La douleur dans sa tête ne semblait jamais vouloir s'arrêter. Il n'aurait pas pu dire depuis combien de temps il était plongé dans l'obscurité, mais cela lui avait paru une éternité. Pendant un temps, il avait été comme privé de ses sens, anesthésié, à peine conscient. Juste lui, et le noir. Combien de temps s'étaient écoulés ?
Puis, la douleur était venue. Une douleur vive et acérée, comme si on labourait son crâne à coup de marteau. Une douleur qui avait néanmoins réveillée sa conscience de sa léthargie, et des bribes de pensées avaient commencés à recirculer dans son esprit. A moins que ce soit le réveil de sa conscience qui avait réveillé la douleur.
D'abord, c'est la perception du temps qui lui revint. Chaque seconde passée, laminée par la douleur, il pouvait désormais la percevoir. Les minutes. Les heures. Une nouvelle éternité passa ainsi, mais cette fois, il était capable d'en distinguer l'écoulement. Enfin la douleur s'apaisa un petit peu. Mais le répit ne fut que de courte durée… Alors qu'il était jusque-là plongé dans un silence intense, ses tympans furent pris d'assauts par un chaos soudains. Un bruit puissants, qu'il ne pouvait encore distinguer, percuta son esprit comme un uppercut.
Instinctivement, il plaça aussitôt ses mains sur ses oreilles. Ce faisant, il reprit conscience de ses mains. Il les avait bougés sans même en prendre conscience. Ses mains. Ses oreilles. Il pouvait les sentir, percevoir leur présence. Sa tête. Son torse. Un contact avec quelque chose de dur. Ses jambes. Et enfin, ses pieds.
Le bruit commença, petit à petit, à cesser de l'assommer. Ses sens s'éveillaient. Il pouvait sentir son corps en contact avec le sol. Il tenta de bouger ses bras, ses mains. Difficilement, il déplaça ses mains vers sa tête, tâta de ses doigts les formes de son visage, son nez. Ses yeux. Ses yeux…
Lentement, ses paupières s'ouvrirent. Une fois encore, ce fut une véritable attaque sensorielle. La lumière carbonisa sa rétine, si bien qu'il les referma aussitôt. Même si ce ne fut qu'un bref instant, il avait retrouvé la lumière. Bien que la sensation fût extrêmement désagréable, il senti immédiatement le besoin de rouvrir ses yeux.
Pendant ce temps, ses oreilles s'étaient finalement habituées au bruit, et il pouvait à présent saisir la nature des bruits qui l'avaient assailli. Deux voix s'entrechoquaient, d'un ton abrupt. Il rouvrit les yeux. Bien qu'encore éblouit, il parvient cette fois à les garder ouverts. Il lui fallut quelques secondes, peut-être plus, pour s'habituer à la lumière.
La première chose qu'il vu fut les murs, parfaitement blancs, comme la neige. Il était dans une grande salle aux murs et au plafond blanc. Et il n'était pas seul. Un groupe d'individus dispersés dans tout la salle. Parmi eux, deux hommes, face à face, semblaient s'invectiver.
Il prit conscience qu'il était étendu sur le sol, comme un pantin désarticulé. Il tenta de se relever mais ses jambes refusaient encore à lui répondre, si bien qu'il fut réduit à s'agiter le torse et les mains en vain. Cela eu néanmoins le résultat de lui attirer l'attention de l'un des deux hommes qui s'approcha de lui. C'était un individu imposant, à la barbe grisonnante et à l'air sévère.
-Tu va bien fiston ? lui lança-t-il, en lui tendant la main.
Cette fois il avait parfaitement réussi à comprendre les mots qui lui avaient été adressés.
Il s'accrocha à la main qui lui était tendue en bafouillant. Aucun mot discernable ne sortit néanmoins de sa bouche.
-Alors ? On a du mal à émerger ? J'ai commencé à croire que tu te réveillerais jamais.
Autour d'eux, les quelques personnes présentes dans la salle se rapprochèrent avec curiosité.
D'un coup sec, il l'aida à se relever sur ses deux jambes. Il vacilla mais parvint à rester debout.
-Eh bien, tu n'es quand même pas muet ?
Il était désormais encerclé par le groupe, assaillis de regards. Il senti la nausée lui monter à la tête. Une voix retentie alors, brisant le brouhaha qui s'était installé.
-Ecartez-vous, laissez-le respirer. Vous voyez bien qu'il a besoin d'air. C'était une jeune fille aux cheveux roux éclatants qui s'était exprimée. Aussitôt, le groupe s'écarta.
A présent, il avait plus ou moins repris ses esprits, et son corps répondait plus ou moins correctement à ses impulsions. Il pouvait désormais se rendre compte de la tension qui régnait au sein du groupe réuni dans cette salle blanche, ainsi que de sa nature hétérogène : Un jeune garçon, quelques adolescents, quelques hommes et femmes dans la force de l'âge et même un vieillard. En tout, ils n'étaient pas plus d'une douzaine, les visages tendus et les dents serrés. Parmi eux, l'homme qui lui avait tendu la main, ainsi que celui avec qui ce dernier avait échangé quelques brutales répliques. Sans oublier la jeune fille qui se tenait à côté du premier.
-Je comprends que tu dois être pas mal désorienté. C'est le cas pour tout le monde ici. Moi c'est Adam, se présenta le grand homme. On ne pouvait que remarquer au premier coup d'œil sa carrure musclée et son physique imposant, qui tranchait avec son regard bienveillant. Il devait bien avoir dans la quarantaine, peut-être même plus, comme en témoignait ses cheveux bruns grisonnants.
-Tu peux m'appeler Rin, se présenta à son tour la fille d'un ton assuré. Après un temps d'hésitation, elle ajouta : Adam est mon père.
A première vue, il était difficile d'observer une quelquonque filiation entre le père et la fille tant ils n'avaient rien de semblable. Elle avait l'air d'avoir dans les environs de 17 ans, peut-être moins, possédait de longs cheveux roux écarlates et un teint très clair, les traits de son visage étaient très fins, même si d'étranges lunettes teintées en couvraient une partie et dissimulaient ses yeux, empêchant une comparaison plus poussée.
-Et toi mon gars, c'est quoi ton nom ? Reprit Adam.
-Mon nom ?
Son nom ? Il avait un nom. C'était quoi son nom ? Il tenta de remuer son esprit… mais il se rendit compte qu'il était incapable de se souvenir de quoique ce soit d'avant le trou noir. Il n'avait aucun souvenir d'avant les ténèbres.
-Je ne m'en souviens pas… Où sommes-nous ?
L'homme qui s'était présenté sous le nom d'Adam lâcha un rire nerveux.
-Là-dessus… On en sait autant que toi. On s'est réveillé un peu avant toi dans ce lieu étrange. Tu es le dernier à reprendre conscience, on se demandait si tu allais même te réveiller à un moment. Mais de là à oublier son propre nom… Tu te souviens de ce que tu faisais avant ton réveil ici ?
-Non… De rien du tout.
Adam eu l'air songeur.
- N'as-tu rien sur toi qui puisse te rappeler quelque chose sur ton identité ? Il semble que nous n'avons pas été dépouillés de nos biens durant le processus de notre transfert dans cette salle.
Comme pour accompagner ses paroles, Adam sortit de sa poche une Pokéball de sa poche. Il l'a rangea néanmoins aussitôt.
L'idée était bonne, mais vaine : il ne possédait pas la moindre poche, et ses vêtements, un pantalon et un t-shirt blanc avec un étrange symbole , ne donnaient pas le moindre indice sur qui il pouvait bien être. Maintenant qu'il y pensait, il ignorait à quoi il ressemblait, et même son âge ! Cette pensée le dérangea un peu.
Le silence s'était peu un peu installé dans la salle et les plus jeunes membres du groupe ainsi que les plus paniqués avaient plus ou moins repris leur calme. C'est à ce moment-là qu'une voix retentie dans toute la salle, faisant sursauter même l'imposant Adam.
-Ca y'est tout le monde est là ?
La voix résonnait très fort dans toute la salle, probablement issue d'un haut-parleur caché.
-Vous vous demandez surement pourquoi vous avez été rassemblés ici… Mais un dessin vaut mieux que mille mots pas vrai ?
Sur ces paroles, un pan d'un des murs s'éleva, laissant apparaître une ouverture. Une créature en sorti. Puis une autre. En quelques secondes, une horde entière de Pokémon à l'allure agressive avaient pénétrés dans la pièce, un imposant Maganon marchant en tête.
-Bien on se revoit tout à l'heure. Du moins pour ceux qui survivront…
Adam fut le premier à réagir. En un instant, sans perdre son sang-froid et avant que la panique ne s'empare du groupe.
-Damian, protège ceux qui ne possèdent pas de Pokémon ! Les autres, derrière lui !
L'homme qui se tenait non loin de lui sorti aussitôt de sa stupeur, et recula, sortant de sa poche une Pokéball.
-Vous l'avez entendu ! Derrière moi ! grommela ce dernier à l'attention du reste du groupe. Il envoya sa Pokéball devant lui, révélant un Charmina.
Aussitôt, tous vinrent se placer derrière lui. Certains sortirent également leur Pokémon : un des adolescents envoya son Braisillon, et un des hommes envoya un Ouvrifier.
Adam envoya quant à lui de sa Pokéball un imposant Chartor.
Suivant un geste d'Adam, ce dernier fit face au Maganon. Il remarqua bien tard que le jeune amnésique n'avait pas fais un pas pour se mettre à l'abri.
