Titre : « Jeux de pouvoir » Oui je sais y'a aussi un putain de film qui s'appelle comme ça mais faites comme si vous saviez pas
Pairing : Le HisoKuro le plus crade de toute l'histoire de l'humanité avec en bonus un soupçon de HisoIllu pour le bonheur des papilles et pk pas du KuroKura aussi parce que KuroKura vie
Rating : M, MA, politiquement incorrect, à censurer, à jeter, tout ce que vous voulez. De toute façon je vous déconseille de lire ce truc (non vraiment fuyez)
Note : Wsh la zone je suis pas morte, enfin presque mais pas encore.
Cette fic date de l'été dernier (quand j'ai découvert cette merveille qu'est HxH et que j'étais à fond dedans et tout parce que tous les persos = des bbs) malheureusement depuis le temps la vie m'a bien roulé dessus cette salope et j'ai arrêté d'écrire/de faire des trucs en général/d'avoir envie de vivre etc. MAIS vu que c'est un bon exutoire j'avais quand même envie de la terminer donc me revoilà I guess. (Also tant qu'on en parle n'attendez pas la suite de l'Aube Rouge elle est officiellement abandonnée)
Si je respectais la l'oie ce torchon ne devrait normalement jamais sortir des annales vu son contenu et de toute façon askip le fandom est mort donc peut-être que personne ne lira jamais ceci, ce qui est tant mieux, mais si jamais par une opération du saint esprit ou je ne sais quelle connerie vous vous retrouvez ici, un avertissement s'impose.
Cette fanfic est un HisoKuro (comprend aussi d'autres ships tels que le HisoIllu et le le KuroKura) dont le thème principal est la parahilie (déviation sexuelle. Fantasmes, impulsions sexuelles ou comportements survenant de façon répétée et intense, impliquant des objets inanimés, la souffrance ou l'humiliation de soi-même ou du partenaire). En découle donc d'autres sujets sensibles comme la strangulation, les scarifications, les usages de drogues, des violences, une simulation de viol, de la torture, des atteintes physiques extrêmes, de la nécrophilie, mais aussi de la misogynie et des pensées morbides.
Je vous rassure tout de suite, pas besoin de lancer une battue à ma recherche pour me mettre hors d'état de nuire je m'en occupe déjà très bien moi même mdr lol mdr. Vous êtes néanmoins prévenus de ce dans quoi vous vous lancez.
Bonne lecture j'imagine.
Chapitre I – Dead End
York Shin est vaste. C'est une ville dense, vorace, qui avale ses habitants et les soumets à son rythme infernal. Le jour, elle est vibrante de vie, ronflante d'énergie, grouillante de monde jusqu'au moindre de ses recoins et la nuit, lorsque la pénombre englouti les gratte-ciel et que la voûte céleste n'est plus semblable qu'à une mer noire infinie, on pourrait croire que les astres sont tombés du ciel pour venir parsemer les tours de verre qui s'illuminent dès que le jour disparaît à l'horizon. Et alors, son aura change. Elle n'est plus parcourue d'employés à demi esclaves qui la traversent d'un bout à l'autre pour aller échanger leur temps contre une misère qu'ils appellent salaire, mais offre à sa part de population corrompue et pourrie une couverture d'ombre qui lui permet de sortir de sa tanière pour accomplir ses méfaits. Et il se peut que j'en fasse partie.
Pour moi, tuer est comme un shoot d'adrénaline qui vous transperce le cerveau. C'est une sensation qui rend dépendant dès la première fois, et lorsqu'on a a goûté au sang, on y devient complètement accro.
La destruction m'a toujours fait vibrer jusqu'au plus profond de mon être. Tenir dans le creux de ma paume le destin d'une frêle et précaire existence, jouer avec jusqu'à la pousser au bout de ce qu'elle peut endurer avant de la voir volet en éclats comme un miroir que l'on matraque violemment à coup de barre de fer… C'est la seule et unique chose qui me permet de me sentir vivant. Plus que l'air dans mes poumons, plus que les battements de mon cœur, ce dont j'ai besoin pour vivre ma vie à son maximum c'est de réduire à néant celle des autres.
Il existe mille et une manières de tuer… Mais je garde tout de même sous le coude une sélection variée de mes préférées. Mourir sans douleur est tout à fait possible, mais à des lieux de ce que je recherche lorsque je tue. Une balle entre les deux yeux en plein sommeil est pour moi aussi excitant qu'un pichet d'eau plate pourrait l'être. Ce genre de mort n'a absolument aucune saveur. Le corps sursaute à peine, et une fois sur deux, l'oreiller qu'on utilise en guise de silencieux gâche la vue qu'offre l'impact de la balle en plein dans la boîte crânienne. Non, ce que j'aime, moi… C'est prendre mon temps, faire languir, attendre que la tension atteigne son paroxysme. Je dois avouer avoir un faible pour le tranchant des lames et tout ce qu'il a à offrir. Le corps humain est une merveilleuse machine qui renferme un véritable trésor, et l'un de mes plaisir coupable est de dépecer la chair pour m'amuser à voir comment tout cela fonctionne à l'intérieur. Les viscères qui se meuvent à l'air libre, les veines bleues qui courent sur les organes, la chair poreuse et tendre des poumons, la viande musclée du cœur… Je crois que je ne me lasserai jamais de cette vision interne.
Je ne choisis jamais mes victimes au hasard, et, avant de passer à l'acte, j'observe. S'il y a bien une chose que je déteste, c'est de me planter dans mes choix. Je suis toujours extrêmement prudent et il m'arrive de passer de longues semaines à la recherche de la perle rare. En général, j'ai tendance à éviter les femmes car elles me déplaisent. Elles crient trop fort, se débattent avec leurs ongles, se laissent envahir par la terreur à la seconde même ou l'on pose la main sur elles. Elles sont trop méfiantes car elle se savent cibles faciles et cela occis le charme de leurs derniers soupirs. Tout ce que leur salut apporte, c'est, qu'enfin, elles se taisent. Je préfère mille fois les hommes. Ils ont une peur viscérale de la mort et ils se défendent toujours avec plus d'ardeur. Alors que la plupart des filles sont trop occupées à hurler en y mettant tout leurs décibels, les garçons eux, halètent, ils paniquent en silence. Ils deviennent des bêtes et déploient toute leur violence, et n'ont pas peur de devenir encore plus agressifs que moi pour me faire lâcher prise. C'est cette bataille qui m'excite le plus, la lueur dans leur yeux qui hurle « je ne veux pas mourir ». Malheureusement pour eux, aucun ne me résiste.
...
Le petit téléphone portable abandonné sur un bureau jonché de papiers en vrac s'illumina sans prévenir et se mit à vibrer, vrombissant comme un gros scarabée de plastique. Sans quitter son écran d'ordinateur des yeux devant lequel il était assis, une simple serviette de bain humide autour de son cou maculé de gouttes d'eau, Hisoka tâtonna entre les obstacles qui tapissaient son espace de travail avant d'enfin mettre la main sur l'appareil responsable de l'insupportable vacarme.
Il n'eut pas besoin de vérifier qui était le contact et décrocha sans s'en soucier, dépliant l'appareil pour coller le combiné contre son oreille. Une voix métallique résonna instantanément à l'autre bout du fil.
« Allô, Hisoka ? »
Il y avait de la friture sur la ligne, mais il aurait reconnu ce timbre entre mille. Un pli naquit au coin de sa lèvre quand celle-ci fut déformée par un demi-sourire.
« Bonsoir, Illumi. Quel bon vent t'amène ? C'est toujours un plaisir de voir que tu penses à moi quand je suis loin de toi.
-Je suis au courant pour ton nouveau job. » Illumi fut très direct. Il enchaîna : « Je veux savoir comment tu t'y es pris. N'importe qui n'entre pas chez Phantom Group en un claquement de doigts comme tu l'as fait. »
Hisoka croisa les jambes et pivota sur sa chaise, faisant dos à son écran d'ordinateur, seule source de lumière de la pièce, qui reflétait maintenant un éclat blafard contre le dossier de cuir de l'imposante assise.
« Oh oh, pas si vite. Tu ne crois tout de même pas que les plus grands magiciens révèlent si facilement leurs secrets au public. Ça fait partie du show, je ne peux rien te dire.
-Je m'en doutais, » fit le timbre métallique, semblant à peine s'émouvoir du refus. « Méfie-toi tout de même. Tu sais que celui qui dirige la maison n'a pas faussé sa réputation. »
Les yeux jaunes qui luisaient presque dans la pénombre se plissèrent. Sous ses lèvres, Hisoka découvrit des canines blanches et acérées qui ne demandaient qu'à mordre dans la chair.
« Allons, pour qui est ce que tu me prends ? C'est justement pour ça que j'essaie de me rapprocher de lui.
-Étonnamment, ça aussi, je n'en doutais pas. Bien, on se recontacte vite. Je travaille sur les renseignements que tu m'as demandé, sois-en sûr. Mais le type est discret, alors ça prend plus de temps que prévu.
-Aucun problème. Je sais que je peux te faire confiance. »
...
Je me suis levé à cinq heures du matin, aujourd'hui. Hors de question de me pointer en retard pour mon premier jour de travail. J'étais si impatient et excité que je n'ai que très peu fermé l'œil de la nuit, et j'ai le souvenir d'avoir fixé le plafond pendant d'interminables minutes avant que mon réveil ne sonne enfin. Mes affaires étaient prêtes et m'attendaient sagement sur le fauteuil qui fait face au dressing, mais j'ai commencé par une longue douche froide, ce qui s'est toujours avéré être la solution la plus efficace en ce qui me concerne pour commencer mes journées l'esprit parfaitement clair. En sortant, et après avoir séché partiellement mon corps, j'enfile un peignoir qui finit d'absorber les dernières traces d'eau en plaquant mes cheveux mouillés en arrière. Des gouttes glacées dévalent ma nuque pendant que j'attrape ma lotion désincrustante, posée au bord du lavabo. Son application est suivie d'un masque rafraîchissant qui fera dégonfler mes paupières et le contour de mes yeux, que je laisse agir dix minutes. Je me brosse les dents avant de rincer la pellicule maintenant séchée et luisante, lisse, comme celle que laisse le film alimentaire autour d'un morceau de viande avant de finir par une crème de jour hydratante qui nourrira ma peau, me protégera des rayons UV et fera disparaître les rides qui commencent à naître au coin de mes lèvres et contre lesquelles je me bats en vain. Elles sont légères, presque invisibles d'après Illumi, mais moi, elles me rendent complètement dingue.
Alors que je me perds dans un fantasme dans lequel je ne vieillis jamais, je sors de la salle de bain et retourne dans la chambre, où je m'habille, fermant avec précaution les boutons de ma chemise, ajustant ma veste et mes boutons de manchette, enfilant mes chaussures à l'aide d'un chausse-pieds en écaille avant de me rendre à la cuisine, encore plongée dans le noir car la nuit enveloppe toujours la ville. L'horloge digitale du four indique déjà six heures moins le quart, je l'aperçois du coin de l'œil en ouvrant le battant du frigidaire pour saisir une bouteille d'Evian de cinquante millilitres.
Je la vide presque entièrement alors que je retourne à la salle de bain pour me coiffer maintenant que mes cheveux sont presque secs. Je commence par les brosser au peigne pour les plaquer en arrière, et je fixe le tout à l'aide d'une poudre surfine qui ne cartonne pas les cheveux, contrairement au gel, et qui ne laisse pas de dépôts. En faisant un énième aller-retour dans mon appartement pour revenir à la cuisine, je jette la bouteille, que j'ai entièrement bue entre temps et ré-ouvre la porte du frigidaire, plus attentif cette fois à ce que je vais bien pouvoir manger avant de partir car j'ai encore presque une demie-heure devant moi. Après quelques recherches, je trouve une assiette recouverte de cellophane derrière une barquette de poires. C'est le carpaccio que je n'ai pas fini hier. Je ne sais plus de quelle viande il s'agit mais cela fera très bien l'affaire.
Le jour pointe à peine lorsque je m'apprête à partir. J'enfile mon imperméable et retrouve une écharpe en cachemire que je pensais avoir égarée, mais je remarque en voulant la passer autour de mon cou qu'elle est maculée de tâches sombres qui en barbouillent les revers, comme du chocolat séché, qui rendent la maille rigide. Je me soucie à peine de leur provenance -je m'en occuperai plus tard- alors je la fourre dans le placard avant de fermer à double tour derrière moi, tâtant les poches de ma veste pour m'assurer que mes cigarettes s'y trouvent bien, mon attaché-caisse coincé sous le bras. Puis je quitte mon immeuble et hèle un taxi qui m'emmène vers le centre de York Shin, pour me rendre au quartier des affaires.
...
Le building qui abrite les locaux de Phantom Group est immense, s'élançant vers le ciel comme un imposant monolithe qui domine la ville. Dès que je pose un pied hors du taxi, l'impression d'être minuscule face du bâtiment m'envahit, et elle est si désagréable, au point de venir me démanger jusque sous ma peau, que je m'empresse d'entrer, ce qui n'était initialement pas calculé dans mes plans, car j'avais prévu de réfléchir un peu avant de passer les portes de l'entrée. Mais il est déjà trop tard, et je suis à l'intérieur.
Le rez de chaussée est très froid. Le sol, recouvert de dalles lisses en marbre blanc, ne mène qu'à l'îlot central qui se trouve seul dans la pièce -n'ayant pour seule compagnie que les portes d'ascenseur qui se dressent, plus loin vers le fond du hall, et l'orchidée violette posée là, sur le comptoir derrière lequel une secrétaire est penchée sur son écran d'ordinateur, son registre, son agenda ou que sais-je encore. Je m'approche en silence, mes semelles claquent à peine sur le sol. Pourtant, la demoiselle m'entend arriver et lève la tête. Son regard est empli d'ennui, et ses épaules menues sont enfermées sous un blazer noir, épinglé d'un badge. Canary. Je trouve ça plutôt joli. J'abandonne mon attaché-caisse sur le sol et pose un coude sur le comptoir.
« Vous êtes ? »
Sa question me semble résonner dans toute la pièce. Ses cils sont très longs et très courbés, et ses perles noires me fixent comme si elle essayait de me sonder.
« Hisoka Morow. C'est mon premier jour. »
Sans répondre, elle ne baisse les yeux que pour consulter son ordinateur. Un silence s'installe, seulement troublé du vrombissement de la machine. Puis, d'un geste du menton à peine visible, elle m'indique le fond de la pièce. Sur le comptoir, elle pose une carte magnétique au bout d'un cordon en acrylique. Je peux lire les mots « Phantom Group » en petit, en bas, gravés au laser.
« Utilisez-la pour prendre l'ascenseur, étage trente-huit. Ne la perdez pas, vous n'en aurez pas d'autre. »
Quand j'entre dans l'ascenseur, les portes qui se referment sur moi m'étouffent instantanément, mais je n'en montre rien et je conserve mon calme. Le temps me semble interminable jusqu'au trente-huitième, et je divertis mon esprit en me concentrant sur les chiffres qui s'illuminent l'un après l'autre pendant que la cabine gravit les étages et lors qu'enfin, les pans métalliques se rouvrent et me libèrent, je suis accueilli par l'éclat aveuglant du soleil qui se lève, déversant sa lumière sur tout le flan Est du building.
...
Chrollo a vingt-six ans, je pense, en fixant sa silhouette de profil alors qu'il s'adresse à un autre de ses employés qui est venu l'interrompre pendant qu'il me parle. Deux de moins que moi, qui en ai vingt-huit. Il n'est pas très grand pour un homme, mais il est très beau. Sa peau est pâle, presque diaphane, et je peux apercevoir sa nuque qui se dégage de temps à autres du pull qui l'emprisonne jusqu'en haut du cou lorsqu'il tourne la tête. Ses yeux sont gris, très sombres, presque noirs, et ses cheveux sont coiffés en arrière. J'ai rapidement remarqué qu'il avait la manie d'y passer ses doigts lorsque ses mèches commencent à devenir rebelles.
« Je suis désolé, Hisoka. Où est ce qu'on en était ? »
Je relève la tête lorsque sa voix s'adresse de nouveau à moi. Voilà un quart d'heure que je suis arrivé et que j'ai fait la connaissance du patron de Phantom Group, celui pour qui -mais cela restera secret- j'ai fait des pieds et des mains pour arriver ici. Chrollo Lucilfer. Le temps que je lui réponde, nos regards se croisent.
« L'esprit d'équipe. » Je réponds seulement, détaillant avec attention les moindres traits de son visage afin de les graver dans ma mémoire. Il se penche et jette un œil à ses notes.
On ne peut pas dire que mon arrivée ait été très discrète. Il y a peu d'employés chez Phantom Group, avec le boss et moi, nous sommes treize. Dès que je suis entré, ils se sont tous tourné vers moi. Me sentir observé ne me gêne pas, mais j'ai rapidement décelé quelques coups d'œils suspicieux à mon égard. C'est peut-être ma façon de dévorer leur patron des yeux qui ne plaît pas. Maintenant, il est huit heures et demie et nous nous trouvons tous les deux dans son bureau, une large pièce d'une trentaine de mètres carrés au centre de l'open space, séparée du reste de l'étage par des vitres en verre. Pendant que Chrollo, assis à ma droite, me déballe son speech de bienvenue au sein de la boîte, je remarque une des trois femmes de l'équipe, Machi, si je me souviens bien, qui semble faire les cent pas autour de la cage de verre qui nous sépare du reste de l'espace. Je lui sourit en plissant les paupières, et elle me tourne immédiatement le dos avec dédain.
Quinze autres minutes plus tard, Chrollo en a fini avec son monologue et me fait maintenant le tour du propriétaire. Pour être honnête, je ne l'écoute que d'une oreille, car mon esprit est totalement accaparé ailleurs. Derrière nous, j'entends les messes basses des autres employés et leurs regards dans mon dos, du moins, je crois que je ne l'ai pas imaginé, mais c'est surtout la proximité avec mon nouveau patron qui me met dans un état pareil. Je jette un œil à sa nuque, encore, et je peux sentir mon sang bouillir dans mes veines. Il est juste là, il se tient à peine quelques dizaines de centimètres de moi, et je n'ai qu'à tendre la main pour effleurer son épaule. Mais, très maître de moi, je n'en fait rien et me contente de garder mon calme. Je me languis d'avance en pensant au défi qu'il représente, protégé comme un trésor par la meute féroce tapie à ses pieds. Ce côté inaccessible m'excite, et je réalise, en tirant sur le col de ma chemise et en passant les doigts dans mes cheveux pour la énième fois de la matinée, que cela faisait longtemps que je ne m'étais pas trouvé aussi agité. Chrollo se retourne vers moi, et je lui sourit. J'ai le pressentiment que je ne m'ennuierai jamais avec lui.
...
Le lendemain, j'entame mon deuxième jour dans l'entreprise. Je me suis réveillé encore plus tôt que la veille, et pour calmer mon impatience, j'ai commencé la journée par une intensive séance de sport. Assouplissements, biceps, extensions, suivis d'une série de dix fois quinze abdominaux pour entretenir ma taille particulièrement étroite. J'ai sauté le petit-déjeuner car je n'avais pas vraiment d'appétit, mais j'ai avalé un Valium et des comprimés de vitamines avec un grand verre d'eau avant de partir. Arrivé au pied de l'entreprise, je trace des portes en verre de l'entrée jusqu'à l'ascenseur au fond du hall, remarquant à peine la présence de la secrétaire d'hier.
Assis à mon bureau, le menton posé au creux de la main, mes yeux faisant des aller-retours entre mon écran d'ordinateur et la silhouette du boss qui est assis derrière le sien à plusieurs mètres de moi, je tapote du bout des doigts la couverture cartonnée du premier dossier de ma carrière au sein de la famille Phantom. On attend probablement de moi que je me mette sérieusement au travail, mais là, tout de suite, c'est autre chose qui m'intéresse.
Chrollo est très charismatique. C'est un véritable leader né. Il mène à la baguette les douze membres qui composent son équipe comme un vrai chef d'orchestre sans que personne ne quitte jamais les rangs, et, vu les morceaux, je dois avouer que je suis impressionné. Mais il a aussi un côté très séducteur -et je le sais, car depuis tout à l'heure, il me lance des coups d'œil qui ne sont pas anodins- qui est assez mystérieux. Sont regard est perçant, et j'ai l'impression qu'il arrive à lire en moi, ce qui, je dois l'avouer, ne me plaît pas beaucoup, parce qu'il pourrait bien avoir peur de ce qu'il va y voir.
Finalement, je me lasse car Chrollo arrête de me regarder, maintenant occupé à répondre à un appel téléphonique. Toujours aussi peu enclin à m'attaquer à ce dossier qui, je le sens, va rester très longtemps intouché à côté de mon clavier d'ordinateur, je me passionne maintenant pour les bureaux de mes collègues, qui donnent l'impression d'îlots perdus en pleine mer tant les locaux sont ridiculement immenses pour une entreprise qui compte aussi peu d'employés. Ils sont certes méfiants, mais après plusieurs jours passés ici je réalise qu'ils ne sont pas seulement extrêmement protecteurs envers leur boss, mais qu'ils le considèrent aussi comme un véritable messie, au point de former un mur autour de lui. Il sera peut être encore plus difficile de l'atteindre que je l'imaginais, mais je suis excité par le défi.
Plus tard dans l'après midi, j'attends que Chrollo quitte son bureau, et, naturellement, je me lève à mon tour pour partir à sa poursuite. Je le retrouve un peu plus loin dans le couloir, l'épaule appuyée contre la machine a café qui ronronne en broyant les grains. Il a un livre entre les mains qui semble tant l'absorber qu'il ne m'entend pas approcher. Lorsque j'arrive à sa hauteur, enfin, il relève la tête. Je lui bloque le passage avec mon corps en appuyant mon bras contre l'appareil, et il se retrouve piégé entre moi et le mur. Mais il semble à peine s'en émouvoir, comme s'il n'avait rien à craindre, et reste tout à fait détendu. Il me sourit.
« Tu n'as pas arrêté de me fixer, ce matin. »
C'est vrai, et je ne compte pas le démentir. Mais je suis assez étonné qu'il me le dise avec si peu de détours. Je ricane.
« En effet.
-J'imagine que tu dois te sentir un peu perdu. Tu viens seulement d'arriver.
-Ce n'est pas vraiment ça. » Ma réponse est spontanée. Je plonge mon regard droit dans le sien. Comme je m'y attendais, il ne cille pas.
« Je sais qu'il est un peu tôt pour te demander ça, mais as-tu réussi à discuter avec les autres membres ? La cohésion de notre équipe est très importante pour moi.
-Pas encore. Je suis occupé par autre chose. »
J'évite de préciser que c'est de lui qu'il s'agit. Il laisse échapper un léger éclat de rire.
« C'est toujours un peu difficile de se faire une place, les premiers jours. Ils sont très soudés. Mais tu verras, ils sont excellents dans ce qu'ils font. Je sais que tu le seras aussi. Tu t'intégreras vite. »
...
J'adore mon nouveau travail, et je dois avouer que je m'y amuse comme un enfant dans un interminable magasin de jouets, à la différence près que le dit magasin est l'immeuble de Phantom Group, et que les jouets sont mes collègues.
Je suis ici depuis presque une semaine, et nous sommes vendredi, le dernier jour avant le week-end. J'ai eu cinq longues journées pour observer et décortiquer à loisir le nouveau monde qui évolue autour de moi, et les conclusions que j'en tire sont, d'après moi, plutôt prometteuses.
Déjà, il y a ceux avec qui je sais que je ne m'entendrai jamais, la partie de l'équipe que j'ai décidé d'ignorer jusqu'à la fin de mes jours, parce qu'ils n'en valent pas la peine, et parce je ne leur inspire pas plus de sympathie de mon côté -et même si cela m'amuse de les voir écumer de rage lorsque je les salue tous les matins, je n'ai pas le temps de me soucier de leur existence. Le noyau dur de la boîte -à savoir les deux géants qui d'après moi n'ont pas grand-chose dans la tête et qui se contentent de taper fort du poing sur la table et de faire un usage excessif de leur coffre- Franklin et Uvôgine (même si après réflexion je puisse aussi ranger cet imbécile de Phinks dans cette catégorie), cette vipère de Feitan qui ne l'ouvre pas beaucoup mais qui observe, et Pakunoda, l'une des seules femmes, qui a l'air d'en penser beaucoup à mon sujet mais qui, à ma plus grande tristesse, ne me le fait pas partager.
Ensuite, il y a ceux qui sont un peu moins limités -et je ne dit pas ça juste parce qu'ils ont la décence de se comporter correctement avec moi- et qui s'occupent de leurs propres affaires sans venir fouiner dans celles des autres, et sur qui l'autre groupe ferait bien de prendre exemple : Sharnalk, Shizuku et Nobunaga, qui sont les seuls qui méritent un tant soit peu de respect dans mon classement personnel.
Puis, il y a deux de mes associés que je ne connais presque pas, parce qu'ils ne travaillent pas au bureau et qu'ils ne passent que rarement aux locaux, et qui, d'après Chrollo, sont très discrets, alors j'imagine qu'ils ne valent pas la peine que je perde mon temps avec eux non plus.
À ma grande surprise, Chrollo, d'ailleurs, n'est pas le seul qui ait su éveiller mon intérêt et il y a une autre personne avec qui j'aime bien m'amuser, la dernière des trois femmes de la boîte, Machi - qui, en plus de se prendre pour la chienne de garde attitrée du boss- semble être celle qui peut le moins m'encadrer. Mais Machi est spéciale. Ce serait mentir de dire qu'elle n'est pas désirable, et, si je ne préférais pas les hommes, elle aurait pu être l'une de mes cibles. Elle n'est pas très grande et sa différence de taille avec moi est peut-être son seul défaut notoire, si l'on met de côté son exécrable caractère qui ne manque jamais de me faire sortir de mes gonds en un temps record, et je me félicite toujours de savoir garder mon calme et d'afficher le même air narquois qui semble, elle aussi, la mettre hors d'elle. Machi, donc, est exactement ce qu'on appelle une femme désirable. Une silhouette en sablier rehaussée d'une poitrine généreuse, des articulations fines, fragiles, qui tranchent d'une façon absolument parfaite avec les poignards aiguisés qui luisent dans ses prunelles. Son visage toujours fermé lui confère ce petit air inaccessible qui, je dois l'avouer, même s'il m'est tout bonnement insupportable, joue pour beaucoup dans son allure et sa nuque qu'elle révèle en coiffant ses cheveux est un soupçon de grâce et de délicatesse qui la rendent aussi fascinante que mortelle.
Elle ne me laisse pas indifférent, et il se pourrait que j'aie quelques projets pour elle.
...
La semaine de travail est à présent terminée, et si, quelques jours avant, je jubilais encore du divertissement que m'offrait mon nouveau job, ce soir, je suis totalement déprimé. Chrollo n'est pas seulement charismatique, il est aussi extraordinairement inaccessible, et peu importe le nombre de fois où j'ai tenté de me rapprocher de lui, tous mes essais sont restés désespérément vains. Mais ce qui me met le plus hors de moi et qui pousse ma frustration à un point aussi extrême, c'est que je vois, je sens, je sais -mon dieu- qu'il n'y a pas été indifférent et ses yeux noirs posés sur moi me poursuivent jusque dans mes rêves au point de me rendre complètement fou.
Nous sommes samedi soir. Je devrais être épuisé par ma semaine, mais je me sens en pleine forme et débordant d'énergie, à tel point que c'en est presque trop, et j'ai du mal à tenir en place, alors j'ai appelé Illumi pour qu'il vienne me rendre visite chez moi. Il est le seul homme dans la ville entière capable d'assouvir mes besoins et mes pulsions sexuelles sans avoir à craindre de mourir, parce que j'ai trop besoin de lui, et parce qu'il me tuerait d'abord. Mais lorsqu'il arrive, presque deux heures plus tard et que j'ai du prendre deux Valium pour garder mon calme, la première chose qu'il me sort, avant même de me saluer, de m'embrasser, de me prendre dans ses bras ou même de me donner son manteau, c'est une remarque sur l'odeur de cadavre en décomposition qui flotte dans mon appartement. Moi je ne la remarque presque plus, seulement par effluves, de temps en temps, mais elle semble le déranger à tel point que lui qui reste toujours si stoïque se met à froncer le nez.
« Tu ferais mieux de faire attention, ou tes habits vont commencer à sentir vraiment mauvais. Ça serait problématique, au travail.
-Ne commence pas. Je ne t'ai pas fait venir pour que tu me fasses la morale. Je m'en occuperai plus tard. »
Mon humeur, qui n'était déjà pas au beau fixe, vient de dégringoler et je suis à présent sur les nerfs. En voyant mon visage, il semble se retenir de rire mais moi, je bouillonne. Si ça ne tenais qu'à mes pulsions, je le prendrais là, tout de suite, en lui explosant le crâne contre le mur. Mais c'est Illumi, et je ne peux décidément pas faire ça. Alors je l'invite à entrer, et je lui sers un verre de Scotch que nous prenons sur le canapé. À peine cinq minutes plus tard, je suis occupé à dévorer ses lèvres et nous décidons de rejoindre ma chambre.
Illumi porte une chemise très étriquée, fragile, avec des volants et de la tulle qui rappelle un style espagnol et qui, vu la qualité et la finesse du tissu, a dû lui coûter cher. Je prends sur moi du mieux que je peux pour ne pas la lui arracher, et déboucle sa ceinture d'un coup de main habile. En une enjambée, nous sommes dans le lit, et je suis tellement à cran que je n'ai pas de temps à perdre alors je tends le bras vers la table de chevet pour prendre le préservatif posé dans le cendrier et déchire l'emballage entre mes dents et deux ongles aiguisés comme des griffes, puis l'enfile sans difficulté. Illumi est allongé sous moi, et lorsque j'entre en lui, il ne bronche pas.
L'acte se passe en silence, juste troublé des grincements du sommier et de quelques de mes grognements que je n'ai pas réussi à retenir. Illumi, comme d'habitude, n'a pas émit le moindre son et quand je me retire, laissant tomber mon corps perlé de gouttes de sueur près de lui, je remarque qu'il n'a même pas les joues rouges, ni le moindre cheveu de travers. Sans un mot, il se lève. Je regarde ses muscles rouler sous sa peau alors qu'il se penche pour ramasser ses vêtements et les remettre. Je me redresse sur le flanc et tâtonne à la recherche de mes cigarettes.
Plus tard, il est peut-être vingt-deux heures, minuit, ou trois heures du matin, et Illumi s'en va. Il est sur le pas de la porte, prêt à partir. Je le détaille du regard et passe mes doigts sur sa joue. Sa peau est douce comme de la soie, mais il me repousse d'un revers de poignet et se dérobe, maintenant hors de portée. Je fais la moue. J'aurais préféré qu'il ne parte pas, mais je n'arrive jamais à le retenir.
« Tu ne veux pas rester encore un peu avec moi ? La nuit ne fait que commencer.
-J'ai du travail. » Répond-t-il seulement en jetant un œil à son cellulaire qu'il tire de sa poche. « Ah, oui, au fait, tant que j'y pense, je n'ai pas oublié les informations que tu m'avais demandées, tu sais. Elles ont juste été plus difficiles à trouver que prévu. »
Je sens presque mon cœur rater un battement dans ma poitrine. J'avais réussi à me sortir Chrollo de la tête le temps de quelques heures, mais il vient de ramener le sujet sur le tapis. J'ouvre de grands yeux, à l'affût. Illumi repousse une de ses mèches de cheveux en arrière.
« J'ai quelque chose qui devrait beaucoup te plaire. »
La suite un jour
bisous les srabs
