Chapitre 293 : Extraordinary emergency

Nous petit-déjeunons, yeux dans les yeux.

OK, cette nuit a été... sans doute l'une des meilleures de nos existences.

"Tu fais quoi, aujourd'hui ?"

"Je vais rendre visite à quelques élèves de l'ancienne promo. Et toi ?"

"Shopping. Évidemment, je te ferai signe si je croise quelque chose de suspect."

"Qui ressemblerait à un fléau ?"

"Hmm mmm."

Il sort son smartphone et nous échangeons nos numéros.

"Est-ce que... j'aurai la chance de te revoir ce soir ?..."

"Peut-être." taquin, ayant déjà arrêté sa décision.

"Cruel." posant les coudes sur la table. "Tu as dû en voir, des choses..."

"C'est surtout au début qu'on douille. Après, tu t'adaptes ou tu abandonnes, au choix."

"Tu y as pensé, à abandonner ?"

"Lorsque nous avons perdu Suguru, oui." sur un soupir.

"Cet événement est resté gravé là." désignant son cœur.

Il affiche un petit soupir triste. "Plus jeune, je méprisais ceux qui se lamentaient sur leur sort. Je leur disais d'aller de l'avant. A présent, je leur ressemble. Ah !... La vie est d'une ironie cruelle parfois !..." s'étirant avant de consulter sa montre. "Bah, j'ai déjà une demi-heure de retard... tu sais ce qu'on dit : les stars savent se faire désirer !..." reprenant ce ton perché qui camoufle ce qu'il pense en réalité. "On se voit plus tard ?" attrapant sa veste, me collant une bise sur la joue avant de filer.


Je me couche. Il est près de 23 heures... et toujours pas de Satoru en vue.

Ma première partie de nuit me fait cauchemarder à une chasse à la sorcière. La seconde est plus agréable.

Satoru m'arrive vers 4 heures du matin.

"Ça va ?"

"Ça a duré plus longtemps que prévu." laconique, quittant ses vêtements jusqu'au boxer avant de se glisser sous la couette, venant se coller dans mon dos, soupirant de bien-être. "Là, c'est bien."


Nous petit-déjeunons, nous adressant des regards tendres.

"Bon, c'est pas tout ça mais j'ai un fauve à nourrir, moi, sous peine qu'elle ne fasse de moi son dîner lorsque j'ouvrirai porte de mon appart !..." rit.

Je cligne.

"Quoi, c'est interdit d'avoir un chat ? Tu es allergique ?"

"Non, je..." petit rire. "... j'apprends à te connaître." caressant le dos de sa main, tendre. "Et j'avoue kiffer."

Il m'offre un joli sourire en retour. "Je pourrai vous présenter à l'occasion. Sauf si... tu crains."

"Non, pas de problème, j'en serai ravie."

"OK, alors on fixe ça ?"


C'est ici. Au deuxième étage, porte 26. Je sonne.

Il m'ouvre, sa précieuse beauté tenue d'un bras, pieds nus, jeans et t-shirt.

Elle est magnifique !... Je la laisse me renifler, faire connaissance.

Une fois la porte refermée, il la laisse vagabonder à sa guise. Elle le suit comme son ombre !...

Son appartement est spacieux, en duplex, bien tenu.

"Ce n'est pas toujours aussi impeccable !..." concède-t-il, mains derrière sa tête, sourire de garnement aux lèvres.

Nous nous posons sur le canapé.

"Je te sers quelque chose."

"Oui, merci."

Il se lève et énumère ce que son frigo contient. J'opte pour un jus de fruits.

Il s'installe à nouveau, ramenant une jambe sur l'autre, passant un bras sur l'assise derrière moi.

"Ça fait longtemps que tu vis ici ?"

"Un moment, oui. J'y ai fait mon nid." souriant. "Il avait de bonnes vibes, cet appart."

"Je confirme : on s'y sent bien."

"Toiiii... ça te donne envie de t'installer !..." taquin.

Je ris devant son ton perché.

"Il y a quoi, là-haut ?" désignant la mezzanine.

"Mon domaine."

"Uh ?" curieuse.

"Atelier de calligraphie, coin mangas." avec un visage de gamin réjoui.

"Calligraphie ?"

"Oui. Je publie sur insta. Sous le pseudo Hollow Purple."

Je l'ignore encore mais il s'agit de la dénomination de son attaque la plus terrible.

"J'en sais si peu de toi..." baissant les paupières sur mon ignorance à son égard. "Où étais-tu pendant tout ce temps ?..."

"Pas très loin." souriant. "Très occupé, c'est vrai. Ce qui diffère cette année c'est le niveau d'excellence des nouvelles recrues. Le prof peut se reposer et surveiller de loin. Ça lui laisse le loisir d'aller draguer !..." pouffant lui-même de sa bêtise, index dressés simultanément, visage comique.

Je secoue la tête. Si je ne savais pas que tout ceci n'est qu'un masque qu'il se plaît à porter !... "You're hopeless, Master !..."


Nous nous installons dans un petit restaurant de rue et il se jette sur la carte. "Ramen !..."

Je ris de ses façons qui me rappellent Floyd Leech d'une certaine façon.

Il bascule sur les pieds arrières de la chaise, longues jambes en extension, ce qui est amusant à voir. Il a parfois tant d'un enfant poussé trop vite !...

Je reste sage et commande quelques gyozas.

Je le regarde savourer bruyamment son plat de nouilles.

Puis nous savourons un petit saké chaud.

Je glisse les doigts dans ses mèches claires, avisant son regard si particulier.

"Ces deux merveilles ont déjà vu bien trop de choses affreuses." parlant de ses yeux translucides.

"Elles ne sont pas faites pour camoufler la vue, surtout pas des faits les plus hideux."


Puis nous nous promenons à travers les artères vivantes, mains tenues ensemble par nos petits doigts - je découvre que c'est là l'un des fétichismes de Satoru.

Au moment de traverser l'un des carrefours les plus passants de Tokyo, le canon d'une arme pointée dans le dos de Satoru.

"Ton phone et ton portefeuille, vite."

Le sourire que je vois poindre sur les lèvres de Satoru n'est pas annonciateur de bonnes nouvelles pour son agresseur.

"Pour ça, il faudrait d'abord arriver à me toucher. Et tu en es loin. Très loin."

Le ton est incisif, tranchant, lourd. La menace qu'il contient a de quoi glacer le sang.

"Fais pas le malin !" avançant le canon de l'arme, qui, au final, ne touche absolument pas Satoru tant il est entouré d'une aura prête à basculer dans l'infini.

Alors que les passants se pressent, nous demeurons en place.

"Tu es tombé sur un os, si tu veux mon avis. Tire, vas-y."

"T'es suicidaire, mec !" appuyant sur la détente.

Il ne se passe rien. L'agresseur checke rapidement son matos.

"C'est ça que tu cherches ?" lui enfonçant la balle dans la bouche sans aucune douceur.

L'agresseur fonce tête baissée sur Satoru mais se heurte à la barrière qui l'entoure continuellement.

"Arrête de t'agiter comme ça." finissant par le téléporter jusqu'au poste de police le plus proche. "Colis express, Messieurs !..."


Il se pose sur le canapé, tapotant ses cuisses, invitant mes jambes à se poser là.

Il caresse lentement mes chevilles, appréciant le grain du derme.

"Comment ça a commencé pour toi ?..."

"Gamin. Mon regard..." fixant un coin de la pièce avant de revenir aux mouvements caressants de ses doigts sur mes chevilles. "Enfin, bref, tu connais l'histoire." souriant.

Je me redresse pour l'embrasser, tendre, laissant ma langue s'immiscer lentement à l'intérieur de sa bouche, savourant l'instant.

"Que tu ne m'aies jamais fait la moindre remarque concernant Mahito..."

"Je dois dire que... tu as fait une entrée assez controversée dans notre univers, petite coquine !... Quant à cette petite ordure, elle ne perd rien pour attendre vu comment elle a mis à mal Nanami !..." taquin. "On ne touche pas impunément comme ça à mon grand blond."

"Pour peu, j'en serai jalouse..." revenant l'embrasser, langues se mêlant sensuellement.

"Tu comptes... mmm... rivaliser avec... le charme désuet du fonctionnaire ?..."

"J'ai déjà... mmm... l'avantage... Gojô-Sensei..."

"Au niveau impertinence... aucun doute possible." m'invitant sur ses cuisses pour poursuivre les délices.

"Pour Mahito..."

"Arrête. Un fléau qui tente de ressembler aux humains... pour tout te dire, ça me... révulse." se faisant plus dévorant encore dans le baiser. "Je te promets... de lui réserver un sort particulier... à celui-là." cessant pour me fixer. "Ne me dis pas que... c'était l'éclate avec lui." froncé, faisant grimper une main possessive dans ma nuque, s'offrant la vitrine de mes souvenirs, finissant par en sourire tant la relation était chaotique. "Je vois. L'amour demeure fort heureusement l'apanage des humains. Et un fléau, même ressemblant, n'y changera rien." m'avisant d'un regard particulièrement dur. "Sais-tu que... chaque fois que l'on fait l'amour, c'est comme leur briser une vertèbre après l'autre ?..."

Je le fixe, incrédule.

"Ils se nourrissent de tout ce qui est négatif... cette forme de bonheur leur est insupportable et totalement étrangère."

"Voilà pourquoi... tu t'y adonnes sans compter, Satoru ?..."

"J'ai toujours tenté de faire les choses bien... après tout... se voir offrir un corps et/ou des sentiments... c'est un cadeau qui n'a pas de prix. Alors... câline-moi très fort..." se laissant couler en bas du canapé, tête venant reposer sur mes cuisses, regard dans le vague.

Je perds les doigts dans la masse épaisse du blond scandinave.

"J'aime la couleur de tes traumas, Satoru."

"Sois belle et ne t'en nourris pas. Je ne veux pas regretter de te les avoir montrés."

"Satoru..." caressant sa belle tête.

Il lève le regard sur moi et nous nous embrassons langoureusement, secouant nos corps de frissons délicieux, faisant la nique à toute la caste des fléaux jusqu'à leur roi incontesté : Ryomen Sukuna.


Nous sommes dans le métro. Précisément sur une ligne qui a vu disparaître des rames entières.

Satoru soupçonne un groupe de fléaux d'être à l'origine de ces disparations. Et ses prédictions s'avèrent en général extrêmement fiables.

J'imagine qu'il s'agit d'une mise à l'épreuve même s'il ne l'a pas expressément exprimé.

A dire vrai, le pouvoir détenu par Satoru est tel qu'il pourrait s'occuper d'exorciser tous les fléaux du monde en une seule tournée ; n'a-t-il pas décimé mille humains modifié en moins de 0,2 seconde ?... Bref, Satoru est la fleur des exorcistes.

Je pose la tête contre son épaule alors que nous abordons le tunnel soupçonné d'être habité par un fléau redoutable, capable d'engloutir des rames entières.

En effet, nous nous dirigeons droit dans la gueule du fléau ! C'est un monstre de bien quatre mètres de haut, gueule béante.

Avalés.

"OK. C'est un morfale, celui-là." s'amuse Satoru, se préparant à le déchirer de l'intérieur, index et majeur rassemblés pour en cueillir la puissance.

Trust takes years to build

All bonds need that

Can't skip chapters

Your battle is my battle

We fight together

We're a team (one team)

There's no fear in chasing

There is fear in being chased

We need come from behind every once in a while

Just do it

Trust takes years to build

All bonds need that

Can't skip chapters

Your battle is my battle

We fight together

We're a team (one team)

Shining sun always come with rays of hope

The hope is there

Our best days are yet to come

Let the hope light the road

Keep your face to the sun

Will never see shadow

Win a hundred battles

Alone, we can do so little

Cry into the pillow?

No, we'll never feel low again

Learn something new everyday

A little bit kinder than yesterday

Yeah, the sky is not the limit

It's only just the beginning(*)


Si Mahito est aux prises avec certains humains, il en est un autre qui a de la suite dans les idées et il s'agit de Geto - qui a renoncé à se faire appeler Suguru dès lors qu'il est passé de l'autre côté...

Le maître des fléaux a parfaitement conscience que la puissance acquise par Satoru dépasse à présent bien nettement la sienne et qu'il se ferait écraser dans un face-à-face. Aussi, échafaude-t-il un piège à la hauteur de son adversaire. Et quoi de mieux qu'un objet maudit pour parvenir à de telles fins ?...

Geto prépare pour Satoru quelque chose d'extrêmement élaboré.

Et il profitera de l'effet de surprise pour mettre son plan à exécution.

Tout d'abord envoyer Mahito en première ligne - et le fléau ne demande que cela ! - puis apparaître et piéger Satoru.

Et cela doit justement se passer dans une station de métro.

En attendant, la jolie tête repose sur mes cuisses, serein, paupières closes sur ces yeux qui voient trop. La suppression d'un sens parfois trop encombrant. Le camoufler revient à se préserver du flux constant d'informations circulant à travers Satoru et le monde qui l'entoure.


Nous nous dirigeons jusqu'à l'école d'exorcisme où les grands pontes se réunissent pour décider. Autant dire que Satoru est bien décidé à jouer les trouble-fêtes !...

Et son pouvoir est tel qu'il effraie même en haut lieu !...

Là où les disciplines s'agenouillent, le Maître les défie, se payant ouvertement leur tête !

L'arrivée de Satoru en pleine réunion crée une tension immédiate. Les regards en biais sont expressifs alors qu'il s'avachit dans le canapé, remontant ses longues jambes, soulignées par le slim sombre, sur la table basse, renversant quelques tasses de thé au passage.

"Qu'y a-t-il au menu aujourd'hui, les vieux ?" s'adressant à l'assemblée. "Voyons ce que vos cerveaux séniles et englués nous ont préparé."

Ça grince des dents en face.

"Ce gamin..." grimacé.

"Nous exigeons la mise à mort de Yuji Itadori."

"Vous radotez. Il paraît que c'est fréquent à vos âges."

"Nous te sommons, en tant que professeur et descendant du clan Gojô, de mettre fin à cette mascarade."

Satoru émet un bâillement bruyant. "Essayez de vous renouveler un peu."

"Qui est cette fille ?"

Satoru pose une main sur mon épaule. "Nouvelle recrue."

"Le conseil ne l'a pas avalisé."

"Votre avis, je m'assois dessus. Vous n'êtes qu'une bande d'attardés attachés à des règles qui n'ont plus lieu d'être. Ces règles sont tout ce qui vous reste, voilà pourquoi vous y demeurez férocement accrochés. Les temps ont changé ! On se réveille !" tapant dans ses mains. "Oups ! Débordement. Pas de crises cardiaques dans l'assemblée des séniles ?"

Purée... j'avais entendu parler de son irrévérence mais là, ça dépasse tout !


Je le regarde avec le sourire.

"Avoue que la petite démonstration t'a plu." débusquant ce que le rictus camoufle.

"J'avoue. Tu les as pliés."

"C'est à leurs décisions que l'on doit le désintérêt des générations futures." l'ayant mauvaise.

"Je te kiffe de plus en plus, Gojô Satoru." à son oreille.


Les fléaux discutent toujours devant des jeux de société. C'est une véritable manie.

Le plan de Geto remporte l'approbation du groupe de Mahito.

Tout d'abord créer un effet de panique.

Ce sont Jogô, Hanami et Chosô qui mènent l'assaut, multipliant les prouesses devant un Satoru déchaîné - comme l'avait prédit Geto : "Sais-tu à quel moment Satoru Gojô se trouve dans son élément ?... Lorsqu'il est seul."

Mahito, lui, est chargé de mener une rame saturée d'humains modifiés à destination pour remettre un coup de pression à Satoru, permettant à Geto de mettre en place le piège.

Et Satoru, sous l'effet de surprise, se fait prendre, immobilisé, sous le regard amusé et cynique de son ex-camarade et amant !...

Satoru lui rend son sourire. "Pas de doute là-dessus ; il y en a une que tu vas vraiment mettre en rage, Geto."

"Uh ? Veux-tu parler de l'ex-amusement de Mahito ?..." ciblant là où ça fait le plus mal. "Nous l'attendons de pied ferme. Pas vrai, Mahito ?"

"Moui. Un petit compte à régler !..." faisant craquer son poing dans l'autre.

"Tu vas déguster." comme une promesse. "Patchface."

"Scellement complet." en ayant assez entendu, ordonnant le scellement définitif de Satoru.

"Cool. On va pouvoir régler nos comptes !..." excité, croisant ses bras suturés derrière sa tête.

Le cube échappe de la main de Geto, se figeant dans le sol.

Geto grince des dents. Même scellé, Satoru détient un certain pouvoir et ceci agace le traître.

"Qu'elle vienne."

Mais au fond, Geto a conscience que Satoru dispose d'une carte folle qui échappe totalement à son plan.


(*) Your Battle is my Battler de Hiroaki Tsutsumi