comme ça… ! »
La petite fille expliqua la situation en sanglotant, visiblement choquée par ce qu'avait fait Rika. Momoka entendit à peine son explication.
Toute son attention était focalisée sur sa fille, ses mains ensanglantées, et le cadavre du chaton qui reposait à ses pieds.
Momoka marchait d'un pas rapide sur le chemin du retour, tenant fermement la main de Rika dans la sienne. Aucune des deux n'avaient dit un mot depuis qu'elles avaient quittées l'école. Momoka avait lavé les mains de Rika à un lavabo, puis elles étaient immédiatement parties. Rika marchait aux côtés de sa mère en silence, ses yeux fixant le sol, alors que Momoka jeter des regards furtifs et inquisiteurs en direction de sa fille toutes les minutes. Une part d'elle espérait que Rika soit la première à briser le silence ; qu'elle explique ce qui venait de se passer elle-même… mais évidemment, elle ne le fit pas. Alors, après de longues minutes d'attente insupportable, Momoka céda. Elle s'arrêta brusquement au milieu de la route, se tourna vers sa fille et la regarda dans les yeux.
« Rika, est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? »
Rika soutint le regard de Momoka sans vaciller. Elle la fixait d'un air confus. Presque ingénument.
« J'ai tué un chaton. »
Sa réponse avait été tellement catégorique que Momoka se retrouva complètement déboussolée. Elle peina à trouver ses mots pendant un moment, puis finalement, elle reprit la parole :
« Pourquoi as-tu fait ça ?
— Parce-qu'il allait mourir.
— Que… quoi ? Comment peux-tu être aussi certaine qu'il allait mourir ? »
Rika eut l'air soudainement légèrement inconfortable, et elle détourna le regard.
« Je le sais, c'est tout. »
Momoka la fixa d'un air ahurie. Elle prit une grande inspiration en essayant de se calmer. Elle s'agenouilla ensuite auprès de Rika pour se mettre à sa taille, et la prit par les épaules en la regardant droit dans les yeux.
« D'accord… Rika, même si c'était le cas… même si tu étais certaine que ce chaton allait vraiment mourir… Tu ne peux pas faire ça ! Tu aurais dû appeler Monsieur Kaieda, ou… ou un autre adulte ! Mais pas juste le… tuer comme ça ! »
Rika plissa ses yeux. Et en cet instant, son regard se fit tellement méprisant et haineux que Momoka se sentit frissonner.
« Pourquoi ? »
Momoka sentit tout son sang se glacer subitement quand Rika lui parla d'une voix sèche et remplie de ressentiment.
« Pourquoi… ? répéta-t-elle d'une voix tremblante. Parce-que… parce-que tu… tu ne peux pas juste tuer un être vivant comme ç—
— Ce chaton s'était fait mordre par un chien et avait le ventre ouvert et les organes vitaux gravement touchés. Si je les avais laissé appeler Kaieda, il aurait décidé d'emmener le chaton à la clinique. Cela aurait fait six minutes de trajet en voiture. Puis Kaieda serait arrivé à la clinique, mais elle aurait été inhabituellement pleine ce jour-là, du coup il lui aurait fallut attendre dix-sept minutes avant qu'une infirmière lui accorde finalement de l'attention. L'infirmière aurait commencé à traiter le chaton mais se serait rendu compte qu'elle ne pourrait plus rien faire pour lui, avant qu'elle ne se fasse appeler pour une urgence et ne doive partir précipitamment, laissant le chaton ainsi pendant onze minutes jusqu'à ce que finalement, il meurt. Cela fera en tout trente-quatre minutes. Trente-quatre minutes durant lesquelles ce chaton se serait fait balader en agonisant et en souffrant horriblement. »
Rika fixa sa mère droit dans les yeux froidement. Momoka se retrouva complètement abasourdie par son comportement et ses paroles.
« Pourquoi l'aurai-je laissé souffrir pendant trente-quatre minutes alors que je pouvais lui épargner cela ?
— Ce… c'est… »
Momoka eut du mal à trouver des mots, et pendant un moment elle ne réussit qu'à bégayer de façon incohérente.
« Rika, ce… ce n'était pas à toi de décider ça… ! s'exclama-t-elle finalement. De plus ce ne sont que des suppositions ! Peut-être que ce chaton était vraiment en mauvais état, mais il y avait quand même une chance qu'il puiss—
— Il n'y en avait pas ! »
Rika haussa la voix. Momoka sursauta. Sa fille la fixa avec des yeux cette fois remplis de rage.
« Il n'y avait aucune chance de le sauver ! Il serait mort dans tous les cas ! Peu importe ce qu'on aurait essayé de faire, il aurait toujours finit par mourir ! C'était impossible de le sauver ! Donc qu'est-ce qu'il y a de mal à l'achever ? J'ai juste mis un terme à ses souffrances ! Cela est mieux pour lui que de juste le laisser agoniser comme ça ! Je suis sûr qu'il est beaucoup plus heureux maintenant ! Il est beaucoup mieux mort— »
Avant même qu'elle n'est eut le temps de comprendre ce qu'elle était en train de faire, Momoka leva sa main et gifla violemment Rika. Momoka avait souvent prit l'habitude de gifler sa fille ; mais celle-ci était particulièrement brutale. Cela lui prit un certain temps avant de réaliser ce qu'elle venait de faire.
Elle avait recommencé. Elle avait levé la main sur Rika, encore une fois. Et elle s'en voulut ensuite immédiatement.
« Ah… Rika, j-je… je suis désolée… »
Rika ne répondit pas. Momoka ne pouvait pas voir son expression à cause de ses épais cheveux qui lui étaient tombé devant le visage… mais elle ne semblait même pas chercher à réagir. Momoka poussa un soupir, passant ses mains sur son visage en essayant de retrouver le contrôle d'elle-même…
« R-Rika, je suis désolée de t'avoir frappée… j-je n'aurais pas dû faire ça. Mais… je veux que tu comprennes que tu ne peux pas juste… t-tuer un chaton comme bon te semble, même si cela te semble justifié. Tu comprends ? »
Elle attrapa doucement le bras de sa fille… mais Rika resta silencieuse et immobile.
« R-Rika… ? Est-ce que tu comprends ? »
Alors que Momoka essaya de regarder Rika dans les yeux, celle-ci bougea finalement et dégagea son bras de la main de sa mère brusquement.
« Je veux rentrer, dit-elle simplement. J'ai soif.
— Hein ? Ah… Rika… ! »
Avant que Momoka n'ait eut le temps de réagir, Rika tourna les talons et se remit à marcher. Elle se releva, puis elle la regarda s'éloigner.
C'était comme si il lui semblait que la distance créer entre elles était à présent à jamais irréparable.
« Elle a tué un chaton ? »
Youtarou arqua un sourcil en répétant ce que Momoka venait juste de lui dire. Il avait visiblement du mal à imaginer sa fille de cinq ans faire cela à un petit animal de sang froid.
« Je sais. C'est dur à croire. Mais c'est la vérité. Elle a fait ça sous les yeux des autres enfants de l'école. »
Youtarou poussa un soupir, puis croisa ses bras d'un air pensif.
« Et tu dis qu'elle a fait ça parce-que… elle dit qu'elle savait que le chaton allait mourir quoiqu'il arrive ?
— Oui. Elle a dit qu'abréger ses souffrances était mieux que de le laisser agoniser comme ça. »
Youtarou ne dit rien, et la cuisine devint soudainement silencieuse. Les deux adultes ne parlèrent ni ne se regardèrent pendant un long moment. Finalement, Momoka brisa le silence.
« Tu es d'accord que ce n'est pas normal, pas vrai ? Cette fois-ci, c'est différent de parler avec un ami imaginaire ou de savoir des choses qu'on ne lui a jamais appris. Elle a tué un animal.
— Eh bien… c'est vrai que ce n'est pas ordinaire… mais… »
Momoka poussa un profond soupir, puis elle parla en fixant la surface de la table en face de laquelle elle était assise.
« Je pensais à cela depuis un certain temps déjà, mais… peut-être devrions-nous essayer d'emmener Rika voir un thérapeute. »
Youtarou agrandit ses yeux et fixa sa femme avec surprise.
« Un thérapeute… ? Tu veux dire, comme un psychologue ?
— Oui. Je pense que… cela pourrait être utile. Pour elle, comme pour nous. »
Youtarou grogna en fronçant ses sourcils. Manifestement, il n'avait pas l'air enchanté par sa proposition.
« Tu ne pense pas que tu prends cette décision un peu rapidement, Momoka ? Je veux dire… Rika n'a que cinq ans…
— Justement. Tu ne va pas me dire que c'est parfaitement normal pour tous les enfants de cinq ans d'aller tuer des chatons !
— Non, je n'ai pas dit ça… Je pense juste qu'on devrait en parler plus avant. Les psychologues coûtent cher, pas vrai ? Et puis, je ne sais pas si ces choses-là marchent vraiment… »
Sa réponse irrita Momoka. Elle se pencha brutalement dans le dossier de sa chaise et lança un regard noir à son mari.
« Alors quoi ? Qu'est-ce que tu propose ? Qu'on ne fasse rien jusqu'à ce qu'elle tue le chien du voisin ?
— On… On devrait essayer d'aller lui en parler d'abord, répliqua Youtarou.
— J'ai déjà essayé d'aller lui parler ! Cela ne sert à rien !
— Dans ce cas, moi j'irai. »
Momoka ricana de façon auto-dérisoire.
« Oh, toi ? dit-elle avec dédain. Je t'en prie ! Rappelle-moi depuis combien de temps tu n'as pas parlé en seul à seul avec Rika ? Quand était-ce la dernière fois que tu n'a fait ne serait-ce que t'intéresser à elle ?
— Momoka… J'irai lui parler, d'accord ?
— Lui parler ne sera pas suffisant ! On… On a besoin de quelqu'un d'autre pour nous aider !
— Ce n'est pas—
— On n'a pas d'autres choix ! Il y a quelque chose qui ne va pas chez Rika ! Elle n'est pas normale ! »
Sa phrase fut subitement suivit d'un profond silence. Momoka réalisa tout doucement qu'elle venait de crier cette phrase à voix haute… et à quel point cela avait l'air horrible… et elle se figea.
C'était une phrase qui traversait souvent son esprit.
Quelque chose… n'allait pas chez Rika.
Quelque chose qui la rendait différente. Anormale. Et, en conséquence… quelque chose que Momoka ne supportait pas. Qu'elle détestait. Elle voulait que ce quelque chose disparaisse ; elle voulait l'effacer — pour qu'enfin elle puisse avoir une petite fille — sa petite fille — normale.
Mais une fois cela dit à voix haute… cette phrase, qu'elle se répétait si souvent dans sa tête, avait des connotations vraiment terribles dont elle n'avait jamais réalisées auparavant. Elle porta ses mains à sa bouche par réflexe alors que son mari la fixait avec surprise. Elle eut envie de reprendre cette phrase, faire comme si elle ne l'avait jamais dite. Le regard de Youtarou n'était pas accusateur, pourtant elle eut immédiatement l'envie de chercher à se défendre ; de dire que ce n'était pas ce qu'elle voulait dire, qu'elle s'était juste emportée. Elle se sentait horrible et rongée de culpabilité. Mais sa gorge était nouée, et aucun mot ne pu en sortir. Au bout d'un moment, Youtarou brisa le silence en poussant un soupir.
« Je parlerai à Rika, répéta-t-il. Si après ça, il se passe encore quelque chose de ce genre… alors nous irons voir un thérapeute. Est-ce que cela te va ? »
Momoka hocha vaguement la tête. Ils restèrent ainsi l'un en face de l'autre sans bouger ni parler… jusqu'à ce que finalement, Momoka se lève de sa chaise et ouvre la porte de la cuisine pour sortir. Elle posa un pied dans le couloir, tourna vers la gauche… avant de sursauter et de s'arrêter brusquement. Debout, le dos collé contre le mur et la tête baissée, se tenait Rika. Elle avait les mains jointes derrière son dos et son expression était indéchiffrable, ses yeux assombri par sa frange. Momoka senti une vague de panique la submerger.
« Rika… ? Que… Qu'est-ce que tu fais là ? »
Rika ne répondit pas ; elle ne battit même pas d'un cil, comme si elle n'avait pas entendu sa mère.
« Est-ce que… Est-ce que tu as entendu de quoi moi et Papa parlions… ? »
La petite fille ne bougea pas pendant un long moment… puis finalement, elle tourna la tête en se décalant du mur.
« Non. »
C'était un mensonge. Il était évident au vu de son expression qu'elle les avait entendus… En tout cas, Momoka avait la conviction que Rika avait certainement entendu sa mère dire qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas chez elle et qu'elle n'était pas normale. Rika tourna soudainement le dos à Momoka et commença à partir en marchant d'un pas lent dans le couloir. Sa mère se dépêcha d'aller la rattraper.
« Rika… ! Rika, attends… ! »
Quand Momoka rejoignit sa fille, elle la saisit brusquement par le bras, l'arrêtant et la faisant se retourner de force.
« Écoute, je… j-je suis désolée si tu as entendu notre conversation, dit-elle. Je… je ne voulais pas dire ce que j'ai dit. Je ne le pensais pas. D'accord ? Je suis vraiment désolée… C'est juste… »
Momoka soupira.
« C'est juste… je suis perdue avec toi. J-Je ne sais plus quoi faire… Et je… ce que tu as fait cette après-midi… »
Rika semblait écouter sa mère sans protester… mais ses yeux ne reflétaient aucune émotion. Elle ne semblait pas blessée, ou en colère… Elle était juste… impassible.
Momoka inspira profondément pendant un moment. Elle était en train de se laisser envahir par la panique, et elle savait que dans ces moments-là, ses émotions finissaient par avoir le meilleur d'elle-même, et leur échange se terminait alors par une gifle.
Après avoir prit une grande inspiration, elle s'agenouilla en face de Rika, et enveloppa l'enfant dans ses bras. Elle l'enlaça avec force, pressant sa joue contre le haut de sa tête et serrant son petit corps contre sa poitrine. Puis, tout doucement, elle recula légèrement, et prit Rika par les épaules, la regardant droit dans les yeux.
« Rika… je t'aime. Tu es ma fille, et je t'aime plus que tout au monde. Je m'excuse pour ce que j'ai dit tout à l'heure… je n'aurai jamais dû. Mais… j-je n'arrive juste pas à… à te comprendre. Et… et j'essaie… j'essaie vraiment. Je veux te comprendre, mais… Je sais… je sais que je te demande beaucoup, mais… je veux juste… que tu essais de me parler… d'accord ? »
Momoka fixa Rika dans les yeux. Elle essayait d'être le plus honnête possible et de communiquer du mieux qu'elle pouvait ses sentiments, comme le lui avait conseillé Kaieda. À chaque mot qui sortait de sa bouche, elle senti sa gorge se nouer et ses yeux lui piquer… mais elle fit de son mieux pour retenir ses larmes.
Pendant une fraction de seconde… Momoka vit quelque chose traverser le visage de Rika. Quelque chose de fugace et de presque invisible, mais qui était bien réel.
Une émotion ; une véritable émotion — pas une qui était feinte ou qui était fausse. Une émotion de douleur. Et pendant cet instant, Momoka sut que ses sentiments avaient touché le cœur de Rika.
Mais cela ne dura pas. Immédiatement après, son expression se referma complètement, et ses yeux devinrent aussi noir que du pétrole.
« Lâche-moi. »
Sa voix était froide, implacable et pleine de ressentiment. Elle était plus profonde que la voix habituelle de Rika ; plus mature. Une voix qui ne ressemblait pas à celle de Rika. Momoka ressentit alors son sang se geler.
Celle en face d'elle n'était plus sa fille Rika.
C'était… cette autre personne que Momoka ne connaissait pas, qui avait l'expression qu'elle détestait le plus.
« Rika—
— Lâche-moi ! »
La petite fille se dégagea brutalement de la poigne de Momoka. Elle fit quelques pas en arrière, s'éloignant… puis elle releva la tête et ancra ses yeux dans ceux de sa mère.
« Tu… es déjà morte. »
Ses mots avaient été à peine audible, mais Momoka les entendit parfaitement malgré tout. Puis sans rien dire de plus, Rika se retourna et se mit à courir dans le couloir, avant de disparaître à l'angle. Momoka aurait probablement essayé de la rattraper en temps normal… mais elle se sentit tellement effrayée par le ton et les mots violents qu'avaient employés Rika qu'elle ne le pu pas. Elle ne fut même pas capable de bouger.
Elle resta juste là, agenouillée au milieu du couloir… avant que ses yeux ne se remplissent de larmes et qu'elle fonde en sanglot.
Les poupées en papier blancs accrochés à l'envers, ceux que Rika avait passé tant de temps à confectionner, voletaient librement, indifférent à leur famille qui se briser en morceaux sous leurs yeux.
Elle avait espéré que dès que le conflit du barrage fut enfin derrière eux, se terminant par leur victoire dont Oryou était nulle doute l'auteure mais à laquelle Momoka ne voulait rien savoir des détails, les choses se calmerait — redeviendrait enfin normal.
Ce ne fut pas le cas. Pendant un temps elle aurait presque pu y croire, mais quelque chose d'encore plus pire arriva ensuite. Durant l'été de la 54ème année de Shouwa, tout bascula de manière sanglante, et les rumeurs sur la « malédiction » commencèrent à se propager. Les tensions dans le village montèrent, d'une façon différente qu'elles l'étaient durant le conflit, et même en se donnant tout le mal du monde pour tenter de protéger sa fille de la violence ambiante, Momoka ne pouvait pas l'épargner de tout. Pas quand tous les habitants étaient concernés ; pas quand Rika, en tant que réincarnation de leur dieu, était au cœur même de cette violence. Certaines personnes âgées se mettaient à trembler de peur en apercevant Rika et redoublèrent leurs prières, d'autres la remercier ouvertement de s'être débarrassée de leurs ennemis et de protéger leur village. Momoka se mise en colère contre chacun d'entre eux, ce qui dégrada quelque peu sa réputation au sein du village mais ne fit pas grand-chose pour changer la situation.
Rika, quant à elle, semblait rester fidèle à elle-même. Le meurtre ne semblait même la toucher ; comme si cela avait été un évènement normal à ses yeux, comme si elle s'y attendait. Il y eut cette brève période où elle se comportement étrangement, quand ce jeune policier sous couverture était venu enquêter sur le village — Momoka l'avait observée de loin devenir étrangement attachée à lui durant ces trois jours, et quelque chose en elle n'avait pas aimé ça du tout. Mais le jeune homme était réparti et n'était jamais revenu, alors Rika avait reprit sa routine et son attitude habituelle. La seule chose qui semblait la préoccuper était la façon toujours aussi odieuse qu'avait les villageois de traiter la famille Houjou — l'hostilité à leur encontre n'avait presque pas changer depuis le conflit. Momoka et son mari avait tenté de parler à Oryou à ce propos, mais la vieille femme ne voulait rien entendre, donc peu importe à quel point elle se sentait mal pour la famille rien de plus ne pouvait être fait.
Et puis, finalement, il y avait les gens de cette clinique qui commencèrent à rôder autour de sa fille. L'infirmière aux cheveux blonds et aux yeux d'ambres, aussi belle qu'effrayante, mettait Momoka particulièrement mal à l'aise ; dès qu'elle s'approchait de Rika pour lui parler d'une voix cajolante, lui tripoter les cheveux ou lui caresser la joue, Momoka n'avait qu'une seule envie et c'était de prendre son enfant sous le bras et s'enfuir avec elle.
Peut-être aurait-elle du faire ça. Peut-être cela aurait-il éviter la façon dont les choses empirèrent l'année suivante.
Le couple Houjou décéda à leur tour, Satoko se retrouva hospitalisée, et la femme blonde au sourire glaçant revint les trouver avec à ses côtés le jeune docteur de la clinique. Momoka ne crut à aucune des paroles proférer — un syndrome ? Des parasites ? Une reine ? Qu'elles sornettes étaient-ce là ?! — et elle ne voulait en aucun cas que ces individus touche à un seul cheveu de sa fille. Mais Rika elle-même insista ; elle voulait sauver Satoko, plus que tout au monde — et comme d'habitude son père la soutint, donc Momoka ne put que ronger son frein en silence alors qu'elle regardait sa fille se faire amener dans une salle blanche de la clinique, loin d'elle. Jamais n'eut-elle eut l'impression d'avoir laisser sa fille aller à l'abattoir que ce jour-là.
Cette farce dura plusieurs mois ainsi. Satoko et Satoshi se firent pris en charge par leurs horribles oncle et tante qui avaient déjà mauvaise réputation, et les rumeurs à leurs sujets ne fit que s'aggraver. Mais Oryou persistait à ne pas piper mot quant aux traitement des Houjou, alors le reste du village la suivit, baissant la tête et prétendant que rien ne se passait, et Momoka en fit de même. Elle aurait était chercher la lune pour sa fille, mais elle ne se sentait pas de faire de même pour les enfants d'un autre.
Jusqu'à ce que Rika tombe malade. C'était un soir d'été, et elle s'écroula d'un seul coup de tout son poids alors qu'elle rentrait de l'école ; un villageois la ramena en la portant sur le dos. Momoka passa des heures à son chevet, épongeant son front brûlant d'une serviette, et au fur et à mesure que la température de Rika s'amplifiait, sa colère en fit de même. Elle était sûre que cette fièvre était liée à ce que ces scientifiques expérimentaient, et il n'était plus question qu'elle les laisse jouer avec la santé de son enfant ainsi. Elle irait leur crier après et leur dire leurs quatre vérité le lendemain, surtout à la dame blonde ; elle se le jura intérieurement, même si cela devait en venir aux mains. On ne touchait pas à sa famille impunément. Alors qu'elle s'apprêtait à sortir de la chambre, une petite main ronde et molle attrapa sa manche.
« Hanyuu… ? »
La petite de voix de Rika murmura un nom inconnu alors que ses yeux vitreux tentait de reconnaître la silhouette en face d'elle. Hanyuu. Momoka connaissait ce nom. Si elle se souvenait bien… Oui, c'était le nom que Rika lui avait dit appartenir à son amie imaginaire, quand elle était toute petite. Maintenant qu'elle avait presque dix ans, Rika avait cessé de parler de cette amie ; mais une petite part de Momoka avait le sentiment qu' « elle » existait toujours, même si elle ne pouvait l'expliquer.
Tout comme Oyashiro, tout comme les villageois, tout comme le village lui-même ; « elle » faisait partie de ceux qui lui avait volé sa fille.
Celle qu'elle appelait au lieu de sa propre mère lorsqu'elle allait mal.
Elle était envieuse d'une entité qui n'existait même pas ; à quelle point cela pouvait être pitoyable ?
« Rika ? Comment te sens-tu… ? »
Momoka repoussa ses sentiments de rancœur et se concentra à la place sur sa fille malade. Elle lui caressa gentiment le visage, repoussant ses longues mèches de cheveux bleues qui lui collaient au visage. Rika toussa légèrement.
« Ma… man… ? »
Au son de sa voix, quelque chose de chaud et doux fleuri dans sa poitrine, et Momoka sourit instinctivement ; toute la colère et frustration et jalousie qu'elle avait éprouvée il y juste peu s'évaporèrent en un instant. Peut-être même sourit-elle d'une façon plus sincère qu'elle ne l'avait fait depuis des années.
« Oui. C'est moi. Repose-toi, mon ange…
— Maman… »
Rika ouvrit la bouche ; ses lèvres étaient sèches et écorchées, sa gorge enrouée et sa respiration laborieuse. Juste parler devait lui demander énormément d'effort. Et, d'un coup, les yeux violets de Rika se noyèrent, et de fines larmes y naquirent, glissant lourdement sur ses joues rondes et rouges.
« Je… »
Une main tremblante dessina le contour du visage de Momoka d'un doigt potelé.
« …suis désolée… »
Momoka ne savait pas de quoi Rika s'excusait. Elle ne savait pas si elle s'adressait vraiment à elle.
Mais des larmes remplir ses propres yeux malgré tout, et elle se pencha vers l'enfant pour la prendre dans ses bras, la serrant fort contre elle.
En cet instant, elle en était sûre ; celle dans ses bras n'était qu'une enfant ordinaire, qui avait peur, qui avait mal, et qui, dans un bref moment de vulnérabilité, avait demandé le soutient et l'amour de sa mère, et Momoka avait toute l'intention de le lui donner inconditionnellement.
L'« autre » Rika n'était pas importante ; Oyashiro et Hinamizawa et la malédiction n'étaient pas importants — Rika était Rika, et elle était sa fille. Au final, c'était vraiment aussi simple que cela.
Elle eut l'impression, pendant un vague instant, qu'une pair d'yeux les observait de loin, mais peut-être n'était-ce que son imagination.
C'était un autre de ces rêves étranges.
La jeune femme à l'apparence singulière, aux cheveux lavande et aux cornes sur la tête, était toujours la même. Et dans ses bras, reposé aussi le bébé identique — mais cette fois il y avait un changement. Si elle concentrait suffisamment, elle pouvait réussir à distinguer plus clairement l'apparence de l'enfant — et c'était un enfant qu'elle reconnaîtrait n'importe où.
Sa petite fille, qu'elle avait mise au monde, qu'elle avait porté en son sein pendant des mois. C'était la même ; le même portrait craché, la même bouille ronde, les mêmes grands yeux violets.
Le bébé qu'elle avait perdue — qu'Hinamizawa, qu'Oyashiro lui avait arraché.
Et elle était là, dans les bras de cette femme qu'elle ne connaissait pas, qui murmurait cette berceuse aussi douce que sinistre.
Elle pensait qu'elle connaissait cette voix. Elle pensait qu'elle connaissant cette berceuse ; qu'elle avait dû l'entendre, il y a très longtemps, quand elle n'était elle-même qu'une simple enfant.
Était-ce vraiment Oyashiro qui lui avait arraché sa fille, ou bien était-ce elle-même qui l'avait abandonnée ?
Douleur. Il n'y avait que la douleur qu'elle pouvait ressentir.
Elle traversait ses veines comme du feu, lui brûlait la poitrine, et elle crierai à plein poumon si elle le pouvait, mais même cela lui était interdit.
Tout s'était passé tellement vite, elle n'avait même pas eut le temps de comprendre. Elle n'avait pas eut le temps de réaliser à quel point le regard d'ambre de la femme en face d'elle était sombre et rempli de malice ; une part d'ombre aussi noir que du pétrole, un piège qui ne la laisserait jamais s'échapper.
Elle allait mourir. Elle le savait. La douleur noyait tout ses sens, alors même qu'elle pouvait voir son propre sang d'un rouge pur couler et couler sans cesse ; et elle ne pouvait pas crier, mais les larmes qui ruisselaient sur son visage le faisaient à la place.
Dans le délire que lui procurait sa peine infinie, des visions semblaient filtrer ses pensées.
Elle pensa à sa mère, à sa grand-mère, à son époux. À Oryou, à Akane, à tout ce qu'elle avait connu au village ; Hinamizawa, sa cage, son piège, sa tombe. Enfermée au travers de ses murs invisibles érigés par Oyashiro à tout jamais.
Il y avait un bébé serré contre sa poitrine ; le sien, celle qu'elle venait tout juste de mettre au monde. Il était tout rond et tout petit, avec de grands yeux améthyste tout pétillant — sa fleur de poirier, sa Rika. Elle aurait souhaité que sa mère et sa grand-mère soit là pour cette naissance, mais cela n'était plus qu'un vain souhait.
Rika lui souriait ce jour-là ; il n'y avait qu'elle de refléter dans ces yeux, et un sourire sincère, étincelant, éclairant son visage.
Elle ne savait pas quand elle avait perdu ce sourire. Elle avait toujours préféré se dire que cela avait été l'« autre » Rika qui le lui avait volé, l'« autre » Rika façonnée par ce village, par son dieu sordide, par sa malédiction. L'« autre » Rika à l'expression toujours si indifférente, ennuyée, aux faits et gestes contrefaits, faussés ; celle qu'elle ne connaissait pas.
Mais une part d'elle avait toujours su que ce n'était qu'un mensonge qu'elle se racontait ; elle avait perdu ce sourire par elle-même, elle l'avait abandonné le moment même où elle avait cessé de le comprendre.
La femme engorgée de son sang se pencha au-dessus d'elle ; ses longs cheveux d'or glissant de ses épaules, son sourire irréel.
« Ne vous inquiétez pas, dit-elle. Je prendrai bien soin de votre fille. »
Elle ne l'entendit presque pas. Les larmes redoublèrent sur son visage, outre la douleur — elle ne voulait pas mourir. Elle voulait rentrer chez elle, elle voulait voir Rika, elle voulait la prendre dans ses bras, elle voulait tout recommencer de zéro, tenter encore, et encore, et encore, de la comprendre, d'être là pour elle, de la protéger.
Elle voulait s'excuser de ne pas avoir été une bonne mère. Elle voulait promettre d'en devenir une meilleure.
Elle voulait demander pardon.
Mais elle ne pu rien faire, alors qu'elle senti la douleur s'estomper.
En face d'elle, elle vit une jeune femme à l'apparence singulière se tenir debout. De longs cheveux lavande enroulait tout son corps, des cornes ornaient sa tête. Des yeux violets, comme les siens, comme ceux de sa fille, chatoyaient de larmes. Elle n'avait plus de bébé dans les bras.
Elle savait qui elle était. Celle qui lui avait volé son enfant. Celle à qui elle avait délaissé sa fille.
Les lèvres de la déesse s'ouvrèrent pour s'excuser, mais Momoka la devança — après tout, elle était celle qui allait abandonner Rika pour de bon dans ses bras.
Alors du bout de ses dernières forces, en dépit du gag qui était coincé les mots dans sa gorge, elle lui murmura qu'elle était désolée.
À elle, et à l'enfant parfaite et imparfaite qu'elle n'aurait jamais la chance de voir grandir.
