Contribution : Isa'ralia Faradien
#5 – Chapitre n°5
« Traumatisme »
Au cours des mois suivants, ce fut comme si cette dernière question planait dangereusement entre eux deux. Bane faisait de nouveau profil bas, mais Zannah pouvait sentir sa froideur à son encontre.
À force de ruminer le sujet, durant tous ses moments libres, elle commençait à éprouver une certaine culpabilité et un malaise grandissant.
Qu'avait-elle fait ?!
Et le fait qu'elle s'était sentie excédée ce jour-là excusait-il son geste ?
Le quotidien reprit son cours, mais Zannah ne parvenait pas entièrement à oublier ce qu'elle avait fait.
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Sirannon retournait vaquer à ses occupations à la suite de cette séance d'arts martiaux l'opposant à sa mère. Zannah s'autorisait, durant quelques instants, un sentiment de fierté devant les progrès fulgurants de sa fille.
- Elle apprend bien et vite, commenta soudain Bane.
La Dame Noire fut si surprise de l'entendre briser son quasi-mutisme, qu'elle ne sut quoi répondre.
- Plus elle grandit, poursuivit Bane comme si de rien n'était, et plus elle me rappelle celle que tu étais au même âge. Sirannon est certes moins docile que toi, mais elle possède la même soif d'apprendre et de se dépasser.
- Dommage qu'elle ait hérité de votre mauvais caractère, sinon elle aurait pu être une copie de moi-même, répliqua Zannah mentalement.
- Ce tempérament lui servira bien dans la vie, sourit Bane.
- Du moment qu'il n'est pas accompagné par votre goût étrange pour l'auto-destruction, pointa Zannah.
Bane garda le silence quelques instants, songeur. La Dame Noire se doutait qu'il ressassait les moments les plus mouvementés de sa vie : la bombe mentale, l'armure d'orbalisks, le combat sur Tython, ou encore le rituel de transfert d'essence...
- Sirannon n'a pas été forgée par les mêmes expériences que les miennes, répliqua-t-il finalement. Alors, je doute fort qu'elle développe ce... penchant. Mais cela ne m'empêchera pas de me sentir fier d'elle, même si c'est principalement grâce à toi qu'elle est devenue celle qu'elle est.
- Je n'aurais rien pu accomplir de tout cela sans votre formation, ne put s'empêcher de dire Zannah. Mais il est vrai que Sirannon n'aurait même jamais existé sans... votre intervention, ajouta-t-elle cependant avec amertume.
- Un Sith ne devrait jamais regretter ses actes... et pourtant...
Bane soupira, et cela attisa la curiosité de Zannah sur la suite de cette drôle de déclaration.
- Je n'aurais jamais dû forcer ce déni de grossesse, conclut-il avec une forme d'embarras. C'est une simple question de consentement à propos d'un sujet particulièrement intime. Cela ne me ressemble pas.
- Vous avez, d'abord et avant tout, songé au futur de l'Ordre, protesta presque Zannah. Et cela, ça vous ressemble entièrement.
Un court silence flotta entre eux.
- Bane..., reprit-elle, mal à l'aise, je voulais vous... vous demander pardon. Pour ce qu'il s'est passé à l'hôtel. On dirait que nous avons tous les deux fait des choses immorales à l'autre. Est-ce que cela veut dire que nous sommes « quittes » ?
Bane ne répondit pas immédiatement, songeur.
- Oui... je suppose que l'équilibre a été restauré, admit-il enfin.
Zannah se sentit étrangement soulagée. Bane lui pardonnait son acte, au même titre qu'elle n'avait plus le cœur à le blâmer pour la naissance de Sirannon. Peut-être pourraient-ils espérer désormais une cohabitation plus sereine ?
Elle ne pouvait cependant pas s'empêcher de songer aux poids respectifs que Bane attribuait à ces deux actes dans sa métaphore de la balance. Certes, elle lui avait, pour sa part, imposé une relation non consentie... mais cela pouvait-il avoir une signification encore plus profonde pour lui ? Avait-il déjà été violé par un ou des hommes ? Son propre père, peut-être ? Connaissant la dure loi du plus fort qui régnait sur Apatros, et qui avait forgé Bane tel qu'il était devenu, de telles possibilités n'étaient pas à exclure... même si Bane ne confirmerait jamais ces théories, pour préserver ses derniers fragments de dignité.
