TOI
Elle a tout ce qu'une enfant peut vouloir. Mais elle se sent aussi seule qu'une ado peut redouter l'être.
Il faut vraiment vivre au fond d'une grotte pour ne pas connaître le nom d'Emma Agreste.
Au point où, la plupart des gens disent simplement Emma comme si elle était une vedette mondiale ou qu'elle faisait partie de la royauté.
C'est l'impression qu'elle avait parfois. Puisqu'elle est plus connue que la plupart des héritiers de couronnes européennes.
D'ailleurs, elle a même son titre princier : Princesse de la mode.
Car en plus d'être l'héritière des deux plus gros empires de la mode internationale, (Gabriel fondé par son grand-père et appartenant depuis peu à ses parents et Marinette fondé par ses parents avant leur mariage) elle est aussi blonde, jolie, svelte et mannequin à ses heures.
Ce n'est pas qu'elle ait choisit cette carrière. C'est surtout qu'elle croit réellement au talent de sa mère et que celle-ci ne se surpasse jamais autant que lorsqu'elle crée une tenue spécialement pour sa fille.
Elle devine encore mieux qu'Emma ce que celle-ci adorera porter. Et chaque fois, la fille de la créatrice se sent si bien dans ce look, si bien dans sa peau grâce au vêtement, qu'elle ne peut s'empêcher de parader, de s'y envelopper, de vanter des mérites de sa mère qui s'en émeu chaque fois.
Aussi, c'est avec le plus grand naturel, qu'elle accepte de poser pour ces créations en particulier.
Elle n'a rien contre les séances photo. Elle connaît l'équipe depuis qu'elle sait marcher et franchement, qui n'adorerait pas avoir la chance de visiter des musée ou des lieux historiques magnifiques normalement fermés au public et ce, en compagnie de l'ami(e) de son choix?
C'est même pratiquement un plaisir coupable pour elle. Les secrets de Paris.
Et ça, c'est sans parler des voyages qu'on lui a permis de faire à travers le monde.
Mais malgré la célébrité de ses photos, la vraie richesse de sa famille, c'est l'amour qu'ils partagent tous les uns pour les autres.
Ses parents sont le couple le plus amoureux qu'elle connaisse. Au point de la faire rougir souvent. Elle a deux frères plus jeunes et une petite sœur adorable. Ses grands-parents, oncles, tantes de cœur qui l'entourent et l'adorent tous à leurs manières et qui ont ajouter de la couleurs dans sa vie durant toute sa vie.
Son père est l'ouverture et la tolérance incarnée, papi Tom, la passion du travail, oncle Luka lui a apprit à exprimer ses émotions par la musique.
Elle ne compte plus les cadeaux de la vie qu'elle a reçus tellement il y en a.
Et par-dessus tout cela, il y a la légion d'amis qui l'entourent à l'école. Certains sont plus sincères, certains la connaissent mieux, même les plus acerbes pimentent sa vie de bons fous rires.
Honnêtement, qui peut se plaindre de réunir 200 amis et connaissances pour ses 10 ans? Sérieusement, les invités pouvaient faire des promenades à cheval entre la grande roue et la piscine.
Oui, Emma a tout ce qu'elle a toujours pu désirer.
Alors, lorsque sa mère lui a confié Tikki à quatorze ans, elle a d'abord pensé qu'elle ne méritait pas l'amitié et la présence ou la gloire légendaire que sa mère avait créée lorsqu'elle était elle-même une adolescente.
Puis, elle avait réalisé que d'avoir reçu autant de la vie était une bonne raison pour être redevable envers les autres et que de devenir Coccinelle était une responsabilité plutôt qu'une autre récompense.
Alors, maintenant, elle avait un autre don de la vie : une mission et une façon de s'accomplir.
Pourtant, il y avait quelque chose dans ce tableau idyllique qui en était absent.
Il y avait un trou en elle, un vide. Et elle n'arrivait pas a trouver ce que c'était.
Après une courte recherche, certains indices (et Tikki) lui avait laissé entendre que comme toutes jeunes femmes romantiques en devenir, elle cherchait l'amour.
Et c'était vrai, elle avait des tas de romans d'amour dans sa chambre et tous les adultes de sa famille vivaient des relations de couples magnifiques et c'était bien naturel de vouloir avoir plus tard ce qu'ils avaient. (ou encore maintenant)
Mais, Emma ne manquait pas de garçons formidables autour d'elle. Elle avait même eu quelques rendez-vous galants mémorables et n'avait jamais manqué de cavaliers ou d'accompagnateurs dès qu'elle en avait souhaité un.
Et le problème n'était pas non plus que ces garçons étaient trop immatures ou pas à son goût. Les garçons de son écoles étaient tous géniaux et elle les appréciait.
Mais...
«Tikki, tu crois que j'ai une âme sœur qui m'attend quelque part?» demanda-t-elle dans le vaste espace de sa chambre où elle savait que la kwami flottait près d'elle même sans tourner la tête.
La porteuse était actuellement allongée sur le canapé de son balcon. Sa famille occupait les deux derniers étages d'un gratte-ciel et la jeune femme pouvait rêvasser en contemplant aussi bien la ville à ses pieds que l'immensité du ciel au-dessus d'elle.
«C'est bien possible.» répondit évasivement l'être millénaire. «Mais, âme sœur ou non, tu trouveras quelqu'un pour partager l'amour que tu as à donner. C'est obligé! Tu as un si grand cœur!»
«Tu crois que cette personne serait le bon porteur pour le miraculous du chat?» demanda l'adolescente.
Emma essayait de ne pas être capricieuse mais, sa mère lui avait attribué le miraculous de la chance sans choisir aucun autre héros.
'Ce n'est pas le moment.' avait-elle statué.
Il est vrai qu'il n'y avait pas de réelle menace à proprement parler. Emma ne savait même pas dans quel but elle portait les boucles d'oreille. Elle se disait parfois que sa mère n'avait juste pas voulu laisser Tikki sans porteuse.
«Ce sera peut-être une porteuse également.» sourit Tikki d'un immense sourire.
«Mais, j'aime les garçons!» protesta Emma en rougissant avant d'avoir honte et de s'excuser. «Tu as raison, Tikki. Ce n'est pas parce que mes parents ont connu une fantastique histoire d'amour que je peux exiger la même chose. "Les miraculous ne sont pas un site de rencontre" comme dit tante Alya.»
Même s'il était vrai qu'Alya le disait avec ironie sachant que les anciens porteurs avaient formé ni plus ni moins que sept couples qui avaient défié le temps et les statistiques sur le divorce.
«Tu n'as pas à t'excuser Emma.» sourit encore Tikki. «C'est vrai que tous nos porteurs à Plagg et moi qui ont formés des couples sont de magnifiques histoires! Toutes différentes et parfois tragiques mais toutes si magiques et émouvantes!»
Emma étira son grand corps souple décidant qu'elle avait suffisamment rêvassé. «Tikki, est-ce que tu serais contrariée si je me transformais pour aller faire un tour en ville? J'ai besoin de dépenser un peu d'énergie avant d'aller dormir sinon, je vais rester éveillée jusqu'au milieu de la nuit. Mais, si ça t'embête, je peux aller au gym...»
«Non, non, non. Je ne suis pas contre. Il y a juste une étrange tension dans l'air, des étincelles de magie qui planent... Sois très prudente.»
«Promis. Tik' transforme-moi.»
Coccinelle grimpa sur la rampe de métal qui couronnait les panneaux de verre fermant son balcon et se jeta dans le vide.
Emma n'avait pas encore l'âge légal pour faire du bungee mais avait pu aller plus d'une fois expérimenter des simulateurs de chute libre et pourtant la sensation n'avait rien de comparable.
L'accélération, un vrai délice!
Elle inclina son corps moulé dans une combinaison rouge vers l'avant et sa descente verticale devint une plongée en direction des immeubles et des ruelles.
Au dernier instant, elle se rattrapa avec le yoyo, imaginant la voix de sa mère lui reprochant le geste inutilement téméraire comme elle l'avait fait durant la brève formation qu'elle lui avait fournie en paire avec les boules d'oreille.
Dissimulée sur le haut des toits, Emma partie plein nord entre les cheminées, se régalant de l'architecture et de l'urbanisme iconiques de la ville.
À une bonne distance de son quartier, elle fut distraite dans ses acrobaties par des rires moqueurs et un fort fracas de métal.
Cachée dans une réelle, elle observa trois adolescents musclés s'en prendre à une personne de plus petite taille qu'eux. Elle ne voyait pas bien celle-ci mais la silhouette portait un tablier de serveuse et la situation prenait place à l'arrière d'une salle de jeux.
«Et bien, on dirait qu'on s'amuse bien par ici?» fit-elle suavement en sortant de sa cachette. «Vous passez une bonne soirée, messieurs?»
«Plutôt, oui.» s'esclaffèrent les garçons en se bousculant. Elle voyait facilement qu'ils étaient impressionnés par sa présence. Elle n'en tint pas compte, elle avait connu ce genre de regard toute sa vie.
«Et vous voulez continuer de passer une bonne soirée?» demanda-t-elle très sure d'elle-même.
«Qu'est-ce que tu proposes?» demanda l'un des garçons en souriant comme si elle lui avait fait une proposition.
«Et si vous alliez voir ailleurs si j'y suis?» fit-elle très sérieusement entre ses dents.
Les trois garçons éclatèrent de rire mais acceptèrent de partir sans plus de troubles. Coccinelle se tourna vers l'employé qui avait commencé à ramasser les déchets répandus un peu partout dans la ruelle.
«Tu vas bien?» s'assura-t-elle.
«Oui.» soupira l'autre avec hésitation. «Merci de ne pas les avoir tabasser.»
«P-Pourquoi tu prends pour eux?» se surprit l'héroïne.
L'employée s'arrêta de travailler et s'assit sur ses talons pour la regarder. Un lampadaire un peu plus loin l'éclaira alors et Coccinelle pu voir ses yeux étincelants de colère et sa coiffure courte et bouclée disciplinée par du gel. «Tu viendras à mon lycée demain? Et tu vas attirer l'attention sur toi pour t'assurer qu'ils ne s'en prennent pas à moi?»
«Je suis désolée. Mais, je pensais que tu étais en danger.» s'excusa Coccinelle.
«Merci. Mais, ce n'était pas nécessaire.» soupira l'autre. À ce stade, la blonde adolescente ne savait plus si elle parlait à un garçon ou une fille. «Ils se moquent de moi dès qu'ils n'ont personne de plus intéressant à relancer depuis deux ans. Mais, ils savent qu'ils ne doivent pas franchir la ligne. J'ai trop de preuves contre eux. Si je suis blessée, ils seront tout de suite suspectés.»
Coccinelle aida l'autre à ramasser les derniers déchets et à les remettre dans la poubelle renversée.
Elle aimait bien le sang-froid et la vivacité d'esprit de cette personne. Elle aurait aimé la connaître davantage.
Finalement, elle lui tendit la main pour l'aider à se remettre debout et l'autre la regarda perplexe avant de se servir avec maladresse de la main tendue pour se relever.
«Je m'appelle Coccinelle. Comme tu dois le savoir...» fit avec malaise l'héroïne. Il n'y avait pas si longtemps qu'elle faisait équipe avec Tikki.
«Oui, je sais.» fit l'autre avec un peu de condescendance mais tout de même un sourire patient. «Moi, c'est Jas.»
«On dirait que tu ne m'aimes pas beaucoup.» sourit Coccinelle alors que l'autre était plutôt froide et se détournait déjà.
«Désolé, c'est pas toi. Merci de t'être arrêtée pour m'aider. C'est juste... la magie. Tu ne trouves pas que c'est un peu facile? De t'imaginer que juste parce que tu as des pouvoirs, tu peux tout faire. Que tu n'as rien à craindre. Que tu ne causes pas de dommages parce que tu es une gentille? C'est presque tricher.»
«Non, je sais que plus de pouvoirs qu'une personne normale signifie plus de désordre!» plaisanta-t-elle. «Je... Pardonne-moi de te le demander mais, est-ce que tu es une fille ou un garçon ou est-ce que tu te définit autrement ou...?» hésita la coccinelle très curieuse.
Jas fronça les sourcils et jeta un regard sur son corps et ses vêtements. Les cheveux foncés, un jeans gris, un pull noir, des bottillons et le tablier à la taille. «Euh... Ce n'est pas...» Jas soupira et repris : «Je suis moi c'est tout! Pourquoi tu as besoin de savoir?»
«C'est juste qu'on ne voit pas bien ici et j'étais curieuse.» avoua la jeune femme blonde.
«Il y a un F sur ma carte étudiante à côté du mot genre. Mais, je n'ai jamais laissé une étiquette me définir, peu importe ce que toi ou ces mecs pensez. C'est vrai que je ne met pas ma féminité en valeur pour avoir plus de pourboires mais, je m'habille simplement pour être à l'aise pour travailler. Tu me vois sortir les poubelles en talon et mini-jupe?»
«Non, tu as raison.» concéda Coccinelle. «Dé-désolée d'avoir demandé. Je vais te laisser reprendre le travail.»
«Bonne nuit dans ce cas.» fit Jas plus gentiment mais sans même lui jeter un autre coup d'œil.
Lorsque Coccinelle revint finalement à sa chambre après avoir escaladé toooouuus les étages menant à leur résidence en se dissimulant parmi les branches du mur végétal du bâtiment, elle trouva son père assis confortablement dans son fauteuil rose peluche préféré qui écoutait un reportage sur son téléphone.
«Je crois que tu avais le nez trop collé sur ton écran au point de te tromper de porte.» salua l'adolescente avec toute l'attitude qui venait avec les costumes et qu'elle avait appris à maîtriser grâce à ses parents.
«Nan. Je t'attendais. Je voulais vérifier une théorie.» lui retourna Adrien en souriant. «Je me demandais si la bague du chat noir ne convenait pas mieux à une créature de la nuit! Tu as école demain, jeune fille. L'aurais-tu oublié?»
«Non. Mais, de ce que j'ai toujours entendu dire, Maman et toi aviez l'habitude de sortir tard et d'arrivée également tard en cours.» pointa-t-elle avant de s'avancer sur la carpette blanche et douce et de chuchoter les paroles magiques.
«Peut-être mais on dit aussi qu'il faut dormir pour grandir. Moi, j'ai eu de la chance mais, si tu n'y prends pas garde, tu pourrais être obligée de te promener avec un escabeau pour prendre les choses sur la tablette du dessus comme ta mamie Sabine. Soit ça ou marier un géant.» plaisanta-t-il.
Emma lui tira la langue sans conviction. Elle était déjà pratiquement aussi grande que sa mère et dépassait de beaucoup sa grand-mère. Il était même possible qu'elle atteigne la taille mannequin plus tard selon les spécialistes.
«C'est vraiment pour me réprimander sur mon heure de coucher que tu m'as attendu?» douta-t-elle.
«Non. Je suis venu pour te dire que je t'aime.» fit-il très sincèrement. Trop sincèrement. Il y avait anguille sous roche.
«On s'est vu au souper. Et on s'est dit "bonne nuit" quand je suis venue dans ma chambre.» L'adolescente croisa les bras sur son torse et regarda son père avec inquiétude. Il était blagueur et joueur et câlin, parfois trop au goût d'Emma, mais, ça cachait quelque chose.
Puis, elle réalisa.
«Tu es là pour t'assurer qu'il ne m'arrive rien!» soupira-t-elle. «Papa, je ne risque rien quand je suis transformée. Et la ville est sure. Tu devrais être le premier à le savoir!»
«Tu n'es pas invincible.» lui retourna-t-il en se levant pour la regarder droit dans les yeux. «Et ce n'est pas parce que ton corps est protégé que ton cœur l'est. Tu rencontreras peut-être un jour, un grave accident de voiture qui te marqueras. Je n'ai aucune envie que tu sois choquée par ce genre de scène. J'aurais voulu t'épargner ça. Et surtout, je ne veux pas que tu rentres ici, la tête pleine de mauvaises choses et que tu te dises que tu es assez grande et que les grandes ne pleurent pas et que ça ne vaut pas la peine de venir nous réveiller pour en parler et que tu peux gérer toute seule même si tu fais un cauchemar ou deux.»
«Donc, tu m'aimes.» résuma Emma. «Ça va, j'ai compris.» soupira-t-elle. «Je m'en souviendrai.» le rassura-t-elle.
«S'il-te-plaît. Merci. Bonne nuit ma grande. Je suis fier de toi.» dit-il en déposant un baiser sur ses mèches blondes identiques aux siennes avant de se retourner vers la porte du corridor.
«Papa.» le rappela Emma. Il se retourna patiemment et l'encouragea à poursuivre avec un sourire calme.
«Est-ce que tu as déjà pensé qu'utiliser la magie des miraculous était comme tricher?» demanda-t-elle.
«Non. Mais, je pense que t'as mère oui, un peu au début.» réfléchit-il. «Je n'ai jamais pensé que j'utilisais un avantage déloyal parce que, tout d'abord, les bad guys d'en face avaient aussi des avantages du même type et que je devais pouvoir les affronter et même avoir le dessus pour protéger la population. Ensuite, il y avait aussi les gens ordinaires avec leurs problèmes ordinaires et injustes que je croisais durant les patrouilles. Je n'ai jamais considéré que je trichais parce que ta mère et moi avions pour règle de ne jamais utiliser nos pouvoirs à des fins personnelles.»
«Donc, utiliser ta transformation pour aller lui rendre visite chez papi et mamie, c'était uniquement pour le bien commun?» taquina Emma.
«En dehors des quelques occasions où j'ai évité que la fille derrière le masque de Ladybug soit akumatisée, j'avoue que c'était un peu parce que j'avais besoin d'équilibre dans ma vie trop solitaire. Mais, Plagg a toujours été complètement d'accord avec moi. Surtout après avoir avalé une montagne de Camembert.» fit-il avec un air trop sérieux.
Emma rigola et son père demanda encore: «Pourquoi cette question?»
«C'est... j'ai discuté avec quelqu'un ce soir. Et... ce n'est pas une de mes fans.» hésita Emma et sentant un froid étrange dans sa poitrine.
Adrien s'inclina jusqu'à pouvoir scruter le regard de sa fille au fond des yeux.
«Quoi?» fit la jeune blonde en reculant d'un pas.
«Il y a quelque chose sur ton visage.» répondit-il. «Quelque chose que je n'y ai jamais vu.»
Emma se retourna vers son miroir, cherchant une trace de saleté qu'elle ne trouva pas.
«Pour répondre à ta question.» poursuivit Adrien derrière elle. «Coccinelle ce n'est pas juste ce que tu fais, c'est aussi qui tu es. Avoir deux personnalités, et parler à une même personne avec ces deux personnalités... c'est peut-être un peu tricher mais... ta mère ne s'en est jamais plainte.»
Sur ce, il sortit de la chambre de sa fille qui retourna vers le miroir pour essayer de comprendre tout ce que son père sous-entendait.
Emma était restée légèrement anxieuse pour le reste de la semaine. Devait-elle essayer de retrouver Jas avec le masque de Coccinelle?
Puis, un groupe de filles de l'école fit des plans pour le vendredi soir.
«J'ai aperçu un petit endroit sympa que j'aimerais bien visiter.» lança-t-elle.
Il n'en fallait pas plus pour que plusieurs filles parlent de l'accompagner. Elle était simplement trop populaire.
Subtilement, les plans s'orientèrent pour qu'une dizaine d'entre elles viennent chez elle pour terminer de se préparer. La chambre d'Emma contenait plus de maquillage et d'accessoires de mode que certaines boutiques parisiennes. Elles retrouveraient en plus une autre dizaine d'amies sur place.
Emma était trop nerveuse pour apprécier la visite de ses amies qui venaient de toute façon pour avoir une chance de rencontrer sa mère. (pour la plupart. Certaines rêvaient de rencontrer son père et ça, c'était juste créateur de malaise.)
Mais Emma craignait maintenant qu'un groupe d'autant de filles excitées soit trop de travail pour Jas et ses collègues. Elle ne connaissant pas du tout la taille de la salle de jeux.
Elle craignait aussi que les filles critiques l'endroit et décident de partir tout de suite. Elle craignait...
Bref, elle était nerveuse depuis que son père lui avait mis cette idée en tête.
S'il ne l'avait pas fait, elle n'aurait pas passé la semaine à se demander ce que Jas penserait de la fille derrière le masque et elle n'aurait pas, au final, eu ce besoin impératif de la revoir.
S'accrochant à cette idée pour ne pas se sentir trop coupable, elle franchit la porte avec curiosité.
L'endroit s'annonçait officiellement comme une arcade et c'était vrai, il y avait beaucoup de machines de jeux. Mais aussi plusieurs canapé, une piste de danse et les derniers hits radio remixés pour les clubs.
L'endroit étant d'abord une arcade, la clientèle comptait beaucoup d'adolescents. Il y avait bien quelques filles mais, une vingtaine de plus fit sensation.
Rapidement, le groupe s'éparpilla dans la salle modeste et plusieurs des filles de la bande se rapprochèrent des garçons déjà sur place, créant des expressions plus ou moins satisfaites sur le visage des serveuses/barmaids/préposées travaillant sur place.
Emma s'en rendit compte tout de suite parce que c'était pour l'une d'entre elles qu'elle était présente ce soir.
La plupart portaient des jupes courtes et des hauts moulants dont certains dévoilaient la peau à la taille. Elle comprit immédiatement le commentaire de Jas sur le fait de choisir sa tenue pour avoir du pourboire.
Elle réalisa aussi que ce n'était pas tant le surplus de travail que représentait leur présence qui était amer pour les employées mais, la baisse de l'attention des garçons sur elles.
Avec une amie, Emma s'approcha du bar. Elle se doutait qu'elle ne trouverait pas Jas parmi les serveuses à proprement parler.
La carte présentait une large variété de breuvage sans alcool mais, la caféine y régnait en maître. Elle se laissa tenter par un lait frappé et s'excusa à la serveuse qui prépara sa commande et le jus de fruit de son amie pour ne pas avoir prévenu de leur arrivée.
«Aucun problème.» lui répondit celle-ci en souriant poliment.
Emma décida alors de donner un gros billet comme pourboire pour toute l'équipe en partant. C'était une pratique qu'elle avait souvent vu ses parents adopter. Lorsqu'ils invitaient un groupe dans un lieu public, ils payaient souvent pour le groupe et laissaient un généreux surplus pour le service.
Une heure plus tard, Emma s'était convaincue que Jas ne travaillait pas ce soir-là et qu'elle avait fait le déplacement pour rien.
Elle commença alors à se détendre et décida de se consoler en s'amusant avec ses amies.
Finalement, ce n'est qu'à l'approche du moment où les filles raisonnables songent à rentrer qu'elle aperçu la fille de l'autre jour.
Dans un jeans marine et un pull épais, elle faisait la vaisselle derrière le comptoir de service puis, elle la vit passer le balai pour ramasser des pop-corn tombés au sol dans la salle.
Elle avait désespérément envie de lui demander si les brutes s'en étaient finalement prises à elle. Si elle avait passé une bonne semaine, si elle avait repensé à leur rencontre autant qu'elle...
Mais, ne trouvait absolument rien pour l'aborder qui ne serait pas un fardeau inutile pour elle. Et demander la direction des toilettes était juste un peu glauque.
Lorsque Jas retourna derrière le bar pour ranger des verres, elle saisit alors l'occasion et s'avança pour donner le pourboire de groupe à la serveuse. Elle tourna du même coup un sourire lumineux vers Jas et s'excusa du surplus de ménage.
«Oh! C'est bien pire durant les vacances scolaires.» plaisanta-t-elle avec le même sourire poli que l'autre.
Emma s'isola ensuite pour demander des voitures au service de raccompagnement privé où ses parents étaient clients. Elle avait entraîné ses amies trop loin de leur quartier et voulait s'assurer que toutes rentrent sans problème.
Mais, la porte d'un bureau s'ouvrit près d'elle et par réflexe, elle se dissimula en reconnaissant son nom. «On devrait lui demander de nous faire de la pub!» s'exclamait la voix d'un homme adulte par plaisanterie.
«Demande-lui si tu veux ou demande à une des serveuses de le faire pour toi si tu y tiens. Mais moi, je ne m'entends pas bien avec les princesses.» résonna la voix de Jas.
«Il paraît qu'elle est très sympa.» lui fut-il répondu.
«Je n'en doute pas. Bonne nuit et merci pour le changement d'horaire.»
«Sans problème, Jas!»
Et bien. Dire qu'Emma ne voulait pas abuser de ses pouvoirs pour espionner l'adolescente qui la fascinait! Elle n'avait finalement pas fait vraiment mieux. Elle fit même pire ensuite parce que Jas la découvrit dans sa cachette.
La grande adolescente aux cheveux foncés prit d'abord un air coupable. Puis, elle réalisèrent toutes les deux la situation exacte et Jas fronça les sourcils.
«J'étais juste venue appeler le chauffeur.» expliqua la blonde en montrant son téléphone toujours dans sa main.
Jas ne répondit toujours pas. Avec la lumière franche du corridor, Emma se rendit compte qu'elle avait un visage très féminin avec des pommettes adorables. Elle devait avoir été vraiment surprise quand Coccinelle lui avait demandé si elle était un garçon.
Elle devait aussi avoir une année ou deux de plus que l'héritière et s'autorisait donc à prendre un petit air supérieur qui ne déplaisait pas à Emma.
Pas supérieur réalisa-t-elle. Juste plus calme et mature.
Comme si elle avait l'habitude d'être celle qui cédait aux caprices des autres.
«Je suis désolée que tu m'aie entendu.» fit tout de même Jas avec malaise. «Je ne voulais pas t'offenser ou parler contre toi. C'est juste que je n'y connais rien en mode et en autres trucs superficiels. On aurait pas beaucoup à se dire. On est trop différentes voilà.»
«La mode n'est pas superficielle.» argumenta Emma timidement. Elle n'avait pas du tout envie d'être contre Jas sur un sujet qui remplissait autant sa vie. Et pourquoi avait-elle autant d'images coquines en tête du subitement?
La plus grande sourit avec beaucoup de doute et jeta un regard au skinny jeans qu'Emma avait assortie avec de petits talons bas, un chandail moulant mettant son teint en valeur et juste la bonne quantité d'accessoires.
Emma se sentit vibrer dans ses souliers sous son regard.
«Je n'y connais rien.» répéta l'autre en haussant les épaules.
Elles sortirent ensuite avec malaise du corridor et Emma rejoint ses amies pour partir peu après.
Le lendemain, à son corps défendant, Emma alla rejoindre sa mère pour lui demander de l'aide.
Avec les années, Marinette n'avait pas seulement établi sa réputation sur la qualité de ses produits et le génie de son talent. Elle était reconnue pour ses conseils en apparence vestimentaire. Dans ses boutiques, les vendeuses étaient formées, non pas pour faire les ventes les plus élevées mais, pour rechercher le look idéal et personnel de la clientèle.
La compagnie s'était ainsi démarquée en établissant une clientèle fidèle et avait rapidement grimpé au même niveau que la compagnie Gabriel malgré la politique plus traditionnelle et agressive pour les affaires qu'avait valorisé son beau-père.
Donc, selon Emma, s'il y avait quelqu'un qui pouvait expliquer le vrai sens de la mode à Jas, s'était bien sa mère.
La liste d'attente pour un relooking de sa part était plus longue que les réservations des tables au Jules Verne, considérant qu'elle n'en faisait qu'une par semaine. Mais, il lui était déjà arrivé à l'occasion d'offrir des conseils aux amies d'Emma et une fois ou deux, l'une d'entre elles avaient eu la chance d'être invitée au siège de la compagnie.
Lorsqu'elle rejoint le hall d'entré, Paris, la jeune sœur d'Emma trottina vers elle et lui tendit les bras. L'aînée la souleva sans hésiter. «Tu amène Paris au travail?»
«C'est la journée des Princesses.» expliqua Marinette en cherchant son téléphone.
«Tu viens prendre le thé avec nous, Emma?» demanda la petite de sa voix flûtée. Marinette la regarda aussi, attendant sa réponse.
À l'exception du brossage de dent et de prendre le temps de comprendre avant de juger, Marinette et Adrien n'avaient jamais obligés leurs enfants à faire ce qu'ils ne voulaient pas.
Par contre, ils leurs avaient apprit la valeur de la générosité et tout ce que leur présence lors d'une journée caritative pouvait offrir à ceux moins chanceux qu'eux.
Quand Emma avait quatre ans, Marinette avait créée une journée annuelle spéciale où elle et ses couturières offraient des robes de rêves a des fillettes entre quatre et huit ans venant de familles à faibles revenus.
C'était un festival de tulle et de paillettes, de quoi effaroucher proprement Jas en l'invitant. Même si la créatrice gardait toujours le soucis de s'assurer que chacune se sente bien et s'accepte.
«S'il-te-plaît!...» la poussa Paris.
Le regard bleu d'Emma rencontra le regard vert de Paris. Les deux sœurs avaient également des frères. Deux terreurs de neuf ans jumeaux, casse-cou et inséparables. La chevelure aussi noire que celle de leur mère, ils étaient identiques à l'exception de leur yeux. Hugo avait les yeux verts et ceux de Louis étaient bleus.
Il en allait de même pour le regard des sœurs même si onze ans les séparaient. Elles avaient la blondeur de leur père et les prunelles de chacun des parents. Et Paris était assurément adorable.
Personne ne pouvait lui résister, pas même les jumeaux alors, surtout pas Emma. «Naturellement, Riri! Je viens avec toi.»
Une ribambelle de crinoline paradant, tournoyant, dansant autour d'elles plus tard, Marinette s'approcha de sa grande fille. Elle ne voulait pas ignorer le mélange de déception et d'espoir qu'elle avait perçu dans l'hésitation de sa fille plus tôt.
Elle n'avait rien à dire, sa fille savait déjà, simplement dans le silence de sa mère que celle-ci était là pour elle.
«J'ai rencontré quelqu'un.» avoua Emma.
«Merveilleux.» souligna simplement Marinette.
«Et je ne sais pas ce que ça va donner. On est complètement différentes l'une de l'autre. Comme si on venait de deux planètes opposées. Mais, je n'arrête pas de penser à elle et à ce qu'elle m'a dit. C'est peut-être juste de la curiosité. Et après tout, je ne lui ai parlé qu'un grand total de dix minutes.» confia Emma d'une seule traite.
«Mais, tu voudrais qu'elle t'apprécie davantage.» déduisit Marinette.
«Papa t'a déjà raconté tous les détails?» fronça Emma. Comment ses parents avaient-ils pu faire le lien?
«Je te trouvais songeuse cette semaine et il m'a dit que tu avais rencontré quelqu'un qui n'était pas une de tes admiratrices.» sourit-elle.
«J'ai l'impression qu'elle n'est pas du genre à être la groupie de quelqu'un! Je voudrais juste la convaincre que la mode n'est pas que superficielle. Qu'il y a plus dans une robe de princesse que les paillettes.» termina-t-elle en indiquant les petites qui jouaient à la dînette avec les couturières.
«J'aimerais bien la rencontrer.» s'exclama sincèrement la créatrice.
Emma la regarda.
«Une personne qui te fait autant d'effet, c'est moi qui suis curieuse.» sourit de nouveau Marinette.
Emma était passée à quelques reprises à la salle de jeux durant les deux semaines suivantes sans apercevoir l'employée qu'elle cherchait.
Elle eu finalement de la chance le samedi suivant mais, elle était toujours nerveuse de l'aborder. Pour n'importe qui, une rencontre avec Marinette Dupain-Cheng ne se refusait pas. Mais, qu'en dirait Jas?
«Je suis contente de tomber sur toi aujourd'hui. Tu n'étais pas ici la dernière fois que je suis passée.» ouvrit Emma.
«J'avais des examens.» s'excusa Jas. «Pour me qualifier pour un autre lycée. Ils offrent une formation spécialisée en architecture.»
Emma s'illumina : elle venait de trouver une passion qui les réunissait. «Tu aimes l'architecture?» sourit-elle.
«Oui. Toi aussi?» se surpris Jas.
«L'Histoire de l'architecture plutôt.» précisa Emma avec malaise avant d'avouer. : «Bon d'accord, j'aime surtout l'histoire de l'art. Mais l'architecture est une forme d'art incontournable et l'une de celles qui me plaît le plus. Difficile de faire autrement que d'aimer l'art à Paris. J'adore visiter la ville.»
«Moi aussi.» concéda Jas.
«Parlant de visiter.» relança Emma après un silence «Je voulais t'inviter à venir visiter les locaux de la compagnie de ma mère.» rougit-elle.
«Pourquoi?» demanda le brune, étonnée, en haussant un sourcil d'incompréhension.
«Parce que je voudrais te montrer que la mode n'est pas toujours superficielle.» répondit posément Emma en croisant les doigts pour se porter chance. «Et si vraiment, la mode ne t'intéresse pas, dis-toi que c'est une chance unique de découvrir les besoins de ce genre d'industrie en terme d'architecture.»
Jas accepta par curiosité et elle ressemblait à un poisson hors de l'eau lorsqu'Emma était venue la prendre en voiture.
Elle voyait bien que la brune avait fait un effort sur sa tenue. Elle avait mis une robe (qui ressemblait surtout à un t-shirt et une jupe cousues ensembles pour avoir l'air de former un sac de patate) et du rouge à lèvres qui ne lui allait pas. «Ça ne te fait pas étrange d'être sur le siège arrière d'une voiture avec quelqu'un qui n'est pas de ta famille au volant?» demanda Jas en chuchotant.
«J'ai quinze ans et je ne sais pas conduire.» balaya Emma. «Et ce n'est pas comme si je pouvais prendre les transports en commun sans être accompagnée. Quand les fans me trouvent, ils mettent des heures à me laisser partir si je suis seule. Ce transport, c'est un peu comme un taxi de luxe.»
Emma se chargea elle-même de la visite. Elle connaissait très bien les lieux.
Jas était, à juste titre, impressionnée par les travailleurs et intéressée par tout ce qu'elle voyait mais, Emma avait l'impression qu'elle n'était toujours pas convaincue de l'utilité de tout cela.
La visite se termina par le bureau de Marinette qu'Emma avait gardé pour la fin. Son assistante sourit à Emma et celle-ci entra sans bruit dans le bureau de sa mère qui discutait au téléphone avec une cliente toute en replaçant des épingles d'une tenue installée sur un mannequin sur roulette.
Elle sourit à sa fille et reporta son attention sur Jas avec un regard scrutateur.
La jeune femme se sentit instantanément mal à l'aise dans cette robe et réalisa que tout le bâtiment avait dû penser qu'elle faisait pitié. Pourtant cela ne l'avait pas dérangée plus tôt. Elle n'avait pas attaché d'importance à ce que les autres pensaient. C'était une autre histoire avec la mère d'Emma qui avait eu la gentillesse de l'inviter même si elles ne se connaissaient pas.
La veille, elle s'était dit qu'Emma l'invitait parce qu'elle trouvait son look vraiment moche et voulait lui mettre la honte. Elle s'était ensuite dit que ce qu'ils penseraient tous d'elle lui importait peu mais, elle n'avait pas pu s'empêcher de mettre la seule robe que contenait son armoire et aussi de s'attendre à un regard méprisant de la part de la blonde lorsqu'elle était montée dans la voiture.
Tout au long de la visite, elle avait plutôt pensé qu'Emma voulait sincèrement être son amie, aussi bizarre que ça paraisse et s'était détendue jusqu'à ce qu'elle arrive devant sa mère.
Marinette mit rapidement fin à sa conversation avec une voix haut-perchée et boudeuse qui se plaignait.
«Désolée! Dans ce métier, il faut gérer toutes sortes de clientèle.» sourit Marinette. «Tu dois être Jas. Je suis bien contente de faire ta connaissance.»
«Moi de même, Madame.» répondit poliment l'adolescente en serrant la main tendue.
«Appelle-moi, Marinette, s'il-te-plaît. Je ne suis pas si vieille.» sourit la pdg. «Et justement, il y a une part de moi qui est toujours adolescente et lorsqu'Em m'a lancé un défi, je me suis dis que je devais absolument le relevé. Question de fierté, tu comprends?»
«Je vois.» fit Jas amusée de la familiarité de la designer qui s'était perchée à moitié sur son bureau et qui balançait joueusement la jambe comme une enfant.
«Mais pour relever ce défi, je vais avoir besoin de ton aide. Emma m'a mise au défi de te faire découvrir ce qu'elle aime tant dans la mode. Tu veux bien te prêter au jeu une petite heure? Je te jure que tu ne te sentiras pas coincée et on te mettra mal à l'aise le moins possible.»
Aux côtés de Jas, Emma était rouge tomate. «J'accepte.» sourit la brunette pour la rassurer. C'était une journée d'activité de toute façon et ça pouvait être amusant. Elle n'avait rien contre les déguisements. …Tant qu'aucune photo ne se retrouvait sur les médias sociaux.
Marinette sourit davantage et d'un air malicieux. Elle se dirigea vers son téléphone et demanda qu'on lui apporte un article codé.
Puis, elle retira le ruban à mesurer qui se trouvait autour de son cou et demanda à Jas de monter sur un petit podium et lui demanda la permission de prendre quelques mesures.
«Vous n'avez pas besoin que je retire mes vêtements ou autre chose pour ça?» fronça l'autre.
«Ça, c'est dans les films!» sourit Marinette. «Ou pour les bikinis. Mais, non, je ne te ferai pas enfiler de bikini!»
«Pas aujourd'hui.» ajouta-t-elle dans un murmure.
Les mesures prises en quelques minutes, l'assistante entra avec du thé et un plateau de pâtisseries et les trois jeunes femmes discutèrent de l'architecture de Paris pendant que Marinette dessinait une rapide esquisse qu'elle confia ensuite à son assistante.
Emma et Marinette connaissaient des secrets d'architecture dont peu de gens étaient au courant et Jas en fut impressionnée.
L'assistante revint quelques minutes plus tard avec un jeans entre le bleu et le gris et Marinette demanda à l'amie de sa fille de l'enfiler derrière un large paravent.
De retour sur le podium, elles poursuivirent l'agréable conversation pendant que Marinette marquait le tissus un peu partout sur les jambes de Jas avec un bout de savon.
Puis, le jeans repartit et une vingtaine de minutes plus tard après que Jas, perplexe se demandait quand Marinette allait aborder la question de la mode si elle voulait vraiment la convaincre que ce domaine était essentiel, l'assistante revint avec deux pièces de vêtement et une boîte à chaussures.
Jas revint pour se contempler dans un miroir.
Tout était extrêmement confortable et aucun de ses mouvements n'étaient gênés par les vêtements. Avec le jeans remodelé, elle avait enfilé un pull de lainage fin. Il était gris et bourgogne et lorsqu'elle se regarda dans la glace, elle se trouva différente sans pouvoir dire pourquoi.
Même les chaussures lui donnaient l'impression d'être plus stables sur ses jambes.
«Personne n'est identique. Même pas des jumeaux.» expliqua Marinette. «La "mode" signifie bien souvent la nouvelle invention que les créateurs ont rendue populaire. Mais, la mode, c'est plus que ça. C'est une coupe qui épouse naturellement le corps, c'est une teinte précise de tissus qui met en valeur la combinaison de la peau, des yeux et des cheveux... Pourrais-tu enfiler cette chaîne et retirer ton maquillage s'il-te-plaît?» La designer lui tendait un étui de suède et une lingette.
Jas s'exécuta et remarqua le nouvel effet qu'avait la chaîne en or sur son apparence. Si elle osait, elle aurait pensé que la brillance de la chaîne rendait le maquillage inutile.
«Ce qu'on appelle la mode, c'est d'abord et avant tout d'être bien dans sa peau. Ce qu'on porte ne doit pas seulement être en accord avec notre apparence extérieure mais également avec ce qu'i l'intérieur. Le meilleur design sera gâché si la personne qui le porte ne s'y sent pas bien. C'est pour cela que le travail de mannequin est un véritable travail. Ce n'est pas seulement de prendre la pose et de sourire. C'est aussi d'arriver à faire corps malgré tout avec n'importe quelle tenue.»
«Je dirais... que vous avez relevé votre défi.» sourit Jas.
Pendant Emma et Marinette applaudissaient et éclataient de rire mutuellement, Jas voulu aller se changer et Marinette l'arrêta.
«Attends, tu peux garder la tenue, tu sais. Je l'ai faite spécifiquement pour toi et j'imagine que tu seras plus à ton aise.»
«Pour quoi?» fronça Jas.
«Parce qu'il fait un temps magnifique dehors et que moi, je suis coincée dans ce bureau. Ce serait une honte que vous n'en profitiez pas pour aller vous balader dans Paris!»
Rouge à son tour, Jas remercia chaleureusement Marinette et les filles quittèrent l'immeuble.
«Tu n'as pas peur d'être encerclée par les fans?» questionna Jas.
«Tu es avec moi.» pointa Emma. «Si quelqu'un essais de m'accaparer, je leur dirai que tu es ma priorité.»
Un silence chaleureux passa entre elles et Jas glissa sa main dans celle d'Emma. «Je ne les laisserai pas t'arracher à moi.» sourit-elle en perdant son regard protecteur et calme dans celui de la blonde. Pour une fois, aucune des deux ne se sentaient plus seules.
