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Chapitre 3/3 : Mémoire partagée.

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Sam Wilson avait rejoint l'Armée de l'Air Américaine, en obtenant son brevet de secouriste en parachutisme, dans les années 2000. Après le 11 Septembre 2001, il se mit à lutter activement contre le terrorisme, en faisant notamment quelques tours en Afghanistan. Toujours accompagné de son bras droit, et accessoirement meilleur ami, Riley.

Malheureusement, quelques années plus tard, lors d'une mission à Bakhmala, pour capturer Khalid Khandil, un avion ennemi attaqua celui de l'Armée de l'Air Américaine. Sam Wilson pilotait déjà le célèbre 'EXO-7 Falcon' qui lui permettait, entre autres, de voler dans les airs avec plus de flexibilité qu'en avion. Lors de l'embuscade, une grenade propulsée par fusée heurta l'équipement de Sam, qui resta alors bloqué dans l'appareil volant. Riley ne put survivre à l'offensive, et Sam regarda avec tristesse, découragement et horreur son ami se faire aspirer par la gravité Terrestre. Sombrant et mourant, quelques kilomètres plus bas.

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Sam ne s'en remit jamais vraiment.

Après ce tragique incident, il quitta l'Armée de l'Air et décida de rester sur terre, à Washington, et de créer un groupe de paroles et de soutien, avec l'aide du Ministère des Anciens Combattants, pour les Vétérans souffrants de Troubles de Stress Post-Traumatiques. Ce fut d'ailleurs à ce moment-là, qu'il rencontra Steve Rogers.

Lorsque Sam arriva à cette partie-ci de son histoire, Bucky n'écoutait que d'une oreille, ne comprenant toujours pas le rapport entre son passé et celui de la Sorcière Ioana.

- J'y viens ! s'exclama Sam, un peu sur la défensive. Donc, lorsque je travaillais dans mon groupe de soutien, je rencontrais des anciens Soldats. Mais pas seulement. Un jour, une des épouses d'un des membres est venue me voir. Je m'en souviens comme si c'était hier, elle avait la peau pâle et un châle transparent qui couvrait son mince corps. Elle semblait apeurée et perdue. Elle m'a demandé comment se passaient les séances pour son mari, un certain Johnny. C'était un ancien Colonel qui avait, malheureusement, perdu sa jambe. Il a obtenu la Purple Heart et avec l'assurance de la médaille, il a pu avoir une prothèse. Mais Johnny avait un tel niveau de TSPT que, moi-même, je devais émettre la possibilité de l'envoyer dans un Centre Spécialisé. Sa femme, Charlotte, fut d'accord avec moi. Mais, je sentais que quelque chose clochait. Quelque chose n'allait pas chez elle. Je n'ai pas creusé. J'aurai dû...

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Il se tut quelques secondes, et reprit :

- Des mois plus tard, elle revint me voir au centre. La réunion venait de se terminer et je commençais simplement à ranger les gâteaux et les biscuits restants dans des boîtes, lorsque j'ai entendu la porte grincer derrière moi. C'était Charlotte. Elle portait un immense chapeau noir, des lunettes de soleil, en plein hiver, et une longue veste de laine, surmontée d'un foulard. Elle m'a juste dit que son mari, Johnny, ne resterait pas à l'Institut Spécialisé, car il était revenu à son domicile. Et qu'elle n'était pas d'accord avec cette décision. Lorsque je lui ai demandé 'Pourquoi ?', elle a juste enlevé son chapeau, ses lunettes, son foulard et sa veste... Son visage était... Couvert de bleus. Et boursouflé. Ses bras couverts de marques, tantôt bleues, tantôt noires, et autour de son cou, qu'elle cachait avec le foulard, je voyais distinctement une trace nette, et rouge, de doigts...

Le cœur de Bucky rata un battement. Il se tenait toujours debout, au milieu de la chambre vide d'Ioana, avec son carnet rouge en main, entre ses doigts métalliques. Face à son regard interrogateur, Sam reprit :

- Nous essayons toujours d'aider et de relever les Soldats. Pour les horreurs qu'ils ont vues. Seulement, certaines horreurs sont si ancrées dans leurs troubles et dans leurs hallucinations, qu'ils en viennent à littéralement détruire leurs proches... Charlotte était déjà une femme battue. Mais la guerre avait ravivé la rage de son mari. Ce soir-là, après la réunion, nous nous sommes assis l'un en face de l'autre dans la salle vide et elle m'a tout dit : comment et quand tout avait commencé. Comment elle cachait et justifiait les marques auprès de sa famille et de ses amis. Et pourquoi elle n'avait jamais rien dit.

Bucky, sidéré, ne réagit pas. Sam attrapa lentement le petit calepin cramoisi qu'il tenait en main et dit, tout simplement :

- Charlotte aussi avait un carnet. Il était vert. 'La couleur de l'espoir', elle disait. Chaque jour, elle écrivait le nombre de coups que son mari lui donnait. Quand. Comment. Si elle devait se rendre à l'hôpital. Les mensonges qu'elle utilisait, pour ne pas utiliser toujours les mêmes. Des notes pour elle.

Bucky arrêta de respirer. Il murmura dans une supplique :

- Non...

Sam secoua la tête, et ouvrit le livre rouge à une page au hasard, en reprenant :

- Désolé, Buck', mais... Regarde '1 fois'. '3 fois'. Et pourquoi il y a toujours '0 fois' devant chaque 'mission' ? Mon avis, c'est que, lorsque Ioana part en mission, Alexander n'a pas l'occasion de lever la main sur elle.

L'angoisse laissa place à la colère, dans l'esprit déjà bien tourmenté de Bucky. Qui jeta un regard noir à son ami, tout en lâchant, en serrant les dents :

- Ferme-la, Sam...

Le Sam en question ne s'en offusqua pas. Il referma le carnet, et termina malgré tout :

- Buck', tu ne peux pas être aussi aveugle ! La salle de bains remplie de kit de premier secours ET de maquillage... Et maintenant, ça.

Il montra le carnet des yeux.

- Tu la connais mieux que moi, Buck'. Je ne sais pas où vous en êtes tous les deux dans votre relation, mais... Est-ce que par hasard, tu as déjà eu l'occasion de douter de quelque chose ? De te poser des questions sur quelque chose ?

Le souvenir le plus récent qui revint dans la mémoire compromise de Bucky, fut cette nuit-là, chez la famille Wilson. Oui, il avait vu des marques sur le corps d'Ioana. Mais c'était après une mission.

C'est normal après une mission, non ?

Face à son voile de tristesse qui traversa les yeux bleu acier de Bucky, Sam comprit qu'il venait lui-même de comprendre.

- Tu as ta réponse, Bucky. Je suis juste désolé que ce ne soit pas celle que l'on souhaitait...

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Ioana pouvait presque sentir, presque palper, la drogue qui coulait dans ses veines. Les tourbillons étoilés qui remplissaient sa tête, tournant, tournant, tournant encore sans s'arrêter. Cette espèce d'état cotonneux dans lequel elle se trouvait. Un état de semi-conscience.

Elle était présente.

Mais pas présente.

Le 'bip' des machines. Les voix des scientifiques.

Son instinct de survie se mit violemment en place.

Elle murmura, ou elle essaya de murmurer, tout du moins :

- Awendaþ eft wansæliga...

Alexander Pierce avait les yeux fixés sur elle, et les oreilles aux aguets. Il voulait être présent du début jusqu'à la fin, pour sa petite opération scientifique secrète.

Lorsque le Docteur, seringue à la main, entendit le chuchotement de la jeune fille, il se tourna vers le patron, en questionnant, intrigué :

- Elle parle à nouveau Roumain ?

Un éclair de rage traversa les iris sombres de Pierce, qui se rapprocha du visage d'Ioana, tout en répondant, avec colère :

- Non... Elle essaye de jeter un sort !

Ioana avait énormément de mal à garder les yeux ouverts. Elle clignait très vite des paupières, tout en continuant de souffler :

- ...wansæliga neat...

Inquiet et irrité, Alexander tendit sa main droite vers Ioana. Il posa sa paume calleuse sur les fines lèvres sèches de la Sorcière. Pierce appuya de toutes ses forces sur son visage, bloquant ainsi toutes paroles, tous sorts, provenant de la jeune fille.

Cette dernière chercha frénétiquement de l'air, par son nez, pour respirer. Alexander le comprit, et bougea légèrement sa main pour englober la totalité de ses narines et de sa bouche.

Il ne fallut que quelques secondes pour que le corps d'Ioana soit prit de violents spasmes, suffoquant, étouffant pour respirer.

Elle tira sur les lanières de cuir qui maintenaient ses poignets et ses chevilles sur la table en acier inoxydable. Pendant qu'elle se tortillait comme un poisson hors de l'eau, Alexander jeta un regard noir vers le médecin, en face de lui :

- Injectez-lui 10cc de plus.

Le scientifique acquiesça et piqua une seringue dans le haut d'un flacon de verre. Il avança ses yeux plus près encore de la graduation pour chercher spécifiquement les 10cc, et il tira sur le piston pour remplir le cylindre de plastique.

Ioana ferma définitivement les paupières. Quelques larmes coulèrent le long de ses tempes, pour tomber lamentablement sur le froid de la table d'opération.

Le médicament Hypnotique remplit son office en quelques secondes, et Ioana sombra dans un sommeil cauchemardesque. Alexander enleva son énorme main de son fin visage, et il jeta un coup d'œil complice vers le Docteur.

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Bucky courut, énervé, vers l'ascenseur. Il appuya une vingtaine de fois sur le bouton d'appel. Sam, à ses côtés, ne dit rien. Comprenant parfaitement l'état d'esprit de son ami. Les portes de métal s'ouvrirent avec un 'ding' retentissant, et ils grimpèrent à l'intérieur du cube.

Derechef, Bucky appuya une vingtaine de fois sur le bouton du chiffre '19', l'étage du bureau d'Alexander Pierce.

Durant toute la montée, Bucky rongea son frein. Il luttait intérieurement pour ne pas hurler ou détruire les parois de l'ascenseur de son bras métallique. Au bout de quelques longues secondes de silence pesant, Bucky demanda :

- Qu'est-il arrivé à Charlotte ?

Sam inspira, avant d'avouer :

- Eh bien... Comprenant la gravité de la situation, elle a décidé de traîner son mari Johnny en justice, devant la Court Martial, avec son carnet comme preuve des violences perpétrées par le Soldat. Malheureusement... Johnny était un Colonel exemplaire et il a obtenu la Purple Heart. Pratiquement intouchable via la justice militaire, et impossible avec celle des civils. Charlotte a perdu le procès... Le soir du jugement de l'audience, elle est rentrée chez elle, et s'est tiré une balle dans la tête.

Bucky tressaillit. Sam lui jeta un regard compatissant :

- Buck', tu sais très bien que cela n'arrivera pas à Ioana.

Sans desserrer les dents, l'homme rétorqua :

- Non, ça n'arrivera pas à Ioana. Car, je vais trouver Pierce, et le tuer.

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Un autre 'dig' et les portes s'ouvrirent à nouveau. Bucky sortit le premier, pour se diriger à pas rapides, très rapides, vers la porte anthracite. Sans même frapper, il tourna la poignée de fer gris et entra en trombe dans l'immense salle.

L'intérieur de ladite salle transpirait la richesse et le pouvoir. D'un Design parfait, tout le mobilier semblait futuriste, d'un blanc pur mélangé à une couleur argentée. Transparent ou en verre, les meubles contemporains dominaient la salle d'un air hautain. Un énorme canapé de velours noir trônait fièrement sur la droite, en face d'une table minimaliste. Le bureau gigantesque était dos à la baie vitrée, qui couvrait tout le mur du fond, avec une splendide vue sur la ville de Washington. Pas étonnant que Pierce aimait très souvent se poster, face à la fenêtre, un verre de Whisky premier prix à la main, observant l'effervescence de la Cité comme un Dieu observerait ses petites fourmis à l'œuvre.

Bucky ne prêta pas attention à ce décor méprisant, il chercha plutôt son propriétaire dans la salle. Mais la salle était vide.

Déserte.

Pierce n'était pas là.

Bucky rongea de nouveau son frein en commença à fouiller un peu partout, sans gêne aucune et sans faire attention à rien. Il tira les tiroirs du bureau de verre les uns après les autres, tout en virant et jetant leurs contenus sur le sol.

- Buck'... rouspéta Sam en se tenant debout à côté de lui.

- Pas maintenant.

Il y avait des tonnes de dossiers inintéressants, concernant les coupes budgétaires, les projets sociaux à mettre en place pour la presse, les entretiens avec les actionnaires et d'autres choses plus ennuyantes encore, que Bucky jeta sans vergogne derrière lui.

Dans le dernier tiroir, il trouva sous une couche de classeurs souples, un simple livre. Usé jusqu'à la côte, corné de toutes parts, rempli de notes personnelles et de surligneurs de différentes couleurs. Bucky se releva pour correctement lire le titre :

'The Manchurian Candidate'

Il esquissa une mine dégoûtée en montrant l'ouvrage à Sam :

- Ce mec est un grand malade. Regarde ça, il a pris des notes sur ce livre...

- Parce que tu donnais ce livre ? questionna Sam, perplexe.

Bucky lui jeta un regard noir :

- Tony Stark aimait donner des surnoms aux gens. Le mien était 'The Manchurian Candidate'. Alors, j'ai lu le bouquin.

- Tu sais qu'il y a aussi les films...

Derechef, Bucky lui lança un regard colérique. Sam sourit, mais se tut. Il attrapa le roman et ouvrit les pages cornées et remplies d'écriture.

- Wow, en effet, il a pris des notes sur tout ce qui touche au 'brainwashing'. Taré...

Toujours avec rage, Bucky releva les yeux pour fouiller la pièce du regard. Il découvrit un enfoncement dans le mur gris, sur sa droite, et se dirigea vers la paroi. Il tâta au hasard sur les lignes de métal, jusqu'à trouver l'endroit qui permettait de pousser la porte secrète.

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La salle secrète était immense. Elle faisait, à s'y méprendre, la moitié de la superficie du bureau d'Alexander. L'intérieur était équipé et rempli de technologies 'Hight-Tech', avec les compliments de Mr Stark. Huit écrans tapissaient le mur du fond, en dessous desquels quatre claviers différents posaient fièrement sur un bureau métallique, avec une chaise sophistiquée et ultra confortable.

À cause de la chaleur émise par tous les ordinateurs, et le manque évident de fenêtre dans la salle, une aération très puissante aspirait l'air chaud pour recracher de l'air froid, par le plafond anthracite. Sidéré devant cette scène, Bucky avança à pas lents jusqu'aux écrans. Ils diffusaient, en direct, depuis des caméras de surveillances camouflées dans huit pièces différentes. Lorsque Sam entra dans la chambre forte pour jeter un coup d'œil aux images, il reconnut lui aussi sans mal les endroits espionnés avec minutie par Pierce.

Et cela lui provoqua un haut-le-cœur incontrôlable.

- La cuisine commune.

- La salle de pause.

- La hangar du bâtiment fédéral.

- Les couloirs du 19e et 8e étage.

- Les salles d'interrogations.

- Le laboratoire.

- La chambre de Bucky. (Sans la salle de bains)

- La chambre d'Ioana. (Sans la salle de bains)

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Bucky promena ses yeux, toujours sous le choc, sur les écrans, uns par uns, puis tira la chaise pour fouiller dans les tiroirs scellés du bureau. Bien qu'il ne possédait pas les clefs, cela ne l'empêcha pas de détruire les verrous avec sa force mécanique de son bras gauche.

Les tiroirs étaient, tous, absolument tous, remplis de disques, cassettes, CDs et disquettes. Tous les systèmes d'enregistrements, du plus ancien au plus récent, se trouvaient à l'intérieur.

Bucky en attrapa quelques-uns au hasard, et se mit à lire les titres et dates, griffonnées dessus au marqueur noir.

Son cœur rata un battement.

- Sam... ?

Tout en prenant les enregistrements, les deux noms leur sautèrent aux yeux :

'Sergent James Buchanan Barnes – Le Soldat de l'Hiver'

Et

'Ioana Stan – La Sorcière de l'Hiver'

En sous-titre, et simple résumé, Sam lut quelques :

'1996 – Russie'

'1963 – Kennedy'

'2017 – Avengers'

Et plein d'autres.

Toutes leurs missions étaient enregistrées et précieusement gardées.

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Dans le dernier tiroir du bas, Bucky attrapa d'autres disques, plus étranges encore. Les titres semblaient beaucoup plus mystérieux :

'I. parle Roumain'

'I. dans mon bureau'

'B. chez moi'

'I. au hangar'

'B. au labo'

Bucky tiqua et garda le dernier CD en main pour l'insérer dans l'unité centrale géante, incrustée dans le mur de droite. Les huit écrans grésillèrent en même temps, leurs surveillances en direct s'arrêtèrent de concert, pour lire la vidéo.

Sur laquelle, d'un seul et même point de vue, ils pouvaient clairement apercevoir Bucky en tant que Soldat de l'Hiver, torse-nu, assis sur une chaise scientifique, dans le Bunker secret de l'HYDRA. Alexander Pierce, avait, apparemment, 7 années de moins. Bucky était visiblement en proie à une violente vague de souvenirs. Après sa dernière mission du jour, il commençait à se rappeler de son ami Steve Rogers. Il demanda certaines informations à Pierce, mais ce dernier, énervé, se dirigea simplement vers le Soldat pour violemment le gifler du dos de sa main, en hurlant, lui donnant l'ordre d'oublier tout ça. Puis, il commanda aux scientifiques de procéder à l'opération.

Ils sanglèrent Bucky sur la chaise, deux énormes mains mécaniques englobèrent son crâne pour effacer sa mémoire avec violence et douleur.

Bucky hurla.

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Le Bucky du présent sursauta, et arrêta la vidéo avec rapidité.

Sam, sous le choc, bégaya simplement :

- C'est... C'est ça que tu voulais me dire ? Que tu voulais dire... Nous dire à Ioana et moi ? Mon Dieu, Pierce est un Agent double depuis le début...

Pour toute réponse, Bucky sortit le CD du lecteur, pour y insérer le suivant, intitulé :

'I. dans mon bureau'.

Le cœur du pauvre homme battant déjà la chamade.

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Le point de vue de la caméra se situait dans un coin du plafond, du fameux bureau de Pierce. La vidéo devait seulement dater de quelques mois à peine. Ioana toqua et entra dans la salle avec des dossiers en main. Le son était plutôt mauvais, mais les deux hommes pouvaient nettement apercevoir Alexander sur la vidéo, se diriger vers la Sorcière. Il lui posa une question, à laquelle elle répondit. Mais, n'aimant apparemment pas la réponse, Pierce gifla Ioana comme il avait giflé Bucky sur la vidéo précédente.

Le Bucky du présent sursauta. Son cœur rata un battement. Ses yeux, horrifiés, ne purent détacher leurs regards de la scène : Ioana se cogna au mur, et Alexander en profita pour lui asséner un autre coup, dans les côtes. Sa respiration coupée, Ioana se plia en deux de douleur et tomba sur le sol. L'homme ne se démonta pas pour autant, en terminant son agression par un coup de pied.

Trois fois.

Bucky ne bougea plus.

Ce fut Sam qui courut vers l'unité centrale pour arrêter la vidéo et retirer le CD.

Bucky fixa les huit écrans désormais noirs, avec haine et tristesse.

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- Je vais le tuer ! cria Bucky, avec rage.

- OK, Buck', ce mec est un psychopathe, je l'avoue. Et un foutu pervers. Mais, ne fait rien d'illégale ! Tu viens tout juste d'obtenir la Grâce Présidentielle et de terminer ta liste d'amendes honorables...

- Je vais lui coller une balle entre les deux yeux !

Sam souffla d'exaspération :

- Est-ce que tu peux au moins essayer de tirer pour blesser ?

- Une balle entre les deux yeux est une blessure.

Sam abandonna et se mit à ranger les CDs. Pendant ce temps, les écrans reprirent lentement leurs surveillances vidéos en direct. Captain America souffla un coup, avant d'entamer :

- Je vais appeler Sharon Carter, on va essayer de parler à l'Agent Everett Ross, qui travaille à la CIA et au Gouvernement U.S, pour envoyer Pierce en prison. Cette salle de torture est une preuve suffisante. Sans parler d'Ioana, son témoignage et son carnet peuvent nous être utiles.

Bucky acquiesça d'un simple signe de tête, pendant que Sam attrapait déjà son téléphone portable, qu'il déverrouilla en quelques secondes, pour composer le numéro de son amie. Sharon décrocha à la troisième sonnerie et Sam lui expliqua toute l'histoire le plus simplement et rapidement possible. Pendant ce temps, Bucky, rongeant toujours son frein, parcourut les écrans du regard. La plupart étaient vides et affichaient une image en boucle.

Sauf 'Le Laboratoire'. La diffusion sautait par moments, mais Bucky crut reconnaître le Bunker secret de l'HYDRA. Et, autre chose...

- SAM ! hurla derechef Bucky.

Sam raccrocha et se posta à la droite de Bucky :

- Quoi ?

Le Soldat lui montra l'écran du doigt, tout en bas à gauche, ils pouvaient aisément lire : 'Le Laboratoire'. Bien que l'image était de mauvaise qualité, les deux hommes reconnurent sans mal Ioana. En robe de pyjama, et sanglée sur une table de métal. Sous le choc, Sam demanda néanmoins :

- Tu sais où se trouve ce labo ?

Sans desserrer les dents, et avec un éclair de rage dans son regard bleu acier, Bucky répondit :

- Ouais... Allons-y.

Ils quittèrent la pièce de surveillance en quelques secondes à peine.

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Peggy Carter n'était nulle autre que la grande-tante de Sharon Carter. La jeune femme avait rejoint le S.H.I.E.L.D dès son plus jeune âge, comme sa famille avant elle. Lorsque l'organisation sombra en même temps que celle de l'HYDRA, Sharon avait joint la CIA, aux côtés de l'Agent Everett Ross, travaillant tous deux pour et avec le Gouvernement U.S.

Lorsque Sharon reçu le coup de fil de son ami Sam, en pleine nuit pour elle, elle se trouvait en mission spéciale à Madripoor. Cependant, dès qu'elle comprit l'enjeu de la situation, elle appela à son tour, et dans la minute, L'Agent Ross, tout en sautant dans le premier avion en direction de Washington.

L'HYDRA avait beau être officiellement détruit, les membres restants étaient encore actifs. Sharon fut terriblement désolée de savoir que le grand patron des forces fédérales se trouvait être un agent double au service de l'ennemi.

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La fièvre délirante faisait transpirer Ioana, dont le visage perlait de gouttes salées, qui se mélangeaient à ses larmes chaudes. Le liquide turquoise cheminait lentement de la perfusion en plastique, jusqu'à ses veines. Elle murmurait faiblement quelques sorts, tels que :

'Flíeh on nu moras...'

Ou

'Ablinn ðu forlæte ðu nu...'

Mais ceux-ci n'avaient aucun effet. La drogue prenait le dessus de façon violente. Sa vision se troublait. Elle ne voyait qu'une forme floue, devant elle, entièrement blanche. Probablement le Docteur. Accompagné d'une autre forme, sombre cette fois-ci, en la personne de Pierce, qui semblait tenir un étrange carnet à la main. Ils parlaient, tous les deux. Mais Ioana ne distinguait pas tous les mots. Le peu qu'elle entendait, elle ne comprenait pas leurs sens, leurs significations. Comme si elle était à nouveau enfant, parlant Roumain, et expédiée aux U.S.A sans parler la langue.

Pourtant, Pierce et le médecin discutaient avec véhémence de choses apparemment très sérieuses :

- … quoi comme déclencheurs ?

- … cartes... livres... Reine, dame... carreaux...

- … possible... solitaire... candidat ?

- Oui... simple... activé...

Ioana cligna des paupières. La sueur irritait sa peau, et la fatigue s'empara entièrement de son corps.

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Ioana entendit clairement l'explosion, qui vrilla ses tympans d'un énorme 'BOOM !'. Puis, des cris. Beaucoup de cris, des hurlements dans la nuit, résonnants sur les parois du laboratoire. Pierce et le Docteur, choqués et apeurés, quittèrent le chevet de la prisonnière pour courir vers le chaos.

Ioana entendit également un étrange son métallique. Elle crut reconnaître un nom, au milieu du vacarme assourdissant :

'Bucky'

Mais elle chassa cette idée saugrenue de sa tête. Bucky devait encore être une simple hallucination, provoquée par le médicament Hypnotique. Elle sombra à nouveau dans un sommeil cauchemardesque.

Jusqu'à ce qu'une nouvelle forme floue se penche au-dessus d'elle pour lui tapoter les joues. Au début, elle pensait que Pierce était revenu pour la violenter. Mais l'homme semblait plus doux, et sa voix familière demanda :

- Ioana, te simți bine ? Hai, rămâi cu mine !

(Ioana, est-ce que ça va ? Allez, reste avec moi !)

Elle ouvrit les paupières avec douleur et difficulté. Réfléchir lui demandait un effort surhumain. Impossible et violent. D'une voix rouillée et faible, elle dit simplement :

- Bucky ?

L'homme sourit enfin. Il lâcha un 'Nom de Dieu' en voyant les sangles autour des membres de la jeune fille, et commença déjà à tout arracher et à tout détacher, grâce à sa force de Super Soldat. Ioana pleura.

- Te rog, nu mi mai face rău...

(S'il te plaît, ne me fais pas de mal...)

Le cœur de Bucky se serra.

- Nu voi. Nu voi.

(Je ne le ferai pas. Je ne le ferai pas.)

Une fois libre de ses liens, Bucky attrapa la Sorcière et la porta dans ses bras, aussi simplement que s'il portait une simple couverture. Pendant que Sam, vêtu de son costume de Captain America, se battait et terminait d'arrêter tous les membres de l'HYDRA, Bucky quitta le laboratoire aussi vite qu'il y était entré. Son étrange angoisse vrillait toujours son estomac et son cœur tambourinait dans sa poitrine. Submergé par des sentiments contradictoires entre haine, vengeance et soulagement, il murmura, au-dessus du visage de la Sorcière :

- Eu te iubesc...

Ioana ferma les yeux. Une larme, de joie, coula le long de sa tempe.

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Lorsque Bucky était arrivé en trombe dans le laboratoire secret de l'HYDRA, et qu'il avait découvert avec horreur Ioana allongée sur la table de métal, un étrange souvenir perça sa mémoire : C'était lui, le prisonnier sur la table, drogué jusqu'aux os. Et c'était Steve, qui était venu le libérer, arrachant les sangles de cuir qui maintenaient le Soldat.

1943.

Et, 80 ans plus tard, rien n'avait changé. L'HYDRA subsistait toujours, ainsi que leurs expériences sordides. Les rôles étaient, certes, différents. Et Bucky venait de douloureuse comprendre ce que son meilleur ami Steve avait pu ressentir en découvrant le prisonnier ainsi maltraité.

Ioana était couverte de bleus. Sur les bras et les jambes. Une plaie suintait et saignait au-dessus de son sourcil droit et sa lèvre fendue faisait perler quelques gouttes écarlates.

Cette vision fit terriblement souffrir Bucky.

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Trois jours passèrent, durant lesquels Ioana resta sous surveillance, dans un hôpital privé de Washington. Everett Ross et Sharon Carter étaient sur le sol Américain depuis la veille au matin, et leur investigation avançait à grands pas. Alexander Pierce fut arrêté et mit en détention, avec le reste des membres de l'HYDRA, et les Agents retournèrent son bureau avec minutie. La CIA posa même les scellés pour n'oublier, ni ne compromettre aucune preuve, aucun indice.

Sam Wilson resta longuement avec l'équipe chargée de l'enquête. Parlant tantôt à Sharon, tantôt à Everett, il n'omit rien, et raconta tout. Absolument tout. Il leur donna même le petit carnet d'Ioana, avec un léger pincement au cœur.

Pendant ce temps, Bucky ne quitta pas l'hôpital. Au chevet de la jeune fille, il attendit patiemment que toute la drogue sorte de son système, avec plus de facilité grâce aux soins des Docteurs.

Son seul regret : lorsqu'ils avaient débarqué dans le laboratoire clandestin, Sam l'avait empêché de tuer Pierce. Et la vengeance rongeait encore l'esprit de Bucky.

Encore et encore.

Le dévorant de l'intérieur.

Il savait ce qu'il devait faire.

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Non, il ne pouvait pas assassiner Pierce. Déjà, parce qu'il luttait contre le Soldat de l'Hiver, encore présent dans son ADN, et il ne désirait absolument pas retourner sur ce chemin-là. Même si sa colère réclamait vengeance, il savait que Sam avait raison. Cependant, il ne pouvait pas ne rien faire.

Une semaine après la descente dans le laboratoire, et l'arrestation de Pierce, ce dernier attendait son jugement dans une prison fédérale de haute sécurité.

Ioana s'était réveillée entre temps, et Bucky, présent en cet instant, resta auprès d'elle de longues heures. En revanche, le lendemain, l'homme prit un taxi pour partir en direction du building qui détenait Alexander. Il voulait lui parler.

Il le devait.

Bucky sortit du taxi avec un air solennel gravé sur son visage. Il portait un simple jean, ses grosses chaussures noires, un pull gris et une veste en cuir sombre. Ses plaques militaires pendaient autour de son cou, et ses cernes englobaient ses yeux bleu acier.

D'un pas assuré, il se dirigea vers l'imposante porte en fer forgée. Il appuya sur l'interphone et se présenta. La voix masculine, de l'autre côté de l'appareil, s'exclama :

- Sergent Barnes ! Je vous ouvre tout de suite !

Un 'biiiiip' retentit et le grillage s'ouvrit.

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L'intérieur était plus impressionnant encore que l'extérieur. Immenses et blanches, des colonnes grecques supportaient le poids de l'énorme et haut plafond aux moulures exemplaires. Des miroirs tapissaient les murs et de magnifiques mosaïques recouvraient le sol. Mais Bucky ne se pencha pas sur le décor, un Agent Fédéral se dirigea vers lui, pour se présenter et lui serrer la main. Lorsqu'il comprit que le Soldat désirait voir le prisonnier, il ne fut que moyennement satisfait. Cependant, aucune lois ne pouvait l'en empêcher.

Bucky suivit donc le guide, à travers un dédale de couloirs labyrinthiques, jusqu'à descendre un escalier en colimaçon qui plongeait dans les ténèbres du sous-sol.

Un autre 'bip' retentit et une lourde porte en fer s'ouvrit.

Le Gardien, de l'autre côté, fit signe à Bucky de passer sous l'arcade de métal. En toute logique, cette dernière se mit à sonner, et Bucky dut montrer son bras métallique au Gardien, lui expliquant que les détecteurs de métaux n'étaient pas vraiment une bonne idée pour lui.

Gêné, le Gardien le laissa passer. Lui révélant néanmoins qu'il n'avait le droit qu'à vingt minutes de discussion avec le prisonnier.

- C'est tout ce dont j'ai besoin... maugréa le Soldat, en disparaissant dans les couloirs de la prison.

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Alexander Pierce était assis, sur le minuscule lit une place, contre le mur de briques humides. Derrière des barreaux de métal. Sa tenue orange ravivait la couleur de ses cheveux blonds vénitiens, et de son regard sombre. Il avait quelques égratignures sur le visage, vestige de son combat contre Sam Wilson. Lorsqu'il aperçut Bucky arriver vers lui, il se leva du lit, en souriant étrangement.

- Mon Soldat de l'Hiver...

Bucky se renfrogna.

- Ni l'un, ni l'autre. Ni à 'vous', ni votre 'Soldat'.

Avec malice, Pierce serra les barreaux de la cellule de ses deux mains calleuses, et plongea son regard ténébreux dans les iris bleus de Bucky.

- Dois-je te remercier d'être toujours en vie ? Je pensais réellement que tu me tuerais, au labo.

- L'idée m'a traversé l'esprit, oui. Mais, je ne suis plus un tueur.

Alexander rit. D'un horrible rire sardonique.

- J'imagine que cette petite visite à l'improviste n'a rien à voir avec toi. Mais, avec elle.

Le cœur de Bucky se serra. Il glissa ses mains dans les poches de sa veste, et se tut quelques secondes, avant de demander simplement :

- Pourquoi ?

Pierce perdit son sourire, et cracha presque :

- Elle a tué mes parents.

Bucky secoua la tête :

- Vos parents ont attaqué sa famille, et ils sont tous morts dans la bataille. Alors, pourquoi ?

Alexander haussa les épaules :

- Parce que je le pouvais. Parce que, grâce à l'HYDRA, je pouvais contrôler un Soldat assassin : Toi. Et une Sorcière : Elle. Je n'avais juste pas prévu que vous tomberiez amoureux l'un de l'autre.

Bucky grogna :

- Probablement parce que vous ignorez tout de l'amour. Vous êtes un parfait psychopathe.

Contre toute attente, Pierce sourit derechef.

- Tu as regardé quelques vidéos de ma collection privée et tu penses avoir le droit de me juger ?

Bucky ne put s'empêcher d'esquisser un rictus, en lâchant :

- Vous êtes un grand pervers. Je vais me faire une joie de vous balancer en prison pour le reste de votre misérable vie.

Malgré tout, Alexander gardait son sourire malsain :

- Pour cela, il faut que ta chère Ioana témoigne. Et, je ne suis pas sûr qu'elle veuille avouer au Monde entier la triste vérité. Après tout, une puissante Sorcière Avenger, qui est en réalité une simple femme battue par un Humain, ça décrédibilise le personnage, tu ne crois pas ?

Bucky tiqua. Il lutta de toutes ses forces pour ne pas exploser les doigts de Pierce, qui serraient toujours les barreaux de métal. Alexander rajouta, avec machiavélisme :

- Barnes, sois honnête, tu n'es pas venu ici seulement pour te pavaner devant moi ou me demander pourquoi j'ai battu Ioana durant ces vingt dernières années. Tu es juste venu pour alléger ta conscience et ta culpabilité. Tu penses réellement que, voir un psychopathe en cellule, enlèvera la culpabilité que tu ressens ? Celle qui te ronge et celle qui se demande : pourquoi n'as-tu pas vu ça avant ? Les indices étaient déjà sous tes yeux. Sous ceux de Wilson, d'ailleurs. Même si tu me 'balance en prison pour le reste de ma misérable vie', comme tu le dis si bien, cela n'enlèvera pas ta culpabilité...

Il sourit.

Le cœur de Bucky rata un battement.

Un nœud se forma dans son estomac.

Une boule se forma dans sa gorge.

Il baissa son regard vers le sol anthracite. Luttant pour ne pas exploser de colère.

Il souffla un coup, releva la tête, et avoua :

- En tout cas, maintenant, elle est en sécurité.

- L'est-elle ?

Bucky plissa des yeux :

- Pardon ?! Bien sûr qu'elle est en sécurité maintenant ! Loin de vous !

Il sortit les mains hors de ses poches et commença à serrer ses poings.

Alexander souriait encore.

- Nous verrons bien.

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Ioana fut ravie, heureuse même, de quitter enfin l'hôpital. Sam Wilson insista pour l'accueillir chez sa sœur, le temps de sa convalescence. Bucky fut tout à fait d'accord et il la suivit également.

En cette fin de Septembre de l'année 2023, les trois Avengers restants firent une longue pause bien méritée dans la maison de campagne des Wilsons. Le temps n'était encore ni trop froid, et plus vraiment trop chaud non plus.

Sarah reprit l'entreprise familiale. Maintenant que le bateau fonctionnait, il était temps de repartir en mer. C'était le week-end et ses deux fils sautèrent sur l'occasion pour mettre de côté leurs devoirs, et partir pêcher avec leur mère. L'eau calme et l'air marin leur firent un bien fou.

Pendant ce temps, Bucky, Sam et Ioana, profitèrent de leur propre samedi soir. Au programme : mauvais film à la télévision, pop-corn au beurre, bières et jeux de cartes.

Malgré les bleus et les plaies qui tâchaient encore son visage, Ioana souriait plus que d'ordinaire. Elle était assise en tailleur, par terre, sur le tapis usé, tandis que Sam dominait la partie depuis son fauteuil et Bucky depuis le canapé.

- Dois-je vous rappeler que je ne sais pas jouer au Poker ? s'amusa Ioana en jetant un coup d'œil perdu sur sa main.

Bucky sourit et pencha sa tête vers elle, en disant :

- Pas grave, montre-moi ton jeu, je vais t'aider.

Ioana tourna ses cartes vers lui. Sam leva les yeux au ciel, en maugréant :

- Buck', tu es censé jouer contre elle ! Pas avec elle !

Mais Bucky ne releva pas la remarque, et répondit tout simplement, à la Sorcière :

- Oh, pas mal, tu peux faire une Quinte. Si la prochaine carte qui sort est un Valet, tu pourras faire une Quinte. Ce sont cinq cartes consécutives, tu vois : tu as une Dame, un Roi, Un As et un 10. Il ne te manque que le Valet pour la Quinte.

Bucky reprit sa place en lançant un énorme sourire à Ioana, qui le lui rendit. Sam souffla d'exaspération.

- C'est bon ? Je peux retourner les cartes du milieu ou vous voulez voir mon jeu aussi ?

Bucky et Ioana gardèrent leurs sourires respectifs.

- Misère... souffla Sam avec amusement, en retournant les cartes sur la table.

Le Valet ne sortit pas.

En revanche, le Trois de Pique et la Dame de Carreau sortirent.

Tout à coup, le sourire d'Ioana disparut.

Elle lâcha sa main de cartes, qui tombèrent sur le tapis sans un bruit, et garda ses yeux fixés sur ce rouge étrange, au milieu de la table. La Reine semblait elle-même observer la Sorcière.

- Ioana ? s'inquiéta Bucky.

Mais, cette dernière ne bougea pas d'un millimètre.

Sans respirer, sans penser, sans même cligner des yeux.

Ioana attendait.

Elle venait d'être activée.

Apparemment, Alexander Pierce avait raison.

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FIN

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Notes : Merci infiniment à Litany pour son aide, sa correction et son avis très précieux !

(Et merci à ma sœur, pour les informations médicales !)