Ça va se payer... cher.


Chapitre 299 : The Strongest

Je ne suis évidemment pas du tout fière de moi en regagnant la vaste résidence du clan Gojô.

Son propriétaire vient justement de se lancer dans un jeu de go avec Megumi, son élève et, je l'apprendrai plus tard, l'héritier du clan opposé à celui de Satoru : Zenin.

La partie est serrée.

Je suis le mouvement des pions en silence.

Satoru met rapidement Megumi en difficulté. Ce dernier hésite de plus en plus à déplacer ses pions, mis en échec par Satoru. Il passe finalement son tour, signifiant ainsi à son adversaire qu'il abandonne la partie.

"Megumi..." lui reproche Satoru en claquant de la langue.

"Tu avais gagné de toute façon." se relevant, faisant la courbette avant de quitter la pièce.

Je m'installe en face de Satoru, avisant les pièces, en déplaçant quelques unes pour débloquer le jeu.

"Chercherais-tu... à me renverser ?..." d'une voix presque blanche si elle ne camouflait pas le rauque d'une hargne sans précédent.

Mon avancée progresse mais est subitement contrecarrée par une défense en béton.

"Comptes-tu... me mettre au pain sec et à l'eau, Satoru ?"

A son tour de bâtir son offensive et elle fait très mal, très vite !...

"... ou te lancer dans quelque expédition punitive ?..."

"Ta tête n'y résisterait pas." faisant référence à la façon dont celle de Jogô a sautée.

"Je devais régler la question Mahito." venant au fait sur lequel la partie semble se disputer.

"Régler ? Hahahaha ! Tu as vraiment une curieuse façon d'exorciser les fléaux, laisse-moi le souligner."

"Mahito est pour partie humain et tu le sais."

"Et cela lui valait donc un... traitement de faveur ?"

"Il fallait qu'il quitte mon esprit. Je n'ai trouvé que ce moyen."

Il grimace. "Je pense que tu devrais garder tes distances avec moi pour un temps."

"Very well, master." me levant pour quitter la demeure.


J'attends que l'orage passe - s'il passe !... - checkant mon smartphone avec une certaine tension, notant l'absence de message ou d'appel.

Bon. Au moins j'ai réglé son sort à Mahito ; le fléau me fiche une paix royale depuis notre échange physique.

Je ne cherche pas d'autres bras pour m'y consoler. Pas mêmes ceux, que je sais ouverts, de la boutique du Lys...

Je veux faire face. Seule. Enfin... je mets malgré tout Lune et Mia dans la confidence et elles proposent plusieurs sorties entre filles histoire de me changer les idées.


"Ah mais Lévichoute, toi aussi, quoi ! Purée, toujours à vouloir le beurre, l'argent du beurre et le sourire du crémier !"

Mia pouffe. "Bon après... je comprends pourquoi Satoru l'a mauvaise, hein."

"Mais oui. Ce ne sont pas tous des Undy, tu sais."

"Et pourquoi tu ne ferais pas le premier pas à l'égard de Satoru ?" questionne Mia.

"Parce qu'il m'a expressément demandé de garder mes distances ; l'injonction était très claire."

"OK. Punaise, il a du caractère, celui-là ! Me rappelle un certain Juge anglais, tiens..."

"C'est surtout un gros voleur de sandwich !..." ronchonne Lune qui semble l'avoir toujours en travers de la gorge, croisant les bras, joues gonflées.

"Et... pas envie d'aller te réfugier quelque part en attendant ?" connaissant bien mes habitudes.

"Non. C'est Satoru que je veux." déterminée.

"Ouais, ben Lévichoute, si tu veux le récupérer, t'as intérêt à filer droit !..." amène Lune, pragmatique.


Mon pouce survole l'icône d'appel du numéro affiché.

Une impulsion. Répondeur. Je ne laisse aucun message.

Il finit par rappeler au bout d'une heure ou deux.

"Bonjour." émotion marquée dans la voix.

"Un souci ?..." concerné.

"N... non. Juste... envie d'entendre ta voix..."

J'entends son sourire en bout de ligne. "J'étais en assemblée avec le croulant de Kyoto." évoquant le principal Gakuganji avec l'irrespect qui le caractérise.

"J'espère... que tu ne l'as pas secoué trop fortement..." amusée.

"Il tient encore debout. Enfin... il faut le dire vite." ricanant, cynique. "Je le trouve encore plus voûté qu'à l'ordinaire."

"Tu... me manques, Satoru."

Je m'attends au revers du siècle, dans la veine de "T'as pas demandé à ton fléau d'imitation de te consoler ?"... qui pourtant ne vient pas...

J'entends de l'agitation à proximité et ses pas qui s'en éloignent.

"Toi aussi." d'une voix coupée d'émotions, une fois à l'écart. "Je n'arrête pas d'y penser... j'aurai dû être plus... soft."

"Tu étais en colère... c'est normal. Si je ne comptais pas, cela te serait passé par-dessus."

"Tu comptes. Beaucoup. Mais là... je ne suis pas encore prêt..." soupirant.

"Je comprends. Prends ton temps, OK ?... Je patienterai."

"Merci. J'apprécie." retrouvant le sourire. "On garde contact, OK ?"

"Avec grand plaisir, Satoru."


Il voyage. Beaucoup. Et chaque fois j'ai droit à une photo souvenir du lieu, notamment avec les spécialités culinaires de la région.

En maître exorciste, Satoru a le droit à être appelé pour les situations les plus délicates.

J'ai même droit à un selfie, assis sur un fléau fraîchement abattu, affichant le V de la victoire et toujours le même beau, prétentieux sourire.

God... Satoru... One day, you'll really kill me for sure...


"Posé au Yoyogi Park. Prévu bento pour deux ; ))"

Je me prépare, cœur à la fête !...

"Je te conseille la téléportation pour t'éviter le métro bondé à cette heure..."

J'apparais dans son dos alors qu'il repose sur un banc, observant les cerisiers en fleurs.

"Suguru les appréciait tant..."

Je m'installe à ses côtés. "Il faut dire que c'est aussi apaisant que magnifique."

"Ses mots." souriant face à nos ressemblances.

J'admire son profil qui m'a tant manqué. "Apaisant et magnifique..."

Il capte et sourit. Il retire son bandeau pour camoufler son regard clair et perçant derrière des verres fumés.

"Ça a été, ce petit trip d'exorcisme ?"

"Au poil. Ils sont tous à plat. J'ai bien bossé." déballant le bento, m'offrant des baguettes et une serviette en tissu papier. "Quant au rapport, il attendra." faisant une nouvelle fois la nique aux autorités en la matière.

Nous nous régalons, bavardant joyeusement, commentant les saveurs des aliments.

Ce sont des retrouvailles en toute simplicité. Je kiffe !...

"Je vais récupérer ma belle et passer quelques semaines dans l'appartement. J'ai besoin d'un espace clos et restreint après cette chasse effrénée." parlant de son chat. "Ils m'ont même inspiré quelques... fantaisies calligraphiques."

Il laisse passer un silence couvert par le piaillement des passereaux dans les arbres en fleurs.

Son portable s'agite et il décroche, mettant le haut-parleur sur la voix criarde d'Utahime. "Gojô ! Qu'est-ce que tu fabriques ?! Où est ton rapport ?"

"J'ignorais que tu faisais partie de ces hystériques impatientes, Utahime." moqueur.

"Silence ! Du respect pour ton aîné !..."

Large sourire de l'exorciste. "Rappelle lorsque tu seras calmée." lui raccrochant au nez.

"GOJ..."

Il range son smartphone dans la poche intérieure de son blouson.

Nous terminons notre repas et il se lève pour s'étirer bruyamment.

"Merci pour le repas." sentant qu'il va bientôt prendre congé.

"De rien. T'as mon numéro." s'éloignant avec un salut amical de la main.


La calligraphie proposée par Satoru sur son compte Instagram est très belle, épurée.

La seule chose que le Japano-scandinave applique dans sa plus pure tradition.

Nanami l'appelle. "Tu devrais venir faire un tour dans les égouts... ça grouille."

"Blaaaaah ! Je t'en prie !..." rieur.

"Ne fais pas ta fine bouche, Satoru, et rapplique."

"Oooooh !... Tout ce qui te plaira, grand blond !..." se préparant avant de localiser Nanami et s'y téléporter, se pinçant immédiatement le nez.

Soupir lourd de l'exorciste en costume.

"Une telle concentration... ils préparent quelque chose."

"Tss. Du menu fretin. Tu m'as fait déplacer pour ç..." poussant Nanami sur le côté et s'écartant à son tour face à une horreur qui frappe au centre.

OK. Lui, il en vaut peut-être le détour.

Satoru lui applique un Red qui le pulvérise littéralement.

"Mmm. Toujours aussi expéditif."

"Pourquoi ? Tu voulais te taper la discut' avec lui ?" s'éloignant. "Je te laisse enquêter."

Nanami soupire une nouvelle fois.


"What a surprise !..." avisant la silhouette devant sa porte ouverte, attrapant son félin avant qu'elle ne se sauve.

"Tu tu terres."

"Entre."

Elle se déchausse puis s'avance.

"Merci encore pour ton versement généreux de la semaine passée."

"As-tu pu en savoir davantage ?"

"Il y a bien un traitre dans les rangs." se posant avant de délivrer le précieux nom, passant une main dans ses cheveux nattés.

Satoru leur prépare un café.

Elle l'envisage, menton reposant dans sa paume.

"Si tu te sens seul, je peux te proposer un peu de compagnie."

Satoru a un sourire qu'elle devine. "Cela ne faisait pas partie du versement."

"Je ne t'ai jamais réclamé quoi que ce soit pour ce genre de... prestation."

"Exact." se posant à table, faisant avancer sa tasse d'un café bien sombre et corsé.

Il arrose lui-même sa tasse de plusieurs morceaux de sucre.

Elle sait qu'il ne faut jamais brusquer Satoru. Elle le sait par expérience.

De toute manière, l'exorciste les a toutes à ses pieds. Il n'a que l'embarras du choix.

Elle termine sa tasse et se lève, s'approchant alors qu'il demeure encore assis.

Ses doigts cheminent un instant dans les mèches claires.

"Tu sais où me trouver si le temps te paraît trop long."

Sourire de Satoru. S'il déteste être brusqué, il sait également faire montre d'un minimum de retenue et de diplomatie envers ses meilleurs éléments.

Il la laisse cheminer jusqu'à la porte. "Mei-San ?..."

"Oui ?"

"Arigato."


"Ça te dit le meilleur sushi de Tokyô ?"

Ma foi, cela ne se refuse pas !...

C'est très fun de le voir en costume - qu'il porte très bien !...

Lorsqu'il sort pour autre chose que pour son métier, Gojô Satoru est toujours au top !...

Et le patron de l'établissement renommé semble être un ami.

Satoru balance sa veste sur le dossier de la chaise, se penchant sur le comptoir. "Le meilleur pour nous, Seiji !..."

"Comme à l'ordinaire, donc." souriant, se mettant immédiatement au travail.

Les sushis sont préparés à la demande et Satoru, après s'être lavé les mains, m'en présente un, tenu délicatement entre les doigts, devant ma bouche. "Aaaah !..." ouvrant la sienne pour que je mime.

Il l'introduit lentement dans ma bouche - le geste en lui-même possède quelque chose de terriblement érotique en soi !...

C'est... succulent !...

Je lui rends la pareille, tout en priant les dieux pour qu'il ne nous laisse pas dans cet état sans nous satisfaire à la sortie du restaurant !...

Satoru est diablement calé pour camoufler toute trace de désir sexuel - sauf celui que manifestent ses pupilles dilatées, qu'il demeure incapable de maîtriser.


Sur le chemin du retour, nous sommes bras dessus, bras dessous.

Il me raccompagne jusqu'à devant mon immeuble.

Je compose le code et ouvre la porte, l'invitant silencieusement à me suivre, corps dans une tension absolument intolérable.

Il hésite un moment et finit par me suivre jusqu'à l'intérieur de mon appartement.

Là, il tombe la veste.

Je me glisse entre ses bras.

Nous en soupirons à l'unisson.

C'est à la fois douillet et chaud ; vraiment bienvenu et agréable.

Je souris en levant le visage vers le sien. "Ce sera comme ça chaque fois ?..."

"C'est la première et la dernière fois que je te pardonne."

Le ton est sec sans que son visage ne plisse. La mise en garde est sérieuse. Satoru est un homme de parole.

J'en ai un instant le souffle coupé.

"Now..." posant un baiser délicat sur mes lèvres qui s'approfondit à mesure.

Retrouver cette langue... est un pur délice. Ses paumes larges aussi.

"Tu m'as manqué..."

"Toi aussi..."

Cette façon dont il me presse contre son corps éveillé est un bonheur presque électrique.

Le canapé est le plus proche et nous nous déshabillons à la hâte avant d'y échouer, cherchant un contact toujours plus rapproché.

Il est surtendu contre moi, haletant, corps sensible au moindre stimuli.

Installé sur ses jambes repliées, en bas du canapé, il m'invite à me mettre à califourchon, laissant son sexe s'ébattre contre mon ventre, baiser n'en finissant pas, nous prenant tout le souffle dans une tension qui est déjà maximale.

Je soulève le bassin pour l'introduire et nous en suffoquons tant la progression en est voluptueuse.

"Haaaan... mo...ve..." à mon oreille, se faisant clairement dévorant, paumes attachées à mes hanches.

Mains posées sur ses épaules, je me sers de l'impulsion des jambes pour ce faire.

Fronts posés l'un contre l'autre, lui joliment voûté sur moi, nous laissons la sensation monter jusqu'à l'orgasme qui emporte tout sur son passage, lui faisant rendre un rauque magnifique pour lui et un aigu tranchant pour moi.

La façon généreuse dont il se déverse par jets successifs en moi ne fait que rajouter au délice de l'instant. Nos orgasmes se prolongent - je pensais ceux des Leeches interminables mais Satoru les supplante tous deux tant les sensations demeurent au zénith durant de très longues minutes, sans céder, faisant tressaillir nos corps crispés, nous appelant, faisant naître et mourir des sourires dans des froissements de visages étirés par les expressions lascives qui y défilent tour à tour, sans répit.

Nous en demeurons pantelants, souriants, peaux moites.

Je caresse sa belle nuque dégagée tandis qu'il repose le front sur mon épaule.

Assurément, il n'a pas cherché quoi que ce soit ailleurs.

Je réalise lentement que mon égarement avec Mahito n'a fait que mettre en péril une relation à laquelle je tiens.


Je m'éveille, m'étirant, avisant celui qui tient la place à proximité dans le lit. Grand. Puissant. Délicieux.

Je m'approche de son oreille pour y souffler avant d'y faire glisser une langue le long du pavillon.

Il geint, ouvrant lentement les yeux, s'étirant bruyamment.

"Bonjour." souriante.

"Hmm ?... Bonjour." me rendant mon sourire.

Je dois dire que nous n'avons pas cessé, laissant peu de place au repos tant nous étions affamés l'un de l'autre.

Ma paume glisse le long de ses abdominaux, caressante, allant le cueillir un instant avant de remonter.

Il en lâche un soupir expressif.

"Tu as vraiment... un toucher particulier. J'y suis extrêmement sensible." souriant.

"Retour de compliment. J'apprécie l'intention que tu places dans chaque caresse, chaque baiser." souriante, à son oreille que je cajole au passage.


Je nous tartine quelques tranches craquantes tandis que j'entends s'écouler l'eau de la douche, m'étirant un sourire.

Il fait bon le savoir chez moi.

En partant, j'ai droit à ses mains remontant le long de mes bras, jusqu'au cou, pouces glissant le long de la mâchoire tout en m'embrassant de façon pleine et renversante.

Sans parler du sourire explicite lorsqu'il quitte ma bouche.

"See ya."


Nous nous tenons la main dans ce parc, prenant quelques selfies en pariant sur lequel déconnera le plus ou fera la plus affreuse grimace.

Les passants nous lancent des regards devant nos éclats de rires bruyants.

Nous nous amusons tels deux gosses.

"L'épreuve du feu est pour ce soir. Je voulais passer un moment léger avant d'y procéder."

"Tu stresses ?"

"Oui. Mais je me dois de ne pas le montrer. Un classe S... ce n'est pas tous les jours qu'ils en rencontreront. Fort heureusement !" passant les bras derrière le dossier du banc, jambes croisées. "J'interdirai évidemment à Yûji de laisser Sukuna prendre le dessus... sauf en cas d'extrême urgence."

"Quel est le plus doué des trois ?"

"Megumi." sans la moindre hésitation. "Très prometteur. Le digne fils de celui qui m'assassina jadis."

Je cligne. "Quoi ?..."

"Mais également celui qui m'a permis d'affiner ma technique du Red." pragmatique. "Toji Zenin. Le tueur. Je ne dois mon salut qu'à la technique du sort inversé qui m'a permis de guérir rapidement de mes blessures, alliée à la très pointue Hollow Purple. C'est la seule et unique fois que je me suis vu contraint de l'utiliser contre un humain." remontant loin dans ses souvenirs, tête basculée en arrière, paupières closes. "Ce jour-là, j'ai pu expérimenter ce qu'était la douleur... moi qui avait été préservé des maux extérieurs par la Limitless."

Je me fais un nid contre son épaule et il rabat le bras sur moi.

"Tu sais que... je kiffe l'idée ?..." glissant mes doigts entre les siens.

"Laquelle ?..."

"Que la Limitless te permet de n'être approché que par des personnes dont tu tolères la présence." à son oreille.

"Malgré cela... son pouvoir demeure extrêmement limité ; les attaques étant souvent venues de personnes que j'ai laissées m'approcher."

Bam ! A moi d'y lire entre les lignes...