Premier rancard (au-delà du virtuel)
La bataille faisait rage depuis un long moment maintenant, peut-être plusieurs minutes même. La foudre s'abattait lorsque les flammes s'élevaient et le cri du tonnerre m'arracha un tout dernier soupir. Mon âme, changée en poussière, chargea l'air dans cette défaite inévitable en somme, qui s'éleva avec mon dernier râle. Spectatrice de ma propre fin je sentis mon cœur accélérer, effrayée à l'idée qu'il ne s'arrête.
—Je… Je suis désolée… Je ne peux pas continuer. Je te confie la suite.
J'abandonnais le plus important derrière moi. Ma camarade, ma co-équipière, mon binôme, et mon amie. Allait-elle s'en sortir ? Je priais pour son âme et pour sa réussite tout comme je le faisais pour mon propre salut. Et pour cet artefact dont je rêvais depuis des jours mais que je ne saurais voir, ne serait-ce qu'apercevoir. A l'instar des pilleurs de trésors j'en voulais toujours plus. Je voulais toujours mieux et tout ce que je possédais déjà ne me suffisait plus. Cette avarice avait coûté ma fin.
—Tu en fais un peu trop, là.
—Si tu es capable de t'adresser à une morte alors concentre-toi sur la bataille !
Bataille dans laquelle, elle, n'avait rien à gagner si ce n'était toute ma reconnaissance. Une nouvelle fois. Pour ce qui était de lui rendre la pareille eh bien, l'écart qui se creusait sans cesse entre nous sans que je ne le comprenne rendait la tâche impossible.
Lorsque le dernier ennemi abandonna son bouclier – fatalement brisé – le corps fut percuté de coups encore et encore jusqu'à parcourir la salle entière. Même dans la mort je pus continuer d'admirer cet enchainement qui ne tarda à occire feu ce mage de l'abîme. Sans surprise finalement. Alors, je lâchai un soupire.
—Tu n'as pas l'air ravie alors que je viens de remporter la bataille.
—Mon inventaire est aussi vide que la bourse de la Megrez est pleine.
—Byleth… entendis-je, d'un air blasé.
—Et ne dis surtout pas que j'exagère.
—J'allais surtout te dire qu'en plus d'être pleine, elle déborde. Tu ne lui rends vraiment pas honneur à la jouer alors que tes poches sont vides. Sans parler de ta tendance à décéder au corps à corps alors qu'elle se joue à distance.
—Qu'y puis-je si j'ai un léger penchant pour l'action et le contact de proximité ?
—Pourquoi ne joues-tu que des catalyseurs, alors ?
Question fort intéressante à laquelle j'aurais répondu quelque chose comme « j'aime la puissance » ou bien « j'aime les explosions » ou encore « j'aime les puissantes explosions » ce qui à peu de choses près, revenait exactement au même.
—Peu importe ! fis-je en lieu et place de me tourner en ridicule. On s'en refait un ?
—Je ne peux pas, j'ai des choses à faire.
—Quel genre de choses ?
—Je te trouve bien curieuse.
Sans même la voir je pus l'entendre sourire derrière son écran. Une habitude que j'avais commencé à prendre sans même m'en rendre compte puisque, connaissais désormais son visage. Je me surprenais même à l'imaginer lorsque je ne jouais plus. Comme lorsque je mangeais, ou bien quand je dormais. Ce qui, au vu de la situation, m'angoissait autant que j'en tirais du plaisir. Qui aurait envie de rêver d'une femme lance à la main se dévouant corps et âme pour sa co-équipière tout en lui rappelant que sa deadline approchait. Il était certain qu'entendre « comment vas-tu aujourd'hui ? Tu as bien dormi ? Qu'as-tu prévu en cette belle journée ? Vas-tu me rendre les trois chapitres promis au risque d'être virée ? Ha, pense à racheter du papier-toilettes en rentrant tu as dis ce matin que tu allais en manquer » provoquait un sacré yoyo émotionnel.
—Pas vraiment. De toute manière je dois aussi couper.
Une excuse pour me dérober afin de ne pas lui donner raison, toutefois vraie puisque j'avais un rendez-vous. Avant de me déconnecter, Dedel ne pu s'empêcher de me rappeler à l'ordre, moi et mes mauvaises habitudes que j'avais bien du mal à changer mais surtout pas l'intention.
—Essaie de ne pas te mettre en retard. Cette fois-ci.
« Cette fois-ci » faisait certainement référence à mon dernier rendez-vous médical auquel j'étais arrivé une bonne vingtaine de minutes en retard mais puisque le médecin avait en général lui-même une heure, j'étais arrivée en avance. Bon, ce rendez-vous, je l'avais surtout oublié, effacé définitivement de ma mémoire jusqu'à ce que Dedel prenne la peine de me le rappeler, au beau milieu d'un donjon. Peut-être voulait-elle également me rappeler le rendez-vous manqué avec le technicien en charge de me poser la fibre. Rendez-vous en somme reporté qui avait causé nombre de larmes. Ou pire, peut-être que Dedel faisait référence à cette fameuse fois où j'avais récupéré mes pizza froides puisque ces dernières avaient du m'attendre au moins une heure, seules, sur le côté d'un comptoir. Inutile de préciser que la faute était encore celle d'un donjon. Pour résumé la chose, j'étais parfois – souvent – tête en l'air et la ponctualité n'était pas ce qui me caractérisait de prime-abord. Sauf lorsqu'un jeux-vidéo ou un manga sortait. Là, j'étais au garde à vous devant le magasin la veille lorsque ce n'était pas devant ma boite-aux-lettres.
J'avais reçu les coordonnées du lieu de rendez-vous par message. Lieu sur lequel je me trouvais maintenant. Je n'étais pas en avance mais n'était pas plus en retard et cela relevait du miracle ou presque puisque j'avais passé bien plus de temps que prévu à choisir une tenue. Dix minutes au lieu de cinq : je n'étais pas du genre à me casser la tête afin de m'apprêter. Seulement voila, je n'avais pas rendez-vous avec n'importe qui. Alors, j'avais opté pour une valeur sûre : un jean noir et un sweat de la même teinte dont les poches étaient assez grandes pour contenir téléphone et portefeuille. Le plus important selon moi car je n'aimais guère être encombrée comme toutes ces femmes portant un très long manteau ainsi qu'un sac à main semblable aux catacombes dans lesquelles tout disparaissait.
Le centre-ville était particulièrement animé, chose peu étonnante puisque c'était désormais le week-end. Je devais bien reconnaitre ne sortir que trop rarement mais il n'y avait définitivement pas assez d'heures dans une seule journée. Alors, dans une semaine entière. Avais-je déjà parlé de mon quotidien ? Manger, dormir, écrire, pleurer. Le tout entre deux partie de jeux, bien-sûr ! Ca, passait avant tout le reste. L'on me disait souvent qu'il me faudrait peut-être revoir mes priorités – une personne en particulier prenait grand plaisir à me le rappeler – mais je ne voyais aucun problème dans les miennes. La vie n'était-elle pas faite pour savourer au maximum ? Et si savourer était pour moi synonyme de carnage de mob, de farm d'artefact ainsi que de galettes papattes, alors… Où était-le mal ? Pendant une minute, peut-être deux, je me demandai quel goût pouvaient bien avoir ces petites choses. Si je n'avais pas été si mauvaise en cuisine, j'aurais peut-être pu tenter de reproduire la recette… Ou peut-être pas. Cette idée se classait probablement parmi mes pires : la confiture et les pommes de terre ne devaient faire formidables épouses. Sans parler des demoiselles d'honneur sur lesquelles je me casserais les dents : deux pommes de pin.
Mes quelques minutes d'avance – même si j'étais à l'heure – me permirent de jeter un œil autour de moi. C'était donc à ça que ressemblait la société. Des personnes réelles se baladant, seules ou bien à plusieurs, sourires béats aux lèvres comme si elles venaient de droper le parfait artéfact. Une part de moi ne put s'empêcher de se demander combien de donjons seraient nécessaires pour que je puisse gouter au bonheur quand une autre pensa au même moment que l'hôpital se foutait de la charité. Et par hôpital, je parlais bien-sûr de celui fort petit à la façade blanche. Avait-elle vraiment osé être en retard ? Peut-être avais-je parlé trop vite finalement puisqu'à quelques mètres de moi, sous l'arche d'un bâtiment ancien se visitant moyennant finances, je repérai un visage désormais très familier. Je décidai alors d'approcher prudemment.
—Ca fait longtemps que tu m'observes ?
Je m'abstins de lui faire remarquer ce petit sourire aux lèvres qu'elle arborait d'une façon un peu… supérieure, au risque de me prendre le revers de bâton.
—Un certain temps, répondit-elle simplement. Tu avais l'air tellement perdue que j'ai trouvé ça amusant.
Je m'abstins également de lui faire remarquer que je l'aurais sans doute aperçue plus vite si elle n'était pas si petite, au risque de me prendre la branche toute entière si ce n'était l'arbre cette fois-ci.
—Détends-toi, il ne s'agit en rien d'une rencontre professionnelle.
La rencontre professionnelle aurait été moins stressante, pensais-je silencieusement. Puis, ma patronne m'invita à prendre la direction d'un chemin plus tranquille bien que la tranquillité n'était pas l'état qui me caractérisait à cet instant puisque mon cœur s'agitait et mon corps était plus tendu que le délai qu'il me restait pour boucler mes chapitres.
—Au fait, il me faut te dire que j'apprécie l'effort.
—L'effort ? répétai-je, incertaine, tandis que nous marchions.
—Vestimentaire. Ta tenue est bien plus élégante que celle que tu portais la dernière fois.
—Je rêve ou bien serais-tu en train de te moquer ouvertement de moi ?
—Loin de moi cette-idée, l'entendis-je sourire sans même avoir à la regarder puisque j'étais faussement vexée. Le short te sied à merveille, de toute évidence.
—Tu ne m'aurais jamais vu comme cela si tu n'avais pas débarqué à l'improviste je te signale.
Edelgard s'arrêta et ses bras se croisèrent sur sa poitrine au moment où ses mèches se soulevèrent. Elle me scruta un moment mais je savais déjà que sa réponse ne lui demanderait réflexion. Son répondant était… très naturel.
—Il ne s'agissait pas d'une visite à l'improviste puisque je t'en ai avertie une heure avant.
—Je me suis rendormie ! Alors c'était tout comme.
—Et ce genre de chose n'arriverait pas si tu prenais un peu plus soin de toi, Byleth.
—La faute à qui ?! Je devais absolument te rendre mon travail ! Et puis, quel genre de patron rend ainsi visite à ses employés ?
—Le genre prévenant.
—Tu as toujours une bonne réponse à dire, n'est-ce pas ?
—C'est sans doute mon côté tyrannique, et autoritaire.
—Je sens que je ne suis pas prête de les oublier ceux-là…
J'allais en prendre pour quoi, un an, cinq ? Dix peut-être ? Ce qui n'était pas surprenant en me mettant à sa place. Ce qui l'était davantage était de m'imaginer fréquenter Edelgard dans la durée, et je ne parlais aucunement d'un quelconque contrat qui nous liait. Alors je me grattai seulement la tête, nerveuse.
—Où est-ce que tu m'emmènes ? finis-je par demander tandis que je plaçai un pas devant l'autre sur la même cadence qu'elle.
—Je l'ignore, je pensais seulement à nous balader en ville.
—Je pensais que l'on irait dans une boutique de jeux ou de manga.
—Byleth… Il n'y aurait pas plus cliché pour un premier rendez-vous.
—Et alors ? Être geek ou bien gamer, ce n'est pas une insulte tu sais.
—Je sais. Mais ça reste un cliché.
Ouais, sans doute, mais un agréable cliché en tout cas. Que feraient deux personnes durant un rendez-vous ? Elles iraient au cinéma ? Je n'y voyais que très peu d'intérêt puisqu'il était impossible d'y discuter tranquillement. Peut-être iraient-elles manger un morceau sinon. Concernant les gouts de la blanche eh bien, j'en ignorais même la surface. Alors, nous avons simplement marché.
—Vraiment…
Mon souffle s'échappa lourdement d'entre mes lèvres lorsqu'à quelques mètres précédant une intersection dans cet enchevêtrement de petites rues, j'aperçue la façade d'une boutique qui ne m'étais pas inconnue. Non pas que je m'y rendais habituellement très souvent, je profitais surtout de leur service en ligne.
—C'est seulement une coïncidence.
Bien-sûr, aussi vrai qu'il faisait froid en enfer. Quoique pour ne jamais m'y être rendue, je n'avais aucune idée de la température qu'il y faisait. J'aurais cependant été fort étonnée avoir besoin d'un plaid ou de toute autre petite laine dans l'antre de Satan. Je m'arrêtai pour observer le magasin quelques instants, avant de le faire avec ma camarade, sourcil levé. Elle me laissait perplexe.
—Avec moi, tu pourrais faire l'effort d'assumer.
—Vieux réflexe.
Peu importait, je lâchai un énième soupire, me grattai le crâne mais souriais toutefois. Edelgard était une femme surprenante et même ce petit masque qu'elle ne pouvait s'empêcher de porter me plaisait chez-elle. Mais surtout l'envie de le faire tomber peu à peu afin de la découvrir encore plus. Faire une seule personne de deux visages opposés était véritable aventure mais aucune aventure ne m'effrayait, alors, j'ouvrai la porte et nous entrâmes sur le tintement de la petite cloche suspendue.
/
Byleth sembla changer de personnalité à l'instant même où nous entrâmes dans la boutique. Son visage avait retrouvé toute l'élasticité que posséderait celui d'une femme dans la vingtaine (qui ne fume pas) et ses traits tendus laissaient place à un large sourire. Peu importait où se posaient ses yeux, son regard brillait comme si on y avait déposé une à une le millier d'étoiles d'un ciel d'été. Son stress évident n'était plus qu'innocence dans le temple de ses passions. Et, la voir ainsi était aussi agréable que fascinant. J'aimais observer ses réactions, chacune d'entre-elles. Je ne m'en lassais jamais.
Dans mon fort intérieur, je savais qu'une part d'elle avait raison, et qu'une part de moi, comme elle l'avait formulé mot pour mot, n'assumait pas. Il ne s'agissait toutefois pas d'un effort à faire mais d'une habitude prise avec les années, la fonction que j'occupais mais aussi les fréquentations du milieu. Seule Dorothea était au courant pour mes passions dont je n'avais pas honte pour autant et celle-ci s'amusait généralement à me charrier avec. Si je n'avais aucun mal à affirmer mon attrait pour les femmes, elle disait sans cesse que j'étais une geek dans le placard. Placard duquel il me ferait grand bien de sortir. Être entièrement moi-même n'était pas quelque chose auquel j'étais habituée loin de là et pour moi, on ne pouvait jamais être tout ce que nous étions à un même instant. L'environnement et les personnes avec lesquelles nous nous trouvions influençaient sans cesse notre attitude, de manière directe ou non. Cependant, être la femme appréciant les jeux et tous leurs Lores était agréable et quelque chose que je ne pouvais me permettre que rarement. Je ne l'avais jamais remerciée pour ceci, et je ne comptais pas le faire. Me dévoiler était certainement la dernière chose que je me permettais. C'était sûrement aussi pour cela que je ne lui avais pas tout dit et fort heureusement, Byleth ne semblait pas m'en tenir rigueur.
—Tu considères vraiment que c'est notre premier rendez-vous ? je finis par demander dans un écho à sa récente remarque.
Ma camarade ne quittait plus les nombreuses boites des yeux, quant à moi, c'était bien elle que je ne quittais pas. Elle me fascinait tant que je n'avais jamais ressentie pareille curiosité à l'égard de quelqu'un. Plus que de la curiosité : un réel intérêt.
—Comment qualifierais-tu cela ?
—Comme un rendez-vous, tout simplement.
—Je ne vois pas vraiment la différence…
—Tu as dit que c'était le premier.
Mon silence attira finalement son attention et son regard. Un silence plutôt éloquent qui me désespéra presque puisque, je devinai très aisément ce qui lui traversait la tête et les pensées bancales qui l'habitaient.
—Byleth… Ne me dis pas que tu considères affronter des boss ensembles comme des rendez-vous…
Ma respiration quitta mes poumons et je plissai les yeux en voyant Byleth réfléchir très sérieusement à la question puisque ses doigts avaient rejoint son menton. Son regard bien loin du mien, quelque part dans les méandres de son étrange façon de penser. La contredire aurait été inutile et là était sa propre conception des choses. Une conception très… simple, pour le dire ainsi. Je ne pus m'empêcher de me demander alors quelle serait sa réaction si elle apprenait que je jouais avec d'autres joueurs qu'elle. Non pas que ce soit le cas puisqu'elle demandait déjà bien trop de temps pour que je puisse en avoir encore pour quelqu'un. Néanmoins, l'idée me traversa la tête un moment. Une idée particulièrement amusante pour moi : cruelle pour elle. Elle resterait alors seulement une idée, sans doute.
Je finis par moi aussi observer les différentes boites de jeux aux prix ahurissants. J'avais, bien évidemment, les moyens de me payer chacun d'entre-eux si ce n'était la boutique toute entière mais en matière de jeux j'étais tout aussi exigeante qu'en matière de femme bien que cela ne se voyait pas nécessairement de prime abord. J'entendais déjà Dorothea qualifier mes gouts davantage étranges qu'exigeants, et le sourire qui s'étendrait entre ses deux oreilles après avoir posé son regard sur Byleth. Peu importait, mon regard à moi s'attarda sur une boite rectangulaire à la couverture sombre. Et mes doigts la saisirent bientôt afin que je puisse lire le scénario du jeu. Scénario dont je m'étais déjà mise aux faits sur internet quelques semaines auparavant.
—Tu comptes vraiment prendre celui-là ?
—C'est en effet une possibilité que j'envisage.
Byleth n'ajouta point mot mais je sentais ses yeux posés sur moi tel du plombs chauffé à blanc et j'imaginais déjà aisément la moue qu'elle avait prise.
—Quel est le souci ?
Puis lui accordais une œillade.
Ses doigts avaient rejoints sa crinière bleuet qu'elle désordonnait un peu plus – si cela était seulement possible. De part ce geste elle n'avait nul besoin de me traduire sa nervosité avec des mots lorsque ce n'était pas un réel agacement. Dans le cas précis, il s'agissait peut-être un peu des deux.
—Ce n'est même pas un MMO.
En effet. Ce jeu ne se jouait qu'en solo et me demanderait d'ailleurs probablement plusieurs dizaines d'heures pour terminer les deux scénarios et toutes les fins possibles. Il s'agissait d'un Action-RPG entre la science-fiction et la fantasy. En d'autres termes, un genre que j'aimais particulièrement. Le problème ne résidait bien évidemment pas dans ce fait.
—Je ne joue pas seulement à des MMO, tu sais, j'aime toutes sortes de jeux.
—Je sais. Mais si tu joues à celui-ci, alors tu ne pourras plus jouer autant avec moi.
Je masquai un rictus de satisfaction et le petit sourire qui m'aurait trahie.
—Vais-je te manquer ?
—Qui va m'aider à farmer mes artefacts si tu n'es pas là pour le faire ? lâcha ma camarade sans hésiter.
—Comme il fallait s'y attendre…
Je n'étais pas surprise. Même pas un peu. La bleue était toujours très fidèle à elle-même. Exigeante ? Dorothea avait surement raison. Byleth était étrange, même moi je pouvais l'affirmer. Elle aurait au moins pu se plaindre du temps que nous n'aurions pas à passer dans la vraie vie, mais tout se rapportait à ses artefacts avec elle. Comment devais-je le prendre ? Bien. Elle appréciait ma compagnie dans toutes ses formes, sauf peut-être quand j'exigeais qu'elle tienne ses délais.
Je reposai finalement la boite devant l'expression mi soulagée mi satisfaite d'une Byleth incapable de masquer émotions comme réactions. Grand bien lui fasse. Pour ma part, même si mes poches étaient pleines, j'allais pour-sûr commander ce jeu sur un site internet pour bien moins onéreux que le prix indiqué sur la boite en magasin. Mais ça, je me passai de lui dire.
—Et toi, comptes-tu prendre quelque chose ?
—Non, je préfère économiser au cas où je n'arriverais pas à obtenir le personnage que je veux dans un mois.
—S'il n'y a que ça pour te faire plaisir, peut-être que je pourrais…
—Je n'ai pas besoin que tu me fasses la charité, Edelgard. Si tu tiens à me faire plaisir cependant… articula-t-elle une idée bien précise derrière la tête, peut-être que…
—C'est hors de question, la coupai-je avant qu'elle mette des mots sur des pensées que j'entendais sans qu'elle n'ait à les prononcer.
—Même pas deux jours ?
—Même pas deux heures.
—Tu es tellement intraitable, De- mais elle s'arrêta pour utiliser mon véritable prénom nerveusement. Edelgard…
—Il le faut bien sans quoi tu n'aurais même pas les moyens de seulement penser à l'idée de t'offrir un personnage.
—Intraitable et cruelle.
—Rappelle-moi qui se nourrissait uniquement de nouilles instantanées et autres cochonneries ?
—Qui te dit que j'ai cessé de le faire ?
—Tu es désespérante, soufflai-je en redessinant mes sourcils laiteux.
—Et toi bien trop rigide entre autres nombreuses choses, mais je m'en accommode.
—Nombreuses choses ? répétai-je d'un ton plus vif en croisant mes bras sur ma poitrine, mi vexée mi curieuse. Et à quoi fais-tu allu…
Mais son regard quitta mes yeux pour descendre un peu plus bas, vers l'origine d'un bruit particulièrement gênant qui venait de se former dans mon abdomen pour raisonner dans tout mon corps si ce n'était dans la boutique toute entière.
—Eh bien…
—Je… Euh…
—Je ne pensais pas qu'une si petite chose était capable d'un bruit aussi… bruyant.
—La petite chose n'a pas eu le temps de manger avant de venir, figure-toi.
—Pourquoi ?
—Quand aurais-je eu le temps de le faire puisque tu requières sans cesse mon aide en ligne ?!
Byleth se tut un instant et le silence prit la parole. La voila qui était repartie dans une de ses très bancales réflexions et encore une fois, je lisais ses pensées dans son seul regard. La bleue se demandait probablement comment ces deux choses ne pouvaient être conciliables puisque pour elle, jouer n'allait pas sans engouffrer un ou deux paquets de biscuits au chocolat. Pour ma part, je n'avais pas envie de trouver à boire et à manger sous mon clavier.
—Bon, allons manger quelque chose, alors.
—Je peux attendre, je ne suis pas non plus à l'article de la mort.
—Tu plaisantes ? lança trop fort une Byleth qui se dirigeait déjà vers la sortie avant de se retourner vers moi une seconde.
Ses lèvres s'étirèrent et son regard luisit d'une malice que je vis pour la toute première fois, me volant un battement tant elle paraissait fière. Une facette d'elle qui me plaisait il me fallait l'avouer, jusqu'à la voir ouvrir la bouche bien-sûr.
—Ton estomac mécontent pourrait réveiller un Géosaure Antique.
Je levai un sourcil accusateur mais la bleue s'en moqua un peu plus. Alors je la suivis, lèvres pincées. Ma fierté piétinée en une seconde à peine. Pour la toute première fois, je ne trouvai rien à répondre.
Byleth ne m'attendit pas et marchait d'un pas déterminé. Déterminé à quoi ? Je l'ignorais, peut-être était-ce elle qui avait faim puisque, de mon point de vue, elle avait tout le temps faim. Les grondements du trou noir en lieu et place de mon estomac n'étaient peut-être qu'un vulgaire prétexte pour assouvir sa propre faim.
—Qu'est-ce que tu veux manger, Edelgard ? finit-elle toutefois par demander alors que nous nous trouvions dans une petite rue de laquelle émanaient maintes et délicieuses odeurs.
J'avais envie de lui répondre qu'un verre de fierté ainsi qu'un peu d'égo feraient l'affaire mais je m'abstins tout de même.
—Quelque chose de simple suffira.
—D'accord. Allons là-bas alors.
Nous entrâmes dans un petit commerce qui possédait une terrasse que les rayons du soleil de l'après-midi galvanisaient encore. Un endroit charmant, agréable, et la bleue était déjà devant le comptoir. Pour ma part, j'approchai plus lentement, analysant prudemment la carte accrochée au dessus des différentes étagères derrière la serveuse. J'aimais manger équilibré et sain.
—Deux gaufres au chocolat s'il-vous plait, ne réfléchit point ma camarade en sortant son portefeuille de sa poche. Avec un supplément noisettes pour l'une, et perle de sucre pour l'autre.
Pour ce qui était de manger sain et équilibré : on repasserait.
—Ils n'ont plus de beignets sucrés, Edelgard.
—Ca… Ca ira, répondis-je un peu gênée.
Je n'eus le temps de relever les yeux ni de mettre la main dans mon sac que la plus grande de nous deux posa très rapidement sa carte sur le TPE qui bipa aussitôt, me mettant un peu plus mal-à-l'aise.
—Je pouvais me payer ma gaufre, Byleth.
—Bah, je peux bien te l'offrir, j'ai eu une bonne rentrée d'argent dernièrement.
—Si tu vois les choses ainsi, c'est un peu comme si je nous payais ces gaufres avec mon propre argent alors puisque c'est moi qui te paye.
—Tu es incapable de seulement dire merci ?! s'offusqua la bleue d'un air à la fois froissé et surpris.
Pour ce qui était de mon égo : disparu à jamais. Et ma reconnaissance : planquée quelque part entre le plateau et les gaufres.
Humiliée ? Non, ce n'était pas ça. J'étais embarrassée. D'une part parce que Byleth avait osé m'offrir quelque chose sans mon consentement mais également parce qu'elle s'était souvenue de mes goûts. Je n'avais parlé de mon attrait pour les beignets sucrés et autres sucreries qu'une seule fois par inadvertance dans un donjon quand je dus récupérer quelques points de vie. Ca devait être lors de notre seconde ou bien troisième partie, c'est-à-dire il y avait très longtemps maintenant. Là, ce n'était pas de points de vie dont j'avais besoin mais d'un passage à la statue de résurrection.
Finalement, nous nous sommes installées en terrasses sous les rayons du soleil et Byleth n'attendit pas pour enfoncer ses crocs dans sa gaufre débordant de chocolat noisette.
/
De nombreux termes existaient pour qualifier ma patronne. Tyrannique et autoritaire étaient probablement de ceux qui revenaient sans cesse. Maintenant que je faisais le lien, du moins, maintenant qu'elle l'avait fait pour moi, je trouvais certaines ressemblances avec ma co-équipière de jeux. Pour revenir à ma patronne eh bien… Par où commencer ? Elle pouvait paraitre froide et sévère d'apparence : parce qu'elle l'était. Exécrable de prime abord puisque sans cesse à me piquer, ou bien répondait-elle seulement aux miennes ? Je ne savais plus trop tant ce petit jeu entre nous – même si ça n'en était pas vraiment un – était devenu particulièrement naturel. Le mot humilité était probablement inconnu au bataillon sans parler de son égo démesuré puisque même lui offrir une simple gaufre était tel un affront à son égard. Qui refuserait une gaufre, franchement ? Elles étaient tellement bonnes. Le chocolat noyait ma bouche et la pate fondait presque sur ma langue. Moi, pour-sûr que je ne refuserais pas.
—Tu pourrais te détendre, c'est juste une gaufre.
Edelgard était nerveuse, les rôles s'inversaient. Ce n'étais pas comme si je lui avais préparé un dîner aux chandelles après tout, encore aurait-il fallut que j'ai des chandelles et autre chose que des nouilles dans mes placards, entre deux paquets de biscuits. Non pas que l'idée n'était pas fort tentante – j'ignorais posséder un côté romantique – mais je n'aurais jamais su comment m'y prendre. Prétendre à la course aux artefacts était le mieux que je sache faire.
—En plus, je tenais à te l'offrir.
—Pourquoi cela ? se redressa-t-elle sur sa chaise en osant enfin tirer vers elle l'assiette chaude. Est-ce parce que tu attends que je me connecte chaque fois avec plus d'impatience… ?
Quand je lui demandais de se détendre, ce n'était pas pour me prendre cette déclaration involontaire en pleine tête et de plein fouet. Mais, il fallait bien qu'elle ressorte un jour…
—C'est exactement pour cela.
Ses lèvres se refermèrent avant même que la fourchette contenant un raisonnable morceau de gaufre ne pénètre à l'intérieur. Mon excès de franchise la fit rougir, une couleur qui contrastait particulièrement avec la teinte de sa peau éburnée.
—Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je me déclarais…
—C'est pourtant la première en connaissance de cause et… de mon identité.
Edelgard paraissait si sûre d'elle mais se montrait parfois si… fragile. Surtout lorsque l'on abordait ce petit détail de notre « relation ». Froide d'apparence pour ne pas dire glaciale puisque telle fut ma première impression, son cœur battait pourtant comme celui de tout être vivant normalement constitué. Le mien, d'ailleurs, ne cessait d'accélérer quand je posais les yeux sur elle.
Les raisons de cette agitation frénétique et particulièrement pénible dans ma poitrine mais toutefois agréable – c'était paradoxale – étaient nombreuses. Tellement que je pouvais en trouver une supplémentaire à chaque fois. Edelgard était… Fascinante. J'étais presque certaine qu'une vie toute entière ne serait suffisante pour découvrir tous les recoins de sa personnalité complexe. Elle était intelligente, sûre d'elle, avec un charisme que n'importe qui pourrait envier. Elle était aussi particulièrement belle et je ne disais pas cela à sa légère. Ses longueurs immaculées me donnaient l'impression d'être devant une Déesse Grecque dont la beauté immuable se soustrait au temps dans les musées. Sans parler de son intense regard parme qui donnerait vie à n'importe quelle sculpture d'argile ou bien de marbre. Elle était tellement belle que je remettais parfois son existence en question surtout au travers d'un écran. Comment une femme pareille pouvait seulement s'intéresser à une femme comme moi, après tout ? Et puis, ses charmes n'étaient pas seulement physiques mais demeuraient également dans son caractère. Difficile, certes, mais ses paroles parfois – souvent – froides révélaient une chaleur certaine qui souvent m'enveloppaient chaudement. Dedel avait toujours veillé sur moi, à sa manière biens-sûr. Finalement, par ses remarques selon lesquelles je devais prendre soin de moi, me nourrir, me reposer, Edelgard ne faisait que s'inquiéter pour moi-même si elle ne voulait l'admettre.
L'apanage de son charme résidait finalement dans cette fragilité qu'elle tentait de masquer envers et contre tout et ce en permanence. Si m'avoir caché son identité aurait du m'énerver, me vexer, me blesser voire me décevoir même, il en avait été finalement tout autre. Je n'avais fait que tomber un peu plus amoureuse d'elle en découvrant sa peur de seulement me perdre. Passer du virtuel au réel était un pari double et risqué mais pour ma part… Mes sentiments n'avaient que pris un peu plus d'ampleur. Assez pour me faire peur finalement puisque… Qu'en était-il pour elle désormais ?
—Tu te frottes encore la tête.
Ha, je n'avais pas remarqué que mes doigts avaient rejoints ma crinière, un détail qu'elle ne manqua pas. Une observation qui me fit rougir puisqu'Edelgard ne manquai aucun détail de mes réactions.
—Tu m'analyses encore.
—Veux tu que je cesse de le faire ?
Je la fixai un moment, la jaugeant ou du moins tentant de le faire. Mes armes étaient probablement moins efficaces que les siennes et chacune de mes défenses était en somme inutile puisqu'elle les brisait une à une. Je n'avais même pas envie de me défendre, en fait. L'avoir près de moi et pouvoir être avec elle était plus important pour moi que le plus parfait des artefacts que j'aurais pu droper. Mais ça… Pourquoi lui dire ?
—Non, cela ne me dérange pas.
Le contraire était probablement plus juste. Si une femme comme elle s'intéressait à une femme comme moi, je n'allais certainement pas m'en plaindre.
J'avalai un morceau de gaufre plus gros que la fourchette et manquai presque de m'étouffer avec. L'excès de sucre était semblable à un pack de bières tout entier et j'avais au moins besoin de ça pour soutenir l'intensité de son regard luisant comme si le soleil y déversait ses innombrables rayons. Il était semblable à un océan dont la surface ne serait perturbée par aucun nuage sombre. Froide ? Elle l'était peut-être de prime abord, mais la chaleur qui émanait de sa seule présence était tel du magma. Bizarrement, cela me rassurait. Avoir son cœur battant la chamade était une sensation incroyable.
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Byleth avait la capacité de se soustraire à tout pour aller se perdre dans ses pensées peu importait la situation. Comme s'il lui suffisait d'appuyer sur un bouton ou de tourner une clef pour prendre le chemin de nulle part et d'ailleurs. Dans ces moments là, son regard changeait et cette profondeur insondable s'étendait plus profondément encore. J'arrivais parfois à deviner ce qu'elle pensait lorsqu'il s'agissait de choses simples mais tout aussi bancales, et à d'autres moments elle me paraissait tellement loin qu'une petite voix dans ma tête me soufflait qu'elle s'interrogeait à mon égard. Si la savoir penser à moi aurait du me rassurer ou bien, me faire plaisir, j'avais également peur de ce qu'elle pouvait se dire. J'étais une femme complexe voire même très difficile à vivre de part mon caractère. Finalement, en dépit des apparences la bleue l'était probablement tout autant : complexe.
—Tu es tellement surprenante, je lâchai sans vraiment en comprendre la raison.
—Parce que je te désespère ?
—Plus que tu ne l'imagines.
Cela aurait du la vexer mais mes lèvre étirées la privèrent de toute réaction de ce genre. Pourquoi souriais-je ? Aucune idée. Probablement que sa présence seule justifiait ce fait. Evidemment qu'elle me désespérait : elle n'avait aucune hygiène de vie et des réactions parfois propres à celles d'une adolescente. Mais c'était bien la dernière raison pour laquelle elle me surprenait tant. Son naturel et sa franchise, la légèreté qu'il y avait entre nous tant dans nos échanges de remarques que de regards, et la simplicité complexe finalement que l'on avait à discuter et à être l'une avec l'autre, étaient… aussi agréables que cela rendait la situation surprenante. Avec elle, je savais que ce masque que je revêtais en permanence et ce bien malgré moi parfois, pouvait s'effriter voir se briser entièrement.
—C'est pour cette raison que tu as proposé de m'éditer ?
—Quoi, parce que tu me désespères ?
—Parce que je te surprends.
Je gardai le silence une seconde, réfléchissant une autre.
—Tes textes sont aussi doux qu'ils semblent bruts, et ton vocabulaire simple et sophistiqué. A l'opposé de toi, en fait.
Byleth se redressa sur sa chaise et sa tête pencha sur le côté lorsqu'elle leva un sourcil assez accusateur sur moi.
—Je n'arrive pas à croire que je t'ai demandé en mariage.
—Ils te ressemblent, aussi…
Sa main trouva de nouveau sa chevelure qui ne ressemblait plus à rien, un peu comme lorsqu'elle était arrivée ici en fait. Je cru l'avoir privé de toute autre remarque ou bien accusation.
—Tu dis des choses vraiment bizarres, tu sais.
—C'est fort possible.
Je terminai ma gaufre devant son regard fuyant et son expression mi gênée mi perdue. Ses yeux me donnaient la même sensation que tous ses mots que j'avais lus derrière son dos. Sa façon de les manier était semblable à la façon qu'elle avait de m'observer : ils en révélaient bien plus que ce qu'elle voulait simplement dire. Une part de mystère dont elle ignorait l'existence ainsi que le sens et que je voulais absolument percer.
—Je pourrais te dire que je t'édite afin que le monde puisse découvrir le talent que tu ignores posséder.
Je souris un instant avant de prendre une profonde et lente inspiration. Faire preuve d'honnêteté et de franchise était aussi difficile que cela était simple. La dualité de ces deux sensations ainsi que les émotions qui s'entremêlaient devant elle semaient le trouble dans mes pensées autant que Byleth le faisait dans mon emploi-du-temps carré.
—Mais une part de moi voulait surtout et avant tout comprendre qui tu étais.
—Comprendre ? Tu viens de me priver de la possibilité de le faire.
Une réaction typique chez elle puisqu'un rien la mettait dans le flou. Mais l'innocence ainsi que l'ignorance lui seyaient à merveille et faisaient partie de son charme. Savait-elle seulement qu'en tant qu'auteur ses textes en révélaient bien plus sur elle que ses lèvres ne le feraient jamais ?
Après cela, nous parlâmes de tout, de rien, et de donjon et d'artefacts. Pendant une heure au moins avant de reprendre des gaufres que cette fois j'offrais. Nous étions quittes et une heure supplémentaire s'égrena au fur et à mesure que le sourire de Byleth s'étirait. Elle était du genre passionnée, passions qui la dévoraient tandis que moi, c'était ses expressions et son regard qui me dévoraient. Plus rien ne l'arrêtait lorsqu'elle parlait de ces choses qu'elle aimait.
—On devrait se refaire ça, non ?
—Tu es vraiment prête à sacrifier un après-midi tout entier de donjon ?
—Un après-midi, une journée…
Je me sentis rougir et ne pus rien y faire tandis que cette épaisseur de glace qui recouvrait habituellement mes joues fondait à vue d'œil telle la neige de l'hiver devant les premiers rayons du printemps. L'agitation calme dans ma poitrine était toutefois agréable et rassurante.
La journée touchait maintenant à sa fin, nous étions sur la place sur laquelle nous nous étions retrouvées, prêtes à partir.
—Fait attention sur la route, lui dis-je mécaniquement comme on dirait finalement à n'importe qui et tout le monde.
—Et ? elle me retint.
—Pardon ?
—C'est tout ?
—Comment ça, c'est tout ?
—Eh bien… articula-t-elle avant que sa main ne quitte ses cheveux bleus. C'était un rendez-vous alors…
—Alors quoi, Byleth ? la poussai-je à avouer en refreinant un sourire.
—Il n'y a pas de… De bisou, ou quelque chose dans ce genre ?
Elle me vola un battement qui raisonna dans tout mon être jusqu'à brumer mes pensées pourtant intactes. Surprenante… N'est-ce pas ?
—Ne serait-ce pas encore là un cliché ? Celui du premier rendez-vous.
—Ce n'est pas vraiment le premier…
Je ne la contredis point de nouveau même si pour moi, il s'agissait vraiment du premier.
—Bon, dans ce cas, enchaina-t-elle accompagné d'un pas.
Je n'eus le temps de chercher son regard qu'il fut soustrait à moi lorsque ses bras m'enveloppèrent. J'étais certaine de pouvoir entendre son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine tandis que mon visage se lova presque naturellement dans le creux formé par son épaule et son cou comme s'il devait s'y trouver. Ce geste était plus inattendu que les notes de parfum qu'elle portait sur sa peau et que je n'avais jusque là remarqué. Si j'étais embarrassée ? De toute évidence puisque cette étreinte m'évitait fort heureusement de lui faire part de l'expression qui habillait mes traits. Du genre lorsque l'on est gênée mais qu'on souhaite que ça ne se termine jamais.
Et puis… Elle recula, à peine, trop tôt pour elle, trop tôt pour moi. Et ses lèvres approchèrent. Mon cœur redoubla dans ma poitrine bien trop étroite par la promiscuité néanmoins agréable qu'elle m'imposait. J'eus l'impression de sentir des braises sur ma joue où elle déposa lentement ses lèvres. Un souvenir de sa présence qui demeura lorsqu'elle s'éloigna, laissant ma peau en feu ainsi que la sienne à en juger par sa couleur de vin.
—N'espère pas que cela te permettra d'allonger ton délai… soufflai-je alors tout bas.
Le sourire qui suivit et qui l'habilla était plus éloquent que tous les mots dont elle aurait pu se parer et de tous ceux que j'avais dans son dos dévorer.
