La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Univers Alternatif Moderne
Zakuro Ruby Kagame
©Tous droits réservés
Au-delà du virtuel
Des météores me percutaient le crâne tandis que je bourrinais la touche X de la manette raccordée à ma tour pour faire pleuvoir des boules de feu un peu partout à la en-veux-tu-en-voila. Il était seulement dix heure et l'écran noir de chargement me fit gracieusement cadeau de mon reflet digne d'un cadavre ambulant de Rob Zombie : mes yeux étaient plus rouges que la canette de soda posée sur la table et certainement aussi gonflés que deux brioches encore chaudes. Tout ça car je n'avais pas dormi de la nuit. J'avais presque du mal à reconnaitre leur teinte bleuet.
—Si tu n'es pas capable de me couvrir, ma présence est parfaitement inutile.
—Désolée, faut que je mange un truc.
Je me dirigeai dans un coin de la grande salle où pleuvaient éclairs et boules de feu afin d'ouvrir mon inventaire tout en espérant ne pas me prendre une stalactite sur le coin de la pomme qui m'aurait envoyée direct à la dernière statue de résurrection sans passer par la case récompense. Un lot de « galettes papattes » plus tard j'étais de nouveau parée.
—Tu à l'air ailleurs, Byleth.
—T'inquiète.
J'avais demandé de l'aide à ma coéquipière de jeux depuis six mois maintenant afin de farmer un donjon pour compléter ma panoplie.
—Tu vises un peu haut, tu sais que tu n'as pas le niveau pour cette salle ?
—Je sais. Mais la précédente ne rapporte pas assez.
—Donc tu joues au dessus de tes moyens.
—Seulement car tu es là. Les autres joueurs en ligne ne sont pas aussi talentueux que toi hélas.
—Je vais prendre cela comme un compliment bien que la flatterie n'augmentera certainement pas tes statistiques de loot.
Non mais elle fonctionnait à merveille lorsque j'avais besoin qu'elle me rende service. Bien-sûr, je ne faisais pas que profiter de ses vingt niveaux supérieurs au mien mais aussi et simplement de sa présence lors d'une partie. Jouer à deux était bien plus amusant que seule.
—Eh merde, je lâchai lorsqu'une barrière de glace me priva de pas moins d'une moitié de mes points de vie.
—Tout va bien ? Tu as vraiment l'air absente.
—J'ai passé la nuit à écrire, je suis seulement fatiguée.
—Eh bien, au moins tu as pu avancer.
—Tu parles, je n'ai fait que deux chapitres de plus et je suis loin de la dizaine que j'ai promis pour la fin de la semaine.
Et nous étions déjà jeudi.
—Tu es sûre de pouvoir te permettre de jouer ?
—Non, mais j'en ai besoin.
Car ces parties étaient mes seules bouffées d'oxygène entre deux chapitres.
—Tu devrais penser à dormir.
Certainement.
—Et arrêter de vaper, elle devina lorsque j'expulsai lourdement une poche d'air parfumée. Tu vas ruiner ta santé.
Ca aussi, j'en avais besoin entre deux chapitres et parties de jeux en ligne.
—Pour les jeux comme pour le travail, tu vises un peu trop haut, Byleth. Pourquoi n'annonces tu pas quelque chose de plus raisonnable afin de respecter tes délais ?
Il n'y avait bien-sûr que ma camarade et désormais amie pour comparer une simple partie de jeux avec ma deadline bien qu'elle ne me réprimandait que rarement malgré ne pas en penser moins.
—Tu devrais prévenir ta patronne. Ce n'est pas cet après-midi que tu as rendez-vous ?
—Si. Tu as raison.
L'écran de mon téléphone s'alluma lorsque je pris l'objet puis mon doigt chercha dans mon répertoire le numéro de mon éditrice.
—Bon, je coupe le micro un moment…
Ma voix tremblait. J'étais un peu stressée de devoir annoncer que je ne tiendrais pas mes délais – encore une fois. J'entendis la tonalité d'appel une première fois, et la seconde ne fit qu'accentuer l'irrégularité des battements dans ma poitrine qui trouvaient échos jusqu'à ma tête. J'allais vraiment me faire tuer, et nulle statue de résurrection ne pourrait me donner une seconde chance.
—Allo ? Oui. C'est Byleth Eisner. J'appelle pour… Non non, ce n'est pas pour la réunion… C'est… Oui, encore… Je…
Je n'avais jamais été très douée pour me confondre en excuses ni pour en trouver des convaincantes mais ma patronne, mon éditrice, écouta tout de même une minute ce que j'avais à lui dire. Une seule minute.
—D'accord. A tout à l'heure.
Puis je raccrochai et réactivai mon micro après avoir repris mon souffle.
—Alors, qu'est-ce qu'elle a dit ?
—Quelque chose comme « encore ? » suivit d'un « hors de question ».
—Comme c'est étonnant.
—Ma patronne n'est qu'un tyran, Dedel.
—Elle fait seulement son travail, Byleth.
—Donc je vais devoir lui expliquer les raisons de mon retard lors de ma réunion. Comme si la rencontrer en personne pour la toute première fois n'était pas déjà stressant.
Cette première fois aurait du être la seconde mais j'avais attrapé une vilaine indigestion la semaine passée alors on s'était contenté d'un rendez-vous par téléphone comme on le faisait bien souvent. Cependant, la dernière échéance approchant à grand pas, l'éditrice en chef souhaitait désormais discuter de mon travail en vis-à-vis. Quelle chance pour moi…
—Ca ira. Essaies seulement de ne pas lui expliquer que tu passes ton temps à jouer plutôt qu'à boucler ton travail.
—Tu es tellement gentille, Dedel, soufflai-je en m'écroulant presque sur mon bureau lorsque le boss final de la salle fut vaincu. Tu devrais m'épouser !
—Mais bien-sûr.
—Vraiment ?
—Connais-tu le sens du mot ironie, Byleth ?
—Je retire ce que j'ai dit, tu n'es pas si gentille en fait.
—Dois-je en conclure que tu te passeras de mon aide la prochaine fois et que je peux retourner travailler ?
Je me relevai soudain en fronçant les sourcils. Une expression faussement agacée qu'elle ne pouvait voir cependant puisque piégée par mon écran. Peut-être n'était-ce pas plus mal ainsi. Qu'aurait-elle bien pu penser de moi ? J'étais encore en pyjama et mes cheveux partaient dans tous les sens sur ma tête telle une botte de paille sèche. Complètement débraillée, la fille.
—Encore une heure. S'il te plait.
J'entendis ma coéquipière – Dedel de son petit pseudo – soupirer lassement mais son personnage se tenait toujours près du mien.
—Seulement une heure, Byleth. Je dois bosser après.
—Quoi, encore ?
—Oui et tu devrais en faire autant. Peut-être que si tu travaillais régulièrement tu n'aurais pas à passer des nuits blanches sur tes manuscrits.
—Régulièrement ? je répétai presque syllabe par syllabe. Tu veux dire… Tous les jours ?
—Comme les gens normaux. Oui.
—Seigneur… Quelle horreur.
—Tu me désespères…
Certes, c'était un fait. Je la désespérais. Pourtant, la jeune femme au pseudonyme ridicule passait des heures en ma « compagnie » sur ce jeu en ligne. A force de temps passé ensembles à discuter ainsi qu'à se sauver les miches – bien qu'elle me les sauvait plus souvent que l'inverse – j'avais développé un réel et un sincère attachement pour elle. Le son de sa voix m'avait très vite fait comprendre qu'elle n'était pas un homme en obésité morbide jouant dans le sous-sol de chez sa mère mais à part cela, j'ignorais tout d'elle. Jusqu'à son nom. Je n'avais que sa voix. Sa voix et son pseudo. Et ces derniers suffisaient largement pour parfois passer des heures à imaginer qui elle était vraiment. Quel genre de femme était Dedel ? Grande, petite ? Elle travaillait donc elle était majeure. Mais que faisait-elle de son temps libre en dehors des jeux en ligne ? Une part de moi n'en avait rien à faire puisque je l'appréciais ainsi. Tellement que même lorsqu'on ne jouait pas nous discutions par texto. En fait, elle était la première personne à qui je pensais en me levant le matin – lorsque je dormais – et la dernière lorsque j'allais me coucher – lorsque je dormais.
—Je me demandais, Dedel…
—Oui ?
J'esquivai une attaque du petit mage de l'abime histoire de rester en vie quelques minutes encore. Chose loin d'être aisée puisque réfléchissais aussi à comment formuler ma question. L'on disait des femmes qu'elles étaient douées pour faire plusieurs choses à la fois mais cela n'était qu'une légende urbaine parmi tant d'autres hélas.
—Tu passes beaucoup de temps avec moi, je ne sais même pas si tu as un copain.
Ou, en d'autres termes, comment ne pas lui dire que j'étais jalouse rien qu'à l'idée d'imaginer qu'il y avait peut être un homme – ou une femme – dans son quotidien. Pendant une seconde, je réalisai désirer qu'il n'y ait que moi mais ce doux rêve relevait de l'impossible. Je ne savais même pas où elle vivait. Je ne savais même pas si l'attachement que j'éprouvais pour elle était réciproque ou bien si j'occupais seulement ses journées et soirées. Tout ça, c'était seulement virtuel. Pourtant, mes sentiments, eux, étaient bien réels.
—Je ne me suis jamais trop intéressée aux hommes, pour être honnête avec toi.
—Et aux femmes ? tentai-je presque désespérément mais l'air de rien.
—Hmmm…
L'attente était insupportable et j'attendais que la réponse ne quitte ses lèvres pour arriver à mes oreilles via le wifi avec plus d'impatience qu'un gosse devant ses cadeaux de Noël.
—Tu aimerais bien savoir, hein ?
Comme je m'y étais attendue. Parler de sa vie privée était un choix. Me concernant, je ne cachais pas grand-chose. J'utilisais mon vrai prénom avec elle, et elle savait ce que je faisais professionnellement parlant. Dedel était restée plus évasive pour ne pas dire qu'elle était restée muette sur… A peu près tout. En fait, je me posais bien plus souvent des questions concernant l'existence ou non d'un petit ou d'une petite amie en l'occurrence, qu'à propos de la couleur de ses yeux ou de la forme de son visage. Je n'étais pas le genre de femme à prétendre à vau-l'eau que l'apparence ne comptait pas – c'était faux – mais j'étais déjà attachée à elle alors… A moins d'apprendre qu'il ne s'agissait en fait que d'un chat doté de faculté de parole et avec des pattes assez grandes pour tenir une manette ou une souris – celle d'ordinateur – c'était trop tard pour moi.
/
L'heure seulement se transforma en un peu plus que « seulement » jusqu'à finalement entendre que j'allais finir en retard si je ne me dépêchais pas. Dedel me força donc à couper, à contrecœur pour ma part. Comme bien souvent, j'aurais pu passer la journée à jouer jusqu'à m'effondrer de fatigue avant de devoir remplir mon corps d'un carburant peu conseillé : la boisson énergisante.
J'avais donc renoncé au dernier artefact de ma panoplie afin d'en passer une plus conventionnelle. Un pantalon fluide, noir. Un t-shirt simple, bleu. Et une veste de la teinte de mon froc afin d'avoir l'air un minimum professionnelle. Il ne fallait pas compter sur ma crinière indomptable puisque, elle était indomptable. Me raser le crâne aurait certainement été plus efficace que tenter d'y repasser un quelconque coup de peigne.
J'arrivai devant les locaux de l'agence, l'estomac noué. Un litre de café n'avait été suffisant pour me faire garder les yeux ouverts jusqu'ici mais arriver devant la porte que j'ouvris un tantinet nerveuse suffit pour avoir des billes plus gros que des calots.
—Bonjour, fis-je en approchant du comptoir de l'accueil. Je suis…
—Byleth Eisner ! sourit très joyeusement une brune dont les longueurs ondulaient sur un décolleté particulièrement plongeant.
—Oui, confirmai-je bien que cela était en somme inutile. J'ai rendez-vous avec…
—Elle vous attend dans son bureau. C'est au deuxième étage, troisième porte à gauche au fond du couloir !
Eh bien, en voila une qui était probablement ravie de travailler tous les jours comme « les gens normaux » auraient dit ma partenaire de jeux. Son excès de gaité était particulièrement déroutant puisque pour moi, travailler était réelle corvée. Lorsque l'on me demandait quel aurait été le job de mes rêves, je répondais seulement que je ne travaillais pas dans ces derniers.
La brune au sourire et à la joie rafraichissante m'indiqua où trouver l'ascenseur. J'aurais préféré prendre les escaliers et ainsi gagner quelques secondes bien que vaines puisque rien n'aurait pu empêcher ce rendez-vous d'avoir lieu. Seigneur… J'étais affreusement nerveuse. Non pas car je rencontrais ma patronne bien que toute première fois pouvait paraitre un peu… tendue. Mais bien car j'allais devoir la regarder dans les yeux dont j'ignorais encore la couleur et lui dire quelque chose comme « par pitié, ne me virez pas, j'ai seulement besoin d'une semaine supplémentaire ». Bref. L'ascenseur arrivait, de toute manière. Mon sort était scellé.
Arrivée au deuxième étage, devant la troisième porte à gauche au fond du couloir, comme m'avait expliqué la femme à l'accueil, j'hésitai à frapper. Il était encore temps de faire demi-tour, de repartir jambes à mon cou, afin d'aller me terrer au fond de mon lit. J'aurais pu tuer pour seulement dormir. Même le parquet au sol avait l'air parfait pour cela. Tant que j'évitais mon rendez-vous. Hélas, la porte s'ouvrit me privant de réfléchir davantage. Grand bien m'en fasse, les pensées que je me plaisais à imaginer afin d'échapper à cet entretien prenaient une sombre tournure.
—Ha. Euh. Bonjour.
Première impression : pouvait mieux faire.
—Mademoiselle Hresvelg, repris-je après m'être éclaircie la voix.
Elle attrapa la main que je tendis et sa poigne fut plus ferme que je l'aurais imaginé d'une femme aussi… frêle. Pour le dire ainsi. Elle paraissait toute fragile dans son chemisier vermeil relevant sa taille fine.
—Edelgard suffira, corrigea-t-elle de façon très formelle.
Bon, il n'y avait que sa taille qui paraissait fragile, en fait, puisque ses lèvres à peine entrouvertes me firent très vite comprendre que j'étais bien face à la patronne. Si j'avais eu un doute, son regard parme intense et pénétrant allié à sa prestance naturelle écrasante auraient aussi fait l'affaire. Sans même parler de ses longueurs plus immaculées que le manteau de l'hiver. Charismatique et froide, avec des cheveux blancs et un regard de glace. Sévère. Rude. Patronne, en d'autres mots.
Sa main découpa ensuite l'air devant moi et son bras termina de m'inviter à entrer dans ce somptueux bureau. Je me demandai comment il pouvait y avoir d'autres pièces à cet étage puisque celle-ci était immense. Peut-être que les deux autres portes étaient en fait l'accès au placard à balais et aux sanitaires. Enfin, ce n'était pas le plus important ici.
Je pris place devant le bureau et l'éditrice en chef en fit autant avant de lier ses doigts devant elle. Elle ferma les yeux un moment qui sembla durer de longues secondes et l'éclat de son regard me foudroya presque littéralement sur place lorsqu'elle les rouvrit. Sa respiration, lente, sonnait le glas.
